Astrologie Mondiale
(Pratique)

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bilan prévisionnel

 

Il est impossible de clore son dossier de prévisions astrologiques quand on s’y est appliqué de son mieux et en quasi-continuité, sans que sur la fin de sa  vie ne se fasse ressentir le besoin d’un bilan. Au risque d’inévitable indulgence envers soi-même,  puisqu’il est difficile d’être à la fois juge et partie, mais en se soumettant de bon gré à la critique, entendant bien ne pas cacher mes erreurs..

 

Naturellement, on ne saurait y inclure la nébuleuse des prévisions individuelles dispensées au gré du temps et de l’espace, échappant à tout contrôle. Le seul terrain se prêtant à une telle vérification est, bien entendu, l’exercice de l’astrologie mondiale,  théâtre de la vie publique.

 

Que, d’abord, soit défendue une telle application. L’astrologie n’a que faire des conseils de père de famille ou de rêver Blanche-Neige et les sept nains. Bien sûr, c’est déjà l’essentiel qu’elle œuvre à une fructueuse lecture psychologique du thème ; et, au-delà, rien n’empêche d’ ambitionner quelque  spéculative odyssée. Toutefois, qu’elle n’est pas moins belle pour autant la nudité de la vérité sortant du puits !

 

Entrons donc dans l’enceinte où l’astrologie transcende notre savoir en nous dotant du pouvoir de la prévision. A cette galerie, c’est un art lui-même mis à nu, qui s’applique à l’exercice le plus périlleux de l’esprit, visant le plus inaccessible qui soit : le mystère de l’avenir. Faut-il pour autant faire de son praticien un mage marchant sur les eaux, afin de plus facilement le couler ?

 

D’emblée, calmons l’adversaire dérangé ou le confrère chagrin face à un acquis prévisionnel qu’il refuse, non content de tomber déjà à bras raccourcis sur un échec. J’ai personnellement essuyé la seconde de ces vilenies, dévoilée ici à : « Une mascarade astrologique » . Relancée pourtant sur le même site par un fâcheux tout en prétention universitaire. Il est commun que le rhéteur manchot jette l’opprobre aux mains sales du réalisateur en acte, flétrissant ce qu’il ne peut atteindre. Quoi ! vous voudriez qu’on lève le secret du futur comme on sort un lapin d’un chapeau ? C’est bien là un comble de l’ignorance.  Ce n’est pas, commodément,  du haut de son perchoir, que ces choses-là se traitent. Car il y a un monde entre « faire de l’astrologie » docilement sur sa « toile » et s’empoigner à «être astrologue » dans l’incarnation de son art au sommet de son accomplissement.  Surtout en maltraitant l’histoire, outre que  – comme si cela ne suffisait pas  – je refuserais de reconnaître mes propres erreurs ! Ceux qui me fréquentent savent que j’ai répété 20, 15, 10, 5 ans à l’avance, que s’il ne devait rien arriver d’historique pour le monde communiste, à la grande rencontre des géantes Saturne-Uranus-Neptune de 1989, j’abandonnerais l’astrologie en la tenant pour une chimère. Ce courage de vérité, je ne le dois à personne, surtout pas d’un auteur non vacciné contre le délire nostradamique. 

 

J’en arrive à l’exposé de la matière prévisionnelle. Il faut aussitôt délimiter la frontière entre deux catégories de prévisions : les exceptionnelles et les courantes. Disons plus précisément celles qui doivent mériter un certain prestige en raison du  recul pris pour anticiper l’événement, naturellement d’une ampleur historique correspondante ; soit ce qui procède des plus grandes configurations accompagnatrices des tournants les plus importants de la vie mondiale. Et les autres, les plus diverses, d’un intérêt moindre, sans qu’aucune d’elles ne perde pour autant de sa propre valeur.

 

UN  SURVOL  HISTORIQUE

 

D’entrée de jeu, adressons-nous donc aux configurations au sommet et traitons-les dans une sorte de mission apologétique de la cause astrologique, en faisant sonner haut et clair leur message annonciateur. Une manière de se camper à la hauteur de sa tâche, en ouvrant devant soi un vaste espace d’attente de l’inconnu du lendemain, se donnant ainsi la distance d’un lointain parcours pour atteindre, rencontrer ou rejoindre, en son temps dans la nuit du futur, un grandiose historique annoncé.

 

Pour mieux se rendre compte de l’énormité du risque encouru, les échecs du passé  reviennent à notre mémoire. Outre les fantaisies divinatoires de « Réjouissances astrologiques », à revoir ici, la ritournelle des prévisions assenées en cascade dans la revue Les Cahiers astrologiques mérite la visite. Du n° 20 (mars-avril 1949), remontant le pronostic à 1939 : « Je vois dans les événements actuels le début de la liquidation de l’Europe. Elle sera lentement bolchévisée, par à-coups successifs, d’ici la fin du siècle. C’est ce qui explique, et ce qui justifie, la prédiction de Nostradamus sur la future invasion des Jaunes et la destruction de Paris. » (Gabriel Trarieux d’Egmont). Jusqu’au n° 125 (novembre-décembre 1966) : « … qu’une guerre universelle n’aurait pas lieu en 1965-1968, qu’elle n’aurait pas lieu en 1981-1984, future crise après celle-là. Mais qu’après une quantité d’escarmouches, nous arriverions à une grande guerre à la fin du siècle, celle-ci ayant beaucoup de chance d’être atomique … » (Pascal Mauger). Sans besoin d’en rajouter … Pour avoir gambergé tout son soûl, l’évidence est frappante : un joli palmarès !

 

Mais il n’y a pas que les astrologues qui se trompent en se frottant à l’inconnu de l’avenir. Et dans tous les domaines. Ainsi, à une question posée sur la ligne Maginot qui s’arrêtait aux Ardennes, le maréchal Pétain avait déclaré superbement : « La forêt des Ardennes est imprenable et si les Allemands avaient l’imprudence de s’y engager, nous les pincerions à la sortie. »  Sur la fin des « trente glorieuses », les économistes étaient convaincus qu’on avait maîtrisé la marche des affaires et qu’il n’y aurait plus de crise économique. De même que nos professeurs de médecine considéraient qu’il n’y aurait jamais plus de pandémie infestant la planète. C’est dans toutes les sphères que les hommes se trompent lorsqu’ils tentent de se représenter l’avenir. Bien que cette quête soit l’apanage de notre art, qui dispose de moyens que les autres se refusent, nous sommes logés à la même enseigne, livrés aux déconvenues du futur.

 

 Au cabinet des curiosités célestes, faire parler l’astre muet n’est pas une mince affaire. Après avoir patrouillé en tous sens, le chasseur de mystère ne s’y retrouve guère qu’en se frayant un chemin à travers le scénario évolutif de la répétition des révolutions planétaires. La configuration se dote d’ailleurs d’un sens du parcours de celles-ci que lui octroie le processus cyclique. Ce qui nous ramène au trousseau traditionnel du thème grandiose de la Grande Année. Récemment, un pauvre diable de notre corporation, projetant son Mercure suicidaire sur la scène cosmo-géopolitique, entendait nous couper l’herbe sous le pied en jetant au rebut nos grandes conjonctions et cycles planétaires : un Judas de la cause n’eut pas  fait pire.

 

C’est justement ce matériau fondamental de l’astrologie mondiale qui est le principal atout du prévisionniste. Sa matière précieuse nous permet de nous retrouver dans le renouvellement infini du phénomène des révolutions synodiques où la vie n’est qu’un perpétuel recommencement, où le moule de  l’analogie répétitive décalque le même fond sur chaque nouveauté historique, la similitude de la récurrence se mariant à la diversité de l’unique. Son code d’interprétation s’impose : le synode, ou conjonction de deux corps célestes, est renouvellement de phénomène, et le processus qui s’y incarne suit les modulations des phases du cycle engagé. Et plus rare est le synode ouvrant sur une longue durée d’autant plus vaste, plus monumentale en est sa manifestation. C’est ce grandiose qui devait s’imposer à notre attention.

 

Dans les années quarante du siècle dernier où je m’éveillais à cette initiation, il n’y avait pas trente-six phénomènes célestes  d’ ampleur exceptionnelle en mesure de se présenter devant nous sur le parcours de notre vie. Il ne s’en entrevoyait seulement que deux pour interpeller les quelques intéressés à la mondiale que nous étions. Déjà, mon frère Armand Barbault évoquait incidemment l’inquiétante conjonction Uranus-Pluton de 1965, dans son Avenir du monde en 1939, et les Belges Horicks et Michaux commençaient  à parler de la si lointaine conjonction Uranus-Neptune de 1992 – laquelle nous apparaissait alors comme au bout du monde -  dans leur Traité pratique d’astrologie mondiale de 1941. Telles étaient donc les deux pièces royales sur lesquelles il fallait miser en frappant fort, si l’on voulait crédibiliser l’astrologie,  la faisant vivre dans l’incarnation de résultats prévisionnels historiques !

 

LA CRISE MONDIALE DE 1965-1970.

 

La proposition des Editions Albin Michel en 1963, de présenter un tableau prévisionnel des années à venir, fut pour moi l’occasion de traiter la conjonction Uranus-Pluton. Sujet qui a déjà été abordé ici avec « Bilan de la conjonction Uranus-Pluton », et surtout « Une mascarade astrologique ». A leur lecture, on sait que le propos général de La Crise mondiale de 1965, en guise de  « scénario catastrophe », fut celui du « déclin de l’Occident ». En témoigne l’apparition, à partir de cette année-là, d’une chute continuelle de la natalité sur notre continent, étalée sur plusieurs décennies (voir tableau de Population et Sociétés n° 234, avril 1989, Paris, INED). Et nous avons, maintenant, un recul suffisant pour percevoir l’ampleur dramatique de ce tournant historique. En voici une implication  sur le long terme,  venant de Claude Bébéar (« Mondialisation : émigration-immigration ») dans La France du nouveau siècle de Thierry de Montbrial (PUF, 2002) :

 

« C’est une constante historique, la dynamique démographique d’un peuple a toujours conditionné sa puissance militaire, son expansion économique et son rayonnement culturel.

En 1700, la France, avec 20 millions d’habitants, était plus peuplée que la Russie, alors que le Royaume- Uni ne comptait que 8 millions d’habitants, et ce qui allait devenir les Etats-Unis, 1 million. Le XVIIIe siècle fut français. Au cours du XIXe siècle, à la suite de la baisse exceptionnelle de la fécondité française, l’Angleterre, en triplant sa population, comblait son retard sur la France. Le XIXe siècle fut donc anglais. Au début du XXe siècle, la France comptait 40 millions d’habitants, le Royaume-Uni 38 millions, l’Allemagne 60 millions, les Etats-Unis 70 millions, mais 270 millions en 2000. Le XXe siècle a donc été américain. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles sont les perspectives ? On observe d’abord un important vieillissement du monde occidental, plus marqué en Europe, lié à une augmentation de l’espérance de vie, mais aussi à la baisse des indices de fécondité . »

 

Face à un Tiers Monde où le nombre des femmes en âge de procréer est passé de 400 millions en 1950 à 1 milliard en 1993. Bref, le bilan général est, depuis, celui d’une Europe vieillissante dont la population dépérit, chargée au surplus de l’ épreuve des  problèmes non résolus d’une immigration sans précédent. Cette mutation continentale – fait majeur de notre histoire – qui a pris naissance en 1965 même, comme si les divers pays européens s’étaient entendus pour restreindre ensemble leur natalité, n’est pas sans donner du lustre à La crise mondiale de 1965, l’annonce du « déclin de l’Occident » y ayant été son plat de résistance. Déclin démographique  assisté d’une chute sans précédent des mariages et d’une flambée des divorces qui délitent la parenté, fragilisant une progéniture en mal de vivre, familles explosées conduisant à une désintégration du tissu social. Et son retentissement économique allait aussi nous frapper au cap de 1980, tournant du coup de balancier déplaçant le centre de gravité de la production mondiale du pourtour Atlantique à celui du Pacifique, après que le Japon eut dépassé les économies occidentales en 1965/1970..

