Astrologie Individuelle
(Théorie)

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7 5   A N S    D’A S T R O L O G I E

 


"La bonne étoile" Marguerite BORDET

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Tout astrologue que je sois, jamais je n’eusse imaginé que je composerais sur le tard un texte titré d’une telle numération d’années de présence au champ astrologique ! Non que je veuille, l’âge venu, m’en féliciter, le front ceint d’une  couronne étoilée, orgues et encens compris. Nulle ovation ni festivité du genre n’est à l’ordre du jour, car je ne vois pas bien à quel titre j’aurais lieu de m’en glorifier – du long trajet arpenté d’un tel parcours, n’aurais-je pas dû être davantage, sinon beaucoup plus à la hauteur ? – si ce n’est seulement que ce séjour prolongé au pays d’Uranie et quasi-internationalement sillonné, m’a permis d’engranger de l’expérience. Et si le chiffre des années d’un  vétéran peut me gratifier d’un avantage, c’est surtout de m’avoir accordé un certain  recul  vis-à-vis de la  nébuleuse Astrologie, plus profondément visitée. En y ayant édifié des préférences personnelles éprouvées - d’un tour d’horizon très largement exploré, j’ai eu le temps de m’attacher à ce qui était le mieux fondé en notre domaine – il est vrai aussi ( j’ai tant écrit …) sans échapper au radotage. Mais quel âge n’a-t-il pas ses faiblesses ?

 

Il me faut reconnaître également – qu’on ne se sente pas diminué par sa  jeunesse, la relève des générations étant aussi porteuse d’un futur astrologique de meilleure qualité - que la durée d’un tel itinéraire n’a pas que des avantages. Ainsi m’est-il arrivé de relire beaucoup plus tard des textes de thèmes que j’avais rédigés dans la trentaine – âge flamboyant et assuré où je suis saisi, ici, avantageusement adossé à ma figure astrale,   grandeur de circonstance - qui, ma foi, m’avaient épaté quelque peu, dans l’heureuse surprise d’y  avoir trouvé notamment des audaces réussies, prouesses  auxquelles j’avais depuis renoncé et que je n’étais plus en état de réaliser, dans l’impression même d’un recul de savoir en cours de route. Portée par une foi bâtisseuse, la jeunesse a pour elle les vertus de l’improvisation créatrice, le flair de l’instinct tenant en arrêt la précaution d’éviter l’erreur.

L’âge s’additionnant, cet élan s’efface avec un dépouillement de la vie qui fait préférer le savoir vertueux ou tranquille, forcément limitatif.  Bref, on le savait déjà, il n’y a pas qu’avantage à se mettre à l’écoute de la vieillesse.

Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas, les penchants du caractère subsistent. Ce n’est nullement parce que j’approche du « nonagénât » que, pour autant, je serais diminué dans ma vilaine opposition Uranus-Mars de I à VII, triangulée il est vrai à Mercure du Scorpion en VIII, qui m’a fait vivre tout le long de mon existence en astrologue de choc, sinon de combat. Pas seulement face aux adversaires aveuglés par leur préjugé. Mais autant au sein du landerneau astrologique – ce qui ne m’a pas valu que des amis - en un constant appel à l’esprit critique, car c’est à nous qu’incombe de faire le ménage dans notre vieille/jeune connaissance, savoir-pétaudière toujours en chantier, très loin encore d’en arriver à la maturité d’ un état adulte. Critique venue de l’auto-critique d’être allé jusqu’au bout de l’erreur ; et derrière l’enregistrement personnel de l’échec, il m’a suffit, pour être armé contre l’illusion, d’avoir  ingurgité initialement L’Astrologie Populaire et l’influence de la Lune (Librairie Emile Nourry, 1937, réédité au Rocher) du folkloriste P. Saintyves, puis d’être passé par Gaston Bachelard, notamment grâce à ses deux ouvrages : La formation de l’esprit scientifique et Le nouvel esprit scientifique. Des trésors d’intelligence peuvent être investis au service de l’ignorance, tant puissant est aussi bien le blocage du refus que le besoin d’illusion.

 

Laissons d’emblée de côté, tapageurs n’échappant pas à leur insignifiance, nos arsouilles barbouilleurs de leurs diarrhées astrales . Mais faut-il que je gueule quand même – alors que je n’ai rien d’un greffier du savoir et encore moins pour tenir registre de leurs délires – sur des confrères que j’aime pourtant bien, mais qui me peinent de les voir patauger dans leur nébuleuse ?

 

D U    C E L E S T E

J’en veux pour preuve, notamment (car je pourrais entreprendre là-dessus d’autres sujets) , l’innocence dans laquelle, pour  se « mettre à la page » sinon pour s’affubler d’une « spécialité  », « les jeunes », et d’autres qui le sont moins, se jettent sur les  nouveautés qui nous arrivent du ratissage en cours du système solaire, y gobant ventre à terre sa déchèterie.

 

Car le système solaire n’est point un bazar mais une architecture. Ce qui le caractérise fondamentalement, c’est qu’il y règne une impressionnante régularité qui en fait l’unité. Toutes les planètes tournent dans le même sens sur des orbites parallèles de faible excentricité, Pluton seul s’en éloignant. Régulière y est la répartition des distances les séparant les unes des autres, ceinture d’astéroïdes incluse, approximativement en progression géométrique. Leurs satellites sont alignés sur un même plan orbital, ceux Uranus excepté. La rotation de la planète et de ses satellites s’effectue dans le même sens pour tous, et même les premiers satellites de Jupiter, Saturne et Uranus ont également des distances respectives à leur planète géométriquement proportionnelles, outre encore la composition de leurs propres anneaux et champs magnétiques. Il s’agit là d’un tout homogène et c’est cette unité de l’ensemble qui institue le système solaire, Soleil, planètes, satellites parlant un même langage dans la solidarité d’une loi commune.

 

Maintenant que l’on tamise ce champ s’y déniche une ribambelle d’astéroïdes, électrons libres, vagabonds égarés et autres résidus multiformes, rebuts voués à la poubelle du système solaire. Or, depuis toujours, j’ai trop librement critiqué la myopie de nos adversaires proclamant comme des perroquets que  « les planètes étaient bien trop petites et beaucoup trop lointaines pour avoir la moindre influence » – voulant ignorer qu’elles font partie d’un tout qui, seul, les institue  -, pour pouvoir me taire maintenant de notre côté, alors que je vois des imprudents ou naïfs vouloir faire parler, parmi les « centaures » qui pullulent entre Jupiter et Neptune, le lilliputien  Chiron, à grand renfort de mythologie. Ce qui est d’autant plus choquant que les mêmes inconséquents laissent délibérément de côté Cérès, pourtant, elle, au même volume sphérique et sensiblement plus proche de nous, outre sa faible excentricité, sa mince inclinaison, et surtout son insertion si parfaitement enchâssée à la Titus-Bode entre Mars et Jupiter ! Si l’on veut s’offrir de la nouveauté, ne faudrait-il pas commencer par là, pour mieux intégrer une suite éventuelle ?

 

A  la conjonction Uranus-Neptune de 1821, Laplace bouclait sa Mécanique céleste en connaissance achevée du cosmos. Or, ce savoir universel en évoluant a éclaté à une nouvelle dimension fabuleuse à la récente de 1993 qui remet beaucoup de choses en question. Tandis que la première exoplanète y est découverte et qu’on en compte présentement par centaines, la ceinture de Kuiper est enfin explorée, livrant des objets transplutoniens par milliers, sans pouvoir encore en faire le tour. S’y logent notamment divers Plutinos aux orbites voisines de celle de Pluton, lequel est rétrogradé en planète naine (quelque 2400 kms de diamètre), malgré son substantiel satellite Charon, couple qui, au surplus, se meut en partie entre les orbites d’Uranus et de Neptune. Tout cela ouvre un champ nouveau d’interrogations de toutes sortes, et il est raisonnable d’attendre que les astronomes eux-mêmes y voient plus clair. Ne sautez pas aveuglément sur la bête sans savoir où vous mettez les pieds, Uranie vous abandonnant sinon au soliloque de votre incoercible romance.

