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APERCU ASTROLOGIQUE SUR L’AMOUR

En remontant maintenant à l’approche  d’un demi-siècle, j’engageais une série de 18 textes consacrés à l’amour, dans la revue L’astrologue, de son numéro 5 du 1er trimestre 1969 à son numéro 24 du 4e trimestre 1979, réunis en  : « Aperçu astrologique sur l’amour ». Pièce inédite – si du moins l’on excepte la populaire caractèrologie amoureuse des signes zodiacaux, à la lisière du sujet - d’un travail de fond abordant l’essentiel de ce domaine. Or, à ma connaissance, depuis cette parution, nulle autre entreprise du genre n’a vu le jour. Il me vient donc  l’intention d’une relance de ce travail et cette décision de republication se justifie pleinement. C’est d’abord que ce texte reste – que je sache - une pièce unique en son genre. Si encore un travail de recherche profonde du même ordre était venu prendre le relais, le premier se fut du moins effacé. Or, faute d’une telle absence, cette réédition comble véritablement un vide..

J’ajoute que le texte initial a fait l’objet de retouches. Puisque cela était possible de le faire, pourquoi ne pas évincer fautes et  erreurs ? Et du même coup, en plus de ces modifications s’imposait une amélioration de la documentation en joignant quelques cas nouveaux de l’histoire des amours célèbres ? L’œuvre première  reste donc intacte pour l’essentiel.  

 

 

L’EXPLORATION ASTROLOGIQUE DE L’AMOUR

Interroger le « destin » est la plus naturelle aspiration des humains que dépassent les forces cosmiques de l’amour. Le plus sceptique se met à croire aussitôt que bat son cœur. Qui n’a pas effeuillé quelque marguerite ? Les oracles, clefs des songes et arts divinatoires, moulés au creux d’un besoin profond de l’âme éternelle, semblent être, avant tout, une réponse à l’appel de l’amoureux.





Que n’a-t-on d’ailleurs pas dit de l’amour ? … Ce dieu malin qui se rit de la raison et se plaît à bousculer la volonté des pauvres humains. N’est-ce pas surtout à cause de lui que l’homme et la femme perdent si facilement la tête et deviennent le jouet des puissances intérieures qui s’emparent d’eux ? N’a-t-on pas abondamment épilogué sur cette « loi de l’amour qui gouverne le monde » ?





On le conçoit sans peine quand on songe à la place souveraine qu’il occupe dans la vie humaine. Car l’amour se situe au cœur de toute existence et en constitue le mobile essentiel. Il est souvent la grande raison d’exister. C’est dans sa sphère même que se situe généralement « le point vulnérable », les grands déboires ou les profondes déceptions ; c’est là aussi que l’être humain peut éprouver les plus grandes joies. C’est sur son terrain propre que se décide, en somme, tout le bonheur ou tout le malheur de la vie …





Comment, dès lors, l’amour ne serait-il pas le « lieu » privilégié de rencontre de l’Astrologie et de son « consultant » ? Est-il besoin d’insister sur ce point ? Mais, alors, quelle réponse peut-elle donner par la voix de son messager, à « l’appel » de celle ou de celui qui vient l’interroger ?





Jusqu’à une époque relativement récente, l’amour ne s’est guère présenté que comme un thème de destinée parmi les autres : santé, situation …, se prêtant à un exercice d’art divinatoire : le praticien au chapeau étoilé se devait de pointer la bonne direction des « événements » à venir en répondant de son mieux à une immédiate interrogation. Ce qui était pour le moins aléatoire Or, en ce domaine privilégié et dans la promotion d’une astropsychologie, c’est à un authentique art royal que nous pouvons ou devons prétendre accéder.





Par « art royal », j’entends que nous bâtissions sur les constantes du cœur humain, que nous ayons notre siège sur le terrain psychique, que notre quête adhère à la réalité amoureuse dans sa substance intime, l’écho de l’interprète devant rejoindre directement le centre vital de l’interprété, celui-ci étant élucidé dans son propre « vécu ». Certes, « l’événement » n’y est point pour autant négligé : il est le signe apparent de ce vécu, l’accident révélateur ; mais ce témoignage n’est que trop souvent l’ombre de la réalité intérieure et c’est elle qu’il faut atteindre. Il faut donc juger le fait visible « du dedans », aller ainsi au-delà de cette enveloppe sensible qui drape le décor de la destinée amoureuse, pour atteindre les réelles valeurs de l’âme humaine.





Dans la mesure où il est possible de le faire, il n’est pas question de se priver des informations concernant cet aspect extérieur des choses : âge du mariage, type de partenaire, avantages ou inconvénients matériels, sociaux ou familiaux de l’union …Mais il importe davantage d’aller en profondeur pour une mise en lumière des équations psychologiques du destin amoureux. Par exemple, définir le bonheur ou le malheur d’une union, la satisfaction ou la déception qui s’y attache ; comment et dans quelle mesure l’union contribue-t-elle à l’équilibre affectif et à l’épanouissement de l’être ; quels problèmes humains elle pose, quels conflits ou déchirements intérieurs elle provoque ; comment évolue la sensibilité au cours de l’expérience conjugale ; bref, toute l’histoire du cœur dans sa vie naturelle qui est celle du plaisir et de la douleur, de la volupté et de la souffrance, de la joie et de la peine, de l’harmonie et du déséquilibre.





J’ai déjà dit que face au tableau du signifiant astral se présentait celui du signifié psychique et qu’à la thématique propre du déterminisme astrologique répondait une phénoménologie de l’affectivité. Oui, ce qui sort « immédiatement » du thème, c’est le monde subjectif de l’être, ce que celui-ci ressent et éprouve dans son for intérieur en tant que pulsions instinctuelles, climats passionnels, données de conscience , états d’âme … Les événements ou faits de l’existence se perçoivent en second lieu, comme  conséquence, sur cette toile de fond initiale. Ils ne sont déjà plus une nécessité car ils procèdent de la détermination de celle-ci et n’en constituent que des résultantes probables. On est donc fixé dans ce qu’il est permis de recueillir comme sources d’information, la constante (ce qui ne veut pas dire la simplicité) existant seulement à la trame affective qui fonde la subjectivité du destin, la relation avec les événements proprement dits, aspect extérieur ou faits objectifs de ceux-ci, « substance »t plus ou moins lâche, elliptique par nature étant la tendance.





Ici, je ne sors pas de l’esprit  de mon ouvrage : De la Psychanalyse à l’Astrologie (Editions du Seuil) afin de convertir la donnée du thème en psychologie affective. Mais il est une œuvre qui m’a tout particulièrement inspiré : il s’agit de L’Amour du Dr René ALLENDY, publié en 1942 chez Denoël et considéré comme son testament spirituel, cet auteur ayant, avec le Dr René LAFORGUE, fondé la Société Française de Psychanalyse, et  participé également au mouvement astrologique de son temps, à la Société Astrologique de France. Les très larges emprunts de son ouvrage, mis entre guillemets, que j’en ferai, donneront la mesure même de l’influence que ce livre a porté sur ma compréhension de ce sujet capital, et c’est le meilleur hommage que je puisse rendre à ce remarquable esprit trop oublié.





Il n’y aura pas lieu de trop s’étonner si, dans mon pèlerinage, je m’attarde aux visages malheureux et aux maladies de l’amour, plutôt qu’à sa santé et à ses mines réjouies. Ne dit-on pas que les couples heureux n’ont pas d’histoire ? En fait, ils en ont bien une, mais, dans la paix du cœur, elle nous échappe plus ou moins. Disons que nous irons jusqu’au bout de nos possibilités pour dépister la vie amoureuse sous ses diverses expressions.





Abordons d’abord les données de base du sujet traité en convenant du fondamental : à l’origine de la relation du couple masculin-féminin, le planétaire pose les dialectiques Soleil-Lune et Vénus-Mars, tandis que leur accouplement figure dans le cadre du cycle diurne, positionné au Descendant avec le secteur VII (la classique « maison du mariage ») complémentarité de son vis-à-vis l’Ascendant en valeur centrale du Moi.

 

 

LE  FAIT  AMOUREUX

Ouvert de la terre sur le ciel et l’enfer, allant du sublime à l’abject, réunissant en soi le bien et le mal, l’amour est chose qui ne se cerne pas, et s’il faut à tout prix le situer, il apparaît « comme une vaste entité aussi vaste que la vie elle-même, déjà impossible à définir, se situant sur le plan psychique qui est peut-être au centre de toute existence et représentant la manifestation essentielle de cette vie » (ALLENDY).





Nous voici, au départ, engagés sur la notion d’une puissance vitale primordiale dont le cadre  général rejoint  l’unité  synthétique astrologique. Cette universalité de l’amour incite le psychologue à l’apparenter aux forces de cohésion qui se manifestent sur tous les plans du monde. Ce serait, déclare ALLENDY, « la même force universelle qui rapproche les atomes, combine les molécules, suscite les baisers des jeunes gens, les drames des adultes, animent les réactions chimiques du domaine organique en même temps que tous les élans, toutes les aspirations qui constituent la vie psychologique. Cette grande force de la nature et de la vie humaine a été pressentie de tous temps et appelée différemment : le Kama des Indous, l’Eros de Platon, la Libido de Freud, l’élan vital de Bergson … ». Freud semble être le premier psychologue qui ait parlé, en tout cas aussi manifestement, de cette synthèse de l’amour. Allendy reprend et développe cette thèse freudienne :

« Cette unité de la force d’amour de l’être psychique se retrouve dans la multiplicité des acceptions données dans le langage à l’idée d’aimer… On aime non seulement son partenaire amoureux, mais aussi ses parents, ses enfants, son prochain, Dieu ; on aime également un pays, une couleur, un parfum, une mélodie ; on aime encore le jeu ou la boisson, comme on aime la justice ou la science. L’expérience populaire ressent donc comme une appétence commune et analogue l’attraction pour des objets aussi divers, aussi différents ; ce ne seraient là que les multiples aspects du sentiment d’amour. C’est secondairement et à titre d’extension concrète que le mot amour (le fait d’aimer) a pu être pris dans le sens matériel d’une union déterminée, d’une réalisation sentimentale (si l’on dit, par exemple, d’un homme qu’il a eu deux amours dans sa vie). Le plus souvent, l’amour garde la signification abstraite d’un sentiment, d’une tendance au rapprochement, à la fusion, d’un désir ou d’un besoin d’union. Aimer le sucre, c’est souhaiter incorporer le sucre à sa propre substance dans l’acte nutritif. Aimer les fleurs, c’est chercher à en faire le décor de son existence. Aimer sa patrie, c’est confondre ses intérêts avec les siens propres. Aimer la vertu, c’est s’efforcer de la réaliser en soi … Il faut attacher une grande importance à ces rapprochements fournis par le langage, parce que celui-ci, qui n’est pas essentiellement un produit intellectuel mais beaucoup plus une fonction vitale issue de l’instinct, exprime la manière commune de sentir des hommes, ce qui est une réalité psychique et peut-être aussi une intuition naturelle des rapports profonds des choses. Or, le langage énonce partout une identité certaine entre les différentes formes d’amour, et semble affirmer que ce sentiment peut être exempt d’appétit sexuel, tel l’amour du savant pour ses livres. L’élément érotique ne ferait que compléter en d’autres cas, l’attirance plus générale et plus profonde du sentiment d’amour, sans le caractériser essentiellement. Les investigations de la psychanalyse permettent de suivre l’insertion ou la désinsertion de cet élément sexuel en observant la continuitéou bien le déplacement de l’attirance amoureuse d’un objet absolument asexué vers un objet pourvu de valeur érotique, en un mot les transformations de la libido. Cette notion de libido, empruntée à la psychanalyse, en ramenant toutes les tendances instinctives à une force commune, permet de mieux comprendre la continuité entre les différentes formes d’appétence que le langage rapproche sous le terme d’amour ; elle est la première à expliquer ce qu’il y a de commun et de foncièrement identique dans le fait d’aimer la pâtisserie ou d’aimer une femme ou d’aimer la justice. » (…) « Dans l’observation courante, ce qui prouve le mieux la parenté foncière de toutes les formes d’amour, c’est la substitution possible de deux formes d’amour en apparence éloignées, donc leur équivalence pratique. C’est ainsi que dans le psychisme malade d’Edgar POE, on voit alterner régulièrement l’amour de la femme et l’amour de la bouteille. Beaucoup d’exemples attestent cette plasticité du sentiment amoureux. Combien voit-on d’individus déçus dans leurs aspirations sexuelles, verser dans la passion de la bonne chère, des collections, des drogues, de la religion ! Il faut bien admettre que ces formes si diverses d’attirances, d’appétences, d’intérêts ne sont réciproquement substitutives qu’en fonction d’une communauté foncière. En somme, nous constatons que l’amour peut très facilement, en changeant l’objet, perdre son aspect sexuel comme si celui-ci n’était pas essentiel. Parallèlement aux transpositions de l’attirance amoureuse décrites par les psychanalystes, s’opérant de la sphère sexuelle à la sphère digestive ou inversement, les théologiens nous enseignent que la concupiscence peut prendre des formes différentes ; poussant plus loin encore leurs identifications, ceux-ci ne craignent pas d’affirmer que l’amour sentimental pour le prochain est de même essence que l’amour pour Dieu. Il est curieux de voir la métaphysique et la psychologie des instincts aboutir à la même conclusion : il n’y a qu’un sentiment d’amour quel que soit son objet. »

Ainsi, nous sommes devant un « « fait amoureux » qui représente un exercice de vivre essentiel. A travers lui s’exprime une sensibilité à spécificité érotique (au sens le plus large du mot) et qui demeure susceptible de manifestations diversifiées en raison de l’étendue de son pouvoir d’affectation. Comme si l’on saisissait un verbe du sentiment d’amour et un pluralisme d’objets sur lesquels il se greffe. Le verbe représente en quelque sorte l’action de la tendance sous l’aspect d’un type de sensibilité et de comportement conduisant à un certain mode d’histoire amoureuse. L’objet – quelqu’un ou quelque chose – est un facteur préférentiel, lié à l’être par le jeu des affinités électives, mais qui est affecté d’une certaine indétermination, et qui est, du même coup, susceptible de remplacement. La « coulée » de tendance suit la ligne de sa pente naturelle ; mais cette continuité a ses points de rupture par suite des « déplacements » du processus affectif d’un objet donné à un autre plus ou moins différent, le passage pouvant se faire d’une personne aimée à une autre personne, aimée à son tour, et même d’un objet sexué à un autre objet asexué (ce qui tend à arriver surtout lorsqu’il y a un conflit, une interdiction visant l’expression sexuelle) pour aboutir à une autre finalité qu’à celle du couple humain. Telle la naturelle sublimation en une élévation qui fait passer Vénus de l’amour à l’art, tout comme, avec Mars, le soldat franchit le stade du sport. Ce genre de substitution est rendu possible par l’existence d’une « équivalence affective » entre ces divers aboutissements, la communauté foncière de ces vécus successifs apparaissant au niveau inconscient d’un verbe unique qui modèle son expression en fonction du caractère de chaque nouvel objet de même nature.





En nous plaçant maintenant sur le terrain astrologique, nous pouvons admettre que chaque symbole, planétaire ou zodiacal, exprime une fonction amoureuse, dans la mesure où l’on peut dire, en particulier, que le mercurien aime le langage, les lettres ou les affaires ; le martien le sport ou l’armée, le jupitérien la représentation ou l’autorité, le saturnien le savoir … Il s’agit là de l’attirance naturelle ressentie dans le cadre des affinités électives : expression, conquête, affirmation, vie de l’esprit …Or, nous connaissons le symbole dont le verbe présente une spécificité d’amour : il s’agit naturellement de Vénus en laquelle fusionnent si bien  beauté et  bonté. Exister en fonction du processus vénusien, c’est aimer : aimer avec son coeur, source de bonheur de vivre, quel que soit qui l’on aime ou ce qu’on aime.





L’interprète est tenu de bien différencier les valeurs polaires du verbe et de l’objet de la tendance amoureuse, faute de quoi il est condamné à se perdre, donc à se tromper. En voulez-vous une simple preuve ? Livrez-vous donc à l’expérience suivante que j’avais l’habitude de présenter à de frais élèves du temps que j’enseignais.





Vous exposez deux thèmes sur un tableau en disant qu’ils sont ceux d’un pape et d’un Don Juan, et en leur demandant naturellement d’identifier les personnages. Ayant choisi BENOIT XV (Gênes, 21/11/1854, 10  h 30) et CASANOVA (Venise, 2 avril 1725, probablement au lever du jour). Le premier : conjonction Soleil-Vénus-Mercure en Scorpion avec un Mars qui se lève ; et le second avec Mercure-Vénus-Mars-Jupiter en Poissons ; et tous deux avec une Lune du Sagittaire … Si l’objet vous interpelle, en oubliant la priorité de l’astre sur le signe (le premier est au second ce qu’est le chiffre premier au chiffre après la virgule), vous tombez automatiquement dans le piège du sexuel Scorpion et du mystique Poissons … Ce n’est qu’au niveau du verbe que votre interprétation peut parler Alors se dégagent, d’une part, le plus volontaire et intense dans sa vocation, son objet d’intérêt inattendu étant la religion ; et, d’autre part, un être disséminé,  sa poussée vitale communiant dans une sorte d’infini amoureux, son donjuanisme ayant une résonance de fuite en avant mystique. La leçon à tirer ici est que, bien évidemment, le verbe passe avant l’objet comme plan de référence de l’interprétation.





L’indifférenciation des deux vecteurs de la tendance est restée trop longtemps l’état  stagnant des interprétations. Je prends au hasard cette désignation de la conjonction Soleil-Vénus, livrée par RANTZAU dans son Traité des Jugements des thèmes généthliaques (1657) : « Le né aime le peuple, dont il est loué et très estimé ». S’il me plait de voir l’auteur articuler immédiatement le verbe vénusien par excellence, par contre, je regrette que la suite en limite d’une façon étriquée l’application et à un objet arbitraire. Comprenez que le « né » en question prodigue de l’amour et en recueille en conséquence, voilà tout.





Une conjonction Soleil-Vénus, c’est essentiellement une solarisation du verbe aimer qui se produit sous une forme ou sous une autre : l’amour qui brille, qui élève, qui anoblit,  un grand amour … Du fait que Vénus est en contact direct avec le Soleil, il tend à s’accomplir un développement de la sensibilité (heureuse ou malheureuse), comme si la planète pouvait prélever un capital vital du luminaire diurne, puissance nécessaire à la réalisation et l’épanouissement de sa propre affectivité, le Soleil pouvant tracer une voie royale au devenir vénusien. Citons trois cas de conjonction au Fond du ciel : CEZANNE (Aix-en-Provence,19/01/1839, 1h) l’amour lui venant de la peinture, comme de la musique pour CHERUBINI (Florence, 14/09/1760, approche de minuit) et des lettres avec Romain ROLLAND (Clamecy, 29/01/1856, 0 h 15). Parmi les célébrités, cette conjonction recrute généralement des natures sensibles ou sensuelles, personnages qui aiment et sont aimés, véritables artistes en leur genre …





Ainsi, si nous voulons comprendre quelque chose de l’amour, avant d’aller plus loin, considérons donc pleinement le « fait amoureux » d’abord sous l’angle du verbe aimer.

 

LA  NAISSANCE  DE  L’AMOUR

« Le lieu du ciel où apparaît un astre à la naissance prend, pour toute la durée de la vie, la vertu de cet astre. » (M0RIN de Villefranche). Cette donnée première de la « détermination astrale » pose d’emblée l’opérateur planétaire comme le déroulement d’un flux traversant le devenir humain de la naissance à la mort. Ainsi, là où est posée Vénus, la présence vénusienne est permanente et elle l’est comme la représentation unitaire et globale de toutes les manifestations vénusiennes de l’existence, toutes formes de la vie vénusienne émanant du siège de cette position planétaire. De ce foyer, le « destin astral » ne livre toutefois pas de point de repaire numérique ; rien n’y est dénombré et si quelque chose n’est pas « écrit » dans un thème, c’est bien le nombre des amours, des unions, des enfants … Ce « destin astral » prend, au contraire, sa signification à partir d’une notion de contenu global où tout se tient dans une totalité synthétique.

Ainsi, avec Vénus apparaît l’universalité des expressions du sentiment d’amour. En constellation vénusienne de naissance, telle une source d’où s’écoule le flux de la sensibilité amoureuse, racine-mère sur laquelle se greffent les multiples manifestations de cette affectivité. Son information consiste à suivre, pour ainsi dire, le fil d’un même climat émotionnel, du même sentiment de vivre, tout au long de l’existence ; du pointillé des silences ou temps morts au souligné des passions et orages, ou encore dans le décousu des crises et des métamorphoses. Il s’agit de dépister l’historicité d’un sentiment à ses origines, au commencement de son émergence, puis de le suivre dans ses recommencements, ses apparitions et ses figures successives. Ce sentiment et la « conduite amoureuse » qui en est le témoignage sont l’expression d’une tendance dont les coordonnées sont un verbe au jeu relativement limité et une série d’objets plus ou moins diversifiés. Le verbe est la motrice de la tendance, comme l’objet en est le réceptacle ou le point d’application. En fonction de certains phénomènes de transfert et de substitution, ce verbe aimer vénusien se conjugue continuellement en se déplaçant d’un objet à un autre au cours de l’existence, et c’est la répétition du sentiment d’amour qui constitue la principale thématique de l’interprétation de la planète.





Il n’y a pas d’autre logique opérationnelle pour entrer dans le déchiffrage de la vie amoureuse, et le psychanalyste opère d’ailleurs lui-même de la même sortei dans son exploration psychique.





C’est au niveau inconscient que se déroulent les processus auxquels obéit la vie affective. Ainsi en est-il du « refoulement » où l’être humain a l’émotion nouée par oubli de ce qui lui a donné naissance ; de même que du « déplacement » par lequel cette émotion se reporte sur d’autres personnes ou situations ressemblant à l’impression première. C’est ainsi que le sentiment amoureux naît d’un déplacement affectif :

« Vers l’âge de quatre ou cinq ans, l’enfant s’éveille au besoin d’aimer. Les personnes qui lui donnent à ce moment la possibilité de se laisser aller à ce besoin nouveau marquent en lui une empreinte fondamentale, parce que sa plasticité affective est alors au degré maximum. Le cours de la vie vient ensuite écarter ces personnes, changer leurs dispositions, compliquer les relations affectives de problèmes nouveaux et quelquefois insolubles ; le temps enfin vient accomplir son œuvre perturbatrice et rompre ces attachements enfantins, mais il persiste une sorte de nostalgie latente qui durera toute la vie. Et, pour combler le vide de ces attachements, toute sa vie l’être humain s’efforcera instinctivement de retrouver ses premières émotions interrompues : on rêve toujours à ses premières amours. Comme ces premières amours se sont adressées aux personnes de l’entourage immédiat de l’enfant, on comprend l’importance décisive que prendra l’image paternelle – ou maternelle – voire fraternelle, dans la vie affective de l’adulte. Devenu grand, l’enfant recherchera non plus les personnes qu’il a aimées autrefois telles qu’elles sont devenues avec le temps, non plus son père ou sa mère véritable, par exemple, mais les figures qu’il a connues autrefois quand il était petit, l’imago de son souvenir. Encore n’est-ce pas exactement les figures réelles, mais les représentations qu’il s’en est faites, selon les déformations de son imagination enfantine. »

La trace de ces premiers sentiments demeure dans le fond obscur de l’âme, liée à des sensations diffuses, à des impressions latentes, sans contact avec l’appel de la mémoire, sans souvenir. D’où le fait que l’introspection ne puisse relier cette source aux amours ultérieures. ALLENDY présente un exemple intéressant : « Supposons qu’un garçon de trois ou quatre ans se soit fortement attaché à une nourrice très douce pour lui et qu’il en soit brusquement séparé à cet âge. Devenu adolescent ou jeune homme, il ne pensera plus jamais à cette nourrice et, même si on lui en parle, l’évocation en sera pour lui dépouillée d’émotion, par suite d’un refoulement. L’oubli de l’émotion et souvent aussi de la personne est un moyen de moins souffrir, une sorte de guérison sur le plan conscient. Seulement, que ce jeune homme rencontre un jour une jeune femme affectant quelque ressemblance avec la nourrice (telle qu’elle était au moment où il l’a perdue), que son regard ait une lueur semblable, sa voix un timbre approchant, que ce soit encore un simple détail de costume, ou que la rencontre se fasse dans un parc semblable à celui où cette nourrice accompagnait ses premiers pas, et brusquement il éprouvera pour cette jeune fille une mystérieuse attirance qui pourra être un commencement d’amour. »





Ainsi, dès la première mesure du déclic qui donne naissance à l’amour apparaît une sensibilisation tracée par un écho des premiers émois tendres de l’enfance. L’occasion de la rencontre éveille ces potentialités, comme si une sorte d’antenne déclenchait un « signal » fixant l’attention affective sur l’objet d’amour et incitant au désir de rapprochement et de contact. Ce signal est lié à un « détail déchaînant », lequel peut être, déclare ALLENDY, une ressemblance physique, un décor extérieur, une particularité de circonstance ou n’importe quoi qui rappelle, non dans la mémoire lucide et discursive mais dans les échos obscurs de l’âme, quelque détail des rêveries enfantines : un regard, une lueur, un timbre de voix, un parfum, une pièce de costume, etc. C’est cette « rencontre » qui crée toute la « magie de l’amour », qui déclenche l’émotion spécifique attachée à la découverte de l’être aimé. « Non seulement ce détail reste généralement inconscient dans de tels cas, mais encore sa révélation ou son souvenir risquerait de faire tomber toute la magie amoureuse du coup de foudre en supprimant l’illusion d’identité ou de préfiguration. » ALLENDY cite à ce propos le cas d’une jeune femme qu’il a pu guérir d’une passion soudaine qui allait bouleverser sa vie et contre laquelle elle était venue lui demander secours. Il put établir que cette dérive amoureuse avait été déclenchée par une similitude poussée de décor avec ce qui avait été le premier amour de sa vie de jeune fille, amour insatisfait et non vraiment éteint. Cette découverte permit au sujet de revenir aux émotions de son inoffensive expérience passée et de regarder plus objectivement l’homme qui en avait momentanément revêtu le reflet.

Certes, la configuration vénusienne native permet de dégager une tonalité du sentiment amoureux – position de l’astre en signe, aspects ainsi que maîtrises - mais sans nous livrer le « détail déchaînant » qui déclenche le signal de l’état amoureux, et nous ne sommes pas entraînés à cet exercice de découverte, une telle voie ne pouvant être ouverte que par une possible collaboration astro-psychanalytique.  Néanmoins, nous détenons un « climat » et certaines informations de fond. En se reportant à cette  configuration vénusienne, nous avons celles que nous fournit son état terrestre : position de l’astre en secteurs par sa présence en « maison » et ses liens de maîtrise ; puis ce qui ressort de son état céleste (position en signe et aspects).





Magnus Hirschfeld déclare que « tous les endroits où des hommes et des femmes se rencontrent servent aussi sans exception à la sélection sexuelle : «  Qu’il s’agisse d’une usine, d’un bureau ou d’un building, d’un restaurant, d’un hall d’hôtel ou d’un sanatorium, d’une salle d’attente chez un avocat, chez un médecin ou dans une gare, d’un concert, d’un théâtre ou d’une église, partout les regards des personnes qui sont à la recherche d’un partenaire se rencontrent et se trouvent. Les salles de bal et les salles de jeux, l’amphithéâtre de l’université, le tribunal et jusqu’aux enterrements, sans parler des plages et des villes d’eau, tout sert au rapprochement des sexes. »





L’amour paraît ne pas naître, pour un individu donné, dans n’importe quel endroit ni dans n’importe quelle condition. Tout se passe comme s’il avait besoin d’un climat, d’une ambiance qui lui convienne ; décor extérieur participant à cette « électivité » amoureuse évoquée par ALLENDY. Or, l’état terrestre vénusien offre un contexte de ressources exploratoires.





Dans le rapport Vénus-Secteur (la présence en maison), on est devant une association psychique qui lie le verbe aimer à un « département » de l’existence, ou qui  assigne une affectation à ce cadre particulier. A ce propos, il est aisé d’assimiler les lieux dont parle Hirschfeld à nos douze secteurs : les salles de bal et de jeux, comme le concert et le théâtre, ou autres lieux de plaisirs au Ve secteur ; l’usine, le bureau ou lieu de travail au VIe ; l’enterrement, la réunion de deuil au VIIIe ; la salle de gare sinon le train ou l’avion au IIIe ou au IXe, comme l’église ; de même que le sanatorium ou tout autre lieu d’épreuve  en XIIe … Il y a là matière à un catalogue de géographie amoureuse. Mais il faut juger en souplesse, en finesse. Il s’agit moins d’un cadre fixe que d’un climat, une détermination qu’une orientation. Avec Vénus en IX, on peut rencontrer l’amour préférentiellement en voyage, à l’étranger, comme on peut rencontrer un étranger lui-même tout près de chez soi. Outre que ce même lien puisse s’établir en une autre circonstance, comme pour George SAND (étudiée plus loin) d’avoir vécu à Venise son naufrage amoureux avec Musset (étudié plus loin). Avec Vénus en X, on tend à le rencontrer plutôt dans son milieu professionnel ou à l’occasion d’un événement de carrière :  tout autant que l’amour y est dans son élément : parce que l’on plaît tout simplement dans ce milieu, non sans chance d’élévation et de réussite. Avec Vénus en XI, la rencontre est plus probable dans la sphère de ses fréquentations amicales, l’amitié pouvant d’ailleurs se muer en amour comme l’amour finir en amitié, quand ne prévaut pas une formulation d’amitié amoureuse. Avec une Vénus en XII, le premier élan du cœur peut éclore dans le cadre d’une maladie, à l’hôpital,  cette association pouvant lier l’amour à quelque infortune ou épreuve, ou encore se nicher en liaison cachée. Voire encore aboutir à l’échec amoureux en une chute dans la maladie, comme dans le cas d’Alfred de MUSSET dans sa liaison amoureuse avec George SAND en Italie . Et avec Vénus en III, l’amour peut surgir d’un cousin ou d’un propre voisin, à l’école, comme il peut aussi venir de ses petits déplacements, de son langage, de sa plume, voire aujourd’hui d’Internet. Tandis qu’en IV, sa propre famille peut s’en charger .Rapport qui se prête aussi bien avec le signe et l’aspect, comme Vénus en Poissons et en aspect de Neptune pour une rencontre au bord de la mer …





Nous ne faisons guère, après tout, ici, que mettre en pratique le principe qui régit le rapport de la planète avec le secteur qu’elle occupe, qui est celui de la détermination locale (Morin) d’un processus général. Ainsi, la position où se trouve Vénus est-elle un lieu où le sujet tend à sourire, à recueillir la faveur d’autrui, à inspirer la sympathie ; son commerce y est agréable et heureux ; il tend donc à s’y plaire comme à susciter l’attraction personnelle : de là à y découvrir l’amour, il n’y a qu’un pas, encore que ce ne soit là qu’une des variantes de l’association planéte-secteur. Et Vénus n’est pas seule à détenir ce privilège, car les deux luminaires apportent des informations parallèles. Le secteur où se présente le Soleil est pour la femme le lieu privilégié de rencontre masculine, comme celui qu’occupe la Lune est pour l’homme la voie ou le domaine particulier de rencontre  féminine, et réciproquement. De même, si la femme tend à réaliser sa condition féminine personnelle en particulier dans la sphère correspondant au secteur qu’occupe la Lune, l’homme tend à vivre sa composante virile plus spécialement en rapport avec le secteur occupé par le Soleil. La « localisation » de la scène où l’amour choisit de préférence son terrain d’élection a donc d’autant plus de chances de se condenser lorsque se présentent dans le même secteur un duo Vénus-Lune, Vénus-Soleil ou Soleil-Lune ; et à plus forte raison un trio Soleil-Lune-Vénus.





Naturellement, on ne saurait séparer l’état terrestre de la domification (secteurs) de l’état céleste (aspects) des configurations elles-mêmes, fournissant un index de qualification de ce verbe aimer, de cette féminité et de cette virilité, lesquels sont susceptibles de converger ou de diverger. Si, par exemple, la Vénus en IX est aussi dans le neuvième signe du Sagittaire, un manifeste exotisme affectif est à prendre en considération, l’étude des langues ayant son intérêt..





Toutefois, par lui-même, l’état céleste de la configuration vénusienne est susceptible d’informer sur le mode d’apparition du sentiment amoureux, la manière dont il se déclare, comment il entre en scène et quelle position il se donne. Ici donc, la référence est fournie par les signes et leurs maîtres. On conçoit, par exemple, qu’avec une Vénus en Poissons et en aspect de Neptune, l’amour puisse se présenter d’une manière feutrée, larvée, voilée, pouvant laisser planer un climat d’incertitude, de doute,  d’interrogation, comme s’il avait du mal à prendre consistance. Alors qu’avec une Vénus en Bélier, aspectée surtout de Mars et Uranus, il tend à faire irruption  soudainement et avec fracas, balayant toute résistance et déferlant comme un bolide : le vrai « coup de foudre » ; quitte à n’être qu’un « feu de paille ». Tandis qu’avec une Vénus en Taureau  comme en Capricorne, surtout en aspect de Saturne, le sentiment est enclin à prendre racine en  se donnant le temps ; montée patiente d’une accumulation silencieuse, emplissant l’être jusqu’à ce qu’il en soit possédé. Secondarité affective qui est tout le contraire de la primarité d’une Vénus des Gémeaux à signe immédiat, surtout en aspect de la Lune ou de Mercure, dont la démarche souple en touches fines, rapides et légères, peut laisser l’amour naissant  se déprendre et se reprendre, etc..





Nulle part je ne vous dresserai des tableaux de significations toutes faites, ma préférence allant au réel, c’est-à-dire au témoignage d’un large éventail de cas  historiques.  En cette introduction, toutefois, je ne m’attarderai pas aux exemples, d’autant que les biographies ne sont pas prolixes sur l’épisode initial de l’amour naissant.





« Il se monte la tête pour un chat coiffé, et, pendant quinze jours, ne pense qu’au bonheur rêvé. Puis, quand il y est parvenu, il se refroidit et n’y pense plus. » Ainsi parle MERIMEE (cité plus loin) de NAPOLEON III (traité plus loin) : belle évocation de sa Vénus du Bélier conjointe à Mercure, dans le contexte d’une conjonction Soleil-Mars du même signe. Et avec la Lune en Bélier d’Eugénie de MONTIJO (citée plus loin), son épouse Taureau, il suffit à la fillette de dix ans d’avoir aperçu seulement au vol ce Louis-Napoléon prisonnier (du fait de son coup d’Etat raté de Strasbourg), pour éprouver un choc décisif qui la marquera à tout jamais, fixant sa sensibilité exaltée sur l’image de ce conspirateur-aventurier. Par contraste, on conçoit qu’une dissonance saturnienne à Vénus puisse bloquer les élans, instituer ces inhibitions qui font échouer les départs ou qui les ralentissent sensiblement. Avec sa Vénus du Sagittaire au carré de Saturne en Vierge en I, on voit Edouard MANET (Paris, 23/01/1832, 19 h) ne pas oser avouer ouvertement son amour pour une femme qui sera sa maîtresse et dont il aura un enfant ; équivoque d’une situation qui durera une décennie. Mais que dire de l’enflammé Hector  BERLIOZ (conjonction Soleil-Mars du Sagittaire) avec sa Vénus en Capricorne au carré de Saturne en Balance, tomber éperdument amoureux, à en perdre le boire et le manger, la première fois qu’il voit sur scène Miss SMITHSON dans le rôle d’Ophélie ? En quelques heures, ce champion du coup de foudre est ivre : « Epouvanté de ce que j’avais ressenti, je m’étais promis formellement de ne pas m’exposer de nouveau à la flamme shakespearienne. » Mais quatre jours plus tard il se précipite au théâtre qui annonce Roméo et Juliette pour la revoir : « Il n’en fallait pas tant pour m’achever. Après la mélancolie, les sombres nuages, les vents glacés du Danemark, s’exposer à l’ardent soleil, aux nuits embaumées de l’Italie, assister à cet amour brûlant comme la lave, impérieux, irrésistible, à ces étreintes éperdues, c’était trop ! Je suis perdu ! » Mais, n’ai-je pas déjà dit que Saturne, ou bien bloque l’émotion par le frein des inhibitions, ou bien en libère les pulsions à l’état sauvage de l’avidité dévorante qui rappelle Chronos dévorant ses enfants ? Soyons sûrs que si c’est le cas pour le cœur volcanique de BERLIOZ, c’est en raison non seulement de sa conjonction solaire, mais aussi de la ravageuse conjonction Lune-Neptune en Scorpion de ce romantique tout en fièvre orageuse. Car tout se tien et l’on ne saurait considérer Vénus sans les luminaires, ce trio astral formant pleinement la constellation amoureuse de chacun.

 

LA  FATALITE  AMOUREUSE  D’EDGAR  POE

L’exemple qui s’impose pour inaugurer la série des illustrations historiques de cette thèse, débordant toutefois le cadre du présent chapitre, est le destin amoureux d’Edgar POE, à la fois parce que le personnage a fait l’objet d’une exploration de FREUD et d’une étude approfondie de Marie BONAPARTE : Edgar Poe (Denoël et Steele), à laquelle nous nous référons ici.





Edgar POE naquit à Boston le 19 janvier 1809 à 2 heures du matin (« trois heures après avoir quitté le théâtre » d’après  la mère, selon la biographie de Mary Philipps : Edgar Allan Poe, Chicago, 1926). Une quadruple conjonction Vénus-Lune-Pluton-Jupiter est en IV, Vénus y étant étroitement unie à la Lune avec Pluton, la première maîtresse de VIII et le second maître d’Ascendant en Scorpion. Le maître de l’amas, Neptune, est au surplus conjoint à Saturne en I, en aspect du Soleil et de Mercure en Capricorne. Avec Pluton uni au duo luni-vénusien où participe le secteur VIII par sa maîtrise, sur une toile de fond saturno-neptunienne, tel est le climat de ce thème où l’amour et la mort sont intimement liés.











Cette Lune assombrie en Poissons déteint sur la sylphide poitrinaire qu’est sa mère dès sa naissance. « La maladie devait affiner de plus en plus cette apparition déjà aérienne et en faire peu à peu l’une de ces sylphides morbides et supraterrestres semblables à celles qui devaient plus tard peupler les contes de son fils. »  Le petit Edgar n’a que trois ans quand se grave, au plus profond de son psychisme, le visage glacé de cette mère étendue sur son lit mortuaire. Son destin est fixé : il va s’installer dans un deuil éternel, son véritable royaume devenant celui du rêve hanté par la mort.





Toute son affectivité luni-vénusienne est concentrée dans le noyau familial de la IV. Marie BONAPARTE situe de premières expériences sentimentales d’Edgar calquées sur son amour juvénile pour sa petite sœur ; idylles adolescentes avec des camarades d’école, et il épousera sa petite cousine. Mais surtout, le thème du IVe secteur domine comme un appel venu du fond de lui-même et de son plus lointain passé : à travers la femme lui revient la mère morte et c’est l’héroïne macabre qui l’inspire, comme s’il avait voulu faire retour à une tombe-berceau, bercé dans les mains éthérées d’une sylphide maternelle.





La maladie et la mort marquent déjà son amour adolescent pour Jane Stith STANARD qui meurt en avril 1824. Ce décès cristallise son inspiration poétique, notamment avec les « stances à Hélène » où surgissent les souvenirs : « Les cheveux d’Hyacinthe, le visage classique, les airs de naïade, qui ramenaient le poète comme chez soi au foyer, au home, étaient le reflet même de l’allure et du visage maternels enfouis dans le passé … Ainsi, le voyageur qui s’en allait, adolescent, vers la vie, faisait déjà, à quinze ans, « las, défait », ce retour en arrière « au rivage natal », retour funèbre vers la mère qui pour lui était à jamais  une malade ou une morte. » Et c’est avant d’avoir eu vingt ans qu’Edgar révèle sa loi de l’amour :

                        Je n’ai jamais pu aimer que là ou la Mort





                        Mêlait son souffle à celui de la Beauté





                        Ou bien là où l’Hymen, le Temps et le Destin





                        Marchaient entre elle et moi.

A vingt ans, le destin renouvelle pour la troisième fois le même drame qui lui enlève ses « mères » l’une après l’autre avec un certain air de famille : c’est, cette fois, sa mère adoptive, Mme Frances ALLAN, qui disparaît après une longue maladie de langueur. Le 22 septembre 1835, Edgar épouse  sa petite cousine maladive, Virginia CLEMMl, âgée de treize ans. « Virginia, à Richmond, avant même que la tuberculose ne l’eut ravagée, était déjà, dans sa joliesse et sa grâce toute infantile, d’une pâleur de craie qui frappait ceux qui la voyaient. Etait-elle déjà malade du mal sans doute contracté auprès de Henry Poe ? C’est possible, et l’attrait d’Edgar pour les femmes atteintes de tuberculose (…) ne fut sans doute pas étranger à son inclination pour sa petite cousine destinée, elle aussi, à mourir de phtisie. Même si Virginie n’en était pas encore visiblement atteinte, elle devait dès lors avoir un visage de « prédisposée » à ce mal. Or, l’inconscient sait comprendre ces signes. Poe, en se mariant, épousait ainsi du moins une candidate à la phtisie, à cette même maladie dont était morte sa mère chérie, avant qu’il eût trois ans. » A mesure que la maladie s’empare d’elle, le portrait physique et affectif de Virginia ressemblera de plus en plus à la figure de la mère mourante, et le thème de répétition s’accomplira avec son décès le 30 janvier 1847.





Poe s’éprendra d’une autre femme, Mme Frances (comme sa mère adoptive) OSGOOD, présentant elle aussi plus d’un trait de ressemblance avec sa mère : grands yeux, cheveux noirs, teint pâle, frêle minceur, qui mourra aussi de tuberculose.





Quant à l’œuvre de POE, elle est pleine de leitmotiv de son obsession. Le Corbeau, qui le rend célèbre et crée sa figure romantique de désespéré hantant la tombe de sa bien-aimée défunte par les froides nuits d’automne, n’est autre que le thème des lamentations de l’amant en deuil. Dans Bérénice, le héros déterre la femme qu’il  aime et qui n’est qu’en catalepsie. Dans Morella, l’épouse en mourant met au monde une fille qui meurt elle-même à son baptême quand son père lui donne le prénom de sa mère ; et quand il l’enterre, il s’aperçoit que la première Morella n’est plus dans le caveau de famille. Ligeia est le thème de l’épouse morte qui refuse sa mort et qui se substitue à la seconde épouse qui meurt, avec le miracle du retour de la morte en celle qu’elle a tuée… Autant de thèmes inconscients de faire revivre la mère. Il y a aussi Eléonora qui tombe malade et meurt de consomption en pleine jeunesse ; le Portrait Ovale qui est encore la mort de la bien-aimée. On voit de même dominer le fantasme de l’union dans la mort à la morte aimée avec  les diverses virtualités de la nécrophilie.





En marge de l’amour lui-même, c’est toute la symbolique lunaire, avec ses diverses surdéterminations, qui s’exprime dans sa vie et son œuvre. Passionné d’astronomie (affinité Poissons : le grand large céleste), il aime contempler longuement la face argentée de l’astre des nuits qui le ramène au rivage de son obsession. Et de la lune, nous passons à l’eau : même thématique avec « le lac aux eaux sinistres qui miroite lugubrement à travers toute l’œuvre de Poe, symbole de la mère morte ». Et quand ce n’est pas cette eau dormante et sombre où l’on peut s’engloutir, c’est l’appel du pôle antarctique, de la mer blanche et glacée. Le déplacement du complexe maternel va de l’astre à l’océan en passant par la nature, paysages aux mêmes attributs de la mort. Tel est, en ligne générale, le destin amoureux d’un homme dont la sombre fatalité s’éclaire sous le projecteur astropsychologique.

 

LES PROJECTIONS : ANIMUS & ANIMA

 

Un processus psychique essentiel qui caractérise l’état amoureux est la « projection » que l’individu fait de son idéal et de ses aspirations sur la personne aimée.





La psychanalyse nous a appris que nous projetons constamment, sans nous en rendre compte, notre propre psychisme sur autrui et sur les choses, nos relations reposant sur ce phénomène naturel, de sorte que nous sommes liés à notre entourage et au monde par tout un tissu d’investissements inconscients.





Le contenu de la projection est une image propre à adhérer à un objet : l’imago. Image que nous portons au sein de notre psyché, appelée à se fondre au point de se confondre avec l’être correspondant, subjectif et objectif en un tout.





Nous sommes porteurs d’un véritable réseau projectionnel qui détermine le clavier de nos relations : imago de la naissance et de la mort, de la parenté, de la fortune, de la maladie, du bonheur … La puissance de l’imago est celle même de l’archétype : le transpersonnel s’y manifeste à travers les matériaux personnels, porteurs d’une signification qui les dépasse. Images virtuelles, innées, qui sont comme le sédiment de toutes les expériences vécues par la lignée ancestrale, appartenant au fond commun de l’humanité.





Ainsi, les deux manières sexuées d’être au monde étant le masculin et le féminin, l’homme porte dans son inconscient une image de la femme par laquelle il appréhende l’essence féminine ; de même que la femme possède en elle une image de la nature masculine, de l’être homme. Jung a appellé anima la féminité de l’âme masculine. Composante ou instance psychique qui, non projetée, est en soi source de caprices et de sautes d’humeur. Mais elle est surtout une puissance en instance de projection sur l’univers féminin, moyen d’investissement par lequel l’homme assume son potentiel de féminité, « par délégation », celle-ci étant transférée dans l’union avec sa partenaire.





Le premier réceptacle de cette « image de l’âme » qu’est l’anima pour l’homme est la mère avec l’entourage féminin de l’enfance. Si le père ou le substitut paternel solaire ouvre à l’enfant la voie du monde extérieur pour s’intégrer à l’univers social, la relation avec la mère et le maternel  fraye le chemin qui aménage sa vie intérieure : c’est notamment cette figure maternelle qui constitue une sauvegarde contre les dangers qui peuvent surgir du monde obscur de l’âme. Non libéré de la peur de sa nuit intérieure, l’homme devenu adulte qui contracte mariage peut – non intègré dans l’accouplement - devenir enfantin sinon servile vis-à-vis de sa compagne, s’il ne se montre pas, à l’inverse,  susceptible, tyrannique, préoccupé du prestige d’une fallacieuse supériorité masculine. Pour un tel être, l’idéal du mariage est de voir l’épouse assumer le rôle magique de la mère, protectrice de ses menaces intimes, sécurisante face aux puissances ténébreuses de son inconscient.





Dans Dialectique du Moi et de l’Inconscient, JUNG déclare : « Le refoulement par l’homme de ses tendances et de ses traits féminins détermine naturellement l’accumulation de ses besoins et de leurs exigences dans l’inconscient. L’imago de la femme – qui figure l’âme de l’homme – en devient tout aussi naturellement le réceptacle ; et c’est pourquoi l’homme, dans le choix de la femme aimée, succombe souvent à la tentation de conquérir précisément la femme qui correspond le mieux à la nature particulière de sa propre féminité inconsciente : il aspire ainsi à trouver une compagne qui puisse recevoir avec aussi peu d’inconvénients que possible la projection de son âme. Quoiqu’un tel choix amoureux soit le plus souvent considéré et éprouvé comme le cas idéal, il n’en résulte pas moins que l’homme de la sorte peut épouser l’incarnation visible de sa faiblesse la plus insigne. »





Dans l’Homme à la découverte de son âme, JUNG s’est expliqué d’une façon intéressante sur ce point : « Il n’est pas exclu qu’une qualité psychologique se trouve projetée sur un objet qui n’en révèle pas la moindre trace (…). Mais il n’en est pas ainsi pour les traits de caractère et les modalités de comportement projetées couramment. Dans ces cas-là, il est fréquent de voir l’objet constituer par quelque affinité une occasion de choix pour la projection qui, du même coup, s’en trouve quasiment provoquée. C’est ce qui se passe en particulier quand une qualité psychique se trouve projetée sur une personne qui la possède déjà à titre inconscient, état où elle possède une « efficience attractive spécifique » sur l’inconscient d’un sujet en mal de projection. Toute projection détermine une contre-projection chaque fois que la qualité projetée par le sujet échappe à l’investigation et à la conscience de la personne-objet qui en est le réceptacle. »





« Il arrive que l’objet, réceptacle d’une projection, ne présente qu’une parcelle de la qualité projetée. La signification de la projection est alors purement subjective et incombe en entier au sujet, dont le jugement prête à une nuance minime de l’objet une valeur hors de proportion. »





« Mais, même quand la projection concorde avec une qualité réellement inhérente à l’objet, le contenu projeté n’en existe pas moins dans le sujet ou il forme une partie de l’imago de l’objet. Cette imago de l’objet est une grandeur psychologique qu’il ne faut pas confondre avec la perception sensorielle de l’objet ; elle consiste en une image existant en marge de toutes perceptions et pourtant alimentée par celle-ci. Sa vitalité indépendante, douée d’une autonomie relative, demeure inconsciente tant qu’elle coïncide exactement avec la vie propre de l’objet. C’est pourquoi la vitalité et l’indépendance de l’imago échappent à la conscience qui les projette à son insu dans l’objet, c’est-à-dire les confond avec l’indépendance de l’objet. Mais, de ce fait naturellement, l’objet se trouve doté par le sujet d’une plus-value exagérée, d’une existentialité écrasante, qui reposent sur la projection de l’imago dans l’objet, ou mieux sur leur identité postulée a priori ; l’objet extérieur se trouve de la sorte prendre pied dans la vie intérieure et y participer ; ainsi, par voie inconsciente, un objet extérieur peut exercer une action psychologique immédiate sur le sujet, son identité avec l’imago l’ayant en quelque sorte introduit au sein même des rouages de l’organisme psychique du sujet. »





Cette façon de comprendre comment on peut porter l’autre en soi est illustrée par la formule populaire de la chanson de rue : l’avoir dans la peau … Une telle introjection permet également de concevoir la mystérieuse attraction qui rapproche deux êtres faits l’un pour l’autre, avant de savoir qu’ils appartiennent l’un et l’autre au même destin amoureux. Du fond obscur de l’âme, cette imago exerce une influence décisive dans le choix du partenaire amoureux, véritable force magique qui dote l’objet d’un pouvoir de fascination et entraîne l’être dans l’orbite de « l’élu ».

Si la Lune représente l’être Femme et la féminité de l’homme (anima), le Soleil représente l’être Homme et la masculinité de la femme.. JUNG appelle animus le monde masculinoïde inconscient de la femme qui, en  potentialités caractérielles, est la vulnérabilité d’une source d’opinions, de préjugés, d’a priori,  C’est sur une telle gravure que s’inscrit la condensation de toutes les expériences accumulées par la lignée ancestrale féminine au contact des hommes, et c’est cette potentialité masculine qu’à travers ses images la femme est en projection sur l’écran de l’homme aimé. Le premier réceptacle qui individualise cet animus est généralement la condensation de plusieurs expériences de l’enfance. On conçoit, par exemple, le composé d’un aspect du père dont l’enfant ou la fillette a retenu des traits physiques,  avec un reflet du parrain dans certaines de ses expressions, une évocation d’un grand frère, d’un oncle, d’un cousin, déposant divers traits psychologiques, et à travers lesquels elle apprend à jouer son rôle de femme. Arrivée à l’âge adulte, celle-ci projettera sur son partenaire l’ensemble de ce patrimoine psychique qui compose son univers affectif.

Du côté astrologique, nous disposons donc d’une dialectique qui moule parfaitement ce cadre psychologique avec une symbolique qui recouvre impeccablement l’ordre des valeurs qu’il exprime :

La Lune est pour l’homme le symbole de l’anima et le Soleil est pour la femme le symbole de l’animus ; de la même manière que la Lune est pour la femme le symbole de sa féminité, autant que le Soleil est pour l’homme celui de sa masculinité.

Depuis la parution de ce texte, une école américaine s’est ingéniée à dessaisir le Soleil de ses attributions essentielles de masculinité-paternité  (les deux se tenant comme les doigts d’une main) au profit de Saturne (passe pour sa figuration du vieillard ou de l’ancêtre dépouillé d’affectivité), lequel tourne le dos au couple par la solitude, du célibat, l’impuissance et la stérilité, avec Chronos dévorant au surplus ses propres enfants !. Outre que l’anima et l’animus ont été mis à toutes les sauces ...  Quelle dose d’égarement faut-il pour  tenir à déraciner une réalité aussi fondamentale et dans la perfection de son quadrivium ! Mais, qui peut empêcher le cours de la divagation ?





Pour l’homme, la fonction solaire est prioritaire, puisqu’il assume sa condition masculine, l’incarnant dans la force de son être conscient et volontaire, en affirmation de soi. Et l’élément lunaire vient se subordonner à lui en féminité latente, instance dans l’ombre, s’exprimant malaisément sur le mode mineur d’humeurs, fantaisies, tocades et autres faiblesses. Puissance inconsciente, destinée  à s’investir par projection sur la femme, « délégation » sur elle de sa propre féminité.





Pour la femme, c’est la fonction lunaire qui est assumée comme condition féminine, pivot central de l’être et composante majeure de sa personnalité. On pense d’ailleurs aussi à son cycle féminin mensuel et ses conséquences dans la maternité . Ce qui est latent en elle, en virtualité, c’est l’élément solaire. Dans la société d’aujourdhui, il s’incarne en réalisation de sa personne comme individu social. Mais sa voie essentielle est de se projeter sur le partenaire, affectivement incorporé dans le couple en devenant « son » homme.

Tel est le schéma du mode d’expression de la dialectique des deux luminaires chez les deux sexes. Si bien que la configuration solaire de l’homme rend compte de la spécificité de sa diurne nature virile,, comme la configuration lunaire de la femme révèle le caractère ouvert de sa condition féminine.  Alors que la configuration solaire de la femme informe de son type d’animus, son ressenti à l’égard de l’humanité masculine ; tandis que la configuration lunaire de l’homme précise la nature de son anima, imago de son nocturne monde féminin.





Si nous considérons, par exemple, la virilité de l’homme, il est conforme à l’instinct féminin que la femme soit attirée par la puissance masculine qui est l’aspect essentiel de cette virilité. Mais la force qui en émane peut présenter tout un registre d’expressions et celle-ci est plus particulièrement sensible à l’un plutôt qu’à l’autre de ses aspects possibles : sa carrure physique, son intelligence, son envergure matérielle, sa valeur sociale, sa position … On conçoit que la conjonction Soleil-Mercure puisse la rendre sensible plutôt aux valeurs de son esprit ou a son savoir-faire ; la conjonction Soleil-Jupiter, davantage à son allure, ses ambitions et ses ressources sociales … De son côté, l’homme tend lui-même à s’éprouver virilement d’une façon personnelle. Ainsi, un Soleil (non dissonant) en secteur II compose une association psychique entre la virilité et l’avoir, susceptible elle aussi de diverses formulations : par exemple, une façon de défendre ses intérêts et de se sentir d’autant plus mâle que l’on a de l’argent en poche. On peut d’ailleurs parler ici de virilité économique. De même, avec un Soleil (non dissonant) en X, l’expression virile tend à se présenter en supériorité, puissance et prestige dans sa carrière, les succès féminins étant plus fréquents à son poste professionnel qu’ailleurs. On imagine aussi, avec un Soleil en XI, qu’avec son pouvoir de l’amitié, l’homme ait davantage de succès amoureux dans ses fréquentations amicales.





La tonalité planétaire entre aussi en scène. L’aspect hyper-viril par excellence est celui que le Soleil compose avec Mars, autre polarité masculine. Leur harmonique renforce la gamme des traits de l’homme fort, physiquement, moralement, socialement ou spirituellement. Difficile à vivre est leur dissonance qui, soit brise l’expression virile à la manière du « complexe de castration » infériorisant, soit la libère en violence,  par désordre, maladresse ou agressivité. De la même manière que cette dissonance chez la femme la sensibilise à la contrainte d’un partenaire tyrannique par sa domination, sa jalousie ou son hostilité, sinon l’établit en situation de guerre conjugale.





