Astrologie Individuelle
(Pratique)

Présentation Publications Articles Imagerie Liens

 

APERCU ASTROLOGIQUE SUR L’AMOUR

Réflexion faite, il m’est apparu qu’une série de 18 textes publiés du n° 5 au n°24 (1969-1973)  de L’astrologue, consacrés à l’amour, pouvait rejoindre les exposés de l’Individuelle pratique. La tiédeur initiale de la réflexion qui a accompagné cette démarche a ses raisons.

Relancer un texte que l’on a écrit il y a près d’une quarantaine d’années ne s’accueille pas nécessairement dans la réjouissance, car, en un tel recul, c’est un auteur d’une autre exigence qui juge son œuvre ancienne, en en ressentant toutes les imperfections. Me penchant à froid sur ces écrits lointains, ses faiblesses défrisent mes retrouvailles. Outre que l’esprit du temps n’est plus du tout le même. On ne peut imaginer à quel point le jugement du masculin et du féminin a fait l’objet d’une profonde métamorphose, de même que la caractérologie psychanalytique de l’époque paraît dépassée, même si elle garde son utilité didactique. Bref, il y a du vieillot dans l’air et il faut en prendre son parti.

Pourtant, en dépit de ces réticences, ma décision de publication se justifie doublement. C’est d’abord qu’elle reste une pièce unique en son genre. Si encore un travail de recherche du même ordre était venu prendre le relais, celui-ci eusse pu s’effacer : dans l’absence, une réédition est préférable au vide, l’archéologie du savoir étant mieux que rien. Mais aussi, la critique passée, je ne renie pas l’essentiel : si aujourd’hui j’avais à entreprendre le même sujet, je l’établirais à peu près dans les mêmes conditions et j’en aurais la même pensée générale, l’esprit au diapason contemporain.

Je dois préciser que le texte initial n’a pas été reproduit tel quel. Puisque cela était possible de le faire, pourquoi ne pas corriger les fautes et les erreurs ? Et du même coup, en plus des retouches souhaitables, pourquoi ne pas améliorer la documentation en joignant quelques cas nouveaux ? L’œuvre initiale reste donc intacte pour l’essentiel.

Je veux croire que maints lecteurs feront profit de ce texte.       

 

 

L’ EXPLORATION ASTROLOGIQUE DE L’AMOUR

 

Interroger le « destin » est la plus naturelle et immédiate disposition de l’Homme que dépassent les forces cosmiques de l’amour. Le plus sceptique se met à croire aussitôt que bat son cœur. Qui n’a pas effeuillé la marguerite ? Les oracles, clefs des songes et arts divinatoires, moulés au creux d’un besoin profond de l’âme éternelle, semblent être, avant tout, une réponse à l’appel de l’amoureux.

 

Que n’a-t-on d’ailleurs pas dit de l’amour ? … Ce dieu malin qui se rit de la raison et se plaît à bousculer la volonté des pauvres humains. N’est-ce pas surtout à cause de lui que l’homme et la femme perdent si facilement la tête et deviennent le jouet des puissances intérieures qui s’emparent d’eux ? N’a-t-on pas abondamment épilogué sur cette « loi de l’amour qui gouverne le monde » ?

 

On le conçoit sans peine quand on songe à la place souveraine qu’il occupe dans la vie humaine. Car l’amour se situe au cœur de toute existence et en constitue le mobile essentiel. Il est souvent la grande raison d’exister. C’est dans sa sphère même que se situe généralement « le point vulnérable », les grands déboires ou les profondes déceptions ; c’est là aussi que l’être humain peut éprouver les plus grandes joies. C’est sur son terrain propre que se décide, en somme, tout le bonheur ou tout le malheur de la vie …

 

Comment, dès lors, l’amour ne serait-il pas le « lieu » privilégié de rencontre de l’Astrologie et de son « consultant » ? Est-il besoin d’insister sur ce point ? Mais, alors, quelle réponse peut-elle donner par la voix de son messager, à « l’appel » de celle ou de celui qui vient l’interroger ?

Jusqu’à une époque relativement récente, l’amour ne s’est guère présenté que comme un thème de destinée parmi les autres : santé, situation …, se prêtant à un exercice d’art divinatoire : l’homme au chapeau étoilé se devait de pointer dans la bonne direction des « événements » à venir, répondre directement à une immédiate interrogation. Ce qui était pour le moins aléatoire Or, en ce domaine privilégié et avec la promotion d’une astropsychologie, c’est à un authentique art royal que nous pouvons ou devons prétendre accéder.

 

Par « art royal », j’entends que nous bâtissions sur les constantes du cœur humain, que nous ayons notre siège sur le terrain psychique, que notre quête adhère à la réalité amoureuse dans sa substance intime, l’écho de l’interprète devant rejoindre directement le centre vital de l’interprété, celui-ci étant élucidé dans son propre « vécu ». Certes, « l’événement » n’y est point pour autant négligé : il est le signe apparent de ce vécu, l’accident révélateur ; mais ce témoignage n’est que trop souvent l’ombre de la réalité intérieure et c’est elle qu’il faut atteindre. Il faut donc juger le fait visible « du dedans », aller au-delà de cette enveloppe sensible qui drape le décor de la destinée amoureuse, pour atteindre directement les réelles valeurs de l’âme humaine.

 

Dans la mesure où il est possible de le faire, il n’est pas question de se priver des informations concernant cet aspect extérieur des choses : âge du mariage, type de partenaire, avantages ou inconvénients matériels, sociaux ou familiaux de l’union …Mais il importe davantage d’aller en profondeur pour une mise en lumière des équations psychologiques du destin amoureux. Par exemple, définir le bonheur ou le malheur d’une union, la satisfaction ou la déception qui s’y attache ; comment et dans quelle mesure l’union contribue-t-elle à l’équilibre affectif et à l’épanouissement de l’être ; quels problèmes humains elle pose, quels conflits ou déchirements intérieurs elle provoque ; comment évolue la sensibilité au cours de l’expérience conjugale ; bref, toute l’histoire du cœur dans sa vie naturelle qui est celle du plaisir et de la douleur, de la volupté et de la souffrance, de la joie et de la peine, de l’harmonie et du déséquilibre.

 

J’ai déjà dit que face au tableau du signifiant astral se présentait celui du signifié psychique et qu’à la thématique propre du déterminisme astrologique répondait une phénoménologie de l’affectivité. Oui, ce qui sort « immédiatement » du thème, c’est le monde subjectif de l’être, ce que celui-ci ressent et éprouve dans son for intérieur en tant que pulsions instinctuelles, climats passionnels, données de conscience , états d’âme … Les événements ou faits de l’existence se perçoivent en second lieu, comme en conséquence, sur cette toile de fond initiale. Ils ne sont déjà plus une nécessité car ils procèdent de la détermination de celle-ci et n’en constituent que des résultantes probables. On est donc fixé dans ce qu’il est permis de recueillir comme sources d’information, la constante (ce qui ne veut pas dire la simplicité) existant seulement à la trame affective qui fonde la subjectivité du destin, la relation avec les événements proprement dits, aspect extérieur ou faits objectifs de ceux-ci, étant plus ou moins lâche, elliptique par nature étant la tendance.

 

Une fois de plus, il me faut renvoyer le lecteur à De la Psychanalyse à l’Astrologie afin de convertir la donnée du thème en psychologie affective. Mais il est une œuvre qui m’a tout particulièrement inspiré : il s’agit de L’Amour du Dr René Allendy, publié en 1942 chez Denoël et considéré comme son testament spirituel, cet auteur ayant été le fondateur, avec le Dr Laforgue, de la Société Française de Psychanalyse, et un astrologue important de son temps. Les très larges emprunts, mis entre guillemets, que j’en ferai, donneront la mesure même de l’influence que ce livre a exercé sur ma compréhension de ce sujet capital, et c’est le meilleur hommage que je puisse rendre à ce remarquable esprit trop oublié.

 

Il n’y aura pas lieu de trop s’étonner si, dans mon pèlerinage, je m’attarde aux visages malheureux et aux maladies de l’amour, plutôt qu’à sa santé et à ses mines réjouies. Ne dit-on pas que les couples heureux n’ont pas d’histoire ? En fait, ils en ont bien une, mais elle nous échappe plus ou moins. Disons que nous irons jusqu’au bout de nos possibilités pour dépister la vie amoureuse sous ses diverses expressions.

 

LE  FAIT  AMOUREUX

 

Ouvert sur le ciel et l’enfer, allant du sublime à l’abject, réunissant en soi le bien et le mal, l’amour est chose qui ne se cerne pas, et s’il faut à tout prix le situer, il apparaît « comme une vaste entité aussi vaste que la vie elle-même, déjà impossible à définir, se situant sur le plan psychique qui est peut-être au centre de toute existence et représentant la manifestation essentielle de cette vie » (Allendy).

 

Nous voici, au départ, engagés sur la notion d’une force unique primordiale dont le cadre le plus général s’accorde on ne peut mieux avec le « synthétisme » unitaire astrologique. Cette universalité de l’amour incite le psychologue à l’apparenter aux forces de cohésion et de synthèse qui se manifestent sur tous les plans du monde. Ce serait, déclare Allendy, « la même force universelle qui rapproche les atomes, combine les molécules, suscite les baisers des jeunes gens, les drames des adultes, animent les réactions chimiques du domaine organique en même temps que tous les élans, toutes les aspirations qui constituent la vie psychologique. Cette grande force de la nature et de la vie humaine a été pressentie de tous temps et appelée différemment : le Kama des Indous, l’Eros de Platon, la Libido de Freud, l’élan vital de Bergson … »

 

Freud semble être le premier psychologue qui ait parlé, en tout cas aussi manifestement, de cette synthèse de l’amour. Allendy reprend et développe cette thèse freudienne :

 

« Cette unité de la force d’amour de l’être psychique se retrouve dans la multiplicité des acceptions données dans le langage à l’idée d’aimer… On aime non seulement son partenaire amoureux, mais aussi ses parents, ses enfants, son prochain, Dieu ; on aime également un pays, une couleur, un parfum, une mélodie ; on aime encore le jeu ou la boisson, comme on aime la justice ou la science. L’expérience populaire ressent donc comme une appetence commune et analogue l’attraction pour des objets aussi divers, aussi différents ; ce ne seraient là que les multiples aspects du sentiment d’amour. C’est secondairement et à titre d’extension concrète que le mot amour (le fait d’aimer) a pu être pris dans le sens matériel d’une union déterminée, d’une réalisation sentimentale (si l’on dit, par exemple, d’un homme qu’il a eu deux amours dans sa vie). Le plus souvent, l’amour garde la signification abstraite d’un sentiment, d’une tendance au rapprochement, à la fusion, d’un désir ou d’un besoin d’union. Aimer le sucre, c’est souhaiter incorporer le sucre à sa propre substance dans l’acte nutritif. Aimer les fleurs, c’est chercher à en faire le décor de son existence. Aimer sa patrie, c’est confondre ses intérêts avec les siens propres. Aimer la vertu, c’est s’efforcer de la réaliser en soi … Il faut attacher une grande importance à ces rapprochements fournis par le langage, parce que celui-ci, qui n’est pas essentiellement un produit intellectuel mais beaucoup plus une fonction vitale issue de l’instinct, exprime la manière commune de sentir des hommes, ce qui est une réalité psychique et peut-être aussi une intuition naturelle des rapports profonds des choses.