 

Il faut bien savoir aussi qu’il nous tombe sur le dos un danger extrême : plus vous introduisez de facteurs dans votre opération astrologique et plus vous multipliez les sources d’erreur, et le risque de céder à cette funeste tentation est proportionnel à la défaillance de faire parler les pièces authentiques ! Il convient de bien y réfléchir. Adressez-vous d’abord au cœur des choses, visez le centre de la vie, ce qui, d’ailleurs, n’est déjà pas une mince affaire.

 

 Je pense, bien sûr, aussi, comme en une fuite en avant,  aux parts et autres facteurs plus ou moins fictifs qui nous sortent du cadre de notre constellation planétaire, travers témoignant d’une impuissance d’interprétation de l’essentiel. J’inclus même là-dedans l’univers des étoiles fixes elles-mêmes ; certes judicieusement considérées collectivement, par exemple comme Sirius chez les Egyptiens en fonction du cours du Soleil, mais abusivement consacrées sur la scène individuelle par Ptolémée. Il est bon, à ce sujet, de rappeler – ce qu’ignorait complètement celui-ci pour qui la voûte étoilée était relativement proche de nos planètes,  et s’il en eut su les distances, il se serait surement bien gardé d’une telle imprudence – que si le rayon du Soleil nous atteint sur Terre au bout de 8 minutes et 4 heures lui suffisent encore pour traverser notre système solaire jusqu’à Pluton, il lui faut ensuite rien moins que 4 années-lumière – un abîme de distance ! – pour que ce même rayon joigne enfin l’étoile la plus proche de nous, Proxima du Centaure …  Outre que des Rigel et Bételgeuse dépassent les 300 années-lumière … Si encore, à la rigueur, il n‘y avait eu que quelques étoiles fixes à cette fuite de distance, pouvant avoir sens, mais notre seule galaxie en dépose  les unes sur les autres en un massif constellé à fond perdu. En plongeant dans cet abîme insondable, à coup sûr, vous ne pouvez que trouver tout ce que vous voulez, mais en vous noyant dans l’immensité sidérale !  Ce rejet des étoiles fixes peut vous paraître énorme, mais Ptolémée n’est pas un cantique et il faut avoir le courage de liquider les débris de la tradition comme d’évincer les résidus qui se déposent actuellement dans la voirie d’aujourd’hui.

 

Ainsi avons-nous, pour convenablement commencer notre tâche, à bien prendre en mains le tableau de bord des configurations astronomiques que nous traitons, jugées en pleine lumière. Certes, l’aventure est permise et même souhaitable, du moment qu’elle est bien menée, car en rester à un jugement a priori comme le mien, tout évident qu’il me paraisse, n’est pas une solution, j’en conviens. Mais pire est d’interpréter a priori, comme cela se déroule sous mes yeux. Il faut aller toujours jusqu’au bout de sa démarche et en toute rigueur, même avec les pucerons du cosmos si on le souhaite, des fois qu’on y détecte quand même quelque relation réelle, alors qu’il faut s’interdire de batifoler dans les étoiles en chevauchant  sa seule foi, comme un bon  dévot qui s’ignore, égaré dans une astrologie rêvée.

 

 Au surplus, un bon astrologue doit avoir un pied dans la modernité (dire qu’il y a encore des  traditionalistes, oubliant le principe de l’unité de la vie, qui renoncent aux planètes nouvelles, comme d’autres enfourchent les folingues de l’école de Hambourg !). et un autre dans la tradition, car si ce qui nous est venu d’elle patauge en désuétude, rassis d’un âge révolu, elle n’en est pas moins tout autant un savoir ancien dans toute sa noblesse, encore porteur de racines profondes  - ne lui doit-on pas ses fondements, mérite qui suffit pour se remettre à son écoute ? – aussi est-il bon de se réapproprier sa connaissance initiale pour mieux propulser l’élan renaissant  devant la rendre présente à l’esprit de notre temps. C’est la tête au ciel et les pieds sur terre que l’on pose son savoir pour donner une consistance à son art.

 

D E    L’ H U M A I N

 Le système solaire bien pris en mains, c’est ensuite la rencontre avec soi-même, sa propre personne, que nous faisons ; naturellement sans nullement nous en apercevoir, l’élan de conquête astrologique allant mobiliser la souche profonde de notre être.

 

Car, en effet, sans moindrement s’en rendre compte, c’est d’emblée avec son égo que l’on a affaire dès que l’on prend possession du savoir astrologique. Et pour longtemps encore, c’est à travers l’inconnu de soi que l’on assimile cette matière, comme pour se retrouver en elle dans la quête d’un «moi astrologique » à construire. J’ai déjà eu l’occasion d’élucider cette démarche particulière en traitant « l’auto-créativité de l’astrologue ». Il faut bien savoir que le narcissisme est à la base de notre connaissance, car on s’aime à travers ce que l’on pense, substance mentale de sa propre personne, au point que « notre » astrologie tend à devenir un  reflet de ce que nous sommes. On lit même l’astre du ciel à l’image de la configuration qu’il fait à sa naissance, presque autant qu’en poésie où, par exemple, avec sa conjonction Soleil-Saturne en VIII, Baudelaire est capté par un soleil endeuillé.  En cherchant à déchiffrer un thème, on dépose le style et la problématique de son être dans l’opération interprétative. Après avoir préalablement choisi – car il est bon de tâter de l’un et de l’autre pour comparer - parmi les auteurs, enseignants et écoles, ce qui convenait le mieux à sa manière propre de fonctionner. Naturelle sélectivité qui n’empêche toutefois pas de conduire à de bons ou à de mauvais résultats, selon la matière reçue et sa manière de la traiter. On sait que j’avais choisi de bonne heure la voie de la critique, ayant, sous la pression d’un échec-choc de prévision mondiale, découvert que notre domaine est aussi un vrai pays d’utopie ! Ainsi, toute estime que j’aie pu spontanément offrir à chaque confrère dans le choix de sa voie, il n’était assurément pas dans mes cordes, par exemple, d’octroyer ma confiance à l’astrologie ésotérique, apprenant notamment qu’un mystérieux maître oriental, dit « le Tibétain » avait dicté son savoir par télépathie à Alice Bailey … J’admets que ce climat magique puisse convenir à tel type de neptunien, mais il tourne le dos à la catégorie uranienne de mon espèce, soucieux que je suis de fonder mon propre savoir par moi-même et à ciel ouvert.

 

La composition de son « moi astrologique » à l’image de sa personne passe à travers le champ d’une « foi astrologique » ignorée – tel étant l’effet collectif du pouvoir inconscient de l’« idée force » d’Uranie - laquelle, dans son souffle, est initialement porteuse de savoir intuitif,  mais ne tarde pas, ensuite, à laisser filtrer dans ses propres opérations, les « projections » parasitaires de nos ténèbres intérieures. Car, « la croyance est une conviction minée » rappelle  Sartre en bon plutonien . Chacun doit finir par prendre conscience de cette foi astrologique qui l’habite – la bonne parole, le contentement de trop de choses prises comme allant de soi - pour évacuer l’illusion du croyant, source d’infantile duperie. En passant d’une nébuleuse où l’astrologue et l’astrologie sont dangereusement confondus à un couple dialectique où la connaissance est quelque peu distincte du connaisseur. Cette délivrance s’effectue en un recul vis-à-vis de son savoir, repris à froid dans l’épreuve d’une objectivation de celui-ci, au moyen d’une vérification rigoureuse du facteur utilisé. Toujours le contrôle de soi. Une manière, en s’emparant d’une vérité intrinsèque ainsi conquise, de s’effacer soi-même de l’opération traitée, ayant ainsi fait parler l’astrologie dans une quasi-abstraction de sa personne.