Pareillement en ce qui concerne la Lune avec la féminité de la femme et l’anima de l’homme. Ainsi, une femme qui a la Lune en secteur X tend à voir sa féminité propre se dégager à travers son moi social : c’est surtout dans sa profession ou sa carrière qu’elle est femme, sa réussite contribuant même à la féminiser ; encore qu’il puisse lui arriver de s’élever par son pouvoir féminin, en devenant « la femme de … ». Outre que son histoire affective puisse être liée à sa situation en baignant dans un monde de féminité. Et, naturellement, la notation zodiacale et planétaire y apporte sa tonalité. J’ai vu bien des hommes de Lune en Vierge sensibles à la pudeur, la réserve, la pureté féminine sécurisante ; d’autres de Lune en Scorpion attirés par l’accent femelle : hormis la veuve, « vamps », Xanthippe  plus ou moins infernales … Autant qu’avec une Lune en Sagittaire, d’autres se sentant attirés par des étrangères (à la manière de BALZAC (Tours, 20/05/1799, 11 h)  avec la russe  Madame HANSKA), sorte d’exotisme affectif …





Bien entendu, c’est la configuration entière du luminaire qui s’impose. Un même Soleil de deux ou trois aspects sensibilise la femme à deux ou trois images masculines différentes, pouvant la faire osciller autour de deux ou trois types d’hommes dans le cours de sa vie. Mais, aussi bien, les éléments de la configuration solaire peuvent heureusement se condenser en une seule entité masculine panachée, concentrant l’ensemble des affects de la configuration solaire. Dans une telle diversité d’aspirations où chaque composante joue son jeu, l’une d’elles peut demeurer silencieuse, latente, pendant que l’autre se manifeste bruyamment, attendant que vienne son tour. Sans compter la diversité des réactions : telle femme à opposition Soleil-Mars acceptant sans broncher de vivre sous le régime d’un tyranneau domestique, telle autre refusant de subir la moindre pression dominatrice d’un partenaire acceptable …

 

Voici un petit échantillon de cas représentatifs (on voudra bien excuser l’absence de données natales) :

George SAND (Paris, 1er/07/1804, 15 h): Avec  une Vénus du Lion à la culmination, l’amour est un droit supérieur de la nature humaine, vécu avec des personnages historiques. Composante virile, garçonnière, d’une Lune du Bélier qu’une opposition d’Uranus intensifie, outre qu’elle est maîtresse d’un Soleil en Cancer. Animus d’homme-enfant, d’homme faible où s’engouffre sa tendresse maternelle dominatrice. Quand MUSSET se déclare, il lâche le mot qui fait mouche : « George, je vous aime comme un enfant ». Comme un enfant, répétait-elle en serrant la lettre dans ses mains : « Il m’aime comme un enfant ! Qu’est-ce qu’il a dit là, mon Dieu ?... ». Son vocabulaire amoureux est rempli d’épithètes significatives : « ce pauvre enfant », « petit Sandeau », « pauvre petit Jules », « mon bon enfant », « mon vilain enfant », « mon gamin d’Alfred », le « petit Chopin » …

JOSEPHINE (Les Trois-Îlets, Martinique, 23/06/1763) : Conjonction Soleil-Mars à l’opposition de Pluton subie par Napoléon. Animus d’homme-père auquel on est sourdement hostile, à qui l’on résiste, avec la réplique d’un : « non » au partenaire  et même que l’on bafoue impudiquement par ses infidélités tout en refusant toute contrainte qui soit.

MARIE-LOUISE ( Vienne, 12/12/1791, 23 h 30): Carré Soleil-Mars du FC à l’AS. Animus d’homme-père auquel on se soumet avec plus ou moins de résignation, subissant non sans geindre l’écrasante puissance d’un Napoléon que l’on renie ensuite jusqu’à même l’oublier définitivement.

Eugénie de MONTIJO (Grenade, 5 :05 :1826 sans heure) : Soleil opposé à Mars en Scorpion avec Lune en Bélier. Imago d’homme-affrontement, auquel on tient tête et que l’on finit par combattre. Elle s’est fait épouser par Napoléon III comme une contrainte, a souffert de ses infidélités répétées, et a fini par jouer obscurément un rôle destructeur, notamment en devenant, par le mouvement d’opinion créé autour d’elle, une force politique  de désagrégation de la puissance impériale (mauvaises options, depuis l’intervention au Mexique jusqu’au désastre de 1870, fruit particulier de son bellicisme).

Jules MICHELET (Paris, 21/08/1798) : Soleil-Lion opposé à Mars-Poissons qu’amplifie  un double carré de Jupiter. Cet historien qui morigénait les potentats fut incapable de vivre autrement que sous la férule d’une femme. Jusqu’à vingt-six ans, il demeure soumis à sa terrible tante Hyacinthe ; puis il épouse Pauline Rousseau qui ne répond pas plus à sa demande amoureuse qu’à ses désirs de communion spirituelle. Après huit années de veuvage, il épouse à cinquante ans Athénaïs Mialaret qui va le tenir en esclavage. Elle veut partager la table de travail : l’historien défend sa table ; elle défend son lit ; pour conquérir le lit, il cède la table. D’épouse monstrueuse, Athénaïs devient une veuve abusive, falsifiant les papiers du mort, châtrant ce qu’elle pouvait encore atteindre de l’œuvre de Michelet, victime aussi d’une conjonction Vénus-Saturne en Cancer.

Clara SCHUMANN (Leipzig, 13/09/1819): Conjonction Lune-Mars en Cancer, sextil à conjonction Mercure-Vénus en Vierge. Femme maternelle virile, en qui se marient le sentiment et le caractère, tenant ensemble sa carrière artistique, sa maison et ses affaires, et assistant son mari, Robert, qui sombrera dans la maladie, élevant ainsi ses huit enfants et restant quarante ans fidèle au souvenir de son cher disparu.

Lord BYRON (Londres, 22/01/1788 (14 h. biog) : Conjonction Lune-Mars en Cancer, tonalisée par la conjonction plus large d’Uranus.  Anima de femme castratrice hostile. Sa mère ne l’a pas aimé et l’a même humilié à cause de son infirmité physique de locomotion. Il se venge sur les femmes en répétant indéfiniment le même sketch : l’attrait, le charme, la tendresse, la conquête puis le rejet diabolique par le cynisme et les scènes : désespérer, avilir, horrifier et torturer jusqu’à la rupture.

NAPOLEON (Ajaccio, 15/08/1769, vers midi) : Soleil du Lion en X et Vénus en Cancer avec Lune en Capricorne opposée à Saturne. L’empereur accorde l’amour avec l’état de société. Il faut faire des familles, créer des foyers, avoir des enfants. Le code Napoléon donne à la famille un chef de communauté qui est le mari et octroie au père une autorité totale sur la femme et sur l’enfant. Il entend même que l’obligation de l’épouse à suivre son mari soit générale et absolue. En ce qui concerne la position lunaire, malgré deux épouses et une soixantaine de maîtresses, l’homme n’est pas aimé, se contentant de se donner l’illusion de l’amour avec les premières, et de brèves et fugaces étreintes avec les secondes. Timide, il se montre froid et brutal envers les femmes. Réciproquement, elles n’ont pas davantage fait cas de lui.

CASQUE   D’ OR

Je voudrais présenter un personnage féminin qui doit sa célébrité à sa seule condition féminine et à l’outrance de son destin de femme. Il s’agit d’une héroïne des bas-fonds de la « belle époque » de Paris, qui s’est illustrée par la sauvagerie des passions primitives  qu’elle a déclenchées dans son aveuglement : « Casque d’or », que Simone SIGNORET a incarnée dans un film bien connu.

 

 

Amélie ELIE, tel étant son nom, était née à Orléans le 14 mars 1878 à 3 heures, selon l’état civil (e.c.). Sa vie commence comme gamine des rues : c’est à treize ans et demi qu’elle a son premier béguin avec un petit vaurien de quinze ans. Mais son histoire commence à vingt-quatre ans, en 1902. Compagne d’un mauvais garçon, Marius Pleigneur dit MANDA (né le 19 avril 1876), pour qui elle trafique de ses charmes, voilà qu’elle s’enflamme pour un Corse, LECA.





A cause d’elle, la haine, une haine à mort, s’installe entre les deux hommes qui sont les deux chefs de bande des marlous au foulard rouge et coiffés de casquette à pont des bas quartiers de Belleville. C’est une véritable « guerre des apaches » que vont mener ces deux tribus d’irréductibles pour cette « Hélène de Troie du pavé ». Les règlements de compte se succèdent : Manda et Leca tirent le couteau et s’entrelardent « à la loyale » à répétition. Ces attentats de rue autour de cette princesse du trottoir mettent la police sur les rangs. Avant qu’ils aient pu définitivement s’entr’égorger, les deux rivaux sont arrêtés et déférés au Assises ; condamnés aux travaux forcés, ils finiront leurs jours au bagne.





Si la danse des longs couteaux s’achève, la légende de Casque d’or commence. L’insolente rouquine qu’on est allé voir aux Assises et dont parle la presse devient quelque temps pour une certaine société, la coqueluche de Paris. Pièces, livres, feuilletons, chansons content l’histoire de la gigolette : « La sauvage de Paris », « Fleur de bitume », « Madame Nature » … Elle continue de se brûler aux lumières de la capitale ; de riches gommeux remplacent les « apaches » ; la ravageuse se voit déjà vedette de caf’conc  et son portrait est exposé au Salon. Mais c’est le scandale public et l’incendiaire doit rentrer dans les rangs de son faubourg. Un jour elle se fait poignarder par un voyou de la bande à Manda, alors qu’elle s’exhibe dans la cage au lion d’une ménagerie foraine.





Et puis, une seconde vie va commencer pour elle : le 27 janvier 1917, elle épouse un brave ouvrier, lequel portera plainte contre le film de Jacques BECKER sur « Casque d’or » : « Ma femme a pu être mêlée, alors qu’elle avait une vingtaine d’années, à certaines aventures. Mais elle a mené ensuite une existence honorable : elle a même élevé quatre neveux et nièces orphelins (…). Bref, ça me fait du tort devant la famille. Amélie a été une mère pour de marchés, engloutie dans la grisaille, avant de mourir tuberculeuse moi ! Elle avait quinze ans de plus… ». Bref, le tableau final d’une bonne ménagère et honnête commerçante, jusqu’à sa mort le 16 avril 1933.

Que dit son thème ? Il nous présente quatre facteurs intéressants : une configuration vénusienne très dissonée, une conjonction Soleil-Saturne serrée, ce dernier maître d’Ascendant, avec le coucher de la Lune et le « minuit » de Neptune.





Voyons d’abord cette particulière configuration vénusienne : ce triangle que Vénus forme avec les trois « dures », Mars, Uranus et Pluton, toutes ramifiées à l’Ascendant (dix dissonances). Il ne saurait être résonance amoureuse plus troublée. L’opposition Vénus-Uranus, sans doute amplifiée par sa présence sur l’axe des nœuds, quand elle n’est pas source d’inhibition ou d’élaboration mentale des sentiments, libère ceux-ci en mode affranchi, outrancier, convulsif ou paroxystique, source d’orages passionnels. Mais joignez-y encore le double carré à Mars-Pluton, foyer concentrant les pulsions les plus agressives qui soient : un sacré « bouquet » du verbe amoureux ! Outre que la violence du Mars en Taureau est celle de la force brutale du bison, du buffle, de la brute … Ne nous étonnons donc pas trop des fortes senteurs de cette féminité sauvage à l’agressivité fouaillée par un érotisme élémentaire.





Saturne n’en est pas moins puissant par sa maîtrise à l’Ascendant et sa conjonction au Soleil, ainsi qu’à Mercure. Mais, en fonction du contexte général du thème et d’une enfance privée d’éducation, ce n’est point au pôle saturnien élaboré de la maturité auquel on a affaire, avec son côté grave et sérieux, mais à celui de l’immaturité : le Saturne qui fait vivre au niveau d’une primitivité de la vie psychologique, au stade amoral. C’est non pas une nature écrasée ou étouffée par un surmoi sévère, mais, au contraire, une nature sans surmoi, sur laquelle ne pèse nulle règle morale, en qui ne parle nulle nécessité sociale. Bref, c’est l’instinct brut livré à soi-même, sans contrepoids spirituel, adonné à sa nature sauvage.





De surcroit, nous tombons sur une dominante luni-neptunienne, étant donnée l’angularité de ces astres : être enclin à se livrer à l’abandon de ses penchants naturels, dans l’errance de l’émotion qui passe, de la sensation du moment , à la recherche d’excitants, de secousses passionnelles. Ici, la Lune du Cancer répond au type de la femme-enfant, au « chien » terrible, sous l’empire souverain de son archaïsme, de   son narcissisme avec son impudeur et son extravagance, sorte de barque à la dérive du voyageur sans bagages et n’ayant pour vivre qu’un présent en succession, sans appui du passé ni avenir





Telle est l’histoire psychologique de Casque d’or. La femme qui lui succède, Madame Nardin, est calquée sur l’inversion de la première figure. Avec sa Lune-Cancer en VII, de femme-enfant, Amélie Elie est devenue femme-mère. Guérie de son infantilisme comme une sortie d’orage, c’est tranquillement qu’elle s’installe dans sa condition saturnienne jusqu’à sa mort.

 

LES  CATEGORIES DE LA VIE AMOUREUSE

Nous avons vu que l’amour commence par un déplacement affectif qui met l’être en condition de contracter des liens affectifs avec un ou une partenaire. Une projection l’accompagne qui permet à l’amoureux de découvrir dans l’être aimé un reflet de sa propre image. Si la projection est valable, l’amoureux se fixe à l’objet aimé en établissant une relation durable. Or, il apparaît « qu’une fois opérés ce déplacement et cette projection sur la personne aimée, le sujet tend à recréer non seulement une figure, mais aussi une situation. » Et c’est cette situation qui caractérise l’histoire heureuse ou malheureuse, réussie ou ratée, de son couple.





Au préalable, ce qui retient notre attention, ce sont les conditions dans lesquelles l’amour place l’individu dans sa manière de le vivre. Il existe certaines catégories de conditions qui sont typiques : à un pôle, par exemple, le célibat en est une ; au pôle opposé, l’érotomanie en est une autre.





C’est un fait que, dans une ronde éternelle, on tourne autour d’un certain nombre de situations-types, avec leurs variantes répétées à l’infini qui ont leur modèle exemplaire. C’est ainsi que l’on aime « à-la-manière-de » : celles de Rudel, de Werther, du » Diable au corps », des « Visiteurs du soir », de « La Jument verte », d’ »Un certain sourire » …





Dans l’histoire des lettres françaises, par exemple, on voit couler sans fin la veine d’une bonne grosse poésie amoureuse, gaillarde et bachique, tradition gauloise du franc luron qui ne pense pas grand bien des femelles mais qui en tire bien du plaisir. De même que l’on suit l’inépuisable inspiration de l’amour courtois pour qui l’idéal est de se choisir une Dame, de s’y tenir, de la chérir et de la chanter. C’est la tradition de Tristan et Yseult, de l’amour chevaleresque, du troubadour. Et ce fleuve de l’amour galant peut se jeter dans l’océan de la passion mystique des éperdus, des compliqués, des fous ou des amants métaphysiques pour qui l’amour, tel un chemin de Compostelle, est itinéraire spirituel et illumination suprême … Si les uns ont le même naturel à trousser les filles comme à taper sur les fesses des chambrières et des ribaudes, les autres donnent l’impression de se caresser à la même joue, de se bercer du même songe, de se meurtrir aux mêmes angoisses et de rechercher le même dépassement. En accompagnement de ce témoignage écrit, l’histoire montre souvent la succession d’époques où la galanterie tourne au libertinage et ou, ensuite, la mélancolie succède à la débauche. Cette grande dialectique du sensualisme et du platonisme, c’est, tour à tour, BOUCHER et WATTEAU, ROSSINI et SCHUBERT, Alexandre DUMAS père et LAMARTINE, CATHERINE II de Russie et Marceline DEBORDES-VALMAURE, la belle OTERO et Julie de LESPINASSE, inutile d’allonger la liste …Dans le cadre de la première série, nous avons affaire, en général, à des extravertis, des sensoriels, au type Sensation ; tandis que dans celui de la seconde série dominent des introvertis idéalistes, les uns mettant l’accent sur le terrain physique et charnel de l’amour, les autre sur son angle spirituel et psychique. Or, il nous est relativement facile de situer les premiers dans la lignée chaude de Vénus-Mars-Jupiter, voire Uranus, et les seconds dans la filiation intériorisée luni-saturnienne, voire neptunienne, ces signatures  étant perçues comme dominantes.





Oui, avec l’amour, plus encore qu’avec les autres intérêts de l’existence, nous sommes ramenés aux valeurs élémentaires et fondamentales des « types » avec leurs tendances de base. Nous retrouvons le cadre du tempérament, la marque des dispositions profondes et générales de la personnalité, et avec eux, la « signature » de la dominante. En fonction d’une même constellation amoureuse – luminaires, Vénus et secteur VII – le « destin » amoureux prend une orientation et une tournure différentes suivant que l’individu est jupitérien sanguin ou saturnien nerveux, lunaire rêveur ou martien conquérant : voire encore épicurien ou ascète, prosaïque ou romanesque …





C’est face à l’éventail des claviers psychologiques que se présente le répertoire des grandes catégories amoureuses. Celles-ci s’ imposent en bloc, comme des familles humaines ; une fois identifiées,  elles offrent un dégrossissage typologique qui permet de mieux entrer dans l’univers des situations individuelles.

Le répertoire des catégories amoureuses n’a rien de bien arrêté. En ligne générale, on peut suggèrer :

Pour les deux sexes : le célibat ou le couple, l’homosexualité, les perversions, le veuvage, les mal aimés, ceux et celles qui se marient vieux, ceux et celles que l’amour exalte, ceux et celles que l’amour avilit, voire l’amour qui tue …

Dans la catégorie féminine : les femmes froides, les femmes érotiques, les femmes viriles, les femmes d’un seul homme …

Dans la catégorie masculine : le donjuanisme, les grands soumis, les grands tyrans …

On peut naturellement en rajouter. Parmi les femmes, par exemple, se présentent les Pénélope en tant qu’épouses fidèles et vertueuses, gardiennes du foyer ; les Lucrèce, fières et vertueuses, qui préfèrent la mort au déshonneur ; les Cornélie, mères ambitieuses qui élèvent l’enfant dans la passion de la grandeur ; les Antigone, filles attachées dans les hautes exigences de la conscience ; les Electre, sœurs amoureuses, etc. Mais, outre que notre exploration est forcée de se limiter, nous ne gagnons pas non plus à perdre notre souffle d’investigation.

L E     C E L I B A T

D’emblée, précisons que, dans le langage astropsychologique qui est le nôtre, le concept de célibat déborde la notion courante dans son sens strict : la condition d’une personne non mariée.

Ici, le célibat est plus un état qu’une situation. Il est une disposition particulière qui peut se manifester dans des situations différentes. Disposition d’ailleurs variable, généralement expressive d’un processus d’arrêt vital d’affects, de fixation sur soi, de fermeture à l’autre, de refus de partenaire, en isolement et solitude. Il peut s’agir d’une intention volontaire comme épousée : on préfère rester seul en prenant délibérément le parti du célibat. Celui-ci peut tout aussi bien être subi, en victime d’une insuffisance non désirée, telle une épreuve ressentie : en besoin d’affection, on aspire à se marier mais l’on ne parvient pas à briser sa solitude.. Dans ce cas second de panne amoureuse, un obstacle existe à la réalisation de son souhait. Tantôt, c’est le « destin » qui donne l’impression de s’en charger en mettant des barrières à l’accouplement : attachement à quelqu’un qui n’est pas libre, qui vit au loin ou qu’on ne voit pas souvent, qui est inaccessible, qui se refuse ou que la mort arrache à sa vie, etc. Tantôt, il est visible que l’obstacle est au cœur du sujet : peur, inhibition, maladresse, actes manqués, ne faisant pas ce qu’il faudrait faire et faisant ce qu’il ne faut pas faire … Mais, même dans le cas précédent, il est généralement permis de débusquer des motivations inconscientes de tendance auto-punitive, car ce n’est pas un hasard – cela fait partie de l’économie affective de l’être – si le sujet s’adresse à qui ne répond pas ou ne peut pas répondre à son amour. En outre, le célibat n’est pas seulement l’apanage du solitaire sans couple : il existe aussi bien dans le cas de la personne installée dans son union, vivant alors un « célibat à deux », version de  couple  immobilisé dans un mutisme affectif où chacun se sent reclus et solitaire.

Tel est le cadre psychologique du célibat dans sa vivante réalité, et du côté astrologique, nous disposons d’un facteur spécifique qui le concerne : Saturne. Certes, cet astre n’est pas le seul opérateur  tendant vers une telle destination. D’autres indices constituent aussi des éléments de défense contre l’instinct et l’affectif : le signe saturnien du Capricorne  y a sa part, ainsi que la Vierge, dans sa pudeur et sa réserve : facteurs cérébraux de retenue et de distanciation avec la vie. Uranus aussi, de son côté avec son indépendance, malmène  sérieusement l’imaginaire amoureux, Pluton pouvant y joindre sa négativité. Néanmoins, Saturne bat les records en la matière, adhérant à tel point à cet état qu’il est autant le symbole du célibat que Vénus l’est de l’amour, étant aux antipodes l’un de l’autre.

La configuration du célibat tend donc à être, le plus souvent, une marque saturnienne générale ou particulière. Par générale, il faut entendre, bien entendu, une dominante ou co-dominante, lorsque, par exemple, l’astre est angulaire. Pour ce qui est de la particulière, il faut comprendre la conjonction ou la dissonance majeure (opposition ou carré) de l’astre avec plusieurs facteurs de la constellation amoureuse : Soleil-Lune-Vénus. Mais l’indice le plus spécifique est la présence de Saturne en secteur VII et en particulier au Descendant (même sur la fin de VI). Ce qui n’étonne pas puisque si l’Ascendant symbolise une centralité de l’instance du Moi (l’être en soi, un ressenti de sa personne, ce que Sartre appelait le « Moi pour soi »), c’est en face, au vis-à-vis du Descendant, que ce Moi trouve sa complémentarité et se positionne en situation d’accouplement : d’où le fait que ce secteur VII soit celui du mariage. Le rapport de l’AS au DS (le premier à signature martienne et le second à signature vénusienne dans le registre du planétaire en mouvement diurne) est exactement schématique de l’homme et de la femme accouplés, l’un en face de l’autre. Il n’existe pas d’autre secteur d’union que le VIIe. La fantaisie galvaudée de certains de vouloir faire correspondre seulement la première union au VIIe secteur, et de distribuer ailleurs  d’autres unions (le second au IX, le troisième au XIe, etc), n’est qu’un naïf jeu  divinatoire, insulte au structuralisme astrologique. Le couple, c’est le VIIe secteur, qu’il soit unique ou qu’il se reconstitue avec d’autres partenaires. Le secteur V, que l’on assimile aux amours, doit se concevoir comme celui de la vie récréative, dans le cadre de laquelle peuvent figurer les ébats amoureux de la première jeunesse (et même au-delà), jeux de gratuité ne menant pas à l’engagement du couple. Le rapport de l’Ascendant-secteur I au secteur V est analogue au rapport de signes zodiacaux de même élément : c’est une ébauche de type narcissique où l’être ne sort pas vraiment de lui-même. Du secteur V au secteur VII, il y a toute la distance qui sépare l’être amoureux pour qui l’autre n’est qu’un truchement pour vivre ses émotions et sensations, de l’être qui aime et s’engage dans le couple pour y, trouver sa complémentarité. Et si le secteur VII s’étire au point d’y contenir deux ou trois étendues de signes, cela peut aussi bien signifier que le climat conjugal au fil de l’âge peut subir plusieurs modulations de tendance, soit au sein du même couple, soit du fait d’un renouvellement conjugal.

Pour la démonstration, voici une liste de cas historiques de célibataires. Afin d’échapper au reproche d’avoir choisi arbitrairement des cas « qui collent », présentons deux séries de personnages : les souverains et les politiques, avec Saturne en VII et Saturne angulaire..

            Saturne en VII

ELISABETH 1er d’Angleterre (Londres, 7/09/1533, entre 15 et 16 h) : La reine vierge (Saturne est maître d’AS, conjoint à Uranus et sextil au Soleil en Vierge). Elle se voulait « mendiante et célibataire plutôt que reine et mariée » …

PHILIPPE II d’Espagne (Valladolid, 21/05/1527, 16 h 15) : Avec 5 astres en VIII quatre fois veuf.

CHARLES IX de France  (Saint-Germain-en-Laye, 27/O6/1550, 5 h I/4) : Union conjugale sans amour.

HENRI III de France (Fontainebleau, (19/09/1551, 0 h 45) : Désertion quasi-totale de son union royale, demeurée stérile.

LOUISE de Prusse (Hanovre, 10/03/1776, 7 h), : A aimé Frédéric-Guillaume III « par un effort de vertu peu à peu, non sans combats ni sacrifices » ce médiocre mari qui l’aime « autant que sa nature plutôt sèche le lui permet ».

 FRANCOIS II d’Autriche (Florence, 12/02/1768, 4 h 30) : trois fois veuf, avec Saturne en fin de VI, conjoint au DS.

MARIE-STUART (Edimbourg, 7/12/1542, 13 h 30) : en même condition d’un Saturne en Scorpion et dont presque tous les accouplements ont fini dans la mort des personnages.

Une exception à la série : GEORGE V d’Angleterre (Londres, 3/06/1865, 1 h 18) ne semble pas avoir été affecté par son Saturne en VII. Il est vrai qu’il s’y trouve en compagnie de la Lune en Balance et il est un fait que la présence d’un autre astre dans le même secteur, de tendance opposée, en atténue la portée.

 Chez les politiques :

Philippe PETAIN (Cauchy-la-Tour, P. de C., 24/04/1856, 22 h 30)  : Vieux garçon, à l’esprit gaulois et aux nombreuses conquêtes féminines (opposition Vénus-Mars du Bélier à la Balance au méridien) mais qui, avec l’astre en VII opposé à la Lune, se marie à 64 ans, en regrettant de ne pas avoir tardé davantage son union..

Georges CLEMENCEAU (Mouilleron-en-Pareds, Vendée, 28/09/1841, 21 h 30) : Union conjugale se terminant dans une affreuse  hostilité, en faisant payer  sa séparation dans l’indignité, sinon l’ignominie de sa part..

Raymond POINCARE ( Bar-le-Duc, 20/08/1860, 17 h) : Maître d’AS et conjoint au Soleil, parmi d’autres astres en VII. Ce saturnien distant et à l’air renfrogné a épousé civilement, au désespoir de sa mère, à 44 ans, une divorcée et veuve, et il ne semble pas avoir été un époux réjoui.

Paul DOUMER (Aurillac, 22/03/1857, 3 h) : Maître d’AS et carré au Soleil, Saturne entre en conjonction du DS, outre une conjonction Vénus-Uranus. Sous sa présidence de la IIIe République, le vieux couple évoquait Philémon et Baucis sous l’œil attendri des huissiers à chaîne. Saturnien typique : parmi ses hôtes, l’Elysée n’eut point  d’ascète comme lui. Aspect raide, mise sévère, triste expression, ne fumant pas, ne buvant que de l’eau, mangeant du premier plat et peu des autres, le plaisir physique lui demeure étranger. Avec cela, la rigidité morale, le rigorisme : « … c’est déjà bien assez triste que ces nécessités sexuelles existent. Pourquoi mettre au grand jour ce que la morale et l’éducation nous apprennent à dissimuler ».

            Saturne angulaire

CHRISTINE de Suède (Stockholm, 8-18/12/1626 vers minuit) : La reine célibataire … Saturne-AS au carré des deux luminaires et avec sesquicarré de Vénus : « J’aimerais mieux la mort qu’un mari. »

CATHERINE DE MEDICIS (Florence, 13-23/04/1519, lever du jour) : Saturne-Capricorne au MC opposé à Mars-FC. Union frustrée par le lien de Henri III avec Diane de Poitiers et à la reine Cendrillon succède une longue existence de veuve, dénuée de toute manifestation amoureuse.

CHARLES QUINT (Gand, 24/02/1500, 3 h 30) : Saturne maître d’AS au FC. Vie affective pauvre et fin de vie ascétique.

ROBESPIERRE (Arras, 6/05/1758, 2 h) : Saturne-AS avec conjonction Vénus-Uranus. Célibataire solitaire et aux mœurs rigides ; peu ou pas de vie amoureuse.

SALAZAR (Santa Comba, Portugal 28/04/1889, autour de 14 h) : Saturne au lever et au carré de Soleil-Vénus-Mercure, outre une opposition Lune-Uranus. Saturnien célibataire vivant avec sa vieille gouvernante.

HITLER (Braunau, Autriche, 20/04/1889, 18 h 30) : Une vie amoureuse plate avec un mariage de dernière minute ; Saturne au MC, au carré de la conjonction Vénus-Mars en VII.

FRANCO (El Ferrol, Espagne, 4/12/1892, 0 h 30)  : Saturne-AS avec conjonction Vénus-Uranus. Du refoulement affectif dès l’adolescence, peu de fréquentations féminines, une longue litanie avant de se décider au mariage pour un couple froid.

Il existe, bien entendu, d’autres personnages de Saturne angulaire chez lesquels on ne découvre pas de tendance célibataire (CHARLES X, NAPOLEON III …) ; mais, dans ces cas, des indices contraires en livrent l’explication.

            Notes saturniennes particulières

LOUIS XIII de France (Fontainebleau, 26/09/1601, 22 h 45) :Le rois froid qui déserte la couche royale et n’eut pas de maîtresses, a Saturne maître de VII dominant par ses trigones à l’AS et au MC et son opposition à Uranus.

LOUIS XVI (Versailles, 23/08/1754, 6 h 25) : Le roi au phimosis, pauvre homme de mari. Saturne-Capricorne au carré de Vénus, outre une Lune en Scorpion au carré de Neptune..

Gaston DOUMERGUE (Aigues-Vives, 14/08/1863, 23 h) : Vieux garçon marié à 67 ans ; conjonction Vénus-Saturne. semi-carré des luminaires en IV.

Ce petit florilège de compagnons tristounets et de célibataires plus ou moins rancis, peut être élargi à d’autres personnages, notamment des lettres et des arts.

MONTAIGNE (Périgord, 28/02/1533/11 h) : Marié à 32 ans « par convenance … plutôt que par inclination naturelle » ; Saturne maître de VII à l’AS.

LA FONTAINE (Château-Thierry, 8/07/1621) : Célibataire libertin ; Saturne conjoint à Soleil-Mercure-Vénus, au triple trigone d’un trigone Lune-Poissons/Mars-Scorpion.

SAINT-SIMON  (Paris, nuit du 15 au 16 01/1675). Le goût du renoncement, les retraites à la Trappe et les « crises d’effarement devant la cuisse » (F.-R. Bastide) ; Saturne autour du DS, carré à Soleil-Mercure en Capricorne, avec Lune en Vierge et Vénus en Verseau.

NEWTON (Comté de Lincoln, 4/01/1643, 1 h) : Célibataire dont on ne connaît aucune aventure amoureuse ; Vénus du Verseau au double carré d’une opposition Neptune-Pluton de II à VIII et au semi-carré du Soleil en Capricorne, outre que la Lune est en sesquicarré d’Uranus-Scorpion, en opposition de Mars en VII. Avec sa Vénus en IV, sa nièce s’occupait de sa maison, sorte de lien affectif familial.

MONTESQUIEU (Bordeaux, 18/01/1689) : « C’est un sexe bien ridicule que les femmes … Il me semble que, dans les femmes les plus jolies, il y a de certains jours où je vois comment elles seront quand elles seront laides… » : repoussoir misérable d’un grand homme !  Le Soleil en Capricorne  est en opposition de Pluton comme dans un refus de sa masculinité que charge Saturne en Scorpion, avec une Lune en possible conjonction à Mars.

FONTENELLE ( : La fuite amoureuse d’un vieux célibataire dans les divertissements mondains ; Vénus des Poissons en opposition de Saturne et au carré de Neptune.

KANT : S’est abstenu du mariage et des femmes ; noué affectivement par opposition de Soleil à Uranus et carré de Lune-Bélier à Saturne-Capricorne.

SCHOPENHAUER : Misogyne à vie solitaire ; Saturne culminant conjoint à Soleil et Mercure et opposition à Lune.

SCHUBERT : Un inhibé affectif qui n’est pas sorti de son rêve d’amour ; sa Vénus du Capricorne se prolonge d’un carré de Saturne à une Lune des Poissons à laquelle s’oppose Uranus.

BRAHMS : Après ses échecs sentimentaux, devient un célibataire invétéré ; carré de la Lune culminante à Saturne de la Vierge qui sort de la VII.

DE FALLA : Célibataire sans amours légitimes ni clandestines, à la vie austère et ascétique ; sur la base d’une conjonction Lune-Saturne au FC, luminaires barrés par oppositions Lune-Uranus et Soleil-Pluton en VII, outre carrés Soleil-Uranus et Lune-Pluton.

MICHEL-ANGE : Célibataire, amoureux d’une femme seulement à la soixantaine ; Saturne du Cancer en VII au carré de Vénus, avec un Soleil en opposition de Pluton.

VUILLARD : Célibataire vivant avec sa mère jusqu’à sa mort tardive ; pas de femme, à peine une histoire lointaine ; un Saturne au FC accompagné d’un carré du Soleil-Scorpion à Mars et d’une Lune-Balance carré à Uranus-Cancer.

CEZANNE : Fermé au monde féminin ; capricornien avec Saturne carré Vénus et conjonction Lune-Uranus.

COURBET : Avec son trigone de la Lune du Capricorne à Vénus du Taureau, en lui, le célibataire endurci fait bon ménage avec l’amateur de femmes.

LEAUTAUD : Le misogyne cynique fait homme ; Soleil-Capricorne conjoint à Saturne et en opposition d’Uranus, tous deux au carré de la Lune et en dissonances mineures de Vénus.

DELLY : Type de vieille demoiselle étriquée et falote ; conjonction Soleil-Vénus en Vierge aspectant Saturne au DS.

Eugénie de GUERIN : Par attachement à un frère, très tôt consentante au célibat ; conjonction Lune-Vénus en Capricorne, au carré de Saturne.

Emily DICKINSON : Vieille fille recluse dans sa maison ; Saturne-Vierge près de l’AS, avec une Lune du Scorpion dissonée, notamment par un carré d’Uranus.

Marguerite AUDOUX : Célibataire  non dégagée de l’enfance ; Saturne de la Vierge au FC, opposé à la Lune avec AS-Soleil en Cancer.

Simone WEIL : La vieille fille intellectuelle ; sur fond Verseau, conjonction Vénus-Uranus en opposition de conjonction Lune-Uranus.

On peut ainsi s’en rendre compte : si le célibat existe, en tant que penchant du caractère ou contrainte intérieure, il pousse, en quelque sorte, sur un terrain donné, le contexte du thème en livrant les motivations sous-jacentes.

Henry David THOREAU s’éprend en même temps que son frère de la même jeune fille :  ne voulant pas de lui, elle choisit le rival, si bien qu’il ne fut jamais plus amoureux. Sa Vénus au carré exact de Saturne est en Gémeaux. Eugénie de GUERIN saturnienne resta seule parce que cette Electre se fixa affectivement à son frère bien-aimé Maurice : son Soleil est en III. Juliette RECAMIER l’intouchable reste bloquée au seuil de l’amour par quelque impossibilité sexuelle, physiologique ou psychique : Vénus fait alliance par conjonction avec Saturne-obstacle dans le signe secret et érotique du Scorpion. CHRISTINE DE SUEDE rejette l’amour par androgynat affectif (identification au père) nourri d’indépendance de caractère : « Je ne veux pas qu’un homme use de moi comme un paysan use de son champ » ; son Saturne  à l’AS est carré à une conjonction des luminaires en Sagittaire au FC. Sous une dominante cancérienne, le célibat est souvent une histoire de femme immature non dégagée de  son enfance. On l’a vu avec Marguerite AUDOUX : « J’ai tant rêvé que je ne suis plus très sûre d’avoir vécu. ». Etre agglutiné à la cellule familiale, comme la fille qui reste auprès de ses parents ; ce qu’eut pu être la destination de la reine MARIE LECZINSKA. Ou encore, l’aventure aux antipodes de l’orpheline coupée de ses origines, instable déracinée qui ère sans milieu ni foyer, généralement prisonnière d’un narcissisme étouffant qui la condamne au tête-à-tête futile avec soi-même (LOLA MONTES) … Sous une dominante léonienne, le célibat résulte souvent d’une exigence de princesse qui assimile le destin amoureux à la fable du héron dédaigneux du goujon, ou encore d’un idéal qui vise à hisser l’amour à un niveau inaccessible, le rêve faisant pâlir la réalité au point de la rendre indésirable . Il peut aussi résulter d’un conflit entre l’amour et l’amour-propre (Emily BRONTE dans « Les Hauts de Hurlevent ») ; voire encore d’un idéalisme qui rejette le sexuel en l’assimilant aux forces malsaines de la bête (l’héroïsme purificateur de Charlotte CORDAY). En fait, chaque signe, comme toute note du clavier des divers caractères contient un ou plusieurs types de situations dans le cadre desquelles le célibat peut faire son nid, si la tendance de celui-ci l’emporte.

Là ne s’arrête pas l’analyse, car il faut aussi juger des équivalences affectives des diverses expressions du célibat à l’intérieur même du cadre psychologique qui les contient. Celui-ci participe de diverses histoires humaines comme un organe fonctionne au sein d’un organisme.

Ainsi, il se juxtapose au complexe de frustration affective lorsqu’il est vécu essentiellement comme une solitude où le sentiment du manque en est le véhicule. Mais ce n’est là qu’un de ses aspects divers. Il lui arrive également d’être l’expression d’une croissance affective lente faisant tarder la maturité du cœur. Dans ce cas, l’être humain, pour qui un mariage jeune serait un fruit vert indigeste, est généralement protégé par un réseau de résistances amoureuses. Résistances qui peuvent elles-mêmes revêtir les aspects les plus divers : barrière protectrice de l’inappétence amoureuse, de l’indifférence à l’autre sexe ou du rapport égoïste et limité à sa personne ; rempart de principes sévères ou de devoirs familiaux, ou encore d’exclusives ambitions de carrière … Mais il arrive souvent, parce que l’on n’a pas encore épousé son vrai personnage, que ces inhibitions protectrices ne remplissent pas leur mission de sauvegarde : cas de la saturnienne de vingt printemps (surtout avec l’astre en VII) qui se jette innocemment dans le mariage sans se douter que son être profond n’est encore qu’un bouton qui risque de ne pas éclore. Les inhibitions ne manquent pas alors de se déplacer du dehors au dedans de l’union en une marche-arrière de célibat à deux, engagement dans une histoire conjugale plus ou moins pâle, morne, fade, sinon tourmentée, où l’être risque de s’épuiser, de se vider, de s’étioler sur un mode dépressif, jusqu’à ce qu’il se ressaisisse en se retrouvant et, cette fois, en se faisant seul. A partir de quoi seulement, il peut réaliser et réussir son couple.

Il n’existe donc pas de signe formel de célibat dans l’acception courante du terme, mais une composante de célibat plus ou moins conséquente et diversifiée d’un cas à un autre. Outre que celui-ci peut s’établir au cœur même du couple comme sa négation. Tel est, par exemple, le cas de Claude BERNARD, avec un Saturne du Capricorne en VII opposé au Soleil en I, dissonance qu’accompagnent une Lune du Capricorne et Vénus opposée à Mars. Ce savant est un des plus mal mariés des grands personnages de l’histoire. Il épouse une Xanthippe qui lui mène une vie impossible, laquelle monte la tête à ses deux filles contre leur père, proteste ridiculement par un amour ostentatoire des chiens contre les expériences de vivisection auxquelles se livre le grand médecin. Sans parler de la pluie des reproches sur la médiocrité de ses gains, des rappels de la dot qu’elle lui avait apportée, des mélancolies et des fureurs de cette virago, en attendant, après leur séparation, de devenir une veuve abusive.

 

LE  COMPLEXE  AMOUR – MORT

 

Après l’étude du célibat s’impose celle de l’un des grands thèmes de la destinée amoureuse : celui qui est sous le signe des relations que l’amour entretient avec la mort.

Dans le langage de notre investigation astropsychologique, nous abordons ainsi un schème d’association psychique qui généralise le rapport amour-mort. Ce complexe configure tout un éventail de situations. La catégorie qui en découle sous sa forme la plus courante, parce que naturelle et dans son aspect familier, est le veuvage lui-même, soit le décès de la personne aimée. Mais il existe d’autres variantes plus ou moins pittoresques que l’on peut situer dans l’ordre de « l’amour qui tue », que l’on s’anéantisse soi-même dans la passion ou que l’on porte atteinte à la vie de l’autre, que cette « agression » soit subtile ou partielle, ou qu’elle soit violente et totale. Ici, on l’imagine, nous serons amenés à nous enfoncer dans l’univers ténébreux du crime passionnel, des perversions sado-masochistes et même de la nécrophilie.

Si j’ai le souci d’un langage dépouillé, c’est pour me rapprocher le plus près possible de la réalité. Ainsi, si je parle de schème, c’est que le donné brut des astralités ne peut prétendre qu’à la représentation d’un plan sommaire, d’un abrégé, d’une ébauche ; et si j’incrimine une valeur d’association (qui ne peut être que de nature psychique), c’est que l’unique et élémentaire idée de ce schème est dans la rencontre ou dans le rapport de deux ou de plusieurs facteurs.

Ici, ces facteurs, ce sont les affectations et symboles de l’amour et du couple avec ceux de la mort. D’un côté, par les premiers, : le secteur VII, Vénus et les luminaires ; de l’autre par la seconde : le secteur VIII, le Scorpion, Pluton, Saturne et dans une certaine mesure Mars. La configuration symbolise un « couple amour-mort » conçu selon les principes de la détermination astrologique morinienne. Ce cadre rassemble une certaine diversité de possibilités mais qui composent un ensemble spécifique de configurations. Abordons maintenant leur phénomène le plus ordinaire.

LE  VEUVAGE

Continuons l’application de nos recherches aux monarques et personnages de l’histoire les plus représentatifs.

LOUIS XII de France : Saturne maître de VII en VIII. Inconsolable de la mort d’Anne de Bretagne, il meurt moins de trois mois après son remariage avec Marie Tudor, ne s’étant pas remis de son veuvage.

CATHERINE DE MEDICIS : Saturne-MC opposition à Mars, lequel est maître de la VII en Scorpion. Elle assiste à la mort tragique d’Henri II et restera une veuve en noir jusqu’à la fin de sa longue vie.

HENRI III : Saturne maître de VIII en VII et au carré de Vénus en Scorpion et de la Lune. Il ne s’est pas remis de la mort de son grand amour, Marie de Clèves, et n’a plus jamais aimé aucune femme.

MARIE-ANTOINETTE : Saturne maître de VII en VIII, opposé à Mars et carré à la Lune, avec Soleil et Vénus en Scorpion. La veuve Capet …

MARIE-LOUISE : Lune carré à Saturne en VIII avec Vénus en Scorpion dissonée à un carré Soleil-Mars. Après la mort de Napoléon, elle est veuve à trente-sept  ans du comte Neipperg et finit par épouser un veuf, le comte de Bombelles.

LOUIS XVIII : Mars maître de VII opposé à Saturne, avec Lune en VIII et Vénus maîtresse de VIII en Scorpion occupé par le Soleil. Est veuf bien avant qu’il ait occupé le trône de France et le restera..

CHARLES X : Même condition que son prédécesseur, avec Pluton en VII et Vénus en Scorpion carré à Saturne maître de VIII.

JEANNE LA FOLLE (Espagne) : Sur fond d’AS-Soleil-Mercure maître de VIII en Scorpion en I, Vénus maîtresse de VII en Capricorne est frappée d’une opposition de Jupiter en VIII, l’une et l’autre recevant les carrés d’une conjonction Mars-Saturne-Pluton. Une veuve inconsolable qui refuse longtemps la mort de Philippe le Beau et lui voue un culte mortuaire jusqu’à la folie.

PHILIPPE II : Saturne en VII avec Soleil en VIII opposé à Mars en Scorpion : quatre  veuvages successifs.

FERDINAND VI : Pas d’heure natale connue ; Lune en Scorpion. Marqué par son veuvage au point d’en mourir peu après.

FERDINAND VII : Vénus en Scorpion carré à Pluton avec Mercure maître de VII sur une dissonance Mars-Saturne-Uranus. Il enterre trois épouses.

ALPHONSE XII : Neptune maître de VII en VIII avec Vénus en Scorpion et conjonction Lune-Pluton au carré de Saturne. Veuf après un an de mariage et sa seconde épouse est enceinte lorsqu’il meurt à vingt-huit ans.

MARIE-THERESE d’Autriche : Pas d’indice évident : il est vrai, veuve non affectée quinze ans avant sa propre disparition.

JOSEPH II : Maîtresse de VII, la Lune est en conjonction d’Uranus en Capricorne et en opposition de Mars en VII, ainsi que de Saturne en pointe de VIII. La fatalité du sexe féminin a pesé sur toute sa vie. Il commença par vivre en guerre permanente avec sa virile mère Marie-Thérèse (commune opposition Lune-Mars), de son enfance à la mort de celle-ci. Il vit ensuite mourir ses deux épouses et ses deux filles, bannissant les femmes de sa vie, et finit par être victime de Catherine de Russie dont l’influence le conduisit au désastre de son règne, lui coûtant même la vie.

FRANCOIS II : Saturne en pointe de VII, conjoint à Pluton et opposé à Vénus-Mars : trois fois veuf.

FRANCOIS-JOSEPH : Saturne maître de IV, conjoint aux luminaires, avec Pluton conjoint à Mars, maître de VII au DS. Son long règne est attristé par les morts tragiques de ses frères, de son fils unique, Rodolphe, de sa femme Elisabeth, assassinée, et de son neveu et héritier présomptif.

CHARLOTTE de Mexique : Vénus maîtresse de VII conjointe à Mars maître de VIII, avec Saturne opposition Soleil et carré Lune. L’exécution de l’empereur Maximilien, fusillé au Mexique, la précipite dans la folie.

HENRY VIII d’Angleterre : Lune du Bélier en VIII au carré d’un Soleil en opposition d’Uranus et dont le Mars est contrecarré d’une opposition Jupiter-Neptune. Le Barbe Bleue qui fait décapiter deux de ses épouses, Anne Boleyn et Catherine Howard, et dont une autre, Jane Seymour, meurt en couches.

MARY STUART : Saturne du Scorpion au DS, au carré de Pluton, avec Soleil en VIII. Venue au monde peu de jours avant la mort de son père, elle épouse François II à la mort de Henri II. Veuve à dix-huit ans et remariée à Darnley, un de ses amants, Bothwell, tue le roi et elle épouse l’assassin.

HENRIETTE de France : Saturne maître de VII au DS et carré à Mars du Scorpion au FC. Née un an avant l’assassinat de son père, Henri IV et épouse de Charles 1er d’Angleterre, décapité.

VICTORIA : Pas de configuration frappante ; seulement la toile de fond d’une conjonction Uranus-Neptune en VIII, au carré d’une conjonction Saturne-Pluton. La mort du prince Albert, auquel elle survécut quarante ans, fut pour elle un choc qui l’installa dans une crise morale.

GUILLAUME II : Saturne maître de VII opposé au Soleil en pointe de VIII, avec Lune en Scorpion opposée à Uranus maître de VIII. L’ex-Kaiser perdit péniblement l’impératrice Augusta en 1921.

CATHERINE II de Russie : Soleil, premier maître de VII, conjoint à Mars maître de VIII et Mercure, second maître de VII, opposé à Pluton en VII. Epouse de Pierre III qu’elle détrône, prisonnier qui fut assassiné …

Cas divers :

Général BOULANGER : Soleil opposé à Saturne du Scorpion maître de VII, l’un et l’autre carrés à Neptune en VIII, outre une conjonction de la Lune à Uranus maître de VIII au MC. S’est suicidé sur la tombe de sa maîtresse, Madame de BONNEMAINS, dont il n’a pu supporter la mort.

PETRARQUE : Lune en VIII. Grande passion pour Laure, vivante d’abord, puis plus encore morte.

Edgar POE : Nous l’avons vu écrasé par son destin mortuaire avec sa triple conjonction Lune-Vénus-Pluton, la première étant maîtresse de VIII et la seconde de VII.

 Percy SHELLEY : Conjonction Soleil-Vénus-Uranus en VIII. Suicide de sa première femme, pour avoir été délaissée par lui à ses vingt-quatre ans.

Clara SCHUMANN : Sans heure natale connue, Soleil opposé à Saturne et Pluton. Survit veuve de Robert quarante années durant.

Cosima WAGNER : conjonction Lune-Saturne du Scorpion en IV et au carré de Vénus au DS ; une veuve « morte vivante » qui pleure Wagner un demi-siècle durant.

Marie CURIE : conjonction Vénus-Saturne en Scorpion, avec Soleil-Scorpion maître de VII en opposition de Pluton. Frappée à trente-huit ans par le décès accidentel de Pierre Curie, elle ne lui survit qu’en refusant sa mort, installant un dialogue intime avec le défunt

Francisco de ZURBARAN : Pas d’heure connue ; conjonctions Soleil-Mars-Scorpion et Vénus-Saturne-Balance. Veuf à deux reprises, sa troisième épouse étant veuve.

REMBRANDT : Pas d’heure connue ; conjonction Lune-Mars en Scorpion. Très éprouvé par son veuvage.

Jean-François MILLET : Pluton opposition à Vénus et Jupiter maître de VII, carré à la Lune et à Neptune en VII. Deus fois veuf.

Pierre-Paul PRUD’HON : Pas d’heure connue ; Saturne conjonction Lune et semi-carré au Soleil. Constance Mayer, sa muse avec qui il vit non marié, se tranche la gorge à cause de lui.

Alessandro MANZONI : Pas d’heure connue ; conjonction Lune-Saturne au carré de Vénus. Perd sa femme et sept de ses neuf enfants.

Giuseppe VERDI : Saturne maître de VIII en VIII carré au Soleil maître de IV en V, avec conjonction Vénus-Uranus en Scorpion. Perd en deux mois sa femme, son fils et sa fille.

Gaetano DONIZETTI : Pas d’heure connue ; dissonance Lune-Vénus-Saturne, avec Vénus-Capricorne. Veuvage vécu comme une cruelle épreuve.

Hector BERLIOZ : Saturne maître de VII en IV, au carré de Vénus maîtresse de V en VII. A perdu les siens les uns après les autres.

Jacqueline KENNEDY : Vénus maîtresse de VIII opposition à Saturne et carré à Mars maître de VII, avec Lune-Bélier en VII carré à Pluton. La tragédie de Dallas.

PRINCE CHARLES : Vénus-Balance conjointe à Neptune maître de VIII, le Soleil du Scorpion étant aussi au carré de Pluton en I. Après séparation, la disparition de Lady Diana.

Ainsi défile ici une quarantaine de cas représentatifs, accompagnés d’une « constellation du veuvage » où reviennent généralement les conjonctions ou dissonances saturnisant ou plutonisant le trio Soleil-Lune-Vénus ou le secteur VII par présence ou maîtrise, non sans tonalité Scorpion ni VIIIe. De là faut-il conclure que le veuvage soit prévisible ? Outre la répugnance qu’inspire la réponse à une telle interrogation, force est de convenir qu’un tel pronostic est frappé d’incertitude parce que ce qui résulte du fait lui-même, en tant que tel, émane d’une catégorie de configurations qui, pour être précises, n’en sont pas moins ouvertes au champ d’un plus vaste éventail de manifestations. C’est-à-dire, autre chose dans le cadre des équivalences symboliques où se rencontrent l’amour et la mort. Dans notre domaine, il ne suffit pas de juger un ensemble de résultats en eux-mêmes : il faut aussi les considérer par rapport à d’autres ensembles vitaux. Au point où l’on en est se pose la question qui suit : sans décoller de la semelle du matériau brut de nos configurations, existe-t-il une différence de résultats – si oui lesquels ? – dans le cas du veuvage qui compte dans une vie, dans celui de l’amour-perversion qui peut faire autant souffrir et dans celui, ultime aboutissement d’un rapport direct amour-mort, du crime passionnel ? En la matière, la surprise nous attend.

MADAME  LAFARGE

Le 15 janvier 1816 à 9 heures 1/4  du soir à Paris (e.c.) naissait Marie-Fortunée Cappelle qui devait s’attirer une ténébreuse célébrité sous le nom de Madame Lafarge.

Orpheline à quatorze ans, héritière d’une petite fortune et ballottée entre ses deux tentes, sa jeunesse commence par un roman à trois personnages avec une amie et son amoureux vicomte. Lien teinté de jalousie et d’envie : quand l’amie se marie avec celui-ci, Marie se sent frustrée, lui vole des bijoux et s’estime déjà en solde pour le mariage. Un étudiant, George Guyot, s’éprend d’elle et la sollicite ; mais elle se sent presque humiliée à la pensée qu’elle puisse devenir pharmacienne à Montmédy … Ses tantes décident alors de la marier en la jetant dans les bras de Charles LAFARGE qui se présence comme un excellent parti : gentilhomme corrézien, veuf de vingt-huit ans, riche, maître des forges et maire de sa commune où il possède un joli château.

Le 12 août 1839 (à 3° du Sagittaire, Saturne atteint sa conjonction Vénus-Uranus), elle épouse sans joie, sinon désolée, cet homme laid, lourdaud et rustre. Dès le voyage qui, de Paris la conduit à sa résidence conjugale, ce mari se comporte comme un personnage ignoble qui lui répugne. Le premier soir, elle se refuse à lui et le tient en respect. A l’arrivée, sa déception éclate : son château … une masure délabrée dans un coin plutôt sinistre et dont l’intérieur est minable ; et elle découvre un homme d’affaires douteux, dont la forge est en faillite et dont la fortune s’évalue en dettes … Elle a été trompée. Dès le premier soir, elle se barricade dans une pièce de débarras qui lui sert de chambre et trace quelques lignes à l’adresse de son époux : « Les habitudes, l’éducation ont mis entre nous une barrière immense. Je ne vous aime pas (…). Je m’embarquerai pour Smyrne ; je vous laisserai ma fortune. Recevoir vos caresses, jamais ! Si vous le voulez, je prendrai de l’arsenic, j’en ai, tout sera dit … ».

La « parisienne » qui se cabre et tient la dragée haute à son mari se met aussitôt à dos sa belle-mère et sa belle-sœur qui vivent sous le même toit. Déjà, l’arsenic est un thème de conversation dans la maison : Marie ne veut empoisonner personne mais elle se tuera car elle est trop malheureuse. Ménage d’époux terribles qui se disputent et, tout de même, se réconcilient sur l’oreiller. Puis on s’échange des testaments en faveur l’un de l’autre, l’idée étant venue de Marie. En fait, l’arsenic entre à la maison en masse : c’est elle qui le commande et qui compose de la mort-aux-rats.

Le 14 janvier 1840 (ce jour-là, Vénus à 9° du Sagittaire  repasse sur sa conjonction native, tandis que Neptune à 11° du Verseau entame son transit sur Saturne, Uranus arrivant aussi au DS), Charles meurt, apparemment des symptômes d’un empoisonnement, et le 25, la porte de la prison de Brive se referme sur Marie Lafarge.

Internement suivi d’un procès célèbre par sa bataille d’experts et de contre-experts : les uns affirment avoir découvert dans les viscères du défunt un précipité de nature arsenicale, et les autres avouent leur impuissance à en trouver le moindre soupçon ; d’autopsie en exhumation, cela ira jusqu’au plus grand toxicologue et au plus grand chimiste français du temps qui ne seront pas d’accord … Mais Marie, qui clame son innocence, n’en est pas moins condamnée aux travaux forcés à perpétuité. En prison, elle écrit et ses « Mémoires » sont un succès de librairie. Elle sera libérée, minée par la phtisie, quelques mois avant sa mort survenue le 7 septembre 1852 (à 8° du Taureau, Uranus transite son Mars en VIII).

 

La caractéristique essentielle de ce thème est l’intrication d’un jeu serré de dissonances (estimé à 77 % !). Deux dissonances majeures : un carré Neptune-Pluton angulaire et un triangle rectangle Lune-Mars-Jupiter, sont reliés entre eux par des dissonances secondaires : dix au total touchant cinq planètes, axes en plus ! Un personnage pétri de conflits intérieurs, telle est donc la première impression.