 

Or, le langage énonce partout une identité certaine entre les différentes formes d’amour, et semble affirmer que ce sentiment peut être exempt d’appêtit sexuel, tel l’amour du savant pour ses livres. L’élément érotique ne ferait que compléter en d’autres cas, l’attirance plus générale et plus profonde du sentiment d’amour, sans le caractériser essentiellement. Les investigations de la psychanalyse permettent de suivre l’insertion ou la désinsertion de cet élément sexuel en observant la continuité ou bien le déplacement de l’attirance amoureuse d’un objet absolument asexué vers un objet pourvu de valeur érotique, en un mot les transformations de la libido.

 

Cette notion de libido, empruntée à la psychanalyse, en ramenant toutes les tendances instinctives à une force commune, permet de mieux comprendre la continuité entre les différentes formes d’appétence que le langage rapproche sous le terme d’amour ; elle est la première à expliquer ce qu’il y a de commun et de foncièrement identique dans le fait d’aimer la pâtisserie ou d’aimer une femme ou d’aimer la justice. » (…) « Dans l’observation courante, ce qui prouve le mieux la parenté foncière de toutes les formes d’amour, c’est la substitution possible de deux formes d’amour en apparence éloignées, donc leur équivalence pratique.

 

C’est ainsi que dans le psychisme malade d’Edgar Poe, on voit alterner régulièrement l’amour de la femme et l’amour de la bouteille. Beaucoup d’exemples attestent cette plasticité du sentiment amoureux. Combien voit-on d’individus déçus dans leurs aspirations sexuelles, verser dans la passion de la bonne chère, des collections, des drogues, de la religion ! Il faut bien admettre que ces formes si diverses d’attirances, d’appétences, d’intérêts ne sont réciproquement substitutives qu’en fonction d’une communauté foncière. En somme, nous constatons que l’amour peut très facilement, en changeant l’objet, perdre son aspect sexuel comme si celui-ci n’était pas essentiel.

 

Parallèlement aux transpositions de l’attirance amoureuse décrites par les psychanalystes, s’opérant de la sphère sexuelle à la sphère digestive ou inversement, les théologiens nous enseignent que la concupiscence peut prendre des formes différentes ; poussant plus loin encore leurs identifications, ceux-ci ne craignent pas d’affirmer que l’amour sentimental pour le prochain est de même essence que l’amour pour Dieu. Il est curieux de voir la métaphysique et la psychologie des instincts aboutir à la même conclusion : il n’y a qu’un sentiment d’amour quel que soit son objet. »

 

Ainsi, nous sommes devant un « « fait amoureux » qui représente un exercice de vivre essentiel. A travers lui s’exprime une sensibilité tendant à une spécificité érotique (au sens le plus large du mot) mais qui demeure susceptible de manifestations diversifiées en raison du pouvoir d’affectation de la tendance en cause à des êtres divers ou des intérêts différents.

Comme si l’on saisissait un verbe du sentiment d’amour et un pluralisme d’objets sur lesquels il peut se greffer. Le verbe représente en quelque sorte l’action de la tendance sous l’aspect d’un type de sensibilité et de comportement conduisant à un certain mode d’histoire amoureuse. L’objet – quelqu’un ou quelque chose – est un facteur préférentiel, lié à l’être par le jeu des affinités électives, mais qui est affecté d’une certaine indétermination, et qui est, du même coup, susceptible de remplacement. La « coulée » de tendance suit la ligne de sa pente naturelle ; mais cette continuité a ses points de rupture par suite des « déplacements » du processus affectif d’un objet donné à un autre plus ou moins différent, le passage pouvant se faire d’une personne aimée à une autre personne, aimée à son tour, et même d’un objet sexué à un objet asexué (ce qui tend à arriver surtout lorsqu’il y a un conflit, une interdiction visant l’expression sexuelle) pour aboutir à une autre finalité qu’à celle du couple humain. Ce genre de substitution est rendu possible par l’existence d’une « équivalence affective » entre ces divers aboutissements, la communauté foncière de ces vécus successifs apparaissant au niveau inconscient d’un verbe unique qui modèle son expression en fonction du caractère de chaque nouvel objet.

 

En nous plaçant maintenant sur le terrain astrologique, nous pouvons admettre que chaque symbole, planétaire ou zodiacal, exprime une fonction amoureuse, dans la mesure où l’on peut dire, par exemple, qu’en particulier le mercurien aime le langage, les lettres ou les affaires ; le martien le sport ou l’armée, le jupitérien la représentation ou l’autorité, le saturnien la connaissance …Il s’agit là de l’attirance naturelle ressentie dans le cadre des affinités électives : expression, combat, affirmation, vie de l’esprit …Or, nous connaissons le symbole dont le verbe présente une spécificité d’amour : il s’agit naturellement de Vénus. Vivre en fonction du processus vénusien, c’est aimer : aimer avec son coeur, quel que soit qui l’on aime ou ce qu’on aime.

 

L’interprète est tenu de bien différencier les valeurs polaires du verbe et de l’objet de la tendance amoureuse, faute de quoi il est condamné à se perdre, donc à se tromper. En voulez-vous une preuve ? Livrez-vous donc à l’expérience suivante que j’avais l’habitude d’offrir à de frais élèves.

 

Vous exposez deux thèmes sur un tableau en disant qu’ils sont ceux d’un pape et d’un Don Juan, en leur demandant naturellement de les identifier. Ayant choisi Benoît XV (Gênes, 21/11/1854, 10  h 30) et Casanova (Venise, 2 avril 1725, probablement au lever du jour), données camouflées.

 

Le premier : conjonction Soleil-Vénus-Mercure en Scorpion avec un Mars qui se lève ; et le second avec Mercure-Vénus-Mars-Jupiter en Poissons ; tous deux avec une Lune du Sagittaire … Si l’objet vous interpelle, vous tombez automatiquement dans le piège du sexuel Scorpion et du mystique Poissons … Ce n’est qu’au niveau du verbe que votre interprétation peut tenir. Alors se dégagent, d’une part, le plus instinctif et passionné dans sa vocation, même si son objet de passion est la religion ; et, d’autre part, le plus « communautaire », communiant par sa poussée vitale dans une sorte d’infini amoureux, son donjuanisme pouvant ressembler à une fuite en avant mystique. La leçon à tirer est que, bien évidemment, le verbe passe avant l’objet comme plan de référence de l’interprétation.

 

L’indifférenciation des deux vecteurs de la tendance est restée trop longtemps le facteur de stagnation dominant dans les progrès de l’interprétation. Je prends au hasard cette signification de la conjonction Soleil-Vénus, livrée par Rantzau dans son Traité des Jugements des thèmes généthliaques (1657) : « Le né aime le peuple, dont il est loué et très estimé ». S’il me plait de voir l’auteur articuler immédiatement le verbe vénusien par excellence, par contre, je constate que la suite en fausse la signification pour en limiter d’une façon étriquée l’application à un objet arbitraire. Comprenez que le « né » en question donne de l’amour et en reçoit, voilà tout.

 

Une conjonction Soleil-Vénus, c’est essentiellement une solarisation du verbe aimer qui se produit sous une forme ou sous une autre : l’amour qui brille, qui élève, qui anoblit, le grand amour … Du fait que Vénus est en contact direct avec le Soleil, il tend à s’accomplir un développement de la sensibilité (heureuse ou malheureuse), comme si la planète pouvait prélever dans l’énergie du luminaire diurne la puissance nécessaire à la réalisation et l’épanouissement de sa propre affectivité, le Soleil traçant une voie royale au devenir vénusien. Citons trois cas de conjonction au Fond du ciel : Cézanne, l’amour lui venant de la peinture, comme de la musique avec Cherubini et des lettres avec Romain Rolland. Parmi les célébrités, cette conjonction recrute généralement des natures sensibles ou sensuelles, hommes populaires, personnages qui aiment et sont aimés, véritables artistes ou artistes en leur genre …

 

Si nous voulons comprendre quelque chose de l’amour, avant d’aller plus loin, considérons donc le « fait amoureux » d’abord sous l’angle du verbe aimer.  

 

 

LA  NAISSANCE  DE  L’AMOUR

 

« Le lieu du ciel où apparaît un astre à la naissance prend, pour toute la durée de la vie, la vertu de cet astre. » (Morin) Cette donnée première de la détermination astrale pose d’emblée l’opérateur planétaire comme le déroulement d’un flux traversant le devenir humain dela naissance à la mort. Ainsi, là où est posée Vénus, la présence vénusienne est permanente et elle l’est comme la représentation unitaire et globale de tous les aspects vénusiens de l’existence ou de toutes les formes de la vie vénusienne, dont cette position planétaire est le siège ou le foyer.  Sur cette base, le « destin astral » n’offre pas de point de repaire numérique ; rien n’y est dénombré et si quelque chose n’est pas « écrit » dans un thème, c’est bien le nombre des amours, des unions, des enfants … Ce « destin astral » prend, au contraire, sa signification à partir d’une notion de contenu global où tout se tient dans une totalité synthétique.

 

Ainsi, avec Vénus apparaît l’universalité des expressions du sentiment d’amour. Le centre vénusien de la constellation de naissance est telle une source d’où s’écoule le flux de la sensibilité amoureuse, racine-mère sur laquelle se greffent les multiples manifestations de cette affectivité. Son information consiste à suivre, pour ainsi dire, le fil du même désir, de la même crainte, du même sentiment de vivre, tout au long de l’existence ; dans le pointillé des silences ou des temps morts comme dans le souligné des passions, des orages, ou dans le décousu des crises et des métamorphoses.

Il s’agit de dépister l’historique d’un sentiment à ses origines, au commencement de son émergence, puis de le suivre dans ses recommencements, dans ses apparitions et ses figures successives. Ce sentiment et la « conduite amoureuse » qui en est le témoignage sont l’expression d’une tendance dont les coordonnées sont un verbe au jeu relativement limité et une série d’objets plus ou moins large. Le verbe est la motrice de la tendance, comme l’objet en est le réceptacle ou le point d’application. En fonction de certains phénomènes de transfert et de substitution, le verbe aimer – que représente Vénus – se conjugue continuellement en se déplaçant d’un objet à un autre au cours de l’existence, et c’est la répétition du sentiment d’amour qui constitue la principale thématique de l’interprétation de Vénus.

 

Il n’y a pas d’autre logique opérationnelle pour entrer dans l’investigation de la vie amoureuse, et nous allons voir que le psychanalyste opère la même démarche dans son exploration psychique.