 

Il est sûr, par exemple – à l’exception d’une chance de filiation parfaite d’enseignant qualifié à enseigné -  que l’on reste dans une enfance du savoir si, englué dans une foi naissante, on se contente d’un enseignement « gobé », en s’en tenant naïvement à ce que l’école a enseigné et en  s’étant installé dans la scolarité de ce savoir. Aussi bonne que celle-ci ait été, il n’en faut pas moins mettre ce que l’on a appris à l’épreuve de sa réalité personnelle comme s’il fallait repartir de zéro. Ce qui est d’ailleurs une ébauche de personnalisation de sa connaissance pour ajuster celle-ci à soi, sur le chemin d’une confection de sa formule personnelle ; art modélisé que l’on doit à soi-même, lequel ne doit pas cesser d’être confronté à la réalité, même si une telle démarche est vouée à un savoir inachevé en une course sans fin. Et si l’on veut déjouer les pièges dans lesquels on peut tomber ou du moins échapper aux situations complexes qui peuvent se présenter  dans la consultation, qu’on veuille bien me permettre de suggérer qu’un passage par mon Astrologie confirmée aurait quelque chance d’être éclairant, y ayant traité une pratique « à vif » de notre art.

 

J’ai été longtemps à dire qu’un astrologue qui n’a pas eu « mal à son astrologie », en ne se reconnaissant pas devant  telle ou telle conclusion, n’était pas encore affranchi, comme s’il allait, enfin, avoir prise sur le réel en se butant à lui-même. Ce qui n’est pas sans rappeler cette apostrophe de Degas : « La peinture, c’est facile quand on ne sait pas, mais quand on sait, alors c’est une autre affaire … ». En fin de compte, il y a autant d’astrologies que d’astrologues et cela est naturel, mais il n’y a qu’un seul cosmos, en tout cas, un seul système solaire : l’astrologue le mieux accompli étant celui qui le fait le plus purement parler, quelle que soit la manière de s’y prendre. Sans, bien sûr, se départir d’un jugement critique, afin d’éviter de prendre une berceuse ou une arabesque pour un chant du départ …

 

Au long d’une continuelle participation à la vie astrologique française, j’ai fait acte de présence à divers débats sur maints sujets traités – un signe de vie du mouvement astrologique qui fait maintenant défaut - ce dont ont rendu compte, notamment, d’animés numéros des « Cahiers astrologiques » et de « L’astrologue ». Récemment s’est encore présentée une interrogation sur l’exercice prévisionnel lui-même, à l’invite d’une compréhensible réaction à son usage dévastateur, mais pas au point de devoir s’en prémunir à tout prix. Naturellement, chacun doit, là-dessus, garder sa liberté sans se départir de l’estime de l’autre, et mieux vaut s’abstenir plutôt que d’aboutir aux dégâts encourus. Je me suis crû devoir défendre la cause d’une pratique totale de notre art, en une vision unitaire où l’être est inséparable de son devenir, ce qu’il advient existentiellement de lui tenant de ce qu’il est dans son essence propre. Pour le bien déchiffrer, il n’existe d’ailleurs qu’un seul verbe astrologique, où l’être est initialement perçu en potentialité, puis saisi en sujet vivant substantiellement son existence, la base préfigurant le sommet. En une telle cohabitation, le diagnostic précède naturellement le pronostic qui lui est subordonné. Le premier sans le second qui le concrétise et le finalise, s’expose à l’inachèvement d’une virtualité, faute de passer à la manifestation tangible de la tendance interprétée, tandis que le second sans le premier risque de n’être qu’errance d’art divinatoire, l’un et l’autre étant voués à ne réussir qu’ensemble. Telle est du moins ma propre perception du tout, en laissant à chacun de se formuler la pratique qui lui convient. Dans la suspicion d’art chimérique qui plane toujours sur l’astrologie, ce qui me gêne de toute façon, l’éthique qui est la mienne est de la mettre à l’épreuve maximale de la finalité ultime de son pouvoir prévisionnel. Si elle a vraiment   « quelque chose dans le ventre », c’est là que sa vérité sensible peut avoir le dernier mot et il n’y a pas mieux pour que la configuration  y exauce le désir du vrai, lui arracher un tel secret du futur étant toujours plus fondé que de seulement  la peupler de ses pensées, aussi brillantes soient-elles. D’où la formulation de l’aspiration  que j’avais suggérée à mes anciens élèves : « Prévois juste et tu seras respecté ». Dignité acquise à laquelle on ne saurait donc couper les ailes, même si la prévision est un exercice indéniablement périlleux ; aventure que l’on gagne toutefois à fréquenter pour son compte personnel, surtout si on en cantonne l’exercice à la sphère de la subjectivité de l’être.

 

D E   L A   M O N D I A L E

 

En matière de pure prévision mondiale,  remontant à mes souvenirs, des nombreuses les plus risquées, celle qui m’a valu le plus de réactions hostiles du milieu est d’avoir redouté le plus grand danger mondial dans un texte : « La loi fondamentale de l’astrologie mondiale » du n° 28, 4e trimestre 1974 de « l’astrologue ». C’est là que, pour la première fois, je déposais ce « fleuve du temps » en solennel apparat qu’est l’Indice cyclique. La frousse véritable que communiquait d’emblée ce nouvel éclaireur de l’avenir était d’y voir le plongeon exceptionnel que l’indice faisait pour le cap de 1982-1983, son signal ne pouvant se comparer antérieurement qu’aux chutes précédentes des deux guerres mondiales. Si bien que j’aboutissais à la conclusion suivante, sans nulle annonce pour autant de troisième guerre mondiale : « 1981-1984 risque d’être la troisième tache noire du siècle où la mort triomphera de la vie, quels que soient les aspects sous lesquels elle sévira. » Formule laconique qui, assurément, ne donnait pas dans la dentelle . Il est vrai que dans le numéro suivant, j’adoucissais cette terrible prévision par cette note : « Le plus bas indice cyclique du XIXe siècle atteignant la cote 388°, tombant à deux années de l’apparition du marxisme et de la révolution européenne de 1848, n’a pas été particulière « mortifère ». On peut donc se référer à cette observation pour se défendre de verser dans un pessimisme outrancier à propos de l’indice des années 1982-1983. »

 

Il s’impose donc de devoir rappeler ici qu’en 1981, une maladie nouvelle est découverte ; son nom lui est donné en 1983 : le Sida, et son virus est identifié en 1986 : VIH, année où l’on compte déjà 80.000 décès. Depuis lors, on enregistre 25 millions de morts dans le monde (l’équivalent d’une guerre mondiale), outre une population universelle contaminée, sans pouvoir encore disposer d’une vaccination protectrice de cette maladie. L’approche prévisionnelle était donc fondée. D’autant, fort opportunément, que  dans le même texte, cette véritable « tranche d’années cataclysmiques » (indice minimal de 309° en 1983) était directement comparée aux plus extrêmes indices semblables de 1485 (314°) et de 1347 (378°). A la première de ces deux échéantes s’était présentée l’apparition d’un grand fléau pandémique (la suette anglaise ) qui ravagea l’Europe ; quant à la seconde, elle pointait juste  la terrible « peste noire » de 1347-1348 qui décima en deux années 30 % de la population européenne ! Et en plus de l’éclatement de notre pandémie nouvelle survenait un ultime danger de guerre mondiale (le second et dernier du siècle après la crise des fusées de Cuba de 1962) en 1982-1983, ceci en raison de l’installation d’euromissiles sur notre continent, jusqu’à la rupture de négociations entre les blocs de l’Est et de l’Ouest.  On conviendra donc que cette frousse prévisionnelle perçue une décennie à l’avance était largement justifiée.

