Astrologie Mondiale
(Théorie)

 

ASTROLOGIE  CAUSALE  OU  ESOTERIQUE


"Le Monde" : lithographie de Jacquot

Chère Suzel Fuzeau-Braesch,

Comment votre intervention – ainsi titrée au numéro 10 (avril 2002) du RAMS -  n’eut-elle pas suscité la réaction du « symboliste » ? La mienne tout particulièrement, ayant consacré un chapitre entier à « la symbolique psychique » dans mon ouvrage : De la Psychanalyse à l’Astrologie (le Seuil), considérant celle-ci comme un mode de fonctionnement de l’opération astrologique, qui n’a rien d’un « ésotérisme total » condamné par vous. En présentant le symbole d’une façon aussi artificielle, il faut bien le dire, non seulement vous mutilez l’astrologie en ce qu’elle a de plus précieux, mais aussi, vous vous coupez du savoir des diverses « sciences humaines » psychologiques qui y ont recours et grâce auxquelles nous est livrée l’intelligibilité du langage symbolique par la voie duquel nous oeuvrons.

En la circonstance, vous me paraissez déroger à un principe fondamental de la recherche scientifique : c’est la nature de l’objet à connaître qui détermine la manière spécifique de connaître. Car, ici, dans une confusion du sujet et de l’objet, c’est l’astrologie symboliste que vous décriez comme pratique irrationnelle, faute de retenir que, pour l’essentiel, c’est la nature  irrationnelle  de l’être humain lui-même qui nous est rendue par elle à travers les démarches de son psychisme inconscient ; semblablement au rêve livré à la lecture du psychanalyste.

Permettez-moi ce témoignage personnel. Au cours d’une « analyse » faite après la Seconde Guerre mondiale avec Juliette Favez-Boutonier - (Professeur de psychologie à la Sorbonne, c’est elle qui introduisit l’enseignement de la psychanalyse à l’université) - j’ai vécu une anamnèse qui m’a délivré sur le champ d’un pénible sentiment de culpabilité. Au récit de la scène d’un rêve de la veille : rêve de vol aérien (Verseau ailé, je voguais dans les airs)  s’est déclenchée la reviviscence angoissée d’un souvenir chargé de faute, exhumation des ténèbres d’ une scène infantile enfouie dans mon silence intérieur et soudainement catapultée à ma conscience : le vol – celui-ci – du petit môme que j’avais été, chapardant quelque menue friandise dans une épicerie. Surgissement homologique par homonymie procurant une immédiate et définitive délivrance du trouble en question. Est-il permis de ne percevoir ici que du « purement littéraire » d’un tel effet thérapeutique ?

Dans un autre genre, je vous rappelle cette confidence du scientifique E. M. Laperrousaz faite dans votre forte défense « Pour l’Astrologie » (Albin Michel, 1996) : « Il y a des choses bizarres. Ma grand-mère était Gémeaux, ma femme aussi. Elles ne se sont pas connues et il y a des réactions de ma femme qui me rappellent des réactions de ma grand-mère. C’est amusant. Parfois même, j’anticipe les réactions de ma femme … ». On conçoit pareille chose tout à la fois au regard des volumineux bilans de Didier Castille sur les couples et l’hérédité astrale, et du jeu d’un évident transfert psychanalytique. Dans son cas comme dans le mien, nous sommes au cœur de phénomènes expressifs de la manifestation de la vie symbolique de l’âme avec ses identifications et  déplacements, ses corrélations analogiques. Notre symbolisme n‘en diffère pas ; et pour cause, c’est de la même chose dont il rend compte. Si l’astrologie est symboliste, c’est parce que l’Homme est un être symbolique (certes, pas seulement, bien sûr, mais aussi). Interpréter un thème, c’est faire fonctionner l’analogie pour identifier du semblable, dans le cadre de nos claviers symboliques. Il ne s’agit nullement de l’imaginaire en vision cavalière, fantaisie plus ou moins plaisante à laquelle vous donnez l’impression de vous en tenir : c’est notre imaginaire même – bien réel – qui se rappelle à nous, cette « nature intérieure » dont il serait bon que vous sachiez mieux, ainsi que vous semblez d’ailleurs le souhaiter, « ce qu’elle est au juste ».