 

C’est au niveau inconscient que se déroulent les mécanismes auxquels obéit la vie affective. Tels sont le « refoulement » où l’être humain à l’émotion nouée a oublié ce qui lui a donné naissance, ainsi que le « déplacement » par lequel cette émotion se reporte sur d’autres personnes ou situations ressemblant à l’impression première. C’est ainsi que le sentiment amoureux naît d’un déplacement affectif :

 

« Vers l’âge de quatre ou cinq ans, l’enfant s’éveille au besoin d’aimer. Les personnes qui lui donnent à ce moment la possibilité de se laisser aller à ce besoin nouveau marquent en lui une empreinte fondamentale, parce que sa plasticité affective est alors au degré maximum. Le cours de la vie vient ensuite écarter ces personnes, changer leurs dispositions, compliquer les relations affectives de problèmes nouveaux et quelquefois insolubles ; le temps enfin vient accomplir son œuvre perturbatrice et rompre ces attachements enfantins, mais il persiste une sorte de nostalgie latente qui durera toute la vie. Et, pour combler le vide de ces attachements, toute sa vie l’être humain s’efforcera instinctivement de retrouver ses premières émotions interrompues : on rêve toujours à ses premières amours. Comme ces premières amours se sont adressées aux personnes de l’entourage immédiat de l’enfant, on comprend l’importance décisive que prendra l’image paternelle – ou maternelle – voire fraternelle, dans la vie affective de l’adulte. Devenu grand, l’enfant recherchera non plus les personnes qu’il a aimées autrefois telles qu’elles sont devenues avec le temps, non plus son père ou sa mère véritable, par exemple, mais les figures qu’il a connues autrefois quand il était petit, l’imago de son souvenir.

Encore n’est-ce pas exactement les figures réelles, mais les représentations qu’il s’en est faites, selon les déformations de son imagination enfantine. »

 

La trace de ces premiers sentiments demeure dans le fond obscur de l’âme, liée à des sensations diffuses, à des impressions latentes, sans contact avec l’appel de la mémoire, sans souvenir. D’où le fait que l’introspection ne puisse relier cette source aux amours ultérieures. Allendy donne un exemple intéressant : « Supposons qu’un garçon de trois ou quatre ans se soit fortement attaché à une nourrice très douce pour lui et qu’il en soit brusquement séparé à cet âge. Devenu adolescent ou jeune homme, il ne pensera plus jamais à cette nourrice et, même si on lui en parle, l’évocation en sera pour lui dépouillée d’émotion, par suite d’un refoulement. L’oubli de l’émotion et souvent aussi de la personne est un moyen de moins souffrir, une sorte de guérison sur le plan conscient. Seulement, que ce jeune homme rencontre un jour une jeune femme affectant quelque ressemblance avec la nourrice (telle qu’elle était au moment où il l’a perdue), que son regard ait une lueur semblable, sa voix un timbre approchant, que ce soit encore un simple détail de costume, ou que la rencontre se fasse dans un parc semblable à celui où cette nourrice accompagnait ses premiers pas, et brusquement il éprouvera pour cette jeune fille une mystérieuse attirance qui pourra être un commencement d’amour. »

 

Ainsi, dès la première mesure du déclic qui donne naissance à l’amour apparaît une sensibilisation tracée par un écho des premiers émois tendres de l’enfance. L’occasion de la rencontre éveille ces potentialités, comme si une sorte d’antenne déclanchait un « signal » fixant l’attention affective sur l’objet d’amour et incitant au désir de rapprochement et de contact. Ce signal est lié à un « détail déchaînant », lequel peut être, déclare Allendy, une ressemblance physique, un décor extérieur, une particularité de circonstance ou n’importe quoi qui rappelle, non dans la mémoire lucide et discursive mais dans les échos obscurs de l’âme, quelque détail des rêveries enfantines : un regard, une lueur, un timbre de voix, un parfum, une pièce de costume, etc. C’est cette « rencontre » qui crée toute la « magie de l’amour », qui déclenche l’émotion spécifique attachée à la découverte de l’être aimé. « Non seulement ce détail reste généralement inconscient dans de tels cas, mais encore sa révélation ou son souvenir risquerait de faire tomber toute la magie amoureuse du coup de foudre en supprimant l’illusion d’identité ou de préfiguration. » Allendy cite à ce propos le cas d’une jeune femme qu’il a pu guérir d’une passion soudaine qui allait bouleverser sa vie et contre laquelle elle était venue lui demander secours. Il put établir que cette dérive amoureuse avait été déclanchée par une similitude poussée de décor avec ce qui avait été le premier amour de sa vie de jeune fille, amour insatisfait et non vraiment éteint. Cette découverte permit au sujet de revenir aux émotions de son inoffensive expérience passée et de regarder plus objectivement l’homme qui en avait momentanément revêtu le reflet.

 

Certes, la configuration vénusienne native permet de dégager une tonalité du sentiment amoureux, mais sans nous livrer le « détail déchaînant » qui déclenche le signal de l’état amoureux, et nous ne sommes pas entraînés à cet exercice de découverte, une telle voie ne pouvant être ouverte que par une collaboration astro-psychanalytique.  Néanmoins, nous détenons un certain nombre d’informations qui ne manquent pas d’intérêt. En se reportant à cette a configuration vénusienne, nous avons celles que nous fournit son état terrestre et plus précisément la présence de l’astre en secteur ; puis ce qui ressort de son état céleste (présence en signes et aspects).

 

Magnus Hirschfeld déclare que « tous les endroits où des hommes et des femmes se rencontrent servent aussi sans exception à la sélection sexuelle. Qu’il s’agisse d’une usine, d’un bureau ou d’un building, d’un restaurant, d’un hall d’hôtel ou d’un sanatorium, d’une salle d’attente chez un avocat, chez un médecin ou dans une gare, d’un concert, d’un théâtre ou d’une église, partout les regards des personnes qui sont à la recherche d’un partenaire se rencontrent et se trouvent. Les salles de bal et les salles de jeux, l’amphithéâtre de l’université, le tribunal et jusqu’aux enterrements, sans parler des plages et des villes d’eau, tout sert au rapprochement des sexes. »

L’amour paraît ne pas naître, pour un individu donné, dans n’importe quel endroit ou dans n’importe quelle condition. Tout se passe comme s’il avait besoin d’un climat, d’une ambiance qui lui convienne, un décor extérieur participant à cette « électivité » amoureuse évoquée par Allendy. Or, l’état terrestre vénusien offre un contexte de ressources exploratoires.

 

Dans le rapport Vénus-Secteur (la présence en maison), on est devant une association psychique qui lie le verbe aimer à un « département » de l’existence, ou qui lui assigne une affectation à ce cadre particulier. A ce propos, il est aisé d’assimiler les lieux dont parle Hirschfeld à nos douze secteurs : les salles de bal et de jeux, comme le concert et le théâtre au Ve secteur ; l’usine, le bureau,au VIe ; l’enterrement au VIIIe, la salle de gare au IIIe comme l’église au IXe ou le sanatorium au XIIe … Il y a là matière à un catalogue de géographie amoureuse. Mais il faut juger en souplesse, en finesse. Il s’agit moins d’un cadre fixe que d’un climat, une détermination qu’une orientation.

 

Avec Vénus en IX, on peut rencontrer l’amour préférentiellement en voyage, à l’étranger, comme on peut rencontrer un étranger chez soi. Outre que ce même lien puisse se manifester en une autre circonstance, comme pour George Sand d’avoir vécu à Venise son naufrage amoureux avec Musset.

 

Avec Vénus en X, on tend à le rencontrer plutôt dans son milieu professionnel ou à l’occasion d’un événement de carrière : succès, réussite ; tout autant que l’amour peut être, parce que l’on plaît tout simplement dans ce milieu, un pouvoir d’élévation et de réussite.

 

Avec Vénus en XI, la rencontre est plus probable dans la sphère de ses fréquentations amicales, l’amitié pouvant d’ailleurs se muer en amour, quand ne prévaut pas une formule d’amitié amoureuse.

 

Avec une Vénus en XII, le premier élan du cœur peut éclore dans le cadre d’une maladie, à l’hôpital, en éxil, lors d’une infortune ou d’une épreuve quelconque, encore qu’elle puisse être aussi source d’amour cachée. Voire d’échec amoureux faisant choir dans la maladie, comme avec Alfred de Musset.

 

Et, de nos jours, une Vénus en III, outre la vertu conquérante de son langage ou de sa plume,  aide beaucoup à la rencontre par voie de presse ou sur Internet …

 

Nous ne faisons guère, après tout, que mettre en pratique le principe qui régit le rapport de la planète avec le secteur qu’elle occupe, qui est celui de la détermination locale d’un processus général.

 

Ainsi, la position où se trouve Vénus est-elle un lieu où le sujet tend à sourire, à recueillir la faveur d’autrui, à inspirer la sympathie ; son commerce y est agréable et heureux ; il tend donc à y plaire et à susciter l’attraction personnelle : de là à y découvrir l’amour, il n’y a qu’un pas, encore que ce ne soit là qu’une des possibilités de la fonction vénusienne. Et Vénus n’est pas seule à détenir ce privilège, car les deux luminaires apportent des informations parallèles.

 

Le secteur où se présente le Soleil est pour la femme le lieu privilégié de rencontre de l’homme, comme celui qu’occupe la Lune est pour l’homme la voie ou le domaine particulier de rencontre de la femme. On peut d’ailleurs compléter le tableau en précisant que la femme tend à réaliser sa condition féminine personnelle en particulier dans la sphère correspondant au secteur qu’occupe la Lune, l’homme tendant à vivre sa composante virile plus spécialement en rapport avec le secteur occupé par le Soleil. La « localisation » de la scène où l’amour choisit de préférence son terrain d’élection a donc d’autant plus de chances de se préciser en condensation, lorsque se présentent dans le même secteur un duo Vénus-Lune, Vénus-Soleil ou Soleil-Lune ; et à plus forte raison un trio Vénus-Lune-Soleil.

 

Naturellement, on ne saurait séparer l’état terrestre de l’état céleste, celui-ci fournissant un index de qualification de ce verbe aimer, de cette féminité et de cette virilité, lesquels sont susceptibles de converger ou de diverger. Si, par exemple, la Vénus en IX est aussi en Sagittaire, un manifeste exotisme affectif est à prendre en considération.

 

Toutefois, par lui-même, l’état céleste de la configuration vénusienne est susceptible d’informer sur le mode d’apparition du sentiment amoureux, la manière dont il se déclare, comment il entre en scène et quelle position il se donne. Ici donc, la référence est fournie par les signes et leurs maîtres.