 

 Maintenant que j’ai rapporté ce double climat à la prévision, il me faut avouer alors un manquement capital de ma part : celui de ne pas avoir annoncé pour ces mêmes années (je me rattraperai plus tard, là-dessus) ce qui constituait l’autre versant, celui-là positif, de la conjoncture en question, soit la considérable révolution informatique (téléphone portable, carte à puce, etc …) de cette entrée de décennie, tournant que symbolise à lui seul l’avènement historique de l’ordinateur personnel : percée d’une civilisation nouvelle (comme la conquête des mers autour de la concentration de 1485) que couronnera Internet, en navigation sur sa « toile », autour de la conjonction Jupiter-Uranus-Neptune de 1997. Mais, pour revenir à l’apparition du Sida, ce qui étaye encore la corrélation, c’est que les dernières pandémies sont  tombées elles aussi aux creux d’indice cyclique : de la grippe espagnole en 1918 à la grippe A de cette année 2009 en passant par les précédentes de 1957 et de 1968.

 

Dernier débat sur la responsabilité de la prévision . Bien que la plupart des organismes officiels de conjoncture visent ce même but, aucun d’entre eux ne se juge déshonoré par ses erreurs et il faut avoir le courage de les assumer, en laissant à la critique, au mérite proportionné à l’effort, la facilité de la plume ou de la langue .  De Histoire d’une prévision à Un bilan prévisionnel en passant par mes textes sur les dix grands cycles, mon parcours en ce domaine devrait enfin établir, à un niveau suffisant de valeur répétitive, la validité du fait astrologique prévisionnel, cycliquement perçu. Mes inévitables échecs occasionnels en la matière ne peuvent nullement ruiner cette conclusion. Qu’on veuille bien avoir, au moins, un jugement adulte, s’il vous plait !  D’une façon générale, j’ai péché par témérité, mais il fallait bien prendre des risques extrêmes, comme cette aventure avec la conjoncture de 1989, pour aller jusqu’au bout du possible. Je suis sûr que cette prévision restera exemplaire, ayant, sur un lointain impressionnant, ciblé un événement capital de l’histoire du XXe siècle avec la chute du mur de Berlin et sa suite !  Cela valait la peine de faire parler audacieusement la grande conjonction.

 

D E C E P T I O N

 

Je ne reviendrai pas sur ma longue histoire personnelle, tracée déjà à la fois dans « Noces d’or astrologiques » et au 40e anniversaire de l’astrologue (n°161,  1er trimestre 2008) où j’ai fait le récit de mes pérégrinations dans le milieu astrologique. Aujourd’hui, au terme de trois quarts de siècle de pratique, j’en reste vraiment sur la faim d’un inachèvement, n’ayant pas abouti à la maîtrise du sujet que j’avais espérée. Telle est la note finale sur laquelle il faut me rendre.  Je suis tenu de reconnaître, non sans regret, que je partirai sans cet aboutissement, n’ayant nullement acquis une pleine et satisfaisante lecture du thème natal.

 

J’avais pourtant bien crû pouvoir parvenir à cette conquête, m’étant donné une connaissance psycho-typologique et psychanalytique, et en travaillant toute ma vie sur  trois plans complémentaires : 1) Faire constamment de la recherche pour vérifier sur les thèmes de personnages connus le  signifiant des configurations traitées et en élargir la palette. 2) Enseigner pour aboutir à une claire formulation de mon savoir, tel un fruit se détachant de ma personne, outre que la recherche d’une expression juste affûte le savoir de la matière traitée. 3) Pratiquer en bonne et due forme pour  fonder une connaissance vivante sur le terrain. Une manière même de recueillir le suc de la vie.

 

En me donnant ainsi totalement à mon aventure, j’allais en arriver à vivre pleinement un savoir au bout de mes limites. Et l’on peut comprendre cela après coup : aller – j’y reviens - jusqu’à prendre le risque de s’engager dans une prévision historique de grande ampleur en enjambant  les décennies, comme le cap attendu du destin du communisme mondial pour 1989, n’était pas sans relever d’une certaine épopée de l’esprit. Je l’ai en tout cas vécu comme tel, dans toute son envergure, d’autant que l’effondrement d’un tel empire, événement primordial du siècle, saisit par surprise le monde entier ! Comme si j’avais été le seul, en bon uranien, à vivre ce phénomène (autour de moi, jusqu’au dernier moment, personne n’y croyait). Et indépendamment de ces ambitieuses visées, en elle-même de toute façon, ce devait être une vaste aventure que de vivre la passion de l’astrologie sur sa longue trajectoire séculaire. Depuis les misérables ressources à la disposition d’un Choisnard : éphémérides parcimonieuses,  rarissimes publications. Venant ensuite, derrière l’éclatant congrès international de Paris en 1954, l’âge d’or astrologique du C.I.A. Puis, avec le phénomène  « Astroflash » des Champs-Élysées, la sortie de l’astrologue en 1968. Enfin, l’éblouissement technique de l’astrologue devant son ordinateur où tout lui est donné (à l’exception de ce qui doit venir de lui) ; il est vrai pour plonger plus que jamais dans la nébuleuse de son art, à la hauteur duquel il convient de se hisser pour mériter un tel sommet.

 

Dans l’ordre d’une recherche à poursuivre, la sortie de « 450 thèmes de Musiciens » en 1954, puis  d’un Recueil de peintres, avant la venue royale des Gauquelin, témoigne de mon souci précoce de quêter des valeurs archétypales chez des personnages célèbres, ces cas publics étant d’ailleurs seuls à pouvoir servir d’exemples, en tant que sujets parvenus justement jusqu’au bout d’eux-mêmes dans la conjugaison d’un tempérament et d’un milieu porteur. S’il est une démarche que je ne regrette nullement, c’est précisément d’avoir pensé très tôt que les thèmes des célébrités avaient valeur de grossir à la loupe ce que ces personnages avaient dans le ventre par la rencontre amplificatrice d’un dedans humain et de la circonstance d’un dehors. Et je n’ai pas cessé de consulter et nourrir mes cahiers de thèmes.

 

 Outre la recherche continue de catégories spécifiques. Quand je constate, par exemple, qu’un certain Anton Van Leeuwenhoek, né à Delf le 24 octobre 1632, après s’être fabriqué un microscope braqué sur une goutte de sperme humain, découvre pour la première fois au monde les spermatozoïdes, « animalcules de la semence », comment ne pas ressentir quelque ivresse intellectuelle à constater que ce fouineur du tonnerre a quatre positions en Scorpion, dont, avec Saturne, une conjonction Soleil-Vénus-Neptune, reliée à la Lune des Poissons ? De là pour aboutir ensuite à la convergence d’un faisceau édifiant, le cas isolé s’intégrant à de semblables qui lui sont parallèles  ou complémentaires : l’Uranus en Scorpion (avec Neptune) de Reinier de Graaf qui entrevoit la structure de l’ovule de la femme, et de Lazzaro Spallanzani qui lie la reproduction à la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule. Voire ensuite la blessante conjonction Lune-Mars en Scorpion de Fritz Richard Schaudinn qui laisse son nom au tréponème pâle de la syphilis, et le Saturne en Scorpion opposé à Pluton (et peut-être à la Lune) d’August von Wassermann, dont la fameuse réaction détecte cette syphilis … En y joignant même le concours de la mondiale avec les traversées en Scorpion de Pluton, accompagnant déjà la venue en Europe de la syphilis (1493) ; de Neptune avec l’invasion des maladies dites alors vénériennes de nos années 60 ; puis encore de Pluton avec l’apparition du Sida, le tout composant une grappe des vignes de l’eau de feu du Scorpion consacrant les valeurs de l’Homme-Zodiaque … C’est de la sorte, en réseau constellé, que l’observation se nourrit d’un savoir distillé par la convergence des exemples. Certes, on est encore loin du travail d’orfèvre permettant de sauter à pieds joints sur des certitudes, mais l’approche de la réalité y est convenable. Bien sûr, « une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison » (Henri Poincaré), mais la voie y conduisant n’en est pas moins tracée sur le réel, avec en plus le concours apprécié de résultats statistiques non négligeables (ce qu’on a tort de ne pas apprécier à leur mesure dans le milieu), toutes informations au service de l’édifice du savoir d’Uranie.