La seconde, au surplus, est celle d’une nature ténébreuse et enténébrée. Non seulement son tissu est celui d’un labyrinthe, mais encore, au sommet de la dominante sont angulaires Neptune et Pluton en signes doubles. On conçoit sans mal cet aveu : « Je me comprends à peine moi-même » … Flagrante est donc la complexité de cette créature névrosée qui laisse derrière elle une des plus grandes énigmes judiciaires du siècle dernier, le doute subsistant au sujet de sa culpabilité.

Le noyau central du thème est déjà tout un programme :  Neptune dispose de Pluton en Poissons avec lequel il est en carré du FC au DS. Le ton y est : nous baignons dans le mystère, l’étrange, le vague, l’incertain, l’équivoque, l’angoisse, et, à la pointe extrême de la tendance, le cauchemar, le poison, la prison …Le point d’impact de cette dissonance première est la pointe de VII où Neptune a sa maîtrise et Pluton sa présence. A 15°4 Sud de latitude, celui-ci est couché depuis 24 minutes, ce qui le place en VI, mais, manifestement ici sa longitude prévaut avec le thème d’un procès historique. Et ce Pluton a des résonances qui contribuent à en incarner la tendance : il est branché par aspects à l’opposition de Mars en VIII à Jupiter en Scorpion. Trois partenaires vont mourir dans sa vie : ce Georges Guyot qu’elle avait repoussé et qui se tranche la gorge au rasoir, au côté du cadavre, le journal relatant l’inculpation de Marie ; son époux, après seulement quelques mois de mariage, le soupçon pesant sur elle ; et le colonel Andoury qui s’était épris d’elle au point de lui léguer sa fortune et qui meurt peu de temps avant elle !

Plus largement, c’est tout le triangle Lune-Mars-Jupiter qui interfère avec ce carré Neptune-Pluton. Configuration ultra-puissante : le duo des deux fortes planètes ramifié au point central du luminaire de son propre sexe (Lune) et en signes forts Taureau-Lion-Scorpion. Il y a là une monumentale charge de tension, d’inflation vitale, de démesure, d’explosivité :   soit un « ça » hypertrophié qui eut appelé un Moi d’airain pour l’encadrer et l’exprimer avec bonheur. Probablement, le carré Neptune-Pluton sans eux se fût-il contenté d’un climat de vivre sans faits saillants ; or, ce trio vient lui servir de caisse de résonance, faisant éclater au grand jour son potentiel ténébreux, à travers des manifestations aussi violentes que tapageuses.

Chaque fragment de configuration par le menu est déjà en soi de l’excessif. Par exemple, cette Lune du Lion au carré de Mars en Taureau, position dernière d’une colérique « Casque d’or ». N’est-ce pas révélateur d’une femme forte, virile, insoumise, dominatrice ? Or, le Jupiter du Scorpion qui les rejoint est un amplificateur de ces aspirations géantes, maître aussi qu’il est de l’intense conjonction Vénus-Uranus, amplifiée par le trigone lunaire et sa présence au FC. Or, du moment qu’elle n’est pas bloquée, cette conjonction exprime une sensibilité de feu abrupte, paroxystique. Aimer, ici, c’est s’éprouver soi-même dans l’aventure du cœur, vivre dans une exaltation passionnée, libérer dans une tension nerveuse indisciplinée de grands élans, parfois jusqu’à la recherche de l’extraordinaire.

L’opposition Lune-Saturne n’est pas ici pour neutraliser cette effervescence ; elle exprime, au contraire, cette frustration latente revendicative qu’un double orphelinat d’adolescente (Saturne est second maître de IV) cristallise en exaspération. On comprend qu’elle ait chapardé de l’argent et divers objets à ses tantes, jusqu’à jalouser son amie à son mariage en lui volant ses diamants (Lune en XI). Cette Lune léonisée quitte d’ailleurs l’opposition de la conjonction Soleil-Mercure du Capricorne, nouvelle charge d’ambition, de valorisation sociale accroissant encore son aspiration de grande dame.

Ainsi en arrivons-nous à l’ultime explication de l’histoire de cette vie. Le détonateur de la tragédie de ce destin est dans cette monumentale contradiction : l’éclatant et explosif contraste entre ce monde intérieur soulevé bien au-delà de nobles et belles aspirations, et le réel d’une existence plus que médiocre, à partir de la conclusion de son mariage (VII). Pas d’amour, nulle fortune ni prestige : une nouvelle épouse  mystifiée,  aussitôt dépitée, déçue, frustrée, se voyant sans avenir … Marie ne peut s’en relever. C’est dans ce carcan conjugal que se pose l’échiquier sur lequel sa névrose engage la partie fatale. C’est elle qui trame de toutes pièces les conditions du drame. Ce drame la concerne, qu’elle ait tué délibérément, en mode aquatique de poison, son mari, qu’elle n’ait été qu’une criminelle inconsciente ou involontaire, instrument au service d’un tiers, ou qu’elle soit devenue une malheureuse victime (je doute que l’information astrologique en puisse dire davantage). Cette nature exaltée qui mélange la fiction et la réalité, qui vit plongée au plus épais de ses ténèbres, discréditée à l’avance par ses revendications névrotiques, son climat fangeux, la suspicion qu’elle a su si admirablement susciter autour d’elle, a tout fait pour devenir la coupable et pour expier.

Le reste, son caractère en a fait son affaire. Qu’elle ait été dans son cachot révoltée, en proie aux scènes de la plus extrême violence, ne supportant pas d’être traitée en condamnée et gardant finalement ses vêtements civils ; qu’elle ait eu au surplus un certain succès public avec ses écrits (« Mémoires », « Une femme perdue », « Heures de prison » - secteur III en exercice -  n’ajoute rien d’essentiel à son histoire : son destin à l’arsenic s’est joué avec une option matrimoniale, sous le signe d’un Pluton neptunisé en VII, dans une constellation générale multi-dissonante.

 

L’AMOUR  QUI  TUE …

Sur la poursuite des relations de l’amour et de la mort, après l’étude effectuée sur le veuvage, abordons un ensemble de situations diverses qui peuvent se grouper sous une étiquette de tragédie romanesque que j’appellerai « l’amour qui tue ».

Dans cette catégorie nouvelle, nous rencontrerons les mêmes corrélations que celles que nous avons relevées à propos du veuvage. On ne saurait dire, cependant, que ces corrélations s’y présentent d’une façon différente, ni d’une manière plus prononcée. Alors que, pourtant, ici, le « rôle » joué par la mort ne se présente plus sur un mode passif. On peut considérer, au moins apparemment et en général, le veuvage comme une situation dans laquelle on « subit » le décès de l’être aimé. Or, maintenant, nous allons voir se présenter des situations dans lesquelles la mort est une sorte d’agent actif, une force de destinée qui s’empare plus ou moins du sujet lui-même ou qui exerce un pouvoir destructeur sur les partenaires. Et il n’y a pas non plus de différence essentielle entre les astralités du premier groupe de « ceux qui meurent » et celles du second groupe de « ceux qui tuent ». Pas plus que nous ne trouverons, ensuite, de différence entre les astralités de « ceux qui tuent malgré eux », sans responsabilités apparentes, ni celles de « ceux qui tuent délibérément »  au coeur du fait criminel.

Examinons donc quelques cas historiques parmi les plus représentatifs, en regrettant également de ne pas avoir fourni ici les données de naissance.

Voici d’abord quelques personnages qui sont « morts d’amour » :

Julie DE LESPINASSE : « Mon ami, délivrez-moi du malheur de vous aimer. » (…) « Je suis entraînée vers vous par un sentiment que j’abhorre, mais qui a le pouvoir de la malédiction. » … La « muse de l’Encyclopédie » s’anéantit dans une passion funeste pour le comte GUIBERT jusqu’à en mourir de souffrance, d’épuisement, de maladie, s’éteignant dans les bras de DALEMBERT (Scorpion à opposition Lune-Saturne) qui lui avait voué un amour sans réponse. Elle présente une conjonction Soleil-Mercure en Scorpion au semi-carré de Vénus entrant en opposition de Saturne, domification ignorée.

Heinrich Von KLEIST : Il avait proposé à sa cousine Marie dont il était amoureux de se tuer avec lui, mais celle-ci refusa. A trente-quatre ans, il rencontre une jeune fille qui, elle, accepte sa macabre proposition en se laissant avec lui s’engloutir dans  les eaux du Heiligen-Sée ; accomplissement d’un suprême retour au sein maternel (Lune au MC en opposition de Saturne du Scorpion au FC conjoint à Mercure ainsi qu’ au Soleil maître d’AS dans le même signe.

Evariste GALOIS : Ce mathématicien prometteur fut stupidement tué en duel à vingt ans pour une femelle qu’il avait lui-même traitée d’ »infâme coquette ». Conjonction Soleil-Vénus en Scorpion, au carré de la Lune, tous trois en dissonance de Pluton, les deux luminaires étant maîtres de VIII.

Marie VETSERA : L’héroïne du drame de Mayerling qui, à dix-huit ans, par amour, disparaît dans la mort avec l’archiduc RODOLPHE de Habsbourg. Conjonction AS-Lune en Scorpion avec Pluton en VII au semi-carré d’une conjonction Soleil-Mars en Poissons.

Félix FAURE : Ce président de la IIIe République s’éteint d’un spasme amoureux en intimité avec Madame STEINHEiL. Lune en VIII dont la maîtresse, Vénus, est conjointe à Uranus en V.

Mais comment différencier ces cas de « ceux qui n’en meurent pas » ? Benjamin CONSTANT qui se contente de simuler à répétition la scène du suicide pour imposer son amour à Mademoiselle POURRAT et à Germaine de STAEL (Soleil, Mercure et Vénus en Scorpion) ; Villiers DE L’ISLE ADAM qui ne meurt d’amour que dans ses œuvres : « Le Rideau cramoisi », « Axel » … (Soleil, Mercure et Vénus en Scorpion) …

Voici maintenant plusieurs autres cas qui appartiennent à l’autre bord, celui où l’on entraîne la mort sous une forme ou une autre et où l’on fait mourir d’amour.

HENRIETTE d’Angleterre : La belle-sœur de Louis XIV a inspiré au duc de Buckingham une passion fatale (pas d’heure natale connue : carré de Vénus à la Lune en Scorpion).

Marguerite de BONNEMAINS : Le général BOULANGER qui fit trembler un temps la IIIe République d’un coup d’Etat se suicide sur la tombe de l’aimée : « Ai-je bien pu vivre deux mois et demi sans toi ? » (sans heure : Vénus en Scorpion).

Anna de NOAILLES : » Ce sentiment de l’amour, qui constitue l’intérêt de la vie, a pour compagnon et pour ombre cachée à son côté, le sentiment de la mort. » Grande dame ayant inspiré plusieurs passions fatales, dont une qui finit par un suicide (AS, Soleil et Lune en Scorpion, avec opposition Soleil-Pluton).

La « BELLE OTERO » : Dévoreuse de fortunes (elle perdra des milliards sur les tapis verts) et « sirène du suicide » pour qui se sont supprimés un comte et un explorateur (Vénus en Scorpion opposée à Pluton et Lune opposée à Mars en Vierge.

Mag STEINHEIL : C’est d’abord la « veuve rouge », histoire criminelle ténébreuse où on la découvre ligotée sur son lit avec les cadavres de son mari et de sa mère dans une pièce voisine. C’est ensuite la mort galante de Félix Faure dans ses bras à l’Elysée et elle sera à nouveau veuve de son second mari (Vénus, maîtresse de VIII au centre d’une quintuple conjonction en Bélier, Mars étant en pointe de VII, outre une opposition luni-saturnienne au méridien).

Vito GENOVESE : Le célèbre Capo mafioso épouse, après son veuvage, sa seconde femme quinze jours après l’assassinat du mari de celle-ci que l’on prétend avoir été occis par son successeur conjugal (Vénus en Scorpion, maîtresse de VII en XII).

Mais pourquoi ne pas ajouter à cette liste une conjonction Vénus-Pluton en XII qui est dans le même ton ? Celle, par exemple, du Président du Conseil de la IIIe République Joseph CAILLAUX qui ne tua personne mais dont l’épouse tua le journaliste CALMETTE pour le punir d’une campagne de presse atteignant son mari. Ce qui nous sort déjà de la série. Et que penser d’une femme qui a une conjonction Lune-Uranus en Scorpion au carré du Soleil et en opposition d’un Mars du Taureau à l’AS ? Ici, nous sommes seulement dans l’univers du soupçon infernal que vécut Marie BESNARD (St-Pierre-de-Maillé, Vienne, 15/08/1895, 23 h, e.c.) dans les années cinquante. Mais imaginez ce que représente déjà le destin de « l’empoisonneuse de Loudin », doublement veuve, avec sur les bras douze années de procédure, l’inculpation de onze assassinats, trente-six mois de prison, une presse qui la traite de tout : « monstre », « sorcière lubrique» … et qu’on  finira par relâcher dans le doute ?

En nous enfonçant, cette fois carrément dans l’univers du meurtre, nous ne cessons pas de rencontrer la même chaîne de configurations, mais, sans pour autant en savoir davantage. Ici, on est tué d’une façon criminelle ou l’on tue en criminel. Et pourtant, rien ne distingue les astralités de cette série nouvelle de celles des cas précédents.

Voici d’abord quelques victimes (cette fois, données d’état civil, lorsqu’ aucune précision particulière n’est fournie).

Régine FAYS : (Uruffe, M. & M., 4/04/1937, 20h). Est tuée le 5 décembre 1956 d’une balle dans la nuque par Guy Desnoyers son amant, qui supprime également l’enfant dont elle était enceinte. Pluton au MC en opposition de la Lune au FC, tous deux en carré de Mercure maître de VIII au DS, outre une conjonction Vénus-Uranus en VII.

Rose-Marie NITRIBITT : (Dusseldorf, 1/02/1933, 4 h 45 m). Prostituée de haute volée trouvée étranglée avec un bas de soie le 29 février 1957. Sa Vénus du Capricorne est en opposition de Pluton en pointe de VIII, lequel reçoit aussi un carré de la Lune du Bélier en conjonction d’Uranus ; s’ajoutant même une conjonction de Saturne à Mercure maître de VII et au Soleil maître de VIII.

Arlette DONIER : (Ain, 12/03/1925, 1 h). Après avoir été violée à quinze ans par un Mongol, est assassinée (lardée de coups de couteau) le 4 avril 1959 par son amant Guy Trébert. Avec une Lune au MC, maîtresse de VII-VIII, au carré de Pluton en VII et sesqui-carré de Mars-Taureau en V, celui-ci est en opposition de Saturne du Scorpion, outre que le Soleil, maître de VIII, et Mercure, maître de VII, sont conjoints à Uranus.

Muguette THIREL : (Vannes, 12/09/1936, 9 h 40 m). « Supprimée » au pistolet puis à l’essence par « Monsieur Bill » qui entendait être son souteneur, le 30 mai 1959. Avec Pluton au MC, Lune entre Pluton et Mars au carré d’Uranus en VII, outre une opposition exacte Soleil-Saturne.

Madeleine MOKLIN : (Puteaux, Seine, 23/11/1936, 10 h). Prostituée victime d’un litige au décès de son „protecteur“ ; trouvée brûlée à l’essence dans la garrigue de Provence en juillet 1962. Pluton en VII trigone à Soleil-Mercure maîtres de VIII ; Neptune en VIII en opposition d’une conjonction Lune-Saturne en Poissons ; Vénus à l’AS carré à Mars en VIII.

Christiane SAPIN : ‘St-Vincent-de-Reims, Rhône, 11/06/1936, 6 h). Prostituée au bas du pavé trouvée assassinée par un détraqué dans la nuit du 12 au 13 février 1963. Sur la toile de fond d’une Lune en Poissons maîtresse d’AS au MC, une conjonction exacte Soleil-Mars à laquelle s’unit Vénus, trio en croix avec Jupiter en face, de part et d’autre d’une opposition Saturne (maître de VII et VIII en X) Neptune.

Hélène RYTMANN-LEGOTIEN : (Paris XVIIIe, 15/10/1910, 14 h). Etranglée par son époux, le marxiste Louis Althusser en état de folie, le 16 novembre 1980. Quintuple conjonction Soleil-Mercure-Vénus-Mars-Jupiter de la Balance en VIII, au carré d’une opposition Uranus-Neptune à l’horizon.



Marie TRINTIGNANT : (Boulogne-Billancourt 92, 21/01/1962, 13 h). Comédienne décédée le 26 juillet 2003 après avoir été rouée de coups par son compagnon musicien-chanteur Bertrand Cantat. Triple conjonction Soleil-Vénus-Saturne au MC (en orbe de conjonction à Mars) en opposition de la Lune.

Voici à leur tout maintenant quelques « tueurs » :

Elisabeth DUCOURNEAU : (Belin, Gironde, 1/09/1904, 6 h). Empoisonna sa mère et son mari. Lune double carré à une opposition Saturne-Mars maître de VIII, avec Vénus en I au double carré d’une opposition Uranus-Pluton de IV à X ; outre AS-Soleil-Mercure (maître de I) carré à Neptune maître de VII et sesquicarré exact au carré Lune-Saturne exact.

André M… : (Trouhans, Côte d’or, 19/03/1912, 7 h). Tua sa femme dans une crise de jalousie (cas exposé par Daniel Lagache dans « La jalousie amoureuse »). Saturne du Taureau en I, semi-carré à la Lune du Bélier, laquelle est conjointe au Soleil qui est au carré d’une conjonction Mars-Pluton maîtresse de VII et opposée à Jupiter maître de VIII en VII.

Robert AVRIL : (Ardennes, 11/12/1912, 18 h). Ce « braconnier sexuel », récidiviste de viols, assassine Janet Marshall le 2 août 1955. Triple conjonction Lune-Vénus-Uranus au DS, en opposition de Neptune à l’AS.

René CARNIAUX : (St-Paul-sur-mer, Nord, 26/04/1914, 23 h). Marié le 3 août 1946, il étrangle sa femme le 14 septembre suivant, parce qu’elle se refusait à lui. Saturne est au DS avec Pluton et Mars en VII ; outre un Jupiter maître d’AS carré à une conjonction Lune (maîtresse de VII)-Vénus-Taureau en V.

Claude PANCONI : (Paris, 14/06/1930, heure inconnue). Le drame des « J 3 ». Le 9 décembre 1948, il tue son camarade de classe Alain Guyader par amour pour Nicole, seize ans. Conjonction Vénus-Pluton avec possible opposition de la Lune.

Pauline DUBUISSON : (Malo-les-Bains, Nord, 11/03/1927, 0 h). « Je ne fais que du mal à ceux-là mêmes que j’aime le plus au monde. » Sens de feu et cœur de glace, a-t-on dit de cette orgueilleuse qui, le 17 mars 1951, tue par dépit son ex-fiancé, l’étudiant Félix Bailly, quand elle le voit lui échapper. Elle se suicidera le 19 septembre 1963. Saturne conjoint à l’AS est en opposition de Mars en VII, au DS, et Vénus du Bélier est au carré de Pluton en VIII, dont la maîtresse, la Lune, est en VII.

Renée GARREAU : (Caen, 19/04/1902, 4 h). « C’est le troisième homme que je tue »… A cinquante ans, le 22 juillet 1952, elle tue son amant Jean Deleu (de 22 ans plus jeune qu’elle) parce qu’il voulait la quitter pour se marier. Opposition Vénus-AS maîtresse de VII – Lune-DS, au double carré de Pluton maître de VIII au FC, lui-même en opposition d’Uranus au MC ; outre une conjonction Soleil-Mars-Bélier au carré de Saturne-Capricorne.

Denise LABBE : (Melesse, Ille-et-Vilaine, 17/03/1926, 20 h). Une histoire d’ »amants maudits de Vendôme» : Jacques Algarron (Paris, 26/01/1930) pousse sa maîtresse au plus monstrueux sacrifice : « Il faut que tu immoles ton propre sang. Seul ce sacrifice glorifiera notre amour ! Il y a une rivière à Rennes : jetez-y votre fille… ». Après plusieurs tentatives ratées, la jeune mère plonge en novembre 1954 sa fillette de deux ans et demi dans une lessiveuse. Pluton est au MC et Mars au FC ; avec conjonction Soleil-Uranus, outre que Vénus, maîtresse de I et de VII, est au carré de la Lune en VIII, en opposition de Saturne-Scorpion.

Guy DESNOYERS : (Meurthe-et-Moselle, 24/02/1920, 8 h). Le 5 décembre 1956, le curé d’Uruffe, M. & M., tue sa maîtresse (voir Régine Fays) et l’enfant qu’elle portait dans son ventre. Mars du Scorpion en VIII fait six dissonances, dont à la Lune et à Vénus et Mercure maîtres de VII, en climat de conjonction Soleil-Uranus.

Alfred BRICE : (Haubourdin, Nord, 27/01/1928, 17 h). Tue sa femme le 16 février 1966 (« Détective » n° 1026). La Lune en Bélier, proche de sa culmination, est conjointe à Uranus et au double carré d’une opposition Mars-Pluton ; Vénus sort de la conjonction de Saturne (11°) pour appliquer à celle de Mars (9°) et est au carré d’Uranus maître de VII.

Jacques MARIE : (Vassy, Calvados, 15/05/1926, 16 h). Tue sa femme le 2 mars 1966 et se fait justice (« Détective » n° 1028). Conjonction Lune-Pluton au MC, carré à Vénus maîtresse de VIII en VII et semi-carré au Soleil en VIII, lequel est à l’opposition de Saturne en Scorpion, lui-même en sesquicarré du carré précédent.

Pierre FOUESNANT : (Landaul, Morbihan, 21/05/1943, 10 h). Tue en 1966 sa maîtresse qui le trompait (« Détective » n° 1130). Vénus-Cancer à l’AS, la Lune étant en opposition de Saturne maître de VII et VIII, au carré d’une opposition Mars-Neptune du MC au FC, et au sesquicarré de Pluton ; sur un fond de conjonction Soleil-Mercure-Saturne-Uranus.

Daniel HUGON : (Paris, 16/07/1936, 22 h) au chromosome surnuméraire. A l’aube d’une nuit décevante avec une prostituée, il étrangle celle-ci le 4 décembre 1965. Triple conjonction Soleil-Vénus-Pluton maîtres de VII et VIII, en Cancer occupé également par la Lune, Mercure et Mars, la triple conjonction étant au semi-carré de Neptune en VII qui est lui-même opposé à Saturne en I.

Jean OLIVIER : (Rozoy, Aisne, 3/02/1944, 20 h). Le 17 juin 1967, viole une fillette de onze ans et l’étrangle après s’être débarrassé de son frère en l’ayant étranglé. Triple conjonction Lune-Mars-Uranus au MC et au carré de l’AS ; Mars est maître de VIII et la Lune est également en conjonction de Saturne, le Soleil étant en plus à l’opposition de Pluton.

André FOURQUET : (Bordeaux, 3/07/1929, 1 h). Le 17 février 1969, tue deux de ses enfants et se fait justice. Conjonction Soleil-Pluton maître de VIII au FC et carré à Uranus, avec Mercure maître de V opposé à Saturne sortant de sa culmination.

Armand ROHART : (Peuplingues, Pas-de-Calais, 28/03/1920, 11 h). Noie son épouse dans une intention de la remplacer le 9 juin 1967. Conjonction Soleil-Uranus au MC en Poissons, à l’opposition de Saturne maître de VII au FC et Pluton à l’AS au carré du Soleil

Louis ALTHUSSER : (Birmendreis, Algérie, 16/10/1918, 4 h 30 m). Cet intellectuel marxiste, en proie à des troubles finissant en état de démence, étrangle sa femme H. Rytmann-Legotien, le 16 novembre 1980. Avec un Pluton au MC et au carré de l’AS, conjonction Lune-Uranus en opposition de Saturne.

Bertrand CANTAT : (Pau, 65, 5/04/1964, 5 h 30 m). Au cours d’une dispute le 26 juillet 2003, ce compositeur-chanteur rue de coups sa compagne Marie Trintignant qui en meurt. Avec Pluton au DS conjoint à Uranus, une conjonction Soleil-Mars du Bélier en I au carré de la Lune, outre un triangle dissonant Lune-Vénus-Saturne, sur fond de Neptune maître d’AS en Scorpion et en VIII.

Dans L’Influence astrale de mai 1914, Choisnard s’est livré à une enquête sur la criminalité et les satyres. Il y constate chez 10 satyres 7 Vénus angulaires, avec 6 aspects Vénus-Mars et 6 aspects Vénus-Uranus, indices que nous étudierons bientôt, et il conclut : « Il y a lieu de remarquer que la plupart des criminels ont Vénus dominante ; sur 26 autres criminels divers (…), il y en a 18 qui ont Vénus angulaire. Sur un total de 36 criminels (dont 10 satyres), il semble donc qu’on voie déjà apparaître cette loi vénusienne dont la fréquence caractéristique serait environ 2 à 3 fois supérieure à la normale. »

Première approche appuyée par l’enquête de Michel Gauquelin sur un groupe de 623 criminels (LInfluence des Astres), lequel conclut : « Cette distribution de Vénus est très étonnante : elle présente deux fortes agglomérations dont la probabilité dépasse nettement le millier. De plus, le fait que ces deux agglomérations se situent à peu près dans des endroits astronomiques privilégiés et opposés (lever et coucher de la planète) donnerait à croire que la distribution de Vénus chez les criminels a été soumise à une autre cause que le hasard. »

De prime abord, on peut s’étonner d’une telle rencontre, le caractère vénusien étant tendresse, gentillesse, douceur et bonté ; mais l’envers du décor est qu’une surcharge d’affectivité envahissante avec une Vénus dissonante devient la source de désordres du cœur. De son enquête, Choisnard concluait judicieusement : « Peut-on conclure qu’il y a un moyen de reconnaître dès leur naissance ceux qui deviendront des satyres ? Je ne le crois aucunement ; je suis en même temps à peu près sûr d’avance qu’on me fera dire un jour ce que je n’ai pas dit à ce sujet. »

Les raisons pour lesquelles une telle détection, du satyre ou du criminel, s’avère extrêmement difficile sinon impossible sont aisément compréhensibles.

Tout d’abord, il n’existe aucun critère spécifique qui soit décelable dans le cas rarissime du criminel, rien d’exceptionnel qui puisse le détacher du gros de la population. On le comprend d’abord étant donné que la frange criminelle varie d’un pays à un autre autant que d’une époque à une autre. Selon des statistiques de 1970, il existait 1,5 criminel pour 100 000 habitants en France, alors que l’on en comptait 5 aux U.S.A. et que la criminalité dans ce pays augmenta de 20 % en 1968 et ne cessa pas de croître au long de 1969 (tournant de triple conjonction Jupiter-Uranus-Pluton). L’existence de ces variations prouve la fluctuation de la « ligne de fracture » entre les deux mondes : on « passe » au crime plus facilement et plus souvent dans un pays où les mœurs sont plus brutales et plus encore à une époque violente et troublée. Sans oublier qu’il n’y a aucune frontière déterminée entre l’assassin privé, le chef de bande hors la loi, le jusqsu’auboutiste fanatique au pouvoir : Hitler, Goering, Himmler, Heydrich, comme Staline et Franco ; et même, voire parfois le simple politique couvert par l’autorité qui a  « du sang sur les mains » comme Thiers et l’hécatombe de la Commune de Paris en 1871 … Cela fait qu’il n’existe aucune norme quantitative aussi bien que qualitative qui détermine le « passage à l’acte » criminel. «Entre l’acte que nous sommes certains de ne pas commettre et celui que commettent les tueurs d’occasion ou d’habitude, il n’y a pas de véritable distance. Il n’y a que la différence qui sépare dans ce monde les pauvres types et les autres » déclare Marcel Montarron. Les criminologues ne sont pas plus précis sur ce point que ce chroniqueur en la matière. Pour nous, le diagnostic bute à deux obstacles :

  1. Les limites du déterminisme que nous explorons. En effet, nous ne pouvons connaître que la constellation intérieure de l’être sans savoir quelles sont les répercussions sur elle du milieu extérieur vécu. J’ai déjà déclaré que le rôle neutralisant ou amplificateur du second sur la première était important, au point de pouvoir presque partager l’opinion du psychologue Linton : « Les membres normaux de n’importe quelle société doivent beaucoup moins la configuration de leur personnalité à leurs gènes qu’à leur nourrice ». On peut toujours comparer entre eux différents thèmes pour juger de leurs violences respectives. Reste qu’une enfance malheureuse, orpheline ou traumatisée, rend plus vulnérable à un même potentiel critique.
  2. Les limites de l’interprétation elle-même. La correcte formulation de celle-ci nous met en présence du clavier des « équivalences symboliques » familières au psychanalyste. Equivalences exprimant des substitutions possibles entre un ceci et un cela synonymes d’un substratum commun. Or, en comparant les configurations du veuvage (lorsqu’il est une épreuve majeure), celles des passions fatales, celles des crimes passionnels, ainsi que celles des névroses et perversions amoureuses, nous n’obtenons pas de différences sensibles, comme s’il existait une équivalence symbolique entre ces diverses catégories, ainsi que cela se passe en psychosomatique du trouble organique au trouble psychique, deux désordres différents mais foncièrement analogues, et par cela même interchangeables. Outre, des amours simplement malheureuses à celles qui basculent dans le tragique, un « passage à l’acte » arbitraire sur l’échelle de transition entre l’anodin et le pire.

 

Cela signifie que l’astrologue improvisateur ne peut se permettre, devant un thème, de conclure si le sujet est ou n’est pas un criminel. Ce qui ne ferme nullement la porte à une connaissance astro-criminologique ajoutant son savoir à ce que nous pouvons déjà comprendre. En attendant mieux, il faut avoir bien soin de connaître nos propres limites, reconnues par les spécialistes eux-mêmes qui estiment, aujourd’hui, que nous sommes bien loin de l’époque où l’on considérait qu’un criminel portait en lui les stigmates de sa malfaisance. Vous doutez de ma retenue ? Voici donc un cas qui devrait vous suffire à vous ranger du côté de ma réserve. Vous apprenez, par la presse, qu’un certain Joseph KACZMARCZYK (né à Châlons-sur-Marne le 9 janvier 1931 à 16 h. e.c.) est accusé d’avoir violé et assassiné une fillette de douze ans le 8 décembre 1967. Nul doute qu’en voyant son thème, votre siège est aussitôt fait en y apercevant une conjonction serrée Soleil-Mars-Saturne en pointe de VII à l’opposition de Pluton en I, le tout au carré d’Uranus, avec en plus la présence de la Lune et de Vénus en VIII : un championnat de dissonances comme au défilé d’où nous sortons ! Or, il s’agit de  l’histoire du procès  d’un pauvre  homme qui faillit de justesse être condamné pour ce crime dont il n’était pas l’auteur. La décalque de l’analogie peut recevoir plusieurs identités : ici, le sujet ayant été pris pour un criminel sans pour autant l’avoir été, néanmoins non sans en avoir  adossé l’abominable accusation, vécue non moins comme un enfer ! Tout au plus, possibilité d’éviction, pourrait-on estimer moins soupçonnable une personne présumée coupable dotée d’un thème harmonieux. Car, indéniablement, la grande majorité des personnages tragiques que nous venons d’examiner sont franchement frappés de configurations  maléfiques épouvantables.

LE  BARBE-BLEUE  AMERICAIN

Dans le genre de ce que l’on pourrait appeler les « tueurs de dames », il est un personnage peu connu, en France tout au moins, qui occupe pourtant la première place en distançant loin derrière lui les « étoiles du crime » et auprès de qui même un Landru avec sa dizaine de victimes fait piètre figure. Il s’agit de celui qu’on a appelé précisément le « super-Landru américain » ou encore le « Barbe-Bleue américain » et dont la ténébreuse histoire a été tracée par A. L. Schutzer dans Lecture pour Tous de septembre 1965.

Je me suis procuré à l’état civil les données de cet individu sous le nom (qu’il a peu porté) de Jacob Schmitt, né à Horrweiler près de Bingen/Rhin en Allemagne, le 10 novembre 1862 à 22 h.

L’assimilation à Landru relève d’une vague ressemblance morphologique. Représentez-vous un jupitérien d’une certaine taille, barbu, moustachu avec favoris, lunettes à monture d’or et coiffé d’un chapeau melon comme un grand seigneur.

L’une des particularités de ce tueur est qu’il fut un « suicidaire à répétition ». Imaginez la scène : un lundi de juillet 1895, avant le lever du jour, un homme longe la berge de l’Ohio, près de Wheeling en Virginie occidentale. Il s’arrête, pose sur le sol un gros sac en toile de jute, regarde autour de lui pour être sûr de ne pas être vu. Constatant qu’il est seul, il se déshabille ; une fois nu, il plie ses vêtements, pose sur la pile son melon et sous lui une lettre dans laquelle il annonce qu’il va se noyer, en accompagnement d’une montre dans le boîtier de laquelle est insérée sa photo. Reprenant son sac, il entre pieds nus dans la rivière pour en laisser les empreintes dans la boue de la berge … Mais il rejoint un autre point de la rivière où il endosse des vêtements de rechange dans un canot ; et avant de repartir plus loin de l’autre côté de la berge, il vide dans l’eau le contenu de son sac : les entrailles d’une femme bourrée d’arsenic par ses soins ! Il venait, une fois de plus, d’effacer toutes traces du meurtre qu’il avait commis, en même temps qu’il « suicidait » l’un des nombreux individus qu’il avait personnifiés !

C’est ainsi que ce marchand de mort ambulant, qui va faire du « veuvage à répétition » une véritable vocation, va porter à tour de rôle une quinzaine de noms et pronoms successifs, la carte d’identité n’existant pas encore à l’époque aux Etats-Unis. Il sera arrêté sous le nom de Johann Hoch. Il avait pris l’habitude, après chaque forfait, de prendre le nom de l’homme qui l’avait précédé auprès de la femme qu’il venait de tuer, la plupart de ses victimes ayant été des veuves.

« Hoch convola avec quarante-trois à cinquante femmes (impossible de préciser davantage) dont il expédia un bon tiers ad patres en leur donnant ce qu’il fallait d’arsenic. Ses opérations furent trop complexes, ses victimes trop nombreuses et trop souvent réduites au silence éternel, les traces qu’il laissa furent trop obscures et sa propre version de ses assassinats trop contradictoire pour que l’on pût arriver à un total certain. »

Il commence par se marier une première fois à Vienne en 1881 et est veuf en 1883. Peu après, il se remarie avec une femme fort riche, à qui il donne quatre enfants et qu’il quitte en emportant ses économies. Il se rend dans une ville voisine où il se remarie : c’est avec l’argent de l’épousée qu’en 1888 il s’embarque pour l’Amérique. Sur le bateau, au cours de la traversée, il fait la conquête d’une petite serveuse qu’il épouse dès l’arrivée à New-York ; il vit de ses économies et l’enterre au bout de deux mois. Installé à Chicago, il se met sérieusement à l’œuvre : donnant dans les riches veuves, mariages, escroqueries et meurtres se succèdent à une cadence vertigineuse ! A la fin de 1894, propagandiste religieux, il dépouille deux sœurs de leur fortune. Somme avec laquelle il réintègre son pays natal, s’y livre à des spéculations et doit prendre la fuite quelques mois plus tard pour échapper à une arrestation. Il se retrouve ensuite patron d’une taverne à Wheeling et donne dans les riches veuves allemandes. Le 18 avril 1895, ce « Jacob Huff » s’unit à une Caroline Hoch aussi saine que fortunée. Bien vite, la nouvelle mariée tombe malade, si bien traitée à la poudre blanche qu’elle meurt le 15 juin. Mais le Révérend qui les a mariés a des soupçons que découvre l’escroc-assassin. Suit donc la scène du « suicide » déjà décrite plus haut. Si la police qui drague la rivière n’a pas découvert de cadavre, elle découvre que la tombe de la victime précédente, Madame Huff, a été violée, sans aller plus loin. Mais une semaine après le « suicide », le pasteur intrigué apprend que le disparu a été vu en bonne santé et aux bras d’une femme à Janesville dans l’Ohio et qu’il se fait appeler Johann Hoch. Dès lors, avec une ténacité de limier, il s’attache à ses traces. Il apprend en 1896 qu’un certain Otto Hoch s’est marié à Dayton et s’est envolé quelques jours plus tard en emportant les économies de l’épouse. Ensuite en 1897 qu’à Cincinnata une femme n’a survécu que trois mois à son mariage avec un John Schmitt. Quand il tombe sur une nouvelle annonce de mariage d’un Jacob-Otto Hoch, le pasteur prévient aussitôt la police, mais avant que celle-ci soit intervenue, l’homme s’est déjà envolé avec les économies de sa nouvelle veuve. En 1898, le Révérend retrouve son homme arrêté à Chicago sous le nom de Martin Dotz, prévenu de bigamie, où il obtient l’exhumation aux fins d’autopsie de l’ex-Caroline Hoch, mais à la place de l’abdomen, les enquêteurs trouvent un grand trou …, le coupable étant relaché.

Il va ainsi poursuivre sa carrière. 1900 est l’année où un Albert Buschberg épouse une veuve à Argos en s’emparant de la forte assurance contractée par l’époux défunt ; peu après, l’épouse et sa fille « disparaissent » avec leurs économies. En 1901, il « liquide » une nouvelle veuve, fait la cour à son héritière, à une dame de New York, à une autre de Chicago, se fiance à une troisième de Saint-Louis, puis épouse une nouvelle veuve à qui il fait signer une importante police d’assurances sur la vie à son bénéfice. Mais lorsque la nouvelle épouse tombe malade, elle refuse les soins conjugaux : il fait ses valises et s’éclipse. Devenu comte Otto von Kern, il soustrait 3000 dollars à une nouvelle veuve de Saint-Paul en 1902. C’est ensuite un certain John Schultz qui épouse une veuve à Saint-Louis qui meurt deux mois après s’être assurée sur la vie. En 1904, il entreprend une nouvelle veuve qui tombe malade le soir même de ses noces et meurt au bout d’un mois. Quatre jours plus tard, il épouse la sœur de la victime également veuve : la semaine d’après, il s’évanouit avec ses économies. Mais cette dernière n’en reste pas là : une autopsie faite sur sa sœur décédée confirme un empoisonnement massif à l’arsenic. Dès lors, l’homme est recherché. Il tente pourtant encore – c’était sa vie – au début de 1905 et sous le nom de Henry Bartels, à Manhattan, de convoler en justes noces avec des veuves soupirantes. Mais le 30 janvier, il est arrêté et parmi ses affaires on découvre un stylo dont le réservoir contient non pas de l’encre, mais quatre grammes de la funeste poudre blanche. Il avait « épousé une cinquantaine de femmes et trucidé bon nombre d’entre elles. » Quand il entendit, en mai 1905, le verdict le condamnant à la peine capitale, il déclara tout simplement : « C’est bien fait pour moi. » Il fut pendu à la prison de Chicago le 23 février 1906.

On jurerait que cet individu a un thème fait sur mesure ! Il l’est à ce point qu’il suffit de le regarder pour éprouver l’impression immédiate que son destin funeste est décalqué sur cette figure astrale. L’analyse, d’ailleurs, en est vite faite car elle débouche aussitôt sur une image de vie stéréotypée tournant indéfiniment autour de ses quelques thèmes obsédants : mariage-veuve-mort-dépouille-suicide simulé. Le découpage en est aisé qui se résume ainsi :

Un ensemble de 14 dissonances ! Une opposition Mars-Saturne qui, avec Mars encore culminant,, garde une puissance d’angularité, à laquelle se joint l’aquatique Neptune  

 

 maître de VIII. Une opposition de Pluton en X à une conjonction Soleil-Vénus en Scorpion. Un prolongement de la première opposition par double carré à la Lune en pointe de XII, ainsi que de la seconde par double carré à l’AS. Et une liaison entre les deux oppositions par semis et sesquicarrés ! A quoi l’on peut  ajouter : dissonance des maîtres de  I et de VIII, conjonction du maître de X et du maître de VIII, etc.  Chacune de ces dissonances est autant de sources qui viennent grossir des ruisseaux en vaste fleuve de ce macabre destin. Naturellement, tous les « jumeaux astraux » détenteurs de ces noires astralités n’ont pas sombré dans une si abominable tragédie et ont pu, je l’imagine, devenir seulement veufs ou veuves plongés dans le deuil, ou bien dans d’autres épreuves, dont la maladie ; mais ce qui est révélateur ici, c’est que la seule « célébrité » de ce lot astral tombe sur un tel monstre à donner tous les frissons ! -.

Dans son cas, les quelques facteurs harmoniques de son thème, polarisés par l’écrasant ensemble dissonant, se mettent au service de cette dominante : sa conjonction Soleil-Vénus et son trigone Lune-Vénus avec son charme et son succès féminin. Et que dire surtout du  Jupiter de la Balance au FC de cet épouseur à répétition ? On aurait pu croire, a priori, que son tempérament jupitérien, avec sa santé et sa forme, eut pu être protecteur. En fait, s’il n’y a aucune configuration particulière, ni ensemble de configurations, qui « condamne » à la criminalité, il n’y en a aucune qui en préserve. D’autant qu’ici, Jupiter ne fait aucun aspect, n’étant qu’une composante « pour soi ». Tout au plus, le facteur jupitérien dominant s’intègre à l’univers criminel à sa manière. Ainsi, le Jupiter angulaire d’un DILLINGER, d’un GUIDICELLI, d’un Antoine GUERINI, est un amplificateur de puissance et donne au caïd son aspect de businessman qui, avec une note martienne, l’apparente à un P.D.G. des bas-fonds. Celui au MC d’un Dr. PETIOT situe l’angle « notable » du sujet : médecin, maire, conseiller général … dans l’équation de son univers criminel. Le Jupiter du Lion au FC opposé au Soleil d’un WEIDMANN pourrait exprimer un gigantisme d’aspirations, une aventure de grandeur qui tourna au complexe spectaculaire. Comme pour le Jupiter au lever de LANDRU, indifférant au mal, le Jupiter-Balance de ce Barbe-Bleue suggère un criminel en paix avec lui-même, sa conscience ne lui reprochant rien, installé qu’il est dans un certain confort moral, quasi-fier de sa personne. C’est le monstre à belle façade, à dignité apparente, à aplomb incroyable, jusqu’à une fierté de ses prouesses et forfaits, aussi horribles qu’ils soient.

LES   PERVERSIONS   SEXUELLES

 

Il nous faut encore poursuivre notre descente aux enfers et, au cours de ce périple aux pays des tragédies, nous passons sans transition de l’univers du crime à celui des perversions sado-masochistes, les êtres rencontrés dans ces deux sphères appartenant aux mêmes ombres de la nuit.

On sait la part que prend souvent la sexualité comme facteur sous-jacent de la criminalité. De nombreux criminels sont des personnages que des fils invisibles relient aux ténèbres de l’enfer sexuel. Dans la catégorie où l’on trouve généralement les meurtriers sadiques, les satyres et éventreurs, l’on tue irrésistiblement pour satisfaire un atroce besoin érotique. Dans un tel cas, la pulsion sexuelle est accolée à la férocité d’un monstrueux instinct agressif, destructeur : Eros se greffe sur un appétit de sauvage jouissance qui se libère dans la tornade aveuglante du rut ou dans un déchaînement impulsif d’horreur.

Dans les annales du crime de perversion sexuelle, la lignée légendaire des cas hors série, monstres surgis des abysses de la nature humaine, est bien connue, et ces phénomènes, aussi répugnants qu’ils soient, doivent hautement nous instruire.

Les informations font défaut en ce qui concerne le premier, JACK L’EVENTREUR, fantôme des nuits embrumées du quartier Whitechapel de Londres en 1888, qui égorgea et étripa sauvagement cinq prostituées, sur lequel plane un mystère contribuant à sa légende. Selon un chercheur, Tom CULLEN, auteur d’un Jack l’Eventreur (Denoël), ce sinistre individu aurait été le noyé retrouvé dans la Tamise le 2 janvier 1889, un certain Montague John DRUIT né à Wimborne, comté de Dorset, le 15 août 1857, heure inconnue. Les positions du jour présentent  un sombre point constellé avec une conjonction de Saturne (22° Cancer) à Mars (2° Lion) au carré de Pluton (6° Taureau), Vénus étant en Cancer non loin de Saturne et la Lune y étant peut-être aussi. Un climat malsain, de toute évidence. Toutefois, l’on ne saurait se fier à cette hypothèse.

Mais édifiant est le cas de Fritz HAARMANN, dit le « boucher de Hanovre », né à Hanovre le 25 octobre 1879 à 17 h 30 m, e.c. Il tua et dépeça, de 1918 à 1924, vingt-sept adolescents. Dans un numéro du Crapouillot : « Le Crime et les perversions instinctives », le Dr René Allendy le prend comme exemple de crimes cannibaliques à base d’érotisme, car il dévorait les garçons qui lui avaient d’abord servi d’objets homosexuels : « Haarmann recrutait ses victimes dans le hall de la gare de Hanovre, pendant cette trouble période de misère qui rongea l’Allemagne d’après-guerre. Il suffisait de promettre à l’un de ces crève-la-faim une situation pour que l’autre suivît aussitôt celui qui faisait la promesse. Haarmann vivait quelques jours avec ses victimes. C’était une sorte de lune de miel infâme qui se terminait un soir de rapide orgie. Au moment de l’étreinte sexuelle, Haarmann, à la façon de ces passionnées qui mordent leur amant à l’épaule, étouffait dans ses mâchoires, en les serrant à la gorge, les adolescents qu’il tenait sans défense et immobilisés sous le poids de son corps. » On ne saurait dire que son thème ne soit pas  « éloquent » : sur la toile de fond de Soleil et de Mercure en Scorpion se présente, à 1° d’orbe, une conjonction Mars-Pluton à l’AS ! Laquelle est au surplus au semi-carré de Saturne. La gorge est concernée par cette conjonction en Taureau, outre l’érotisation renforcée par un trigone de Vénus.

Avec Joseph VACHER (Beaufort, Isère, 16/11/1869, 1 h, e.c.), dit Allendy, « nous voyons le meurtre se substituer tellement à l’acte sexuel qu’il rendait ce dernier superflu dans la plupart des cas ». Ici, le couteau enfoncé dans la chair est le substitut orgasmique du pénis dans la fusion de l’instinct génésique et de l’instinct destructeur. Cet éventreur de bergers et de bergères, surnommé à l’époque le «Jack l’Eventreur du Sud-Est », a avoué onze crimes (dix de ses victimes avaient de treize à vingt ans) mais a été coupable de vingt-et-un meurtres et tentatives d’assassinat. Son thème est non moins éloquent que le précédent. Sur la toile de fond d’un Soleil et d’un Mercure en Scorpion et en opposition de Pluton (cas voisin du Landru américain) se présente une conjonction Mars-Saturne au FC et au carré de l’AS, Saturne disposant de Vénus qui est antice à Mars et celui-ci disposant d’une conjonction Lune-Neptune en VIII, en aspect de la conjonction du FC. VACHER est le type même du sombre violent, avec d’énormes sourcils qui ombragent un lourd regard et assombri encore par une barbe noire couvrant un visage osseux. Au départ de sa vie, c’est un pervers asocial, sournois, taciturne, aux impulsions dangereuses. Au régiment, il crée la terreur dans sa chambre par ses tentatives meurtrières et il s’entaille la gorge au rasoir. Après sa convalescence, il tire plusieurs coups de révolver sur une jeune fille qui refuse de se marier avec lui et se tire une balle dans la tête qui entraîne une paralysie du nerf facial et du nerf auditif. Il passe un temps à l’asile d’aliénés de Dôle pour ses idées de persécution et de suicide et son irritabilité. Sa folie ayant disparu, il est libéré le 1er avril 1894. C’est alors qu’il va mener de 1894 à 1897 une vie errante (axe III-IX et signes doubles). Il court comme un fou à travers la campagne et erre sur une partie de la France, vivant d’aumônes, de chapardage. Et il tue sur son passage, se jetant sur le premier venu, sous le coup d’un état de rage de destruction (Mars-Saturne). Il se dit lui-même enragé : « Une rage me poussait à marcher droit devant moi et à commettre mes crimes … ». Il étrangle sa victime allongée à terre, l’égorge ensuite puis l’éventre et la mutile de ses attributs sexuels, souillant les jeunes garçons. Il reconnaît avoir ressenti après chaque meurtre une sorte d’apaisement et se venta même d’avoir éprouvé un véritable soulagement à mordre quelques-unes de ses victimes. On voit là « la coalescence qui s’est opérée chez lui entre la satisfaction de la bête affamée qui tient une proie dans ses dents et la volupté érotique. » Arrêté le 4 août 1897, il sera décapité le 31 décembre 1898. Il faut croire que sa configuration était « criminologène » puisque Choisnard a mentionné l’existence d’un autre criminel qui naquit le même jour : ce « jumeau astral », qui se suicida, c’est un certain LADERMANN né ce jour-là à 11 heures à Chambéry.

Voici maintenant le monstre des monstres, Peter KURTEN, dit le « vampire de Dusseldorf », né à Mühlhelm/Rhin le 26 mai 1883 à 3 h 30 m, e.c. Celui-ci présente le pavé d’une triple conjonction Soleil-Saturne-Pluton à l’AS ! On ne’ saurait mieux faire … Plus précisément, une conjonction Saturne-Pluton à 1° d’orbe, doublement valorisée par sa conjonction à l’AS d’un côté et par sa conjonction au Soleil de l’autre ! Neptune est aussi en conjonction de l’AS. Avec en plus une Lune du Capricorne au MC, au carré de Mars en Bélier, lequel à son tour, est en conjonction de Vénus en Taureau, signe occupé par l’AS, Neptune et Pluton. L’amplificateur de ces astralités d’érotisme tragique, c’est une enfance effroyable. Aîné des garçons d’une famille nombreuse qui vit dans une seule chambre, il est témoin des intimités parentales qu’il assimile à des viols. Son père, un ivrogne brutal, condamné pour inceste avec sa fille aînée, acte dont il fut aussi témoin, terrorise sa famille ; il voit le cruel traitement que ce père infâme inflige à sa mère et lui-même est traité avec une impitoyable dureté. A huit ans, il s’enfuit de chez lui et vagabonde. A neuf ans, il provoque la noyade de deux camarades. A treize ans, il se livre à des actes sadiques sur des moutons. Il est déjà un pervers asocial. A quatorze ans, il attaque une jeune fille, lui serre la gorge et essaye de la faire céder. Il a seize ans quand il fait pour la première fois connaissance avec la prison pour vol. Il passera vingt-quatre ans de sa vie en prison, principalement pour vol, mais aussi pour incendie (on lui compte une quarantaine d’incendies criminels). A sa première sortie de prison, à dix-huit ans, il fait la connaissance d’une femme de la quarantaine, masochiste qui l’habitue à la battre et à lui serrer la gorge. Il découvre qu’il est impuissant dans l’acte normal, n’atteignant l’orgasme qu’en se déchaînant de violence sur sa partenaire. Toutes les cruautés qu’il va commettre s’expliquent par cet état. Il commet son premier crime sexuel sur une fillette endormie la veille de son trentième anniversaire (retour saturnien). Il étrangle puis égorge, sinon blesse de nombreux coups de ciseaux ou de poignard, et souvent, il boit le sang de ses victimes ! Il assouvit ses désirs dans l’ivresse du sang, la blessure béante d’une chair fraîche comme dans les lueurs d’incendie qu’il allume et le crépitement des flammes. Il reconnaît avoir perpétré ses forfaits « comme dans un état d‘ivresse ». Il sera accusé de neuf assassinats et de sept tentatives de meurtre, avec trois viols en plus. « Même sans érection, il arrivait à l’orgasme par l’agression. Et il ne connaissait pas d’excitation sexuelle plus forte que d’entendre couler et de boire le sang. » (Marie BONAPARTE). L’assouvissement de ses désirs érotiques se confondait avec la mort  de ses victimes. Il en avoua une trentaine ! Ce personnage au « visage gris et flasque » fut exécuté le 2 juillet 1931.

Il n’est pas question, ici, de se livrer à une étude générale sur la criminalité. Constatons seulement que reviennent de semblables configurations chez les criminels les plus célèbres : Pluton à l’AS en longitude (Landru, Kürten, Haarmann, Weidmann), conjonction Mars-Saturne (Vacher, l’hypothétique Jack l’éventreur, Luciano et Génovèse), conjonction Mars-Pluton (Haarmann, Petiot) … Ce trio astral présente l’éventail des tendances destructives où le duo Mars-Pluton assemble les agressivités orale et anale, et où Saturne, délivré de ses inhibitions, libère la sauvagerie d’un retour au primitif.

En marge de ces horreurs aux configurations  abominables se présente un cas particulier aux moindres dissonances et qui, pourtant, n’en a pas moins hérité d’une légende de « Barbe bleue » avec sa main sanglante devenue un objet d’effroi pour ses six épouses. Il s’agit de HENRI VIII d’Angleterre (Greenwich, 28 juin 1491, 8 h 45, tiré de l’acte de naissance par Martin Harvey). Bien sûr, outre que sa Vénus est au MC, c’est une Lune du Bélier qui est en VIII, carré à un Soleil du Cancer opposé à Uranus, avec Mars de la Vierge (à la limite d’orbe de l’opposition lunaire) au double carré d’une opposition Jupiter-Neptune comme, ainsi que Pluton à une opposition Mercure-Saturne Certes, on n’avait pas lieu d’en attendre autant, mais d’un souverain à qui tout était permis  …

Naturellement, et heureusement, les ultra-dissonances relevées antérieurement peuvent aussi diversement se socialiser. La chirurgie est une sublimation martienne héroïque, à l’instar de la conjonction Soleil-Mars du Scorpion très soutenue de Xavier-François BICHAT (Thoirette, Jura, 11 novembre 1771) qui a passé sa vie à la vivisection (600 autopsies) jusqu’à mourir d’empoisonnement cadavérique. A la guerre, la conjonction Mars-Pluton à l’AS du général MAC-ARTHUR (Little Rock, 26 janvier 1880, 10 h 13, Rodden) a fait merveille, à la limite du jusqu’auboutiste qui, en Corée, faillit conduire le monde à une troisième guerre mondiale. De même que celle de Werner Von BRAUN (Wirsitz, 23 mars 1912,10h) en Gémeaux, avec le mouvant Mercure en Bélier en compagnie du Soleil, convient au créateur des terribles V 2 de la Seconde Guerre mondiale.  Tout autant mais différemment, chez HITLER, Vénus maîtresse de l’AS et du Soleil sur son carré Mars-Saturne-MC sur fond de conjonction Neptune-Pluton en VIII, témoigne de l’‘appétit de dévastation et de carnage qui l’habitait, en précipitant le monde dans la Seconde Guerre mondiale. Mais le même courant peut aussi emprunter une autre voie : la pure névrose obsessionnelle en laquelle l’être  concocte son crime en imagination par substitution de  quelque cérémonial expiatoire destiné à conjurer un malheur, une faute ou une culpabilité morbide angoissante..