L’isomorphie de l’analogie joue sur la similitude d’entités à l’intérieur d’un système de correspondances, un même modèle permettant un rapprochement de l’un à l’autre et l’attribution d’un semblable commun. Ainsi peut s’établir un pont par-dessus une frontière donnée, permettant, à distance et au cœur de la dissemblance, d’introduire une ressemblance entre deux états observés et d’établir leur élément commun. Corrélation qui fonctionne aussi bien en exercice prévisionnel.

Quelle représentation vous faites-vous de l’objet humain que vous traitez lorsque vous interprétez ? Question primordiale ! Vous semblez vous en tenir à son épiderme, en vous cantonnant à une élucidation caractérologique. Notez bien que je ne vous blâme nullement de travailler la typologie : il faut commencer par là, le trait de caractère, puis aboutir au portrait psychologique, en partant de la racine de la tendance qui est à la psychologie ce que sont la cellule à la biologie et l’atome à la physique, pour reprendre la formule de François Jacob. Je préfère cela que de voir, hélas de plus en plus, maints collègues rêver avec leurs symboles dans une divagation personnelle. J’estime même qu’on n’œuvre pas assez sur ce terrain descriptif que nous ne  maîtrisons pas encore, alors qu’il relève de l’indispensable. C’est dire l’appréciation que je porte à votre œuvre. Néanmoins, ce n’est point là une raison pour en rester à ce tableau du portrait, car nous avons la prodigieuse ressource de s’offrir le plongeon au cœur de la personne humaine, de dévoiler une part du mystère de l’être profond, au-delà même de ce que connaît l’individu de lui-même. Mais, ici,  sans symbolisme, point de salut. A moins de faire comme Monsieur Jourdain avec la prose …

Je vous trouve aussi quelque peu rabat-joie à propos de la lumière que nous voyons poindre du côté de la physique quantique. S’il vous plait, nous en avons une raison largement suffisante. Faut-il rappeler que le postulat fondamental de l’astrologie – son intuition philosophique – est l’unité du monde dans une interdépendance de ses parties liant l’Un au Tout ? L’Un coextensif au Tout et le Tout convergeant dans l’Un, pour reprendre l’expression teilhardienne ; ainsi que du même tissu de l’univers où participe l’essence du psychisme. Et voilà qu’il ne faudrait pas se réjouir d’apprendre que des physiciens en arrivent à un « principe de non-séparabilité » consacrant l’indivisibilité fondamentale de l’univers, dans la considération d’un « principe anthropique » ! Soit, il y a encore débat sur la question ? Certes, vous vous laissez gagner par le doute des sceptiques que vous citez dans votre livre. Mais si Bohr, Heisenberg, Dirac, d’Espagnat, Costa de Beauregard et tant d’autres avaient raison ?  Quel éclat de modernité ne pourrait-il pas surgir comme un rayon de soleil au pays du vieil art d’Uranie ?

Voici ce que disait à ce propos, en 1971 au n° 15 de l’astrologue Lucien Malavard, physicien de la Sorbonne et de l’Institut : « Qu’il y ait des influences que nous ne connaissons pas, pour ma part, je n’y vois pas d’inconvénient. On peut fort bien imaginer que dans les siècles à venir il sera fait beaucoup d’autres découvertes physiques, puisque depuis trente ans on a fait plus de découvertes en physique et en chimie, qu’on avait pu en faire depuis le début du monde. Peut-être mettra-t-on alors en évidence et démontrera-t-on de telles influences, mais pour l’instant rien n’est encore expliqué. Alors, je demeure envers les interprétations astrologiques dans une attitude d’intérêt et de curiosité. ». Bien sage déclaration  …