 

Ce qui relève également de l’historicité au plan le plus élevé est l’annonce d’ « une seconde révolution industrielle », la première du XIXe siècle ayant accompagné la conjonction Uranus-Neptune de 1821, et une nouvelle devant se présenter avec la conjonction Uranus-Pluton. C’est sur l’aventure astronautique de la conquête de l’espace que j’avais alors insisté : « Mais il semble que ce soit surtout lorsque Jupiter rencontrera Uranus et Pluton dans une triple conjonction que nous entrerons vraîment et pleinement dans l’ère de cette grande aventure cosmique ; et nous savons que ces rencontres astrales auront lieu en 1968 et 1969. A quand le premier débarquement humain sur la Lune ? ». Je devais remettre cela en 1967 dans Les Astres et l’Histoire : « …Il ne serait donc pas impossible que nous ayons un premier grand fait de la conquête cosmique de l’homme – le débarquement sur la lune – sous la triple rencontre Jupiter-Uranus-Pluton de 1968-1969. » Je n’en demandais pas tant : c’est un jour même de conjonction Jupiter-Uranus – le 20 juillet 1969 – que Neil Armstrong mit le pied sur le sol lunaire, notre satellite, humainement visité, se joignant ce jour-là au trio planétaire ! Pur coup de chance. N’empêche : à l’époque où le pronostic fut naïvement formulé, combien d’astrophysiciens eussent pu croire à sa réalisation aussi précipitée, un grand patron de l’astrophysique l’ayant jugée alors impossible ? Il est difficile de nier que cette immense prouesse du génie humain, aujourd’hui encore unique, n’ait pas reçu ici une véritable et formelle signature prévisionnelle.

 

Ceci admis, mes connaissances en technologie étant alors indigentes, je n’ai pas su préciser la nature de « la grande aventure prométhéenne » annoncée : «Parallèlement à la conquête de l’espace, il faut donc s’attendre à un nouveau bond géant dans  l’ordre des découvertes de la science, des réalisations de la technique et de la refonte des connaissances.  Ce devait être la révolution de l’électronique, avènement de l’informatique qui a complètement renouvelé notre société moderne. Mais je précisais : « Il est vrai que, là aussi, la conjonction de ces prochaines années n’est que le signe d’un départ, et peut-être faudra-t-il attendre le sextil de 1990-1995 pour  s’installer définitivement dans cette nouvelle ère. » On devait, en effet, vivre toute la  portée de  cette mutation  historique lorsque le courant de cette conjonction viendrait se sédimenter à celui de la conjonction Uranus-Neptune, le passage allant être celui de la  naissance de l’ordinateur à son éclatant usage universel sur Internet.

 

Pour la première fois, j’évoquais l’enchaînement des deux plus grandes configurations du siècle. Ce que je présentais également par ce texte accompagné d’un tableau d’interférences (reproduit plus loin) : « On comprendra mieux la valeur et la relativité de cette prochaine étape en la situant dans un contexte plus large, c’est-à-dire en présentant la configuration dans son champ d’interférences. A cet égard, la conjonction Uranus-Pluton, c’est aussi le premier relais du passage d’Uranus dans le champ du grand cycle Neptune-Pluton, le second relais correspondant à la conjonction Uranus-Neptune qui aura lieu à la même époque que le sextil Uranus-Pluton, soit autour de 1992. Notre configuration de 1965-1966 n’est donc que le premier moment d’un double temps dont la seconde mesure aura échéance à l’approche de la fin du siècle. Cela donne tout le siècle pour que le monde accouche d’une nouvelle société, d’une nouvelle civilisation. » Avec l’ordinateur personnel, avènement de la mondialisation coiffée par la venue d’ Internet.

 

Pour faire bonne mesure, face à ces acquis prévisionnels et loin des faux-semblants, je me dois, cette fois à mes dépens, de reconnaître franchement mes échecs. Il en est un – le principal, un monstre monumental – qui entache gravement l’aperçu général de cet ouvrage de 1963. C’est d’avoir inconsidérément surestimé l’opposition Saturne-Uranus, justifiant néanmoins le titre de chapitre  « U.S.A. : grandeur et décadence ». En 1965 même, ce pays s’engage dans une guerre de sept ans en Indochine, une guerre que, pour la première fois, il va perdre ( revoir le climat de cette configuration dans « Le cycle Saturne-Uranus ») . La faute commise est d’en avoir horriblement alourdi la conclusion : « …les U.S.A., à la tête du monde pour la richesse, la puissance et le prestige, sont sur le point de passer le flambeau à l’U.R.S.S., appelée à devenir la première force planétaire ». Cela parce qu’à l’opposition précédente de 1918-1920, la puissance économique américaine s’était mondialement substituée à la puissance européenne, un même coup de balancier du rapport des forces pouvant s’effectuer du partenaire américain au partenaire soviétique, devenant à son tour leadership mondial. Nul besoin de glose, le châtiment de mon propre texte se suffisant à lui-même. Dans ce cas, la permanence du linéaire l’a emporté sur la dialectique de la cyclicité, parce qu’il fallait un ensemble configurationnel d’un tout autre calibre pour aboutir au renversement de l’histoire annoncé, surtout que la suite confirma le contraire. Et, plus encore, eut-il fallut ne pas être aveuglé par le bandeau d’un envoûtant climat politique de l’époque, auquel j’étais sensible comme tant d’autres … Un petit imbécile m’a accusé d’avoir voulu faire de la propagande communiste, comme si ma passion maîtresse n’était pas l’art d’Uranie et que seule m’intéresse la réussite de mes prévisions pour le servir ! La preuve en est qu’ayant compris mon erreur au tournant de l’opposition Saturne-Neptune de 1971-1972 (revoir « Le cycle Saturne-Neptune »), ma conviction d’un déclin tournant à la chute de l’URSS pour la fin du cycle compose la suite de mes textes que rappelle « Histoire d’une prévision ». Et il fallait beaucoup de courage pour oser le nouveau pronostic, auquel personne ne croyait autour de moi : la chute du mur de Berlin et sa suite n’ont-elles pas d’ailleurs surpris le monde entier ? Ce qui ne m’empêche nullement d’avoir ce macchabée sur mon casier judiciaire astrologique …

 

Pour ne pas faire d’entorse à la vérité, je reconnais traîner d’autres cadavres dans  mon placard, mais sans  comparaison d’importance avec le fantôme soviétique. En passant derrière mes textes, on peut relever maintes bévues. D’avoir cru, par exemple, qu’avec la conjonction Uranus-Pluton surgirait une énergie nouvelle pouvant se substituer au pétrole et même à l’électricité, tant il me semblait que cette seconde révolution industrielle allait être importante, alors qu’elle n’en eut nul besoin pour le devenir. Comme d’avoir pensé que l’homme pourrait aller sur Mars à la fin du siècle (ou en tout cas naviguer plus librement dans l’espace) en appliquant le revêtement cosmonautique au langage des grandes conjonctions de la fin du siècle ; alors qu’avec l’Internet et même le téléphone portable nous allions être reliés à tout dans le monde par l’image et le son. Dépouille seulement d’un  objectif mal visé, un substitut symbolique équivalent ayant répondu à la donnée. Ce genre d’erreur d’affectation, tel un détournement, entre dans l’ordre de ce qui arrive lorsqu’on se risque à prévoir, faute de don prophétique.

 

Sans en faire un trophée, un autre engagement prévisionnel historique est d’avoir – cinq ans à l’avance – épinglé les deux années 1968-1969 comme un cap critique de grande ampleur. La fois précédente où trois planètes lentes s’étaient rencontrées remontait à 1940-1941, le cœur de la Seconde Guerre mondiale. Il ne fallait pas laisser passer la triplice Jupiter-Uranus-Pluton sans prendre position sur son signe annonciateur d’un tournant nouveau de l’histoire.

 

Je dois rappeler ce passage essentiel du texte de 1963 : « La période générale de 1965 à 1971 se présente, astralement, comme une nouvelle étape critique importante de l’histoire mondiale. Cette crise tend à surgir autour de l’année 1965, en se présentant alors comme le commencement d’un processus radicalement transformateur de notre société, dont le plein des effets se localiserait autour des années 1968 et 1969 … ». Annonce d’une  « nouvelle ère révolutionnaire » …d’ un « monde livré au déploiement explosif de forces encore enfouies au fond de la matière et au fond des âmes » … « point de la plus haute tension de ce déclin de l’Occident ».

 

Avec 1968 éclate une crise profonde de grande ampleur de la société mondiale. Après l’effondrement d’un espoir de démocratisation du camp communiste – au « Printemps de Prague » ayant succédé l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie – l’U.R.S.S., sous le coup de cette grande fracture, est déconsidérée, son déclassement se faisant au profit d’un maoïsme où se lève le drapeau noir de l’anarchie. Pareillement, avec une révolte estudiantine généralisée, c’est toute la jeunesse du monde qui se rebelle contre une « société de consommation » barbouillée de graffitis et livrée au désordre. Déclassement, ici, d’une vie politique ouverte au jeu nouveau de « gauchistes » ; ère virginienne de minorités activistes ; « groupuscules » de contestataires perturbateurs. Ce qui importe plus encore, c’est l’accompagnement d’une véritable révolution des mœurs : changement profond des mentalités, faisant table rase de principes établis et même de tabous séculaires. Le destin de la femme en est entièrement renouvelé avec la maîtrise de la contraception, jusqu’à la légalisation de l’avortement. L’envers du décor étant un défoulement de pulsions, où la drogue envahit la société, avec son cortège de calamités : corruption, prostitution, délinquance, criminalité, terrorisme … Dans un registre voisin, le monde commence à dresser le bilan des ravages de la pollution dans un climat de cauchemar, engendrant en  contrepartie un salutaire mouvement écologique. Un autre monde débute.

 

 Sur cet engagement prévisionnel au sommet, commencé avant même le milieu du siècle dernier, la focalisation exclusive sur les suprêmes conjonctions de 1965 et de 1993 devait, en route, être élargie à l’apport du couple Jupiter-Saturne.