 

On conçoit, par exemple, qu’avec une Vénus en Poissons et en aspect de Neptune, l’amour puisse faire son apparition d’une manière feutrée, insidieuse sinon furtive, laissant planer un climat d’incertitude, de doute, d’indécision, d’interrogation, comme s’il avait du mal à prendre consistance. Alors qu’avec une Vénus en Bélier, aspectée de Mars et Uranus, il tend à faire irruption dans la conscience, soudainement et avec fracas, balayant toute résistance et déferlant comme un bolide : le vrai « coup de foudre » ; quitte à ce que ce ne soit qu’un « feu de paille ». Tandis qu’avec une Vénus en Taureau et en aspect harmonique de Saturne, le sentiment est enclin à se donner le temps de s’élaborer et de s’aménager, patiente montée d’une force qui s’accumule silencieusement, emplissant l’être jusqu’à ce qu’il en soit possédé sinon esclave.

 

Secondarité affective qui est tout le contraire de la primarité d’une Vénus des Gémeaux en aspect de la Lune et de Mercure, dont la démarche souple se moule en touches fines, rapides et légères, où l’amour naissant peut prendre, se déprendre et se reprendre.

 

Nulle part je ne vous dresserai des tableaux de significations toutes faites, ma préférence allant au réel, c’est-à-dire au témoignage de cas vécus d’amours historiques et sur un large éventail. En cette introduction, toutefois, je ne m’attarderai pas sur les exemples, d’autant que les biographies ne sont pas prolixes sur l’épisode interne de l’amour naissant.

 

« Il se monte la tête pour un chat coiffé, et, pendant quinze jours, ne pense qu’au bonheur rêvé. Puis, quand il y est parvenu, il se refroidit et n’y pense plus. » Ainsi parle Mérimée de Napoléon III : belle évocation de sa Vénus du Bélier conjointe à Mercure, dans le contexte d’une conjonction Soleil-Mars dans le même signe. Et avec la Lune en Bélier du Taureau Eugénie de Montijo, il suffit à la fillette de dix ans qu’elle était, d’avoir aperçu seulement au vol ce Louis-Napoléon prisonnier du fait de son coup d’Etat raté de Strasbourg, pour éprouver un choc décisif qui la marquera à tout jamais, fixant sa sensibilité exaltée sur l’image de ce conspirateur-aventurier.

 

Par contraste, on conçoit qu’une dissonance saturnienne à Vénus puisse bloquer les élans, donner ces inhibitions qui font échouer les départs ou qui les ralentissent sensiblement.

 

 Avec sa Vénus du Sagittaire au carré de Saturne en Vierge en I, on voit Edouard Manet ne pas oser s’avouer ouvertement son amour pour une femme qui sera sa maîtresse et dont il aura un enfant ; équivoque d’une situation qui durera une décennie.

 

Mais que dire de l’enflammé Berlioz avec sa Vénus en Capricorne au carré de Saturne en Balance, et qui tombe éperdument amoureux, à en perdre le boire et le manger, la première fois qu’il voit sur scène Miss Smithson dans le rôle d’Ophélie ? En quelques heures, ce champion du coup de foudre est ivre : « Epouvanté de ce que j’avais ressenti, je m’étais promis formellement de ne pas m’exposer de nouveau à la flamme shakespearienne. » Mais quatre jours plus tard il se précipite au théâtre qui annonce Roméo et Juliette pour la revoir : « Il n’en fallait pas tant pour m’achever. Après la mélancolie, les sombres nuages, les vents glacés du Danemark, s’exposer à l’ardent soleil, aux nuits embaumées de l’Italie, assister à cet amour brûlant comme la lave, impérieux, irrésistible, à ces étreintes éperdues, c’était trop ! Je suis perdu ! » Mais, n’ai-je pas déjà dit que Saturne, ou bien bloque l’émotion par le frein des inhibitions, ou bien libère les pulsions à l’état sauvage de l’avidité dévorante ? Soyons sûrs que si c’est le cas pour le cœur volcanique de Berlioz, c’est en raison de sa triple conjonction Soleil-Mercure-Mars en Sagittaire et de sa conjonction Lune-Neptune en Scorpion. Car tout se tien et l’on ne saurait considérer Vénus sans les luminaires, ce trio astral formant la constellation amoureuse de chacun.

 

 

LA  FATALITE  AMOUREUSE  D’EDGAR  POE

 

L’exemple qui s’impose pour inaugurer la série des illustrations historiques de cette thèse, débordant toutefois le cadre du présent chapitre, est le destin amoureux d’Edgar Poe, à la fois parce que le personnage était « le résidu de puissantes fixations affectives et d’événements douloureux datant de la toute première jeunesse » (Freud) et qu’il a fait l’objet d’une étude approfondie de Marie Bonaparte : Edgar Poe (Denoël et Steele), à laquelle nous nous référons ici.

Edgar Poe naquit à Boston le 19 janvier 1809 à 2 heures du matin (« trois heures après avoir quitté le théâtre »  la mère, selon la biographie de Mary Philipps : Edgar Allan Poe, Chicago, 1926). Une quadruple conjonction Vénus-Lune-Pluton-Jupiter est en IV, Vénus étant étroitement unie à la Lune avec Pluton, la première maîtresse de VIII et le second maître d’Ascendant en Scorpion ; outre que le maître de l’amas, Neptune, est conjoint à Saturne en I, en aspect du Soleil et de Mercure en Capricorne. Pluton uni au duo luni-vénusien où participe le secteur VIII sur une toile de fond saturno-neptunienne, tel est le climat de ce thème où l’amour et la mort sont intimement liés.

Cette lune assombrie en Poissons déteint sur la sylphide poitrinaire qu’est sa mère dès sa naissance. « La maladie devait affiner de plus en plus cette apparition déjà aérienne et en faire peu à peu l’une de ces sylphides morbides et supraterrestres semblables à celles qui devaient plus tard peupler les contes de son fils. »  Le petit Edgar n’a que trois ans quand se grave, au plus profond de son psychisme, le visage glacé de cette mère étendue sur son lit mortaire. Son destin est fixé : il va s’installer dans un deuil éternel, son véritable royaume devenant celui du rêve hanté par la mort.

 

Toute son affectivité luni-vénusienne est concentrée dans le noyau familial de la IV. Marie Bonaparte situe de premières expériences sentimentales d’Edgar calquées sur son amour juvénile pour sa petite sœur ; idylles adolescentes avec des camarades d’école, et il épousera sa petite cousine. Mais surtout, le thème du IVe secteur domine comme un appel venu du fond de lui-même et de son plus lointain passé : à travers la femme lui revient la mère morte et c’est l’héroïne macabre qui l’inspire, comme s’il voulait faire retour à une tombe-berceau où les mains éthérées d’une sylphide maternelle le berceraient.

 

La maladie et la mort marquent déjà son amour adolescent pour Jane Stith Stanard qui meurt en avril 1824. Ce décès cristallise son inspiration poétique, notamment avec les « stances à Hélène » où surgissent les souvenirs : « Les cheveux d’Hyacinthe, le visage classique, les airs de naïade, qui ramenaient le poète comme chez soi au foyer, au home, étaient le reflet même de l’allure et du visage maternels enfouis dans le passé … Ainsi, le voyageur qui s’en allait, adolescent, vers la vie, faisait déjà, à quinze ans, « las, défait », ce retour en arrière « au rivage natal », retour funèbre vers la mère qui pour lui était à jamais ou une malade ou une morte. » Et c’est avant d’avoir eu vingt ans qu’Edgar révèle sa loi de l’amour :

 

                        Je n’ai jamais pu aimer que là ou la Mort

                        Mêlait son souffle à celui de la Beauté

                        Ou bien là où l’Hymen, le Temps et le Destin

                        Marchaient entre elle et moi.

 

A vingt ans, le destin renouvelle pour la troisième fois le même drame qui lui enlève ses « mères » l’une après l’autre avec un certain air de famille : c’est, cette fois, sa mère adoptive, Mme Frances Allan, qui disparaît après une longue maladie de langueur.

Le 22 septembre 1835, Edgar épouse  sa petite cousine maladive, Virginia Clemm, âgée de treize ans. « Virginia, à Richmond, avant même que la tuberculose ne l’eut ravagée, était déjà, dans sa joliesse et sa grâce tout infantiles, d’une pâleur de craie qui frappait ceux qui la voyaient. Etait-elle déjà malade du mal sans doute contracté auprès de Henry Poe ? C’est possible, et l’attrait d’Edgar pour les femmes atteintes de tuberculose (…) ne fut sans doute pas étranger à son inclination pour sa petite cousine destinée, elle aussi, à mourir de phtisie. Même si Virginie n’en était pas encore visiblement atteinte, elle devait dès lors avoir un visage de « prédisposée » à ce mal. Or, l’inconscient sait comprendre ces signes. Poe, en se mariant, épousait ainsi du moins une candidate à la phtisie, à cette même maladie dont était morte sa mère chérie, avant qu’il eut trois ans. » A mesure que la maladie s’empare d’elle, le portrait physique et affectif de Virginia ressemblera de plus en plus à la figure de la mère mourante, et le thème de répétition s’accomplira avec son décès le 30 janvier 1847.

Poe s’éprendra d’une autre femme, Mme Frances (comme sa mère adoptive) Osgood, présentant elle aussi plus d’un trait de ressemblance avec sa mère : grands yeux, cheveux noirs, teint pâle, frêle minceur, qui mourra aussi de tuberculose.

 

Quant à l’œuvre de Poe, elle est pleine de leitmotiv de son obsession. Le Corbeau, qui le rend célèbre et crée sa figure romantique de désespéré hantant la tombe de sa bien-aimée défunte par les froides nuits d’automne, n’est autre que le thème des lamentations de l’amant en deuil. Dans Bérénice, le héros déterre la femme qu’il  aime et qui n’est qu’en catalepsie. Dans Morella, l’épouse en mourant met au monde une fille qui meurt elle-même à son baptême quand son père lui donne le prénom de sa mère ; et quand il l’enterre, il s’aperçoit que la première Morella n’est plus dans le caveau de famille. Ligeia est le thème de l’épouse morte qui refuse sa mort et qui se substitue à la seconde épouse qui meurt, avec le miracle du retour de la morte en celle qu’elle a tuée… Autant de thèmes inconscients de faire revivre la mère. Il y a aussi Eléonora qui tombe malade et meurt de consomption en pleine jeunesse ; le Portrait Ovale qui est encore la mort de la bien-aimée. On voit de même dominer le fantasme de l’union dans la mort à la morte aimée avec  les diverses virtualités de la nécrophilie.

En marge de l’amour lui-même, c’est toute la symbolique lunaire, avec ses diverses surdéterminations, qui s’exprime dans sa vie et son œuvre. Passionné d’astronomie, il aime contempler longuement la face argentée de l’astre des nuits qui le ramène au rivage de son obsession. Et de la lune, nous passons à l’eau : même thématique avec « le lac aux eaux sinistres qui miroite lugubrement à travers toute l’œuvre de Poe, symbole de la mère morte ». Et quand ce n’est pas cette eau dormante et sombre où l’on peut s’engloutir, c’est l’appel du pôle antartique, de la mer blanche et glacée. Le déplacement du complexe maternel va de l’astre à l’océan en passant par la nature, paysages aux mêmes attibuts de la mort. Tel est, en ligne générale, le destin amoureux d’un homme dont la sombre fatalité s’éclaire sous le projecteur astropsychologique.