 

D’avoir alors transmis cette démarche en direct n’a été que plus  fondateur à mes élèves de l’époque, abreuvés d’une illustration de personnages ainsi astralisés. Si publier un livre peut poser son auteur, loin s’en faut que celui-ci ait pour autant conquis son sujet en l’écrivant, car encore faut-il que la lettre s’incarne dans le vécu de l’art, l’artifice de la bulle spéculative rejoignant vite le discours creux. Je reçois encore aujourd’hui d’épais livres de ce genre que je jette aussitôt au panier, n’ayant plus de temps à perdre (un geste que je puis m’autoriser pour avoir lu  presque tout, en langue française, en matière de parution sur tout le siècle écoulé !). Il importe de juger toute la distance qui sépare « faire de l’astrologie » en discours, rhétorique de paroles en l’air ou d’inventions dans le vide, et « être astrologue » tout habité par son art, un art en exercice, en fonction créatrice. Il ne faut  publier que si l’on a vraiment quelque chose à dire après avoir pétri son savoir, sous la pression du besoin de transmettre un acquis délivré de soi, vivant vraiment de sa propre substance. Et encore … Je n’ai nul lieu, par exemple, d’être fier de mon  populaire Traité pratique qui avait sa faiblesse comme tant d’autres manuels, parce qu’il est encore trop difficile d’en réussir un qui se tienne bien.

 

J’ai aussi sans aucun doute beaucoup trop écrit, mais j’ose croire que quelques-uns de mes livres ont du moins apporté quelque chose de nouveau. Je sais, en tout cas, avoir contribué à faire évoluer, au milieu du siècle dernier, l’art interprétatif sur le terrain de la psychologie moderne. J’ai même eu l’impression que, en particulier dans mon sillage, l’astrologie était sortie de son sous-développement d’art divinatoire où elle était encore cantonnée, pour accéder à une astropsychologie éclairée par les apports de la connaissance de l’inconscient. Ayant poursuivi, sur ce terrain, l’œuvre d’un Choisnard dont je pourrais avoir été un continuateur dans le prolongement d’Allendy, sans la prétention d’avoir joué au magistère,  la simplicité de la vérité étant ce qui me va le mieux. Aujourd’hui, avec le recul,  si je devais ne retenir que quelques-uns de mes ouvrages, en sauvegardant naturellement L’Astrologie mondiale, exposé théorique que l’on pourrait compléter par la pratique de Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire,  je joindrais sûrement, derrière De la psychanalyse à l’astrologie, qui est l’ouverture d’un passage de l’espace céleste à l’espace psychique, L’Univers astrologique des quatre éléments pour une application individuelle pratique, ainsi que L’Astrologie confirmée, où je crois avoir déposé finalement l’essentiel de ma vision de l’art d’Uranie.

 

Au vol, cette information complémentaire. Si l’on me demande quel est, de toutes les publications françaises du XXe siècle, traductions comprises, le meilleur ouvrage technique livrant le savoir de fond des Anciens, je proclame hautement, publié aux Editions des Cahiers astrologiques en 1941, L’Astrologie selon Morin de Villefranche de Jean Hiéroz – un temps président du Centre International d’Astrologie - ultérieurement rééditée en joignant au titre « selon quelques autres et moi-même ». Œuvre qui mériterait grandement une réédition pour devenir un ouvrage de référence, base sans pareille d’un savoir qu’il faut connaître tout en en usant librement. Note d’un des « jugements » de Morin : « Le corps et l’esprit subissent davantage l’influence des causes célestes que la Fortune et le Destin (…) on peut se prononcer avec certitude sur le tempérament, les inclinations et le caractère du Né. On ne peut que conjecturer au sujet de ses actions et de son destin. » Mais il tend à arriver à l’homme ce qui lui ressemble …

 

Pour ma part, en dépit de la succession de mes ouvrages et de mes textes de revue, mon sentiment final est, sans fausse modestie, de savoir encore trop peu de choses, beaucoup même, par rapport à ce à quoi j’avais aspiré en vraie connaissance. J’ai connu quelques confrères qui ne doutaient pas de  tout savoir sur l’astrologie, estimant en avoir fait le tour, convaincus de l’avoir pressée comme un citron. Sans doute n’avaient-ils pas grand-chose à lui apporter. Je me sens, à l’inverse, très loin d’en avoir épuisé les ressources autant que d’avoir percé tout son mystère, parce qu’à mes yeux, elle se confond avec la vie elle-même, telle un art royal à la dimension de l’être humain et du monde. Comment, ainsi, ne pas se sentir dans toute l’exiguïté de sa condition individuelle face à cette immensité du tout ? Bref, je quitterai Dame Uranie simplement comme un bonhomme qui a fait de son mieux. Sans regret pour autant, car, quel que soit l’état du savoir où l’on en arrive, l’art d’Uranie est, de toute façon, un vrai bonheur de vivre à qui se donne à lui, et d’autant mieux qu’on s’oublie au profit de sa connaissance. Et surtout – soyons rassuré - qu’on sache bien qu’il n’est point nécessaire de passer trois quarts de siècle pour en arriver à la pratiquer dignement et efficacement, l’essentiel étant de s’y donner à la mesure de ses ressources et en accroissement de connaissance. D’autant que la lecture du thème n’est pas le seul exercice d’application du savoir astrologique, sa dimension cosmologique s’ouvrant sur un infini de la vie de l’esprit, en direction éclairante d’une certaine sagesse.

 

E S P O I R

Si j’ai échoué dans l’illusoire espoir d’accéder à une maîtrise, n’étant pas parvenu à tenir parfaitement mon thème en main et devant me contenter trop souvent de le balbutier – ambition exorbitante qui échappera sans doute encore aux prochaines générations, je le crains, tant immense demeure toujours la tâche pour atteindre ce but lointain – tenu de me contenter d’une approche partielle de la réalité, du moins m’est-il venu, sur mes vieux jours et avant de tirer ma révérence, la consolation d’avoir atteint, malgré tout, un but capital. C’est avec le texte récent : « Pour une réhabilitation de l’astrologie » que je me suis accordé cette appréciable satisfaction. Ecrit qui – j’en ai la plus entière conviction – jouera son rôle et reviendra sur le tapis au temps de sa reconnaissance.

 

Ce n’est pas d’hier que, sans le savoir, j’ai commencé à m’engager sur la longue piste conduisant à cette conquête primordiale. J’étais loin, déjà, de savoir que j’allais y rencontrer la « Grande Année », inconnue du milieu astrologique de l’époque, laquelle allait donner un sens à ma recherche. En me trouvant,  au surplus, en compagnie de collègues à qui je dois, ici, rendre hommage.

