Astrologie Individuelle
(Théorie)

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Les aspects dépendent-ils des signes ?

 

L’aspect est un facteur relationnel reposant sur une distance angulaire particulière, mesurée sur le cercle zodiacal, entre les positions de deux planètes ou d’une planète et d’un angle. Sa vertu relève des propriétés de la division de la monade : dyade, triade, tétrade, pentade, hexade, sa nature tenant de la figure polygonade.


Gravure sur bois allemande du XVIe siècle

  

La tradition ne semble pas prononcer de sentence à ce sujet, Ptolémée invoquant les angles et les longueurs harmoniques des cordes, mais ne dédaignant pas d’évoquer que le trigone réunit des signes de même sexe (les triplicités d’éléments ne sont pas son fait). On convient que le tétragone ou aspect quadrat est critique (au sens de changement) parce qu’il procède d’une division qui fait passer d’un quadrant à l’autre. Par son aspect, l’astre « lance un rayon », « jette un regard », indifféremment des signes occupés, la connexion de celui-là et de ceux-ci n’étant qu’affaire d’interprétation de second ordre. Tout au plus, le signe ne fait que s’y associer par l’hospitalité, l’assistance, le bienfait – ou l’inverse – à ses hôtes. Mais, où qu’elle soit logée, l’opposition, par exemple, est un aspect diamétral qui exprime de toute façon un rapport d’antagonisme, comme deux poids qui tirent en sens contraire. Bref, la priorité est à l’angle lui-même par rapport au lieu qui ne saurait le défaire.

 

Ce rappel est bon à faire en une période où certains confrères relancent ce vieux rogaton selon lequel l’aspect relève du tissu zodiacal, étant tributaire du support élémental des signes (encore une surestimation, un empiètement zodiacal !). S’il y a trigone, par exemple, c’est parce que les deux positions se relient dans la triplicité du même élément, cause véritable de l’aspect. Si bien qu’il n’a plus cours si, malgré l’orbe qui le justifie entièrement, l’une des deux positions en sort. Comme de fin Poissons à début Lion ou de début Taureau à fin Lion. Or, si tel devait être le cas, obligation serait de convertir en harmonique un conflictuel carré de fin Poissons à début Cancer ou de fin Bélier à début Lion. Et même de rejoindre Volguine qui, privilégiant  inconsidérément les dignités, déclarait qu’un carré de Jupiter du Sagittaire est « nettement bénéfique » et « nullement entièrement maléfique » celui d’un Saturne du Verseau ; comme si une domiciliation avait vertu d’inverser des valeurs aussi spécifiques.

 

Le déraisonnable d’une telle position fait d’ailleurs éclater la problématique de l’attribution-répartition des éléments dans le zodiaque des triplicités. Pour commencer, on n’y voit pas s’opposer le Feu à l’Eau ni l’Air à la Terre, alors qu’ils sont des couples antinomiques (comme dans la classification ptoléméenne des saisons). Ensuite, ces éléments font aussi bien entre eux des harmoniques que des dissonances. Ainsi, pourquoi le duo Feu-Air s’affronte-t-il dans l’opposition Bélier-Balance et s’associe-t-il dans le sextil Bélier-Verseau ou le sextil Bélier-Gémeaux ? Pareillement, le duo Terre-Eau avec l’opposition Taureau-Scorpion et les sextils Taureau-Poissons et Taureau-Cancer. Il est donc impossible de prétendre à la moindre vertu édifiante de la relation élémentale dans l’aspect.

 

68-75 Roma, Biblioteca Nazionale : Almanacco astrologico

 

Au surplus – je renvoie là-dessus à mon Univers astrologique des quatre Éléments – le vrai zodiaque des éléments, ceux qui se rattachent à la tradition hippocratique s’entend, est le zodiaque planétaire, la planète transférant ses propriétés élémentales à son domicile, le Bélier marsien étant Feu, le Taureau vénusien Air, les Gémeaux mercurien Terre … Les attributions admises d’éléments aux signes, qui nous viennent de Vettius Valens, ne sont pas pour autant à renier, à condition de ne pas les confondre avec les valeurs traditionnelles des éléments remontant à Hippocrate et constituant les fondements de la symbolique planétaire. Il s’agit d’un registre particulier, composition d’ordre formel pour ainsi dire, tranchant avec l’essence même des éléments premiers. Cela explique les contrastes choquants à l’intérieur des triplicités, comme entre l’aquatique Cancer et l’igné Scorpion, l’aérien Taureau et le terrien Capricorne. Entre eux, les contrastes ne sont pas plus flagrants qu’entre le Cancer et le Bélier, la Balance et le Capricorne. La sagesse est de compléter ces deux registres : Bélier Feu-feu, Taureau Air-terre, Gémeaux Terre-air …, le Taureau étant matérialité de l’Air comme le Scorpion liquidité de Feu.