 

Dans La crise mondiale de 1965, j’avais d’ailleurs ouvert la matière générale traitée en présentant le tableau des grandes conjonctions de 1900 à 1971 (voir « Une mascarade astrologique »), leur simple succession, inégalement répartie au long des années, étant déjà éloquente : « De 1900 à 1913 – 14 années durant – on n’en compte que 4, qui sont d’ailleurs espacées en deux groupes. Puis, de 1914 à 1921, on en trouve soudain 6, dont 4 durant les 5 années de la Première Guerre mondiale. C’est  de nouveau le vide, ou presque, dans les 17 années qui vont de 1922 à 1939 : 3 conjonctions dispersées. Apparaît une nouvelle concentration de 5 conjonctions durant les 6 années de la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1945. C’est ensuite le retour d’une période peu occupée ; on note, en effet, 6 conjonctions non groupées durant ces 19 années qui vont de 1946 à 1964. Nous arrivons maintenant  à une étape concentrée avec 4 conjonctions comprises entre 1965 et 1971, une zone complètement vide se présentant ensuite dans les 9 années qui vont de 1972 à 1980. Cette rapide incursion montre qu’à elles seules les 14 années des deux guerres mondiales et des règlements de paix à la suite de la première, totalisent près de la moitié (11) des conjonctions, contre les autres (13) réparties sur une cinquantaine d’années !. » Bref, notre configuration première est là quand l’histoire est en marche, renouvelant le monde dans un bouleversement de société.

 Sans savoir encore que j’étais déjà sur la piste du thème traditionnel de la Grande Année, au fleuron des deux super-conjonctions devait donc s’intégrer cette participation générale des grandes conjonctions, dont l’élargissement à l’état du phénomène cyclique des révolutions planétaires que le tout représente, devait conduire à la formulation de l’indice cyclique, initialement exposé dans le n° 28 (4e trimestre 1974) de l’Astrologue (« La loi fondamentale de l’astrologie mondiale ») avec – ici présent - sa première application (héliocentrique) au 1er janvier 1975 (980°) et son parcours sur le XXe siècle. Gardant toute sa valeur pratique, l’Indice de concentration planétaire de Henri Gouchon, qui s’était contenté d’un relevé du champ zodiacal occupé par les cinq planètes lentes (de Saturne à Jupiter en 1975), devait conduire à la cotation de leurs écarts angulaires,  rendant compte globalement des variations de dilatation et de rétraction des dix grands cycles planétaires, c’est-à-dire du flux et du reflux du système solaire, la conjoncture astrale en étant l’état angulaire..

 

 

 

  

En fait, m’en étant tenu alors à l’indice Gouchon, j’avais déjà pris en compte le phénomène  en 1967 dans : Les Astres et l’Histoire (Jean-Jacques Pauvert),  exposé sur la page de couverture, avec des « Perspectives mondiales jusqu’à l’an 2000 ».

Le zigzag de la fluctuation cyclique livrait un climat conjoncturel précis : chute de 1965 à 1970, en relation avec la crise qui vient d’être rappelée ; remontée de 1971 à 1975. Et surtout, descente de toboggan – la plus grande chute du siècle – de 1975 à 1980, avec une cuvette de 1981 à 1984 – le  creux de vague le plus bas du siècle – phase paroxystique suivie d’un dernier plafond en 1990.

 

LA CHUTE DE 1975

 

On a claironné les « trente glorieuses » qui dotèrent l’Occident d’une prospérité économique et d’une élévation du niveau de vie sans précédent, l’approximation de son parcours allant de 1945 à 1974. Or, ce n’était déjà pas si mal d’annoncer 8 ans à l’avance (dans Les Astres et l’Histoire) la venue d’un temps astral de renversement de conjoncture mondiale.

 

« Il est permis de ne pas juger absurde la permanence de la croissance en France au moins jusqu’en 1985 ». Ainsi se prononçait en 1964 le « Groupe 1985 » présidé par Pierre Guillaumat, avec les participations de Paul Delouvrier, Bertrand de Jouvenel, Jacques Delors, Raymond Aron … Le choc pétrolier de 1973 avait été maîtrisé et derrière cet accident de parcours, le VIIe Plan français reconduisait pour 1976-1980 un taux de croissance très confortable ; tandis que le futurologue Hermann Kahn exhibait dans le monde ses courbes optimistes à l’image de son opulent personnage.

 

Alors que rien ne l’annonçait, je devais préciser, dans L’Astrologue n°27 (3e trimestre 1974) une entrée en crise aiguë de « l’économie mondiale, moteur de l’histoire. Un parallèle à la crise de 1929-1931 n’est donc pas à exclure, selon l’aspect particulier de notre économie actuelle : escalade de l’inflation, ralentissement ou blocage des échanges internationaux, récession, chômage, fin de l’expansion, tassement ou arrêt de la productivité comme de la croissance du train de vie de la société de consommation, passage de la prospérité à la pénitence. » Or, en 1975, le produit intérieur brut (P.I.B.) des pays industrialisés chutait à 0,2 % ; début d’une lame fond emportant la société mondiale et grossissant à 31 millions la population des chômeurs de l’O.C.D.E., avec un surendettement des pays du Tiers-monde et la menace d’un krach mondial sur fond de déprime générale. Un temps de bas-fonds …

 

LA DRAMATURGIE DE 1980-1984

 

Néanmoins, ce qui impressionnait surtout, à l’époque, c’était l’annonce d’une « crise de 1981 à 1984 », cinq conjonctions se concentrant sur ces quatre années. En regardant aussi bien l’indice de Gouchon que l’indice cyclique, la cuvette de 1981-1984 ne se prêtait à la comparaison qu’avec les deux précédentes de 1914-1918 et de 1940-1944. Ce qui, en première impression, ne pouvait qu’engendrer l’inquiétude. On était presque devant un abîme. C’est ainsi que dans le numéro suivant de L’Astrologue (n°28, 4e trimestre 1974), j’osais formuler ce sombre climat prévisionnel  : « Si une troisième guerre mondiale devait survenir d’ici à l’an 2000, il y a une grande probabilité pour qu’elle se situe entre 1981 et 1984, 1982 et 1983 se présentant comme les années les plus critiques du siècle. » Mais aussitôt je précisais : « Rien ne permet toutefois de présenter là comme nécessaire une troisième répétition de fait guerrier international. On peut seulement dire que nous sommes en présence de trois conjonctures de crise au contenu dramatique semblable. 1914-1918 a été un univers de misère universelle avec 9 millions de morts militaires, outre les victimes civiles, les massacres, la famine et les épidémies, la grippe espagnole ayant causé, à elle seule, en 1918, la mort de plusieurs millions de personnes. 1939-1945 a été aussi une tragédie planétaire avec la mort de 35 millions d’hommes (17 millions de soldats et 18 millions de civils), le génocide des juifs, des tziganes, des polonais, des russes, la torture, la famine … 1981-1984 risque d’être la troisième tache noire du siècle où la mort triomphera de la vie, quels que soient les aspects sous lesquels elle sévira. »

 

Je devais compléter ce tableau prévisionnel tragique dans un texte de l’Almanach Chacornac 1978 : « La nouvelle crise mondiale », à propos du « si » (une nouvelle guerre mondiale devait survenir) : «Ce n’est assurément qu’un « si », même si l’on peut établir, pour cette période, la prévision quasi-certaine d’une recrudescence d’agitation guerrière et révolutionnaire dans le monde. Mais l’état de crise attendue peut aussi bien prendre le caractère d’une autre dominante : à défaut d’épidémie et d’invasion barbare, famines provoquées par l’explosion démographique, fléau climatique, déséquilibre écologique, crise technologique … ».

 

Il fallait revenir à ces textes (que n’altère aucun « oui-non-mais » camouflé,  qui n’est nullement dans ma manière uranienne) pour bien juger ma prévision concernant ce tournant critique redouté des  années 80. De charmants confrères français ont laissé entendre que j’avais formellement annoncé cette troisième guerre mondiale, comme si je ne me tenais pas convenablement dans l’énoncé d’une formulation prévisionnelle qui doit toujours en rester à la probabilité. Cela n’en mérite pas moins débat.

 

Parlons d’abord de la menace guerrière. Annoncer que, durant les 25 années de 1975 à 2000, le plus grand danger de guerre mondiale devait se localiser en 1982-1983, constitue une prévision d’une exactitude parfaite, formulée une huitaine d’années à l’avance ! Rien n’est plus net et il convient de rappeler ici l’essentiel des faits.

 

Voyons d’abord les faits guerriers et révolutionnaires dont j’ai présenté le palmarès dans « Le cycle Jupiter-Uranus » : guerre Irak-Iran (1980-1988), « état de guerre » en Pologne (1981), guerre des Malouines Argentine-Grande-Bretagne et intervention d’Israël au Liban (1982). Avec, en 1983, escarmouche américano-soviétique suivie d’une intervention américaine au Moyen-Orient (porte-avions, porte-hélicoptères, cuirassé), avec attentat terroriste faisant 239 morts parmi les Marines, suivi de raids américains. Le Golfe persique est en guerre avec la présence d‘une armada américaine d’une trentaine de navires et leurs raids. En 1984 encore, 44 pétroliers sont coulés par l’I’Irak et l’Iran. Sans oublier le front de l’Amérique latine en feu : Nicaragua, Salvador, Guatemala, Grenade …

 

Mais coiffant ces théâtres d’opérations, le danger central est l’affrontement américano-soviétique, et 1983 est l’année ultime où, de justesse, nous avons échappé au pire. Le président Reagan lance le programme de la « guerre des étoiles ». Un sommet USA-Europe-Japon à Williamburg conduit à un déploiement d’euromissiles à l’Ouest, face à l’implantation de sites nucléaires à l’Est, avec renfort de nouveaux missiles tactiques en R.D.A. et en Tchécoslovaquie, les échanges diplomatiques étant rompus à Genève. Nous étions au bord du précipice nucléaire, comme à la crise des fusées de Cuba en 1962. Et les archives dévoilées de l’ex-Union Soviétique ont confirmé la gravité extrême du danger. La détente Est-Ouest survint à l’entrée de 1985. Alors, le texte prévisionnel, tel qu’il était formulé en son temps, n’était-il pas convenable ? Il est bon d’avoir un recul historique comme l’actuel pour en juger.

 

Du moment qu’il n’y eut pas de tragédie militaire mondiale, une équivalence dramatique substitutive devait se faire jour pour justifier « la troisième tache noire du siècle où la mort triomphera de la vie » . J’ai déjà précisé que si, parmi les substitutions possibles avancées, j’avais suggéré en premier lieu : « à défaut d’épidémie … », cette formule d’exclusion n’était qu’un alignement sur un préjugé de la Faculté médicale de l’époque : du moment qu’il ne devait plus exister de pandémie, il fallait, semble-t-il, sagement y renoncer, alors que c’était là une possibilité. Or, c’est en 1983 même que devait être identifié le virus du Sida qui faisait des ravages depuis plusieurs années : une source de mort surgissait qui allait dévaster le monde. En 2004, on totalisait 45 millions de personnes infectées et la contamination galope encore à raison de 5 millions par an ! On n’en est pas sorti … Dans mon texte de L’astrologue n° 28, je tenais le risque épidémique comme possibilité première, parce que j’y signalais avoir rencontré le même fléau de pandémie aux concentrations planétaires semblables du passé : la « peste noire » en 1347, la « Suette anglaise » en 1485, la syphilis en 1493, derrière les ravages de la variole apportée par les Européens sur le nouveau continent. Finalement, ma macabre annonce n’était-elle pas fondée ?