 

 

LES PROJECTIONS : ANIMUS & ANIMA

Un processus psychique essentiel qui caractérise l’état amoureux est la « projection » que l’individu fait de son idéal et de ses aspirations sur la personne aimée.

La psychanalyse nous a appris que nous projetons constamment, sans nous en rendre compte, notre propre psychisme sur autrui et sur les choses, nos relations reposant sur ce phénomène naturel, de sorte que nous sommes liés à notre entourage et au monde par tout un système de projections inconscientes.

 

Le contenu de la projection est une image propre à adhérer à un objet : l’imago. Image que nous portons au sein de notre psyché, appelée à se fondre au point de se confondre avec l’être correspondant, subjectif et objectif en un tout.

 

Nous sommes porteurs d’un véritable réseau projectionnel qui détermine le clavier de nos relations : imago de la naissance et de la mort, de la parenté, de la fortune, de la maladie, du bonheur … La puissance de l’imago est celle même de l’archétype : le transpersonnel s’y manifeste à travers les matériaux personnels, porteurs d’une signification qui les dépasse. Images virtuelles, innées, qui sont comme le sédiment de toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale, appartenant au fond commun de l’humanité.

 

Ainsi, les deux manières sexuées d’être au monde étant le masculin et le féminin, l’homme porte dans son inconscient une image de la femme par laquelle il appréhende l’essence féminine ; de même que la femme possède en elle une image de la nature masculine, de l’être homme. Jung appelle anima la féminité de l’âme masculine. Composante ou instance psychique qui, non projetée, est source de caprices et de sautes d’humeur. Mais elle est surtout une puissance en instance de projection sur l’univers féminin, moyen d’investissement par lequel l’homme assume son potentiel de féminité, « par délégation », celle-ci étant transférée dans l’union avec sa partenaire.

 

Le premier réceptacle de cette « image de l’âme » qu’est l’anima pour l’homme est la mère et l’entourage féminin de l’enfance. Si le père ou le substitut paternel solaire ouvre à l’enfant la voie du monde extérieur pour s’intégrer à l’univers social, la relation avec la mère et le maternel  fraye le chemin qui aménage sa vie intérieure : c’est notamment cette figure maternelle qui constitue une sauvegarde contre les dangers qui peuvent surgir du monde obscur de l’âme. Non libéré de la peur de sa nuit intérieure, l’homme devenu adulte qui contracte mariage peut devenir enfantin sinon servile vis-à-vis de sa compagne, s’il ne se montre pas, au contraire, susceptible, tyrannique, préoccupé du prestige d’une fallacieuse supériorité masculine. Pour un tel être, l’idéal du mariage est de voir l’épouse assumer le rôle magique de la mère, protectrice de ses menaces intimes, sécurisante face aux puissances ténébreuses de son inconscient.

 

Dans Dialectique du Moi et de l’Inconscient, Jung déclare : « Le refoulement par l’homme de ses tendances et de ses traits féminins détermine naturellement l’accumulation de ces besoins et de leurs exigences dans l’inconscient. L’imago de la femme – qui figure l’âme de l’homme – en devient tout aussi naturellement le réceptacle ; et c’est pourquoi l’homme, dans le choix de la femme aimée, succombe souvent à la tentation de conquérir précisément la femme qui correspond le mieux à la nature particulière de sa propre féminité inconsciente : il aspire ainsi à trouver une compagne qui puisse recevoir avec aussi peu d’inconvénients que possible la projection de son âme. Quoiqu’un tel choix amoureux soit le plus souvent considéré et éprouvé comme le cas idéal, il n’en résulte pas moins que l’homme de la sorte peut épouser l’incarnation visible de sa faiblesse la plus insigne. »

Dans l’Homme à la découverte de son âme, Jung s’est expliqué d’une façon intéressante sur ce point : « Il n’est pas exclu qu’une qualité psychologique se trouve projetée sur un objet qui n’en révèle pas la moindre trace (…). Mais il n’en est pas ainsi pour les traits de caractère et les modalités de comportement projetées couramment. Dans ces cas-là, il est fréquent de voir l’objet constituer par quelque affinité une occasion de choix pour la projection qui, du même coup, s’en trouve quasiment provoquée. C’est ce qui se passe en particulier quand une qualité psychique se trouve projetée sur une personne qui la possède déjà à titre inconscient, état où elle possède une « efficience attractive spécifique » sur l’inconscient d’un sujet en mal de projection. Toute projection détermine une contre-projection chaque fois que la qualité projetée par le sujet échappe à l’investigation et à la conscience de la personne-objet qui en est le réceptacle. »

 

« Il arrive que l’objet, réceptacle d’une projection, ne présente qu’une parcelle de la qualité projetée. La signification de la projection est alors purement subjective et incombe en entier au sujet, dont le jugement prête à une nuance minime de l’objet une valeur hors de proportion. »

« Mais, même quand la projection concorde avec une qualité réellement inhérente à l’objet, le contenu projeté n’en existe pas moins dans le sujet ou il forme une partie de l’imago de l’objet. Cette imago de l’objet est une grandeur psychologique qu’il ne faut pas confondre avec la perception sensorielle de l’objet ; elle consiste en une image existant en marge de toutes perceptions et pourtant alimentée par celle-ci. Sa vitalité indépendante, douée d’une autonomie relative, demeure inconsciente tant qu’elle coïncide exactement avec la vie propre de l’objet. C’est pourquoi la vitalité et l’indépendance de l’imago échappent à la conscience qui les projette à son insu dans l’objet, c’est-à-dire les confond avec l’indépendance de l’objet. Mais, de ce fait naturellement, l’objet se trouve doté par le sujet d’une plus-value exagérée, d’une existentialité écrasante, qui reposent sur la projection de l’imago dans l’objet, ou mieux sur leur identité postulée a priori ; l’objet extérieur se trouve de la sorte prendre pied dans la vie intérieure et y participer ; ainsi, par voie inconsciente, un objet extérieur peut exercer une action psychologique immédiate sur le sujet, son identité avec l’imago l’ayant en quelque sorte introduit au sein même des rouages de l’organisme psychique du sujet. »

 

Cette façon de comprendre comment on peut porter l’autre en soi est illustrée par la formule populaire de la chanson de rue : l’avoir dans la peau … Une telle introjection permet également de concevoir la mystérieuse attraction qui rapproche deux êtres faits l’un pour l’autre, avant de savoir qu’ils appartiennent l’un et l’autre au même destin amoureux. Du fond obscur de l’âme, cette imago exerce une influence décisive dans le choix du partenaire amoureux, véritable force magique qui dote l’objet d’un pouvoir de fascination et entraîne l’être dans l’orbite de « l’élu ».

 

Si la Lune représente l’être femme et la féminité de l’homme (anima), le Soleil représente l’être homme et la masculinité de la femme. Jung appelle animus le monde masculinoïde inconscient de la femme qui, en tant que potentialités caractérielles, est une source d’opinions, de préjugés, d’a priori, de jugements acerbes. C’est sur cette gravure que s’inscrit la condensation de toutes les expériences accumulées par la lignée ancestrale féminine au contact des hommes, et c’est cette potentialité masculine qu’à travers ses images la femme projette sur l’écran de l’homme aimé. Le premier réceptacle qui individualise cet animus est généralement la condensation de plusieurs expériences de l’enfance. On conçoit, par exemple, un aspect du père dont l’enfant ou la fillette a retenu des traits physiques, un reflet du parrain dans certaines de ses expressions, une évocation d’un grand frère, d’un oncle, d’un cousin, déposant divers traits psychologiques, à travers lesquels elle apprend à jouer son rôle de femme. Arrivée à l’âge adulte, celle-ci projettera sur son partenaire l’ensemble de ce patrimoine psychique qui compose son univers affectif.

 

Du côté astrologique, nous disposons donc d’un système dialectique qui moule parfaitement ce cadre psychologique avec une symbolique qui recouvre impeccablement l’ordre des valeurs qu’il exprime :

 

La Lune est pour l’homme le symbole de l’anima et le Soleil est pour la femme le symbole de l’animus ; de la même manière que la Lune est pour la femme le symbole de sa féminité, autant que le Soleil est pour l’homme celui de sa masculinité.

 

Depuis la parution de ce texte, dans notre milieu où l’on prend ses aises pour débiter n’importe quoi, le Soleil s’est vu dessaisi de sa fonction essentielle de masculinité-paternité  (les deux se tenant comme les doigts d’une main) au profit de Saturne, sans aucune justification ni démonstration, tandis que l’anima et l’animus ont été mis à n’importe quelle sauce ... Quelle misère ! Quel gâchis ! Il faut une sacrée dose d’égarement pour vouloir déraciner une vérité aussi fondamentale et dans la perfection de son quadrivium. Mais, qui peut empêcher le cours de la divagation ?

 

Pour l’homme, la fonction solaire est prioritaire, puisqu’il assume sa condition masculine, l’incarnant dans la force de son être conscient et volontaire, dans l’affirmation de soi. Et l’élément lunaire est subordonné, comme peut l’être une féminité latente, dans l’ombre, s’exprimant plus généralement sur le mode mineur des humeurs, fantaisies, tocades et autres faiblesses. Elle demeure inconsciente, destinée qu’elle est à donner toute sa mesure dans la projection sur la femme qui, « par délégation », en devient l’incarnation.

 

Pour la femme, c’est la fonction lunaire qui est assumée comme condition féminine, pivot central de l’être et composante majeure de la personnalité. Ce qui est latent en elle, en virtualité, c’est l’élément solaire ; il est, de nos jours, incarné dans une réalisation de sa personne comme individu social. Mais sa voie essentielle est de se projeter sur le partenaire, affectivement incorporé dans le couple au point de devenir « son » homme.

 

Tel est le schéma du mode d’expression de la dialectique des deux luminaires chez les deux sexes. Si bien que la configuration solaire de l’homme rend compte de la spécificité de sa nature virile,, comme la configuration lunaire de la femme révèle le caractère de sa condition féminine.  Alors que la configuration solaire de la femme informe de son type d’animus, son ressenti à l’égard de l’humanité masculine ; tandis que la configuration lunaire de l’homme précise la nature de son anima, imago de son monde féminin.