 

Sa voie d’accès s’est ouverte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque, au départ, Henri Gouchon a constaté que deux importants rassemblements planétaires avaient accompagné les deux guerres mondiales, s’avisant ainsi de dresser un « indice de concentration planétaire », relevant, comme une prise au compas, la portion  d’arc zodiacal occupée par les cinq planètes lentes. Délaissé par lui dans une indifférence  générale, je l’ai repris comme un flambeau dans le cadre de mes recherches sur les cycles planétaires, présenté même en page de couverture de Les astres et l’histoire (J.J. Pauvert, 1967). Plus tard, en 1974, j’ai substitué à cet indicateur justifié mais devenu insuffisant de mon ami l’ « indice cyclique » - alors taxé d’ « indice-bidon » par Jean-Pierre Nicola dans Carré n° 7-8 – complété du produit dérivé du potentiel de son débit, ainsi que par d’autres indices de Claude Ganeau et de Pierre Julien. Puis, dans l’Astrologie mondiale (Fayard, 1979), cet I.C. était présenté comme témoignant du phénomène des « perturbations » dont rend compte le dixième mouvement de la Terre. Derrière le flux et le reflux des cycles planétaires se mouvait la spirale convergente et divergente du centre de gravité des orbites planétaires autour du noyau du Soleil. Ce rapprochement effectué brisait définitivement l’accusation répétée et jugée rédhibitoire que l’astrologie « n’a aucune base scientifique », comme le prétendait la pétition du manifeste des 192 scientifiques de The Humanist en 1975. Démonstration flagrante est ainsi faite d’une déclaration aussi erronée, voire trompeuse. L’indice cyclique rend compte, globalement, du phénomène capital du jeu de centration et de décentration du foyer des orbites planétaires par rapport au Soleil : la phase montante de la cyclicité planétaire – dite de génération, de nature positive – rapproche ceux-ci en une démarche équilibrante, tandis que sa phase descendante – dite de corruption, de nature négative – a effet déséquilibrant de les éloigner l’un de l’autre ; avec les conséquences générales de cette fluctuation concernant l’activité solaire, le magnétisme terrestre, peut-être aussi la vitesse de rotation de la Terre. Ce n’est sans doute là encore qu’une préface scientifique de l’astrologie, toutefois pourvue d’un strapontin astrophysique, mais le phénomène en question n’est pas une forteresse tapie sur elle-même : on peut en imaginer une manifestation générale.

 

Ensuite, il y a aussi, d’un autre côté, le long cheminement d’une recherche, cette fois, des astronomes, astrophysiciens et géophysiciens engagés à lier, d’une part, l’activité solaire à l’action des planètes dans le cadre du phénomène en question, et, d’autre part, cette activité solaire avec ses répercussions dans l’ordre de la physique du globe.

Un hommage premier doit être rendu au confrère allemand, A. M. Grimm qui, dans Astrologischer Wetter-Lehrbuch (Verlag Baugartner, 1952), expose ce croquis où s’alignent Vénus, la Terre et Jupiter, quadruple conjonction héliocentrique provoquant des taches à la surface du Soleil. A l’époque, c’était là une observation de pionnier, un coup de sonde anticipateur.

 

Depuis le début du siècle dernier, avec notamment en France l’abbé Moreux, astronome réputé, on établit maintes corrélations entre l’activité solaire et les phénomènes géophysiques : orages magnétiques avec leurs perturbations, allant même jusqu’à y trouver notamment la cause des guerres … On finit par établir que notre globe, entouré de ceintures de radiations avec sa magnétosphère, reçoit les rayonnements électromagnétiques de toutes longueurs d’ondes émis par le Soleil.

 

Les émissions de radio étaient les premières perturbées par l’agitation solaire ; il fallait à tout prix « trouver quelque chose » pour y pallier. C’est ce que fit dès 1951 un ingénieur américain, John H. Nelson, en mettant sa découverte au service de la R.C.A. (Radio Corporation of America), et en ayant recours aux planètes ! Ayant constaté qu’il y a plus d’agitation solaire sous les aspects héliocentriques dissonants (conjonction, opposition, carré), alors qu’il y en a moins sous leurs aspects harmoniques (trigone, sextile). Il a exposé sa technique dans le texte : « Shortwave Propagation Correlation with Planetary Position » de RCA Review 12 n° 1, 1951. J’en ai donné un résumé au n° 18 de l’astrologue (2e trimestre 1972). Il s’agit, en somme, de la première utilisation de pures valeurs astrologiques dans la science appliquée au cœur de la technique moderne.

 

La même année, le professeur Max Knoll de Princeton avait d’ailleurs démontré, rapporte Jung dans Synchronicité et Paracelsica (Albin Michel 1988) , que les oscillations du rayonnement protonique émis par le Soleil, à la base de perturbations du magnétisme terrestre, affectant en particulier les émissions radio, sont elles-mêmes réactivées par les conjonctions, oppositions et carrés planétaires, au point que l’on peut prédire avec une forte probabilité l’intervention d’orages magnétiques ; à l’inverse, les trigones et les sextils ayant un effet apaisant.

 

Pour revenir au Soleil, dans l’ouvrage du C.I.A. : Soleil § Lune en astrologie  (Editions traditionnelles, 1953), en un chapitre intitulé : « De quelques effets biologiques du Soleil et de la Lune », Henri Labbé entreprit une sérieuse statistique : « Guerres nationales de 1749 à 1941 », aboutissant à cette conclusion : « Ainsi, sur un total général de 8.761 taches, on obtient 4087 taches pour 103 années de paix entre nations et 4673 taches pour 89 années de guerre. » S’il n’a pas trouvé de résultat avec les expéditions coloniales, il en a obtenu également un avec « l’agitation des foules » (révolutions, émeutes, coups d’Etat) qui « corrobore les travaux de Tchijewsky sur la relation qu’il avait établie entre la recrudescence des taches et l’activité terroriste en Russie pendant de nombreuses années. »

 

Une confirmation allait aussi venir d’Eric  Muraise – collaborateur de l’  «Institut Français de Polémologie » -  avec son texte « Convergences » du n° 49 de l’astrologue (1er trimestre 1980). Enquête où il traite de son côté le catalogue des 366 conflits armés mondiaux du Défi de la Guerre de Gaston Bouthoul et René Carrère (PUF, 1976), pour aboutir à la même corrélation.

 

On ne compte plus les recherches qui ont été effectuées de tous côtés, établissant des corrélations entre l’activité solaire d’une part, et, d’autre part, la nature, la société et les humains, y ayant participé en particulier une équipe d’une centaine  de scientifiques réunis autour du Dr M. Faure à sa publication  Cosmobiologie ». des années trente. Il y eut même un « Premier congrès international de Cosmobiologie » qui se tînt à Nice en 1938, avec ses 300 adhérents et d’éminents savants comme Deslandres, A. Lumière et D’Arsonval, en ayant été les présidents d’honneur. Des confrères comme G.L. Brahy , K.E. Krafft et le Dr E. Budai (hongrois) participèrent à cette publication, pourtant très fréquentée par les grands savants de l’époque, dont Ernest Esclangon de l’Académie des sciences et alors directeur de l’Observatoire de Paris !

Et une mention particulière revient au britannique Dr. Percy Seymour, maître de conférences en astronomie à l’Université du Sud-Ouest (G.B.) , auteur d’un ouvrage intitulé : Les bases scientifiques de l’Astrologie. Sa thèse est la suivante : Il existe une corrélation entre l’activité solaire et l’alignement des planètes, en une sorte de résonance. Il existe également une relation entre l’activité solaire et le champ magnétique terrestre, en synchronisation avec des horloges biologiques (information fournie par le CEDRA) .

 

Mais il ne fallait pas oublier non plus C. Kerneiz qui, lui, est déjà passé par les concentrations planétaires et leur impact solaire dans sa brochure : La chute d’Hitler (Ed. Tallandier, 1940) dont il vaut de rappeler ce passage : « En se rapportant aux documents du passé, on voit que les réveils des instincts prédateur et migrateur, ainsi que les invasions qui en ont résulté, ont coïncidé avec des groupements insolites des planètes lentes et lourdes : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, dans une même région du ciel. L’influence de ces groupements s’exerce simultanément sur notre globe de deux manières différentes :1° Par le déséquilibre qu’ils introduisent dans l’ensemble du système solaire, ils déterminent des perturbations dans les radiations qui émanent du Soleil, et nous en subissons le contrecoup. 2° Lorsque les planètes lentes et lourdes se trouvent groupées en un même endroit de l’écliptique, elles produisent directement des perturbations de grande ampleur dans les radiations terrestres. »

 

Enfin, je dois citer aussi mon frère Armand Barbault qui, dans plusieurs textes de son journal « L’Avenir du monde » (1938-1939), par delà l’habitude prise du traitement seulement local et fugitif d’aspects planétaires isolément considérés, a replacé le cycle planétaire lui-même au centre de la mondiale, lui en restituant l’unité dans le suivi linéaire de ses phases successives, ainsi que  dans le jeu  multicyclique de leurs  interférences, voies d’investigation globale qui sont devenues mon terrain d’exploration.