 

Il est vrai aussi que j’évoquais en second lieu : « à défaut » d’ « invasion barbare », parce que, dans le texte de l’Almanach Chacornac, je signalais avoir rencontré les mêmes concentrations planétaires à diverses invasions qui, telles des vagues successives de l’histoire, apportèrent des fins et renouveaux de société. Au XXe siècle « civilisé », il ne pouvait se présenter pareille chose. Néanmoins, l’immigration européenne (qui n’a rien de barbare) en cours depuis ces années 80 devrait ressortir de notre configuration. Sans oublier le creux de la crise économique de 1980 à 1983.

 

J’en étais ainsi venu graduellement à la considération des grandes concentrations planétaires qui allaient révéler le thème de la Grande Année, chaîne d’innombrables micro-grandes années de cinq siècles, dont je présentais, dans la même publication, l’anneau qui nous concernait :

 

 

Chroniqueur dans une publication astrologique à grand tirage, un confrère qui se plait périodiquement à « m’interpeller » (pourquoi pas ? et une de ses critiques m’a servi) avait consacré en 1979 un article à « La crise de 1982-1983 » où figurait mon texte avec le « si » et le « défaut d’épidémie ». Propos aveugle se terminant ainsi, après une optimiste évocation de construction européenne : « Si cette volonté ne faiblit pas, personne n’aura à regretter « le grand déséquilibre planétaire de 1982-1983 .»  …

 

L’ECHEANCE COMMUNISTE DE 1989

 

Nul doute que la prévision de l’échéance capitale de 1989 pour le communisme et l’URSS fut pour moi l’expérience prévisionnelle la plus forte, en ayant multiplié à répétition et diversement i’annonce sur trois décennies ! M’étant donc engagé dans cette histoire jusqu’au bout. J’en ai retracé l’aventure au long du rassemblement de ses textes essentiels dans « Histoire d’une prévision », à laquelle je renvoie le lecteur.

 

Revenons à la souche de cette expérience qui remonte à plus d’un demi-siècle pour en saisir l’inédit. En 1952, un journal provincial – « L’Yonne républicaine » - me demandait un aperçu prévisionnel pour l’année 1953. J’allais saisir cette occasion pour évoquer la clôture qu’un grand cycle planétaire cette année-là, celui de Saturne avec Neptune, lié au communisme en général et à l’Union Soviétique en particulier. L’achèvement de son parcours devait être entendu comme signifiant une fin et un renouveau les concernant. C’est ainsi que j’ ai annoncé « une relève du pouvoir au kremlin ». A la surprise générale, car on lui supposait une bonne et solide santé et il était loin d’avoir un âge canonique, Staline mourait le 5 mars 1953. Nul doute qu’il s’agissait là d’une coupure historique significative conforme à la nature de la prévision, et que cet acquis se prêtait à une relance prévisionnelle pour mieux conforter la valeur du pronostic.

C’était là partir d’un bon pied pour se lancer dans une gigantesque aventure : du moment que le commencement du cycle avait répondu à l’appel de la prévision, misons cette fois en direct sur sa fin. J’allais ainsi me risquer à un pronostic phénoménal, quant au saut vertigineux  dans la longue durée, consacrant l’importance historique de son terme. Ceci par cette pure citation  de Défense et illustration de l’astrologie (Grasset,1955) : « A la conjonction de 1952-1953, Staline meurt et l’URSS est en pleine métamorphose ; elle engage un nouveau cycle qui la conduit à l’échéance capitale de 1989. » C’est, en effet, 36 ans plus tard que les mêmes planètes se retrouveraient en conjonction, nouvelle fin de cycle, un tel recul donnant quelque vertige, cette envolée étant alors inédite dans le milieu astrologique international.

 

C’est pourtant ce qu’il était nécessaire de faire : aller jusqu’au bout du risque pour savoir si, oui ou non, le rendez-vous avec l’histoire devait s’accomplir au tribunal du temps de la conjonction Saturne-Neptune suivante, quelque chose de capital pour le destin du communisme devant se produire à l’expiration prévue. Car la visée prévisionnelle avait l’avantage de la sélectivité. Ici, pas de substitution, nul besoin du recours à la porte dérobée d’une équivalence symbolique comme pour 1983 : c’est spécifiquement le monde communiste qui est touché, l’Union Soviétique qui est sur la sellette ; et pour un bilan primordial ! Tel était le risque audacieux de s’engager à fond à la recherche de la vérité. Quant à savoir ce qui devait exactement se passer en cette lointaine année 1989, le mystère était entier. Mais, peu importe cet inconnu : du moment qu’une page nouvelle de l’histoire devait y être tournée et que c’est cette grande coupure du temps qui était attendue – le radical mort-renaissance ou renaissance-mort du terminus cyclique -  cela suffisait à poser la prévision dans toute sa grandiose dimension.

 

Pour ce qui est maintenant du contenu de l’accouchement historique en question, les opinions ne pouvaient que différer de l’un à l’autre, ainsi que d’une époque à une autre. On sait que j’ai commencé à croire que 1989 annonçait la victoire mondiale du communisme sur le capitalisme, et je ne reviendrai pas sur cet énorme fiasco. Mais connaissez-vous un chercheur qui ne se trompe pas ? Et le propre de l’évolution de la connaissance est de corriger ses erreurs : or, ne l’ai-je pas fait ? Après avoir déjà envisagé en 1980 une perspective de disparition du régime soviétique, mes derniers textes prévisionnels signalaient, pour la période comprise entre septembre 1989 et juillet 1990, « un temps d’extraversion de courants révolutionnaires jusqu’à l’éclatement, ce qui promettrait des débordements populaires, massives descentes de rues avec risques de renversements de pouvoir. On songe à la possibilité de coups d’éclat de ce genre pour des pays qui étouffent comme la Roumanie, des pays d’Europe de l’Est maintenus sous le carcan comme la Tchécoslovaquie » !

 

 

 

La chute du mur de Berlin en novembre 1989, avec la cascade de la disparition des « démocraties populaires », allait conduire les mois suivants à la réunification des deux Allemagnes puis au renversement de la colonne du temple du communisme au pays des Soviets. D’une conjonction à l’autre,  nous sautions de la mort de Staline à celle de l’URSS elle-même. On pourrait presque tresser des couronnes à la perfection de l’analogie ! Naturellement, l’indice cyclique, avec sa pointe supérieure dressée sur 1990, était aussi largement honoré pour ce tournant historique prometteur.

 

Extraite du Pronostic expérimental en astrologie, la présente figure rappelle que, bien plus que seulement une conjonction Saturne-Neptune, il s’agissait alors d’une triple conjonction Saturne-Uranus-Neptune. Grandiose carrefour astral que je célébrais ainsi dans cet ouvrage de 1973 : après avoir mis face à face les U.S.A. et l’U.R.S.S. à travers les cycles Saturne-Uranus et Saturne-Neptune, « lancés dans une compétition à la suprématie mondiale ou à une formule de société universelle » : «Or, ces deux partants arrivent ici en fin de course, au même point et au même moment, comme pour se fondre en un unique courant. Cette destination commune et unique de 1989, c’est l’échéance à laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société. De sorte que le grand rendez-vous de notre histoire tend à se présenter, après le profond bouleversement de 1982-1983, à ce triple croisement astral. » Non sans avoir ajouté : « C’est ici que pourrait se fixer le sort de l’humanité pour tout le XXIe siècle. » Outre l’étape Maastricht d’une institution européenne en 1992.

Nous arrivons ainsi au cap de la configuration ultime.

 

LA CONJONCTION URANUS-NEPTUNE DE 1993.

 

Avec cette configuration, panthéon de la cité d’Uranie, qu’on me permette de revenir au premier texte que je lui avais consacré, dans la fleur de l’âge et non sans battre un record, puisque, dans mon 25e printemps, je l’appréhendais déjà 46 ans à l’avance ! Quel vertige … Il s’agit d’un article publié dans la principale publication  « occultiste » de l’époque en France, le n° 16 de la revue Destins de mai 1947, la reproduction de son titre ayant quelque saveur. A l’époque, nos ressources en matière d’éphémérides étaient limitées et c’est en 1992 qu’on attendait le phénomène.

 

J’y exposais un déroulement de notre société moderne, en situant ses quatre phases assimilées aux quatre saisons, « l’hiver du capitalisme » allant du carré de 1953 à la conjonction de 1992. La curiosité, ici, est de rappeler la conclusion de ce texte : « Nous arrivons, enfin, au terme du grand cycle Uranus-Neptune, à la conjonction de 1992 qui fait prévoir une révolution profonde de la société entre 1981 et 1997, mais surtout en 1988-1989-1990, en vertu des passages de Jupiter et Saturne sur cette grande conjonction. Sera-ce la fin du régime capitaliste, une nouvelle réforme capitaliste ou un nouveau régime ? … Ce qui est certain, c’est que nous entrerons dans un monde nouveau. »

 

 

L’intérêt de ce rappel est que, un demi-siècle à l’avance, il était permis de fixer sur le calendrier le temps d’un immense tournant historique.  Indubitablement, personne ne peut nier que nous soyons entrés dans une nouvelle ère de l’histoire, dans une  renaissance de civilisation que symbolise le plus la venue d’Internet au cap de 1990, coiffant la mondialisation. Et déjà, un véritable adieu au siècle précédent avait été célébré au lendemain des vertigineux bouleversements apportés par la chute du mur de Berlin. Retour à un départ, devant un monde à refaire dans l’inédit, ainsi se présentait un lever de rideau au rivage du troisième millénaire.

 

 

Je ne pouvais que me contenter d’annoncer un monumental changement de société mondiale. Entrer dans la grande conjonction, c’est en parcourir les avenues à travers les ramifications de ses interférences. Déjà, dans La crise mondiale de 1965, j’avais tracé un couloir faisant passer de la conjonction Uranus-Pluton à cette dernière, posant une succession de l’une à l’autre : chemin devant aller de la naissance de la révolution informatique à son installation généralisée dans notre vie quotidienne.

 

 

De même, dans Les Astres et l’Histoire, j’ai tendu un pont entre le groupe des 5 conjonctions de 1981 à 1984 et les deux suivantes de 1988-1989, voisines de la grande de 1993 : « … ce qui tend à se présenter sous la première étape constitue les préliminaires de ce qui tend à sortir de la seconde ; l’une serait une conception, une gestation, et l’autre une naissance. Et nous aurions, en fait, un grand et unique processus général en deux temps successifs, le premier s’étendant sur cinq années approximativement, et le second presque sur toute la dernière décennie du siècle. » Ici, je m’en veux d’avoir été muet, obnubilé par la négativité ressentie de la première étape. Alors qu’il fallait aussi – vertu d’ensemencement de la conjonction – évoquer sa part de créativité. Engendrement que fut la gerbe créatrice des premières années quatre-vingt qui ont métamorphosé le paysage des communications : avènement de l’ordinateur personnel à domicile, avec le minitel, le fax, le disque compact, le CD-Rom, le walkman le téléphone mobile, la télévision diffusée par satellite, l’imagerie médicale, la carte bancaire … Elan fulgurant aboutissant au cap de 1990 à l’expansion foudroyante de la messagerie électronique du Mail et au monde numérique bouleversant la condition humaine, aurore lumineuse d’une civilisation nouvelle.