 

Si nous considérons, par exemple, la virilité de l’homme, il est conforme à l’instinct féminin que la femme soit attirée par la puissance masculine qui est l’aspect essentiel de cette virilité. Mais la force qui en émane peut présenter tout un registre d’expressions et celle-ci est plus particulièrement sensible à l’un de ses aspects possibles : sa carrure physique, son intelligence, son envergure matérielle, sa valeur sociale, sa position … On conçoit que la conjonction Soleil-Mercure puisse la rendre sensible plutôt aux valeurs de son esprit ou a son savoir-faire ; la conjonction Soleil-Jupiter, davantage à son allure et ses ressources financières et professionnelles … De son côté, l’homme tend lui-même à s’éprouver virilement d’une façon personnelle. Ainsi, un Soleil (non dissonant) en secteur II détermine une association psychique entre la virilité et l’avoir, susceptible elle aussi de diverses formulations : par exemple, une façon de défendre ses intérêts et de se sentir d’autant plus mâle que l’on a de l’argent en poche. On peut d’ailleurs parler ici de virilité économique. De même, avec un Soleil (non dissonant) en X, l’expression virile tend à se présenter en supériorité, puissance et prestige dans sa carrière, les succès féminins étant plus fréquents à son poste professionnel qu’ailleurs. On imagine aussi, avec un Soleil en XI, qu’avec son pouvoir de l’amitié, l’homme ait davantage de succès dans ses fréquentations amicales …

 

La tonalité planétaire entre aussi en scène. L’aspect hyper-viril par excellence est celui que le Soleil fait avec Mars, autre polarité masculine. Leur harmonique renforce la gamme des traits de l’homme fort, physiquement, moralement, socialement ou spirituellement. Difficile à vivre est leur dissonance qui, soit brise l’expression virile à la manière du « complexe de castration » infériorisant, soit la libère en violence, en lien agressif. De la même manière que cette dissonance chez la femme la sensibilise à la contrainte d’un partenaire tyrannique par sa domination, sa jalousie ou son hostilité, sinon la pose en situation de guerre conjugale.

 

Pareillement en ce qui concerne la Lune avec la féminité de la femme et l’anima de l’homme. Ainsi, une femme qui a la Lune en secteur X tend à voir sa féminité propre se dégager à travers son moi social : c’est surtout dans sa profession ou sa carrière qu’elle est femme, sa réussite contribuant à la féminiser ; encore qu’il puisse lui arriver de s’élever par son pouvoir féminin, en devenant « la femme de … ». Outre que son histoire affective puisse être liée à sa situation. Et, naturellement, la notation zodiacale et planétaire joue aussi son rôle. J’ai vu trop d’hommes à la Lune en Vierge sensibles à la pudeur, la réserve, la pureté féminine ; d’autres à la Lune en Scorpion attirés par des « vamps », veuves, Xanthippe et autres femelles plus ou moins infernales ; comme trop  encore de la Lune en Sagittaire attirés par des étrangères (à la manière de Balzac avec Madame Hanska) pour croire qu’il s’agisse d’un simple hasard.

Bien entendu, c’est la configuration entière du luminaire qui s’impose. Un même Soleil de deux ou trois aspects sensibilise la femme à deux ou trois images masculines différentes, pouvant la faire osciller autour de deux ou trois types d’hommes dans le cours de sa vie. Mais, aussi bien, les éléments de la configuration solaire peuvent heureusement se condenser en une seule entité masculine panachée, concentrant l’ensemble des affects de la configuration solaire. Dans une telle diversité d’aspirations où chaque composante joue son jeu, l’une d’elles peut demeurer silence, latente, pendant que l’autre se manifeste bruyamment, en attendant que vienne son tour. Sans compter la diversité des réactions : telle femme à opposition Soleil-Mars acceptant sans broncher de vivre sous le régime d’un tyranneau domestique, telle autre refusant de subir la moindre pression dominatrice d’un partenaire …

 

Voici un petit échantillon de cas représentatifs :

 

George SAND : Avec  une Vénus du Lion culminante, l’amour est un droit supérieur de la nature humaine, vécu avec des personnages historiques. Composante virile, garçonnière, d’une Lune du Bélier qu’une opposition d’Uranus durcit, maîtresse d’un Soleil en Cancer. Animus d’homme-enfant, d’homme faible où s’engouffre sa tendresse maternelle dominatrice. Quand Musset se déclare, il lâche le mot qui fait mouche : « George, je vous aime comme un enfant ». Comme un enfant, répétait-elle en serrant la lettre dans ses mains : « Il m’aime comme un enfant ! Qu’est-ce qu’il a dit là, mon Dieu ?... ». Son vocabulaire amoureux est rempli d’épithètes significatives : « ce pauvre enfant », « petit Sandeau », « pauvre petit Jules », « mon bon enfant », « mon vilain enfant », « mon gamin d’Alfred », le « petit Chopin » …

 

JOSEPHINE : Conjonction Soleil-Mars à l’opposition de Pluton. Animus d’homme-père auquel on est sourdement hostile, à qui l’on résiste, à qui l’on dit : « non » à répétition, et même que l’on bafoue impudiquement tout en refusant toute contrainte qui soit.

 

MARIE-LOUISE : Carré Soleil-Mars du FC à l’AS. Animus d’homme-père auquel on se soumet ‘avec plus ou moins de résignation, subissant non sans geindre l’écrasante puissance d’un Napoléon que l’on renie ensuite.

 

Eugénie de MONTIJO : Soleil opposé à Mars en Scorpion avec Lune en Bélier. Imago d’homme-affrontement, auquel on tient tête et que l’on finit par combattre. Elle s’est fait épouser par Napoléon III, a souffert de ses infidélités répétées, et a fini par jouer obscurément un rôle destructeur, notamment en devenant, par le mouvement d’opinion créé autour d’elle, une force politique désagrégatrice de la puissance impériale (mauvaises options, depuis l’intervention au Mexique jusqu’au désastre de 1870)

 

Jules MICHELET : Soleil-Lion opposé à Mars-Poissons, amplifié par un double carré de Jupiter. Cet historien qui morigénait les potentats fut incapable de vivre autrement que sous la férule d’une femme. Jusqu’à vingt-six ans, il demeure soumis à sa terrible tante Hyacinthe ; puis il épouse Pauline Rousseau qui ne répond pas plus à sa demande amoureuse qu’à ses désirs de communion spirituelle. Après huit années de veuvage, il épouse à cinquante ans Athénaïs Mialaret qui va le tenir en esclavage. Elle veut partager la table de travail : l’historien défend sa table ; elle défend son lit ; pour conquérir le lit, il cède la table. D’épouse monstrueuse, Athénaïs devient une veuve abusive, falsifiant les papiers du mort, châtrant ce qu’elle pouvait encore atteindre de l’œuvre de Michelet, victime aussi d’une conjonction Vénus-Saturne en Cancer.

 

Clara SCHUMANN : Conjonction Lune-Mars en Cancer, sextil à conjonction Mercure-Vénus. Femme maternelle virile, en qui se marient le sentiment et le caractère, tenant avec sa carrière sa maison et ses affaires, assistant son mari, Robert, qui sombrera dans la maladie, élevant ses huit enfants et restant quarante ans fidèle au souvenir de son cher disparu.

 

Lord BYRON / Conjonction Lune-Mars en Cancer, tonalisée par la conjonction plus large d’Uranus.  Anima de femme castratrice hostile. Sa mère ne l’a pas aimé et l’a même humilié à cause de son infirmité physique de locomotion. Il se venge sur les femmes en répétant indéfiniment le même sketch : l’attrait, le charme, la tendresse, la conquête puis le rejet diabolique par le cynisme et les scènes : désespérer, avilir, horrifier et torturer jusqu’à la rupture.

 

NAPOLEON : Soleil du Lion en X et Vénus en Cancer avec Lune en Capricorne opposée à Saturne. L’empereur accorde l’amour avec l’état de société. Il faut faire des familles, créer des foyers, avoir des enfants. Le code Napoléon donne à la famille un chef de communauté qui est le mari et octroie au père une autorité totale sur la femme et sur l’enfant. Il entend même que l’obligation où est l’épouse de suivre son mari soit générale et absolue. En ce qui concerne la position lunaire, malgré deux épouses et une soixantaine de maîtresses, l’homme n’est pas aimé, se contentant de se donner l’illusion de l’amour avec les premières, et de brèves et fugaces étreintes avec les secondes. Timide, il se montre froid et brutal envers les femmes. Réciproquement, elles n’ont pas davantage fait cas de lui.

 

CASQUE   D’ OR

 

Je voudrais présenter un personnage féminin qui doit sa célébrité à sa seule condition féminine et à l’outrance de son destin de femme. Il s’agit d’une héroïne des bas-fonds de la « belle époque » de Paris, qui s’est illustrée par la sauvagerie des passions primitives et aveugles qu’elle a déclanchées : « Casque d’or », que Simone Signoret a incarnée dans un film bien connu.

Amélie Elie, tel étant son nom, était née à Orléans le 14 mars 1878 à 3 heures, selon l’état civil (e.c.). Sa vie commence comme gamine des rues : c’est à treize ans et demi qu’elle a son premier béguin avec un petit vaurien de quinze ans. Mais son histoire commence à vingt-quatre ans, en 1902. Compagne d’un mauvais garçon, Marius Pleigneur dit Manda (né le 19 avril 1876), pour qui elle trafique de ses charmes, voilà qu’elle s’enflamme pour un Corse, Leca.

 

A cause d’elle, la haine, une haine à mort, s’installe entre les deux hommes qui sont les deux chefs de bande des marlous au foulard rouge et coiffés de casquette à pont des bas quartiers de Belleville. C’est une véritable « guerre des apaches » que vont mener ces deux tribus d’irréductibles pour cette « Hélène de Troie du pavé ». Les règlements de compte se succèdent : Manda et Leca tirent le couteau et s’entrelardent « à la loyale » à répétition. Ces attentats de rue autour de cette princesse du trottoir mettent la police sur les rangs. Avant qu’ils aient pu définitivement s’entr’égorger, les deux rivaux sont arrêtés et déférés au Assises ; condamnés aux travaux forcés, ils finiront leurs jours au bagne.

 

Si la danse des longs couteaux s’achève, la légende de Casque d’or commence. L’insolente rouquine qu’on est allé voir aux Assises et dont parle la presse devient quelque temps pour une certaine société, la coqueluche de Paris. Pièces, livres, feuilletons, chansons content l’histoire de la gigolette : « La sauvage de Paris », « Fleur de bitume », « Madame Nature » … Elle continue de se brûler aux lumières de la capitale ; de riches gommeux remplacent les « apaches » ; la ravageuse se voit déjà vedette de caf’conc  et son portrait est exposé au Salon. Mais c’est le scandale public et l’incendiaire doit rentrer dans les rangs de son faubourg. Un jour elle se fait poignarder par un voyou de la bande à Manda, alors qu’elle s’exhibe dans la cage au lion d’une ménagerie foraine.

 

Et puis, une seconde vie va commencer pour elle : le 27 janvier 1917, elle épouse un brave ouvrier, lequel portera plainte contre le film de Jacques Becker sur Casque d’or : « Ma femme a pu être mêlée, alors qu’elle avait une vingtaine d’années, à certaines aventures. Mais elle a mené ensuite une existence honorable : elle a même élevé quatre neveux et nièces orphelins (…). Bref, ça me fait du tort devant la famille. Amélie a été une mère pour moi ! Elle avait quinze ans de plus… ». Bref, le tableau final d’une bonne ménagère et honnête commerçante de marchés, engloutie dans la grisaille, avant de mourir tuberculeuse le 16 avril 1933.