Ainsii apparaît le cas éloquent de Charles BAUDELAIRE (Paris, 9/04/1821, 15 h. e.c.) dont une plante-squelette est le frontispice de  couverture de la première édition de ses Fleurs du mal. On a déjà stigmatisé son thème comme un « cimetière intérieur » en raison de l’occupation du secteur VIII par sept astres dont une quadruple conjonction Mercure (maître d’AS)-Vénus-Mars-Pluton, accolée à une conjonction Soleil-Saturne carré à la Lune ! Dans L’Echec de Baudelaire (Denoël & Steele), le psychanalyste René Laforgue n’a pas craint de dire : « Il y a évidemment une différence énorme entre la symptomatologie du cas de Baudelaire et celle d’un vampire criminel réel (celui de Dusseldorf), mais le problème affectif peut, dans les deux cas, être exactement le même. D’autant que la distillation de ses vers relève de la pointe sèche du burin. Baudelaire, pour commettre, pour réaliser ses crimes, disposait du vaste champ de son imagination, voire même de sa poésie.(…). Mais que serait-il devenu sans cette soupape de sûreté ? ». Son histoire psychologique a pu être reconstituée. Il a cinq ans lorsque meurt son père et l’enfant paraît avoir établi «  un lien entre la disparition de ce père et ses propres désirs tendant au châtiment du rival (…) dans la culpabilité du désir sexuel, du fait d’un excessif attachement à la mère (Lune-Cancer), lequel se renversera en haine lorsque celle-ci se remariera deux ans plus tard.  Depuis cet accident premier de la vie (conjonction Soleil-Saturne en VIII carré à la Lune-Cancer), l’amour de la femme est lié à l’idée d’un meurtre : il est inconsciemment associé au meurtre du père, une résonance de danger s’attachant à sa virilité. C’est cette association profonde amour-crime qui devient un facteur dominant d’érotisation du mal : attrait de l’amour noir, du maudit, de l’abject, du macabre, de l’horrible, voire de la nécrophilie. Laforgue déclare : « Tout ce qui est sexuel est refoulé comme une sorte de crime.(…) « Nous voyons dans son œuvre à plusieurs reprises la représentation du meurtre substituée à l’image de l’amour. » Baudelaire déclare lui-même : « La volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l’homme et la femme savent, de naissance, que dans le mal se trouve toute volupté. » (…) « L’amour ressemblait fort à une torture ou à une opération chirurgicale … ». Ce « climat » est là qui donne la tonalité à son œuvre : « La Destruction », « Une Martyre », « Les Métamorphoses du Vampire » … Rappelons quelques strophes du poème « Les Deux Bonnes Sœurs :

La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,

Tombeaux et lunapars montrent sous leurs charmilles

Un lit que le remords n’a jamais fréquenté.

Et la bière et l’alcôve en blasphèmes fécondes

Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs,

De terribles plaisirs et d’affreuses douceurs,

Quand veux-tu m’enterrer, Débauche aux bras immondes ?

O Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits,

Sur ses myrtes infects enter les noirs cyprès ?

« Une charogne » nous montre « la décomposition qu’est l’amour pour Baudelaire, la décomposition qu’est la « mère » rongée par les larves (…) l’orgasme de l’anéantissement total de l’un dans l’autre. » (Laforgue). Dans « A une Madone », il se libère :

Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,

Bourreau plein de remords, je ferai sept couteaux

Bien effilés, et, comme un jongleur insensible,

Prenant le plus profond de ton amour pour cible,

Je les planterai tous dans ton Cœur pantelant,

Dans ton Cœur sanglotant, dans ton Cœur ruisselant !

A la belle qui l’inspire, il envoie ce poème :

                        Ainsi, je voudrais, une nuit,

                        Quand l’heure des voluptés sonne,

                        Vers les trésors de ta personne,

                        Comme un lâche, rampant sans bruit.

                        Pour châtier ta chair joyeuse,

                        Pour meurtrir ton sein pardonné,

                        Et faire à ton flanc étonné,

                        Une blessure large et creuse.

                        Et, vertigineuse douceur !

                        A travers ces lèvres nouvelles,

                        Plus éclatantes et plus belles,

                        T’infuser mon venin, ma sœur !

Grâce à cet exutoire esthétique, Baudelaire échappe à une tragédie, « se contentant » de chercher et d’atteindre la déchéance et le néant au fond de son verre d’alcool, dans l’opium et le haschisch, avec aussi sa Vénus noire Jeanne DUVAL, outre la syphilis contractée avant vingt ans qui l’emportera prématurément. Il avait prix conscience de son sadisme après avoir vu fouetter publiquement une noire mauritienne au cours d’un voyage. Cette scène de flagellation réveilla ses pulsions endormies de l’enfance, quand il haïssait la mère infidèle. En marge de ses « madones », Marie DAUBRUN et Apollonie SABATIER, devant lesquelles il fuit érotiquement en se donnant l’illusion du grand amour, il n’a de vie amoureuse que l’enfer de la prostituée et de Jeanne DUVAL. « Quelles exigences charnelles exactes lui imposait sa sexualité perverse ? (…) Quelles flagellations ou quels simulacres de flagellation, infligées ou subies, se passaient dans l’alcôve de Jeanne ? Ou bien des fantasmes sadiques, précédant et accompagnant l’acte, suffisaient-ils à le permettre ? » se demande à son propos Marie BONAPARTE : « La Mauritienne fouettée ne fut que le chaînon noir permettant à la perversion primitive du poète de passer de la mère claire de son enfance à la chair sombre de Jeanne Duval .»

U N     S A D I Q U E

Le 10 octobre 1933, Michel H., fils d’un Procureur de la République, né à Lorient le 18 septembre 1910 à 21 h (e.c.), épousait Georgette D. née à Noyon, Oise, le 26 novembre 1914 à 1 h (e.c.). Sept mois après le mariage, le 8 mai 1934, la jeune femme était trouvée sauvagement assassinée à coup de tisonnier et de six coups de carabine.

Mariage calamiteux conclu par petites annonces de deux êtres disgracieux, garçon plus ou moins dégénéré et pauvre fille quelque peu handicapée. Cette dernière portait en elle une certaine tristesse, et à sa mélancolie allant se succéder une victime masochiste. A sa naissance dominait un coucher de Lune en Poissons au carré d’une conjonction Saturne-Pluton à la culmination, outre que Mercure en Scorpion maître d’AS et du MC faisait un carré à Jupiter-Uranus. Celui à qui elle s’unissait lui renvoyait la balle d’un pur sadique. Chez lui, les trois symboles de la vie affective étaient touchés. Une constellation par excellence du sadisme est la conjonction Soleil-Mars en Vierge au carré de Pluton. J’ai déjà dit ce qu’il fallait penser de Mars en Vierge comme produit pur de défoulement du stade « sado-anal »,  le signe étant « scorpionisé » par l’astre comme Saturne  en Scorpion s’y trouve  « virginisé ». Et tendis que cette conjonction martienne tombe sur l’AS de sa victime, leurs Lune des Poissons se superposent, la sienne tombant à l’opposition de cette conjonction. Outre que Vénus est frappée des semi-carrés et sesquicarrés d’une opposition Uranus-Neptune, trio au surplus en dissonance de l’AS. Bref, tout y est...

Que ce sadisme en ait fait le monstre que nous allons découvrir s’explique par l’abdication éducative d’un père faible et absent et par l’excessive complaisance d’une mère. Michel est un enfant maladif, sournois, inquiétant, qui aime s’isoler dans les bois entourant la demeure familiale. A sept ans, il pose des collets et à huit ans il exige un fusil que sa mère lui accorde. Dès lors, il est emporté par une frénésie de cruauté ; il pourchasse tout ce qui est à portée de sa carabine : chiens, chats, hérissons, oiseaux qu’il martyrise. A l’école, timide, moqué, il ne fait rien : ce pervers n’aime que la chasse. Réformé du service militaire, il reprend sa vie oisive et sauvage, torturant les animaux ; et plus tard, il se livrera à un grand massacre de goélands, cormorans, mouettes … en une rage destructive s’exaspérant en éclats de rire !

Voilà l’homme, maintenant, avec son épouse : aussitôt, c’est elle qui devient son souffre-douleur. Nous connaissons le calvaire de ce couple par les lettres douloureuses que la petite paysanne fait parvenir à sa sœur, où la malheureuse exprime sa détresse et sa peur devant un mari démoniaque qui la terrorise. Témoin ce témoignage émouvant :

Lorient, 16 octobre. Il y a maintenant six jours que nous sommes mariés. Michel est rudement embêtant. Il m’embrasse constamment parce qu’il sait que je n’aime pas ça. En plus, il me lèche. Mais ce qu’il sait que j’aimerais, il ne le fait pas. (…) Il est méchant. Hier, il m’a fait tomber au bas de mon lit sur les pavés. Il m’avait léché. Il m’a mouillé les cheveux. Il m’a dit que le jour où il verrait un homme m’embrasser, il prendrait un fouet à chien et me rosserait jusqu’au sang en me tenant par les cheveux.

Fort du Loch, 19 octobre. Neuf jours de mariage. Nous voici installés. Ce soir Michel m’a battue. Il m’a pincée. S’il avait pu me déchirer la peau, il l’aurait fait. Il regrettait de ne pas avoir de fouet. Qu’il était en colère, il grondait de rage. Il m’avait prise aux épaules. Il avait pris une épingle et me piquait.

Quatrième lettre. Il m’a batture encore. Il me tuera un jour avec sa carabine. Il me l’a dit hier dans la soirée après une dispute. Il m’a fait sortir sur la grève et m’a enlevé ma robe, ma culotte, mes bas et mes souliers. Lorsque j’ai été toute nue, il m’a battue de nouveau. Il riait et moi j’ai dû rester comme ça. Toujours il me dit qu’il me tuera.

Autre lettre : Il a trouvé une lettre que je t’écrivais. J’ai eu peur et me suis cachée. Il m’a retrouvée et m’a écrasé des coquilles sur la figure et m’a enfoncé du sable dans la bouche.

1er janvier 1934. Il veut mes quatre sous. Il veut que je lui signe des tas de papiers et que je fasse mon testament. Mais je n’ai pas envie de mourir. « Je ne tape sans doute pas assez, me dit Michel. Je devrais prendre un bâton et une cravache. »

2 mars. . Michel a demandé à des messieurs des renseignements sur l’assurance-vie (…) Il m’a dit qu’à ma mort il recevrait deux-cent mille francs. Cela fait que de cette façon, il ne lui restera plus qu’à me tuer en me jetant à la mer.

 

L E     S A D O – M A S O C H I S M E

Avant de revenir au problème du sadisme, arrêtons-nous quelque peu au thème du « vampire » : le fil de l’histoire sous le signe de l’union de l’érotisme et de l’agressivité passe en effet en une culmination de l’horreur avec la nécrophilie.

Ses manifestations vécues sont relativement rares. Deux cas sont toutefois bien connus. Le plus célèbre est celui du sergent BERTRAND qui justifie l’illustration que nous lui donnons en fin de ce chapitre.

L’autre est celui que l’on a appelé le « vampire de Muy ». Il s’agit d’un Victor ARDISSON né dans ce pays du Var le 5 septembre 1872 à 9 heure, e.c.. En regardant son thème qui pointe un AS à 23° de la Balance, on est tenté de donner un coup de pouce d’une demi-heure à la pendule pour lui coller un AS-Scorpion. Laissons-le là où on le trouve et estimons-nous satisfaits de le voir naître,  de toute façon, au lever de la Lune au carré de Saturne près du FC, avec Neptune au coucher. Signature convenant parfaitement au personnage : un petit grassouillet lunaire, doux, mélancolique et renfermé, abandonné par sa mère tout petit, couchant dans le même lit que son père, même lorsque celui-ci reçoit ses maîtresses de passage … C’est un infantile doublé d’un débile mental, considéré un peu comme l’idiot du village ; ce qui va si bien au trio luni-saturno-neptunien dissonant. Aidant son père dans son travail de fossoyeur, le cimetière devient vite le refuge de son érotisme. Faute de s’adresser à une plus ou moins inaccessible vivante, il fait l’hyène. Quand il apprend qu’une jeune fille ou une femme est tombée malade dans le pays, il attend qu’elle trépasse. Le soir de chaque enterrement, il déterre la morte, l’embrasse, la caresse, la suce, la prend. Il lui parle affectueusement comme si elle était encore vivante, non sans tendresse. Finalement, on trouvera dans son grenier le cadavre d’une « fiancée » qu’il avait ramené du cimetière et avec lequel il vivait : le corps en état de putréfaction avancée et à l’odeur pestilentielle d’une enfant de quatre ans …

La dominante dissonée luni-saturno-neptunienne n’est là que pour dégager dans toute sa grisaille le pauvre être informe, à la merci de n’importe quoi, qui vivra sans remords ni horreur de sa nécrophilie. Quant à celle-ci, il faut la chercher en pleine composante « anale », révélée non seulement par le Scorpion mais par la Vierge où se présente le trio Soleil-Mercure-Vénus. C’est un cas flagrant d’inversion de la donnée virginienne en valeur scorpionesque. En grande partie parce que Vénus, maîtresse de l’AS et de la Lune, est en aspect de Pluton-Taureau en pointe de VIII, et surtout que Mars est en conjonction d’Uranus près du MC, l’innocent ne se livrant pas moins au pire ….

La nécrophilie est considérée comme une variante du sadisme par l’association de l’amour et du meurtre. Le sadique tue pour son compte, pour imiter son fantasme ; passif et inhibé, le nécrophile se contente de la victime déjà tuée, le cadavre faisant l’économie du crime. Il n’est pas étonnant que la Lune se lève chez ArRDISSON et culmine chez le sergent BERTRAND : il y a en eux du lunaire au nocturne  climat  d’exaltation funèbre, l’ intimidé se glissant auprès de l’objet féminin sans défense.

Si les cas vécus de nécrophilie sont rarissimes, plus fréquents sont les simples fantasmes qui s’en rapprochent. Nous avons vu le cas d’Edgar POE, si près de les incarner dans l’amour de la chair au bord de la tombe, et celui assez proche de BAUDELAIRE. Parmi d’autres, citons encore Heinrich von KLEIST (opposition Lune-MC à Saturne du Scorpion au FC, en conjonction de Soleil-Mercure maître de I, eux-même au carré de Pluton, avec Vénus en Vierge au carré de Mars : visage rond, poupin, impubère ; se refusant toute vie sexuelle, et volupté de la mort avec « La Marquise von O » et son suicide à deux. A la limite, d’une façon effleurée, Victor HUGO (AS-Scorpion et conjonction Soleil-Vénus-Pluton) et son « Quasimodo » qui se glisse dans la fosse d’  Esmeralda pour assouvir sur le cadavre de la suppliciée la passion qu’il avait éprouvée pour la danseuse vivante. Mais bien différemment avec le peintre Scorpion Clovis TROUILLE :  Pluton au MC et Mars de la Vierge à l’AS., champion toutes catégories de la profanation mêlant le sexe, la mort et le sacré : Mes Funérailles où l’érotisme funèbre se fond sur l’image d’un catafalque où, au pied du cercueil , est agenouillée une femme nue au postérieur épanoui. Et surtout Mon Caveau : scène qui se passe dans un cimetière la nuit, cercueils et caveau ouvert, avec des nudités féminines à la chair que lustre le clair de lune, en compagnie de capucins, encapuchonnés avec cordelière à noeuds, l’un enlaçant une femme en pâmoison sur la dalle d’une tombe, l’autre un martinet à la main, un troisième, le livre saint délaissé, étreignant une morte en étant voyeur d’une exhibitionniste au sexe que cache une chauve-souris … Sans oublier le « vampire » lui-même, son incarnation en Dracula avec Bram STOCKER : chez lui, les deux luminaires sont en Scorpion et en opposition de Mars en Taureau : les longues canines et la succion du sang, le baiser de la mort. Et l’on saute du bourreau à la victime avec le peintre norvégien Edvard MUNCH et sa Vénus du Scorpion en opposition de Pluton qu’accompagne une Lune du Capricorne au carré de Saturne ; marqué par la mort de sa mère phtisique à cinq ans puis celle de sa sœur aînée : « La maladie, la folie, la mort sont les anges noirs qui ont veillé sur mon berceau et m’ont accompagné toute ma vie. » Son obsession est le thème du baiser et de la mort : amour et mort ont un même visage, de même qu’il superpose virginité et souillure, la femme n’en incarnant pas moins à ses yeux un vampire (Lune semi-carré Mars en Scorpion).

Du lien qui unit l’amour à la mort sous ses formes multiples au « simple » sado-masochisme qui enchaîne l’amour à la souffrance ou au mal, la parenté psychique est discernable dans la graduation qui va de l’amour anéantissement à l’amour qui se limite à blesser, humilier, dégrader, avilir, mortifier ; soit activement en infligeant le mal, soit passivement en tentant de le subir, le sadisme, bourreau des cœurs, étant une ébauche de meurtre, et le masochisme se vivant comme une manière de « mourir à petit feu », sorte de consentement à se détruire.

Pensons au poison moral des « Liaisons dangereuses » de l’avilissant CHODERLOS de LACLOS (Amiens, 18/10/1741) qui déshonore l’amour, avec triple conjonction Mercure-Mars-Pluton en compagnie de Vénus en Scorpion, sous carré de Saturne du Lion, Vénus étant aussi au semi-carré d’Uranus. Du côté du venin reçu, voyons Henri HEINE (Dusseldorf, 13/12/1797,, 15 h, souvenir de la sœur) dont la Vénus du Verseau au MC est au carré d’une Mars-Neptune du Scorpion au double semi-carré du Soleil en VII : « Je suis condamné à n’aimer que ce qu’il y a de plus bas, de plus insensé . » (…) Tu me demandes, enfant, ce que c’est l’amour : une étoile sur un fumier. ». Et Ivan TOURGUENEV (Orel, 9/10/1818, 12 h, autobiograhie) à triple conjonction Soleil-Mercure-Mars en Scorpion en dissonance d’un carré de conjonction Vénus-Neptune à Pluton, outre une Lune en Bélier. On connaît sa lamentable histoire de chien battu avec Pauline VIARDOT : « Je ne suis heureux que lorsqu’une femme met son talon sur mon cou et m’enfonce le visage dans la boue. » Tout cela est psychologiquement, en atténué certes, mais de la même famille que le terrible Marc DUTROUX (Ixelles-Bruxelles, 6/11/1956, 7 h 35, e.c.), monstrueux auteur de viols, séquestrations et meurtres de fillettes et adolescentes abominablement séquestrées, avec sa conjonction AS-Soleil-Mercure maître de VIII en Scorpion et Pluton au MC au carré de Saturne en I. Un comble de l’horreur là aussi.

Comme la chaîne d’une beauté qui se corrompt et finit par s’enlaidir, le passage en dissonance de Vénus à un Mars du Scorpion, par exemple, mêle l’arôme de la rose à la puanteur de l’âcre odeur du sang, la caresse devenant ici morsure, basculement d’un Eden en un jardin des supplices. Le sado-masochisme est le produit d’un accouplement de l’un ou l’autre du trio Soleil-Lune-Vénus au trio Mars/Pluton teinté de Saturne-Neptune, la composante Mars-Pluton étant sadique et la Saturne-Neptune masochiste, les deux premiers ayant besoin des deux autres. Uranus- intervient occasionnellement en renfort de sadisme. Avec la tonalité masochiste de Neptune. il en est aussi des Poissons eux-mêmes, tout comme, de l’autre bord, du Scorpion avec le duo Mars-Pluton. Remontons à la source en relevant les aberrations de l’affectivité des auteurs dont les noms sont devenus formules.

Le marquis de SADE est né à Paris le 2 juin 1740 ; mes recherches d’heure de naissance ont été vaines (méfiez-vous de ceux qui vous en donnent une, naturellement sans source) ce qui est dommage. Je jurerais que ce soit vers les cinq heures du soir avec Pluton du Scorpion à l’AS accompagné d’une inflationniste conjonction Soleil-Jupiter en érotique secteur VIII, mais n’insistons pas. Les configurations du milieu de la journée sont déjà éloquentes, car les trois facteurs sont étroitement liés entre eux par dissonances ; le Soleil 11° Gémeaux carré Lune (11°) Vierge et, au centre, Vénus à 27° du Cancer, au double semi-carré des luminaires. C’est cette Vénus qui « tombe » précisément sur un carré Mars-Saturne, en ramification des luminaires : en conjonction de Saturne à 22° du Cancer et au carré de Mars à 25° du Bélier.

Je n’insisterai pas sur le cas de l’auteur de « Justine » dont les œuvres, sous le signe de l’érotisation des fessées et autres cruauté bien connues. Sade devait être surtout un imaginatif se soulageant avec sa plume, en bon Gémeaux lunarisé ; avec une Lune maîtresse de la conjonction Vénus-Saturne du Cancer et probablement à la culmination, mais il vivait en partie son sadisme et on lui impute même – gémellité - la manie de blesser les prostituées qu’il fréquentait et de penser ensuite lleurs plaies.

Impossible également d’avoir l’heure natale de Sacher MASOCH, né à Lemberg en Galicie le 29 janvier 1836. Faut-il se fier à tel biographe précisant que son père aurait appris sa naissance alors qu’il se faisait raser chez son coiffeur, ce qui pourrait  être  dans la matinée, à une heure voisine d’un lever de Vénus et d’un passage de la Lune au méridien ? Peu importe, retenons les données du milieu de la journée. A l’extrême limite d’orbe, nous avons encore un carré Mars-Saturne et qui touche les deux luminaires : Saturne à 5° du Scorpion (il serait alors si bien placé en VIII) est au carré du Soleil à 8° du Verseau et au sesquicarré de la Lune, vers 20° des Gémeaux, elle-même en sesquicarré du Soleil. Celui-ci est doublement conjoint à Neptune (3° Verseau) et à Mars (28° Capricorne), faisant jouer directement le carré Mars-Saturne, tandis que Vénus à 6° des Poissons est conjointe à Uranus à 29° du Verseau. Tableau général de circonstance …

La jouissance de s’humilier et de s’anéantir dans l’amour … Sa vie et son œuvre sont entièrement vouées au masochisme. Sa nourrice lui donna, enfant, le goût de la cruauté en lui racontant des légendes remplies de tsars et tsarines sanguinaires où c’était toujours la femme qui torturait et tuait le mâle. Toute sa vie, il va chercher à se faire cruellement souffrir par la femme aimée. Il demandait à sa maîtresse un « contrat » qu’il signait avec elle. A chaque infraction des conventions établies,. (…) Et «  la maîtresse pourra punir selon son bon plaisir son esclave. Bref, le sujet obéira à sa souveraine avec une soumission servile. Il ne fera valoir aucune prétention à son amour, ni aucun droit à être son amant lle s’engage à porter des fourrures aussi souvent que possible, et surtout lorsqu’elle sera cruelle. » etc. Marié, il amène sa femme à le maltraiter moralement et corporellement, obéissant à un contrat draconien «  d’esclave gisant dans la poussière », devant « baiser sans murmurer le pied qui vous aura foulé » … Son œuvre, des centaines de contes et romans, est fixée une fois pour toutes, le sujet étant invariablement le même : un homme devient, par amour d’une femme, l’objet des pires humiliations et subit les cruautés les plus savantes. La femme est toujours du même type : belle, hautaine, autoritaire, cruelle, enveloppée de fourrures et armée, dans les cas les plus bénins, d’un fouet. Le chef-d’œuvre de sa littérature est représenté par la fameuse « Vénus aux fourrures » : non seulement l’amoureux se fait domestique-esclave, puni à répétition, mais encore, sa belle prend un amant qui, à son tour, devient son maître, usant du fouet. Selon les psychanalystes, Sacher MASOCH est marqué par l’émotion d’un épisode survenu lorsqu’il avait huit ans : il découvre en secret une scène d’adultère de sa tante qui, surprise, bat son époux en présence de l’amant ; lui-même est découvert à son tour et subit comme son oncle une correction. Cet événement est, dit-il lui-même,  gravé « avec un fer ardent », et toute sa vie amoureuse consiste à revivre et reproduire cette scène traumatique. Pendant des années, il lutte pour obtenir de sa femme qu’elle prenne un amant. Quand, enfin, satisfaction lui est donnée, il s’arrange pour réaliser des scènes décrites dans « La Vénus aux fourrures » : assister derrière une porte aux ébats amoureux de sa femme et de son amant, ensuite se faire injurier et battre par celui-ci ! Ceci dans un décor dominé par des éléments fétichistes : fourrures, bottes, fouets …

En marge de ce cas exemplaire, une pure configuration de masochisme, cette fois chez la femme et sous l’aspect de victime diabolisée, est la Vénus des Poissons à l’opposition d’une conjonction Saturne-Pluton, axe recevant par ailleurs les dissonances d’un carré Soleil-Lune  de Lucrèce BORGIA (Rome, 18 avril 1480, sans heure connue). Certes, sa légèreté la desservit, mais elle fut meurtrie, proie des turpitudes et crimes de sa sombre famille.

Articulation de deux composantes complémentaires, le sado-masochisme est une dialectique, l’un n’allant pas sans l’autre. Si l’une est dominante, manifeste au grand jour, l’autre demeure latente, dans l’ombre ; elle peut le rester, mais aussi prendre le dessus, rapport d’activité à passivité, de contrainte à soumission. C’est le sentiment de culpabilité qui infléchit la tendance sadique en masochisme, l’agressivité se retournant contre soi, comme si le sujet se traitait de manière agressive ainsi qu’il aurait traité l’objet s’il avait pu le faire.

Il n’est donc pas étonnant de rencontrer des cas chez lesquels se produit un renversement radical d’un pôle à l’autre. Un exemple typique est celui de Guy TREBERT né à Laval le 15/ 07/1933 à 22 h 15 m. e.c. Chez lui, d’une part, Vénus avec Mercure à 14°-15° du Lion sont en opposition de Saturne à 14° du Verseau, et, d’autre part, le Soleil et Pluton sont conjoints à 22°-23° du Cancer, tandis que la Lune qui en est maîtresse, à 8° du Taureau, sort de la conjonction d’Uranus à 27° du Bélier, Neptune de son côté étant en opposition quasi-exacte avec l’As en Poissons. Sa vie commence par une enfance qui saute d’une atmosphère ouatée à la frustration d’un internat, suivie du foyer d’un père coléreux et tyrannique. Devenu jeune homme, il se découvre masochiste. Il a recours à la prostituée pour se faire frapper, traiter en esclave ; il demande que celle-ci couche avec un autre homme devant lui, exige qu’elle l’attache, le frappe, lui lie les bourses, lui fasse mal jusqu’à l’évanouissement. Puis, la femme qu’il hait au fond de lui-même, il aspire à l’entraîner le soir dans la forêt de Saint-Germain, et ce qu’il éprouve est le besoin de se venger. A plusieurs reprises, il tente de massacrer sa conquête de fortune. Après plusieurs tentatives, le 4 avril 1959, il étrangle et mutile affreusement Arlette DONIER (voir liste des victimes de « L’amour qui tue ») dans une fureur de fou sadique.

Faut-il s’étonner qu’il n’existe pas de frontières astrologiques  bien tracées entre le sadisme et le masochisme ? Ici, la nourrice de Sacher MASOCH joue un rôle bien plus déterminant que le rapport planétaire entre son pôle sadique et son pôle masochiste : tout au plus distille-t-elle son poison dans le pavillon d’une oreille idéalement moulée pour le recevoir, mais, pour nous, il y a confusion possible entre le bourreau et la victime, comme il en est entre la perversion et la névrose. C’est selon le vécu de l’enfance.

Là ne s’arrête pas la limite de notre investigation, car celle-ci ne permet pas non plus de savoir si la composante de l’une ou l’autre se contente d’un exutoire imaginaire ou si elle descend véritablement sur le terrain de l’existence. Il semble bien n’y avoir aucune différence astrologique entre les simples fantasmes de dépravation d’auteurs licencieux, dilettantes du sang purement imaginaires, et les émules du « divin marquis » qui s’abandonnent aux jeux cruels et raffinements barbares du martinet, ou autres fétichistes du cuir pour qui rien ne vaut de tomber sous les coups de fouet bien réels de l’amazone gantée et bottée … Un spécialiste de la pathologie sexuelle a reconnu qu’ « entre le dégénéré sadique qui en imagination fouette et cingle les femmes jusqu’au sang, et celui qui les mutile, les éventre et les souille, il n’existe qu’une différence de transition et de degré. » L’imaginaire s’inscrit en réel intérieur qui équivaut à la réalité extérieure.

Enfin, il faut encore ajouter qu’en face de nos deux mêmes composantes, le thème ne livre pas précisément s’il s’agit d’un vécu érotique ou purement moral. On sait que le masochisme moral est une disposition à souffrir du cœur, à subir de mauvais traitements affectifs ou à se trouver dans des situations douloureuses, l’amour apportant plus de peine que de joie. Ici, le masochiste ignore généralement que quelque chose au fond de son être lui attire les coups du destin dont il se plaint, mais qu’il semble obscurément appeler, comme le tropisme de la plante sous le soleil. Il n’est pas difficile d ‘identifier ce masochisme non érogène dans la vie amoureuse de bien des personnages : BERLIOZ (carré Vénus-Saturne), CHOPIN (conjonction Saturne-Neptune carré Soleil-Poissons), MUSSET (Saturne conjonction Soleil et opposition Lune), VIGNY (Saturne carré Vénus-Poissons) … L’érotisation, quant à elle, se prononce davantage quant interviennent Pluton, le Scorpion et le secteur VIII. La planète qui siège en celui-ci contribue à l’expression de sa sexualité. Une Lune dissonée peut fixer celle-ci à un stade infantile ou l’embuer de fantasmes, comme un Mercure ne pas la dégager de sa manipulation adolescente ; et, naturellement, un Saturne dissonant en VIII n’est pas sans se manifester par de la frigidité et de l’impuissance, tandis qu’un Soleil harmonique en valorise tout le pouvoir, attrait érotique de la femme comprise..

LE SERGENT BERTRAND NECROPHILE

Nous savons pourquoi il est précieux de faire de l’astrologie « au sommet » en s’adressant aux cas ultimes : c’est au niveau supérieur de l’étoile de première grandeur qu’on rencontre les configurations exemplaires, ce qui nous rappelle les bilans statistiques  Gauquelin sur les groupes professionnels où président les sommités aux angularités. Nous en avons un modèle spécial avec le fameux sergent Bertrand pour la nécrophilie

 Que cet ultime nécrophile, né à Voisey, Haute-Marne, le 29 octobre 1823 à 9 heures, e.c., présente déjà le couple AS-Soleil en Scorpion est, en soi, une confortable entrée en matière. Mais encore, ajoutez-y la suite et vous aurez un tableau assez éblouissant d’une dominante agressive-anale. Voyez plutôt : Pluton est aussitôt de la partie et largement en tête, puisque ce maître d’AS et du Soleil commence son passage au méridien et fait trigone à cet AS. Et une fois de plus, on trouve une opposition Vénus-Pluton posant en face-à-face l’amour et la mort. Derrière cet astre se positionnent Saturne qui vient de se coucher et Mars qui vient de culminer. Plus précisément s’agit-il d’une conjonction de la maîtresse de VIII, la Lune, avec Mars en Vierge (pleine analité libérée). On peut encore ajouter que Jupiter, maître de I, est en VIII, affectant Vénus  en dissonance également d’Uranus-Neptune !

Le 11 juillet 1849, le Conseil de guerre de Paris juge un jeune sous-officier au visage fin et efféminé, bien que portant une moustache et une barbiche taillée avec soin. Il est accusé de violation de sépultures et de mutilation d’une vingtaine de cadavres, forfaits accomplis entre le 25 février 1847 et la nuit du 15 au 16 mars 1849 où, son uniforme transpercé de projectiles, il s’est fait recevoir à l’hôpital du Val-de-Grâce, victime d’une machine infernale au cimetière de Montparnasse, les mains présentant des ongles usés et incrustés de terre, à force de creuser dans les tombes (il n’y avait pas mieux qu’un Pluton au FC pour vivre pareille chose).

L’histoire psychologique de cet amant des mortes n’a pas été traitée. On sait seulement qu’un érotisme exacerbé pointe en lui autour de ses huit ans, que suscite la seule vue d’un vêtement féminin et que, déjà, il ne peut dissocier l’image d’un corps de celle de la mort.

Empruntons quelques passages du texte que lui a consacré Marcel Montaron dans son « Histoire des crimes sexuels » (Plon). « Tout d’abord, il avait cherché son plaisir en retirant du canal des bêtes noyées ou en capturant pour les tuer et les mutiler, des chiens errants. L’idée de déterrer des cadavres humains lui était venue plus tard alors qu’il était soldat à Tours.

 Il était entré dans un cimetière. Une personne y avait été enterrée la veille. Surpris par la pluie, les fossoyeurs n’avaient pas entièrement rebouché la fosse et avaient laissé leurs outils à l’abandon. A cette vue, il s’était senti saisi d’un étrange malaise : des douleurs dans la tête accompagnées de violents battements de cœur. Il s’était emparé d’une pelle, avait exhumé le corps de la défunte et s’était mis à la frapper avec une rage inexplicable.

Quatre mois s’écoulèrent après ce dernier attentat. Il croyait être délivré de son incroyable folie lorsque, revenu à Paris, il était aller flâner au Père-Lachaise. Les allées ombragées du vaste enclos le fascinèrent. Il n’eut plus qu’un désir, y retourner la nuit, en escaladant le mur de clôture.

Le cadavre qu’il exhuma de la fosse commune était celui d’une femme d’une quarantaine d’années. Il se souvenait qu’il s’était limité à lui ouvrir le ventre, mais que pendant quinze jours, chaque so(…) Deux jours après, la même folie l’avait poussé à revenir dans ce cimetière. Non plus de jour mais de nuit. (…) C’est avec ses mains que cette fois il avait creusé la fosse et qu’il l’avait rebouchée, après s’être acharné sur la pauvre dépouille.

ir, il avait cédé à la même obsession. Sa seule volupté était de s’agenouiller près des corps qu’il déterrait et de contenter son désir.

(…) Ce fut à Douai que, pour la première fois, sa macabre folie prit un caractère érotique. Il avouait s’être comporté « comme un amant passionné ». Puis son plaisir s’était mué en une sorte de fureur démentielle. Il s’était mis à mutiler le corps inanimé qu’il venait d’étreindre.

Le « mal » le reprit plus violent que jamais lorsque son régiment occupa le camp d’Ivry. Il sortait toutes les nuits. Pendant des mois, les profanations se succédèrent. Il ne parvenait même plus à se souvenir de toutes celles qu’il avait déterrées et dont il avait arraché les entrailles comme pour les châtier de leurs
maléfices … ».

En fin de compte, nous voyons le sergent Bertrand se livrer à une conduite sadique sur les cadavres : il mutile, éventre, incise de haut en bas au sabre, au poignard, au couteau ou au canif, d’une fillette de sept ans à deux femmes de soixante ans. Il avouera son commerce sexuel qui n’est venu qu’assez longtemps après la première mutilation. Mais, laissons notre personnage s’expliquer lui-même devant ses juges :

Quand je m’introduisais dans un cimetière, c’était une rage, une folie qui me poussait. Il m’est arrivé de déterrer dans la même nuit de dix à quinze cadavres, et après les avoir mutilés, je les remettais en place. (…) Je n’avais aucun but. J’éprouvais le besoin irrésistible de la destruction, et rien ne m’arrêtait pour me lancer dans un cimetière afin d’y assouvir cette espèce de rage de mutiler les cadavres. (…). Je me retirais en proie à une fièvre qui me rendait tout tremblant. Je n’ai jamais pu mutiler un homme, tandis que je coupais une femme en morceaux avec un plaisir extrême. Je mettais les mains pour en arracher les entrailles et souvent j’allais jusqu’aux régions supérieures d’où j’arrachais le foie. Je savais que la machine (infernale) existait pour m’atteindre et me donner la mort, je n’en ai pas moins franchi le mur … On pourrait croire, après tout cela, que je suis un être cruel. C’est le contraire. J’étais très doux avec tout le monde. Je n’aurais pas fait mal à un enfant. (Extrait par mes soins de La Gazette des Tribunaux).

La nécrophilie du sergent Bertrand s’est achevée avec le choc du spectacle qui se présente à ses yeux pendant son hospitalisation : Il y a eu des décès autour de moi. Maintenant, j’ai peur d’un mort. J’ai vu mourir. Je suis guéri. Il quitta l’armée, se maria et eut des enfants.

 

L ‘  H  O  M  O  S  E  X  U  A  L  I  T  E

Avant de quitter la sphère spécifique de la génitalité pour revenir à l’aspect général de l’amour, abordons au passage le domaine particulier de l’homosexualité.

Ce sujet a à peine été étudié en astrologie. C’est tout juste si je relève dans les recherches de la langue française une approche indirecte de HERBAIS DE THUN au Congrès International de Bruxelles en 1935 et trois articles de Henri BEER, Paul COLOMBET et Carlo JANSITI,  dans les n° 19 , 41 des Cahiers astrologiques et 78 de l’Astrologue. Ce n’est  certes pas par manque d’intérêt qu’il soit resté parent pauvre de la recherche : la difficulté de le traiter en est la cause.

Son approche doit commencer par une mise à l’aise destinée à décomplexer l’interprète et l’interprété. Et la meilleure façon de le faire est de repasser par ce texte d’Ernst JUNGER :

« On sait que le graphologue n’est pas en état de dire, avec certitude, si l’écriture qu’on lui soumet a été tracée par un homme ou par une femme. On serait tenté, devant cette impuissance sur ce point si essentiel, de récuser totalement son art. Mais on peut en venir aussi à une autre conclusion, à savoir que le caractère appartient à une couche plus profonde que le sexe, ce qu’approuveraient ontologistes, psychologues et mythologues. Connaître le sexe est utile, en ce cas, pour apprécier celui qui a tracé l’écriture, mais cette connaissance ne ressort pas nécessairement de l’appréciation même. En d’autres termes, il est moins important pour  l’étude du destin d’un être humain, de savoir s’il est né homme ou femme, que de savoir s’il a des caractéristiques mâles ou femelles. Mais celles-ci, l’examen de l’écriture les révèle. On voit à cet exemple que savoir et interprétation ont des centres de gravité différents : ici comme précédemment, il existe des choses qui sont visibles et d’autres qui sont cachées. Aussi, la relation entre elles n’est pas « ou bien – ou bien », elle est « non seulement, mais encore » (« Le Mur du Temps, NRF).

Tout le monde est logé à la même enseigne. Il n’existe aucune doctrine claire sur la dialectique du masculin et du féminin, ni biologique, ni endocrinologique, ni psychologique. Les psychanalystes, intéressés plus particulièrement au domaine, sont allés à la pêche aux motivations inconscientes. Ils ont commencé par découvrir le rôle important des rapports de l’enfant avec ses parents : par exemple, l’attachement excessif du petit garçon à sa mère, doublé de son hostilité à son père. Mais pareil scénario vécu par BAUDELAIRE et STENDHALl n’en a pas fait pour autant des homosexuels. Les raisons de le devenir se sont démultipliées au fur et à mesure que l’on est entré dans la complexité du problème. L’homme peut refuser son destin viril du fait de multiples causes inconscientes : peur d’être châtré par le père, mécanisme de défense contre la crainte du père terrible ; défense par dégoût contre des désirs incestueux, liquidation vicieuse du complexe d’Œdipe, envie ou haine de l’autre sexe, infantilisme affectif, narcissisme, etc. Et ne parlons pas du « maquis » de la sexualité féminine avec ses diverses expressions : clitoridienne, vaginale, cloacale, cervico-utérine …

Si donc l’homosexualité n’est pas expressément lisible dans le thème, ne nous en étonnons pas. A causes multiples, facteurs diversifiés.  Au départ, ce n’est nullement parce que l’homme a une dominante de tendances féminines : Lune-Vénus-Neptune qu’il est homosexuel, de même que la femme le soit du fait d’une suprématie de tendances masculines : Soleil-Mars-Uranus. Comme si la sexualisation de son potentiel mâle ou femelle échappait à nos astralités, alors qu’on peut évaluer ce potentiel. Et il faut revenir à la formule de LINTON selon laquelle la configuration de la personnalité dépend plus du rôle de la nourrice que des facteurs constitutionnels. Ici, l’index astral arrive après, derrière le rôle joué par l’entourage parental sur l’enfant. Si bien que le thème n’est pas plus apte à détecter l’homosexualité que l’analyse graphologique ne l’est pour savoir si le scripteur est de sexe masculin ou féminin. Je conviens que ce principe de renonciation déplaise, mais ne faut-il pas mieux le respecter que de se tromper à répétition ? Cela n’empêche pas d’être informé sur le potentiel des tendances masculines et féminines du thème et sur leur configuration, à la limite de savoir comment l’être les vit et ce qu’il en fait.

Une opposition Soleil-Lune est l’expression d’une bipolarité de nature bisexuée, l’être étant double, masculin d’un côté et féminin de l’autre. La situation qui en découle est une différenciation marquée entre le sujet et l’objet aimé de l’autre sexe, comme se trouvant à une extrême distance l’un de l’autre. On peut tirer de cette configuration l’indication d’une difficulté à s’unir et à maintenir le lien d’une façon satisfaisante. Mais au lieu de subir cette division, il arrive que l’être s’approprie le pôle d’en face, incarnant le luminaire du sexe opposé. Rien ne dit, pour autant, qu’il devienne bisexuel ou homosexuel. Ainsi, si avec son opposition soli-lunaire forte, FREDERIC LE GRANDI a basculé dans l’homosexualité, avec la sienne posée au méridien, GOETHE ne l’a nullement été, ayant largement incarné sa Lune du FC dans la fiction de sa création romantique Quant à la conjonction des luminaires, elle unit les deux conditions sexuées de partenaires proches l’un de l’autre, au risque d’indifférenciation apparemment sans problème. Passons à une autre configuration : une conjonction Lune-Uranus en Bélier au carré ou à l’opposition de Mars, surtout angulaire. Quelle énorme composante virile pour une femme ! Cela en fait-il pour autant une hommasse ? Cette instance peut simplement se traduire par un côté garçon manqué de grande aventurière, femme s’affirmant dans une ambition professionnelle et jouissant de sa pleine indépendance ; quitte à payer son maintien dans sa condition féminine par des problèmes amoureux ou une fragilité sinon un danger gynécologique. A l’inverse, si à un inconnu qui a une conjonction Vénus-Saturne en dissonance majeure d’Uranus ou de Neptune, vous dites qu’il doit vivre de pénibles problèmes affectifs et qu’il vous répond par la négative, pensez qu’il doit être homosexuel, véritable ou inavoué. Car il existe une équivalence symbolique entre une vie homosexuelle simple, facile ou heureuse, et une vie hétérosexuelle tourmentée. Si vous avez devant vous un homme qui a une conjonction Lune-Saturne du Capricorne en dissonance majeure d’Uranus, surtout au surplus en dissonance vénusienne accompagnatrice,  vous pouvez lui dire que la voie vers la femme est gelée, sinon plus ou moins barrée. Prenant de haut votre configuration, vous pouvez évaluer ensuite les principales possibilités susceptibles de se présenter : un détournement de l’obstacle dans le renoncement en s’installant dans un régime égoïsme de célibataire, une dérivation sur la voie de l’homosexualité ou simplement une vie de couple normal à goût de frustration, d’amertume, d’échec.

A la limite, on peut dire qu’il n’existe pas d’astralités spécifiques de l’homosexualité ; seules comptent des configurations de complexité affective à diverses expressions amoureuses, parmi lesquelles l’homosexualité est une voie possible. Cette manifestation homosexuelle peut revêtir les aspects les plus divers. Chez les hommes, on la rencontre plus souvent chez des êtres fortement lunarisés : VERLAINE, PROUST, LOUIS II de Bavière …, autant que, de l’autre bord, à l’extrême de la brutalité masculine : criminels comme HAARMANN, comme le nazi  Ernst ROEHM (Munich, 28/11/1887, 1 h, e.c.) au Mars-Vierge à l’AS, carré MC, avec la racaille soldatesque de ses corps francs … Chez des êtres qui n’ont que des dissonances lunaires et vénusiennes (HENRI III : Fontainebleau, 19/09/1551, 0 h 45) ou dont les planètes expressives de leur propre sexe sont au DS, comme si l’être déléguait à l’autre d’en face sa propre condition sexuée. Selon Françoise GAUQUELIN, une enquête statistique effectuée sur les lesbiennes a révélé une forte occupation de la Lune au DS, préférence pour une partenaire féminine. Chez d’autres prévalent les dissonances des astres affectifs (Lune et Vénus) avec Uranus ou Neptune (VERLAINE, GIDE). On a donné le nom d’uranisme à un type d’inverti, une certaine composante homosexuelle uranienne chez l’homme se voulant hyper-masculin,  comme venue de l’amour du père-chef et en rejet du sensible féminin. Alors que la composante neptunienne procède plutôt d’une bisexualité indifférenciée propice aux états fusionnels..

Il n’existe  non plus de différence astrologique entre les deux niveaux de l’homosexualité, manifeste et latente. La manifeste s’exprime ouvertement, à ciel ouvert, dans le vécu proprement homosexuel. Par latente, on évoque la condition d’un état potentiel non révélé ; ici, non seulement l’être ne donne pas libre cours à son penchant, mais encore il ignore qu’il le porte en lui et que cette composante s’exprime dans l’ombre d’une façon détournée, en substitution défigurée. Ainsi par exemple, d’une sélectivité amoureuse qui jette l’homme dans les bras de femmes viriles ou de femmes déjà liées à d’autres hommes, pouvant ainsi vivre une singulière relation triangulaire ; quand ce n’est pas même jeter sa compagne dans les bras de son meilleur ami … Il est des couples qui ne sont heureux qu’à trois, sous une forme ou une autre. Outre la franche bisexualité.

Mais encore, qu’a-t-on dit d’une possibilité que le sujet soit homosexuel ? Pas grand-chose en vérité. C’est à partir de ce fait considéré qu’il convient d’entrer dans l’univers de sa composante homosexuelle et de ses liens au sein de sa personne. Le sujet est-il un homosexuel qui ne s’accepte pas, qui vit son homosexualité comme une perversion qu’il réprouve honteusement, sinon comme un état névrotique dont il veut se débarrasser ? Est-il seulement gêné de l’être dans le milieu de la société à préjugés où il vit ? S’accepte-t-il, au contraire, pleinement comme un être libre, à l’aise, heureux de sa condition qui fait son originalité ? … On conviendra que ce n’est qu’à partir d’une telle enquête que l’investigation astrologique puisse devenir fructueuse.

La complexité du sujet est à l’image d’un personnage qui a fait couler beaucoup d’ancre à propos de son sexe. Il s’agit de Charles de Beaumont connu sous le nom du Chevalier D’EON, né à Tonnerre/Yonne, le 5 octobre 1728. Cet agent secret français profita de son physique gracieux pour revêtir des habits féminins et se faire passer pour femme. Chargé par Louis XV d’une mission secrète, ainsi est-il une lectrice de l’impératrice Elizabeth en Russie, tandis qu’on le voit ensuite en tenue masculine combattant comme capitaine de dragons pendant la guerre de Sept ans. Puis, sur ordre de Louis XVI, il reprend la vêture féminine pour ne plus la quitter. Et les historiens de s’interroger sur l’ambiguïté du personnage, déjà fort obscur en tant qu’agent secret. Maintenant que nou savons cela, nous ne sommes nullement surpris de relever dans son cas une conjonction Lune-Uranus en Scorpion qu’accompagne Mars dans le signe et alors que Pluton est en conjonction du Soleil, de Mercure et presque de Vénus en Balance. Mais comment ont été ceux et celles qui ont accompagné sa naissance, vivant cette même ténébreuse configuration générale ?

 

O S C A R    W I L D E

Né dans une famille où il y avait déjà un garçon et où sa mère aurait voulu une fille comme second enfant, Oscar Wilde est d’abord le premier enfant que sa mère traite comme une fille jusqu’à l’arrivée de sa sœur lorsqu’il a cinq ans. Une mère adorée dont il a dit plus tard qu’elle était « une femme merveilleuse ». C’est sur cette base qu’il faut prendre en considération le thème du célèbre écrivain irlandais, et sur la question de l’heure natale, je fais confiance aux références des confrères d’Outre-Manche.

En première impression, on s’interroge sur ce Mars au FC comme évident facteur de virilité … L’homme est loin de jouir d’un tel apanage, mais son destin est marqué, à son insu, au fer rouge d’un procès célèbre et l’intensité de son être, sans laquelle on ne le comprendrait pas, donne à penser qu’il faut tout simplement intégrer ce Mars du Sagittaire à ses trois autres angularités : lunaire, saturnienne et neptunienne, qui contribuent à l’ambiguïté d’un personnage hybride.

Bien sûr que l’on jugera la Lune loin de l’Ascendant, mais sa position fait partie des résultats d’angularité statistiques et l’on ne peut nier une lunarité du personnage que maman a considérablement amplifiée. A laquelle s’ajoute une forte note vénusienne représentée par le trigone au MC de Vénus de la Balance sous la présence solaire. A ce climat luni-vénusien vient s’associer le Neptune-Poissons du coucher, ce trio astral donnant une résonance exceptionnelle à la situation familiale première à dominante maternelle. Dans un style Lune-Lion/AS-Vierge d’une nature distinguée, « soignée ».

Oscar Wilde , c’est le dandy tout au culte de sa personne, déjà dans son habillage qui fait sa réputation. A Oxford, il ose se présenter en culottes courtes, bas de soie et cheveux longs, lis à la boutonnière et fleur de tournesol à la main. Après avoir délaissé les recherches tapageuses au profit de la véritable élégance, celle qui ne se fait pas remarquer, il se distinguera avec son haut-de-forme de soie, son impeccable redingote, son pantalon rayé, sa paire de bottines vernies, sa canne à pommeau d’or et ses gants de Suède gris. Il est le maître du style de son monde. Le reste suit : le luxe de la futilité et de la frivolité à l’humour, la désinvolture devant les choses graves, le plaisir aristocratique de déplaire ou d’étonner, et surtout les « mots » d’un causeur écouté (Mercure du Scorpion, maître d’AS en III). Bref, un dandysme cultivé comme un art.

L’homosexualité d’Oscar Wilde n’est qu’une émanation de son personnage général, sa sexualité étant à l’image de son être. C’est le personnage de Narcisse. Il s’exclama un jour : « S’aimer soi-même est le commencement d’un roman qui dure une vie. » Fixation affective orale – son parler –  et identification à une mère masculine, en voilà les racines premières. C’est le principe de plaisir qui règne dans cet univers où l’émotion est cultivée pour l’amour de l’émotion, au point d’y trouver le but de l’art et d’en faire le but de sa vie : Les Dieux m’avaient presque tout accordé. Mais je me laissai séduire par les charmes du confort sensuel et dénué de sens. Las d’être sur les hauteurs, je descendis délibérément dans les abîmes, à la quête d’une sensation nouvelle. Ce que le paradoxe m’était dans le domaine de la pensée, la perversité me devînt dans le domaine de la passion. Je négligeai la vie des autres. Je pris plaisir là où cela me plaisait. Je permis au plaisir de me dominer. (De Profondis). Cette délectation de la sensation finit dans un état schizoïde (Saturne-Neptune) : elle le fait vivre comme une personne irréelle dans un univers d’irréalité ; après l’avoir fait se réfugier dans l’art littéraire, elle le fait se complaire dans l’artificiel. Arrêt de croissance le laissant sur le même côté de la rive, son homosexualité est peut-être aussi un court-circuit avec la vie, finissant dans une étreinte spectrale neptunienne.

En fin de compte, l’intensité Mars-Sagittaire du méridien se profile chez le dandy tapageur, grand  seigneur de la décadence, concentrant sur sa personne toute l’extravagance de sa condition jusqu’à l’éclatement du scandale : son amitié amoureuse avec lord Alfred Douglas qui aboutit au procès  public, à la condamnation de la prison suivie d’une sorte d’exil en France. Dans cette chute apparaît le Neptune des Poissons en VII au carré de Saturne en X. Revêtu de mélancolie, le poète rencontre la douleur, l’humiliation, la solitude ; il comprend la lèpre du lépreux, la féroce misère de ceux qui vivent pour le plaisir. Le thème du paria est dans toute son œuvre. Il satisfait ce qu’il portait en lui : un certain goût de la chute, de la déchéance, de l’épreuve en un obscur et profond appétit de souffrance.

 

 

 

 

L E S    G R A N D E S    A M O U R E U S E Sp>

Au plan de travail que je me suis dressé pour aborder un monde qui déborde de toutes parts, puisque l’amour en arrive à se confondre avec la vie elle-même, il m’est apparu qu’avant d’entrer dans l’exploration des divers aspects de l’histoire amoureuse individuelle, il fallait établir un répertoire des catégories du destin de l’amour à travers les grandes familles amoureuses. Dans ce découpage typologique, nous avons déjà fait connaissance avec les célibataires, les veufs et veuves, les sado-masochistes et les homosexuels masculins et féminins. Poursuivons maintenant notre différenciation en posant face aux femmes les  plus « froides », les femmes les plus « chaudes ».

L’intention est séduisante, certes, mais ce qui est vite et si bien dit sur le papier est loin d’être aussi simple et aussi facile sur le terrain. Convenons d’appeler « chaudes » les femmes passionnées pour qui l’amour est exaltation et intensité de vivre, puissance souveraine du cœur ou vitalité sensuelle pouvant aller jusqu’à l’érotomanie. Et du même coup de ranger parmi les « froides » les femmes en réserve de l’amour, maîtrisant leurs sens et sentiments ou en ayant peu, aux attaches distantes, ainsi que les femme frigides qui aiment l’amour mais que l’amour n’aime pas. A ce détour, on voit combien fragile est déjà la classification – mais pareil domaine se laisse-t--il classer ? – car l’amour inassouvi d’une certaine frigidité ne manque pas non plus d’être fiévreux.

De quel côté faut-il mettre, par exemple, la capricornienne Madame DU DEFFAND, habituée des nuits de Sceaux et des fameux petits soupers au Palais-Royal du Régent de France, allant d’amant en amant sans être contente d’aucun (opposition Lune-Gémeaux/Vénus-Sagittaire), et dont, finalement, le cœur glacé s’est mis à battre anxieusement pour Horace Walpole à soixante-sept ans, qu’elle aimera à travers près de deux milliers de lettres jusqu’à sa mort à quatre-vingt-trois ans (il est vrai que deux dates de naissance lui sont données, mais là n’est pas ici la question) ? On pourrait mettre sous le signe du même point d’interrogation diverses femmes que, pourtant, j’ai tenté de faire entrer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories. Au surplus, quelle certitude avons-nous pour chacune d’elles ? Quel historien, quel confesseur même peut jamais savoir le secret des cœurs féminins ? Celles qui crient, chantent ou pleurent leurs amours en les vivant, aiment-elles pour autant davantage que celles qui se taisent et dont nous ne savons rien ? Les dames galantes et les galantes qui ne sont point dames, les biches et les lionnes, les demoiselles de haute noce et autres aventurières du cœur ou de la fesse sont-elles pour autant à placer au-dessus de la femme sans renommée qui satisfait silencieusement tout son destin amoureux dans une heureuse condition d’épouse légitime ?

C’est toutefois avec les cas les plus typiques que l’on est le mieux en mesure d’établir nos corrélations. C’est toujours au stade exemplaire du phénomène le plus représentatif que se concentrent les indices les plus spécifiques. Assistez, par exemple, à la naissance à Samoëns (Haute-Savoie), le 1/07/1838 à 3 heures (e.c.), de Marie-Louise COGNACK-JAY. Vous observez qu’elle a le Soleil du Cancer en I avec la Lune de la Balance en V à l’opposition de Pluton, en résonance avec Vénus à l’opposition de Saturne. Frustrée de maternité, cette femme, devenue riche patronne du magasin parisien de « La Samaritaine »  (son Jupiter en IV)  en arrive à créer son panthéon personnel en se faisant la philanthrope des familles nombreuses (le prix Cognack) ! Autre exemple de grande dame et ici modèle de femme forte : Simone VEIL (Nice, 13/07/1927, 8h15, e.c.) ; Servie par un Mars du Lion à l’AS qu’épaule une conjonction Jupiter-Uranus du Bélier, déjà émergée de l’enfer d’Auschwitz, c’est, en conjonction Mars-Neptune, au service de la cause féminine qu’elle a combattu en faisant voter en  France en1974 (signature d’Uranus en Scorpion) l’I.V.G., sa propre Lune du Capricorne en V, au noeud lunaire sud et au carré de la conjonction Jupiter-Uranus en VIII tournant le dos à l’enfantement. Au profit d’un féminisme maîtrisé répondant parfaitement au trigone de cette Lune capricornienne à sa Vénus de la Vierge en I de bonne tenue. Mais revenons à notre propos.

Malheureusement, après déjà tant de réserves, il faut ajouter encore que les plus illustres des femmes qui décorent cette galerie de la vie amoureuse ne nous ont pas laissé leurs coordonnées de naissance. J’ai passé beaucoup de temps en vain à rechercher les dates de certains « phénomènes » ; notamment les partenaires du Régent Philippe d’Orléans : Marie-Madeleine de PARABERE, comtesse de la Vieuville, la reine des petits soupers … Et pour la plupart des autres, l’heure fait défaut. Il faut donc se contenter de fragments de configuration, mais on aurait tort d’être trop difficile, car mieux vaut peu que la nullité. En s’excusant de ne pas livrer ici leurs données natales, voici d’abord la brochette des femmes  FROIDES, avec, pour chacune d’elles, une note signalétique :  l’indice astral significatif.