 

Au-delà même – remontant du grain de chaque cycle à la grappe des inter-cycles entrelacés – l’on aboutit à l’entité au sommet de la Grande Année qui nous fait passer, ici, du simple duo urano-neptunien bi-séculaire au parcours semi-millénaire d’une reconduite généralisée du système solaire. Micro-Grande année dont les bornes sont tracées par les retours aux extrêmes concentrations planétaires, rapprochant l’indice cyclique de l’état origine 0°. Ce phénomène s’est intercalé entre 1483 et 1982. Une mesure parlante si l’on retient le jugement des historiens qui, avec Arnold Toynbee, font naître à la fin du XVe siècle ce qu’ils appellent la « civilisation de la Chrétienté occidentale », qui a marqué l’humanité de son sceau, et en considérant que c’est son terme qui se lit dans nos configurations de la fin du XXe siècle. De la conjonction Uranus-Pluton de 1965 à la conjonction Uranus-Neptune de 1993, nous sommes passés du déclin démographique et généralisé de l’Occident, qui tenait le flambeau de cette civilisation chrétienne depuis la venue de la Renaissance, à un avènement civilisationnel de la population mondiale avec promotion des autres continents où, notamment, l’Islam – né sous une antérieure conjonction Saturne-Uranus-Neptune (an 622) – est en plein éveil.

 

En finale du texte de l’almanach Chacornac 1978, j’avais formulé la première évocation d’un parallèle entre ces périodes de début et de fin de cycle : «Au terme de cette prospective cosmo-géopolitique, nous ne verserons donc pas dans un prophétisme apocalyptique du deuxième millénium. De grands orages paraissent, malheureusement, nous menacer d’ici là, certes, mais l’indice cyclique est en pleine remontée dans les dernières années de notre siècle, pour atteindre un sommet en 2003. Et l’an 1 du XXIe siècle présentera ce rarissime privilège d’être une année dans laquelle les dix grands cycles planétaires seront tous ascendants ; tout comme, déjà lointainement, en ces années 1488-1490, celles des Diaz, Christophe Colomb et Vasco de Gama, lorsque les Européens entreprenaient de faire la conquête du globe. Peut-on souhaiter mieux, astralement, à l’aurore du siècle nouveau ?. »

 

L’analogie saute littéralement aux yeux : comme ces vaillants marins qui frayèrent les chemins de  circulation sur la mappemonde, aujourd’hui, en frappant sur les touches d’un clavier, les internautes « naviguent » sur le Web d’un site à l’autre et « surfent » sur un océan infini et à une vitesse de croisière  quasi-absolue. Chacun pouvant entrer immédiatement en contact oral et visuel avec les autres en tous points de la planète. Comme si nous arrivions, à notre tour collectivement, conquête ultime, à un nouveau bout du monde.

 

Notre conjoncture ne s’arrête pas à cette navigation individuelle du Net, le clavier  sous nos doigts. Ainsi, l’an 2000 a été surtout l’an 1 de la révolution génétique avec le décryptage de notre code génétique, suivi l’année d’après par un engendrement de clones. Nous manquons de recul pour juger l’importance de cette entrée dans le troisième millénaire où la technologie numérique fait des progrès spectaculaires et où se lève la nanotechnologie. La colossale conjonction Uranus-Neptune pourrait bien nous faire entrer dans l’ère d’une troisième révolution industrielle.

 

Mais il ne faut pas perdre de vue l’ambivalence fondamentale mort-renaissance dans laquelle nous vivons depuis un quart de siècle, dont j’ai rendu compte de l’état douloureux dans « La conjonction Uranus-Neptune et la mondialisation » et bien plus largement dans Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire. Nous y sommes entre dépouilles et semences, avec l’agonie d’un monde qui disparaît et l’irruption sauvage d’une société nouvelle qui se cherche encore. Bout de course analogue à un soleil solsticial déstabilisé par l’immobilité de son changement de cap. Il faut attendre qu’avec l’élan pris dans la nouvelle direction, le sang colore les veines de l’humanité fraîchement engendrée de la naissante micro-Grande année.

 

TOUR  D’HORIZON  DES  CYCLES  PLANETAIRES

 

Après notre pèlerinage surplombant la grande histoire globalement perçue, nous passons par le menu d’un défilé de configurations égrenées au fil du temps, disséminées séparément ou occasionnellement croisées. Nous ne sortons pas du clavier des cycles planétaires en nous attachant toujours au registre de leurs aspects. C’est leur inventaire général que nous entreprenons ici. Toutefois, nous ne pouvons pas nous étendre comme il le faudrait pour rendre compte historiquement de tant d’épisodes. Pour un contrôle qui se veut exigeant, force est de renvoyer le lecteur à divers textes du site, en particulier à celui de chaque cycle, une cinquantaine y ayant été traités..

 

CYCLE PLUTON-NEPTUNE : « Le cycle Jupiter-Pluton » m’a donné l’occasion de citer le semi-carré de ces deux planètes, tombant sur la crise économique de 1929-1931. Il ne s’agit naturellement pas là d’une prévision, n’étant alors pas encore né astrologue.

Puis, je ne me suis pas trop impliqué dans le cas suivant de son sextil évolutif qui s’est étalé de 1945 à la fin du siècle. Ce n’est qu’occasionnellement que je me suis avisé de lui faire jouer le rôle d’une « bouée de sauvetage » (« Le cycle Jupiter-Uranus »),  en tant que toile de fond protectrice de la société mondiale, la seconde moitié du XXe siècle pouvant avoir été, grâce à  son concours, exempte de guerre mondiale, outre une possible assistance de sa part aux « trente glorieuses ».

 

CYCLE PLUTON-URANUS : A ce même texte du cycle Jupiter-Pluton figure la carte de 1929-1930 qui expose l’intrication du semi-carré Neptune-Pluton et du carré Uranus-Pluton, l’un et l’autre amalgamés à un sesqui-carré Uranus-Neptune ; trio lourd auquel s’incorpore une opposition Jupiter-Saturne, le tout composant une arène de dissonances intégrales des dix cycles ! Nœud ô combien approprié pour rendre compte de la tragédie de la grande crise économique mondiale qui, par ses désordres et conséquences, avec la venue du nazisme, déboucha sur la Seconde Guerre mondiale.

Je n’étais pas encore assez mûr pour déchiffrer le sextil quand il est survenu entre l’automne 1943 et l’automne 1944. Mes lectures historiques allaient bientôt me lancer sur la piste d’une relation entre ce cycle et le Japon et sa région. Aspect embarrassant, accompagnant un impérialisme nippon un moment triomphant, suivi de la bénédiction d’un agresseur vaincu, aussitôt dédouané par les nécessités de la « guerre froide », l’ardoise de la défaite effacée. En prenant plus d’altitude, de même que les dissonances du trio Uranus-Neptune-Pluton de 1930 précipitent le monde de la crise économique au creux de la Seconde Guerre mondiale, voyons dans leurs harmoniques conjuguées (ce sextil joint au trigone Uranus-Neptune) de la fin de la guerre, un dégagement de celle-ci, tremplin porteur d’avenir (on pense aussi au lancement des « trente glorieuses »).

 

Je n’ai rien auguré du semi-carré suivant, survenu du printemps 1949 au printemps 1950, m’étant tenu à l’observation que cet aspect tombait fort opportunément sur l’éclatement de la guerre de Corée en juin 1950.

 

Je n’ai pas à revenir sur mon investissement prévisionnel s’appliquant à la conjonction de 1965, venant d’en parler ici largement, après avoir déjà fait un « Bilan de la conjonction Uranus-Pluton ».

Je n’ai pas formulé de pronostic au sujet du semi-carré suivant du printemps 1986 au printemps 1987, m’étant contenté de relever quelques notes d’observation dans les numéros 74, 75 et 76 de L’Astrologue. Une série noire pour l’astronautique : l’explosion de la navette américaine Challenger, avec la mort de ses sept passagers, le 28 janvier 1986 (Soleil carré Pluton et semi-carré Uranus) ; échecs de la fusée Titan le 18 avril et de Delta le 3 mai. Et, surtout, est arrivée l’explosion du réacteur de la centrale atomique de Tchernobyl le 26 avril suivant, alors que le Soleil passait à l’opposition de Pluton et au sesqui-carré d’Uranus. Outre que les internautes de ce temps connurent les  déconvenues d’une apparition de « virus » informatiques.

 

Je devais toutefois m’appliquer avec le sextil de 1995-1996, en en faisant état à l’occasion de la triple conjonction Jupiter-Uranus-Neptune de 1997, celle-ci étant au double sextil d’un trigone Saturne-Pluton, renouveau d’un système solaire tout en harmoniques : «A ce carrefour historique se rencontrent et s’assistent d’importantes étapes d’acquisitions scientifiques et de prouesses technologiques : médicales, génétiques, astronautiques (sextil évolutif Uranus-Pluton dynamisé par Jupiter et Saturne) en un renouvellement de valeurs composant un visage inédit de nos sociétés (Jupiter-Uranus-Neptune). Cet état créateur tend à se diffuser à toutes les sphères de la vie publique. Bref, nous sommes ici au seuil d’un monde en recréation. » (L’Avenir du monde selon l’astrologie, Le Félin, 1993). J’ai rendu compte de ce tournant des dernières années du XXe siècle dans « La triplice Jupiter-Uranus-Neptune », qui se présente comme le cap ultime de la mondialisation, les ordinateurs individuels y faisant la conquête de la planète..

 

CYCLE NEPTUNE-URANUS : La bipolarité de ce couple planétaire se prêtait à une interprétation des grandes lignes de l’évolution de ce cycle. A commencer avec mon frère Armand qui avait pressenti un rapprochement germano-soviétique de son trigone de 1940 ; lequel, en se déplaçant dans deux nouveaux signes aux maîtrises inversées, s’est converti ensuite en coalition anglo-américano-soviétique. Il devait aller de soi, si cette interprétation était fondée – et je n’ai pas cessé de miser sur cette série bien ordonnée -  qu’au carré des années cinquante, les alliés deviendraient ensuite des adversaires, ce que nous avons vécu avec la « guerre froide » ; puis ces partenaires se rapprocheraient au sextil des années soixante,  avec le temps de la « coexistence pacifique » ; laquelle allait même être brouillée au semi-carré suivant … Ceci jusqu’à la conjonction où disparaîtraient les protagonistes … L’épure n’est-elle pas parfaite ?