 

Sans doute, tous les personnages dont j’ai fait le tour ici, qui ont fait avancer la connaissance fragment par fragment,  ne sont-ils pas les seuls à avoir traité le sujet ; du moins ai-je salué ceux que je connaissais en regrettant de ne pouvoir citer les autres.

 

Cantonnons pour l’instant l’indice cyclique avec sa rythmique à sa pure valeur de principe : l’alternance des phases croissantes et décroissantes des cycles planétaires rapproche et éloigne l’un de l’autre le centre de gravité du système solaire et le noyau du Soleil, retentissant en influence marémotrice sur le rythme de l’activité solaire, l’astrophysique devant prendre en charge sa manifestation, quels que soient l’affinement du calcul utilisé et le mode de l’accord vibratoire existant entre les deux parties. Cela dépasse l’affaire du seul astrologue.

 

Ce n’en est pas moins au prix fort qu’un tel aboutissement a son poids de vérité, car non seulement la configuration a derrière elle l’effet d’une puissance physique jusqu’alors insoupçonnée, mais encore, le résultat pratique devant accompagner la théorie, la prédiction qui  doit rendre compte de son effet atteint son but. Démonstration au sommet : il fallait impérativement que l’histoire répondît par l’extraordinaire à la venue de la suprême concentration planétaire de 1989-1993, annoncée comme un tournant capital de l’humanité, et cela un demi-siècle à l’avance ! Outre d’autres expériences prévisionnelles    concluantes du même ordre.

 

Le fait n’en demeure pas moins définitivement acquis : on ne peut plus nous accuser de donner dans l’oraculaire. Si l’astrologie traite effectivement un champ de signes, l’océan des signes célestes où nous plongeons quand nous interprétons, cette parure de la robe d’Uranie est le décor d’une réalité profonde où, en coulisse, s’exerce le jeu des puissances qui gouvernent physiquement notre monde, échiquier d’un langage astral intelligible. Ici, véritablement, habitants de la Terre, parcelle continentale du système solaire, nous sommes pleinement des enfants du Soleil et des planètes, suprême réalité que coiffe précisément l’astrologie.

 

Une précision s’impose :  de dégager ici le sous-sol où se meut la manifestation élémentaire de notre domaine, celui d’un ciel profane descendu sur terre,  ne doit pas induire en erreur dans un soupçon de vouloir alors « scientifiser » une astrologie au rabais, au détriment d’un ciel qu’on voudrait éthéré, car sa base physique est inséparable de son champ psychique, ainsi qu’est la nature humaine charnelle et spirituelle. Notre connaissance, qu’on l’idéalise ou non, est d’une intégralité encore insoupçonnée, mais, dans les avenues de son temple, il n’y a pas de ciel sans terre, et plus profondes sont les racines de l’art d’Uranie sous sa gangue astrophysique, plus éthéré est le joyau de son vol d’ailes.

 

En publiant à l’orée du XXIe siècle cette « réhabilitation de l’astrologie » - texte que je n’ai pas manqué de diffuser largement : du Collège de France à l’Académie des sciences (notamment à cinq de ses membres) en passant par maints observatoires, revues scientifiques spécialisées et gens d’en face concernés par leurs critiques - il m’est venu à l’esprit que c’était une sorte de bombe que je lançais dans le milieu officiel, tel un commandeur livré à l’assaut d’une forteresse. Plaisanterie, bien sûr, et sans me faire nulle illusion. Mais nous ne sommes pas les seuls à subir pareil ostracisme d’une chapelle rationaliste. Après tout, il y eut aussi, au Sommet sur l’environnement de Rio en juin 1992, un « Appel de Heidelberg », adressé par 425 personnalités dont 250 scientifiques et 52 Prix Nobel, dénonçant « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel, et nuit au développement économique » ! Depuis lors, ce qui se passe sur la planète ne donne-t-il pas raison aux écologistes et combien, parmi ces signataires (beaucoup d’entre eux ont signé les deux pétitions), ne regrettent-ils pas maintenant leur signature ?

 

Il faut rappeler aussi que notre connaissance revient de loin, avec l’avalanche de dénigrements qui s’est abattue sur elle ; déjà avec Pierre Bayle pour qui « l’astrologie est la chose du monde la plus ridicule » (Pensées sur la comète) et surtout depuis le « siècle des lumières ». A L’Encyclopédie, où Diderot et d’Alembert nous présentent ainsi : « Aujourd’hui, le nom d’astrologue est devenu si ridicule, qu’à peine le plus bas peuple ajoute-t-il quelque foi aux prédictions de nos almanachs », pendant que Voltaire y va de ses mercuriennes railleries en déclarant qu’ « il ne saurait avoir le privilège de se tromper toujours » … Derrière tout cela et sa suite - outre malheureusement l’auto-déconsidération du milieu astrologique jusqu’à sa chute dans la fosse aux balivernes de « l’horoscope » de la presse, quotidiennement débité par décans au tout venant - il est difficile de remonter la pente. Néanmoins, avec cette étincelle initiale faisant éclore l’astrologie sur le terrain scientifique, nous détenons enfin  un moyen sûr de tordre le cou au panurgisme anti-astrologique. Ce n’est sans doute là qu’une mise en bouche avant le hors d’œuvre, mais elle aura contribué,  finalement , ma conviction là-dessus reste entière, à briser ce préjugé.

 

Car l’enfant des ténèbres est en partie dévoilé, procédant de la physique du globe, sa souche matérielle première. Sans avoir pour autant à monter en habits de lumière sur un podium pour le proclamer haut et fort, pas plus que d’arborer un fanion glorieux, il n’y a  pas moins là, bien tranquillement, tout simplement, une plaidoirie décisive en faveur de la réalité de l’astrologie, et cela justifiait la campagne que j’ai entreprise dans le milieu astronomique-astrophysique et autre, sachant toutefois qu’on ne déracine pas un préjugé collectif en un tournemain, mais ne doutant pas d’avoir enfoncé un coin et miné le terrain d’une superstition négative puisant à de fallacieuses raisons  jusqu’à la mauvaise foi. Nous détenons enfin une sorte d’arme absolue de la réhabilitation attendue avec le fait prévisionnel à l’échelle mondiale, en la partie gagnée d’un « et pourtant elle tourne » qui aura forcément le dernier mot avec les pointes inférieures d’indice cyclique de 2010 et de 2020, sans attendre ou en tout cas ne dépassant pas le suprême alignement des quatre géantes de 2080 !

 

 Y contribue encore le résultat dernier d’une annonce faite à « L’astrologue » dès 1990 et répétée à trois reprises en 1993, 1998 et ici en 2004, de la venue d’une nouvelle crise économique mondiale de grande ampleur autour de 2010. Crise ayant commencé à l’automne 2008  (sous opposition Saturne-Uranus, au passage solaire de la mi-septembre), nouvel indice poursuivant cette pression impérative du fait prévisionnel. Outre que cette crise devait y impliquer le passage d’un unilatéralisme révolu du leadership économique américain  à une gouvernance de partenariat, tel qu’est apparu déjà le G20 de cette fin septembre 2009 , au nouveau retour solaire sur cette opposition saturno-uranienne . Et qu’en sera-t-il encore avec l’annonce d’une répétition de crise mondiale en 2020 ? Les astronomes n’étaient pas allés jusqu’au bout des ressources de leurs observations célestes : ils devraient finir un jour par nous remercier de les y avoir conduits, en une magnifique réconciliation astronomico-astrologique, de leur douve se dressant le fronton d’une citadelle de la vie.