Précisément – raison venue du rappel ici présent du texte sorti à la suite de l’intervention de F. S. B. - il semble se passer déjà quelque chose que je n’hésite pas à mettre sur le compte d’un retour cyclique important : la reconstitution en 2010-2011 d’une conjonction Jupiter-Uranus à l’entrée du Bélier sur la précédente qui eut lieu en 1927-1928 : justement sur la position natale de la conjonction Mercure- Saturne culminante d’Einstein ; homme  d’une opposition Jupiter-Uranus sortant du méridien. Or, il s’était passé un tournant historique pour les physiciens au 5e congrès Solvay d’octobre 1927 à Bruxelles, car c’est là, qu’en une première présentation publique de théorie scientifique constituée, la physique quantique a pris pied ; introduisant une  divergence d’aperçus entre le regard de celle-ci sur le monde infiniment petit des particules élémentaires et celui sur l’espace-temps cosmique de la relativité générale d’Einstein.

Et maintenant, il se présente un autre tournant concernant la physique fondamentale. Alors que la couverture du n° 1124 (mai 2011)  de Science & Vie est titrée : « Einstein dépassé ! », et sous-titrée : « 47 galaxies contredisent sa théorie », d’un autre côté, l’on apprend en ce printemps 2011, l’avènement d’une aventure « bio-quantique » au fonctionnement du vivant. L’ingénierie des propriétés de la physique quantique serait la clé de l’énigme de manifestations biologiques aux piliers mêmes du vivant : ADN, photosynthèse, enzymes … Qui sait jusqu’où ira ce regard inédit sur la vie et s’il ne peut pas conduire enfin, à long terme, à une pleine vision de l’homme cosmique ? Science & Vie de son numéro d’avril dernier titrait : « La vie serait quantique » … Ne serait-il pas temps de rappeler ces paroles du sage astronome Camille Flammarion : « Nous habitons un astre. Nous sommes dans le ciel ». (Stella) ?

 

Ce texte est donc une reprise améliorée de la réponse que j’avais faite alors à l’intervention critique de Suzel, complété ici d’informations d’actualité. Décédée le 24 janvier 2008, Suzel Fuzeau-Braesch, Docteur ès sciences de l’Université de Paris, directrice de recherche au CNRS et directrice de laboratoire biologique à Orsay, a été l’auteur de divers ouvrages astrologiques, dont L’Astrologie au « Que sais-je ? » des Presses Universitaires de France en 1989 ; ouvrage regrettablement remplacé en 1992 par des astrophysiciens imbus des convictions négatives d’un surmoi collectif du milieu, bien gentiment respecté. « Il est plus difficile de briser un préjugé qu’un atome ». (Albert Einstein).

L’occasion convient de rappeler la judicieuse citation concernant l’astrologie du Dr. Juliette Favez-Boutonier, agrégée de philosophie. Extraite d’un texte de ses cours en Sorbonne paru en 1964 sous le titre : « La Personnalité », au Centre de Documentation Universitaire :

« Et, puisque nous parlons de typologie, pourquoi ne citerions-nous pas la typologie astrologique qui a quelque chose d’extrêmement séduisant dans la mesure où elle nous montre liés à un univers lointain et dont l’homme est le seul à avoir perçu l’importance. L’homme s’intéresse au ciel étoilé qui le fascine. Peut-être faut-il voir dans le succès de l’astrologie quelque chose qui tient à cette sympathie ancestrale. Les études de caractérologie astrologique sont aussi valables que d’autres quand elles sont conduites avec expérience. Gaston Berger lui-même, dans le livre que je vous ai cité, a rendu hommage à l’astrologie avec ses types Mars et Vénus ; à une astrologie qui est une mythologie. Mais les astres, les dieux, les symboles, ont des liens étroits. Et, après tout, les symboles et les dieux sont des créations humaines qu’on met en relation avec les astres. On ne peut donc pas s’étonner de retrouver quelque chose des astres dans l’homme ou de l’homme dans les astres. »

 

Paris le 13 juin 2011.

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