 

CYCLE PLUTON-SATURNE : A l’inverse du cycle précédent qui se prête si bien au résumé concis et limpide de sa traversée de la seconde moitié du XXe siècle, il faut revenir aux pages du texte : « Le cycle Saturne-Pluton » pour en suivre le périple depuis la conjonction de 1947, confronté aux textes prévisionnels déjà révélateurs que je lui avais alors consacrés, ainsi qu’à nombre de ses aspects ; permettant le jugement des deux versants de la réussite et de l’échec. Au premier, l’intérêt d’un suivi bien synchronisé d’étapes des destins de la Chine, de l’Inde et d’Israël. En particulier la prévision jumelée (La crise mondiale de 1965) d’un affrontement sino-américain pour cette année-là (intervention américaine au Vietnam) du fait d’une juxtaposition d’oppositions Saturne-Uranus et Saturne-Pluton ; puis celle (Les Astres et l’Histoire) d’une paix sino-américaine au passage de ces deux cycles à leurs trigones respectifs de 1972. Et au second versant, l’errance d’évaluation de résultats surestimés. Mon auto-critique porte surtout sur une mauvaise interprétation du cap 2000-2001 des passages du couple Jupiter-Saturne à l’opposition de Pluton : plutôt qu’une Europe arrivée à bout de souffle – mais n’y a-t-il pas du vrai avec l’approche d’une Union européenne à 25 ? – ce fut surtout la haute marée du terrorisme qui  frappa New-York le 11 septembre 2001 avec ses conséquences connues. Ici, je reconnais avoir été absent à l’histoire. Mais mon exploration a ses limites, ne consacrant qu’une partie de mon temps à la mondiale et parfois paresseusement avec un certain recul ; outre l’immensité du sujet et tant de domaines (les éclipses, par exemple, pour ne citer qu’un cas) que je n’ai pu entreprendre, sachant qu’il faut traiter ces choses-là à fond pour savoir en user.

 

CYCLE NEPTUNE-SATURNE : L’essentiel est déjà largement dit, en revenant au texte présent : « L’échéance communiste de 1989 », exposé que l’on peut compléter par l’ »Histoire d’une prévision ». Qu’il soit toutefois précisé que maints aspects de ce cycle ont fait, depuis longtemps, l’objet d’interrogations prévisionnelles. La dernière en date, avant le cap de 1989, a été une note du n° 48 (4e trimestre 1979) de L’astrologue, intitulée : « Le carré Saturne-Neptune : crise du communisme soviétique ? » et mentionnant un temps particulier des manifestations de ce courant : : « mi-décembre et fin-décembre 79 (conjonctions Soleil-Neptune et Mercure-Neptune ». Le 27 décembre 1979, l’Union soviétique intervenait militairement en Afghanistan, installant dans le monde une nouvelle ère de guerre froide et où elle allait s’enliser.

 

CYCLE URANUS-SATURNE : De même que « La chute de 1975 » témoigne de l’interprétation particulière d’une entrée de carré Saturne-Uranus amplifié par une opposition Jupiter-Uranus, le cycle en question se moulant sur le cycle de Kondratief (Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire, Dangles, 1998). Le même carré involutif s’était présenté à la crise économique de 1930. Mais je n’avais pas été aussi bien inspiré d’en avoir annoncé une au carré évolutif de 1951 (« France-Belgique Informations » du 1/1/1947) , la dissonance s’étant traduite en explosion guerrière (la Corée), la route de ce parcours cyclique étant escarpée de bifurcations substitutives. J’en étais alors au début de mon apprentissage. Il convient de consulter « Le cycle Saturne-Uranus » pour mieux me juger relativement au traitement que j’en ai fait.

 

CYCLE PLUTON-JUPITER : A l’exception du duo des conjonctions Jupiter-Uranus et Jupiter-Pluton de 1968-1969, considérées globalement, ce cycle est celui que j’ai le moins traité prévisionnellement. Je me suis, pour ainsi dire, contenté de le définir par l’exemple. Eclairage permettant d’en tirer un meilleur parti comme dans mon dernier texte prévisionnel : « Vers la paix au Moyen-Orient ? ». Histoire en cours déjà confirmée en ses deux premiers temps : 1) relève des générations au retour de Saturne à la conjonction Saturne-Pluton de 1947  (départ politique de Sharon en Israël et accession du Hamas au pouvoir chez les Palestiniens) . 2 : recul  devant la paix en 2006 (noyau dissonant semi-carré Jupiter-Pluton - sesqui-carré Saturne-Pluton - carré Jupiter-Saturne). En attendant que les chances de cette paix puissent ressurgir aux conjonctions Soleil-Jupiter de novembre 2006 et décembre 2007, troisième temps d’une conjonction Jupiter-Pluton au trigone de Saturne. Un prochain pronostic à suivre …

 

CYCLE NEPTUNE-JUPITER : A l’inverse du précédent, je me suis abondamment impliqué avec celui-ci. En particulier en misant sur ses successives conjonctions de 1958, 1971 et 1984, en tant qu’étapes majeures de détente internationale, et on lira dans « Le cycle Jupiter-Neptune » le rappel des événements diplomatiques primordiaux en question. Egalement dans le suivi des aspects du cycle de 1984 acheminant le dialogue américano-soviétique vers la paix. La lecture du « Destin de l’Organisation des Nations Unies » ouvre aussi un débat sur un résultat moins réussi. Enfin, en tant que cycle de la Ve République, des épisodes particuliers méritent le rappel. Le relevé, par exemple, des carrés involutifs successifs de mai 1968, de mai-juin 1981 (les socialistes au pouvoir) et de mars/octobre 1993 (la seconde cohabitation) . Ou encore ce texte prévisionnel de L’Astrologue n° 112 (4e trimestre 1995) : «Le tournant à venir de notre pays se pointe à la prochaine conjonction Jupiter-Neptune de l’entrée de 1997. Elections anticipées conduisant le nouveau président à vivre à son tour une cohabitation inverse à celle du duo antérieur Mitterrand-Chirac ? On se le demande … ». Un an et demi avant la surprise générale de l’annonce d’élections anticipées en avril 1997 et la secousse de la venue nouvelle de la gauche au pouvoir avec Lionel Jospin. Dans une note du n° 138 (2e trimestre 2002) de L’Astrologue sont comparés les «résultats » des quatre oppositions vécues par cette république, offrant leur unité. En dernier lieu, dans « La crise française de novembre 2005 » (22/11/2005), où est fait état d’un climat de révolte populaire ou de « relève révolutionnaire » est signalée « l’installation (…) d’un carré Jupiter-Neptune (sensibilisation onusienne, française) de janvier à avril 2006, avec localisation possible au passage solaire (sur Neptune) de la première décade de février. » Ainsi devait commencer la révolte des étudiants qui allaient se livrer à des manifestations de plus en plus massives (deux défilés de plusieurs millions de personnes) pour le rejet d’un « Contrat première embauche » (C.P.E.) jusqu’à faire plier le gouvernement le 19 avril 2006 dans un climat de crise aiguë (abrogation d’une loi votée et promulguée) ; crise suivie d’une affaire Clearstream délitant le gouvernement. Ce carré involutif est à ajouter aux trois précédents de la dernière figure de ce texte.

 

CYCLE URANUS-JUPITER : Il faut revenir à la lecture du « cycle Jupiter-Uranus » pour mieux comprendre la difficulté d’interprétation de ses conjonctions et dissonances, susceptibles de se convertir en plusieurs sortes de crises . Le texte s’achève d’ailleurs sur une auto-critique  à propos de la conjonction de 1983, à partir de laquelle l’économie mondiale est repartie, au lieu d’avoir plongé davantage comme je l’avais craint. C’était seulement là son creux extrême. Outre la crise asiatique à la conjonction de 1997, inattendue, mais dont le pronostic d’évolution, tranchant sur le pessimisme des experts, devait être confirmé par la considérable lancée de prospérité économique de la fin du siècle. 

 

CYCLE SATURNE-JUPITER : Avec « Le destin de l’Europe », le duo Jupiter-Saturne est la matière cyclique sur laquelle je me suis le plus étendu, au point que le jugement de son parcours fait appel à une certaine connaissance historique. Comme ici, c’est le résultat prévisionnel qui importe, l’effort fourni est-il méritoire ? Une unique circonstance suffit à en juger, qu’il fallait ne pas louper : le grand séisme européen de 1989. A une communication (« Le destin de l’Europe ») faite à un congrès Ebertin, à Stuttgart en octobre 1983, j’ai exposé la carte du ciel de la page 12 (extraite du Pronostic expérimental, 1973), pour aboutir à cette conclusion : « Il est aisé de comprendre que la présence de l’opposition Jupiter-Saturne au sein de cet ensemble est annonciatrice que l’Europe risque d’être alors le théâtre d’un bouleversement général de société. » Et cette figure, avec la même communication (note de L’Astrologue n° 84) allait être un leitmotiv répété, en des termes divers, à plusieurs congrès (après Paris, Capri, Madrid, Rio, Zurich et Vienne) de 1983 à 1988. Si l’on ajoute aussi la note « Orages sur 1989-1990 » (L’Astrologue n° 85, 1er trimestre 1989) qui stigmatise les pays de l’Europe de l’Est, je n’ai donc pas perdu mon temps. Certes, c’est avec des fortunes diverses que j’ai interprété d’autres aspects du cycle, débat que j’ai exposé dans ce « destin de l’Europe ». Mais ce n’était pas non plus  une vaine attente que d’avoir pointé le temps de la dernière conjonction de 2000 en Taureau, aurore d’une nouvelle Europe qui allait devenir la monétaire de l’Euro.

 

LES CONJONCTIONS SOLAIRES

 

Il reste encore à la critique de se plonger dans la chronique plus ou moins entretenue au fil des numéros de L’Astrologue, commentant la conjoncture nationale et internationale. Nous entrons ici sur le terrain des configurations rapides, localisant des temps de pointe de l’histoire ou des passages significatifs. Sur un tel registre, ce sont surtout les conjonctions solaires que j’ai mises à contribution : détermination de caps critiques, de tournants … Multitude sortant de notre bilan général.  Il est toutefois la fréquentation particulière d’un domaine que je  souhaite signaler : la prévision en matière de tendance pacifique. En un véritable parcours du combattant au long d’une cinquantaine de cycles Soleil-Jupiter étendus sur  plus du demi-siècle que nous venons de vivre. Avec le concours du cycle soli-vénusien.  Ce qui dépose un bilan appréciable de résultats : outre la saisie de grandes échéances diplomatiques perçues des saisons à l’avance, prévisions réussies de fins de guerre : seize mois à l’avance pour la guerre d’Algérie, sept mois pour celle du Vietnam, outre le pronostic des dernières : guerre du Golfe, guerre du Kosovo, guerre des Balkans … J’estime qu’à lui seul, l’ exposé sur « La conjonction Soleil-Jupiter »  est de nature à ébranler le scepticisme de bien des honnêtes incrédules.

 

 

LE DESTIN DES PERSONNAGES HISTORIQUES

 

Notre randonnée prévisionnelle s’achève sur l’interrogation du destin des hommes d’Etat. Epreuve redoutable …

Voici un cas exemplaire. Dans le n° 105 de L’Astrologue (1er trimestre 1994), j’intitulais une note : « Un retour de la monarchie en Bulgarie ? », où je me fondais sur les données natales de Siméon II, fournies par lui-même à un proche (Sofia, 16 juin 1937, 6 h 30mn). Constatant que le couple Uranus-Neptune allait transiter son Jupiter à 25° du Capricorne autour de 1994, j’augurais que ce roi détrôné pourrait revenir au pouvoir. En fait, sa première visite en Bulgarie le 25 juin 1994 débloqua son avenir politique et il fut élu à la tête du gouvernement de son pays aux élections du 17 juin 2001, alors que Jupiter transitait son Soleil. Certes, il n’était pas revenu au pouvoir la couronne royale sur la tête et ce n’est qu’après l’unique échéance annoncée qu’il y accédait. On peut ainsi tenir un tel résultat comme un pronostic partiellement réalisé, qui s’apparente à l’approche d’une réussite : sa finalité demeure malgré un accomplissement différent et différé, ce qui permet aussi bien à l’un de retenir son fond de vérité comme à l’autre de discréditer le résultat. Quant à moi, l’auteur, ma défense est de rappeler avoir eu soin de formuler le pronostic avec un point d’interrogation, estimant avoir seulement perçu un tournant de réussite déterminant en l’année en question. Or, c’est ce genre d’ approche de la réalité qui est le lot le plus fréquent du résultat que l’on peut obtenir, quand on ne se trompe pas. Mais, n’est-ce pas déjà l’essentiel ?