 

ISABELLE DE CASTILLE (Madrigal de las Altas Torres, 22/04/1451, 16 h 40): Austérité affective bien connue. Opposition angulaire Lune-Capricorne/Uranus-Cancer au méridien au carré de Vénus, avec un lever de Saturne. Le vrai Taureau froid.

Jeanne D’ALBRET : Rigidité morale et austérité affective. Lune en Capricorne sortant de la culmination avec Saturne sortant du lever.

CATHERINE DE MEDICIS (Florence, 13-23/04/1519, lever du jour). Peu épouse et veuvage de longue durée sans histoire amoureuse. Saturne-Capricorne au MC avec conjonction Vénus-Uranus. Taureau froid.

ELISABETH Ier d’ANGLETERRE (Londres, 7/09/1533, entre 15 et 16 h La « reine vierge ». Saturne maître d’AS-Capricorne est à l’entrée de VII, conjoint à Uranus et en opposition de Pluton, avec un Soleil en Vierge aspectant l’AS et le MC..

CHRISTINE DE SUEDE (Stockholm, 8-18/12/1626, vers minuit) : « L’amazone des neiges », aimant « mieux la mort qu’un mari ». Saturne-Vierge à l’AS, au carré, des luminaires, le tout sous dissonances de Vénus en Verseau, elle-même au carré de Pluton..

MARIE-THERESE DE HABSBOURG (Vienne, 13/05/1717, 7h32, officiel). Taureau tiède avec refuge dans la maternité et surtout virile épouse adonnée au pouvoir personel. AS-Cancer carré à Saturne-Balance en IV et opposition Lune-Mars au double carré d’Uranus.

Marquise DE MAINTENON (Niort, nuit du 26-27/11/1635) : « J’ai eu froid toute ma vie ». L’austère épouse et « pénitencière » de Louis XIV. Oppositions Lune-Saturne-Capricorne et Vénus-Pluton.

MARIE LECZINSKA (Breslau, 23/06/1703, Louis XV) : «Eh quoi,  toujours couchée, toujours grosse, toujours accouchée ». Femme-enfant du repli nostalgique sur soi, à la frilosité réfugiée dans la maternité. Cancérienne à opposition Lune-Saturne.

Marquise DE POMPADOUR (Paris, 29/12/1721, bapt.) : Frigidité incoercible (« Madame avait la tête forte et le cœur sensible, mais elle était froide à l’excès pour l’amour », note Madame du Hausset). J’ai le malheur d’être de tempérament très froid. Conjonction Vénus-Saturne avec Soleil-Capricorne.

EUGENIE DE MONTIJO (Grenade, 5/05/1826, sans heure, bapt.) : Epouse froide à la vie privée rigoureuse, tout en souffrant de jalousie des incartades de Napoléon III. Lune du Bélier au carré d’Uranus-Capricorne, avec Soleil opposition à Mars.

ELISABETH D’Autriche (Munich, 24/12/1837, 22 h 43, e.c.) : Douloureuse Sissi, habitée par la neurasthénie et les troubles psychiques d’une nature frigide, enfermée dans la solitude affective. Capricornienne à la conjonction Lune-Saturne en Scorpion au carré de l’AS et de Vénus.

Madame de RECAMIER (Lyon, bapt. Le 4/12/1777) : La « dame blanche » mystérieusement fermée au vécu charnel de l’amour, décevant tous ses successifs soupirants, sa livide blancheur ayant disparu sur le tard avec Chateaubriand. Conjonction Vénus-Saturne en Scorpion, avec conjonction Lune-Mars-Pluton en Capricorne.

Madame ROLAND (Paris, 16/03/1754, biog.) : « Personne moins que moi n’a connu la volupté. J’ai commandé à mes sens. » Trouvant du plaisir à se refuser à un mari paternel et austère de vingt ans son aîné, janséniste, « sage par volupté ». Conjonction Lune-Saturne en Capricorne.

Charlotte CORDAY (Le Mesnil-Imbert, Orne, 28/07/1768, bapt.) : Vie entièrement refusée à l’amour, même à la moindre idylle platonique ; vierge guerrière glacée dans un stoïcisme inhumain (l’assassinat du monstre Marat) ou surhumain. Conjonction Lune-Pluton en Capricorne et opposée à Saturne.

Emily DICKINSON (Amherst, Massachusetts, 10/12/1830, 24h, biog) : La vieille fille recluse dans sa famille et sa maison, ange illuminé par la poésie et touché par l’amour rêvé. Saturne-Vierge au lever avec  conjonction Soleil-Mercure-Vénus au FC et Lune en Scorpion au carré d’Uranus..

Marguerite AUDOUX ( : Une vie affective négligeable de malade privée et solitaire, qui se réfugie dans l’imaginaire : J’ai tant rêvé que je ne suis plus très sûre d’avoir vécu. Saturne-Vierge en IV opposition à la Lune maîtresse de l’AS et du Soleil en Cancer.

Simone WEIL (Paris, 3/02/1909, 5 h e.c.) : La parfaite intellectuelle célibataire, uniquement engagée dans l’aridité de son aventure spirituelle. Conjonction Vénus-Uranus du Capricorne en I en opposition de conjonction Lune-Neptune, avec Pluton au DS.

Rosa BONHEUR (Bordeaux, 16/03/1822, 20 h,e.c.) : La femme peintre du XIXe siècle en pantalons de velours à côtes, indépendance et émancipée, non sans échappatoire homosexuelle. Conjonctions Lune-Uranus-Neptune en Capricorne et Soleil-Pluton avec Saturne au DS.

Mag STEINHEIL (Beaucourt/Belfort, 16/04/1869, 3 h, e.c.) : Torche froide de l’époque de l’érotisme à corset et bottines à boutons (la mort galante de Félix Faure à l’Elysée en sa compagnie). « Ses amants, elle les rendait fous. Elle n’avait pas plus de sens qu’un casier à bouteille. Elle restait toujours froide et calculatrice… » (Mariette, sa cuisinière). Lune-Gémeaux au FC en opposition de Saturne au MC sous dissonance solaire.

MISTINGUETT (Enghien-les-Bains, 3/04/1875). Parigote du faubourg, chanteuse du Casino de Paris allant de la gouaille à l’émotion, pourtant très peu tracassée par le sexe. Conjonction Vénus-Saturne en Verseau.

Le tableau général de ces « femmes froides » aligne surtout Saturne angulaire, la Lune en Capricorne, ainsi que des conjonctions et dissonances de la Lune et de Vénus avec Saturne et Uranus, le Capricorne et le Verseau s’y ajoutant. Passons maintenant au CHAUD  répertoire des grandes amoureuses sous les divers aspects où elles se présentent.

MARGUERITE DE VALOIS (Saint-Germain-en-Laye, 14/05/1553, 16 h 15 : Je suis en cela de l’humeur des bellettes et des colombes ; je prends plaisir à faire l’amour du bec (…) Je vis jusqu’à l’amour, j’aime jusqu’à la mort. On connaît les frasques de la vénusienne reine Margot et sa longue carrière amoureuse. Culmination de Vénus du Cancer, maîtresse de l’AS-Balance, avec une Lune des Gémeaux en VIII au sextil d’une conjonction Mars-Jupiter du Lion.

Marion DELORME : Courtisane célébrées par les plus grands auteurs, qui vit le cœur au bord des lèvres pour aimer le plaisir. Triple conjonction Vénus-Scorpion/Mercure-Mars-Balance avec conjonction Soleil-Jupiter en Balance, la Lune étant en Taureau ou Gémeaux.

Marquise de MONTESPAN (château de Lussac en Poitou, 5/10/1640, bapt): La capiteuse favorite du Louis XIV des fêtes, passions, bâtards et orages … Conjonction Soleil-Vénus en Balance avec Mercure dans le signe et la Lune en Taureau ou Gémeaux.

Adrienne LECOUVREUR (Damery/Epernay, 5/04/1692 : Hors de la scène de cette tragédienne, grande passionnée qui aime Maurice de SAXE jusqu’à en mourir. Conjonction Vénus-Jupiter en Taureau avec Soleil et Mercure en Bélier sous dissonances.

MARIE-LOUISE d’ORLEANS (, duchesse de Berry : Fille du Régent Philippe d’Orléans,  monstre assoiffé de plaisirs des fameux petits soupers du Palais Royal, au point de véritablement en crever. Avide conjonction Lune-Saturne du Capricorne à l’opposition de Mars en Cancer.

Emilie DU CHATELET (Paris, 17/12/1706) : Ardente aux plaisirs, du duc de Richelieu à Saint-Lambert, outre Voltaire. Conjonction Lune-Mars en Taureau au quinconce du Soleil en Sagittaire.

CATHERINE II DE RUSSIE (Stettin, 2/05/1729, 2 h 30, biog). Impérieux instinct génésique. Les comptes les plus sévères lui adjugent une quinzaine de favoris avec une soixantaine d’aventures. En finale se présente une bacchante de la soixantaine déchaînée auprès du capitaine Zoubov de vingt printemps … Conjonction Lune-Vénus des Gémeaux au FC, à 10° de Jupiter en Cancer, lequel est sextil à Mars qui est au surplus  en conjonction du Soleil en Taureau. Un vrai Taureau chaud !

Julie de LESPINASSE (Lyon, 10/11/1732, bapt.) : Emportée dans la tombe par son amour fatal pour le Scorpion colonel comte Guibert : Mon ami, délivrez-moi du malheur de vous aimer.(…) «…,  énivrée d’un poison dont l’effet dure encore. Hélas ! par quelle fatalité faut-il que le sentiment du plaisir le plus vif et le plus doux soit lié au malheur le plus accablant ? » Conjonction Soleil-Mercure en Scorpion au semi-carré de Vénus en Balance et au carré de la Lune en Lion.

Sophie ARNOULD (Paris, 13/02/1740). Prima donna au couple célèbre avec LAURAGUAIS : Il m’a donné deux millions de baisers et m’a fait verser plus de quatre millions de larmes. Soleil voisin d’une conjonction Mercure-Mars en Verseau, avec Vénus en Poissons et Lune en Vierge.

Comtesse DU BARRY (Vaucouleurs, 19/08/1743  « Elle est belle, elle me plait et cela me suffit (…) C’est la seule femme de France qui trouve le secret de me faire oublier que je suis sexagénaire (Louis XV). Conjonction Vénus-Mars en Balance avec conjonction Soleil-Lune-Mercure en Lion.

JOSEPHINE (Trois-Ilets :Martinique, 23/06/1763, bapt.). Frivole, coquette, Narcisse, femme jusqu’au bout des ongles, d’avant Bonaparte à après Napoléon. Conjonction Soleil-Mars en Cancer avec conjonction Vénus-Taureau/Jupiter-Gémeaux en opposition de la Lune en Sagittaire.

Germaine de STAEL (Paris,22/04/1766, 18 h  biog.): Une vie de femme à train d’enfer, de sa longue liaison orageuse avec Benjamin CONSTANT à sa finale dans les bras du jeune ROCCA. Conjonction Soleil-Taureau/Uranus-Bélier en VII au carré de Mars, avec la Lune en Balanceau lever.

Teresa TALLIEN  (château près de Madrid, 31/07/1773, biog.): La belle Merveilleuse du Directoire aux robes transparentes, égérie des hommes au pouvoir. Trigone du Soleil-Lion/Jupiter-Bélier avec Vénus en Lion et la Lune en Capricorne.

Pauline BORGHESE (Ajaccio, 20/10/1780, 22 h, bapt.) . La Vénus Victrix de Canova, abandonnée dans la vie au caprice de son instinct, à l’impudeur et à l’extravagance de ses désirs. AS-Lune-Cancer au sextil de Mars-Vierge au FC, non loin de Vénus et sur fond de conjonction Soleil-Balance-Jupiter-Scorpion..

Caroline MURAT (Ajaccio, 25/03/1782, 2 h, pièce familiale Bonaparte). Une grande passionnée dominatrice, au couple orageux sinon infernal avec le maréchal MURAT le sabreur. Rivalité d’ambition et infidélités respectives Conjonction Soleil-Vénus au trigone de la Lune en Lion en VII, Mars maître du Soleil étant en Taureau en IV. .

Marceline DESBORDES-VALMORE (Douai, 20/06/1786, 5 h, bapt.) : La muse plaintive du Romantisme dont poésie et amour sont trempés de larmes. Conjonction Vénus-Uranus-nœud lunaire sud du Cancer en I, au carré d’une opposition Lune-Bélier/Neptune-Balance.

Marie DORVAL (Lorient, 7/01/1798, 20 h, e.c.) : Les emportements de l’âme humaine de l’actrice romantique et l’orage passionnel vécu douloureusement avec VIGNY. Conjonction Vénus-Poissons/Pluton au DS, au carré de Mars en Scorpion au FC.

George SAND (documentation de naissance plus loin): Les grands éclats passionnels du Romantisme  avec: MUSSET et CHOPIN … Culmination de Vénus en Lion au trigone de la Lune en Bélier et au carré de Mars du Taureau en VII.

Marie D’AGOULT (Francfort-sur-le-Main, « minuit du 30 au 31/12/1805 », biog.):Cet ardent besoin d’aimer éclata en moi avec une force terrible, qui, pour Franz LISZT et dans le scandale, emporta tous les obstacles : mari, enfants, principes, situation sociale … La grande séparation d’une Lune du Taureau à l’opposition d’une conjonction Saturne-Uranus en I, sur fond de conjonction Soleil-Mars du Capricorne en IV.

Juliette DROUET (Fougères, 10/04/1806, 7 h, E.C.) : Je t’aime … Je t’adore … Tu es mon soleil et ma vie. Quitte à s’emprisonner dans son amour pour Victor HUGO, jusqu’au bout de ses noces d’or. Sur un fond Bélier-Taureau, conjonction Lune-Jupiter-Capricorne au sextil d’une conjonction Vénus-Pluton en Poissons et en résonance avec un Soleil en XII.

Princesse de BELGIOJOSO (Milan, 28/06/1808, 10 h 45, bapt.) : Aussi volcanique en amour qu’en politique, grande dame aux belles histoires avec : MUSSET, CHOPIN, LISZT, THIERS, LA FAYETTE, Augustin THIERRY … Lever de Lune en Lion et culmination d’une conjonction Vénus-Mars en Gémeaux avec Jupiter des Poissons au DS.

La MALIBRAN  (Paris, 24/03/1808, e.c. sans heure): Ardente diva, une grande passion, une vie brûlée prématurément et jusqu’au bout. Triples conjonctions Soleil-Mercure-Mars en Bélier et Lune-Vénus-Jupiter en Poissons.

Louise COLET (Aix-en-Provence,15/09/1810, 20 h, e.c.) : VIGNY, MUSSET, FLAUBERT … excitée quelque peu « emmerdeuse » aux débordements plus épistolaires qu’amoureux. Conjonction Vénus-Uranus du Scorpion au DS, au semi-carré du Soleil en Vierge, et avec une Lune du Bélier en opposition de Mercure.

La PAIVA (Moscou, 7/05/1819) : L’insolente et puissante courtisane du Second Empire. Soleil-Taureau de «lionne » à conjonction Vénus-Mars en Bélier, en possible opposition de Lune-Balance. 

Alice OZY (Paris, 6/08/1820) : Actrice et courtisane tout à la fois, « biche » du Second Empire : Théophile GAUTIER, Charles HUGO … Conjonction Soleil-Vénus en Lion avec Lune en Cancer.

Clara SCHUMANN (Leipzig, 13/09/1819) : Un grand amour romantique avec Robert, dans la communion musicale, puis dans la force de caractère de s’assumer pleinement. Triple conjonction Soleil-Mercure-Vénus en Vierge, au sextil d’une conjonction Lune-Mars en Cancer.

Elisabeth HOWARD  (: S’enfuit à quinze ans avec un officier et passe dans d’autres bras jusqu’à ceux du prince Bonaparte qu’elle « protège » jusqu’à ce qu’il devienne NAPOLEON III. Conjonction Soleil-Mercure en Lion au semi-carré de Vénus en Balance, avec la Lune en Scorpion.

Hortense SCHNEIDER (Bordeaux, 30/04/1833, 4 h, e.c.): « Lionne » de la grande époque des fêtes musicales d’Offenbach, les têtes couronnées s’empressant dans sa loge et dans son lit qu’elle baptisa « Passage des princes ». « Elle sentait le champagne » … AS et Soleil en Taureau, sextils à Mars en Cancer avec Vénus en Gémeaux, le tout au lever de Mercure-Jupiter du Bélier.

Eléonora DUSE (Vigevano, Lombardie, 3/10/1858, 2 h, e.c.) : L’union de l’art et de l’amour à travers sa grande passion avec Gabriele D’ANNUNZIO. Conjonction AS-Lune en Lion avec un Soleil en Balance avec Vénus en Scorpion.

Caroline OTERO (Pontevedra, Espagne, 19/12/1868, sans heure, e.c.) : Incarnation de Carmen à l’Opéra et dans ses frasques amoureuses du Paris de la Belle-Epoque. Soleil-Sagittaire triangulé à Mars de la Vierge et Jupiter du Bélier, sa Vénus étant naturellement en Scorpion avec une Lune en opposition de Mars.

LIANE DE POUGY ( : Cocotte de haute volée régnant en maîtresse sur le boulevard, nobles, bourgeois et artistes de la « belle époque ». Conjonction Vénus-Pluton au MC, carré Jupiter-Lion à l’AS, avec Soleil-Cancer et Lune-Balance.

CLEO DE MERODE (Vienne, 1875 : Non moins grande cocotte du Tout Cythère au Paris de 1900. Conjonction Soleil-Vénus en Balance, en compagnie de Mercure, avec la Lune-Vierge au DS au trigone de Mars.

Anna de NOAILLES (Paris, 15/11/1876, 8 h e.c.) : Les grandes passions de l’amour en face de la mort de cette « ardente prêtresse de Pan » Luminaires maîtres de VIII en Scorpion et opposés à Pluton.

Suzanne VALADON (Bessines, Haute-Vienne, 23/09/1865, 6 h, e.c.)  : Hors de sa peinture, amoureuse impénitente qui ne fait pas mystère de ses folles passions et dont les amants ne se comptent plus. AS-Soleil-Mars en Balance, avec Lune en Scorpion et Vénus-Lion trigone à Jupiter-Sagittaire.

Ce serait une plaisanterie que de comptabiliser les notes dominantes de cette quarantaine de cas. Aucun ne ressemble à l’autre. Mais quel contraste entre une Catherine II et une Clara SCHUMANN ! Quelle différence aussi entre JOSEPHINE et la TALLIEN ! Et même en se confinant au cercle étroit du Gotha de la galanterie, quoi de commun entre la blonde et aristocratique Liane de POUGY et la splendeur animale de la brune OTERO ? Les notations relevées donnent la tonalité de la personne et de la femme : chacune d’elles a aimé comme elle était, à l’image de sa signature propre.

Il faut toutefois remarquer le contraste des deux groupes. A l’inverse du précédent où dominent les signes hivernaux avec le frein saturnien, ici prévalent les signes printaniers et estivaux dans les notes planétaires chaudes. C’est la remarque générale qui puisse être faite. Certes, on y trouve aussi quelques conjonctions Lune-Saturne, mais qui tombent sur des cas de frustration (Adrienne LECOUVREUR) ou de boulimie (Marie-Louise d’ORLEANS). De même qu’on retrouve la Lune en Capricorne :  Madame TALLIEN toute en ambition politique et Juliette DROUET dans son austère amour de HUGO ;

Finalement, en se rappelant que les astralités ne sont pas tout et que l’acquis du vécu de l’enfance a le pas sur l’inné, l’atténuant ou l’amplifiant, on peut retenir cette dialectique du froid et du chaud. La probabilité est grande qu’une femme saturnienne, plus ou moins bloquée par l’astre ou par Uranus, se ferme plus ou moins à l’amour. A l’inverse d’une vénusienne plus ou moins jupitérisée et à tonalité zodiacale printanière, en plein  accueil amoureux. Mais l’index astral est une note qui s’exprime en fonction des accidents de l’enfance, de l’éducation reçue, des apports de la vie.

On ne peut clore ce chapitre sans préciser qu’il n’y a pas de frontière infranchissable entre nos deux pôles, une même femme pouvant tenir des deux mondes opposés. Pour ma démonstration, j’ai choisi le cas intéressant de Lou ANDREAS- SALOME.

Vénus littéraire, égérie de NIETZSCHE, muse de RILKE, confidente de FREUD, vierge farouche et sauvage jusqu’à un âge avancé, puis mangeuse d’hommes en un érotisme déchaîné, Lou SALOME est assurément un cas particulier. Jusqu’au-delà de la trentaine, son destin à répétition est d’attirer des hommes d’âge qu’elle rend éperdument amoureux tout en se refusant à eux. Le jeu commence lorsqu’elle a dix-sept ans avec un de ses professeurs, marié et père de famille, un pasteur de la quarantaine qui se jette à son cou : elle détale. Puis c’est Paul REE de douze ans plus âgé, et c’est ensuite NIETZSCHE qui en a dix-sept de plus. Après une demande en mariage de ce dernier, Lou s’enfuit en le laissant dans la détresse. Vient alors l’union avec Friedrich ANDREAS qui a quinze ans de plus qu’elle : mais en un mariage blanc. Elle l’épouse déterminée à ne jamais lui appartenir, ce qui fait un couple infernal. Plusieurs fois, ils envisagent de se suicider ensemble. Elle capte aussi les dramaturges HAUPTMANN et WEDEKIND; toujours elle accueille et encourage les hommages, puis les repousse au dernier moment. A trente ans, c’est encore une vierge qui prêche partout l’émancipation féminine et l’amour libre.

Puis, à trente-quatre ans, elle prend son premier amant et c’est un nouveau destin à répétition qui s’engage. Cet amant a sept ans de moins qu’elle. C’est ensuite RILKE qui est plus jeune de quatorze ans. Cela continue avec deux autres partenaires plus jeunes de quinze er seize ans. Lorsqu’elle quitte le dernier, celui-ci s’émascule et se suicide. La chaste glacée était devenue une vampirique bacchante. Jusqu’au-delà de la cinquantaine, avec la même énergie qui l’avait conservée vierge si longtemps, Lou brûle d’une ferveur nymphomane : elle a découvert que recevoir le sperme est le summum de l’extase. Finalement, en raccourci psychanalytique, cette amante se sera sauvée de l’inceste avec des pères pour ne coucher qu’avec des fils.

Nous ne possédons malheureusement pas les données de naissance précises de Lou. Son biographe H.-F. PETERS la fait naître à Saint-Pétersbourg le 12 février 1861, en précisant « à un jour près de l’émancipation des serfs ». Mais une faute de chiffre peut avoir été commise, car cet événement historique est survenu le 19 février/3 mars. Il doit donc s’agir du 18 février/2 mars. Or, pour cette date, on tombe en arrêt devant le violent contraste d’un Soleil-Poissons frappé par une opposition de Saturne-Vierge ainsi que par un carré d’Uranus-Gémeaux, tandis qu’une conjonction Mars-Pluton du Taureau (portée par une Lune en Scorpion en naissance matinale) devait attendre son heure ...

 

L E    D O N J U A N I S M E

Du monde des grandes amoureuses, penchons-nous maintenant  sur la faune des bambocheurs, coureurs, libertins et autres don juans qui se sont illustrés dans l’histoire. Et ici, également, confrontons les deux tableaux opposés des glacés, pisses-froid, effarés de la cuisse et autres misogynes, et des flambants trousseurs de cotillon, impénitents de la gaudriole. Je ne m’attarderai toutefois pas trop aux premiers. Nous en avons déjà rencontré quelques échantillons à propos des célibataires : CEZANNE, DE FALLA, LEAUTAUD, KANT, MONTESQUIEU, SAINT-SIMON, VUILLARD … En compagnie de Saturne, d’Uranus, du Capricorne … Voyons plutôt un cas nouveau : celui de George Bernard SHAW :

« Si vous avez quelque doute en ce qui concerne ma virilité, chassez-le de votre esprit. Je n’étais pas impuissant ; je n’étais pas stérile ; je n’étais pas homosexuel, et je suis très facilement ému. » Ainsi s’explique le grand humoriste irlandais sur la fin de sa vie dans ses auto-portraits. Il précise aussi que, tout en étant demeuré puceau jusqu’à vingt-neuf ans, il avait été un coureur incorrigible à rebours, non du genre qui poursuit les filles, mais de celui qui se trouve poursuivi par elles. Dans son journal, il note sa satisfaction d’avoir su conservé sa virginité, même après un long tête-à-tête avec Mrs PATTERSON. Avec elle, il finit par devenir un amant des plus décevants, résolu à ne jamais perdre la tête, fût-ce un instant, pour aucune femme. Il ne fut vraiment amoureux que d’Alice LOCKETT, son premier flirt ; et encore ne décèle-t-on aucune trace de romantisme ou d’amour véritable dans les vers comiques qu’il lui adressa. Finalement, quand il se maria avec Charlotte TOWNSHEND, ce fut uniquement sur la base d’une camaraderie, pour aboutir à un mariage blanc. Cet avaricieux affectif tient que si la femme est biologiquement adonée à son instinct par sa fonction de procréation, l’homme peut et se doit presque de transformer son énergie sexuelle, échappant aux filets féminins. C’est ainsi qu’il se justifie de ne jamais avoir véritablement aimer. D’ailleurs, on trouve tout dans ses pièces, hormis la passion. On y décèle plutôt même de sévères opinions sur les femmes qu’il considère comme agresseurs dans le duel des sexes. A deux exceptions près, toutes ses héroïnes sont nettement déplaisantes et virtuellement asexuées. Leurs corps sont desséchés à l’image de leurs cerveaux, et, dans la poursuite du mâle, sont dépourvus de sex-appeal. Alors qu’il valorise ses héros, il va jusqu’à faire de sa CLEOPATRE – son chef d’œuvre – une mauvaise bête cruelle, sans cœur ni âme, une vipère sensuelle du Nil, une prostituée …

SHAW est né à Dublin le 26 juillet 1856,, à 0 h 40 m selon le souvenir de sa sœur, au lever précisément d’une conjonction Lune-Uranus au semi-carré de Saturne en Cancer, lequel est conjoint à Mercure maître de l’AS, outre que sa conjonction Soleil-Vénus est au carré de Pluton.

Nous avons là une occasion de faire connaissance avec la conjonction de la Lune avec le sec et dur Uranus, qui bloque l’affectivité, sinon en libère des produits refoulés, c’est-à-dire non élaborés, primitifs, sur un mode d’hostilité. Il suffit, pour s’en convaincre de voir d’autres cas de cette configuration chez les artistes.

Les peintres ont particulièrement la ressource de  livrer leur anima, d’exprimer l’image de la femme sur leurs toiles. Ils la représentent avec saveur et bonheur lorsqu’ils ont une conjonction ou même un aspect luni-vénusien : BOUCHER, BONNARD,  CARRIERE, COURBET, CHARDIN, DELVAUX, FRAGONARD, MANET, MATISSE, REYNOLDS, RENOIR, VUILLARD, VELAZQUEZ, WATTEAU … Avec eux, à des titres divers, c’est le règne du cœur, de la félicité de la féminité par la grâce, le charme, la beauté, la sensualité ou la gourmandise amoureuse. Or, c’est un autre tableau que nous apercevons avec la conjonction Lune-Uranus. Eugène DELACROIX (Charenton, 26/04/1798, e.c.), qui a peu de vie amoureuse, se méfie des femmes et tient l’amour comme « le plus dangereux ennemi des artistes », et il peint essentiellement des femmes esclaves, suppliciées, immolées, véritable chair souffrante. Au cœur du XIXe siècle, où Alexandre CABANEL (Montpellier, 28/09/1823, 24 h e.c.) sculpte une « Naissance de Vénus » rose et dodue qui vaut à son auteur la légion d’honneur et l’Institut (lever d’une Lune du Cancer avec passage au FC du Soleil de la Balance où trône Vénus), Jules GARNIER (Paris, 22/01/1847, 7 h e.c.) lui qui a une conjonction luni-uranienne du Bélier au carré de l’AS, doit sa célébrité à un tableau de constat d’adultère : « Flagrant délit », scène de la plus terrible humiliation féminine qui soit : tandis que l’amant en caleçon est tenu ferme par deux agents, la pauvre femme nue se cache la tête dans ses bras accoudés au coin de la chambre. Tandis que Paul CEZANNE (Aix-en-Provence, 19/01/1839, 1 h e.c.), marié mais vivant en célibataire, ne peint que sa « vieille bourrique » de servante, au service ce son art. Et dans sa vision plutonienne de la hideur, Bernard BUFFET(Paris, 10/07/1928, 6 h e.c.) n’épargne pas son défilé de femmes affreuses qu’il fait passer par son style uranien anguleux et contracté : corps squelettiques, bras décharnés, chairs plissées, rictus pénibles … Et avec l’opposition des deux astres, c’est encore Egon SCHIELE (Tulln, 12/06/1890) qui, dans son esthétique du trait qui griffe, mord, abîme, se livre à un exhibitionnisme dégradant du corps féminin.

Toutefois, la configuration locale, comme la lunaire ici, passe par l’ensemble qui l’enveloppe, si bien qu’il faut repasser par le style général de la dominante qui donne la note au sommet. On peut, en effet, en juger par la comparaison de quelques hommes du pouvoir « chauds » et « froids » : Jupitériens : CHARLES VI, FRANCOIS Ier, HENRI IV, Louis XIV, NAPOLEON, EDOUARD VII de Grande-Bretagne. Saturniens : CHARLES-QUINT, PHILIPPE II d’Espagne, CHARLES V , HENRI II,   LOUIS XIII, MAZARIN, ROBESPIERRE, LINCOLN, SADI CARNOT, WILSON, DOUMER, CHAMBERLAIN, SALAZAR…

On peut considérer que, globalement, le jupitérien, sensoriel extraverti, est enclin à être amoureux, plus ou moins sous l’empire de ses besoins et désirs, comme le saturnien, dans sa cérébralité introvertie, plus ou moins inémotif, tend à faire barrage à sa vie instinctuelle et à se défendre contre la passion. Ce découpage n’en est pas moins abrupt car les choses de la vie sont plus subtiles. Ainsi, l’amour qu’éprouve le jupitérien Victor HUGO, teinté d’un romantisme vivifiant, est une aventure heureuse et enrichissante, qui a le goût du bonheur. A l’inverse, pour les saturniens VIGNY, MUSSET et CHOPIN, la passion est déprimante, parce que animation romantique d’une inquiétude, la faisant plus ou moins vivre comme une pénitence, une épreuve, un drame. Mais alors, ils aiment eux aussi, à la manière de leur nature saturnienne. Et même, toutes inhibitions libérées, avidement, tel le Lovelace MUSSET.

Rien n’est simple – on le savait déjà – sous la voûte étoilée et, plus encore, au sein du cœur humain. Ainsi, s’il existe un tempérament jupitérien appréciateur de la vie et des gourmandises terrestres de l’existence, son sensualisme n’est pas inexorablement conduit à une vie amoureuse fracassante. De même que si le tempérament saturnien est plutôt ascétique, il n’est pas nécessairement confiné au célibat, la manière d’aimer saturnienne pouvant même basculer dans l’avidité et la boulimie.

Ce contraste Jupiter-Saturne saisi, on peut maintenant formuler la composition du tempérament amoureux en retenant le trio des chauds : Vénus-Mars-Jupiter, aussi bien sur fond lunaire que solaire. C’est la constellation de l’hédonisme : plaisir, volupté, luxure. Ici encore, aucun cas « d’homme à femmes » n’est comparable à l’autre sur une série ouverte : donjuanisme, libertinage, paillardise, débauche, priapisme orgiaque, satyriasis.

Voyons cela :

CHARLES VI (Paris, 4/12/1368, 3h) : Besoins érotiques impérieux, fringale d’aventures galantes innombrables. Angularité Mars-Jupiter avec conjonction Soleil-Vénus.

LOUIS Ier d’Orléans (Paris, 13/03/1371, 2 h) : Le frère de Charles VI (qui eut la tête tranchée par Jean-sans-peur à trente-six ans) fut le don Juan de son époque et alla jusqu’à être l’amant de la reine, sa belle-sœur, Isabeau de BAVIERE. Lune-Gémeaux au DS avec conjonction Soleil-Mercure-Vénus en Bélier et conjonction Mars-Jupiter en Taureau.

CHARLES VII (Paris, 22/02/1403, 2 h) : Au-delà de la grande passion pour Agnès Sorel, il y a l’homme sur sa fin de vie qui, bien qu’infirme, tombe dans un érotisme sans frein. Trigone angulaire Vénus-Bélier/ Mars-Sagittaire avec carré Lune-Mars.

CHARLES VIII (Amboise, 30/06/1470, 2 h) : La guerre et l’amour sont les deux thèmes dominants de sa vie, ses campagnes étant prétexte à courir la gueuse. Sextil angulaire Vénus-Gémeaux/Mars-Lion.

FRANCOIS Ier (Cognac, 12/09/1494, 22 h) : On connaît la passion du roi chevalier pour les jeux de la guerre et du baiser, pourfendant pour la joie de magnifier le beau geste. A quinze ans, il est déjà un colosse d’un mètre quatre-vingt-dix, mis en appétit par les demoiselles, les parisiennes surtout. Devenu roi, il écume l’île Saint-Louis, la Cité, la Montagne Sainte-Geneviève, comblant de charges honorifiques les maris trompés, et ne se déplaçant jamais sans une escorte de filles galantes. Une vie érotique qui finit dans la recherche frénétique de frissons que ses sens usés ne lui accordent plus. Quand il meurt à cinquante-deux ans, il ressemble à un vieillard et une autopsie révèle des entrailles pourries. Conjonction Vénus-Mars du Lion au FC en opposition de la Lune au MC, avec une conjonction Soleil-Jupiter  en pointe de V. L’ensemble de la constellation dionysiaque.

Philippe LANDGRAVE DE HESSE (Marbourg, 13/23-11-1504, 5 h 45) : Prince qui a défrayé la chronique érotique de l’époque et que l’on a dit pourvu de trois testicules. Triple conjonction Soleil-Vénus-Mars  du Sagittaire en I, avec Jupiter au MC et AS-Scorpion.

HENRI IV (Pau, 14/12/1553, 1 h 30 m) : On connaît non moins l’histoire du Vert-Galant avec son tempérament passionné, impérieux et tumultueux, trousseur de cotillon à l’humeur gaillarde et incapable de vivre sans femmes au point d’en perdre le boire et le manger ; jusqu’à son « démon de midi » dont l’objet obsessionnel était une jeunette de quinze ans ! On lui a compté cinquante-six maîtresses. Triple angularité de Mars-Capricorne, de Jupiter-Balance (AS) et de la Lune du Bélier, avec Vénus, maîtresse d’AS, en Scorpion.

PHILIPPE IV d’Espagne (Valladolid, 8/04/1605, 22 h) : Très frivole monarque qui vécut le conflit du donjuanisme et de la dévotion fanatique compensatoire. Soleil-Bélier et Mars-Taureau avec conjonction Mercure-Vénus en Poissons au FC au carré d’une conjonction Lune-Saturne du Sagittaire en I.

Comte Roger de BUSSY-RABUTIN (Epiry, Nièvre, 13/04/1618) : Libertin célèbre de son époque. Triple conjonction Soleil-Vénus-Mars en Bélier avec Lune fin-Scorpion ou entrée-Sagittaire.

Don Miguel MANARA (Séville, 3/03/1627) : Il s’agit du sulfureux Don Juan de l’histoire. Don Miguel adolescent décide de devenir le héros légendaire de la pièce de Tirso de Molina. De quinze à vingt ans, il va incarner pleinement le destin de Don Juan : venir à bout de toutes les femmes, prendre leur corps, tromper leur âme, tuer leurs maris, pères et frères, et disparaître aux enfers emporté par la statue du Commandeur, père d’une belle qu’il a assassiné. Destin de conquêtes, de triomphes, de folie dans le goût luciférien du péché. C’est le chevalier à rebours, allant à l’encontre de la morale, des mœurs, de l’amour, magnifiant le scandale : séduire pour séduire puis pour réduire, asservir, humilier, jouir de mépriser ses conquêtes, se surpasser dans la débauche et l’horreur (séduction d’une religieuse, inceste en tuant …). A vingt ans, il est touché par l’amour quand il rencontre Dona JERONIMA. Elle a quinze ans ; il vénère sa pureté parce qu’il a déjà atteint l’abîme de l’écoeurement et de la puanteur de lui-même. Il l’épouse et entre dans la fidélité comme en religion. C’est un grand amour qui va durer de vingt à trente-trois ans quand il devient veuf. Alors, tout se renverse une nouvelle fois : il est terrassé par la foi, une foi qui est son chemin de Damas. Il s’humilie, va tendre la main pour les pauvres le dimanche matin devant la cathédrale de Séville et les martyrs deviennent son univers. Il renonce à sa fortune et à son palais, bâtit une chapelle et un hospice, se consacrant aux misérables, vivant pendant vingt ans dans la prière et la charité comme un saint … Dommage que nous ne connaissions pas son heure de naissance. Il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait pas tellement d’érotisme dans ses astralités. Le donjuanisme de Don Miguel est essentiellement fait d’un orgueil luciférien qui tourne le dos à l’amour, visant sadiquement à détruire la femme, représenté qu’il est par une opposition de Vénus de fin-Verseau à Uranus de fin-Lion, dissonance majeure amplifiée par un double carré que leur fait Jupiter, le contrepoids masochiste de la pénitence étant une conjonction Lune-Saturne en Vierge. D’où l’impitoyable traitement qu’il s’inflige, retournement dans lequel, à son tour, il se prend pour cible, dans le cadre de sa nature Poissons.

Duc de LAUZUN  (Château de Lauzun, Gascogne, 12/12/1635, 15 h 30 m) : Le séducteur de la cour de Louis XIV, qui épousera la Grande Mademoiselle et remettra cela à soixante-trois ans avec une jeunette de seize ans, sans finir sa carrière amoureuse. Triple conjonction Soleil-Mercure-Vénus en Sagittaire en VII, avec Jupiter-Vierge et Mars-Balance en V, la Lune culminant.

Cardinal Guillaume DUBOIS (Brive-la-Gaillarde, 6/09/1656) : Grand amateur de réceptions et « parties fines » jusqu’à la fréquentation des prostituées. Il en tombe malade, au point que l’on dût lui trancher les « parties naturelles » qui étaient pourries … Triple conjonction Soleil-Vénus-Mars en Vierge, au carré de Jupiter en Gémeaux, la Lune étant en Bélier.

Régent Philippe D’ORLEANS  (Saint-Cloud, 2/08/1674, 15 h) : L’homme des fameux « petits soupers » de la Régence, un festival de débauche ! Usé prématurément par une vie de jouissance menée à train d’enfer, il finit dans la pourriture et le gâtisme. Le Soleil du Lion en VIII ( !) est au double carré d’une opposition de Mars du Taureau en V à Jupiter du Scorpion en XI, tous deux au sextil et trigone d’une conjonction Mercure-Vénus en Vierge.

Duc de RICHELIEU (Paris, 13/03/1696) : Le don Juan du XVIIIe siècle, grand libertin du règne de Louis XV. Ce bourreau des cœurs commence sa carrière amoureuse à ses quinze ans et la finit en épousant à quatre-vingt-quatre ans une veuve de trente-cinq ans. On soutient même qu’il eut une aventure complète à l’approche de ses quatre-vingt-dix ans avec une blonde de vingt printemps. Véritable collectionneur de conquêtes. Conjonction Soleil-Neptune en Poissons (en VIII sans doute) en opposition de Jupiter et en aspects mineurs d’une opposition Vénus-Pluton, qu’aspecte Mercure du Bélier.

Maréchal Maurice DE SAXE (Goslar, 28/10/1696) : Libertin célèbre pour ses nombreuses aventures galantes, notamment avec la duchesse Anna de COURLANDE, future impératrice de Russie, la duchesse de BOUILLON et Adrienne LECOUVREUR. Soleil, Mercure et Vénus en Scorpion, avec conjonction Lune-Mars en Sagittaire.

G. L. comte de BUFFON (Montbard, Côte d’Or, 7/09/1707) : Grand amateur de filles galantes et de tendrons. Epouse à quarante-cinq ans une belle de vingt printemps, ce qui ne l’empêche pas de finir en vieux galantin. Avec sa triple conjonction Soleil-Mercure-Jupiter au trigone de la Lune, ce jupitérien sanguin typique donne toute sa mesure à une Vénus du Lion bien entourée.

LOUIS XV (Versailles, 15/02/1710, 8 h 03 m) : Les grandes souffrances du conflit d’un Eros hypertrophié et de la culpabilité d’une conscience religieuse avec le typique carré de Vénus du Bélier à l’AS à Saturne du Cancer au FC, Vénus étant au sextil de Mars, et avec un Jupiter du Sagittaire sortant de la culmination, au trigone de l’AS, carré au Soleil et sesquicarré à Vénus. Après les comtesses et les marquises, le goût de plus en plus marqué du monarque vieillissant pour les filles de basse condition, rejoignant ici sa Lune de la Vierge en VI.

CASANOVA (Venise, 2/04/1725) : Il serait né, je le crois du moins, au lever du jour, ce qui doublerait le Soleil-Bélier d’un AS-Bélier – rien ne sied mieux à l’instinct de conquête de ce séducteur – mais je n’ai pas trouvé de source qui accrédite cette précision horaire, n’en existant aucune. C’est l’aventurier grand seigneur, météore flamboyant qui parcourt l’Europe (cosmopolitisme Poissons) et déverse sur son passage une pluie d’aventures féminines. Type même du libertin narcissique, joueur, aventurier, qui ne se retourne pas derrière lui, laissant le vide sur ses traces. Un beau trio Jupiter-Mars-Vénus, avec Mars maître du Soleil au milieu des deux, le tout en Poissons où se trouve également Mercure.

H. G. comte de MIRABEAU (Le Bignon, Loiret, 9/03/1749) : Une longue carrière amoureuse qui commence à treize ans et fait des ravages partout où il passe, notamment à la cour de Louis XVI où il « ramasse » marquises, bourgeoises, courtisanes et chambrières. Un véritable priapisme qui ne s’éteindra qu’à sa mort. Une conjonction Soleil-Jupiter des Poissons au carré de Mars le campe dans sa puissance, qu’accompagne une conjonction Vénus-Uranus du Verseau au carré d’une insatiable conjonction Lune-Saturne du Scorpion.

GEORGE IV d’Angleterre (Londres, 12/08/1762, 8 h) : L’un des hommes les plus séduisants de son temps, mais vite entraîné sur la pente d’une vie dissolue : la débauche et ses scandales. Vénus à l’AS est au carré de Pluton au FC, configuration s’intégrant par semi-carrés et sesquicarrés à une opposition de conjonction Lune-Mars du Taureau en VIII à Mars du Scorpion, lequel est au double carré de son Soleil du Lion.

NAPOLEON (Ajaccio, 15/08/1769, 11 h ½) : Outre ses deux épouses, une soixantaine de maîtresses, selon l’inventaire historique. Mais cet amant timide et brutal, aux étreintes expéditives, a de pauvres harmoniques amoureuses et n’est pas aimé conjugalement, famille comprise, son bilan affectif étant médiocre. Jupiter-Scorpion-AS  trigone à Vénus et sextile à Mars, mais affreuse opposition Lune-Capricorne/Saturne-Cancer.

JEROME de Westphalie (Ajaccio, 15/11/1784, 14 h) : Il n’en va pas de même de son petit frère Jérôme,  lui pour qui les femmes sont la grande affaire de sa vie, avec ses actrices et danseuses, sa brochette de maîtresses et d’enfants naturels. Une conjonction Lune-Vénus du Sagittaire culmine, assistée du pouvoir érotique d’une conjonction Soleil-Mars du Scorpion en VIII.

Alexandre DUMAS père (Villers-Cotterêts, Aisne, 24/07/1802, 5 h 30 m) : Colosse torrentiel et irrésistible en amour, bouillant don Juan cueillant les femmes pour le désir, courant des lingères aux actrices. Une femme ne lui tend seulement que la main que déjà il la prend dans ses bras. A soixante-cinq ans, il reçoit encore de brûlantes déclarations et il ne résiste jamais … Un Soleil du Lion à l’AS, au sextil d’une Lune conjointe à Mars en Taureau, avec une conjonction Vénus-Jupiter en Vierge opposée à Pluton.

NAPOLEON III (Paris, 20/04/1808, 1 h) : La multitude des incartades extra-conjugales d’un empereur qui n’a pas cessé de vivre des histoires amoureuses. En dépit d’un Saturne dominant qui signe spécifiquement l’homme politique et sa chute du pouvoir, apparaît ici la part des conjonctions Soleil-Mars et Mercure-Vénus en Bélier.

Auguste RODIN (Paris, 12 novembre 1840, 12 h) : Au plus érotique des sculpteurs se joint un homme pétri de passion et à la vie amoureuse tourbillonnante. Le jupitérien sanguin parfait d’une conjonction Soleil-Jupiter du Scorpion au MC, en triangulation harmonique avec une opposition Mars-Uranus.

Guy de MAUPASSANT (Tourville-Arques, S.I., 5/08/1850, 8 h) : Normand vigoureux, conquérant éperdu de femmes ; « Bel-Ami » en personne, ravageant les cœurs, cynique et tendre. Le mâle fier que la passion amoureuse, quand elle tournera à l’obsession, conduira aux portes de la folie. Une triple conjonction Vénus-Mars-Jupiter de la Vierge est à l’AS, avant que la détruise un trio plutonien de la VIII.

Gabriele D’ANNUNZIO (Pescara, 12/03/1863, 8 h) : Le volcanique pâtre des Abruzzes emporté par son torrent de vie passionnelle. Condottière collectionneur impénitent d’aventures amoureuses plus extravagantes les unes que les autres, jouisseur effréné laissant dans son sillage une hécatombe de victimes. Conjonction AS-Pluton en Taureau avec lever de Vénus en Bélier, trigone à la Lune du Sagittaire qui reçoit une opposition d’Uranus.

Bénito MUSSOLINI (Predappio, 29/07/1883, 14 h) : Le Duce aux innombrables maîtresses qui défilent dans son palais à un rythme soutenu, intercalées entre l’expédition des affaires : à peine entrées dans son bureau, il les jetait sur la banquette  rembourrée dans l’embrasure de la fenêtre, puis les congédiait sans façons … Conjonction Vénus-Jupiter du Cancer en VIII au trigone de l’AS-Scorpion, la Lune étant en conjonction de Mars en Gémeaux.

Philippe PETAIN (Cauchy-la-Tour, Pas-de-Calais, 24/04/1856, 22 h 30 m, e.c.) : « J’ai aimé par dessus tout deux choses dans la vie : l’amour et l’infanterie ». Maréchal gaillard aux conquêtes féminines innombrables jusqu’à la fin de sa longue vie, en Taureau chez qui s’alignent au méridien Vénus du Bélier au FC face à Mars de la Balance au MC. 

Il est manifeste que le lot de ces plus célèbres amoureux et érotiques de l’histoire confirme le blason de la constellation dionysiaque : conjonction Soleil-Vénus-Mars, conjonction Vénus-Mars-Jupiter, combinaison mettant en avant cette quadruplice astrale, souvent en signes printaniers ou estivaux ; avec du Soleil en VIII. On aurait pu s’attendre à davantage de Scorpion. La note Poissons émerge : la dialectique du plus petit resserrement de l’être (il y a des embastillés, des exilés, des jouisseurs qui font pénitence) et de l’extrême dilatation de l’être en se répandant dans l’espèce féminine : un lien est possible entre la dissémination de sa semence et la mystique de se dissoudre dans l’infini.

Ce tableau pourrait être complété par l’espèce particulière qu’est le « caïd » qui s’apparente surtout à la valeur brutale d’une conjonction Soleil-Mars hyper-virile, autoritaire, dominatrice et contraignante, voire tyrannique,  emprise qui dégénère en « maquereau ». Le style du mâle « dur » évoque le comédien Jean GABIN (Paris, 17/05/1904, 2 h, e.c.) à la conjonction du Taureau, dans ses films de jeunesse. On rencontre d’ailleurs une conjonction Soleil-Mars chez des caïds représentatifs : Lucky LUCIANO (Lercara Friddi, Palerme, 24/11/1897, 12 h, e.c.) qui régna sur plus de mille belles de nuit à New York ; et son quasi-jumeau astral Vito GENOVESE (Tufino/Naples,  21/11/1897, 5 h 30 m.e.c.) qui contrôlait la plupart des maisons closes de Naples. Et encore Jeannot GUIDICELLI (Pietralba, Corse, 1/12/1914, 4 h.e.c.) businessman du plaisir nocturne sur la Cöte d’Azur ; Antoine GUERINI  (Calenzana, Corse, 2/03/1902, 15 h. e. c.), gros manitou de la prostitution en France …

 

 

LE  COMPLEXE  DE  VIRILITE

Aux temps premiers où la psychanalyse cherchait ses bases, FREUD identifia dans le « continent noir » (allusion à son mystère) « De la Sexualité féminine » (voir aussi « Trois Essais sur la théorie de la sexualité »), trois catégories de femmes, intitulées : la renonciatrice, la revendicatrice et l’acceptatrice.

Sous l’appellation du premier type féminin se présentent, au plus prononcé, les femmes qui ont renoncé à l’homme et se sont acheminées vers l’état de vieille fille. Ce sont souvent des filles dévouées qui ne quittent pas leurs parents, consentant à vivre sous leur dépendance ou dans le milieu familial, leur sexualité étant plus ou moins ensommeillée ou susceptible de déplacements plus ou moins innocents.

Avec le second type, une composante de virilité de la femme peut se constater de différentes façons. Telles, par exemple, les femmes indépendantes, plus ou moins révoltées, parties seules à la conquête de la vie, d’esprit féministe. Ces femmes restées aux positions phalliques de la libido (considérées généralement clitoridiennes) aspirent à la liberté sexuelle, revendiquent l’égalité des sexes et peuvent aller à l’homosexualité. Elles se conviennent en femmes d’affaires, en intellectuelles, en militantes, qui rivalisent avec l’homme sur le terrain de l’esprit. Elles préfèrent gagner leur vie plutôt que de dépendre économiquement de leur compagnon, et, d’ailleurs, se réalisent mieux en individu qu’en femme, par leur travail créateur, étant plus faites pour le succès que pour le bonheur. En amour, elles souhaitent trouver un homme qui soit leur égal, un partenaire digne d’elles, mais elles tombent plutôt sur l’homme faible qu’elles attirent et qui les décevra, auprès duquel elles se montrent maternelles. Mariées et mères, elles se font à leur vie féminine, mais peuvent demeurer insatisfaites par frigidité ; laquelle peut être source d’aventures amoureuses généralement décevantes.

L’acceptatrice, que FREUD laisse plus deviner qu’il ne l’a dépeinte, appartient au type de la femme douée de réceptivité immédiate, en accueil d’amour, s’éprouvant moins comme individu séparé que comme compagne, heureuse d’être en couple, même pouvant ressentir l’acte sexuel comme une acceptation qui a le charme oblatif de  l’abandon amoureux, se fondant sur la sûreté de son instinct et de son intuition.

Naturellement, ces types se rencontrent rarement à l’état pur. Selon Marie BONAPARTE, «la même femme peut, par une partie d’elle-même, renoncer, par une autre se cramponner à sa virilité, par une autre encore accepter féminité et maternité. D’où des conflits et le tableau infiniment varié et nuancé de la vie ».

Au même niveau d’état premier d’une approche astrologique simplifiée, ces trois types féminins se laissent aisément reconnaître dans la conjonction ou la dissonance Lune-Saturne avec la renonciatrice, la conjonction ou la dissonance Lune-Mars avec la revendicatrice et la conjonction ou l’harmonique Lune-Vénus avec l’acceptatrice, la Lune étant dans tous les cas le « noyau féminin » exprimé par Hélène DEUTSCH  dans sa « Psychologie des femmes » : « Si les composantes mentales qui ne ressortissent pas de la féminité ne sont pas dans une relation harmonieuse avec le noyau féminin, d’insolubles conflits se présentent qui se manifestent par des symptômes névrotiques ». 

Mais que reste-t-il de ce trépied, et surtout du « complexe de virilité » centré sur « l’envie du pénis », depuis que les contestataires de « 68 » ont bousculé, non sans quelque raison, le père de la psychanalyse avec ses préjugés d’homme, et derrière ses condisciples féminines : Hélène DEUTSCH, Mélanie KLEIN, Karen HORNEY, voire Maryse CHOISY ? Les vues premières de FREUD ne peuvent être retenues que comme ligne générale, compte-tenu aussi que la femme d’il y a un siècle n’a plus du tout la même vie que celle d’aujourd’hui. Surtout depuis la révolution du mouvement féministe de 1968, alors que Neptune traversait le Scorpion. De même que la relation d’aspect de la Lune avec le trio Saturne-Mars-Vénus trace une signalétique foncière qui appelle un dépassement de ce cadre.

Veut-on prendre l’exemple de femme virile à laquelle on pense le plus souvent, évoqué d’ailleurs par Hélène DEUTSCH : George SAND ? Gustave FLAUBERT écrivit à sa vielle amie qu’il appelait :Chère maître bien-aimée : Sous quelle constellation êtes-vous donc née pour réunir dans votre personne des qualités si diverses, si nombreuses et si rares ? Je ne sais pas quelle espèce de sentiment je vous porte, mais j’éprouve pour vous une tendresse particulière et que je n’ai ressentie pour personne jusqu’à présent .Je me demande, moi aussi, pourquoi je vous aime. Est-ce parce que vous êtes un grand homme ou un être charmant ? En quand pour la première fois, Frédéric CHOPIN la rencontre, sa réaction  est négative : Qu’elle est antipathique, cette Sand ! Et est-ce bien une femme ? J’arrive à en douter. Un soupirant de Marie DORVAL dira aussi : Je n’aime pas Madame Sand, c’est un joli garçon. Porter costume masculin et fumer le cigare n’est assurément pas des manières de femme, et il fallait la force de personnalité d’un lever de Jupiter avec un AS en Scorpion bouclant un grand trigone avec son trigone Soleil-Pluton, pour que cette grande dame s’impose en son temps dans la liberté entière de ses goûts masculins.

Pourtant, on ne relève qu’un semi-sextil Lune-Mars dans son thème. Mais la Lune, maîtresse du Soleil en Cancer, est dans le signe martien du Bélier et quittant l’opposition d’Uranus, tandis que Vénus, en signe solaire du Lion, est au carré de Mars en signe vénusien du Taureau. Ce qui montre, notre cas étant flagrant, que le « noyau » féminin s’élargit à l’ensemble des données luni-vénusiennes, notamment au signe martien du Bélier.

La Lune en Bélier est, avec la conjonction et la dissonance Lune-Mars, une des signalétiques du complexe de virilité. Observation ainsi faite avec la comtesse de COSEL, la terrible maîtresse du faible roi  AUGUSTE II de Saxe (avec opposition à Soleil-Mars). La duchesse Anne de LONGUEVILLE (Vincennes, 27/08/1619) , héroïne, instrument et mobile de la Fronde, qui fit tirer le canon contre Louis XI ; LOUISE-ULRIQUE de PRUSSE, reine de Suède toute à ses complots et manigances politiques. Luise OTTO-PETERS (Meissen, , 26/03/1819) pionnière du féminisme allemand. L’impératrice EUGENIE (Grenade,5/05/1826) , femme de tête, en confrontation avec Napoléon III. Louise COLET, bas-bleu tapageur et ravageur. Camille CLAUDEL (Fère-enTardenois, Aisne, 8/12/1864) (avec opposition à Soleil-Mars), au génie brisé par l’homme aimé et  par un frère odieux. Virginia WOOLF (Londres, 25/01/1882), au féminisme militant et se voulant « la femme la plus libre d’Angleterre ». Voire Simone de BEAUVOIR dont la Lune, à 29° 41 des Poissons, sur le point d’entrer dans le signe, outre qu’elle est conjointe à Mars à 1° du Bélier, brillante illustration de l’auteur du « Deuxième sexe ». Outre une Jacqueline KENNEDY (Southampton, 28/07/1929, 14 h 30 e.c.) femme d’affaires avisée. Il peut aussi jaillir de l’outrance avec une telle position lunaire, à la manière extrême, masculine cette fois, d’un Alfred JARRY …

Mais on trouve aussi cette donnée chez Marceline DESBORDES-VALMORE (Douai, 27/06/1786) dont rien de ce que nous connaissons d’elle ne la fasse supposer virile. Il semble qu’elle ait vécu cette Lune du Bélier en  âme en feu, sensibilité fébrile d’un cœur douloureux ; sans doute parce que cette Lune est maîtresse de l’AS avec conjonction Vénus-Uranus exacerbée en Cancer. Ce qui est sans doute aussi le cas d’une Ingrid BERGMAN, en un beau trigone Lune-Vénus angulaire.