Si donc insoutenable est la théorie qui subordonne l’aspect à son site, la primeur restant à la vertu angulaire, qu’en est-il dans la pratique ? Car le thème est le suprême instructeur, la leçon venant de lui. Est-il besoin de s’étendre sur les cas, quand ils sont flagrants ? Quelques exemple suffiront.

Voici d’abord deux cas de conjonction au même endroit zodiacal, à cheval entre deux signes d’éléments opposés, conjonction qui n’aurait pas dû jouer, en s’en tenant à cette balourdise d’amateur.

 

George Washington, que les confrères américains font naître vers 10 heures le 22 février 1732 (76W52, 38N10). Sa conjonction Vénus-Saturne, 29° Poissons-2° Bélier, témoigne parfaitement du profond amour déçu de ses dix-huit ans pour une jeune fille de son entourage, et dont la flamme, mal éteinte, sommeilla au fond de son cœur jusqu’à la fin de sa vie.

 

Guillaume 1er : Berlin, 22 mars 1797, 14 h. Ce souverain a connu un règne heureux qui s’est achevé par un couronnement ultime : de roi de Prusse, il est devenu premier empereur d’Allemagne et même souverain du plus puissant pays du continent européen. Prodigieuse ascension qui n’était pas à attendre d’un Mars du Taureau en X, opposé à Neptune et au sextil de Vénus des Poissons maîtresse du MC : homme paisible et plutôt mou, il fut presque forcé à devenir empereur malgré lui par Bismarck (contrainte marsienne), outre que ce Mars exprime surtout les trois guerres de son règne. L’explication de cette gloire relève tout simplement de la conjonction du Soleil, maître de l’AS, à 2° du Bélier, avec Jupiter à 27° des Poissons ; positions doublement dignifiées et renforcées par un sextil de la Lune du Capricorne.

 

Comme exemple de conjonction du même ordre enjambant deux signes, on peut apporter le cas non moins flagrant de Balzac (Tours, 20 mai 1799, 11 h, e.c.). Il est difficile de trouver cas plus typique de jupitérien (voir L’Univers astrologique des quatre éléments, ou encore Taureau du Seuil). Ce qui se justifie à condition de franchir le pont qui sépare son Soleil maître d’AS à 29° du Taureau de son Jupiter à 6° des Gémeaux.

 

Puisqu’on en est à cette conjonction avec ces deux derniers, versons encore au dossier le cas de Anne d’Autriche (Valladolid, 22 septembre 1601 vers 1 h ½ du matin), dont le Soleil, maître d’AS, à 28° de la Vierge, est conjoint à Jupiter à 1° de la Balance, en aspect de Vénus en Lion, maîtresse de X en I, ainsi que de la Lune et de Mars, maître du MC. Conjonction sans laquelle tous ces apports n’eussent pas eu de couronnement. Devenue non seulement reine de France en épousant Louis XIII, elle est, au surplus, à la mort de celui-ci (Jupiter est maître de VIII), investie d’une façon inattendue de tous les pouvoirs sur le royaume en étant la régente d’un enfant de quatre ans. Régence rendue prestigieuse par la collaboration (Balance) de Mazarin, véritable association d’un grand couple politique. Suite historique au grand couple Louis XIII-Richelieu, symbolisé par la conjonction Soleil-Jupiter début Balance du roi décédé, né 5 jours après la veuve.   

Restons-en là. Cela me semble suffisant. Si toutefois un contradicteur venait à juger ce tour d’horizon un peu court – il l’est en fait –qu’il présente ses contre-épreuves et je ne manquerai pas d’allonger cette liste de cas non moins représentatifs.

 

L’Astrologue n° 105, 1er trimestre 1994.                      

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