 

Que dit son thème ? Il nous présente quatre facteurs intéressants : une configuration vénusienne très dissonée, une conjonction Soleil-Saturne serrée, ce dernier maître d’Ascendant, le coucher de la Lune et le « minuit » de Neptune.

 

Voyons d’abord cette particulière configuration vénusienne : ce triangle que Vénus forme avec les trois « dures », Mars, Uranus et Pluton, toutes ramifiées à l’Ascendant (dix dissonances). Il ne saurait être résonance amoureuse plus troublée. L’opposition Vénus-Uranus, sans doute amplifiée par sa présence sur l’axe des nœuds, quand elle n’est pas source d’inhibition ou d’élaboration mentale des sentiments, libère ceux-ci en mode affranchi, outrancier, convulsif ou paroxystique, source d’orages passionnels. Mais joignez-y encore le double carré à Mars-Pluton, foyer concentrant les pulsions les plus agressives qui soient : un « bouquet » du verbe amoureux ! Outre que la violence du Mars en Taureau est celle de la force brutale du bison, du buffle, de la brute … Ne nous étonnons donc pas trop des fortes senteurs de cette féminité sauvage à l’agressivité fouaillée par un érotisme élémentaire.

 

Saturne n’en est pas moins puissant par sa maîtrise à l’Ascendant et sa conjonction au Soleil, ainsi qu’à Mercure. Mais, en fonction du contexte général du thème et d’une enfance privée d’éducation, ce n’est point au pôle saturnien élaboré de la maturité auquel on a affaire, avec son côté grave et sérieux, mais à celui de l’immaturité : le Saturne qui fait vivre au niveau d’une primitivité de la vie psychologique, au stade amoral. C’est non pas une nature écrasée ou étouffée par un surmoi sévère, mais, au contraire, une nature sans surmoi, sur laquelle ne pèse nulle règle morale, en qui ne parle nulle nécessité sociale. Bref, c’est l’instinct brut livré à soi-même, sans contrepoids spirituel, adonné à sa nature sauvage.

 

De surcroit, nous tombons sur une dominante luni-neptunienne, étant donnée l’angularité de ces astres : être enclin à se livrer à l’abandon de ses penchants naturels, dans l’errance de l’émotion qui passe, de la sensation du moment , à la recherche d’excitants, de secousses passionnelles. Ici, la Lune du Cancer répond au type de la femme-enfant, au « chien » terrible, sous l’empire souverain de son narcissisme avec son impudeur et son extravagance, sorte de barque à la dérive du voyageur sans bagages et n’ayant pour vivre qu’un présent en succession, sans appui du passé ni se donner d’avenir

 

 Telle est l’histoire psychologique de Casque d’or. Celle de la femme qui lui succède, Madame Nardin, est calquée sur l’inversion de la première figure. Avec sa Lune-Cancer en VII, de femme-enfant, Amélie Elie devient femme-mère, dans un radical mouvement de bascule lui faisant vivre les autres pôles de ses natures lunaire et saturnienne.

 

 

LES  CONDITIONS  AMOUREUSES

 

Nous avons vu que l’amour commence par un déplacement affectif qui met l’être en condition de contracter des liens affectifs avec un ou une partenaire. Une projection l’accompagne qui permet à l’amoureux de découvrir dans l’être aimé un reflet de sa propre image. Si la projection est valable, l’amoureux se fixe à l’objet aimé en établissant une relation durable. Or, il apparaît « qu’une fois opérés le déplacement et la projection sur la personne aimée, le sujet tend à recréer non seulement une figure, mais aussi une situation. » Et c’est cette situation qui caractérise l’histoire heureuse ou malheureuse, réussie ou ratée, de la relation amoureuse, ce que nous allons étudier.

 

Au préalable, ce qui retient notre attention, ce sont les conditions dans lesquelles l’amour place l’individu dans sa manière de le vivre. Il existe certaines catégories de conditions qui sont typiques : à un pôle, par exemple, le célibat en est une ; au pôle opposé, l’érotomanie en une autre.

 

C’est un fait que, dans une ronde éternelle, on tourne autour d’un certain nombre de situations-types, avec leurs variantes répétées à l’infini qui ont leur modèle exemplaire. C’est ainsi que l’on aime à-la-manière-de : celles de Rudel, de Werther, du » Diable au corps », des « Visiteurs du soir », de « La Jument verte », d’ »Un certain sourire » …

 

Dans l’histoire des lettres françaises, par exemple, on voit couler sans fin la veine d’une bonne grosse poésie amoureuse, gaillarde et bachique, tradition gauloise du franc luron qui ne pense pas grand bien des femelles mais qui en tire bien du plaisir. De même que l’on suit l’inépuisable inspiration de l’amour courtois pour qui l’idéal est de se choisir une Dame, de s’y tenir, de la chérir et de la chanter. C’est la tradition de Tristan et Yseult, de l’amour chevaleresque, du troubadour. Et ce fleuve de l’amour galant se jette dans l’océan de la passion mystique des éperdus, des compliqués, des fous ou des amants métaphysiques pour qui l’amour, tel un chemin de Compostelle, est itinéraire spirituel et illumination suprême … Si les uns ont le même naturel à trousser les filles comme à taper sur les fesses des chambrières et des ribaudes, les autres donnent l’impression de se caresser à la même joue, de se bercer du même songe, de se meurtrir aux mêmes angoisses et de rechercher le même dépassement.

 

En accompagnement de ce témoignage écrit, l’histoire montre souvent la succession d’époques où la galanterie tourne au libertinage et ou, ensuite, la mélancolie succède à la débauche. Cette grande dialectique du sensualisme et du platonisme, c’est, tour à tour, Boucher et Watteau, Rossini et Schubert, Alexandre Dumas père et Lamartine, Catherine II de Russie et Marceline Desbordes-Valmore, la belle Otéro et Julie de Lespinasse, inutile d’allonger la liste …Dans le cadre de la première série, nous avons affaire, en général, à des extravertis, des sensoriels, au type Sensation ; tandis que dans celui de la seconde série dominent des introvertis idéalistes, les uns mettant l’accent sur le terrain physique et charnel de l’amour, les autre sur son angle psychique. Or, il nous est relativement facile de situer les premiers dans la lignée chaude de Vénus-Mars-Jupiter, et les seconds dans la filiation intériorisée luni-saturnienne, ces signatures  étant perçues comme dominantes.

 

Oui, avec l’amour, plus encore qu’avec les autres intérêts de l’existence, nous sommes ramenés aux valeurs élémentaires et fondamentales des « types » avec leurs tendances de base. Nous retrouvons le cadre du tempérament, la marque des dispositions profondes et générales de la personnalité, et avec eux, la « signature » de la dominante. En fonction d’une même constellation amoureuse – luminaires, Vénus et secteur VII – le « destin » amoureux prend une orientation et une tournure différentes suivant que l’individu est jupitérien ou saturnien, lunaire ou martien : épicurien ou ascète, prosaïque ou romantique …

 

C’est face à l’éventail des grands claviers psychologiques que se présente le répertoire des grandes catégories amoureuses. Celles-ci s’ imposent en bloc, comme des familles humaines ; une fois identifiées,  elles offrent un dégrossissage typologique qui permet de mieux entrer dans l’univers des situations individuelles.

L’établissement du répertoire des catégories amoureuses n’a rien de bien arrêté. En ligne générale,je suggère :

 

Pour les deux sexes : le célibat, l’homosexualité, les perversions, le veuvage, les mal aimés, ceux et celles qui se marient vieux, ceux et celles que l’amour exalte, ceux et celles que l’amour avilit, l’amour qui tue …

 

Dans la catégorie féminine : les femmes froides, les femmes érotiques, les femmes viriles, les femmes d’un seul homme …

 

Dans la catégorie masculine :

 

le donjuanisme, les grands soumis, les grands tyrans …

On peut naturellement en rajouter. Parmi les femmes, par exemple, se présentent les Pénélope en tant qu’épouses fidèles et vertueuses, gardiennes du foyer ; les Lucrèce, fières et vertueuses, qui préfèrent la mort au déshonneur ; les Cornélie, mères ambitieuses qui élèvent l’enfant dans la passion de la grandeur ; les Antigone, filles attachées dans les hautes exigences de la conscience ; les Electre, sœurs amoureuses, etc. Mais, outre que notre exploration est forcée de se limiter, nous ne gagnons pas non plus à perdre notre souffle d’investigation.

 

L E     C E L I B A T

 

D’emblée, précisons que, dans le langage astropsychologique qui est le nôtre, le concept de célibat déborde la notion courante dans son sens strict : la condition d’une personne non mariée.

 

Ici, le célibat est plus un état qu’une situation. Il est une disposition particulière qui peut se manifester dans des situations différentes. Disposition d’ailleurs variable, généralement expressive d’un processus affectif d’arrêt à sa personne, de fixation sur soi, de fermeture à l’autre, de refus de partenaire, d’isolement ou de solitude. Il peut s’agir d’une intention volontaire : on veut rester seul, la personne prenant délibérément le parti du célibat. Celui-ci peut tout aussi bien se présenter comme une insuffisance non désirée, plus ou moins supportée comme une épreuve : on aspire à se marier mais on ne le peut pas, on a besoin d’affection et l’on est seul. Dans ce cas second, un obstacle existe à la réalisation de son souhait.

 

Tantôt, c’est le « destin » qui donne l’impression de s’en charger en mettant des barrières à l’accouplement : attachement à quelqu’un qui n’est pas libre, qui vit au loin ou qu’on ne voit pas souvent, qui est inaccessible, qui se refuse ou que la mort arrache à sa vie, etc. Tantôt, il est visible que l’obstacle est au cœur du sujet : peur, inhibition, maladresse, actes manqués, ne faisant pas ce qu’il faudrait faire et faisant ce qu’il ne faut pas faire … Mais, même dans le cas précédent, il est généralement permis de débusquer des motivations inconscientes, car ce n’est pas un hasard – cela fait partie de l’économie affective de l’être – si le sujet s’adresse à qui ne répond pas ou ne peut pas répondre à son amour. En outre, le célibat n’est pas l’apanage du solitaire sans couple : il existe aussi bien dans le cas de la personne installée dans une union, vivant alors un « célibat à deux », ce couple étant immobilisé dans un mutisme affectif où chacun se sent reclus et solitaire.

 

Tel est le cadre psychologique du célibat dans sa vivante réalité, et du côté astrologique, nous disposons d’un facteur spécifique qui le concerne : Saturne. Certes, cet astre n’est pas le seul opérateur  tendant vers une telle destination. D’autres indices constituent aussi des éléments de défense contre l’instinct et l’affectif : le signe saturnien du Capricorne  y a sa part, ainsi que la Vierge, qui ne pousse pas tellement à l’accouplement ; facteurs cérébraux de distanciation avec la vie ; Uranus malmène aussi sérieusement l’imaginaire amoureux qu’éprouve également Pluton. Néanmoins, Saturne bat les records en la matière, adhérant à tel point à cet état qu’il est autant le symbole du célibat que Vénus l’est à l’amour, astres aux antipodes l’un de l’autre.