Mais, pareillement, les cas de dissonances Lune-Mars et de Lune en Bélier ne suffisent pas à couvrir l’espace du monde des femmes viriles. C’est ce que confirme l’observation et seulement quelques cas décisifs vont nous édifier sur ce point.

LOUISE DE PRUSSE (Hanovre, 10/03/1776, 7 h, bapt.) : Héroïne nationale toute à sa passion guerrière pour chasser Napoléon de son pays, ameutant les chancelleries et galvanisant le courage de son peuple ; colonel de régiment sur son cheval en tunique militaire, coiffée d’un casque de lanciers et brandissant son sabre, défendant sa patrie contre « le monstre ». Son Mars est à la fois conjoint au Soleil et à l’AS-Bélier, avec une Lune en Scorpion.

Flora TRISTAN (Paris, 7/04/1803, sans heure, e.c.). « Tout homme, si opprimé soit-il, trouve un être à opprimer, c’est sa femme ; elle est la prolétaire du prolétaire ». Initiatrice française du féminisme prônant l’indépendance de la femme et combattant pour l’amour libre et le divorce : un Soleil du Bélier en opposition d’une conjonction Lune-Uranus en Balance, en double carré de Mars en Cancer.

COLETTE (Saint-Fargeau, Yonne, 28/01/1873, 22 h,e.c.) : Une petite campagnarde hissée à l’avant-garde du tout Paris de la Belle-Epoque. La femme libérée par excellence, au point, finalement, de se soustraire à l’emprise du mal d’aimer : L’amour n’est pas un sentiment honorable ! Seulement est-il une fièvre un peu honteuse dont on s’accommode tant bien que mal. Mieux vaut le mépris avec l’arrachement à cette dépendance par goût d’appartenance à soi : liberté chérie, sans craindre l’insolence ni le scandale. Ici parle le caractère d’une conjonction Soleil-Lune du Verseau qui est à l’opposition d’Uranus, au double carré de Mars maître de VII en Scorpion .

Coco CHANEL (Saumur, 19/08/1883, 16 h. e.c.) : Avec cette reine de la mode, adieu corsets, jupons, chignons, chapeaux garnis, boutonnages, laçages, agrafages … Cheveux coupés ; jupe courte, robe simple et même pantalon élégant avec chandail ou veste de coupe masculine. Dans son corps et sa mise, la femme est libérée. A son tour, Mars prévaut, dans les Gémeaux au DS et au trigone du MC, ainsi qu’au sextil du Soleil en Lion, outre que la Lune est à l’opposition d’une sèche conjonction Mercure-Uranus en Vierge.

Marthe HANAU (Paris, 1/01/1886, 22 h, e.c.) : La parfaite « garçonne » des années folles : affranchie, impérieuse, désinvolte, insolente, cheveux courts gominés, tailleur strict, long fume-cigarettes, casquée de cuir dans sa Torpédo, déguisée en homme barbu pour que cette banquière puisse entrer à la Bourse, homosexuelle libre …Avec elle, Mars de la Vierge est à l’AS et au carré du MC, accosté d’une conjonction Jupiter-Uranus en I, la Lune du Sagittaire étant à l’opposition de Pluton.

Clara ZETKIN (Widenau, Saxe, 5/07/1857, 23 h 15, e.c., A. Muüller) : Grande militante de la classe ouvrière allemande, emprisonnée pour avoir organisé à Berne une conférence internationale des femmes contre la guerre en 1915 et finissant présidente de l’Internationale des femmes en Union Soviétique. Ici se conjuguent le noyau lunaire d’une opposition de l’astre au MC à une conjonction Soleil-Mars du Cancer au FC, avec, en plus une conjonction Vénus-Uranus et un AS en Bélier.

Car il est clair que ce noyau féminin lunaire est débordé par la simple tendance masculine du caractère : un tempérament martien donne à la femme des goûts masculins, avec ou sans « complexe de virilité ». En outre, on voit dans cet échantillon de cas au sommet un rôle particulier joué par Uranus, comme si la tendance de l’astre visait à s’affranchir aussi du lien amoureux, à se déprendre de l’autre dans un besoin d’appartenance à soi individualiste. Il est bon de rappeler la crise matrimoniale occidentale apparue aux passages successifs et croisés d’Uranus et de Pluton dans le VIIe signe : la Balance (1969-1984). Phénomène de société impressionnant : chute libre des mariages, effondrés d’un tiers en France, et éclatement des couples multipliant les divorces, la femme s’étant rebiffée contre l’inégalité économique et sociale des sexes dont elle est encore victime. Pour en arriver de plus en plus à la « cohabitation hors mariage ».

Il faut aussi ajouter qu’il n’est pas toujours facile de faire la part des choses. Ainsi, la galerie des femmes fortes est riche de natives du Taureau : ISABELLE LA CATHOLIQUE, CATHERINE DE MEDICIS, MARIE-THERESE DE HABSBOURG, CATHERINE II, OLYMPE DE GOUGE, GERMAINE DE STAEL, IMPERATRICE EUGENIE, GOLDA MEIER … Dans la mesure où le signe est porteur de vitalité physique, le reste aidant, il fait facilement des maîtresses-femmes, bien qu’il ne soit pas en lui-même virilisant (sa signature est Vénus-Lune), mais son potentiel de force viscérale  se met aussi bien au service des éléments virils du caractère.

Un cas représentatif du genre est MARIE-THERESE DE HABSBOURG, jupitérienne en pleine forme et en abondance maternelle, mais non moins d’un autoritarisme castrateur avec son opposition luni-martienne sortant de l’horizon et au double carré d’Uranus. Opposition que l’on retrouve chez son fils aîné Joseph, sa Lune étant au surplus conjointe à Uranus. Bien que celui-ci soit devenu empereur au décès de son père (qui n’avait pas eu droit au chapitre), la veuve n’en garde pas moins tout le pouvoir jusqu’à sa mort survenue quinze ans plus tard !

En 1757, FREDERIC II le Grand est tout près d’absorber son poison et déclare : Le fortune me tourne le dos, elle est femme et je ne suis pas galant. J’aurais dû m’y attendre ; elle s’est déclarée pour les dames qui me font la guerre. Il se voit, en effet, combattu par la coalition de trois femmes viriles : MARIE-THERESE, la POMPADOUR et la tsarine ELISABETH. Dans son thème, la Lune est en opposition d’une conjonction Soleil-Mars.

Un retournement menace, en effet, l’homme qui tend à subir l’agressivité plus ou moins castratrice de la femme dans la dissonance luni-martienne. Si MARIE-ANTOINETTE a une Lune au carré de Mars qu’aggrave Saturne par carré à la première et opposition au second, LOUIS XVI –« le pauvre homme » -  a le semi-carré d’une Lune du Scorpion à Mars de la Vierge en I qui lui renvoie la balle. De même, si ALEXANDRA DE RUSSIE a une conjonction Soleil-Lune-Mars à l’AS, le tsar NICOLAS II a une Lune du Bélier (en VIII) au carré d’une conjonction Vénus-Uranus. Dans son « Histoire de la Révolution russe », Léon Trotsky déclare : «  La ressemblance du dernier couple des Romanov et du couple royal français à l’époque de la grande Révolution saute aux yeux (…). L’Autrichienne et la Hessoise sont plus grandes que leurs souverains, non seulement par la taille, mais par le moral. L’une et l’autre ne croyaient pas en la virilité de leurs maris, regardaient ceux-ci de haut, Marie-Antoinette avec une nuance de mépris, Alexandra avec pitié. Epouses aux cervelles présomptueuses qui n’étaient, en fin de compte, que des cervelles de pécores  condamnées aux perpétuels griefs contre le mari qui n’avait pas justifié les espérances éveillées par le fiancé ». On peut encore évoquer le cas du couple MAXIMILIEN et CHARLOTTE DU MEXIQUE, avec opposition de la Lune à Mars du Bélier du premier et Lune au carré d’une conjonction Soleil-Mars de la seconde, celle-ci ayant entraîné son époux dans le désastre de l’aventure mexicaine.

Il ne faut donc pas s’étonner de l’effet dévirilisant que peut avoir une Lune du Bélier chez l’homme, qui a tendance à se soumettre à la femme, à se sentir vis-à-vis d’elle en climat d’infériorité, de dépendance, ou de relation douloureuse :HENRI II mené par Diane de Poitiers. PAUL Ier DE RUSSIE sous le joug de sa mère Catherine. LAMARTINE, enfant gâté de toutes les femmes. VIGNY, se sentant quasi-esclave de sa mère, puis de son épouse, comme de sa maîtresse Louise COLET et Anatole FRANCE, sous la coupe de Madame de CAILLAVET.

Il est, naturellement, d’autres cas de grands soumis à la femme qui n’ont pas pour autant ces configurations : CHARLES II et CHARLES IV d’Espagne, les présidents américains MADISON et HARDING, D’ALEMBERT, GREUZE, MICHELET … mais leurs cas ressortissent d’autres configurations moins spécifiques.

De surcroît, le balancier activité-passivité/impulsion-inhibition fonctionne qui renverse les situations. Tout se passe comme si, pour éviter de tomber sous la coupe de la femme, l’homme usait de l’arme de défense de  l’agressivité, la tenant comme une ennemie. Ce rapport d’hostilité est fréquent avec la Lune en Bélier : HENRI VIII d’Angleterre, le Barbe-bleue, LANDRU, BARBEY D’AUREVILLY, ZOLA, VAN DONGEN, Bernard BUFFET, l’acteur Louis JOUVET …

Il va aussi  de soi que, pour les mêmes raisons, la dissonance martienne aux luminaires puisse être vécue par la femme non comme composante virile de nature active, mais comme  infléchissement contre soi de la note agressive, le sujet devenant l’objet.

Il faut reconnaître que nous ne possédons pas toujours la clef permettant de savoir de quel côté va basculer le destin, et, plutôt que de se prononcer en la matière, il est sage d’énoncer les deux possibilités ; lesquelles, d’ailleurs, peuvent coexister sinon alterner au cours de la même existence. Si nous en restons à cette incertitude, c’est bien parce que le thème ne nous livre que la personnalité innée, l’acquise, forgée depuis l’enfance, faisant pencher le plateau davantage d’un côté ou de l’autre pour l’ensemble des personnes détenant le même thème.

LES   AMOURS   ABERRANTES

 

Nous avons déjà traité plusieurs catégories du destin amoureux et l’on pourrait continuer d’en allonger la liste : les êtes d’un seul amour, la jalousie, ceux qui se marient vieux, les mal mariés, les amours exaltantes, les amours avilissantes, que sais-je encore ? Il faut clore cette première étape d’étude de groupes pour en arriver à celle des divers aspects des manifestations de la vie amoureuse au cœur du cas individuel.

Finissons donc cette première série par l’examen de ce que l’on conviendra d’appeler les « amour aberrantes ». Qu’entendons-nous par là ? Il s’agit de ces passions d’êtres étranges et tourmentés, enclins à perdre le contact avec la vie ordinaire du couple naturel et à s’évader de ce réel amoureux, pour se jeter dans une sublimation, idéalisation ou spiritualisation qui se perd dans les nues.

Dans « Les conditions amoureuses », j’avais évoqué ce dualisme général de la grande histoire des passions humaines qui fait alterner entre le sensualiste, de la galanterie au libertinage, et le platonisme avec l’inspiration de l’idéal spirituel du cœur. D’un côté se campe l’extraverti, le sensoriel, le type Sensation, en ligne générale jupitérienne, qui penche vers le charnel de l’amour, celui des gaillardises sensuelles, des exaltations ou excitations d’Eros, propre à une tradition gauloise et bachique bien connue. De l’autre figure l’introverti, le subjectif, le type Intuition, en ligne générale saturnienne, qui met l’accent sur le pôle psychique et idéaliste. De là la tradition qui passe par l’amour courtois, chevaleresque, celui du troubadour, de Tristan et Yseult ; fleuve de l’amour galant qui se jette, parfois, dans l’océan de la passion mystique, des amants métaphysiques, des compliqués, des éperdus, des fous …

Ici, moins que partout ailleurs, on ne saurait tracer des frontières précises entre l’expression saine, heureuse et  gratifiante de cet amour spirituel, et son accent malsain, morbide, sujet aux manifestations absurdes et délirantes. Bien qu’ici, toutefois, la première catégorie se passe généralement sous le signe des aspects harmoniques, la seconde étant fréquentée par des dissonances.

Dans la ligne d’une haute tradition occidentale, on voit divers amants mystiques ouvrir le ciel à l’Aimée : DANTE (son thème, spéculatif il est vrai, montre une Lune du Verseau culminante) dans son Paradis ; PETRARQUE (Lune des Poissons en IX) qui, à travers ses hymnes et poèmes religieux, vénère en Laure disparue une sainte identifiée à la Vierge. GOETHE (Lune en Poissons avec Neptune du Cancer en IX), sanctifiant la femme dans son « Second Faust » …

Ici, la note Poissons ne tombe pas au hasard. Outre la signature saturnienne, surtout assistée d’une participation neptunienne ou lunaire (valeurs combinées d’introversion, de subjectivité, de schizoïdie), on se meut en climat psychique volatile, et plus encore avec le concours des deux derniers signes zodiacaux. Les valeurs du Verseau comme  tendance à la spiritualisation d’une sensibilité éthérée, angélique, mais qui, en se dépouillant de la vie animale, se déracine, se décolore, offrant prise à des manifestations aberrantes, à l’errance d’une âme perdue. Mais plus encore les valeurs Poissons comme tendance à l’évasion d’une sensibilité dont les liens avec l’objet deviennent lâches, distendus, perdus dans un lointain intérieur ; d’où l’aspiration à l’infini des brasseurs de rêves impuissants, en proie aux abîmes de l’âme, aux états hallucinés, aux amours chimériques, enlisés dans l’illusoire.

On n’est déjà pas loin d’un tel état avec la Vénus des Poissons (au carré de Saturne) de BERNARDIN DE SAINT-PIERRE et sa rêverie romantique qui confère un charme mélancolique à l’idylle de « Paul et Virginie » qui finit sur le naufrage de celle-ci. Avec la même Vénus en Poissons revient plus souvent ce « complexe de Terre-neuve » au vain sauvetage, l’amour s’enchaînant à une déchéance irrécupérable. Certes, avec Vénus et le Soleil en Poissons, HUGO, lui le sauveur des « Misérables », a le souffle jupitérien de délivrer moralement la femme déchue. Auguste COMTE perdra la raison d’avoir épousé une fille du trottoir. Le cas diffère avec VIGNY (Lune-Vénus dans le signe), garde-malade cloué au chevet d’une dolente épouse.  Avec la même Vénus en Poissons, ZOLA cherchera à « sauver » une prostituée dans sa jeunesse. Tandis que le pauvre VAN GOGH s’entiche en vain de Christine, prostituée laide, ivrogne et enceinte, comme une pénitence. On est déjà là sur un terrain malsain. Allons plus loin en relevant quelques cas de passion mystique, grimaçante ou caricaturale.

NOVALIS (AS en Verseau avec Saturne au DS et Neptune en VII) : Elève Sophie de Kuhn, morte à quinze ans, au rang de sainte, puis de déesse,  ange sauveur du monde, Vierge Mère de l’espèce humaine.

HOLDERLIN (Conjonction Soleil-Vénus en Poissons avec opposition de Mercure dans le signe à Neptune, sur le fond d’une opposition de conjonction Lune-Pluton à Saturne au méridien) : Passion fatale pour la mère d’une de ses élèves, la future Diotima de son roman « Hypérion ». Il en perd la raison, la considérant comme la « messagère du ciel » et vouant, à travers elle, une vénération à un éternel féminin incarné dans la madone des catholiques.

NERVAL (Poissons par Jupiter seulement, mais avec Neptune à l’AS et en opposition du Soleil et de Vénus, laquelle est aussi à l’opposition de Saturne du Scorpion qui vient de se lever) : « …le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé, le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie … » dont la seule Etoile est morte et dont le luth constellé porte le Soleil noir de la Mélancolie ». Gérard , acharné à poursuivre l’image d’une femme disparue, hanté par son inconsolable amour (sa mère morte à ses deux ans). C’est elle qu’il croit retrouver en ses vingt-six ans dans sa passion platonique pour la jeune actrice Jenny Colon. Après la rupture, il est durant toute sa vie envoûté par des visages entrevus dont il devient fou d’amour jusqu’à ce que, prêtant le souvenir de Jenny aux belles rencontrées, il les confonde au point d’excéder celles qui seraient prêtes à l’accepter. Ainsi, il superposera les fantômes de ses souvenirs aux nouvelles venues, toutes, y-compris la première qu’il a aimée, la pianiste Marie Pleyel, n’aimant en elles que le fantôme de Jenny. Mais elle-même rejoint en fait Aurélia, la première morte, qui finira par se confondre, pour la réconciliation de l’inconsolé, avec Isis, la Vierge Mère.

LOUIS Ier de Bavière (Lunaire par l’astre maître d’AS au FC ; Poissons absents, mais conjonction Vénus-Neptune en Balance en V, au trigone de Saturne du Verseau en IX) : Amant du charme féminin, contemplé en esthète platonicien dans sa « Galerie des Beautés » et qui devait un jour se laisser prendre par son mirage dans une passion pour Lola Montès, femme Lune-Poissons inspiratrice de l’idéal, du mythe, de l’inaccessible, ses fantasmes finissant par faire chanceler son trône.

LEON BLOY et Anne-Marie ROULE, la Véronique du roman autobiographique « Le Désespéré », tous deux nés sous une triple conjonction Lune-Saturne-Neptune en Verseau, superposée. Enfant naturelle abandonnée par sa mère, traumatisée au stade oral comme le mendiant de l’amour qu’était Bloy, cette nature était tendue vers les extrêmes de la sensibilité et en arriva à passer du couvent au trottoir. Elle répond idéalement au pèlerin de l’absolu en quête de chute et de rédemption : Il n’y a pour la femme (…) que deux façons d’être acceptable : la maternité la plus auguste ou le plaisir. En d’autres termes, la Sainteté ou la Prostitution.  Marie-Magdeleine avant ou Marie-Magdeleine après. Entre les deux, il n’y a que l’Honnête Femme, c’est-à-dire la Femelle du Bourgeois … ». Léon Bloy la rencontre déchue et , à travers une liaison orageuse et tourmentée, livre passage à une expérience mystique. L’ancienne prostituée illettrée en arrive à éclairer la Bible et les textes sacrés à son compagnon, mais sombre à trente-six ans dans la nuit sans fin de la démence, après avoir éveillé l’esprit prophétique d’un Léon Bloy inconsolable.

Venons-en, enfin, à un couple célèbre qui est la plus belle illustration de ces amours aberrantes.

Auguste COMTE et Clotilde de VAUX

L’étrange histoire de ce « couple » est le plus parfait témoignage d’une maladie d’amour, chimère s’achevant dans l’aliénation affective. Faisons d’abord la présentation des protagonistes.

Auguste Comte. Il était né à Montpellier le 19 janvier 1798 à 12 heures, e.c. On connaît le personnage passé à la postérité de l’intellectuel (mathématicien et philosophe positiviste), adonné à une raison exigeante, jusqu’à une certaine aridité de l’esprit. A quoi peut rendre compte un Soleil du Capricorne culminant avec Saturne en pointe de III et un Mercure du Verseau puissant. Ce qui cohabite avec la complexité affective d’une Lune du Verseau conjointe à Pluton et au carré de Mars en VII, ainsi que d’une Vénus des Poissons trigone à Neptune du Scorpion au DS et en pleine opposition d’Uranus.

Sa vie amoureuse prend sa première expression véritable à vingt-six ans quand il épouse une prostituée du Palais-Royal, Caroline, qui, presque immédiatement après la conclusion de l’union, retourne au trottoir. Une année de vie conjugale infernale le conduit à l’asile ; aliénation au point de s’être jeté dans la Seine. Il lui faudra une décennie pour se débarrasser de cette infernale Caroline (conjonction Lune-Pluton carré Mars en VII), après que celle-ci lui eut, à diverses reprises, proposé le ménage à trois avec quelque client fortuné. Il arrive ainsi à quarante-six ans, quand il va faire son entrée dans l’existence mélancolique de Clotilde de Vaux.

 

L’acte de naissance de celle-ci ne figure pas aux Archives de Paris. Ses biographes la font naître le 3 avril 1815, Mais nous savons,  grâce à des documents de famille retrouvés, qu’elle est née la veille à 23 heures. Triste conjoncture pour une femme : sa Lune en Capricorne s’incorpore à une conjonction Mars-Saturne du Verseau au carré de Vénus en Taureau, dissonance elle-même intégrée à une conjonction Mercure-Pluton au carré de Neptune  C’est une jeune fille jolie, délicate, intelligente, de santé fragile. Pour échapper à un milieu familial étouffant, elle épouse à vingt ans Amédée de Vaux, plus pour son indépendance que par amour. Triste sujet, triste union, aboutissant à une fuite quatre ans plus tard. Désargentée, elle retourne au bercail familial, la tuberculose commençant à faire ses ravages. Mais elle rimaille et écrit un roman d’amour pour raconter ses malheurs.

Elle allait rencontrer Comte par le canal de son frère qui prenait des leçons auprès de lui, et le 1er avril 1844, l’élève amena le maître au salon familial. Première rencontre qui, pour Comte, fut un éblouissement, alors qu’elle ne vit en lui qu’un bonhomme courtaud, ventru, presque chauve, au regard fixe, bref  pour elle la laideur d’un homme vieillissant.

Ils se revirent et Clotilde ne tarda pas à se rendre compte que ce monsieur peu attirant cherchait à lui faire la cour. Une personne moins maltraitée qu’elle par la vie en aurait souri et se serait détournée, mais Clotilde avait la sensibilité de sa faiblesse vitale. Outre que cette femme de lettres en herbe ne pouvait tourner le dos à ce philosophe déjà considéré. Ou l’on voit poindre, ici, l’aspect solaire à Jupiter de la Balance qui culmine. Bref, une correspondance s’engage, qui prend petit à petit forme jusqu’au 16 mai 1845 où il se déclare. Clotilde garde ses distances, sans cacher que le dévouement pataud de son ami la flatte et la touche.

 

 « Harcelée, ayant probablement pesé le pour et le contre d’une liaison clandestine, mais avec un homme hors du commun et passionnément épris, elle accepte finalement de céder à son désir et arrive dans sa robe des dimanches chez le philosophe qui l’attend fiévreusement. Mais là, tout se conjugue pour briser son élan : le logis rance, ténébreux, inconfortable du solitaire, les ridicules de ce solitaire, maniaque, sûr de lui, qui se met à disserter implacablement et dont l’haleine – il s’en excusera plus tard dans une lettre incroyable – est souvent pervertie par des difficultés gastriques. Clotilde, au surplus, est depuis longtemps d’une vitalité très réduite, déjà malade. Elle voit la situation avec une consternante lucidité et s’enfuit, sans avoir été seulement effleurée. » (Lucien Rebatet). Il reviendra à la charge, lourdement ; il lui faudra des semaines pour comprendre qu’il n’est pas désiré, qu’il est refoulé. Clotilde éprouve pour ce penseur grave un peu sauvage, quelque peu ridicule mais aussi obstiné, de l’indulgence, son attachement ressemblant à une amitié affectueuse, qui n’en est pas moins castratrice, sa conjonction Lune-Mars saturnisée se manifestant à son insu.

Car elle ne lui appartiendra jamais. Or, faute de pouvoir concrétiser son amour, Auguste Comte voit son roman donner chair à son système philosophique et à une religion : Ton angélique inspiration doit de plus en plus dominer tout le reste de ma vie. Nous sommes en pleine Lune du Verseau plutonisée de l’amoureux éperdu qui fait écho à la Lune du Capricorne, posée sur son Soleil-MC !  Ainsi ouvre-t-il le ciel à sa Bien-aimée, dans une sublimation exaltante et impavide, héroïque et ridicule. S’installant dans cette passion épurée, il déifie l’objet de son amour, lui voue une manière de culte avec une véritable âme de mystique, inspirée de sa Vénus des Poissons, mais aussi de son obsessionnelle conjonction Lune-Pluton. Du fauteuil de son appartement de la rue Monsieur-le-Prince où Clotilde s’est assise, il fait un hôtel. Il s’agenouille devant ce meuble et récite une sorte de prière ; extraits, dit-il, de ses lettres les plus propres à caractériser la marche et la tendance de notre sainte affection. Il est déjà en état d’élever sa Dame sur les autels de la religion positiviste, avant de faire de l’éternelle épouse la Vierge-Mère de l’Humanité !

Quant à Clotilde, elle s’est définitivement installée dans la phtisie, leur lien n’étant plus qu’une correspondance médicale et pharmaceutique, où l’on retrouve sous une autre forme la Vénus des Poissons (amour-maladie). Il s’installe toutefois à son chevet aussi souvent que les convenances le permettent, se montrant même jaloux du médecin traitant.

Le 5 avril 1846, Clotilde est à l’agonie. Le philosophe accourt, fond en larmes, écarte toute la famille du lit et s’enferme dans la chambre de la mourante pour recueillir son dernier soupir.

Morte, la passion frénétique de Comte se surpasse en extravagance. L’amant mystique déifie le fantôme de Clotilde : Ton être s’incorpore au mien, ton âme passe dans la mienne. Je penserai pour toi. Les hommes sauront ton nom jusqu’à la fin des siècles, te vénéreront, t’adoreront sur des autels …Le grand prêtre de la rue Monsieur-le-Prince voue un culte posthume à la Vierge Positiviste : prière quotidienne d’une heure avec commémoration à genoux devant le Fauteuil sacré, office, lecture de la première et de la dernière lettre de Clotilde, litanies, exercices d’évocation …

Dès octobre 1846, Comte ouvre sa « Philosophie positiviste » par sa dédicace à son éternelle compagne. Il réunit ses disciples, les met au courant de son aventure spirituelle. Il entend faire participer le monde entier à son expérience mystique, précise les statuts, les rites, le temple, le calendrier de cette religion. Chaque année, Comte grand prêtre, adresse une lettre à Clotilde Patronne de l’Humanité, au jour de sa fête. Il est le pontife de cette nouvelle église ; il baptise, marie et enterre, tout cela sous la protection suprême de Clotilde, Vierge-Mère, incorporée au Grand Etre. Suprême aboutissement d’un délire obsessionnel rationalisé sous le signe de leur commun carré Mercure-Neptune du Verseau aux Poissons.

LES  SITUATIONS  AMOUREUSES

Nous avons vu le « destin » de l’amour s’ébaucher sur un déplacement affectif qui donne l’éveil au sentiment, puis se cristalliser dans une projection qui fixe à l’objet aimé, afin de vivre l’histoire d’un couple.

A ce stade apparaît surtout la tendance à la répétition de l’instinct, son automatisme répétitif conduisant à la reproduction d’états antérieurs, l’affectivité recherchant ce qui peut recréer un décor d’autrefois qui a impressionné. Ainsi opère dans les profondeurs de l’inconscient l’instinct lié à nos besoins vitaux.

Dans son ouvrage sur « L’Amour », le Dr René Allendy déclare : « L’instinct cherche toujours à recommencer la totalité de l’expérience inachevée, comme s’il ne devait pas y avoir de repos tant que l’expérience tout entière, dans toutes ses modalités, puisse être menée à bonne fin, c’est-à-dire à la fin idéale, conforme au rêve enfantin, pratiquement irréalisable dans l’objectivité du monde adulte. C’est pourquoi, parmi les caractères particuliers capables de provoquer la fixation affective, , on en trouve d’apparence paradoxale. C’est, par exemple,  le fait pour la femme d’être inaccessible : c’est l’homme interdit, l’homme dangereux, personnages destinés à mettre en scène les fantasmes enfantins pour surmonter la défaite, la culpabilité, la peur. Le problème affectif de chacun consiste essentiellement à intégrer un aspect de l’humanité qui lui a toujours fait peur, à assimiler, dans les défauts mêmes du partenaire, la violence, la force qu’il n’a pu réaliser en  lui-même. Il s’agit de faire un avec une puissance qui compensera sa faiblesse, ou de s’unir à une douceur qui atténuera sa brutalité. Il s’agit surtout de dominer un ancien sentiment de peur, pour un objet déterminé, d’effacer l’impression de souvenirs pénibles dans lesquels l’individu s’est trouvé opposé à d’autres pour son dommage.. Bref, il s’agit de réussir pleinement ce qu’il a précédemment manqué et d’y trouver toute la satisfaction qu’il en attendait à l’origine.. Mais cette tendance, d’ailleurs tout à fait inconsciente, a l’inconvénient d’amener le sujet amoureux à provoquer, sans s’en rendre compte, l’épreuve qu’il attend ou qu’il redoute, comme ces jaloux qui font tout ce qu’il faut pour amener leur partenaire à les tromper. Et, parce que l’amour est une grande projection affective, il arrive qu’autour de ce sentiment hommes et femmes reconstituent indéfiniment la situation-type qui caractérise leur destinée. » Ce qui amène Allendy à conclure : « Tout se passe comme si, pour rester semblable à lui-même, l’organisme psychique voulait n’aimer qu’une fois et toujours de la même façon, comme si c’était toujours le même amour porté sur des personnes différentes et successives. »

Ainsi, derrière les épisodes divers qui se succèdent au long de l’existence se présente un fond constitutionnel qui donne une unité directrice à l’ensemble du vécu amoureux où se répètent des expériences foncièrement analogues, ceci à travers la réalisation d’une « situation-type » de vie amoureuse. Quel que soit l’objet aimé, que sélectionne l’imago, à chaque nouveau partenaire, qui n’apporte que des variations autour d’un même thème central, c’est comme si le même amour revenait à la charge, l’être y exprimant les mêmes sentiments, projetant les mêmes aspirations, suscitant les mêmes réactions, rencontrant les mêmes problèmes, réalisant un bonheur semblable ou un échec équivalent. Car il s’agit du transfert d’un(e) partenaire sur un(e) autre de la même situation amoureuse, l’être n’aimant qu’une fois et reportant le même amour de l’un à l’autre.

On connaît, en effet, ces individus dont l’attitude amoureuse à l’égard de l’objet aimé suit toujours le même chemin et aboutit aux mêmes conséquences : que ce soit l’intervention de l’égoïsme, de l’infidélité, de l’autoritarisme, de la jalousie, de l’infantilisme …,, leurs amours naissent, grandissent et déclinent jusqu’à la séparation de la même façon. Il suffit seulement de percevoir ce qui se répète derrière la diversité de ce qui se succède.

Il convient non moins de considérer l’intervention d’accidents de parcours qui peuvent transformer l’économie affective de la personne, car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne d’une telle uniformité linéaire du destin amoureux. Une déviation de son devenir qui empreinte un chemin nouveau est également dans l’ordre naturel des choses. Ainsi, certains sujets ont, par exemple, une succession d’amours malheureuses dans la première partie de leur vie, et, à la suite d’un événement particulier (décès de la mère ou du père …), comme délivrés d’un lien infantile ou guéris de quelque mal, communient dans le bonheur amoureux. Tel sujet qui avait jusque là vécu un personnage amoureux donné face à son complémentaire, renverse un jour sa position et se campe définitivement dans le rôle qu’occupait celui-ci, l’autre prenant la place qui avait antérieurement été la sienne. Un tel renversement s’est opéré dans la vie amoureuse de Lou ANDREAS-SALOME. Mais cette complexité ou cette mutation n’annule pas l’existence de la structure psychique en fonction de laquelle la destinée amoureuse s’élabore sur un thème défini et selon certains traits généraux qui déterminent son style. Car le champ sémantique de l’échiquier astral est ouvert à une structuration bipolaire, sinon tripolaire, de la destination amoureuse.

On le sait, la carte du ciel est dénuée d’information numérique de ce support psychique : pas la moindre trace d’une comptabilité possible du nombre d’amours que l’on peut collectionner au long de sa vie, une telle succession nous échappant. C’est entendu : du moins existe-t-il des indices d’instabilité affective (positions luni-vénusiennes en Gémeaux, en dissonance de Mercure, d’Uranus …) et de stabilité affective (positions des mêmes en Capricorne, en Taureau, en harmonique de Saturne …), mais les premiers impliquent-ils pour autant une cavalcade amoureuse du cœur d’artichaut, comme les seconds l’homme d’une seule femme ou l’inévitable Pénélope ? Cela n’est pas assuré car il n’y a pas qu’une manière de vivre son instabilité ou sa stabilité : en changeant de partenaire ou en se diversifiant avec le même. Outre que la faculté d’attachement n’est qu’un facteur contribuant à la durée des liens, l’adaptation à l’évolution du couple en étant un autre aussi important. Et la dissonance uranienne ou mercurienne ne se vit pas que sous l’aspect de l’instabilité. Cherchons encore moins à dénombrer les unions du contenu du secteur VII, celui du couple, qu’il soit occupé par un signe fixe ou un mutable, ou encore qu’il s’étende sur deux ou trois signes : on peut très bien vivre plusieurs climats conjugaux différents, en une succession donnée à l’intérieur de la même union. Même l’indice le plus fort du divorce – Uranus dissonant en VII et  d’autant plus en opposition d’une planète en I, comme c’est le cas pour Napoléon qui a institué – c’est un signe - la légalisation du divorce et en a usé pour son propre compte ; sans excepter Pluton, Mars ou Saturne – ne constitue pas une certitude absolue en la matière.

Ces restrictions nous ramènent au cadre phénoménologique du « fait amoureux » avec un verbe du sentiment d’amour en fonction, relativement à une pluralité indéfinie d’objets-partenaires sur lesquels il tisse son style de destin amoureux, lisible étant la donnée première, virtuelle demeurant la seconde. Ici, le « déterminisme astral » ne se lit pas en notion quantitative de collection de faits, en succession d’amours, mais sous l’aspect d’une empreinte fondamentale de la vie amoureuse, en fonction de la signature affective de la personne. D’ailleurs, nos configurations natives étant inamovibles, leurs significations sont le moule d’un fond commun d’une même tonalité dont on doit retrouver la note d’un amour à l’autre, comme les fruits successifs du même arbre.

Naturellement, grâce aux directions et aux transits, nous disposons d’un regard sur le suivi existentiel. Ainsi - ce que nous traiterons en finale de notre étude -  les divers transits d’aspect et de conjonction surtout à Vénus natale livrent les temps vénusiens de notre vie, qui sont généralement des épisodes amoureux. Certes, la gamme des expressions de cette fonction vénusienne est vaste. Elle varie d’abord avec les métamorphoses de l’âge, depuis l’apprentissage du contact humain voluptueux, doux et heureux du bébé, jusqu’à la résonance d’un sentiment de vivre agréable du vieillard, l’âge d’or vénusien étant le printemps de la vie. Elle varie aussi suivant la nature de la configuration de transit, laquelle pouvant aller du meilleur au pire, comme de l’anodin à l’essentiel. N’empêche qu’à travers toutes ces manifestations vénusiennes de l’existence, vécues au fil des âges, se profile le parcours d’une vie du cœur d’une même tonalité, ruisseaux, affluents et fleuve ayant la même source.

Si bien que s’il avait fallu que l’astrologue déduisît une psychologie de la vie amoureuse au regard de ce que lui révèle sa pratique, il n’eut pas tiré d’autre conclusion que celle où en sont arrivés les psychanalystes : l’être humain est porteur d’un certain sentiment d’amour ; en le vivant, tout se passe comme s’il voulait n’aimer qu’une fois et toujours de la même manière. Comme si c’était toujours le même amour à destination possible de personnes successives. Seul est constant le verbe aimé,  la variabilité relevant de l’objet aimé. Ainsi, de même que nous sommes sensibilisés à telle image, à tel type de partenaire, nous sommes imprégnés d’un certain climat amoureux ; sentiment qui nous pousse à rechercher telle satisfaction ou à subir tel désagrément. A travers les variantes de l’âge, des partenaires et des circonstances, nous recréons ou reconstituons les mêmes situations-types qui caractérisent notre destinée.

Le relevé de cette empreinte fondamentale nous renvoie au trio astral Soleil-Lune-Vénus, auquel s’adjoint le secteur VII avec le VIIIe mais plus spécifiquement, la configuration vénusienne édifie sur le caractère du sentiment amoureux. D’une façon générale, l’aspect et plus sensiblement la conjonction que Vénus fait avec une planète dénote une fixation ou empreinte du sentiment amoureux au stade affectif de celle-ci, l’amour étant un « produit » de ce stade psychique.

Dans le cadre de l’aspect harmonique, le sujet a des chances de vivre avec bonheur la composante affective de la planète, en prolongation de son moi, heureux d’être au diapason de son amour. Dans la dissonance, il risque de voir la charge émotionnelle de cette composante échapper à son contrôle, se sentant mené à l’intérieur de lui-même par une puissance douée d’ autonomie, courant inconscient soustrait au contrôle de sa volonté. Malaises, troubles, tensions et conflits en découlent. Nous retrouvons ici le foyer des perturbations psychiques qu’est la sphère du complexe. Jung a largement traité ce domaine dans L’Homme à la découverte de son âme. Ces « entités vivantes de la psyché inconsciente » sont « semblables à des êtres indépendants qui mèneraient à l’intérieur de notre psyché une sorte de vie parasitaire. » (…) Nous ne sommes plus tout à fait nous-mêmes lorsqu’un complexe règne en nous. » Leurs affects font irruption dans l’ordonnance de la vie que l’on s’est tracée, contrariété à la base de diverses épreuves amoureuses.

On sait qu’il faut relativiser ces notions de valeur harmonique et dissonante, ceux qui s’en passent les remplaçant par des abstractions ou formules creuses. L’aspect harmonique n’est pas automatiquement le signe d’une intégration réussie, ni le dissonant celui d’une rupture aux conséquences critiques. Chacun a sa marge réactionnelle et l’on peut seulement dire que, dans son espace psychologique personnel, tel sujet a plus de chance d’unifier sa personnalité par l’intégration au Moi des apports de ses « bons » aspects, alors que les parcelles psychiques procédant de ses dissonances sont plus rebelles à cette incorporation, contribuant le plus souvent à une fragmentation de la Personne. Quant à la conjonction elle-même, de Vénus avec les lointaines : Saturne, Uranus, Neptune et Pluton,  elle se range généralement parmi les dissonances.

Risquons-nous à présenter un tableau succinct de notes relatives aux aspects vénusiens, contribuant à l’anatomie de l’état amoureux du sujet.. Il ne faut y voir qu’une approche d’interprétation.

L’aspect VENUS-SOLEIL, limité au semi-carré et au semi-sextil, s’en tient essentiellement à la conjonction, dont j’ai fait déjà une évocation à l’étude du « fait amoureux », l’apport des deux aspects mineurs n’ayant d’intérêt qu’en triangulation avec un autre astre ou un autre aspect. Par elle-même, cette conjonction qui est union du verbe aimer et du principe masculin, constitue le foyer central, sinon un noyau primordial du réseau affectif de l’être. Le sujet est dépositaire d’un capital de ressources vénusiennes qui le conduisent (sauf dégradation de dissonance) à s’épanouir dans la vie par sa fonction d’amour et dans le goût du bonheur. Potentiel élevé d’amour qui tend à se solariser, devenir vénusien de quelque grandeur, hissant à une noblesse physique ou morale  (la MONTESPAN, la MAINTENON, MARIE-ANTOINETTE) ou au plein épanouissement de soi. C’est le grand amour, l’amour qui brille ou qui élève, l’idéalisation des sentiments dans la grande passion aussi bien que l’abandon à un tempérament amoureux décoratif, comme encore l’aspiration esthétique, l’envolée artistique (Coco CHANEL) … L’aspect d’une telle conjonction livre l’artère centrale du destin amoureux ; et si sa source se dilue en affluents, c’est entre leurs différentes voies que sa nature se départage.

L’aspect VENUS-LUNE accouple les deux puissances majeures de l’affectivité et la conjonction focalisation la sensibilité amoureuse autant que la conjonction Soleil-Vénus. La « lunarisation » du verbe aimer qui en résulte, gracieuse ou voluptueuse, s’ouvre sur un large éventail d’expressions. C’est, par exemple, son « instinctivité » : le sentiment amoureux est imprégné de viscéralité, source de transe, de vertige des grandes sensations, à la manière de la passionnée CATHERINE II qui l’a au méridien. On peut aussi retrouver là un concentré de l’essence de féminité dans une autre de ses manifestations : avec le pouvoir du charme féminin, dans la délicatesse du cœur (la  LA VALLIERE), sinon en fantaisies, caprices, futilité, légèreté, frivolité, ingénuité, inconstance … On peut encore y voir l’amour au stade narcissique : l’attachement affectif à sa chère personne, emmaillotée dans le plaisir ou la souffrance de soi. Ce peut aussi être l’évasion de l’amour-rêvé, la sensibilité profonde ne trouvant pas son compte dans le réel amoureux, l’émotion ne se libérant que dans les fantaisies de l’être intime ; sinon même en sublimation artistique. Il arrive que le carré ou l’opposition luni-vénusienne, chez la femme surtout, conduise à un dédoublement entre le vécu et la fuite dans l’imaginaire, » bovarysation » d’une sensibilité qui se perd dans le songe. L’opposition surtout, campant deux foyers d’amour adverses, est plus souvent vécue par l’homme sous l’aspect d’une bipolarité : coexistence de deux images incompatibles de l’amour portant l’être à une autre sorte de dédoublement, par attirance de deux figures féminines tout à fait différentes l’une de l’autre, mais tout aussi indispensables pour l’épanouissement intégral de l’affectivité ; voie d’une  double vie amoureuse. Et c’est souvent un facteur d’infidélité, comme c’est le cas pour JOSEPHINE. Amour sauvage, amour narcissique, amour-rêve, autant d’expressions du stade de l’amour-enfant. A l’autre pôle, il y a aussi l’amour maternel offrant toutes les vertus du cœur féminin en douceur, bonté, grâce, spécifique à un être ou élargi à l’entourage des intimes. …

L’aspect VENUS-MERCURE, en marge du sextil et du semi-carré, où teintent plus ou moins les notes accordées ou quelque peu dissonnantes du cœur et de l’esprit, est surtout la conjonction. Ici, avec elle, se présente plus particulièrement la disposition du sujet à aimer en adolescent, à vivre l’amour au stade du jeu, du flirt, de l’aventure légère ou de l’esprit (la POMPADOUR). La « mercurisation » de l’affectivité qui en découle est susceptible d’emprunter plusieurs voies : l’amour fraternel, l’amour copain, l’amour intellectuel ; amour tendant à se désexualiser, sinon à se bisexualiser ; par exemple en reconstituant la situation triangulaire de l’adolescent qui s’immisce  copain ou copine dans le couple, comme si l’on pouvait mieux aimer à travers lui ou elle, l’équilibre étant meilleur à trois qu’à deux. En tout cas, l’apport de la communion d’esprit, de l’entente intellectuelle, sert la cause de l’amour.

L’aspect VENUS-MARS est, on l’a vu, un  axe amoureux par excellence, cette  relation mâle-femelle étant une artère d’amour-passion. Mars est humanisé, son feu intérieur se convertissant en désir, en ardeur de vivre, en intensité passionnelle. La conjonction tend à unifier l’être affectif dans une totalité amoureuse où fusionnent l’élan tendre et l’union charnelle. La dissonance, carré ou opposition, tend, du même coup, à signifier la dissociation de la tendresse du sentiment et de l’attrait physique par exclusion de l’un par l’autre, à l’extrême, le sujet aimant sans désirer et désirant sans aimer, tels ces hommes adulant une blanche colombe et se soulageant dans les bouges. Le plus souvent, néanmoins, la dissonance colore l’amour du stade sado-oral de l’astre. La situation-type qui en résulte est l’ambivalence de l’amour-hostilité,  l’amour-combat,  l’amour-guerre, Mars y récupérant son agressivité initiale dans un cocktail de douceur et de violence : on s’embrasse et on se querelle, le baiser devenant morsure. Il y a là, par exemple, une disposition à éprouver des sentiments contraires envers le même être que l’on aime et que l’on hait, en tout cas pour qui l’on éprouve de l’hostilité. Contradiction vécue dans la quotidienneté du ménage orageux, sinon s’installant progressivement en faisant basculer le couple de l’attraction à la répulsion. Un pas de plus et nous franchissons la barrière de l’amour sadique et destructeur.

L’aspect VENUS-JUPITER tend à installer l’amour dans les tonalités de l’oralité satisfaite : le régal d’une belle faim amoureuse qui a des chances d’être largement rassasiée. L’amour est sur une voie d’épanouissement vital et le sujet tend à aimer dans la maturité affective, prenant et donnant dans la plus grande mesure de ses moyens. Par la tendance réjouissante à savourer les choses agréables, l’amour est bon et rend heureux, source de joie de vivre, de passion euphorique, les besoins vitaux de l’instinct et du sentiment s’intégrant à la sphère sociale et morale de l’existence : ligne droite du couple légal et cadre idéal pour la réalisation de soi. L’envers du décor, dans la dissonance, opposition surtout, c’est l’emprise envahissante des besoins, l’abus sensuel, la recherche du plaisir, l’ensommeillement dans le satisfait, quand ce n’est pas une complaisance à la débauche. Il arrive parfois, aussi, qu’une telle dissonance soit perçue sous l’aspect d’un pont distançant les tentations de la passion et les intérêts de la position, duel de l’amour et de l’argent …

L’aspect VENUS-SATURNE est, dans l’harmonique, vécu comme un facteur d’attachement, de fidélité, de lien profond, dans un climat de bonheur tranquille,   bien tempéré. Dans la conjonction comme dans la dissonance, le plaisir se mêle à la peine et l’amour tend à régresser au stade de l’oralité insatisfaite. A l’extrême (dans la conjonction chargée), le sujet n’aime pas ou fait son deuil de l’amour en se raidissant dans la fermeture de la solitude affective (suppression du problème par renoncement). S’il aime, il aime mal, par exemple en un plaisir triste ou mélancolique, son désir d’aimer étant associé à une amertume, une souffrance, une détresse, une épreuve ; par exemple, il aime qui ne l’aime pas ou il est mal aimé, l’amour s’éprouvant comme une flamme vacillante. Par un bout, c’est l’égoïsme fermé du froid célibataire ou le refus par hypersensibilité : ne pas s’attacher pour ne pas perdre, ne pas aimer pour ne pas être abandonné, manifestation de la peur d’aimer. Par l’autre bout, c’est l’égoïsme égocentrique de l’amour qui introjecte l’objet aimé (le Saturne dévorateur), l’incorpore au point de le confondre avec soi, tel son bien propre. De là une dépendance morbide vis-à-vis de lui : nature amoureuse avide, possessive, exclusive, à la jalousie étouffante. Dans cet attachement forcené, frénétique, l’être cherche un substitut à sa nourrice : besoin de se protéger, de se blottir, de se nicher, voire jusqu’au parasitisme ; sinon d’étouffer l’autre, sorte de sécurisation contre l’angoisse. Il arrive aussi, par réaction, qu’en brisant cette coquille se produise une fuite dans le désespoir de la débauche. La thématique de la frustration affective (répétition du sevrage) est la situation-type de la dissonance : nature sensibilisée douloureusement au manque, souffrant particulièrement des éloignements, séparations et abandons, tendue dans une quête insatiable vers un bonheur difficile. Ou c’est encore l’amour chagrin, morose, rivé à son obstacle sinon chargé de chaînes (aimer quelqu’un qui n’est pas libre, par exemple). Il peut aussi exister une tonalité masochiste obscurément orientée vers le pénible, la souffrance, la condition de victime. Ce qui contraste avec l’état positif de l’aspect harmonique tourné vers l’attachement calme et silencieux du cœur simple, dont le bonheur est sans histoire.

L’aspect VENUS-URANUS est sans doute la configuration la plus difficile à interpréter, compte-tenu de sa dualité. On s’est habitué à déchiffrer la conjonction comme expressive d’une sensibilité abrupte, en aspiration de sensations de pointe, bombe plus ou moins explosive : l’amour-surprise, l’amour-aventure en coup de foudre, passions subites, attraits impérieux, orages passionnels, crises soudaines et violentes …Bref, l’excessif amoureux. Mais le cérébral et indépendant uranien n’est nullement à l’aise avec l’affectif dont il se défend, et à l’électricité amoureuse qu’on attend trop souvent de lui fait place une défensive qui complique singulièrement la vie affective avec ses massacres du cœur ; et, ici, l’astre fait compagnie avec Saturne comme ennemi de l’amour. D’abord, autant celui-ci est un abandon de soi en se doublant à l’autre partenaire,  pour passer ensuite de deux à trois avec le fruit de cet amour qu’est l’enfant, autant la nature uranienne est appartenance à soi dans une affirmation de son individualité propre ; sans doute est-ce cela la difficulté uranienne à vivre à deux dans le couple, sa thématique penchant plutôt vers la sécheresse de cœur – une tête et une queue plus qu’une âme chez un homme -  au mieux la cérébralisation des échanges, mais trop souvent vers une tonalité plus ou moins dure, cynique, voire sadique et destructive, le divorce étant plus son affaire que le mariage. Ce qui convient le mieux est naturellement l’amour libre. On peut comprendre que la conjonction et la dissonance puissent constituer à l’occasion une ressource d’homosexualité, l’amour étant mieux vécu de cette façon ; composante qui peut toutefois demeurer latente en perturbant les relations du lien hétérosexuel ou en n’étant qu’à demi satisfait dans le cadre de celui-ci. Bref, une vie amoureuse qui peut être compliquée ou, en tout cas, qui n’est pas simple.

L’aspect VENUS-NEPTUNE nous est déjà connu au passage par les amours aberrantes. Au négatif, la conjonction ou la dissonance exprime le danger de l’évaporation du tissu affectif, de l’évasion dissolvante de l’affectivité qui ne dialogue plus avec la réalité de l’objet aimé : attaches nuageuses, sentiments illusoires, amours chimériques, aventures rocambolesques, aspirations insensées, égarements ou naufrages du cœur d’une Vénus en savates pour qui – démarche de fuite en quelque sorte - l’amour s’apparente étrangement à une drogue, une prison, une maladie de l’âme. La manifestation homosexuelle entre dans ses possibilités. Quant à l’harmonique et à la conjonction bien vécue, elle est un prolongement du cœur et de l’âme, à tournure romanesque ou romantique, d’un cœur épris d’idéal , dont l’amour est porté par la foi, outre qu’il peut être une source inépuisable de bonté, de générosité, d’oblation. Dans un climat fusionnel, on peut y vivre sa religiosité.

L’aspect VENUS-PLUTON, hormis sa manifestation positive, c’est l’amour du complexe sado-anal : la fleur de pissotière ou la dentelle  dans le cambouis . Nous avons ici le lien de l’amour et de l’instinct passion à sa souche, du mystère, du dramatique, sinon du tragique. Farandole endiablée ou danse macabre, sinon un peu de l’un et un peu de l’autre. Bien des formules se conçoivent : l’érotisation de l’angoisse qui associe l’amour au noir, au danger, au pire ; lequel, dans le malsain, le morbide, donne le goût des limons, des supplices. L’ambivalence où l’amour se teinte d’hostilité inavouée ou cachée, sinon de haine déclarée. Ou encore, dans l’opposition surtout, l’obscur penchant à détruire ses pures et belles amours, à saccager ce à quoi l’on tient le plus, à ravager son bonheur. On a déjà fait connaissance de l’accouplement de l’amour et de la mort, sous différentes formes, avec la conjonction ou l’opposition. Cette négativité foncière n’exclut toutefois nullement la manifestation de l’aspect harmonique qui confère au sentiment la résonance profonde du  plus intime de soi, ou tout bonnement ce qu’apporte la plénitude sexuelle du couple.

La configuration vénusienne forme souvent un panaché de plusieurs aspects. C’est cette composition qui constitue la formule amoureuse du sujet, plus ou moins lisible comme l’hyper-érotisme dans un trio Vénus-Mars-Jupiter, le sado-masochisme dans un trio dissonant Vénus-Mars-Saturne ; plus complexe lorsque se présente une contradiction comme la cohabitation d’une harmonique Vénus-Jupiter et d’une dissonance Vénus-Saturne, où chacune des deux joue son rôle dans un contraste d’agrément et de désagrément. Naturellement, les positions zodiacales  participent à l’opération de la configuration planétaire.

A propos, Vénus « trône » dans le Taureau par l’oralité de ce signe : n’est-ce pas le « lèvres-à-lèvres » du baiser qui  inaugure l’introduction amoureuse , outre le possible charme de la voix comme le frisson du baiser dans le cou ? Ainsi qu’à son autre « domicile »,  deux plateaux de  balance accompagnent le conjugal VIIe signe, aboutissement du couple ? Au surplus, derrière le classique climat amoureux de chaque signe – le volatile parfum amoureux de l’astre en Gémeaux  tranchant avec le frémissement des entrailles de sa présence en Scorpion … - peut s’éveiller quelques zones érogènes au défilé de l’Homme-Zodiaque : caresse de mains ou de bras aux Gémeaux, comme des seins au Cancer, le Scorpion étant naturellement à l’honneur …On pense aussi à Vénus aux Poissons évocatrice possible de fétichisme ; même seulement avec celle de Victor HUGO qui lui inspire l’ élégante fin de missive galante : « Je baise vos pieds » …

Il ne faut pas non plus oublier que si Vénus exprime la manière d’aimer, celle-ci compose avec le couple des luminaires : chez la femme, la Lune exprimant sa condition de féminité et le Soleil son type psychique d’homme ; chez l’homme, celui-ci représentant sa conduite masculine en tant que comportement de l’espèce mâle, et celle-là son ou ses types d’imago et ses rapports féminins.

Enfin, rappelons-nous que le traitement de chaque configuration particulière de l’existence, affectée à un domaine existentiel comme ici à l’amour, doit s’incorporer à l’ensemble du thème, jusqu’à remonter à sa pointe : la signature de la personne.

LE DESTIN AMOUREUX DE GEORGE SAND

Commençons d’abord par éliminer une erreur. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps a circulé un thème de George Sand dont la version horaire de 22 h 25, fournie par Choisnard dans son « Langage astral », résultait « d’un renseignement biographique de famille ». Son acte de baptême, aux registres de son église paroissiale de Saint-Nicolas-des-Champs à Paris, ne mentionne pas l’heure de sa naissance et son acte d’état civil a disparu dans l’incendie de l’Hôtel de ville en 1871. Mais que valait le renseignement de famille quand on sait que George Sand elle-même a vécu longtemps dans la conviction d’être née le 5 juillet 1804, fêtant ses anniversaires ce jour-là et poursuivant cette habitude après avoir su qu’elle était du 1er juillet ? La Vénus du thème de Choisnard était également angulaire, ce qui pouvait en faire accepter la version, outre diverses concordances sur une même toile de fond. Mais, maintenant, nous savons, par la copie de l’acte des Archives de la Seine d’avant l’incendie de la Commune, conservée à la collection Levenjoule à Chantilly, que Aurore « la bonne dame de Nohant » est née rue Meslée n° 15, le 12 du mois de Messidor de l’An douze  de la République – soit le 1er juillet 1804 – à 3 heures de relevée, soit 15 heures. Version qui s’accorde fort bien au personnage et à sa vie.

Ce qui spécifie particulièrement la toile de fond du thème d’Aurore est le circuit bouclé d’une chaîne de maîtrises rassemblant les opérateurs amoureux. En effet, la Lune du Bélier engage le Soleil du Cancer ramifié de son côté à Vénus en Lion, laquelle rebondit sur Mars en Taureau qui, lui-même, fait retour à la Lune. Réseau d’affectivité lié d’un seul tenant.

Au commencement de ce parcours parle d’abord la composante virile chargée d’une Lune en Bélier en sortie d’opposition à Uranus en Balance. Donnée de luminaire incorporée en mode oppositionnel au noyau central de Jupiter au lever qui lui prête la puissance de caractère d’un généreux tempérament sanguin en surabondance de vie.