 

Je n’ai pas cessé d’être à l’avant-garde des affrontements divers avec nos adversaires A la seconde page de couverture de l’astrologue se présente la liste des nombreuses personnalités de notre temps que j’ai interrogées sur le sujet, en une pleine liberté d’expression. Il m’est resté la déception du silence de Michel Foucault du Collège de France. Voici les trois questions que je lui avais posées :

 

« Dans votre livre : « Les mots et les choses »,vous avez décrié le monde de la ressemblance (l’analogie, la sympathie, la signature …) auquel appartient en propre l’astrologie. Considérez-vous dès lors celle-ci à jamais condamnée, sinon quel registre de viabilité peut-il lui être alloué ?

Si, advenue à notre connaissance en tant que psychologie des anciens, elle se présente dans la ligne d’une herméneutique psychanalytique, considérez-vous  la sémiologie des signatures astrales comme catégorie d’un savoir psychique et comme système des similitudes de notre univers intérieur, dans la mesure où la vie psychique inconsciente se structure symboliquement ?

A supposer que vous accepteriez une certaine validité de la corrélation, jusqu’où admettriez-vous une valeur de déchiffrement à ce monde des signes jugé par vous « rêveries et charmes d’un savoir qui n’était pas encore devenu raisonnable ? »

 

Peut-être, mon questionnaire l’a-t-il dérangé. En tout cas, quand je traite la majestueuse simplicité des cycles planétaires, je crois pleinement me reconnaître dans cette citation de lui : « L’histoire d’aujourd’hui donne un sens à l’événement en le rattachant à des séries dont il est issu. » « D’autant que, après avoir « dépassé » l’événement, la nouvelle histoire le réinsère dans ses structures. » (Georges Duby). On devrait en percevoir une fois de plus une certaine magnificence avec le couple Jupiter-Neptune dans le cadre de « La Ve République » qui fera suite à ce texte.

 

Il m’est venu l’idée, à ce suprême voyage rétrospectif au pays d’Uranie, de faire revivre maints confrères en un panorama de grandes figures d’astrologues de ma génération, mais la défaillance de ma plume m’oblige à me contenter de brèves évocations. Quand je me retourne sur mon passé, je me revois en leur compagnie : notamment de  Gouchon, cet honnête et discret chercheur dont le Dictionnaire est une référence qui n’a pas son pareil. Brahy, dont son Demain avec son congrès international de Bruxelles en 1935 firent de la Belgique un grand centre rayonnant de l’astrologie d’avant-guerre. Lasson, ce mirobolant téméraire qui reste très estimable malgré ses reins brisés de prévisionniste. Néroman, seigneur à sa manière de poser les pieds sur le sol cosmographique en une invitation à renouveler son interrogation. Carteret, ce cascadeur sans pareil du langage symbolique au C.I.A., qui a longtemps fasciné le milieu parisien par son ouverture à une dimension nouvelle de notre savoir. Et encore, avec le cher Ruperti qui eut pu supérieurement s’accomplir lui-même s’il ne s’était pas tant voué à l’œuvre de Rudhyar ; ainsi que Vouga conférencier, sorte de R.P. d’Uranie enchanteur, amoureux du merveilleux astral, enclin à faire de notre art un roman de l’âme, victime toutefois de sa facilité. Derrière Caslant, Boudineau, Muchery, Ambelain, Symours, Antarès, Volguine, Hiéroz, puis Santagostini et tant d’autres ; une grande équipe chercheuse au temps fort de la « Société Astrologique de France » du colonel Maillaud, puis du  « Centre International d’Astrologie », des Cahiers astrologiques, de l’Astrologue, etc.

 

Et surtout, naturellement, le grand Rudhyar, aux ailes de la psychologie humaniste qui lui ont permis, au milieu du siècle dernier, d’insuffler une pensée nouvelle de spiritualité astrologique, larguant ainsi le côté « tarte » d’une tradition radotant sur son passé. J’ai déjà estimé que cette délivrance ne s’était pas donnée de suffisants moyens pour satisfaire ses espérances, cette démarche humaniste faisant figure de fille ingrate pour avoir négligé de s’abreuver à la source de la mère nourricière traditionnelle, plus profondément porteuse de savoir qu’il ne l’a perçu. Outre que, pour ce qui en est du support de la psychologie humaniste, on est loin d’être allé jusqu’au bout des ressources d’une vraie plongée dans l’inconscient individuel et collectif, en s’étant inspiré de Jung sans être passé d’abord par l’expérience freudienne fondatrice, d’ailleurs décriée par lui. De là un goût d’inachèvement que paraît avoir compensé une certaine fuite en avant d’astrologie galactique. Sans doute avons-nous avec lui le souffle prophétique d’un penseur qui transcende l’astrologie, mais son azur abandonne le praticien dans les brumes d’un savoir en évaporation. Qu’on veuille bien me pardonner cette réticence, mais c’est là rendre service à ce grand auteur en incitant un successeur à parachever l’œuvre. Je pourrais  citer d’autres personnages qui ont eux aussi leur mérite, mais le refus de  polémique m’en préserve regrettablement.

 

A mesure que défilent les années, j’en arrive à penser qu’il se pourrait que je sois maintenant le doyen des astrologues français. Je ne connais pas de confrère plus âgé que moi, étant sans nouvelle de l’ami Henri Latou, né quelques heures avant moi. Mais, parmi les vivants actuels, qui pourrait bien avoir déjà mis le nez dans un rarissime bouquin astrologique en l’été 1934  ? Puisqu’on ne le sait, peu importe et tout a une fin ...

 

Au terme de ce parcours, laissez-moi jeter un ultime regard sur le futur en vous rappelant ma prévision concernant une probable reconnaissance de l’astrologie. Elle me vient de la conviction profonde que ce n’est pas un hasard si c’est au temps de la dernière conjonction Uranus-Neptune que Didier Castille a recueilli – une fortune - à l’échelle macrocosmique la subtile mais majeure corrélation entre la révolution du Soleil et les phénomènes vitaux fondamentaux de l’accouplement, de l’enfantement et du décès ; pendant que, de son côté, l’astronomie passait à une nouvelle dimension de la connaissance du cosmos. La  conjonction étant au sextil un passage du germe à son éclosion, de l’œuf clos au bourgeon, c’est donc au sextil Uranus-Neptune du cap de 2025, pendant que le savoir universel se renouvelle encore, que cette aurore peut surgir. Voudrait-on même, par refus, réduire aujourd’hui ce triple fait solaire à un signe quelconque sans lendemain, que son interrogation n’en serait pas moins porteuse d’avenir. Venu déjà de la triple conjonction Jupiter-Uranus-Neptune de 1997, sous laquelle Internet s’est installé dans le monde, au pied d’un numérique naissant, et tandis que le dérangeant carré Uranus-Pluton du cap de 2020 va encore bouleverser l’esprit, le carrefour de 2025 – quatuor astral le plus fameux du XXIe siècle ! – présente une conjonction Saturne-Neptune à l’entrée du Bélier au double sextil d’un exubérant trigone Uranus-Pluton, où sur-rationnel uranien et irrationnel neptunien s’aménagent un terrain d’entente sous le souffle d’une plénitude d’épanouissement (trigone) de la révolution électronique-informatique qui s’est imposée depuis la conjonction du duo urano-plutonien. Temps nouveau d’une restauration de la foi humaine dans le monde et d’un retour du spirituel où il est difficile que notre art ne trouve pas sa place ; macropaysage d’un avènement de l’état adulte de la nouvelle civilisation qui a pris pied à la source de la micro-grande année de la décennie quatre-vingt. En attendant ce tournant historique, que chacun œuvre de son mieux, dans l’engagement d’un esprit de recherche.

 

Pour finir, j’adresse chaleureusement le salut confraternel à tant et tant de mes amis, connus aussi bien qu’ inconnus, qui sillonnent notre planète, pour leur bonheur et la félicité d’Uranie !

 

Equinoxe d’automne 2009

 

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