 

La configuration du célibat tend donc à être, le plus souvent, une marque saturnienne générale ou particulière, et plus encore générale et particulière. Par générale, j’entends, bien entendu, une dominante ou co-dominante, lorsque, par exemple, l’astre est angulaire. Pour ce qui est de la particulière, il faut comprendre la conjonction ou la dissonance de l’astre avec plusieurs facteurs de la constellation amoureuse : Soleil-Lune-Vénus. Mais l’indice le plus significatif est Saturne en secteur VII et en particulier au Descendant (même sur la fin de VI). Ce qui n’étonne pas puisque si l’Ascendant symbolise une fonction du Moi (un ressenti de sa personne), c’est en face, au vis-à-vis du Descendant, que ce Moi trouve son complémentaire et est en situation d’accouplement : d’où le fait que ce secteur VII soit celui du mariage.

Le rapport de l’AS au DS (le premier à signature martienne et le second à signature vénusienne) est exactement schématique de l’homme et de la femme accouplés, l’un en face de l’autre.

 

Il n’existe pas d’autre secteur d’union que le VIIe. La fantaisie de certains de vouloir faire correspondre seulement la première union au VIIe, afin de distribuer ailleurs les autres couples (le second au IX, le troisième au XIe, etc), n’est qu’un joli jeu d’art divinatoire ignorant du structuralisme astrologique.

 

Le couple, c’est le VIIe secteur, qu’il soit unique ou qu’il se reconstitue avec d’autres partenaires.

 

Le secteur V, que l’on assimile aux amours, doit se concevoir comme celui de la vie récréative, dans le cadre de laquelle peuvent figurer les ébats amoureux de la première jeunesse (et même au-delà), jeux de gratuité ne menant pas à l’engagement du couple.

 

 Le rapport de l’Ascendant-secteur I au secteur V est analogue, zodiacalement, au rapport de signes de même élément : c’est un rapport de type narcissique dans lequel l’être ne sort pas de lui-même. Du secteur V au secteur VII, il y a toute la distance qui sépare l’être amoureux pour qui l’autre n’est qu’un truchement pour vivre ses émotions et sensations, de l’être qui aime et s’engage dans le couple, trouvant sa complémentarité dans l’objet aimé.

 

Pour la démonstration, voici une liste de cas historiques. Afin d’échapper au reproche d’avoir choisi arbitrairement des cas « qui collent », présentons deux séries de personnages : les souverains et les politiques, avec Saturne en VII et Saturne angulaire.

 

            Saturne en VII

 

ELISABETH 1er d’Angleterre : La reine vierge (Saturne est maître d’AS, conjoint à Uranus et sextil au Soleil en Vierge). Elle se voulait « mendiante et célibataire plutôt que reine et mariée » …

PHILIPPE II d’Espagne : Quatre fois veuf.

CHARLES IX de France : Union conjugale sans amour.

HENRI III de France : Désertion quasi-totale de son union royale, demeurée stérile.

LOUISE de Prusse : A aimé Frédéric-Guillaume III « par un effort de vertu peu à peu, non sans combats ni sacrifices », ce médiocre mari qui l’aime « autant que sa nature plutôt sèche le lui permet ».

FREDERIC Ier d’Autriche : Peu d’amour conjugal et union stérile.

 

A cette série, l’on peut ajouter FRANCOIS II d’Autriche, trois fois veuf, avec Saturne en fin de VI, conjoint au DS, ainsi que MARIE-STUART, en même condition, dont presque tous les accouplements ont fini dans la mort des personnages. Une exception à la série : GEORGE V d’Angleterre ne semble pas avoir été affecté par son Saturne en VII. Il est vrai qu’il s’y trouve en compagnie de la Lune en Balance et il est un fait que la présence d’un autre astre dans le même secteur, de tendance opposée, en atténue la portée.

 Chez les politiques :

Philippe PETAIN : Vieux garçon, à l’esprit gaulois et aux nombreuses conquêtes féminines (opposition Vénus-Mars de Bélier à Balance au méridien) qui se marie à 64 ans, en regrettant de ne pas avoir tardé davantage.

Georges CLEMENCEAU / Vie conjugale se terminant dans une affreuse hostilité, en faisant payer très cher la séparation.

Raymond POINCARE : Maître d’AS et conjoint au Soleil, parmi d’autres astres en VII. Ce saturnien distant et à l’air renfrogné a épousé civilement, au désespoir de sa mère, à 44 ans, une divorcée et veuve, et il ne semble pas avoir été un époux épanoui.

Paul DOUMER : Maître d’AS et carré au Soleil, Saturne entre en conjonction du DS, outre une conjonction Vénus-Uranus. Sous sa présidence de la IIIe République, le vieux couple évoquait Philémon et Baucis sous l’œil attendri des huissiers à chaîne. Saturnien typique : parmi ses hôtes, l’Elysée n’eut point  d’ascète comme lui. Aspect raide, mise sévère, triste expression, ne fumant pas, ne buvant que de l’eau, mangeant du premier plat et peu des autres, le plaisir physique lui demeure étranger. Avec cela, la rigidité morale, le rigorisme : « … c’est déjà bien assez triste que ces nécessités sexuelles existent. Pourquoi mettre au grand jour ce que la morale et l’éducation nous apprennent à dissimuler ».

 

            Saturne angulaire

 

CHRISTINE de Suède : La reine célibataire … Saturne-AS en dissonance des deux luminaires et de Vénus : « J’aimerais mieux la mort qu’un mari. »

CATHERINE DE MEDICIS : Saturne-Capricorne au MC. Union frustrée par le lien de Henri III avec Diane de Poitiers et à la reine Cendrillon succède une longue existence de veuve, dénuée de toute manifestation amoureuse.

CHARLES QUINT : Saturne maître d’AS au FC. Vie affective pauvre et fin de vie ascétique.

ROBESPIERRE : Saturne-AS avec conjonction Vénus-Uranus. Célibataire solitaire et aux mœurs rigides ; peu ou pas de vie amoureuse.

SALAZAR : Saturne au lever et au carré de Soleil-Vénus-Mercure, outre une opposition Lune-Uranus. Saturnien célibataire vivant avec sa vieille gouvernante.

HITLER : Une vie amoureuse plate avec un mariage de dernière minute ; Saturne au MC, au carré de la conjonction Vénus-Mars.

FRANCO : Saturne-AS avec conjonction Vénus-Uranus. Du refoulement affectif dès l’adolescence, peu de fréquentations féminines, une longue litanie avant de se décider au mariage et un couple froid.

Il existe, bien entendu, d’autres personnages de Saturne angulaire chez lesquels on ne découvre pas de tendance célibataire (Charles X, Napoléon III …) ; mais, dans ces cas, des indices contraires en donnent l’explication.

 

            Notes saturniennes particulières

 

LOUIS XIII :Le rois froid qui déserte la couche royale et n’eut pas de maîtresses, a Saturne maître de VII dominant par ses trigones à l’AS et au MC.

LOUIS XVI : Le roi au phimosis, pauvre homme de mari. Saturne-Capricorne au carré de Vénus.

Gaston DOUMERGUE : Vieux garçon marié à 67 ans ; conjonction Vénus-Saturne.

Ce petit florilège de compagnons tristounets et de célibataires plus ou moins rancis, peut être élargi à d’autres personnages, notamment des lettres et des arts.

MONTAIGNE : Marié à 32 ans « par convenance … plutôt que par inclination naturelle » ; Saturne maître de VII à l’AS.

 

LA FONTAINE : Célibataire libertin ; Saturne conjoint à Soleil-Mercure-Vénus.

SAINT-SIMON : Le goût du renoncement, les retraites à la Trappe et les « crises d’effarement devant la cuisse » (F.-R. Bastide) ; Saturne autour du coucher, carré à Soleil-Mercure en Capricorne, avec Lune en Vierge et Vénus en Verseau.

 NEWTON : Célibataire dont on ne connaît aucune aventure amoureuse ; Vénus du Verseau au double carré d’une opposition Neptune-Pluton et au semi-carré du Soleil en Capricorne, avec la Lune en sesquicarré d’Uranus. Avec Vénus en IV, avait sa nièce pour s’occuper de sa maison.

MONTESQUIEU : « C’est un sexe bien ridicule que les femmes … Il me semble que, dans les femmes les plus jolies, il y a de certains jours où je vois comment elles seront quand elles seront laides… » ; avec Mercure, Soleil en Capricorne en opposition de Pluton, outre Saturne en Scorpion et Lune sortant de conjonction à Mars.

FONTENELLE : La fuite amoureuse d’un vieux célibataire dans les divertissements mondains ; Vénus des Poissons en opposition de Saturne et au carré de Neptune.

KANT : S’est abstenu du mariage et des femmes ; noué affectivement par opposition de Soleil à Uranus et carré de Lune-Bélier à Saturne-Capricorne.

SCHOPENHAUER : Misogyne à vie solitaire ; Saturne culminant conjoint à Soleil et Mercure et opposition Lune.

SCHUBERT : Un inhibé affectif qui n’est pas sorti de son rêve d’amour ; sa Vénus du Capricorne se prolonge d’un carré de Saturne à une Lune des Poissons qu’oppose Uranus.

BRAHMS : Après ses échecs sentimentaux, devient un célibataire invétéré ; carré de la Lune culminante à Saturne de la Vierge qui sort de la VII.

DE FALLA : Célibataire sans amours légitimes ni clandestines, à la vie austère et ascétique ; sur la base d’une conjonction Lune-Saturne au FC, luminaires barrés par oppositions Lune-Uranus et Soleil-Pluton en VII, outre carrés Soleil-Uranus et Lune-Pluton.

MICHEL-ANGE : Célibataire, amoureux d’une femme seulement à la soixantaine ; Saturne du Cancer en VII au carré de Vénus, avec un Soleil en opposition de Pluton.

VUILLARD : Célibataire vivant avec sa mère jusqu’à sa mort tardive ; pas de femme, à peine une histoire lointaine ; un Saturne au FC accompagné d’un carré du Soleil-Scorpion à Mars et d’une Lune-Balance à Uranus-Cancer.

CEZANNE : Fermé au monde féminin ; capricornien avec Saturne carré Vénus et conjonction Lune-Uranus.

COURBET : Avec son trigone de la Lune du Capricorne à Vénus du Taureau, en lui, le célibataire endurci fait bon ménage avec l’amateur de femmes.

LEAUTAUD : Le misogyne cynique fait homme ; Soleil-Capricorne conjoint à Saturne et en opposition d’Uranus, tous deux au carré de la Lune et en dissonances mineures de Vénus.

DELLY : Type de vieille demoiselle étriquée et falote ; conjonction Soleil-Vénus en Vierge aspectant Saturne au DS.

Eugénie de GUERIN : Par attachement à un frère, très tôt consentante au célibat ; conjonction Lune-Vénus en Capricorne, au carré de Sat