Jamais femme n’aura été plus forte pour satisfaire et imposer ce penchant viril à s’appartenir en toute liberté dans un milieu où les femmes sont subordonnées et confinées à un sort passif d’épouse et de mère ; au point même de se vouloir comme un homme et jusqu’à porter un prénom masculin : George ! Sans doute a-t-elle ressenti fortement sa condition féminine comme un état d’infériorité , et on voit qu’il y avait de quoi- avec cette Lune en VI. Cela se comprend à l’époque où elle vit et c’est de cela dont elle veut se libérer (plus tard, elle dira pertinemment que « pour une femme, c’est s’inférioriser que de se déféminiser »). Car, il n’y a en elle nul penchant proprement homosexuel : avec le trigone de cette Lune à Vénus culminante, composant sa signature avec Jupiter, n’en est-elle pas moins femme et même dans une aspiration de plénitude amoureuse ? A condition de ne pas être asservie dans un couple (opposition à Uranus en Balance). Mariée, elle divorcera, ce qui n’était pas non plus, alors, si admis. Outre son indépendance en union libre.

Cette Lune n’est toutefois qu’une souche, la base porteuse d’un comportement appelé à se conjuguer en vue d’une destination centrale où prévaut l’aspiration dominante de l’être. Ce qui nous conduit au Soleil du Cancer, tout à la fois maître du MC et triangulé à l’AS  ainsi qu’à son maître Pluton en IV. Ici apparaît, érotisé (le luminaire est en VIII) la puissance sensorielle et sentimentale de l’instinct maternel.

Nous entrons au cœur de la vie de Aurore où le relais Soleil-Cancer/Vénus-Lion/Mars-Taureau – semblable à une conjonction de ces trois astres – la pose comme une grande passionnée aux amours de légende. Il n’y a pas mieux, déjà, qu’une Vénus du Lion culminante pour avoir la somptuosité d’un destin amoureux, pour vivre sa grandeur ou s’illuminer  dans les bras d’illustres partenaires comme l’ont été pour elle Alfred de Musset et Frédéric Chopin. A quoi l’on peut aussi ajouter, comme l’écume de la mer en grands remous, l’effervescence des débordements du cœur romantique.

Or, par cette filière qui la hisse à un tel sommet vénusien, c’est le même scénario amoureux que va répéter comme un sketch George Sand : un passage de la Lune du Bélier au Soleil du Cancer qui la fait aimer en femme forte l’ homme faible, penchant d’ une mère avec son enfant. Elle n’en sortira pas, bien qu’elle se soit écriée un jour : « J’ai voulu faire l’homme et j’ai été blessée comme un enfant. »

En se laissant marier avec Casimir Dudevant le 10 septembre 1822 – elle n’a que dix-huit ans – elle ne sait pas ce qu’elle est ni si elle aime ; c’est tout juste si ce n’est pas seulement un sentiment fraternel qu’elle ressent pour celui qui l’épouse. D’ailleurs, aucune configuration affective n’accompagne cette union, venue, par contre, sous le froid transit de Saturne au DS. Et son mari va la perdre dès sa nuit de noce : si Vénus repasse sur elle-même, c’est une opposition Mars-Saturne qui s’aligne sur l’axe AS-DS. Un fils va bientôt naître – Maurice, à Paris le 30 juin 1823 à 6 h – mais elle est une jeune femme qui s’ennuie et que gagne la mélancolie. A ses vingt ans, d’ailleurs, alors que Saturne transite cette fois son Mars dissonant en VII, le ménage se gâte et, déjà, sa Lune du Bélier émerge : en instaurant une sorte de camaraderie, elle prend sur son mari l’ascendant d’une âme forte sur un esprit faible.

L’amour n’ayant pas pris son envol dans le couple, Aurore se dégage de plus en plus de celui-ci (son opposition Lune/Uranus-Balance) en s’autorisant d’abord une sorte d’évasion affective au transit de Jupiter sur sa Vénus de l’été 1825, avec une « âme sœur », Aurélien de Sèze. Communion de pensée d’un discret amour platonique, venu encore trop tôt pour la faire basculer dans sa vie adulte. Ce qui n’empêchera pas, par ailleurs, une seconde naissance, celle de Solange, à Paris le 14 septembre 1828.

L’amour arrivera au transit de Saturne sur Vénus de l’été 1830. Cette fois, c’est sérieux. La châtelaine de Nohant fait la rencontre de Jules Sandeau, un blondin charmant, « frisé comme un petit saint Jean de Nativité ». Rapide attraction, d’autant plus que Aurore était (déjà) forte et qu’il était faible : « Si vous saviez comme je l’aime, ce pauvre enfant … ». Et ses lettres égrainent avec tendresse du « petit Sandeau », du  «petit Jules » … Avec un Saturne culminant et les luminaires avec Mercure et Vénus en Capricorne-Verseau, ce jeune homme de sept ans son cadet, était un introverti manquant de vigueur et souffrant d’accès de tristesse ; avec lui, elle ne pouvait donc être que la dynamique du couple.

Cette fois, ayant négocié une séparation avec son mari, Aurore conquiert sa pleine liberté en quittant  sa campagne berrichonne de Nohant pour vivre sa vie à Paris avec son amant ! Une révolution personnelle … Uranus s’approche du FC et il est probable que ce soit ce transit qui marque ce grand tournant, ce qui ferait reculer sa domification de quelques degrés, comme la suite de sa vie incite à  le croire.

Si le frêle Sandeau manquait de chaleur humaine, Aurore était en pâleur de vie amoureuse, état de fragilité du couple. Du moins – transit également de Saturne au MC avec effet de liaison Vénus-MC liant l’amour à une carrière qui commence  -  s’épaulaient-ils au point de percer ensemble dans le milieu des lettres, jusqu’à écrire un roman à quatre mains. Mais le second livre, Indiana, venait d’elle seule, bientôt suivi de Valentine, histoires de femme mal mariée. A ce train, elle allait vite se distancer d’un Jules essoufflé à la suivre. Quand ils se séparent, au milieu de 1833 – renouveau saturnien après la traversée de Saturne en X qui a porté ses fruits en lançant sa carrière – elle chargera un ami de bien veiller sur lui, au point de lui dire : « Il n’aura jamais le droit de m’empêcher d’être sa mère ».

Aurore en est toujours à espérer qu’enfin l’amour s’épanouisse en elle et le nouveau roman plus que jamais autobiographique de cette cancérienne – son « Histoire de ma vie » fera dix volumes – « Lélia » est l’aveu de la misère de sa frigidité. Lélia est une belle créature, mais froide comme une statue. Le jeune poète qui l’aime, Sténio, essaie en vain de lui donner des plaisirs qu’elle ne peut partager. Ce qui aboutit à cet aveu : « Je me plais à vous caresser, à vous regarder comme si vous étiez mon enfant. »  Toutefois, c’est non comme une mère qu’elle voudrait aimer, mais comme une maîtresse.

Sa vie amoureuse allait repartir en cet été 1833 (stationnement de Jupiter à 6° du Taureau, degré autour duquel doit se trouver le DS) avec la rencontre des « enfants du siècle » qui allaient devenir les « amants de Venise ». Ce site superbe et lieu magique des amoureux trouve son écho ici avec sa Vénus du Lion en IX : hélas, au double carré de l’opposition de Neptune en I à Mars en VII. Et si Aurore est au cœur de son destin amoureux où va se jouer le drame majeur de sa vie, c’est que se produit alors une configuration critique ultime : Uranus fait éclater son ciel en passant précisément à l’opposition de Vénus et au double carré de l’opposition Mars-Neptune. Au surplus,  Pluton frappe son carré Soleil-Uranus par opposition et carré.

C’est au printemps 1833 qu’Aurore avait fait la rencontre d’Alfred de Musset, en commençant  un badinage qui aboutit, fin-juillet – Jupiter transite sa Lune - à une déclaration d’Alfred finissant sur un : « Adieu George, je vous aime comme un enfant. ». Une formule reçue dans un grand frisson : « Il m’aime comme un enfant ! Qu’est-ce qu’il a dit là, mon Dieu ? Et sait-il le mal qu’il me fait ? ». Quand ils se revirent, il pleura ; elle céda. « Sans ta jeunesse (elle est de six ans son aînée) et la faiblesse que tes larmes m’ont causée, nous serions restés frère et sœur … ». Bientôt, ils allaient vivre ensemble : renouvelée par le charme de cet enfant (un mot qu’elle répète avec une incestueuse volupté), elle est au paradis.

Mais elle ne tarde pas à découvrir l’homme double qu’est Musset, s’attachant en lui à ce charme-piège : la faiblesse de l’aimé. Dans « Lélia ou la vie de George Sand »  (Hachette, 1952), André Maurois a fort bien reconstituer la constellation amoureuse de ce couple : « Il (Musset, à propos de sa faiblesse) le savait et proclamait la touchante infirmité de son génie, avec des transports de sincérité et d’attendrissement inépuisables ; puis, dès que la faiblesse avait triomphé, il retrouvait des forces pour faire souffrir. Et aussi pour souffrir lui-même, car ce masochiste avait besoin de souffrances pour son travail comme pour son plaisir. Cependant la robuste Sand le couvait. Elle l’appelait : « Mon pauvre enfant » ; il la nommait : « Mon grand George, mon Georgeot. ». Une fois encore, elle était l’homme du couple. »

Vînt le projet du voyage en Italie. C’est d’ailleurs grâce à une visite de George rendue à la mère d’Alfred que celle-ci donne son consentement au départ, non sans la promesse d’une délégation des soins maternels de la mère à la maîtresse. Quand l’amour échoue, la maladie s’empare de l’amoureux, ce qui peut survenir lorsque Vénus dissonée est en XII, comme chez Musset qui tombe malade déjà à Gênes, début d’une chute de la santé qui est la déconfiture des cœurs. Le soir de l’arrivée à Venise, Musset dit à sa maîtresse : « George, je m’étais trompé, je te demande pardon, mais je ne t’aime pas. » Et il va bien vite courir les bouges de la cité, avec replongée de plus belle dans la maladie – vingt jours de délire et de fureurs - une maîtresse délaissée, qu’on a cessé d’aimer et  pouvant disposer d’elle-même, laquelle se console avec le médecin soignant, etc …, jusqu’à la séparation, Musset revenant seul à Paris le 29 mars 1834.

Mais, entré en VIIe, Jupiter n’a pas encore transité son occupant : Mars le désir, qui est le champ de la dissonance ; passage à venir au milieu de l’année. A peine étaient-ils séparés que chacun manquait déjà à l’autre. Quand ils se retrouvent à Paris, à leur première rencontre, ils redeviennent amants et, bientôt, revivent ensemble. Mais le cycle infernal recommence en plusieurs épisodes de réconciliation et de rupture : de la reprise dans les larmes à la fuite d’Alfred dans l’alcool et la débauche, convulsions d’une agonie qui durera jusqu’au printemps 1835.

Le plongeon dans ce drame amoureux porte surtout les stigmates des carrés Vénus-Mars de l’un et de l’autre qui se font écho. Le Mars du Taureau en VII à l’opposition de Neptune du Scorpion en I de George est chargé d’une lourdeur passionnelle à embrouiller l’écheveau du flux amoureux orageux d’êtres qui s’aiment en se déchirant et dont le bonheur est aussi, et peut-être surtout, de souffrir ensemble.

La page tournée, viendra quelque épisode secondaire, jusqu’à la venue dans sa vie de Frédéric Chopin. Lui aussi, un frêle et délicat, plus jeune qu’elle de sept ans. Déjà tout un programme… « Exilé, sensible, malheureux, il regrettait la Pologne, sa famille, et surtout la douceur de l’amour maternel : « Si quelqu’un désirait me mettre en lisières, disait-il, je serais très content. » Or quelqu’un désirait, très exactement, trouver en lui à la fois un amant et un fils. » (A. Maurois). D’autant que le musicien était faible, malade, fiévreux, appelant la sollicitude maternelle.

Ce lien prit racine au transit de Jupiter sur Vénus de l’été 1837 ; une Vénus en IX qui, cette fois, se traduit par l’amour du Polonais. Dans son Journal du mois d’octobre qui suit, Frédéric déclare avoir revu George trois fois, « ses yeux dans mes yeux » et « ses regards embrassants m’inondaient » (…) « Mon cœur était pris. Je l’ai revue deux fois depuis … Elle m’aime … Aurora, quel nom charmant ! ».

Après un épisode douloureux à Palma de Majorque, Frédéric est intégré dans la famille à Nohant, George évoquant son bonheur d’avoir « mes trois enfants », avec Maurice et Solange. Couple qui communie dans un bain musical et spirituel. Bonheur toutefois précaire et limité, le « petit Chopin », frileux écorché vif, n’étant pas facile à vivre ni tellement une affaire comme couple : « Il y a sept ans que je vis comme une vierge avec lui », se plaindra-t-elle un jour. Outre que du nid à trois poussins allaient s’élever les clameurs de perturbations familiales rendant Frédéric de plus en plus susceptible, ombrageux et jaloux.

Il quittera Nohant en novembre 1846, Saturne passant alors au FC à l’opposition de Vénus. Et si le lien du cœur sera maintenu à distance pendant quelque temps, il finira par se briser dans un conflit mère-fille où le musicien fera le mauvais choix de prendre parti contre George, finissant sa vie à la critiquer, sa mort survenant le 7 octobre 1849.

Dans une lettre du 7 octobre 1852, elle confiera à Dumas fils : « … vous savez maintenant quelle maternelle tendresse a rempli neuf ans de ma vie. (…) J’aurais plutôt à me glorifier qu’à rougir d’avoir soigné et consolé, comme un enfant, ce noble et inguérissable cœur ».

George Sand, ce grand cœur, n’aura-t-elle pas finalement aimé une seule fois dans sa vie, nourrie d’un même amour, en reportant ses mêmes et pleines aspirations de l’un à l’autre des trois principaux personnages qui ont traversé sa brillante existence ?

Après eux, c’est le crépuscule de sa vie amoureuse. Elle vivra toutefois une belle histoire de cœur avec le graveur Alexandre Manceau, un cadet de treize ans faible de poitrine à soigner lui aussi, attaché comme un chien à sa « dame » comme homme de confiance, qu’elle aura la douleur de perdre en 1965..

Mais revenons au tourment profond du cœur humain de cette grande dame en reprenant le fil de la composante problématique de sa sensibilité qui relève de sa Lune du Bélier opposée à Uranus. On en perçoit des racines familiales. Son père décédé à ses quatre ans, Aurore est élevée par deux femmes : sa mère et sa grand-mère. La première fille du peuple, « enfant du vieux pavé de Paris » qui a son caractère assez sauvage, et la seconde, vieille comtesse d’une grande famille, qui devient sa seconde mère. Autant la Vénus du Lion est idéalement en identification grand-maternelle de noblesse de cœur, autant la Lune du Bélier en VI se moule dans le creuset maternel pétri du limon de l’instinct. Dans son roman autobiographique « Indiana », Aurore se dépeint à travers cette femme de sang créole : « …la femme, l’être faible chargé de représenter les passions comprimées ou, si vous l’aimez mieux, supprimées par les lois ; c’est l’amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation. » (…) « Elle n’aime pas son mari pour la raison qu’on lui faisait un devoir de l’aimer et que résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un principe de conduite, une loi de contrainte. » Aurore défendra sauvagement sa liberté contre son mari puis contre ses amants.

Mais c’est cette puissance animale qui se retourne contre elle dans la tension excessive d’un empiètement : le refus crispé d’abandon malgré elle à l’homme aimé, comme une fermeture à lui appartenir, enchaînant le désir comme un démon interdit. Là est tout le désarroi, toute la détresse de sa frigidité – la confession de « Lélia », inondée de « flots ardents de son sang » impossibles à délivrer -. Ici, nul Saturne n’est à l’œuvre, mais Uranus de la Balance le répressif qui, à la fois, s’oppose à cette Lune du Bélier et est au carré du Soleil en VIII, tombeau d’une sexualité insatisfaite. Laquelle n’a pas été sans dévaster sa vie amoureuse, George regrettant plus tard : « Notre plus grande faute fut de mêler les sens à nos ardeurs sentimentales » (carré Vénus-Mars).

 

LA CONSTELLATION DE CHAQUE AMOUR

Nous avons dégagé les courants affectifs qui portent l’individu à réaliser une situation amoureuse. Mais, s’il y a en l’être un état amoureux dans lequel il tend à s’installer, il y a aussi, au-delà de cette « toile de fond » affective, ce qui en résulte, c’est-à-dire des amours de qualité variable et de tonalité différente. Il convient donc d’examiner maintenant les rapports amoureux qui se nouent à l’intérieur de chaque amour, dont l’anatomie repose sur un système de relations affectives complexes où intervient tout un champ de rapports attractifs et répulsifs. Etudier ce jeu de connexions contribue à établir la structure du lien, la constellation psychique de chaque amour étant ainsi éclairée. Exercice de synastrie, comme il est dit aujourd’hui.

Généralement, dès la rencontre de la personne inconnue, si l’attrait est du moins en éveil, se positionne un champ de mise en affinités. L’imago qui guide vers la rencontre de l’être aimé n’est pour l’instant qu’un signal. Le sujet peut faire une fausse reconnaissance ; il peut notamment s’égarer à poursuivre une ressemblance générale quand il ne s’agit seulement que d’un détail attirant, l’illusion tombant plus ou moins vite, l’amour n’ayant pas pris consistance.

Allendy cite le cas du jeune homme qui tombe amoureux d’une jeune fille pour avoir découvert une ressemblance inconsciente avec sa nourrice pour qui il avait éprouvé le premier attachement affectueux : « Il arrive bien souvent que de telles lueurs d’attirance soient sans lendemain, allumées par une particularité fortuite, par un détail passager, et la magie amoureuse cesse dès que l’apparence s’évanouit. Il est possible qu’une connaissance plus approfondie de la jeune femme révèle au contraire d’autres ressemblances avec des figures antipathiques précédemment connues, et les forces répulsives rendent bientôt celle-ci parfaitement indésirable. Mais il peut arriver également que la jeune femme, en se faisant mieux connaître, révèle d’autres ressemblances, non plus nécessairement avec la nourrice mais avec des amours plus récentes. Elle peut avoir la chevelure de la mère, la corpulence d’une tante autrefois très bienfaisante ; elle peut aussi présenter un détail du visage, même une imperfection, comme le « flirt » d’un soir de bal que le jeune homme n’a jamais revu mais auquel il a souvent pensé. Et les potentialités amoureuses s’accroissent ainsi par condensation. »

Nous avons ici un exemple vivant du phénomène de condensation qui entre en action dans l’établissement du lien amoureux. On voit ainsi comment, après la lueur de l’éveil amoureux de la première rencontre, la seconde peut contrarier ou accroître l’élan du cœur. On comprend que dans le « coup de foudre », ces potentialités, au lieu de venir graduellement se condenser en l’être, l’assaillent en fondant en bloc sur lui, le révélant soudainement et pleinement à sa passion, ce que sait faire l’éclair uranien. Mais voyons de plus près comment se conçoit cet investissement de condensation des puissances affectives transférées sur l’objet aimé. Voici encore ce qu’en dit Allendy :

« Chaque amour particulier procède d’éléments spéciaux dans sa sensibilisation et ne permet de projeter qu’une partie des aspirations latentes de l’être. En analysant les successives fixations affectives qu’un individu réalise au cours de sa vie, on découvre une constance de sensibilisations autour desquelles il revient, avec des variantes. Ces éléments sont généralement multiples, bien qu’investis d’intensités différentes. Ils sont extraits du souvenir des premières amours, mais ils peuvent, au cours des expériences sentimentales ultérieures, s’enrichir de combinaisons nouvelles. Il arrive que des termes opposés ou contradictoires prennent une valeur de sensibilisation, car la vie affective ne s’embarrasse pas de considérations logiques. On peut arriver à se sentir également attiré par les personnes très grandes ou très petites. Lorsqu’un seul élément se trouve nettement prévaloir sur les autres, il est naturellement plus facile à retrouver (comme la loucherie chez les femmes que Descartes aimait). Dans d’autres cas, ce peut être tel élément pour une fixation amoureuse, tel autre élément pour la suivante. Le sujet a beaucoup plus de difficultés à réaliser la synthèse de ses aspirations et doit se contenter de satisfactions partielles. Naturellement, ce qu’on découvre chez l’être aimé, quelle que soit la puissance d’illusion de l’amour, ce n’est jamais qu’un certain nombre des éléments de sensibilisation : l’attraction est d’autant plus forte que ces éléments sont plus nombreux, plus intenses, moins mélangés d’éléments négatifs. Mais ils se groupent d’une façon variable chez une personne ou chez une autre. Il s’ensuit que chaque fixation amoureuse opère sur un groupement spécial de points de sensibilisation et que deux amours n’ont jamais exactement la même tonalité ni la même saveur. Ils peuvent donc se remplacer l’un l’autre dans la mesure où ils conquièrent le centre de gravitation affectif, mais ils ne satisfont jamais exactement les mêmes aspirations et ils ne se ressemblent jamais complètement. Or, ce qui est vrai de la sensibilisation amoureuse est encore plus vrai de la projection qui fait suite. En vérité, celui qui aime ne peut projeter qu’une partie de ses aspirations virtuelles sur chaque objet d’amour parce qu’un degré minimum de ressemblance réelle est requis pour cette projection, parce que lesdites aspirations peuvent être contradictoires chez celui qui aime et que la projection doit faire un choix. Ainsi,  un individu a pu, tout petit, rêvé d’être faible et protégé, puis plus grand, d’être fort et protecteur ; il est évident que, dans un amour donné, il lui faudra choisir une des deux modalités à l’exclusion de l’autre. Ainsi, chaque liaison amoureuse possède ses points de sensibilisation spéciaux et ses possibilités déterminées de projection affective. Chaque couple amoureux est lié par des liens spéciaux et par un système de connexions affectives qui lui est propre. »

On ne saurait avoir plus parfait accouplement que cette présentation de l’aspect psychologique du lien amoureux et celle de la version astrologique. Dès lors que l’on considère que la planète, foyer de tendances spécifiques, est susceptible de représenter à la fois ses propres points de sensibilisation d’éveil amoureux et de projection en situation amoureuse, ces deux états en succession procèdent d’une commune origine symbolique.

Il est rare que la planète soit isolée. Elle participe généralement à une interaction d’aspects planétaires aux accords harmoniques et dissonants. C’est ainsi que des ensembles se constituent, de trois, quatre planètes ou plus, leur enchevêtrement tissant un réseau interne, comme une constellation propre au sein du tout. Il advient que l’une d’elles reçoive le plus d’aspects ou les plus importants, ou formant par sa position le principal trait d’union entre les autres planètes du groupe. Cette planète constitue alors le centre du système et prend la signification d’un « centre de gravité affectif » pour revenir à l’expression d’Allendy. Néanmoins, la primauté de la valeur symbolique fait que ce rôle, ici, est tenu par Vénus, la Lune, le Soleil, la planète en secteur VII ou son maître, voire en VIII pour le sexuel. Il existe ainsi plusieurs centres possibles de gravité affective pour chaque thème, le plus couramment deux ou trois.

Revenons à l’exemple de GEORGE SAND . Le noyau central qui polarise l’ensemble des courants affectifs est sa Vénus du Lion conjointe au MC et en aspect de cinq astres. Cette dignité vénusienne est portée par le souffle d’un Jupiter en Balance qui se lève. La grandeur première de George Sand est d’avoir fait de l’amour un droit supérieur de la nature humaine :  elle ose vivre sa vie de femme librement et pleinement. Aidée en cela – assistance d’un trigone de la Lune du Bélier – pour s’affranchir des préjugés et conventions, de son complexe de virilité, allant jusqu’à une conduite garçonnière, s’octroyant la liberté d’un homme.

Or, cette Vénus centrale est reliée à deux aspects importants qui se triangulent à elle en devenant leur pointe commune. D’une part, elle est au double sextil du trigone de Mercure en Gémeaux à Uranus en Balance ; d’autre par, elle est au double carré d’une opposition de Mars du Taureau en VII à Neptune du Scorpion en I. Quand donc elle tend à entrer en manifestation amoureuse, elle entraîne avec elle le jeu des potentialités de ces deux triangles. On comprend d’ailleurs aussitôt qu’il est facile à George Sand d’avoir des amours satisfaisantes dans la communion de l’esprit et la complicité spirituelle avec l’axe harmonique Mercure-Uranus, alors qu’il lui est difficile de trouver le bonheur dans la sensation de l’amour-passion, sous l’axe dissonant Mars-Neptune de VII à I. C’est là  une Vénus qui met en branle tout le système planétaire de cet ensemble, constituant son principal foyer d’amour. Mais il en est deux autres : le Soleil du Cancer en VIII, triangulé au trigone AS-Pluton-Poissons en IV et au carré d’Uranus, toute la puissance d’une sève vitale puisée au contact de la nature, mais dont l’érotisation est contrariée ; et la Lune du Bélier opposée à Uranus-Jupiter, cet affranchissement viril allant jusqu’à s’habiller en homme, fumer le cigare et porter un prénom d’homme, quitte à s’y sentir en condition subalterne (Lune en VI). Mais ces trois foyers ne sont d’ailleurs pas isolés ; ils font un tout à trois niveaux en raison de ce que le Soleil dispose de Vénus en son signe, ainsi que la Lune du Soleil en Cancer ; outre que le Soleil est en dissonance mineure avec l’opposition Mars-Neptune, et  que Lune est en position boiteuse avec l’aspect Mercure-Uranus par sextil au premier et opposition au second, dissonance renforçant la composante virile. L’interférence des deux composantes secondaires se constate dans le fait que c’est à sa manière cancérienne qu’elle vit sa composante virile. Se refusant à l’homme qu’elle ne peut dominer, le charme qui l’attache est finalement la faiblesse masculine où s’engouffre sa tendresse maternelle : le « petit Jules » (Sandeau), « mon gamin d’Alfred » (de Musset), « mon pauvre enfant » (Chopin), monde plus ou moins fondu dans sa famille.

Si l’ on compare maintenant les astralités de Sand avec celles des hommes qui ont marqué sa destinée  affective (les trois grandes passions de sa vie et son fils), on voit comment se greffent les centres affectifs de ceux-ci aux siens.

Jules SANDEAU (Aubusson, 19/02/1811, 7 h, e.c.) : AS 25°  Verseau, MC 14° Sagittaire, Soleil 29° Verseau, Lune 6° Capricorne, Mercure 4° Verseau, Vénus 15° Capricorne, Mars 23° Scorpion, Jupiter 22° Taureau, Saturne 25° Sagittaire, Uranus 18° Scorpion, Neptune 11° Sagittaire, Pluton 17° Poissons.

Alfred de MUSSET (Paris, 11/12/1810, 11 h, e.c.) : AS 0° Verseau, MC 0° Sagittaire, Soleil 19° Sagittaire, Lune 25° Gémeaux, Mercure 19° Sagittaire, Vénus 14° Capricorne, Mars 16° Balance, Jupiter 23° Taureau, Saturne 18° Sagittaire, Uranus 16° Scorpion, Neptune 9° Sagittaire, Pluton 15° Poissons.

Frédéric CHOPIN (Varsovie, 22/02-6/03-1810, 18h , bapt.) : AS 10° Vierge, MC 5° Gémeaux, Soleil 3° Poissons, Lune 13° Balance, Mercure 21° Verseau, Vénus 28° Verseau, Mars 2° Bélier, Jupiter 23° Bélier, Saturne 14° Sagittaire, Uranus 14° Scorpion, Neptune 8° Sagittaire, Pluton 16° Poissons.

Maurice SAND (Paris, 30 juin 1823, 6 h, e.c.) : AS 0° Lion, MC 7° Bélier, Soleil 7° Cancer, Lune 22° Poissons, Mercure 29° Gémeaux, Vénus 20° Lion, Mars 15° Gémeaux, Jupiter 23° Gémeaux, Saturne 20° Taureau, Uranus 9° Capricorne, Neptune 6° Capricorne, Pluton 0° Bélier.

En ce qui concerne Sandeau, histoire sans doute d’une sélectivité amoureuse qui n’en est qu’à son apprentissage, la greffe affective n’atteint pas en direct le cœur de la constellation amoureuse de notre Bourguignonne. Le rapport immédiat est la couverture de l’ opposition Mars-Neptune de VII à I de celle-ci par celle de Jupiter-Mars de son partenaire, l’axe du trigone Vénus-Lune étant rejoint par le MC de Sandeau qui le triangule ; non sans, par ailleurs, quelques dissonances, le Soleil féminin étant opposé au duo Lune-Vénus masculin … Ce n’était qu’un départ de vie amoureuse pour un parcours de seulement trois années

Avec Alfred de Musset, l’histoire d’amour qu’a vécue George Sand a sans doute été éphémère et hachurée, mais en devenant la grande passion de sa vie et en laissant une profonde cicatrice sur son âme. La géométrie de leur inter-pénétration est bien découpée parce que le poète des Nuits de mai présente l’alignement d’une pleine-lune, groupant face au luminaire nocturne des Gémeaux une conjonction Soleil-Mercure-Saturne. Alignement qui, par le pole lunaire rejoint précisément le Mercure de George Sand, soit ,du même coup, le centre du trigone luni-vénusien, son principal système affectif. Le grand auteur de leur mal d’amour fût la conjugaison d’un carré Vénus-Mars (à forte tonalité de dissociation sentiment-désir en plus de l’ambivalence baiser-morsure), le carré Vénus-Mars de Musset faisant au surplus carré et opposition à la Lune de George. Le malheur de celle-ci fut d’être tombée sur l’affreuse névrose  d’un être aussi bipolaire avec son duo oppositionnel saturnisé de dandy mélancolique avec son double  « étranger vêtu de noir » : à la fois Octave et Célio, libertin préalablement blasé et meurtri, et page tendre et sensible, être exquis, lunaire, shakespearien qui se transforme soudain en dément dévastateur, frappant contraste de  deux êtres enfermés en un seul individu.    Ce qu’il en est resté relève finalement de l’excellence mercurienne de la plume endolorie des auteurs.

Pour ce qui en est de Frédéric Chopin, c’est son trigone Lune-Mercure (conjoint à Vénus) qui fait un parallèle par sextils au trigone Lune-Vénus de George et qui se triangule à son Mercure. Un climat d’harmonie générale. Mais la Lune du premier est sur l’Uranus au carré du Soleil et surtout à l’opposition de la Lune de la seconde, ce qui dévalorise la valeur du couple amoureux.

Enfin, avec Maurice Sand, du fait des superpositions du Soleil sur le Soleil, de Mercure sur Mercure et de Vénus sur Vénus, c’est comme une manière de renaître à travers son fils que vit George Sand, en se retrouvant partiellement dans le différé de sa propre descendance, la mère et le fils ayant toujours été proches l’un de l’autre..

Donc, en finale, nous observons ici quatre manières différentes d’avoir aimé.

Ainsi, au regard de la « prise » relevant de la juxtaposition des astralités respectives du couple, chaque amour procède d’un groupement partiel des points de sensibilisation de l’un et de l’autre, la totalité du capital affectif de chacun ne s’y trouvant pas engagé. De ces entrecroisements où les deux parties s’accouplent sinon s’entrechoquent, résulte une variante quantitative-qualitative d’investissement. Si bien que d’un amour à l’autre de la même personne, l’on passe de l’adhésion quasi-entière qui fonde la grande union en la stabilisant au tâtonnement d’un engagement qui laisse sur sa faim, avec les flottements de l’instabilité et de l’insatisfaction.

Mais chaque amour vécu n’en est pas moins greffé sur la constellation affective de la personne qui n’échappe pas à sa propre conjoncture amoureuse. Au-delà étant la destinée du couple, fondée finalement sur la totalité des liens qu’entretiennent les astralités des deux partenaires.

 

L  E      C  O  U  P  L  E

Nous avons vu que chaque liaison amoureuse possède ses points de sensibilisation spéciaux qui font que l’on se met à aimer un être donné, ainsi que ses possibilités de projection affective par lesquelles s’engage le sketch d’une histoire amoureuse. Nous avons vu également, à propos des rapports de Sand avec Sandeau, Musset et Chopin, que chaque amour se greffe sur le réseau d’une constellation planétaire particulière. Si bien qu’il est permis de dire que chaque couple amoureux est lié par des liens spéciaux, suivant le système de connexions affectives qui lui est propre. C’est d’ailleurs pourquoi chaque amour est ressenti comme une chose unique en soi.

Ces liens spéciaux qui unissent chaque couple relèvent de l’ensemble des rapports qui s’établissent entre les astralités des deux partenaires. Quand on effectue ces comparaisons se dégage un certain ordre de corrélations qui révèle l’existence d’une sélectivité subtile présidant à l’union des couples, le choix amoureux s’effectuant en raison d’une attraction mystérieuse. Ecoutons une fois de plus Allendy : « Si les hommes n’avaient pour guider leur choix sentimental que les lumières de la raison et de leur jugement, les erreurs seraient grossières, car ils ignorent leurs tendances inconscientes et se laissent prendre aux apparences logiques, mais c’est l’instinct qui meut l’amour avec la sûreté immédiate de ses informations, avec ses clairvoyances spontanées qui défient les tâtonnements à courte vue de la conscience lucide. Ainsi, une sorte de merveilleuse concordance psychique préside-t-elle aux destinées des amoureux qui se rencontrent. Ceci se trouve pour leur plus grand bonheur quand leur synthèse psychique est cohérente et quand  ils s’apparentent par l’ensemble, ou pour leur plus grand malheur quand des parties discordantes de leurs personnalités pathologiques s’accrochent par des vices complémentaires (…). C’est pourquoi d’ailleurs chaque pervers est sûr de rencontrer un partenaire sexuel de perversion complémentaire, et même si ni l’un ni l’autre n’ont conscience de leur perversion, comme cela arrive en général. »

Ces connexions affectives se lisent en direct quand nous avons sous les yeux les deux thèmes de l’homme et de la femme, en relevant les conjonctions et aspects planétaires qui se tissent de part et d’autre. Ainsi, le rapport harmonique d’un élément-planètaire de l’un avec un élément-planètaire de l’autre, mais à plus forte raison par ensemble : trigone sur trigone surtout, sextil sur sextil, caractérise un terrain d’entente sur la base duquel le couple aura des chances de vivre une relation heureuse. A l’inverse, un rapport dissonant du même ordre est un terrain de mésentente qui devient source de discorde et de problèmes à résoudre ; surtout si, par exemple, une opposition planétaire de l’un couvre une opposition planétaire de l’autre ; ou encore un carré superposé à un autre. Des croisements d’oppositions en carrés étant tout aussi néfastes, de même que deux trigones  s’unissant en triangle ayant même vertu positive. Devant ces configurations, l’interprète situe la nature des affinités qui satisfont le dialogue des partenaires comme celle des incompatibilités perturbant le couple.

La tradition livre déjà des intelligences sur la nature de ces « points de contact », en particulier ceux qui décèlent les affinités amoureuses du couple. Puisque l’homme et la femme s’accouplent dans l’amour et tendent à réaliser l’union qui fait d’eux une unité supérieure d’où l’enfant naîtra, le « point de contact » privilégié est le rapport direct qui unit étroitement, c’est-à-dire la conjonction d’astre à astre : la superposition zodiacale (mais pas seulement zodiacale) du corps céleste de l’homme et du corps céleste de la femme. Ptolémée ayant  même dit du mariage qu’il était la « légitime conjonction de l’homme et de la femme », les époux étant désignés du terme de « conjoints ».

Mais encore s’agit-il plus spécifiquement d’une superposition d’astres de nature complémentaire. Ecoutons ce passage de Ptolémée au chapitre « Des Unions » de son Tetrabiblos : « Les mariages de durée se présentent quand, dans les naissances de l’un et de l’autre, les luminaires s’envoient mutuellement des rayons d’amitié, comme sont les trines ou les sextils, et principalement lorsque de leurs lieux échangés il se reçoivent mutuellement. Mais beaucoup mieux encore quand le lieu de la Lune du mari convient de cette sorte avec le lieu du Soleil en la naissance de la femme… ».

Nous savons, depuis l’enquête statistique de Didier Castille sur la population française de tous les mariages survenus de 1976 à 1996 (6 millions 1/2) qu’un phénomène solaire préside aux unions : l’homme et la femme ont tendance à s’unir progressivement en nombre à mesure que leurs anniversaires de naissance se rapprochent, le maximum des accouplements se faisant entre époux nés un même jour du calendrier  annuel (conjonction Soleil-Soleil parfaite). Outre qu’accompagnent les conjonctions Mercure/Mercure et Vénus/Vénus à ces unions. On ne saurait mieux dire  : « Qui se ressemble s’assemble » Au surplus, le même phénomène se répète dans l’engendrement des époux à la naissance de leurs enfants (quinze millions d’êtres) : ici, le fait narcissique de l’attraction du semblable de l’union conjugale aboutit à la naissance d’enfants de même souche héréditaire : « tels parents, tels enfants ». Certes, les résultats concernant la Lune ont toutefois été négatifs. Il est vrai que l’enquête n’a pas porté sur la qualité et la durée des unions, le facteur qualitatif ayant pu échapper à cette exploration.

En fait, le système de connexion du couple des luminaires juxtaposés demeure un point de jonction privilégié. La conjonction du Soleil de l’homme avec la Lune de la femme signifie la rencontre de la figure masculine que le premier incarne et du visage féminin que la seconde compose : la virilité affective, morale et spirituelle de l’un adhère, s’unit et tend à fusionner avec la féminité affective, morale et spirituelle de l’autre. La conjonction de la Lune de l’homme avec le Soleil de la femme exprime plus précisément une rencontre anima-animus. Ici, l’union ne s’établit pas au niveau, conscient et actif surtout, des fonctions masculine de l’homme et féminine de la femme ; la dynamique amoureuse est dans l’attraction exercée entre l’image idéale d’homme que la femme porte au plus profond de son âme (sa composante masculine inconsciente) et l’image idéale de féminité que l’homme porte au centre de son cœur (sa composante féminine inconsciente). Une puissance potentielle d’union psychique est déposée dans cet accouplement soli-lunaire ou luni-solaire, mais la qualité proprement dite du lien dépend naturellement des configurations de ce couple astral.

Puis avec cette connexion des luminaires vient celle du couple Vénus-Mars. On le sait, Vénus est à l’expression féminine de l’amour : le sentiment, la tendresse, la ferveur du cœur, ce que Mars est à son expression masculine conquérante : le désir, l’attrait physique, l’élan érotique. La conjonction du Mars de l’homme avec la Vénus de la femme tend à constituer un facteur d’attraction physique, de climat passionnel, l’accent mâle et femelle du couple en intensifiant l’expression érotique ; et il en est de même de la Vénus d’homme sur le Mars de la femme. En quelque sorte, le couple Soleil-Lune est à l’amour idéal ou psychique ce que le couple Vénus-Mars est à l’amour charnel ; à l’extrême,  à l’un le spirituel, à l’autre les entrailles.

Il existe d’autres superpositions qui sont également propices à l’union, bien qu’il ne

s’agisse pas de couples polaires. En voici un tableau derrière l’affinité de rapprochement Soleil/Soleil :

SOLEIL de l’un sur l’ ASCENDANT de l’autre,

SOLEIL                     le MILIEU-DU-CIEL

LUNE                        l’ ASCENDANT

LUNE                        le MILIEU-DU-CIEL

SOLEIL                    VENUS

LUNE                        VENUS

VENUS                      l’ASCENDANT

VENUS                      le MILIEU-DU-CIEL

LUNE                        la LUNE

VENUS                      VENUS

Chacun de ces points de contact traduit un type particulier d’affinités. Ainsi, dans la rencontre Vénus/Vénus se présente un point commun de sensibilité accordant les deux partenaires au même pas de danse amoureuse : aimer, c’est épouser des émotions semblables et parallèles. Dans la rencontre Lune/Lune apparaît une adhésion des vérités premières de l’instinct, de l’aurore de la vie émotionnelle, du climat de rêve ou de la nuit intérieure du sentiment. Dans la rencontre Lune/Vénus peut se présenter une certaine communion de la sensibilité du cœur et de l’âme. Dans la rencontre Vénus/Ascendant se dégage souvent le charme d’un attrait physique, une manière de se plaire du premier abord. etc … Cette ébauche s’ouvre à d’autres interprétations, outre qu’ il peut exister d’autres facteurs comme un Mars sur l’AS, au possible pouvoir d’attraction physique.

La tradition a retenu ces rapports comparatifs au plan des positions zodiacales de chaque facteur. Or, il m’est apparu que la relation en question tendait aussi à se manifester au plan de la domification, c’est-à-dire dans l’ordre du mouvement diurne. Ainsi peut-on considérer qu’il y a conjonction Vénus-Mars dans le cas où l’un des partenaires a Vénus à l’AS et l’autre Mars à l’AS, à quelque endroit zodiacal que se présentent l’un et l’autre. Il s’en propose un exemple dans le cas de George Sand et de Frédéric Chopin, la Lune de la première se superposant au Soleil du second, l’un et l’autre étant à une douzaine ou une quinzaine de degrés sous le Descendant. Il y a là une dimension nouvelle de nos corrélations à explorer, en reprenant les cas que l’on a déjà explorés, surtout ceux qui ne parlaient pas suffisamment sans cet indice.

Après le signalement des affinités, Ptolémée entreprend celui des désunions : Et les mariages se dénouent pour la moindre occasion où les esprits tant du mari que de l’épouse se trouvent aliénés l’un de l’autre, quand les positions des luminaires, dont j’ai ci-devant parlé, se rencontrent en signes inconjoints et étrangers, ou que les mêmes se blessent de rayons opposés ou carrés.

On sait, maintenant, alors qu’il y a le plus de mariages quand les époux ont un anniversaire de naissance voisin, que c’est précisément lorsque leurs Soleils sont opposés, étant nés à six mois l’un de l’autre en calendrier, qu’il y en a le moins. Cette force d’éloignement est aussi une force de séparation. Ce facteur de division, source de désunion, est aussi à mettre sur le compte des rapports entre le Soleil et la Lune, ainsi que des deux Lunes entre elles, en y joignant au surplus la relation de carré. Bref, sans être des indices suffisants pour conduire à la séparation , ces configurations contribuent à tendre les liens conjugaux. Ce qui est vrai des luminaires l’est aussi du couple Vénus-Mars : le carré ou l’opposition de la Vénus de l’un au Mars de l’autre, au lieu d’attirer, repousse les partenaires, non plus sur le plan psychique mais sur le terrain physique, le désaccord sexuel étant une source de séparation. Naturellement, l’indice est beaucoup plus significatif si se croisent deux dissonances des quatre astres, comme dans le cas de l’incompatibilité physique radicale du couple de HENRI IV avec MARGUERITE  DE VALOIS. D’autant qu’il existait aussi entre eux une opposition Soleil-Lune, le couple ne devant pas faire long feu. On doit aussi noter les liens respectifs susceptibles de se présenter d’un thème à l’autre entre l’AS, le MC, les luminaires et Vénus, comme indices contributifs à l’harmonie ou à la dissonance du ménage.

Jusqu’ici, l’on s’en est tenu aux deux couples planétaires et aux angles. Il reste à prendre en considération l’ensemble planétaire dans sa totalité où interviennent les dissonances les plus importantes. En particulier la superposition en conjonction d’astres antinomiques, notamment d’un luminaire avec Mars ou Saturne.

Ce rapport Soleil-/Mars est une signalétique frappante d’inimitié, d’hostilité. Certes, ente homme et femme, il peut être signe d’attraction du désir, d’excitation passionnelle, mais son incandescence présente un risque de brûlure, notamment en glissant dans un rapport tyrannique de dominant--dominé, la passion tournant à l’orage de l’aversion-répulsion. Le contact du même ordre entre la Lune et Mars fait vibrer la souche animale de la relation que l’on risque de ne pas maîtriser, faisant craindre un régime passionnel de tempête, d’où la sensibilité peut sortir blessée. Dans la conjonction du Soleil ou de la Lune avec Saturne, le foyer d’amour risque de s’éteindre si le lien ne repose pas sur un accord moral ou une communion spirituelle, l’éteignoir pouvant venir notamment d’un égoïsme dominant ou de l’excès d’une fermeture sur soi sinon d’une emprise sur l’autre étouffante.

Le jugement doit naturellement reposer sur l’interprétation de l’ensemble des points de contact saisis dans une vue synthètique. D’ailleurs, généralement, les facteurs interfèrent entre eux et rien n’est plus significatif que la superposition d’un ensemble planétaire de l’un sur un ensemble planétaire de l’autre, le centre de gravitation affective d’un thème s’unissant, en quelque sorte, au centre de gravitation affective de l’autre thème. Il n’est pas si rare de voir se superposer une opposition sur une opposition, un trigone sur un trigone ou deux réunis par une position commune, un carré sur un carré ou l’un en face de l’autre … De telles figures ne trompent pas. Et, naturellement, il ne faut pas en rester à la seule constatation qu’un Soleil tombe sur une Lune ou une Vénus sur un Mars : dès lors qu’un tel point de contact spécifique existe, encore faut-il observer les ramifications d’aspects que collecte chacun des deux astres, car ceux-ci constituent les ingrédients de la formule amoureuse vécue.

 Il convient encore de ne pas oublier de prendre en considération une autre catégorie de facteurs qui relèvent, cette fois, d’une similitude de configurations échangées d’un thème à l’autre, répétition du même dans le parallèle de phénomènes semblables, qui « se renvoient la balle », comme dans le cas SAND-MUSSET avec leurs respectifs carrés Vénus-Mars.

Il est clair, par exemple, que si les deux partenaires sont nés sous une conjonction ou dissonance Vénus-Saturne, l’une des forces d’attraction qui a pu contribuer à les unir soit une commune sensibilisation à la frustration affective, comme un Saturne en IV ou en X qui peut rapprocher deux orphelins ; ce qui peut être vécu différemment par l’un et l’autre. Le risque existe que chacun puisse frustrer l’autre, l’un parce que fermé affectivement, se donnant trop frileusement et l’autre en faisant trop dans une avidité envahissante. Néanmoins, si l’ensemble des astralités du couple est harmonique, cette dissonance commune peut devenir un heureux trait d’union pour les deux partenaires passés par un même type d’épreuve et cicatrisès d’une semblable souffrance du passé. Quelque chose du même ordre est possible en cas de commune conjonction Lune-Saturne, chacun des deux apportant dans la corbeille du mariage une vulnérabilité affective mélancolique, fragilité commune dont il convient de se guérir. Tout à l’opposé, une conjonction Lune-Mars chez l’un et l’autre fait la paire d’un homme sensibilisé à la pression virile de la femme et d’une compagne prenant la relève, dans un climat que l’on peut imaginer colérique et tumultueux. Une dissonance Soleil-Mars de l’un et une dissonance Lune-Mars de l’autre se renvoient aussi la balle, sur la trace de l’amour confrontation-affrontement, dominant--dominé à goût de tyrannie, de violence. Et tout à l’opposé d’un couple à conjonctions Soleil-Saturne et Lune-Saturne, il n’y a rien de plus agréable qu’une commune conjonction Soleil-Vénus, Lune-Vénus, Soleil-Jupiter ou Lune-Jupiter, pour s’épanouir harmonieusement ensemble. Et si le même aspect se présente en harmonique chez l’un et en dissonance chez l’autre, cela relève de l’arrangement dans le couple.

Lorsqu’un couple présente des difficultés, il importe de savoir si les problèmes auxquels il est exposé résultent d’une disharmonie des partenaires ou de la nature propre de l’un d’eux sinon des deux. On peut être assuré que c’est le premier cas qui domine lorsque leurs astralités comparées sont lourdes de dissonances. Alors que le second cas prévaut si le mal résulte de la coexistence de dissonances communes, chacun étant chargé pour son propre compte de configurations pénibles. Un couple peut être malheureux parce règne en lui un insuffisant terrain d’entente ou trop de terrain de mésentente, mais aussi parce que les partenaires vivent eux-mêmes, chacun de leur côté, des conflits internes qui les mettent en mauvaise condition de conjugalité. Généralement, chacun de ces plans interfère avec l’autre. Outre les deux natures sexuées entrent donc aussi en jeu les deux tempéraments et caractères. Un amour peut être parfait dans un couple où les partenaires ont des tempéraments, penchants, réactions et gouts voisins, le contraste des caractères nuisant à l’harmonie du couple et entravant le bonheur conjuugal..

Il est évident que si le Mercure – le voici enfin de la partie – de l’un « tombe » sur l’Ascendant, le Milieu du ciel, le Soleil, la Lune, le Mercure ou la Vénus de l’autre, ce facteur n’est pas négligeable comme donnée de compréhension, d’entente, de dialogue de l’esprit, de communion intellectuelle. C’est sur ce même terrain des rapports individuels de caractère à caractère qu’il faut juger les relations entre les Ascendants entre eux, les Soleils entre eux, les Ascendants et les Soleils. Encore que cette notion relationnelle ne soit pas aussi simple qu’elle apparaît.

En effet, l’analyse freudienne distingue deux stades de la projection des affects amoureux, appelés « transfert de la libido narcissique » et « transfert de la libido objectale ». Dans le premier type de transfert, les sentiments projetés, demeurés infantiles,  ne parviennent pas à passer sur la rive d’en face, ne sortant pas de l’être et se diffusant sur le Moi. Ainsi, l’être reste-t-il fixé à l’amour de soi-même, ses affects projetés s’adressant à sa personne à travers l’objet aimé ; en s’aimant lui-même en l’autre, son sentiment recherche dans le partenaire la réplique de soi. Cette affectivité incline vers le flirt, l’amour libre, le lien homosexuel, pour finir au mieux dans l’attachement maternel et paternel. Dans le second type de transfert, en un saut sur l’autre rive, les sentiments projetés sont adultes et s’adressent véritablement à l’objet aimé, aimé pour lui-même, ressenti comme son complémentaire polaire. Or, le plan de projection narcissique s’inscrit dans un rapport de trigone où le lien ne sort pas de la triplicité zodiacale, tandis que la projection objectale s’adresse en direct à l’être d’en face, sur le rayon de l’opposition. On imagine qu’un couple narcissique ne saurait supporter indéfiniment la tension d’oppositions sans finir par se regarder « en chiens de faïence », alors que sous la même conjoncture, le couple adulte peut aller jusqu’au bout de sa complémentarité.

Pour finir, précisons qu’il ne suffit pas d’avoir le Soleil sur la Lune ou Vénus sur Mars pour qu’automatiquement Madame et Monsieur doivent tomber dans les bras l’un de l’autre. Ce n’est pas là une nécessité : les astres proposent, la nature dispose … La charrue ne doit pas être mise avant les bœufs. Ce n’est qu’après, lorsque que la nature ait parlé, que les cœurs de Roméo et de Juliette se sont mis à battre, que l’œuvre astrologique a lieu d’être.

ASTRALITES  DE  COUPLES  ILLUSTRES

 

L’importance de l’étude des thèmes comparés en amour mérite qu’on s’arrête quelque peu à l’examen des configurations qui apparaissent dans le cadre des grandes histoires amoureuses. J’avais déjà présenté dans mon Traité pratique un tableau d’accouplement des souverains de la France, de Charles VIII à Napoléon III, où ressortent des rencontres soli-lunaires, et il me paraît bon de le reproduire ici.

 

Nous n’avons jamais trop d’exemples, même si, malheureusement, ceux-ci sont incomplets, puisque nous manquent les heures de naissance et que nous n’ayons que des fragments d’astralités. Mais mieux vaut  apprendre peu avec les moyens du bord, que se priver d’apprendre, car il n’est pas indifférent de savoir, par exemple, que LOU SALOME a son Saturne sur la Vénus de NIETZSCHE, à qui elle rejeta sa demande en mariage. Certes, l’échantillon qui se présente n’est pas considérable, mais il est un exemplaire passage par l’observation  contribuant à se faire la main en synastrie.

LOUIS XIV (Saint-Germain, 5/09/1638, 11 h 11 m) – LA MONTESPAN (Lussac en Poitou, bapt. Le 5/10/1640). Positions du 4 : S. 11° Balance, L. fin-Taureau/entrée-Gémeaux, M. 2° Balance, V. 10° Balance, M. 25° Verseau, J. 1° Capricorne, S. 24° Verseau).

Pas de superposition, mais à la conjonction Lune-Vénus du Lion du monarque (son pôle des débordements de la vie  sensorielle, au temps des fêtes du règne) répond chez la marquise une conjonction Soleil-Vénus de la Balance ,  en sextil l’une de l’autre.

LOUIS XIV – LA MAINTENON (Niort, bapt. Le 27/11/1635). S. 5° Sagittaire, L. mi-Cancer, M. 15° Sagittaire, V. 3° Sagittaire, M. 27° Vierge, J. 4° Vierge, S. 2° Capricorne.

On retrouve une conjonction Soleil-Vénus (la grandeur de l’amour, ici l’amour royal)  également en aspect de la conjonction Lune-Vénus du roi (trigone), venant cette fois du Sagittaire, tandis que le Jupiter de l’élue se pose sur le MC et le Soleil du roi.. Il y a lieu de penser que la Maintenon est née sous l’opposition Lune-Saturne, faisant le pendant à celle du roi, le couple répondant au temps du règne de pénitence du monarque.

Maréchal Maurice de SAXE (Goslar, 19-28/10/1696). S. 5° Scorpion, L. entrée Sagittaire, M. 28° Scorpion, V. 19° Scorpion, M. 10° Sagittaire, J. 13° Balance, S. 21. Capricorne).

Adrienne LECOUVREUR (Damery près d’Epernay, 5/04/1692). S. 16° Bélier, L. mi-Sagittaire, M. 2° Bélier, V. 19° Taureau, M. 7° Cancer, J. 18° Taureau, S. 13° Sagittaire.

Au face à face des deux Vénus se joint une superposition de conjonction Lune-Mars de ce grand libertin triplement Scorpion à une conjonction Lune-Saturne de cette grande tragédienne, victime d’une passion sado-masochiste jusqu’à en mourir.

LOUIS XV (Versailles, 15/02/1710, 8 h 03m) – LA POMPADOUR (Paris, 29/12/1721). S. 7° Capricorne, L. mi-Taureau, M. 15° Sagittaire, V. 13° Sagittaire, M. 8° Taureau, J. 26° Scorpion, S. 12° Sagittaire.

Superpositions MC/Soleil et Jupiter/Jupiter faisant de la marquise une favorite chargée d’une délégation de pouvoir, au point d’imposer un « style Pompadour », en régnant pour ainsi dire une vingtaine d’années. De l’amour proprement dit, bien peu avec sa conjonction Vénus-Saturne : « J’ai le malheur d’être de tempérament très froid », cette frigide n’étant maîtresse de lit que quelques années, et pouvant sans doute dédouaner la culpabilité d’un carré Vénus-Saturne dominant du roi. Mais les liens du cœur et de l’esprit n’en sont pas moins là avec sa conjonction Mercure-Vénus au trigone et sextil du sextil Vénus-Mars du monarque.

LOUIS XV – La DU BARRY (Vaucouleurs, 19 août 1743, baptisée le jour même ; née plutôt dans la matinée et probablement aux environs de 9 heures). S. 25° Lion, L. (21°) Lion, M.16° Lion, V. 11° Balance, M. 19° Balance, J. 18° Vierge, S. 7° Vierge.

Le pouvoir amoureux d’une conjonction Vénus-Mars de la Balance qui se lève,  reliée au trio du Lion, centres aspectant le sextil Vénus/Mars du roi. Ce n’est pas une sérieuse maîtresse capricornienne ambitionnant le pouvoir comme la Pompadour : cette comtesse est une lionne éprise de son pouvoir amoureux au plus haut niveau, mais son Jupiter de la Vierge est sur la Lune de la Vierge en VI du roi, lequel allait choir dans la bassesse de fréquentations les plus médiocres.

Colonel  François-Apolline GUIBERT (Romans-en-Dauphiné, 11/11/1744). S. et Pluton 19° Scorpion, L. vers 11° Verseau, M. 1° Scorpion, V. 7° Sagittaire, M. 11° Vierge, J. 0° Scorpion, S. 29° Vierge.

Julie de LESPINASSE (bapt. Lyon le 10/11/1732). S. 17° Scorpion, L. mi-Lion, M. 11° Scorpion, V. 0° Balance, M. 29° Capricorne, J. 26° Vierge, S. 11° Bélier.