 

Je ne puis éviter de mentionner un cas troublant, par le malaise ressenti,  concernant John F. Kennedy, traité dans mon ouvrage de 1963, qui allait disparaître à la fin de cette année-là à Dallas et que j’avais reconduit aux présidentielles de l’année suivante, n’ayant perçu de danger pour lui (en essayant d’épargner sa personne) qu’à l’éclipse solaire du 30 mai 1965 : « Comment, en cet anniversaire, ne pas le voir touché au coeur de sa puissance, de son autorité, de son prestige ? Nous ne pensons pas que ce soit l’individu qui soit concerné, l’homme qui soit menacé, mais le représentant des USA dont il est le symbole solaire. Eclipse, entrée dans les ténèbres, affaiblissement vital … ici, le langage métaphorique de l’astrologie n’en dit pas plus. ». Mais il n’y avait pas que cette éclipse et le texte le concernant finissait ainsi : « Cela dit, il est certain que le ciel de Kennedy, avec un problématique Saturne proche de la culmination – ce Saturne en maison X est la pire des positions qui soient pour un politique : c’est elle que l’on rencontre le plus souvent chez les souverains détrônés et hommes d’Etat qui ont mal fini, de Napoléon III à Hitler en passant par Charles X, Louis-Philippe et Laval – est lourd de présages inquiétants pour sa carrière propre, sinon pour son pays, lors de son mandat présidentiel. » Prévision pénible, au double sens du terme …

 

De piètres collègues y sont allés de leurs sarcasmes à propos des échecs du chapitre de La crise mondiale de 1965 (1963) consacré aux hommes d’Etat, l’un des plus flagrants étant de n’avoir pas perçu l’avenir politique de Georges Pompidou ; mais en an taisant les réussites. Ainsi, parmi les hommes d’Etat que j’avais estimés les plus menacés pour 1964-1965-1966, deux ont été opérés (de Gaulle et Franco), deux ont perdu le pouvoir (le Brésilien Goulart et l’Indonésien Soekarno) et quatre autres sont décédés (Kennedy, l’Allemand de l’Est Grotewohl, l’Indien Nehru et le Sud-africain Verwoerd). J’eus tort de céder à une demande éditoriale en me livrant à cette acrobatie, bien que j’aie pris la précaution d’une mise en garde d’erreurs pouvant venir de divers côtés (fausse date natale ou  donnée horaire erronée, etc), outre le fait d’une interprétation particulièrement difficile lorsqu’elle s’applique au pouvoir politique.

 

« Les experts en astrologie prévisionnelle avaient tous pronostiqué la victoire de John Kerry » aux dernières élections américaines de 2004, rapporte avec dépit le président de la Fédération des astrologues francophones, Alain de Chivré, dans La Lettre n° 36 du solstice d’hiver 2004. Il n’y a pas pire « casse-pipe » qu’un tel exercice. La prévision du résultat d’élection tient autant du collectif que de l’individuel. L’issue des urnes ne dépend donc pas que des conjonctures respectives des candidats – ainsi que serait la joute de deux boxeurs sur un ring – à supposer  qu’on sache bien les lire, outre que chacune d’elles livre un climat subjectif difficilement traduisible en résultat électoral. Telles des marionnettes, les acteurs des scènes nationales et internationales sont mus par les forces motrices supra-personnelles de l’histoire, et c’est par leur truchement qu’elles s’exercent, le plus éligible étant plutôt celui qui peut le mieux se mettre à leur service, pouvant être ainsi porté par elles. Mais, dès lors que l’homme est élu, il devient plus ou moins possible de s’entraîner à l’exercice de lecture de son destin de président de l’Etat. Ce que je n’ai pas manqué de tenter avec les présidents de la Ve République. Non sans des fortunes diverses …

 

Charles DE GAULLE : Le pèlerin sidéral frais émoulu que j’étais en 1963, rédigeant dans La crise mondiale de 1965 un chapitre intitulé : « France : la fin du gaullisme », porte maintenant sa couronne d’épines d’y avoir annoncé, certes, un « reflux de l’U.N.R. et du gaullisme », mais au point que « … le départ du président de la République doit donc se situer au cours de l’année 1965 » ; sa santé risquant de l’empêcher de se présenter aux élections présidentielles de décembre, « ou s’il le peut, son second septennat risque d’être de très courte durée ».

 

Ce pessimisme se fondait sur le transit d’Uranus-Pluton sur son Saturne (naissance à Lille le 22 novembre 1890 à 4 heures, e.c.), ainsi que sur le passage par une opposition Jupiter-Neptune, annonciatrice d’un contre-courant au pouvoir établi.

 

 

Le général fut opéré de la prostate en mai 1964, mais sa santé ne fut pas autrement altérée et il allait se maintenir à son poste encore pendant quatre ans. C’était donc là franchement un échec. Néanmoins, le pronostic reposait sur un fond de vérité conforme à l’évolution cyclique de cette Ve République, née à la conjonction de 1958 où l’homme était venu au pouvoir, lequel devait y être mis à l’épreuve à ce temps d’opposition. Or, à la surprise générale, il fut mis en ballottage par François Mitterrand aux élections présidentielles de décembre 1965. Dans son historique du pouvoir gaulliste, présenté dans Le Monde du 29 avril 1969, au lendemain de l’adieu politique du Général, Pierre Viansson-Ponté fait commercer ce qu’il appelle lui-même « le reflux » au « grand tournant de décembre 1965 » où « quelque chose s’est brisé ce jour-là ». Le pays découvre l’existence d’une relève possible de la gauche au pouvoir, et il faudra attendre l’opposition Jupiter-Neptune du cycle suivant pour que cette gauche ait la majorité électorale. « L’opposition, enhardie par son succès, a relevé la tête : elle ne ménage plus le pouvoir (…) Désormais, l’autorité du Général est une autorité diminuée et sous condition, et sa marge d’initiative se rétrécit. » (René Rémond : Le XXe siècle). Bref, erreur d’estimation grossière, énorme. L’échec intégral, c’est le silence de l’histoire, une non-réponse à  l’ attente prévisionnelle, quand rien n’arrive à l’échéance fixée : le rideau est levé, mais aucun acteur n’entre en scène. Ici, du moins, la pièce d’un choc de tendance politique bien spécifique se présenta au rendez-vous du calendrier. Mais sans la fin politique annoncée.

 

Néanmoins, le chapitre en question se terminait sur la phrase sibylline suivante : « Mais le train Ve République ne risque-t-il pas de dérailler avant la fin du cycle, sous le coup de l’intrusion dans son circuit des facteurs groupés Uranus-Pluton de 1968-1969 ? …». Au carré du cycle, « mai 68 » allait brouiller les cartes en mettant fin au principat gaullien en avril 1969. Cette finale énigmatique de texte, sorte de prévision à visage bandé, qui précède toutefois l’événement de 6 ans, peut s’estimer comme un rattrapage d’erreur, correctif atténuant ce qui n’en est pas moins vécu personnellement comme un échec.

 

Georges POMPIDOU : L’interprétation du thème de Georges Pompidou (Montboudif, Cantal, 5 juillet 1911, 7 h 30 m e.c.) figure dans L’Astrologue n° 7, 3e trimestre 1969. C’est au transit de Saturne au MC que celui-ci avait été élu président de la République. L’astre allait ensuite transiter sa position natale en X, dans un ensemble dissonant, et le texte prévisionnel se terminait ainsi : « Il y a lieu de s’interroger si le pouvoir du nouveau président ne sera pas réellement et gravement menacé sous ce concert de dissonances personnelles et générales de 1971. Le danger serait peut-être de succomber par excès de fortune. Homme de bonheur voulant celui des Français, Georges Pompidou n’a peut-être pas de pire ennemi que le conservatisme qu’inspire le confort, l’optimisme et la satisfaction de sa nature heureuse. Cette force statique peut-elle s’accorder à la conjoncture mobile d’une société en pleine mutation ? Un Georges Pompidou préalablement alourdi et vieilli par l’étape saturnienne qui commence aura-t-il l’adaptation suffisante que requiert une telle conjoncture ? En nos temps critiques, le pouvoir s’use si vite … Gardons-nous bien pourtant d’annoncer le pire. Il me répugnerait de faire le mauvais devin : la fatalité de Saturne en X, la chute avant la fin du septennat. ».

 

Ici, je suis manifestement victime d’une erreur d’aiguillage : alors que je crois ce nouveau septennat menacé sur le terrain politique, c’est la maladie, nécessitant des soins à partir de 1971, qui fait du président un « Georges Pompidou préalablement alourdi et vieilli ».

 

A la suite de ce premier texte, je devais passer deux notes dans le n°25 (1er trimestre 1974) de la même revue. Une première intitulée « Astralités de Georges Pompidou » : Saturne passera sur le Soleil de notre président de la République en août 1974, puis en février et en avril 1975. Bien qu’atténuée par un trigone jupitérien, cette dissonance risque-t-elle d’user le sujet à l’épreuve de son alourdissement et de son vieillissement ? » La seconde, intitulée : « Le carré Jupiter-Neptune », est ainsi rédigée : « Le cycle Jupiter-Neptune de la Ve République va passer par la phase du carré qui se produira le 19 avril, le 27 octobre et le 2 décembre 1974. Phase annonciatrice d’un temps de crise pour le régime. Signalons que le climat de cette tendance pourra se faire remarquer plus particulièrement à l’une ou l’autre des étapes suivantes qui sont celles des relais solaires, mercuriens ou martiens, à ce carré : autour des 18/19 mai, du 30 mai, du 7 juin, des 16/21 octobre, du 2 au 8 décembre et de fin décembre. »

Georges Pompidou disparaissait le 2 avril 1974, au début de son transit Saturne/Soleil, l’astre étant encore en transit de son Pluton, et à 17 jours du carré Jupiter-Neptune. Et à la première date du relais de ce carré, le dimanche 19 mai, la France avait un nouveau président de la République qui n’était plus U.D.R. Outre qu’à la seconde échéance naissait le ministère Chirac.