Superpositions de la conjonction Soleil-Pluton du Scorpion du comte sur le Soleil et Mercure de la « Muse de l’Encyclopédie » et de son Saturne sur sa Vénus, en semi-carré l’une de l’autre. On connaît la passion fatale de Julie pour le colonel, Iseult ayant bu le « funeste poison »  - « Hélas !  par quelle fatalité faut-il que le sentiment du plaisir le plus vif et le plus doux soit lié au malheur le plus accablant ? (…) Je suis entraînée vers vous par un sentiment que j’abhorre, mais qui a le pouvoir de la malédiction . » - et s’anéantissant dans cet amour jusqu’à la mort.

Julie de LESPINASSE – D’ALEMBERT (Paris, nuit du 16 au 17 11 1717). S. 24 Scorpion, L. fin Bélier ou entrée Taureau, M. 5° Scorpion, V. 1° Capricorne, M. 12° Verseau, J. 4° Lion, S. 27° Balance.

Guibert-Lespinasse-D’Alembert : trois Soleils superposés, unis en une même histoire. A l’ opposition Vénus-Saturne d’elle répond l’opposition Lune-Saturne de lui dans le cadre du carré de leurs Vénus. On connaît le « roman blanc » du géomètre avec Julie, l’attachement exclusif qu’il eut pour elle, en vain, ayant été enchaînée à son amour pour Guibert, lien qui mit son cœur à l’épreuve une quinzaine d’années, jusqu’à ce qu’elle s’éteigne toutefois dans les bras du savant.

Antoine de SAINT-JUST (Decize, 25/08/1767). S. 2° Vierge, L. mi-Vierge, M. 6° Vierge, V. 18° Balance, M. 6° Vierge, J. 26° Vierge, S. 2° Cancer.

Thérèse GELEE (Blérancourt, Aisne, 13/10/1766, 19h). Soleil 20° Balance, L. 22° Verseau, M. 9° Balance, V. 24° Vierge, M. 17° Verseau, J. 13° Vierge, S. 21° Gémeaux.

Superpositions de Vénus au Soleil et à Mercure, ainsi que de la Lune à Vénus et Jupiter. L’unique et grand amour du Conventionnel qui débute en amitié d’enfance et s’épanouit sur la fin de sa vie, après l’arrachement d’un mariage forcé et d’un divorce.

Benjamin CONSTANT (Lausanne, 23/10/1767). S. entrée Scorpion, L. vers 8° Scorpion où est M, V. 20° Scorpion, M. 14° Balance, J. 9° Balance, S. 5° Cancer, U. 1° Taureau, N. 7° Vierge.

Germaine DE STAEL (Paris, 22/04/1766, 18 h, biog.). AS fin Balance, S. 2° Taureau, L 4° Balance, M. 21° Taureau, V. 27° Poissons, M. 25° Capricorne, J. 12° Lion, S. 4° Gémeaux, U. 25° Bélier, N. 0° Vierge.

Oppositions Soleil-Soleil, Lune-Soleil, Mercure/Soleil et Vénus/Mercure (Scorpion-Taureau), avec trigone Vénus/Vénus et sextil Vénus/Mars, Uranus s’ajoutant à la partie. Une histoire d’amants terribles qui s’adorent et se maudissent, ne pouvant vivre ensemble sans non plus se passer l’un de l’autre, alternant les ruptures et les réconciliations.

NAPOLEON –Désirée CLARY (Marseille, 8/11/1777). S. 16° Scorpion, L. mi-Verseau, M. 28° Balance, V. 14° Balance, M. 6° Capricorne, J. 25° Lion, S. 7° Scorpion.

Superposition  de l’AS et du Soleil, alors que s’opposent entre eux le Soleil et la Lune, Vénus et Mars, et que sont en carré les Soleil et les Vénus. Sur la base d’une attraction initiale, l’histoire de la « petite fiancée » de Bonaparte finit, par le lâchage de celui-ci, sur une déception – « Vous marié ! Je ne puis m’accoutumer à cette idée, elle me tue …Je ne désire que la mort… » - qui va tourner obscurément à la vengeance-Scorpion, aboutissant à épouser « l’homme-obstacle » de Napoléon, le pire ennemi de l’empereur,  : «Bernadotte …j’ai consenti à l’épouser lorsqu’on m’a dit qu’il était homme à tenir tête à Napoléon. »

Désirée CLARY-BERNADOTTE (Pau, 26/01/1763). S. 8° Verseau, L. fin Gémeaux, M. 13° Verseau, V. 14° Capricorne, M. 13° Poissons, J. 2° Taureau, S. 20° Bélier.

Conjonctions Soleil/Lune, Vénus/Mars et Mercure/Lune ; Bernadotte et Napoléon ayant leurs Soleil, Mercure, Vénus, Mars et Jupiter respectivement opposés les uns aux autres !

NAPOLEON – JOSEPHINE (Les Trois-Ilets, Martinique, 23/06/1753). S. 1° Cancer, L. début du Sagittaire, M. 23° Cancer, V. 29° Taureau, M. 1° Cancer, J. 2° Gémeaux, S. 6° Taureau.

La Vénus du Corse est conjointe à la conjonction Soleil-Mars de Joséphine. Il n’en suffit pas plus pour comprendre le pouvoir amoureux ressenti : « … c’est la femme que j’ai le plus aimée ». C’ est une Lune superposée à sa Vénus qui signera sa rencontre avec l’impératrice MARIE-LOUISE, ainsi qu’avec Marie WALEWSKA .

Joachim MURAT (Bastide-Fortunière, Lot, 25/03/1767). S. 4° Bélier, L. entrée Verseau, M. 19° Bélier, V. 24° Bélier, M. 28° Taureau, J. 15° Vierge, S. 15° Gémeaux, U. 28° Bélier, N. 3° Vierge.

Caroline BONAPARTE (Ajaccio, 25/3/1782,, 2 h, aide-mémoire du père). S. 4° Bélier, L. 7° Lion, M. 19° Poissons, V. 28° Poissons, M. 22° Taureau, J. 28° Sagittaire et S. 1° Capricorne opposés à U. 28° Gémeaux, à l’horizon, au double carré de la conjonction Soleil-Vénus, laquelle est aussi à l’opposition de N. à 6° de la Balance.

Soleil sur Soleil et Mars sur Mars, du Bélier au Taureau en régime de dissonances, dont l’opposition des Lune. La farandole endiablée  d’un couple emporté dans un déluge de pulsions, d’appétits, d’ambitions, de convoitises sans fin, vivant dans la guerre conjugale où chacun entend commander et ne cédant pas à l’autre, en rivalité-hostilité permanente.

LOUIS Ier DE BAVIERE (Strasbourg, 25/08/1786, minuit). AS 7° Cancer, MC 8° Poissons, S. 2° Vierge, L. 15° Vierge, M. 24° Vierge, V. 11° Balance, M. 25° Vierge, J.21° Taureau, S. 12° Verseau, U. 24° Cancer, N. 14° Balance.

Lola MONTES (Limerick, 23/06/1818). S. 1° Cancer, L. début Poissons, M. 10° Gémeaux, V. 27° Cancer, M. 19° Lion, J. 9° Capricorne, S. 18° Poissons, U. 17° Sagittaire, N. 24° Sagittaire.

Superposition trigone AS-MC sur trigone Soleil-Lune, et trio virginien en dissonance du triangle dissonant Saturne-Uranus-Neptune, outre une opposition Soleil/Lune. Une passion blafarde qui détrône un roi.

Auguste COMTE – Clotilde de VAUX. Couple analysé au chapitre sur les amours aberrantes.

NAPOLEON III (Paris, 20/04/1808, 1 h). AS 13° Capricorne, MC 15° Scorpion, S. 29° Bélier, L. 28° Verseau, M. 2° Bélier, V. 2° Bélier, Mars 29° Bélier, J. 9° Poissons, S. 20° Scorpion, U. 3° Scorpion, N. 4° Sagittaire.

Impératrice EUGENIE (Grenade, 5/05/1826). S. 14° Taureau, L. fin Bélier, M. 28° Bélier, V. 28° Taureau, M. 14° Scorpion, J. 4° Vierge, S. 20° Gémeaux, U. et N. 24° et 13° Capricorne

Rien moins qu’une conjonction Soleil-Mars sur une conjonction Lune-Mercure, ramifiées par semi-sextils au sextil de leurs Vénus, la conjonction lunaire d’Eugénie étant toutefois au carré d’Uranus du Capricorne. Mais surtout, la conjonction Soleil-Mars de l’empereur (opposée à Uranus) reçoit le renfort de l’opposition Soleil-Mars de l’impératrice (posée sur le méridien de Badinguet !), laquelle finissant par avoir sa part de pouvoir,  contribution involontaire conduisant à la chute de l’empire.

Alfred de VIGNY (Loches, 27/03/1797, 22h). AS 17° Scorpion, MC 3° Vierge, S.  7° Bélier, L. 1° Bélier, M. 15° Poissons, V. 21° Poissons, M. 19° Taureau, J. 28° Poissons, S. 23° Gémeaux, U. 9° Vierge, N. 10° Poissons, P. 1° Poissons.

Marie DORVAL (Lorient, 7/01/1798,, 20 h).  AS 25° Lion, MC 16° Taureau, S. 17° Capricorne, L. 28° Vierge, M. 6° Verseau, V. 5° Poissons, M. 24° Scorpion, J. 11° Bélier, S. 7° Cancer, U. 17° Vierge, N.12° Scorpion, P. 29° Verseau.

Superposition AS/Mars avec communion des Vénus en Poissons, laquelle se couche chez Marie comme le Mars d’Alfred. Mais la Lune de la première est en opposition des luminaires du second. La « reine des passions » du drame romantique, devenue le grand amour du hautain Vigny  savourant en elle un « sauvage bonheur », étant Kitty Bell de Chatterton libérant les puissances de la passion. Ce qui finira dans les invectives et imprécations de la Colère de Samson.

Victor HUGO (Besançon, 26/02/1802, 22 h). AS 2° Scorpion, MC 11° Lion, S.7° Poissons, L. 24° Sagittaire, M. 25° Poissons, V. 3° Poissons, M. 1° Verseau, J. 29° Lion, S. 3° Vierge, U. 5° Balance, N. 21° Scorpion, P. 5° Poissons.

Juliette DROUET (Fougères, 10/04/1806, 7 h). AS 28° Taureau, MC 29° Capricorne, S. 19° Bélier, L. 12° Capricorne, M. 9° Taureau, V. 16° Poissons, M. 6° Bélier, J. 7° Capricorne, S. 25° Balance, U. 23° Balance, N. 29° Scorpion, P. 11° Poissons.

Je t’aime… Je t’adore… Tu es mon soleil … Baucis-Juliette a sa Vénus au centre du trio Vénus-Soleil-Mercure du mage, et son Neptune-Scorpion en VII renvoie au même du mage Hugo qui l’a en I. Le sort d’une maîtresse entretenue, mais qui s’emprisonne en pénitente retranchée du monde et bénissant son calvaire en une vie recluse, pour y trouver une rédemption amoureuse (importance du secteur XII, renforçant les Poissons, sous emprise saturnienne).

Alexandre DUMAS fils (Paris, 27/07/1824, 18 h). AS 4° Capricorne, MC 7° Scorpion, S. 4° Lion, L. 26° Lion, M. 6° Lion, V. 4° Lion, M. 23° Balance, J. 25° Cancer, S. 5° Gémeaux, U. 12° Capricorne, N. 7° Capricorne, P. 1° Bélier.

Marie DUPLESSIS (Nonant, Orne, 15/01/1824, 20 h). AS 29° Lion, MC 220 Taureau, S. 24° Capricorne, L. 16° Cancer, M. 13° Verseau, V. 9° Sagittaire, M. 8° Balance, J. 3° Cancer, S. 16° Taureau, U. 12° Capricorne, N. 7° Capricorne, P. 0° Bélier.

La Lune masculine sur l’AS avec le trigone d’une conjonction du Lion à sa Vénus, mais cet appel à l’âme féminine d’une Lune du Cancer en opposition du Soleil dominé par un Saturne culminant finit sur le déchirement mortel de la Dame aux camélias (Lune en VIII de Duma) ayant sacrifié l’amour à son panache mondain.

Franz LISZT (Raiding/Oldenburg, 22/10/1811, 1e heure, biog.). AS mi-Lion, MC entrée Taureau, S. 27° Balance, L.20° Sagittaire,  M. 10° Balance, V. 0° Scorpion, M. 16° Capricorne, J. 6° Cancer, S. 22° Sagittaire, U. 17° Scorpion, N. 9° Sagittaire, P. 16° Poissons.

Marie D’AGOULT (Francfort/Main, minuit du 30 au 31/12/1805, biog.). AS début Balance, MC début Cancer, S. 8° Capricorne, L. 0° Taureau, M. 20° Capricorne, V. 26° Verseau, M. 17° Capricorne, J. 22° Sagittaire, S. 27° Balance, U. 25° Balance, N.29° Scorpion, P.9° Poissons.

Avec Mars sur Mars, la superposition de l’axe MC/Soleil-Vénus sur l’opposition de la Lune à Saturne-Uranus. Une grande passion romantique finissant dans l’épreuve des grands déchirements.

Robert SCHUMANN (Zwickau, 8/06/1810, 21 h 30 m, source inconnue). AS 8° Capricorne, MC 12° Scorpion, S. 17° Gémeaux, L. 1° Vierge, M. 3° Cancer, V. 9° Cancer, M. 19° Gémeaux, J. 17° Taureau, S. 11° Sagittaire, U. 10° Scorpion, N° 7° Sagittaire, P. 17° Poissons.

Clara WIECK-SCHUMANN (Leipzig, 13/09/1819). S. 19° Vierge, L. (12°) Cancer, M. 8° Vierge, V. 13° Vierge, M. 4° Cancer, J. 8° Verseau, S. 27° Poissons, U. 20° Sagittaire, N. 25° Sagittaire, P. 27° Poissons.

Superposition générale d’un sextil de trois astres à un sextil de trois autres. Un grand couple romantique. Le lien Vénus/Mars se retrouve avec Johannes Brahms qui aima Clara.

Richard WAGNER (Leipzig, 22/05/1813, lever du jour, biog). AS fin Taureau, MC entrée Verseau, S. 0° Gémeaux, L. 20° Verseau, M.3° Taureau, V. 29° Taureau, M. 4° Verseau, J. 3° Lion, S. 19° Capricorne, U. 25° Scorpion, N. 14° Sagittaire, P. 20° Poissons.

Cosima LISZT-WAGNER (Bellagio, Lac de Côme, 24/12/1837 à l’approche du soleil de minuit selon elle-même). AS fin Gémeaux, MC fin Vierge, S. 3° Capricorne, L.28° Scorpion, M. 19° Capricorne, V. 20 ° Verseau, M. 16° Capricorne, J. 18° Vierge, S. 24° Scorpion, U. 5° Poissons, N. 6° Verseau, P. 14° Bélier.

Lune sur Vénus et conjonction Soleil-Vénus opposée à conjonction Lune-Saturne. De l’idolâtrie amoureuse à trente-sept années d’un veuvage de vestale toute au culte de Bayreuth.

Anatole FRANCE (Paris 16/04/1844, 7 h). AS 7° Gémeaux, MC 6° Verseau, S. 26° Bélier, L. 11° Bélier, M. 5° Taureau, V. 9° Gémeaux, M. 0° Gémeaux, J. 1° Bélier, S. 7° Verseau, U. 5° Bélier, N. 23° Verseau, P. 23° Bélier.

Léontine de CAILLAVET (Paris, 14/06/1844). S. 23° Gémeaux, L. début Gémeaux, M. 4° Gémeaux, V. 3° Lion, M. 9° Cancer, J. 1° Bélier, S. 6° Verseau, U. 5° Bélier, N. 23° Verseau, P. 23° Bélier.

Superposition AS-Vénus-Mars à Lune-Mercure. Un couple qui fait parler de lui dans le milieu littéraire français de l’entré du XXe siècle où, avec sa conjonction Lune-Uranus du Bélier, la dragonne Léontine tient la dragée haute à  un Anatole petit garçon.

RODOLPHE DE HABSBOURG (Vienne, 21/08/1858, 22 h 15 m).  AS 29° Taureau, MC 0° Verseau, S. 28° Lion, L. 27° Capricorne, M. 25° Vierge, V. 10° Balance, M. 4° Sagittaire, J. 17° Gémeaux, S. 5° Lion, U. 3° Gémeaux, N. 24° Poissons, P. 7° Taureau.

Marie VETSERA (Constantinople, 19/03/1870, 20 h 45 m, donnée des confrères autrichiens). AS 0° Scorpion, MC 5° Lion, S. 28° Poissons, L. 0° Scorpion, M. 7° Poissons, V. 27° Verseau, M. 27° Poissons, J. 18° Taureau, S. 28° Sagittaire, U. 17° Cancer, N. 18° Bélier, P. 16° Taureau.

La violente opposition Mars-Uranus du DS à l’AS et au double carré du Soleil du fils de l’empereur d’Autriche renvoie la balle à une conjonction Soleil-Mars au carré de Saturne, avec une Lune du Scorpion à l’AS que renforce Pluton en VII : sacrifice Poissons à l‘hôtel de l’amour au drame de Mayerling.

Gabriele D’ANNUNZIO (Pescara, 12/03/1863, 8 h). AS 4° Taureau, MC 18° Capricorne, S. 21° Poissons, L. 15° Sagittaire, M. 24° Verseau, V. 13° Bélier, M. 1° Gémeaux, J. 26° Balance, S. 3° Balance, U. 16° Gémeaux, N. 3° Bélier, P. 9° Taureau.

Elenora DUSE (Vigevano, Lombardie, 3/10/1858, 2 h). AS 25° Lion, MC 17° Taureau, S. 9° Balance, L. 18° Lion, M. 22° Vierge, V. 26° Poissons, M. 0° Capricorne, J. 21° Gémeaux, S. 10° Lion, U. 3° Gémeaux, N. 23° Poissons, P. 7° Taureau.

Superposition du lever de Vénus-Bélier et du lever de la Lune-Lion en trigone, avec opposition Mars/Vénus et conjonction Saturne/Soleil. Une passion dévastatrice de la noble comédienne pour le condottière à goût amer de masochisme (conjonction Lune-Saturne et opposition Vénus-Scorpion/Uranus) jusqu’à la torture.

DUC DE WINDSOR ,Edouard VIII (Richmond, 23/06/1894, 22 h). AS 27° Capricorne, MC 27° Scorpion, S. 2° Cancer, L. 3° Poissons, M. 27° Cancer, V. 23° Taureau, M. 0° Bélier, J. 18° Gémeaux, S. 18° Balance, U. 11° Scorpion, N. 13° Gémeaux, P. 10° Gémeaux.

Wallis SIMPSON (Baltimore, 19/06/1896, entre 5 h 30 et 6 h, selon elle-même). AS vers 9° Cancer, MC vers  18° Poissons, S. 28° Gémeaux, L. 11° Balance, M. 16° Gémeaux, V. 23° Gémeaux, M. 21° Bélier, J. 8° Lion, S. 12° Scorpion, U. 21° Scorpion, N. 18° Gémeaux, P. 12° Gémeaux.

Le Soleil du roi se superpose à un centre AS-Soleil-Mercure-Vénus. Un renoncement au trône d’Angleterre pour sa dame en quasi tonalité de castration : à un carré Soleil-Mars répond aussi une opposition Lune-Mars.

LIZ TAYLOR (27/02/1932, 2h ou 2h15, London). S. 7° Poissons, L. 12° Scorpion,, V-U. 17° Bélier, M. 1° Poissons. RICHARD BURTON (10/11/1924, 20 h, Port Talbot, Pays de Galles). S. 18° Scorpion, L. 10° Taureau, Vénus 9° Balance, Mars 8° Poissons).

Ménage infernal avec le cirque mariage-divorce-remariage-re-divorce ! A la fois superpositions Lune/:Soleil en Scorpion et conjonction Soleil-Mars sur Mars, outre opposition Lune/Lune et surtout la Vénus masculine recevant celle d’une incendiaire conjonction exacte Vénus-Uranus du Bélier semi-carré à Mars de  la flambante actrice !

 CHARLES PRINCE DE GALLES (Buckingham Palace, 14/11/1948, 21 h 14 m).  AS 5° Lion, MC 14° Bélier, S. 22° Scorpion, L. 0° Taureau, M. 6° Scorpion, V. 16° Balance, M. 20° Sagittaire, J. 29° Sagittaire, S. 5° Vierge, Uranus 29° Gémeaux, N. 14° Balance, P. 16° Lion.

Lady DIANA PRINCESSE (Sandringham, 1er/07/1961, 19 h 45 m). AS 17° Sagittaire, MC 23° Balance, S. 9° Cancer, L. 25° Verseau, M. 3° Cancer, V. 24° Taureau, M. 1° Vierge, J. 5° Verseau, S. 27° Capricorne, U. 23° Lion, N. 8° Scorpion, P. 6° Vierge.

Superpositions Vénus/MC et Mars/AS, ainsi que Saturne sur conjonction Mars-Pluton en VIII à l’opposition de la Lune. Une si belle histoire d’amour finissant si mal …

Il va sans dire que les notations de ces cas ne sont à prendre que comme une esquisse, approche appelant une investigation générale, outre qu’il convient de dresser les figures respectives pour avoir les comparaisons sous les yeux. L’intérêt de leur exposé est de livrer les données de destins amoureux parmi ceux qui ont le plus fait parler d’eux, une littérature abondante en rendant plus ou moins compte. Occasion de se faire la main sur ces histoires particulières, matière idéale de tout un arc-en-ciel de passions humaines.

 

LA  SYNTHESE  AFFECTIVE  DE  L’ETRE

Si chaque amour se greffe sur un ensemble partiel de sa constellation amoureuse, cette composante varie d’un partenaire à un autre, livrant un visage amoureux différant et il vaut d’embrasser la synthèse affective que tend à vivre la personne sur la piste de son existence.

Evoquons le cas de l’amour double d’un homme qui vit partagé entre deux femmes qu’il aime différemment, sans pouvoir faire un choix exclusif et définitif. Dans ce cas de bipolarité, à l’enseigne fréquente d’une opposition Lune-Vénus - quand ce n’est pas du moins l’expression de conflit conjugal-familial - on reconnaît l’existence de deux foyers d’amour d’importance équivalente et qui se neutralisent. Mais toutes les personnes porteuses de ce type de configuration ne vivent pas forcément deux passions amoureuses parallèles en même temps, écartelées entre deux partenaires. L’on peut faire pression sur sa nature pour éviter de glisser sur la pente d’une inconfortable bigamie affective, un seul amour étant préférable. Au risque, toutefois, de vivre un sentiment d’incomplétude, de privation, de désir inassouvi. Le conflit se règle alors en solution de renoncement, laquelle n’avantage pas forcément le lien établi … Une autre situation, toutefois, peut consister à s’en tenir à la ressource larvée d’une amitié amoureuse, sinon à compenser le pôle sacrifié en champ d’amitiés diverses…

Il est vrai aussi que le foyer lunaire ou vénusien peut se dispenser d’une expression érotique ou sentimentale et trouver un exutoire en sublimation artistique, dans un violon d’Ingres par exemple. Un tel processus substitutif – si l’autre n’est pas jaloux du bonheur trouvé hors du champ amoureux, cela étant possible – évite l’affrontement du face-à-face de deux incompatibilités. Mais cette semblable structure planétaire peut encore s’exprimer  par le phénomène d’alternance dans un « tantôt-l’un-tantôt-l’autre », l’homme passant en quelque sorte de la petite brune à la grande blonde  …

Uu tel axe oppositionnel peut aussi s’incorporer à une ou plusieurs autres configurations. Voici, différemment,  le cas vécu d’une femme dont la Lune en Lion a fait tout à la fois un trigone à une conjonction Vénus-Jupiter en Sagittaire et un carré à une conjonction Soleil-Mars en Scorpion. Exemplarité, cette fois, du contraste d’un destin amoureux basculant du meilleur au pire. La première artère appelle la voie harmonieuse d’un amour  idéal de dignité, de noblesse, de grandeur, dans l’admiration d’un homme puissant et magnifique. Tandis qu’avec l’autre quadraturée se profile la pente d’un épisode auto-destructif à travers l’attrait d’un partenaire morbide, agressif et corrupteur. Cette femme a, précisément, basculé vers les extrêmes. Son premier amour de jeunesse a été tout ce qu’il y a de négatif. A la suite de l’effondrement de ses espérances, elle épouse un homme magnifique à tous égards, qui lui apporte tout le bonheur espéré, dans le cadre d’une existence superbe ou tout lui sourit. Peu après la trentaine, c’est ce bonheur qu’elle perd par un veuvage. On la voit ensuite possédée par l’autre pôle quelques années après ce deuil, lancée dans l’aveuglement d’une passion où elle perd tout contrôle d’elle-même. Le vaurien qu’elle idéalise se révèle être rapidement une vile créature sadique qui ravage son existence, lui soutirant l’argent jusqu’à la déposséder d’une bonne partie de sa fortune acquise par son veuvage, la trompant effrontément avec ses amies, la quittant puis la reprenant sans cesse, l’avilissant de toutes les façons … Cette douloureuse expérience de plusieurs années s’est terminée non sans laisser d’affreuses cicatrices. Après ce sombre cauchemar, qui avait renouvelé en somme la cuisante douleur de ses vingt printemps amoureux, à l’approche de la quarantaine, sa girouette affective allait reprendre la bonne direction avec la rencontre de l’homme devenu son second mari, renouvelant cette fois le bonheur amoureux auquel son veuvage avait mis un terme.

Ce cas est assurément frappant parce qu’il est  pur dans le contraste de ses composantes si tranchées. Ordinairement, les choses sont plus nuancées et plus complexes, mais la démarche d’interprétation est la même qui consiste à intégrer les composantes affectives en les configurant entre elles. On peut ainsi percevoir plus ou moins une sorte d’équation de la formule amoureuse de l’individu.

Mais il n’est pas que l’amour en lui-même qui soit à prendre en considération : il y a aussi les autres intérêts vitaux de l’individu qui, fondamentalement, ne se départagent pas de ceux-ci, les uns et les autres exprimant des verbes différents d’un même éventail de tendances, leurs affectations à d’autres domaines  de la vie humaine se partageant non moins dans l’économie affective de l’être. D’où la légitimité de situer ensemble les divers pions de l’échiquier du destin, de pose les rapports de ces intérêts à l’image même de la répartition des planètes autour du point central du sujet.

C’est l’ensemble de ces points d’attache à la vie – notes de passion, de sentiment, de raison, d’intérêt, de besoins ou d’assujettissement – qui modulent en termes affectifs la composition de l’existence. Au sein de cette destinée humaine, l’amour, famille comprise, a sa place et son temps ; avec eux se présentent les aventures ou avatars, fortunes ou infortunes, de l’avoir, de l’argent, des biens, de la situation, de la réussite, du prestige, de la vie intellectuelle ou spirituelle … outre, en face, le négatif de la maladie et des épreuves diverses. Il suffit de tendre l’oreille à son cœur pour savoir sur quel réseau d’attaches affectives réside son équilibre vital dans l’interférence du tout. Autant de foyers d’amour (au large sens initial du terme) qui constituent la matière de leurs échanges et composent le tissu du vécu humain. Savoir comment l’être vit son rapport avec tel ou tel domaine, quelle nature de lien le fixe à son (ou sa) partenaire, quel type d’intérêt il porte à sa profession, quel genre d’aventure est la sienne ici et là …Bref, quels échanges – harmonieux ou dissonants – règnent entre ces divers intérêts vitaux,  renforcements ou neutralisations, connexions, substitutions ou autres de puissance à puissance fondant la structure affective de la personnalité.

La disposition de la répartition planétaire autour du sujet est donc bien le noyau constellé de cette synthèse de l’être.

A ce niveau d’analyse au sommet, le code de lecture est relativement simple : les planètes traduisent les puissances de la vie psychique, chaque astre étant le champ d’un centre d’énergie, foyer de tendances, d’importance variable selon sa position et son réseau d’aspects. A chacun de ces points de condensation d’éléments psychiques tend à se cristalliser un amour, un intérêt, une situation … et sur cette souche se superpose, d’àge en âge au long de la vie,  une série d’expériences : événements différents mais présentant un ton affectif commun. Quant à l’interprétation des facteurs, elle se réfère au symbolisme des « significateurs universels » de la tradition. L’expérience solaire de la vie tend à satisfaire des sentiments d’accomplissement de soi-même, de réussite, de supériorité,  d’autorité, de grandeur, d’éclat, de virilité, de domination …L’expérience lunaire vise à satisfaire l’émotion qui est au fond de l’âme, la sensibilité du bonheur. L’expérience mercurienne s’aligne sur les exercices de la pensée, la vie de l’esprit en quête d’adaptation et d’intérêt. Comme la vénusienne vise les aspirations du cœur, du couple en particulier, etc. En un autre langage, on peut dire, par exemple, que s’ils ont mission d’incarner l’amour, le Soleil y projette, en positif, son idéal du moi, sinon, en négatif, les travers de son surmoi ; la Lune y installe sa vie rêvée, comme expérience infantile en écho narcissique, sinon sa féconde créativité maternelle ; Mercure s’y nourrit de lien fraternel, d’échange amical, de jeux et de vie de l’esprit ; Vénus y est chez elle pour vivre le tout amour ; Mars y apporte la combativité, la passion ou les troubles du stade « sado-oral » : emprise, conquête, agressivité, hostilité ; Jupiter épanouissant, confortant les intérêts dans le bien-être, autant que Saturne susceptible d’approfondir sa vie intérieure, d’installer quelque sagesse, sauf dissonance  faisant teinter une oralité frustrante, etc .

Chacune des positions astrales fait teinter sa note propre et il importe ensuite de faire parler leur assemblage, le champ des réseaux qu’elles tissent entre elles ; architecture  d’ aspects dans le jeu des présences et maîtrises planétaires en mouvement diurne et au sein du zodiaque.

C’est d’abord et surtout des aspects interplanétaires  que se perçoit la qualité des relations entre les diverses expériences que nous menons parallèlement au long de la vie : amours, intérêts, combats, passions interférant entre eux, avec le retentissement de l’interaction de nos pulsions vitales.

Dans la triple conjonction Mercure-Vénus-Saturne du Sagittaire de la Pompadour, par exemple, on voit fusionner l’intelligence et le cœur, l’esprit et le goût, autour et au profit de l’ambition d’un Saturne que, par maîtrise porte le Soleil du Capricorne. Dans l’opposition Soleil-=Capricorne/Lune-Cancer de la « Dame aux camélias » Marie Duplessis, on voit l’être écartelé, déchirement d’une volonté égocentrique de courtisane ambitieuse et de l’appel amoureux d’une impalpable chanson de l’âme.

L ‘aspect harmonique, on le sait déjà, relie les tendances des deux astres sur un mode d’accord ; combinaison dans laquelle les deux centres affectifs se prêtent un mutuel appui, s’assimilant respectivement et se renforçant réciproquement par l’élévation du potentiel affectif dans une tonalité heureuse. L’échange harmonieux de ces deux centres d’intérêt sert la cohésion psychique de l’être, est source d’équilibre renforçant le moi. L’aspect dissonant est, au contraire, facteur de dissociation, source de désaccord, divergence, contradiction entre les deux foyers affectifs, source de dissentiments et finalement épreuve de division.

Au surplus, ce qui vaut à la racine du symbole se spécifie au plan des affectations existentielles des secteurs par la présence et la maîtrise planétaire, la première surtout. Ainsi, le sextil d’un astre en VII à un autre en V est un lien qui met au même diapason l’amour conjugal et l’amour parental  : la venue d’enfants dans le couple ne peut qu’enrichir le lien conjugal ; et si l’un des deux astres est dissoné, une épreuve de la progéniture peut même rapprocher les époux. Un trigone de VII à XI est un heureux réseau confortant le couple par l’amitié et l’amitié par le couple. Par contre,  un carré de l’astre en VII avec l’astre en IV pose le problème des relations entre la vie conjugale et la vie familiale. Si l’astre en IV est corrosif : opposition des parents au mariage, immixtion fâcheuse des parents ou beaux-parents dans le couple… Tandis qu’avec l’astre corrosif en VII, c’est du couple conjugal que tend à altérer des liens familiaux. Il est non moins clair, par exemple, qu’une opposition de IV à X exprime une tension entre le professionnel et le familial, à charge par l’analyse de la dissonance d’en définir la manifestation, etc …

C’est sur la considération de l’ensemble de ces indices qu’il est possible d’édifier un jugement sur le sentiment de vivre de l’individu.

LE CHAMP EXISTENTIEL DE GEORGE SAND

Si l’amour a trôné dans la vie de George Sand, tenant d une  culmination vénusienne léonisée, bien que douloureusement avec les dissonances que l’on sait, l’amitié chez elle a compté tout autant. Et cette fois réussie : ici est intervenue la maîtrise de Vénus sur la XI, nourrie du double sextil de l’intellectuel trigone d’Uranus en XI même à Mercure en Gémeaux : « Quand je m’examine, je vois que les deux seules passions de ma vie ont été la maternité et l’amitié. »

Et un réseau lie étroitement l’amitié à l’habitat : Uranus en XI est maître de  IV , avec en plus, par Neptune et Pluton, un chassé-croisé du maître de IV en I et du maître de I en IV : disposition mutuelle prononcée des deux composantes. Toute la vie de cette cancérienne est ancrée à sa propriété de Nohant, port d’attache où elle revient toujours, de Paris et de ses escapades voyageuses. Dans sa bergerie du Berry, elle est une véritable châtelaine qui a un art exceptionnel de recevoir et elle y vit entourée d’une société d’amis, les plus grands personnages de l’époque, à de rares exceptions, lui rendant visite, Nohant regorgeant d’hôtes dans un défilé continuel de visiteurs. Et si Mercure des Gémeaux y a sa part, c’est que ce flux se traduit non moins par une immense correspondance  qui est une partie non négligeable de son œuvre (6 volumes).

Et tout cela tourne autour du centre d’un lever de Jupiter, lequel signe le personnage, devant Vénus, sans doute parce qu’il se lève aussi avec un trigone que reçoit  l’AS du Soleil dans son lieu d’exaltation cancérien. Il y a chez cette jovi-vénusienne solarisée la grandeur et le souffle généreux d’un Victor Hugo féminin ! Et cela s’observe en premier lieu par la vastitude de son œuvre, si l’on n’oublie pas la part qu’y apporte le climat cancérien. C’est une romancière-née : douée surtout pour infuser la vie avec éloquence à ses personnages et à ses histoires, la poésie teintant ses œuvres. Elle en a d’ailleurs le style « coulant » d’un mouvement fluvial lent mais puissant. Portée par son abondance intérieure, elle « pond » souvent une trentaine de pages par jours, ayant écrit en quatre jours ce chef d’œuvre du roman champêtre « François le Champi » : « J’écris comme je jardine … ». Facilité d’un don généreux de la nature qui aboutit à un monument des lettres.

Profuse est cette richesse interne de jupitérienne  : « La gaieté est la meilleure hygiène du corps et de l’esprit ». Ou encore : « Mon Dieu que la vie est bonne quand tout ce qu’on aime est vivant et grouillant … ». Ce bonheur d’exister ne se limite pas à une jouissance de la nature. Il est aussi porteur de foi, d’espérance, de charité – ici se fait entendre le Neptune du Scorpion en I – l’émule de Jean-Jacques Rousseau (leurs anniversaires sont voisins) se mobilisant pour les causes humanitaires. De là son féminisme libérateur et son engagement politique révolutionnaire romantique, de communiste évangélique : « quarante-huitarde » engagée puis déçue se rabattant finalement, avec l’âge aussi et non sans sagesse, sur la tiédeur de la IIIe République, mais sans avoir perdu son fond mystique d’une religiosité panthéiste.

Quand s’achève sa vie, grand-mère composant des contes pour ses petits enfants auprès de son fils bien-aimé qui lui est si proche (n’ont-ils pas le Soleil, Mercure et Vénus superposés ?), cette « bonne dame de Nohant » qui avait été un personnage, un drapeau, a gagné une gloire universelle, et c’est encore très vivante que la mort la surprend dans sa soixante-douzième année.

 

LES       TEMPS  DU  DESTIN  AMOUREUX

Dans la vie humaine, c’est l’amour qui se laisse le moins domestiquer, le déterminisme de la tendance pesant ici plus lourdement qu’ailleurs, c’est à dire parmi les autres branches du vécu existentiel.  Généralement, on en subit plus ou moins le sort ; en tout cas, les circonstances imprévues de la vie paraissent la plupart du temps s’en charger, comme si un dieu malin entendait en faire la surprise, pour le bon comme pour le mauvais. Entrons sur cette piste pour effeuiller le calendrier du destin sentimental, en tentant une fixation temporelle des épisodes qui en tracent le devenir. Car il dépend peu de notre vouloir d’être dans un temps amoureux ou de ne pas y être,   d’y entrer à telle époque comme d’en sortir.

L’amour a ses saisons spécifiques, au temps rythmé. Le cycle de ses manifestations, dans la succession de ses métamorphoses, traverse l’existence entière, de la naissance à la mort, avec des silences et des pleins, des phases constructives et des phases destructives : épisodes divers de rencontres et de ruptures avec leurs durées intermédiaires, de joies et de chagrins, de bonheur et de malheur. A travers cette trajectoire de la vie, l’être tend à évoluer des stades égocentriques de l’affectivité acquisitive et tourmentée, à ceux d’une affectivité adulte, allocentrique et oblative, si du moins il mûrit dans son cheminement parental.

Notre art est outillé d’effectives ressources permettant de suivre cette évolution générale de la vie. Il ne s’agit plus de détecter, à plat, le contenu global des potentialités du destin amoureux. Cette fois, notre investigation est cinétique : elle porte sur le déroulement chronologique du devenir affectif, pour en saisir le parcours et fixer un calendrier de ses épisodes, quand l’amour naît, s’impose, entre en crise, meurt ou renaît.

Nous voici ramenés à la condition première de l’astrologie : perception de la trame du temps astral, sur laquelle les configurations du ciel tracent leurs arabesques, faites de moments privilégiés. Ces points spéciaux de la durée céleste correspondent aux nœuds du temps astral. Ces nœuds, ce sont les commencements des phénomènes. Ainsi, pour chacune des périodes de temps déterminées par un mouvement astral, le début en est le moment capital. C’est un point de départ analogue à une naissance et qui, telle une graine, contient en virtualité un devenir se déployant sur tout le parcours de la période cyclique engagée. Tout se passe comme si, à ce moment premier, le temps, marqué d’une qualification donnée, avait l’élan imprimant sa tonalité spécifique sur la durée de cette période. Certes, il n’y a pas que ce nœud du commencement qui compte : si le lever astral est capital dans le cycle diurne-nocturne comme le soleil matinal, la culmination et le coucher ont également leur importance ; de même, après la nouvelle lune, la pleine lune et ses quartiers.

C’est une chose établie que les moments de ces nœuds ont une importance supérieure aux intervalles qu’ils limitent : le devenir se détermine de cap en cap, le temps qui les sépare étant remplissage d’un espace qualifié par la tendance du nœud d’où il vient et celle du nœud vers où il va.

En transposition de vie amoureuse, nous dirons que les nœuds du temps astral tendent à correspondre aux « temps forts » des épisodes déterminants de l’existence : rencontre et naissance d’un amour, affirmation du lien et-confirmation de cet amour, entrée en crise avec surgissement des problèmes du couple, séparation ou mort de cet amour. C’est à ces tournants que l’histoire amoureuse se fait. Par contre, durant les intervalles, nous avons les temps faibles où « il ne se passe rien que de l’ordinaire », la vie continuant comme elle est, posée sur la base et installée au ton du statut affectif existant.

Voila donc le cadre général de la corrélation à établir. Maintenant, quels en sont les moyens techniques ?

On peut placer en première lieu le procédé prévisionnel des « directions primaires » et autres qui a été en usage chez les anciens, lesquels ne pouvaient avoir recours aux ressources des trois dernières planètes lentes ignorées par eux ; carence nécessitant de faire appel à la ressource symbolique. Ainsi, selon une branche de ce système, telle distance en degrés séparant le Soleil de Vénus ou Vénus du Soleil peut déterminer la venue d’un amour, 1° égalant 1 an. Ce système des directions donne aujourd’hui l’impression d’être de plus en plus délaissé, en raison du traitement laborieux qu’il nécessite, mais peut-être aussi parce que plusieurs procédés se concurrencent, comme s’il s’agissait d’un système encore en suspens.

Outre qu’elle requiert la simple lecture directe des déplacements astraux sur les éphémérides, la technique prévisionnelle des transits se prête mieux à l’expression du temps astral. Dans la succession des étapes directionnelles, on saute d’une façon discontinue de telle échéance à telle autre, sans que s’enchaîne la relation du passage de l’un à l’autre. Avec les transits, en revanche, nous pouvons voir à l’œuvre la durée céleste dans son écoulement continu avec les sauts successifs des nœuds du temps astral.

Ici, en effet, cela devient une affaire de cycle, nous trouvant en présence d’un déroulement régulier :  rapport d’un mobile – l’astre du ciel  qui circule– à un point fixe – la position natale transitée. Le nœud de commencement est aussi généralement l’affaire de la conjonction, soit la superposition de l’astre actuel du ciel au lieu astral  du thème natal. Dans ce cas,  cet astre transité se trouve alors « réactivé » par le foyer énergétique du passage astral céleste.  Actualisation de la tendance native du point transité sur le mode tendanciel de l’astre transitant. En ayant bien soin, toutefois, de ne pas oublier l’aspect ou les aspects qu’apporte avec lui l’astre à son passage, tout transit de conjonction de Jupiter n’étant pas forcément bon, dès lors que cette planète véhicule avec elle quelque dissonance (même mineure : semi-carré, sesqui-carré) ; pas plus qu’est forcément mauvais tout transit saturnien, porteur qu’il peut être alors d’un bon aspect d’une autre planète lente.

Prenons l’exemple d’un petit circuit d’une période annuelle. Chaque année, régulièrement à la même date du calendrier, le Soleil transite notre Vénus natale (comme c’était le cas autour du 10 août pour George Sand avec sa Vénus à 17° du Lion). A cette occasion, sur un champ d’une à deux semaines (effet d’orbe) autour de ce passage, se signale un renouveau de la tendance vénusienne, « temps fort » de la vie du cœur, relance des sentiments de l’être. Ce climat peut être vécu silencieusement en restant un état purement subjectif : en l’être parlent les besoins du cœur, des aspirations nouvelles (ou des inquiétudes nouvelles) voient le jour, sinon ses aspirations familières se trouvent soulignées par l’actualité. Dans cet état accru d’une intensification du sentiment, l’être peut prendre conscience de son évolution affective, comme s’il avançait dans son destin. Dans un climat d’introversion, d’inhibition, ce courant de sensibilité peut en rester là, l’âme étant traversée par un rêve, une vaine aspiration, un soupir impuissant, historiette subjective passant inaperçue. Autrement, cet état a une résonance au dehors, comme si la vibration secrète de l’âme avait quelque pouvoir d’éveil sur autrui. Objectivation d’une intensité intérieure ayant une réponse, sous l’aspect d’une relance de la vie amoureuse, d’une remise en piste de la vie du cœur : élan, départ, recommencement de ce que contient une certaine charge affective de l’être. C’est cela le renouveau de la tendance vénusienne. Naturellement, ce renouveau annuel varie d’une année sur l’autre en valeurs qualitative et quantitative. Ce qui est fonction de la configuration solaire céleste avec ses aspects propres du moment. Suivant que le Soleil de l’année « transmet » à Vénus tel trigone planétaire (en même temps, donc, la planète en question fait trigone à Vénus), ou tel carré sinon telle opposition planétaire (même circonstance qu’avec le trigone mais différemment), le renouveau vénusien est agréable ou pénible, heureux ou désagréable.

Beaucoup de rencontres sentimentales se font et d’amours naissent sous ce transit Soleil/Vénus ; sinon bien des sentiments se confirment ou s’étoffent, l’être affectif repartant sur un nouveau pied à ce début de cycle. Les étapes des aspects Soleil/Vénus qui suivent : sextil, carré, trigone …constituent les notes suivantes de l’histoire affective intérieure que porte l’être dans son année. Ainsi, lorsque, six mois plus tard après le transit de conjonction, le Soleil passe à l’opposition de Vénus, nous sommes, à l’inverse, dans l’état de basse pression du sentiment de l’être. Cela se traduit, la plupart du temps, par une vulnérabilité affective : baisse des émotions, moindre appétence amoureuse, sinon apparition de problèmes, les aspirations du cœur se situant dans le champ d’un conflit, « l’autre » ne répondant plus à la vibration affective de l’être ou l’inverse. Ainsi de suite au long du cycle, jusqu’au transit Soleil/Vénus de l’année suivante.

Ce que je viens de dire de celui-ci, je puis en dire quasi de même , ou à peu près, du transit du Soleil en conjonction de la Lune qui traduit régulièrement un état de « haute marée » affective (la « basse marée » étant au transit d’opposition), point de résonance de fréquentes cristallisations du devenir sentimental. Et l’on peut joindre à ces deux transits solaires quelques-autres, de signification voisine : Vénus/Soleil, Vénus/Lune, Mercure/Lune, Mercure/Vénus, Mars/Vénus.

Ce qui se passe en petit au niveau de ces transits furtifs qui se répètent indéfiniment, se déroule semblablement, mais cette fois à l’échelle supérieure avec les grands transits des astres lents. Si bien que les courants déterminants du devenir affectif tendent à se situer sous le régime de temps des conjonctions du trio Uranus-Neptune-Pluton aux positions natales de Vénus, de la Lune, du Soleil ; en y joignant le duo Jupiter-Saturne. Beaucoup de grandes passions, d’histoires amoureuses, d’unions ou de liaisons durables, voient le jour sous la rencontre zodiacale d’Uranus ou de Neptune céleste avec Vénus ou la Lune natale. Tel le grand amour de GOETHE pour Charlotte à 24-25 ans, le conduisant à « Werther », sous le passage Neptune/Vénus. Et, là aussi, le champ qualitatif et quantitatif est large, suivant la conjoncture de l’astre transitant à l’astre natal transité. De tels transits, l’ on peut aussi seulement vivre le trouble d’un tête-à-tête affectif avec soi-même sans lien propre, fantôme de ses rêves, fantasme de sa névrose, que plongé au coeur de son accomplissement amoureux. L’entrée en secteur VII des lentes,  comme de la planète natale qui s’y trouve, de Jupiter à Pluton, est aussi un facteur important. Parfois même également leur passage au FC lorsque l’on fonde un foyer. De même leur transit au maître de VII.

Il faut aussi compter avec le rythme propre de sa personnalité. Un Gémeaux précoce comme Raymond RADIGUET (Saint-Maur-des-Fossés, 94, 18/06/1903, 16 h 50 e.c.), par exemple, fait pour vivre les drames de l’avant-saison du destin amoureux, « consomme » toute la mesure du transit Neptune/Vénus opposition Saturne dans son adolescence même, en vivant son « Diable au corps ». Un PICASSO (Malaga, 25/10/1881, 23 h 15 m), Scorpion de cycle mort-renaissance, vit encore comme un jeune homme le même transit (sans opposition saturnienne) à soixante-deux ans en rencontrant une femme de vingt ans (François Gillot) qu’il épouse et à qui il donne ensuite deux enfants.

Nous nous étions penchés sur les amours de George SAND. Revenons-y pour constater, globalement, que ses naissances amoureuses sont survenues aux transits de conjonction sur la Lune et  Vénus par Jupiter en cycle entier, assisté de Saturne : Jupiter/Vénus été 1825 avec Aurélien de Cèze, Saturne/Vénus été 1830 avec Jules Sandeau, Jupiter/Lune été 1833 avec Alfred de Musset, et Jupiter/Vénus été 1837 avec Frédéric Chopin.

C’est en juin 1833 que Musset fait la connaissance de George Sand au cours d’un diner. Il lui adresse ses premiers vers, auxquels répond George le 24 juin par une invitation à venir la voir. Cette ébauche du lien tombe sous le transit de conjonction du Soleil et de Mercure réunis à la Lune d’Alfred et au Mercure de George, précisément leur point commun luni-mercurien ainsi transité. Leur liaison débute le 29 juillet et, du 1er au 15 août, les deux amoureux sont ensemble à Fontainebleau, vivant les premiers élans de leur amour. Ce 29 juillet, le Soleil est à 6° du Lion, arrivant sur la Vénus de George qu’il transite cette première quinzaine d’août ; au surplus, Vénus est à 20° des Gémeaux, passant à son tour sur leur point commun Lune/Mercure. Cet amour a ainsi démarré sur l’élan de ces transits de conjonction commune.

La crise va éclater six mois plus tard, aux « basses eaux » de l’opposition. Le 4 février 1834, parce que, justement, cet amour trop beau  passe mal, Musset tombe malade à Venise (une maladie de l’amour expressive de sa Vénus en XII). Une fièvre intense provoque quelque délire le 8, puis le 13, il découvre une complicité amoureuse de George avec son médecin, Pagello. Or, c’est dans cette première quinzaine de février qu’un trio Soleil-Mercure-Vénus passe à l’opposition de Vénus de George, tandis que Mars au carré de Saturne passe sur la Vénus d’Alfred. C’est la première rupture, qui sera suivie de réconciliations, ruptures et reprises successives, jusqu’à la rupture définitive du 6 mars 1835 : Mars à 7° du Cancer, au sesqui-carré de Saturne,  entre en conjonction du Soleil de Sand et en opposition de la Vénus de Musset, dans un champ de dissonances.

En tant que toile de fond des configurations supérieures, cette histoire amoureuse a commencé sous le transit de conjonction Jupiter/Lune pour George Sand, en même temps que sous l’opposition d’Uranus à sa Vénus et de son carré à Mars, faisant jouer son carré Vénus-Mars ; ce qui en signe l’échec. Et la rupture finale tombe au transit de Saturne sur son Neptune carré à Vénus et opposition de Mars en VII. Pour Musset se relève, à la naissance du lien, un trigone  d’Uranus à la Lune, escorté d’un trigone de Saturne à Vénus. Couple qui disparaît l’été 1833 sous un carré Saturne/Lune, l’astre passant du même coup au quadruple carré de l’opposition de sa Lune à sa conjonction Soleil-Mercure-Saturne : de quoi avoir été sonné ! Outre encore Pluton passant au carré de sa Vénus à la rupture définitive.

Le parcours des amours de George Sand avec Frédéric Chopin n’est pas moins éloquent. Contentons-nous de relever les pièces au sommet. Leur amour naît en octobre 1837 – le Soleil et Mercure transitent la Lune du musicien, comme il en avait été pour Musset – alors qu’Uranus passe sur la conjonction Soleil-Vénus de Frédéric et que Jupiter transite, cette fois, la Vénus de George, son Soleil recevant aussi alors un trigone d’Uranus. Ils se sépareront en douceur, néanmoins péniblement, au cours de 1847, Uranus du Bélier franchissant alors leur opposition Lune-Lune

En fait, le même événement peut relever d’un large éventail de configurations, celle du mariage reflétant, par exemple, le climat psychologique qui préside à celui-ci. On peut ainsi imaginer la distance conjoncturelle entre la jeune fille sentimentale et idéaliste en attente du bonheur et un célibataire ranci qui se range « pour faire une fin » ou qui réalise une affaire … Lorsque la fraiche et romantique George Sand épouse le 10 septembre 1822  Casimir Dudevant qu’elle n’aime pas et n’aimera jamais, Saturne transite son DS, ce qui situe bien le climat. Conjoncture de basse température qui contraste avec le double transit d’Uranus-Neptune sur Mars que vit Goethe à soixante-quatorze ans, quand il caresse l’espoir d’épouser Ulrique de Levetzow qui a dix-neuf ans, immortalisée dans « L’Egérie de Marienbad ». Prévoir l’échéance du mariage présuppose que l’on en connaisse le climat moral, l’ambiance affective. Seuls ceux qui se marient  bien et dans le bonheur, au mieux de leurs possibilités amoureuses, concluent leur union sous la plus forte et la meilleure configuration affective ; astralité qui ne confirme pas, pour autant, en sens inverse, que l’on contracte le mariage. La date de celui-ci étant connue, par contre, il est commode de reconstituer rétrospectivement le  climat psychologique qui a présidé à cette légalisation. Car il ne faut pas oublier que la conjoncture annonce moins l’événement que le contenu sensible de ce qui a conduit à un tel engagement. Sachant que si l’on a une liberté à décider de sa vie, on ignore trop souvent le genre de vie que l’on se fait.

Ce qui ne simplifie pas la prévision, c’est aussi la réaction de chacun face à la décision matrimoniale. On n’aura pas de mal à admettre que celui qui a Saturne dissonant en VII se tire plus mal d’une même échéance affective que celui qui y a une Vénus harmonique. On se rend compte de ces variations, par exemple, dans le transit de conjonction de Saturne au DS ou à Vénus non dissonante, aux effets différents selon que l’on est seul ou que l’on est déjà engagé dans un lien. Cette configuration peut aussi bien apporter une espérance sentimentale nouvelle, précaire, fragile, d’insécurité, ou carrément une situation de frustration affective, de type éloignement géographique ou séparation morale, que stabiliser et approfondir un lien existant, quand, à mi-chemin des extrêmes, elle n’apporte pas simplement apaisement dans l’attiédissement du lien établi. A l’entrée de 1831, George Sand arrivait à Paris, rompant définitivement avec son mari, Saturne franchissait le MC, sortant de son transit à Vénus sous lequel cette séparation avait mûri, et en engageant sa vie avec Sandeau. Alors que Victor Hugo se mariait au passage de Saturne au Descendant.

D’une façon générale, les transits de conjonction sont porteurs de vie, engendrements, dès lors que n’y sont pas impliqués des astres « mortifères » comme Saturne et Pluton ; mais, la nature étant économe de ses moyens, il n’est pas toujours facile de distinguer le commencement d’une fin, point de départ quand un amour démarre ou point d’arrivée quand celui qui existe s’arrête. Il est toutefois sans ambiguïté que l’échéance de l’opposition soit critique, à pouvoir séparateur : temps du voile qui se  déchire où les amants se découvrent comme deux étrangers qui n’ont plus rien à se dire, où l’amour se flétrit comme une fleur qui se fane, un fruit qui se gâte, la rupture étant seulement potentielle, bien que pouvant être évitée, ou carrément consommée.

Et il y a tant d’autres situations … Assistons à un décès amoureux avec SAINTE-BEUVE (Boulogne-sur-Mer, 23/12/1894, 11 h. e.c.) : « Dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 décembre 1866, il m’est survenu un accident grave qui coupe ma vie et me range dorénavant parmi les infirmes. Un ressort s’est brisé dans ma machine. Je subis et je me résigne. Adieu aux fiertés encore subsistantes, aus dernières lueurs de joie naturelle et d’espérance ! Je passe dans la classe des vieux … » (« Mes Poisons »). Mais il ne se résigne pas de la brisure de sa virilité sexuelle : « Je vis dans une tristesse continuelle et mortelle. Est-ce donc parce qu’il ne m’est plus donné d’espérer l’amour ? ». Dans son thème se loge une triple conjonction Vénus-Jupiter-Neptune de 24° à 27° du Scorpion, localisant son centre libidinal. Or, en février –mars 1895, Saturne fait un stationnement juste à 24° du Scorpion, position vénusienne, en orbe de carré à Mars à 19° du Lion en VI. Ce 14 décembre, s’il n’est encore qu’à 19° du signe, une conjonction céleste Soleil-Vénus passe sur son MC au carré de sa conjonction Lune-Saturne de la Vierge en VII. On ne pouvait avoir plus pure conjoncture de deuil amoureux.

J’arrive ainsi à la fin de cette étude sur l’amour. Jusqu’à nouvel ordre, enquête inédite d’un sujet ne se prêtant pas à l’épuisement, ni d’ailleurs non plus à la pleine satisfaction d’une tâche accomplie. Restons du moins dans l’espoir que le lecteur, de la sorte mieux informé, puisse s’ouvrir davantage à un éclaircissement du mystère de l’âme humaine. C’est à perte de vue que la lumière du lointain céleste accompagne silencieusement l’immortel battement du cœur …

Paris, Nouvel an  2013.

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