 

Valéry GISCARD D’ESTAING : Le successeur, né à Coblenz le 2 février 1926 à 21 h 20 m, e.c., venu également au pouvoir à la culmination saturnienne, a fait l’objet d’une étude prévisionnelle dans L’Astrologue n° 26 (2e trimestre 1974). En ce qui concerne son exercice présidentiel, invoquant son insécurisant Pluton en X, je concluais : « Giscard d’Estaing ne tiendrait-il pas son septennat à l’Elysée ? Il y a lieu de le croire. Son mandat présidentiel risque de se terminer prématurément et d’être traversé par l’épreuve. Et l’on peut s’interroger si la violence de la dissonance angulaire Uranus-Mars ne peut pas se traduire par un danger de type accidentel, d’agression personnelle ou par le risque d’une explosion politique mettant fin à un mandat présidentiel. »

 

Si, malgré l’erreur de forme, l’honneur est sauf avec Pompidou, ici, il y a dérive … V.G.D. a bel et bien fini son septennat, et sa violence, ce n’est que dans un défoulement à la chasse qu’on a pu l’observer et dans ses conflits avec ses premiers ministres. Il est vrai jusqu’à ce que l’un d’eux, Chirac, devienne son grand rival. Néanmoins, six mois après son arrivée au pouvoir, le monde entrait dans la seconde grande crise économique du siècle, qui n’a pas cessé de s’aggraver en minant sa puissance. J’invoquais d’ailleurs un premier « cap critique » avec le transit de Saturne à ce Pluton en X « entre l’été 1874 et le printemps 1975 » : temps même de la plongée dans cette crise, qu’il ne voulut pas d’abord prendre au sérieux.

 

 Mon texte s’achevait sur l’annonce d’un second cap critique : «Nous arrivons à l’opposition Jupiter-Neptune en juin 1977. C’est à cette phase que peut le plus se faire le renversement de la tendance permettant à l’opposition de l’emporter et de reprendre à la majorité un pouvoir acquis de justesse et désormais menacé. » Précisément, aux élections municipales de mars 1977, l’opposition de gauche franchissait le seuil fatidique des 50 %, enlevant soixante villes de plus de trente mille habitants. Au surplus, la majorité venait de se disloquer, une opposition au sein du pouvoir s’étant formée avec la création par Chirac du R.P.R. le 5 décembre 1976. Cette situation d’ensemble n’a nullement menacé sur le champ le pouvoir élyséen, mais devint le germe de ce qui allait éclater au carré suivant du même cycle en donnant ses chances à l’adversaire, Mitterrand allant à son tour entrer à l’Elysée..

 

« Ebranlé à l’opposition Jupiter-Neptune de 1977, le règne élyséen tiendra-t-il, rendu plus fragile, au carré suivant de l’automne 1980 ? ». Telle était la note finale que je publiais dans le n° 48 (4e trimestre 1979) de la même revue. En ajoutant : « Douze ans plus tôt, sous la même phase involutive du cycle antérieur, c’était Mai 68. Pour cette mi-septembre 1980, est-ce l’annonce d’une nouvelle crise grave de la Ve République ? Le pronostic mérite considération. ». Or, ce fut alors un vide de l’histoire. Au point que dans le n° 53 (1er trimestre 1981), je déclarais que cet aspect « n’a pas produit d’effet spectaculaire et (qu’) il y a lieu de toujours s’interroger sur son effet ». Celui-ci devait se déclencher in extremis lorsque ce carré se reforma à 6-7° d’orbe au printemps 1981, avec la relève élyséenne de la gauche du 10 mai et les élections législatives de juin, « mai 68 électoral » (Mitterrand).

 

Finalement – une fois de plus, complexité de la définition du négatif annoncé – si, avec son Saturne en X, la maladie et la mort atteignirent Pompidou à l’Elysée, avec son Pluton en X, Giscard d’Estaing sort de son septennat dans l’amertume d’un congédiement douloureusement ressenti, comme échec majeur de sa vie, suivi d’un effacement de sa présence politique.

 

François MITTERRAND : Avec le quatrième président (né à Jarnac le 26 octobre 1916 à 4 heures, e.c.), c’est à la fois Pluton et Saturne qui se logent en X. Mais il est vrai que l’heure de naissance est probablement  arrondie et que, pour cette heure-là, Saturne ne fait qu’entrer dans ce secteur : il pourrait donc ne pas y être, à un quart d’heure près. En tout cas, je n’ai pas pris la précaution de cette réserve dans l’étude que je lui ai consacrée dans L’Astrologue n° 54 (2e trimestre 1981) : « Aujourd’hui qu’il est à l’Elysée, quel sort présidentiel peut-on lui prévoir ? Il est très improbable qu’il y passe un septennat entier si l’on en juge par la convergence de deux positions critiques : Pluton et Saturne en X. » Suivent les indications de deux passages critiques. Le premier avec les transits d’Uranus sur Mars et de Saturne sur le Soleil en 1982-1983 ; et le second avec celui de Pluton sur le Soleil en 1985-1986. Et le texte finissait sur cette phrase : « Auparavant, Jupiter et Neptune auront renouvelé leur cycle avec la prochaine conjonction de janvier 1984. Avec ou peut-être déjà sans le nouveau président. »

 

Cuisant échec formel pour un président qui va s’offrit deux septennats ! Manifestement, Saturne ne fait pas partie du secteur X. Mais un calvaire n’accompagne-t-il pas le président tout au long de ceux-ci ? L’état de grâce de la première année de pouvoir passé, commence pour Mitterrand une chute de la confiance qui prend vite l’allure d’une catastrophe, après l’effondrement des socialistes aux élections municipales de mars 1983 (une trentaine de villes changent de mains). C’est fin 83 qu’il bat tous les records d’impopularité présidentielle. Une première coupure a lieu à son transit Uranus/Mars, temps de la conjonction Jupiter-Neptune où était prévu un renouveau gouvernemental : le président est obligé de se séparer de son Premier ministre Pierre Mauroy en juillet 1984 : ce n’est pas le départ de l’homme, mais c’est la fin de l’expérience socialo-communiste.

 

Le nouveau cycle, sous le ministère de Laurent Fabius, s’aligne sur une gestion de crise dans la rigueur social-démocrate. N’en arrive pas moins la seconde coupure annoncée sous son second transit critique Pluton/Soleil : battu aux élections législatives de mars 1986, le président se fait déposséder du pouvoir par l’adversaire, Jacques Chirac devenant Premier ministre ! Situation sans précédant que cette « cohabitation » (typique de son opposition Soleil-Jupiter), Janus du pouvoir où s’affrontent l’Elysée et Matignon. Ce que le président avait fait, le nouveau Premier ministre le défait, en passant notamment des nationalisations aux privatisations, l’action politique du pays étant retournée, un tel renversement ne s’étant jamais vu. Certes, le président était toujours à l’Elysée, mais il n’avait plus la situation en main, la droite démolissant systématiquement les réformes socialistes et imposant le libéralisme..

 

Dans le n° 82, 2e trimestre 1986 de la même revue, traitant de son second septennat, je ne pouvais que rappeler les notes natales et finir sur cette phrase : « Cet ensemble ne constitue-t-il pas une menace d’interruption prématurée de présidence, soit pour raison de santé, soit pour raison politique ? C’est ce qui semble possible. Grande, en tout cas, paraît la menace. »

 

 

Une situation semblable va se répéter au troisième carré involutif du cycle jovi-neptunien avec un désastre électoral sans précédent. Battu à plate couture par une droite triomphante aux élections des 21 et 28 mars  1993 (17,4 % de suffrages socialistes) – le désastre se répétant aux européennes du 12 juin 1994 – le président repasse à sec par une seconde cohabitation avec Edouard Balladur . Mais surtout, il a subi en septembre 1992 l’opération d’un cancer de la prostate, deux ans avant la fin de son mandat. On apprendra que c’est un président malade, atteint déjà depuis des années, luttant secrètement avec son mal et arrivant à bout de souffle. Certes, il atteint la fin de son mandat, mais il meurt peu après, le 8 janvier 1996.

 

Il est difficile de ne pas convenir que si le résultat est faux dans la forme (j’avais toutefois pris les gants du langage interrogatif dans mes définitions), il n’en est pas moins intégralement vrai pour l’essentiel.

 

Jacques CHIRAC : Parisien du 29 novembre 1932 à midi, e.c., le cinquième président est à son tour élu le 7 mai 1995. Dans une glaciale conjoncture, ainsi que je la présentais dans une note du n° 112 (4e trimestre 1995) de L’Astrologue : « Le fait accompli – qui aurait pu savoir que Saturne attendait son heure après son élection ? – enregistrons que Jacques Chirac est entré à l’Elysée à la faveur du transit de Jupiter à son Soleil-MC. Et donc qu’il y est sous le signe d’un Saturne en XII transité par Uranus pour encore tout 1996, le relais étant pris par Neptune pour 1997 et 1998, en attendant qu’à son tour Pluton passe sur son Soleil-MC en 1998-1999. Que voilà bien le lourd fardeau d’une présidence sous le signe de graves épreuves ! » Dans la note, d’ailleurs, de son froid et sec Premier ministre saturnien, Alain Juppé, entrant lui même à Matignon sous une culmination de son astre.

 

En six mois, le candidat présidentiel qui avait promis la lune devenait par obligation un père-la-ceinture d’une déprime nationale, soutenu seulement par 27 % d’approbateurs. Mon texte finissait, on le sait déjà, sur l’annonce d’une possibilité de nouvelle cohabitation, à la suite d’élections anticipées, pour la nouvelle conjonction Jupiter-Neptune de 1997. Ce qui devait se produire avec la venue de Lionel Jospin à Matignon. Ici, il est permis de dire que le pronostic était réussi également dans sa forme et réalisé en son temps

 

Après une réélection tempétueuse – 19 % puis 82 % - au quinconce du cycle Jupiter-Neptune, c’est à un mois et demi de l’opposition en orbe que les élections législatives des 9 et 16 juin 2002 faisaient re-basculer la France à droite. Dans I’inauguration d’ une expérience « Chirac II » engagée sur un pénible déclin du cycle …

 

Finalement, à travers  cette laborieuse aventure prévisionnelle concernant les personnages politiques, il est clair que leurs interprétations individuelles sont heureusement assistées du concours du cycle de la Ve République, le « déterminisme » collectif prenant le pas sur le personnel. Mais, qui avait pu  croire que la prévision astrologique était un art facile, en particulier concernant les hommes d’Etat ?

 

 

ELOGE DE LA PREVISION

 

Ne nous cachons pas l’essentielle critique à la merci de laquelle nous sommes : la faiblesse d’une astrologie qui a davantage la tête dans les nuages que les pieds sur terre. Nul doute que notre connaissance souffre d’inconsistance empirique et c’est ce déficit de réalité qu’il faut combler. Or, à l’hôtel de la vérité, il n’y a rien de mieux que de soumettre la lecture du calendrier astral de l’histoire à l’épreuve de sa périodisation cyclique. Ainsi en avons-nous un exposé général ici. Ce qui est un précédent.

 

 Sans me leurrer, je présume, ne devrait-on pas me savoir gré, malgré mes erreurs et insuffisances, d’avoir fait parler l’art astral de la prévision à son avantage ? En une manière de tirer ma révérence avec élégance, du moins puis-je l’espérer, loin d’être une cérémonie des adieux, ce bilan prévisionnel n’en est que plus une invitation à poursuivre la même expérience fondatrice. Confirmant que la prévision astrologique n’est pas une chimère et que son art gagne à toujours  se perfectionner afin d’aboutir à des résultats de mieux en mieux établis. A l’orée du troisième millénaire, c’est le message que j’adresse à mes successeurs, en leur souhaitant de plus encore pleinement réussir. Ce qui est  aussi pour eux la meilleure façon de s’octroyer le  mérite de bien lire les choses de là-haut, tant la prévision mondiale est un noble exercice élevé au rang d’un hymne rendu à la majesté du temple d’Uranie.

 

Paris le 1er juillet 2006. 

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