Astrologie Mondiale
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Bilan historique de la conjonction URANUS/PLUTON

 

Lors d’un exposé d’astrologie mondiale le 23 mars dernier au Centre Culturel de la Rose-Croix A.M.O.R.C à Paris, je me suis vu  interpellé par une auditrice qui me demanda quel sens pouvait bien avoir le droit que je m’étais permis de lier à la dernière conjonction Uranus-Pluton la dénatalité dont souffre l’Occident actuel, alors que la population générale de l’humanité est en cours d’accélération. Sur-le-champ, j’ai dû reconnaître le bien-fondé de cette critique, sans avoir pu apporter la moindre explication de ce phénomène. La réflexion est venue là-dessus qui m’amène aujourd’hui à faire le point sur la question.

 

Il y a 15 ans, en 1965, se produisait cette conjonction Uranus-Pluton. C’est un tel recul minimum qu’il fallait pour permettre de reconstituer  le mouvement historique mondial auquel cette grande configuration a correspondu. Et l’intérêt porté à ce phénomène, je me devais de l’avoir au premier chef, puisque j’avais traité ce thème à titre prévisionnel en publiant en 1963 chez Albin-Michel : La Crise mondiale de 1965.

 

Pour le comprendre dans toute sa portée, il convient de partir de la conjonction antérieure de ces deux astres qui se produisit en 1851 et d’en retracer le cycle.

 

LA CONJONCTION DE 1851 : L’EXPLOSION EUROPEENNE

 

Sous cette conjonction, la décennie 1850-1860 est caractérisée essentiellement par un mouvement démographique qui bouleverse la physionomie du monde et inaugure l’européanisation du globe.

 

Précisément, tout au milieu de ce XIXe siècle, on assiste à un soudain accroissement du chiffre de la population en Europe avec un coefficient de natalité supérieur à 30 %, outre une diminution de la mortalité, l’Europe occidentale se grossissant annuellement d’un million d’individus (chiffre important à l’époque) au cours de cette décennie 1850-1860.

 

C’est ainsi que cette Europe devient un énorme foyer d’émigration, commençant vers 1850, battant son plein autour de 1854 et durant toute la décennie. Ce phénomène nouveau de migration intercontinentale, touchant surtout le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, conduit finalement à une européanisation de la Terre.

 

C’est ce peuplement d’immigrants qui institue véritablement le colonialisme, puisque l’on va occuper tout à fait les territoires antérieurement conquis au cours des cycles précédents (la fondation de la Compagnie anglaise des Indes, avec l’installation de ses premiers comptoirs commerciaux, date de la conjonction Uranus-Pluton de 1598, de même qu’à la suivante de 1711 commence l’hégémonie anglaise avec l’entrée dans l’histoire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne). On voit naître une doctrine en matière coloniale ainsi qu’une politique coloniale, et les premières conséquences en sont la formation du grand empire anglais et l’implantation française en Afrique. Si bien qu’en 1860, l’Afrique est en grande partie occupée par les Occidentaux qui achèvent cette appropriation dans les vingt dernières années du siècle, outre qu’il n’y a plus de partie du continent asiatique qui échappe au contact européen, les infiltrations anglo-française et russe allant jusqu’en Chine.

 

L’ère des conquêtes coloniales, avec ses expéditions, protectorats et annexions, va précisément dominer pendant la phase évolutive du cycle, de la conjonction à l’opposition de 1901-1902. La dernière conquête du genre, longue et laborieuse, la guerre des Boers, tombe en ces années ; cette colonisation sauvage est achevée. En outre, on voit surgir la xénophobie (la révolte des Boxers en 1900) dans une Chine lasse des incendies, pillages et massacres des occupants européens

Au cours de la phase involutive du cycle, ainsi commencée à l’entrée de notre siècle et s’achevant à la nouvelle conjonction de 1965, la colonisation se gâte, les relations entre colons et colonisés devenant un problème de plus en plus grave, jusqu’à l’éclatement des guerres de décolonisation. La fin de cette ère coloniale tombe avec l’achèvement du cycle et éclate au dernier relais  que, de 1954 à 1956, Jupiter fait avec le couple Uranus-Pluton : c’est le temps du règlement de la guerre d’Indochine, de l’éclatement de la guerre d’Algérie et de l’intervention de Suez qui sonne le glas des influences franco-britanniques au Moyen-Orient, la Conférence afro-asiatique de Bandung (1955) marquant la naissance politique du tiers-monde des peuples de couleur. Au tournant de 1960 (la conjonction entrant en orbe), une vingtaine d’Etats, en majorité africains, accèdent à leur indépendance. La grande page du colonialisme est tournée.

 

LA CONJONCTION DE 1965 : LE DECLIN DE L’OCCIDENT

 

Le phénomène le plus spécifique de cette configuration est qu’à cette conjonction terminale se produit exactement la réplique en négatif, c’est-à-dire l’inverse, de ce qui s’était passé à la conjonction initiale. Depuis 1964 (cela fait déjà 15 années), on assiste à un phénomène général et régulier de dénatalité qui frappe tout l’Occident, le dépeuplement de l’Europe étant devenu un phénomène majeur de nos temps actuels, car si rien ne devait arrêter ce courant (qui devrait s’estomper avec l’éloignement de la conjonction), nous irions fatalement à l’effacement historique de notre continent. De là le cri d’alarme des natalistes qui craignent l’extinction de la « race blanche ».

             

 

Le présent graphique montre la courbe des naissances en France sur un siècle. Depuis le rattrapage de l’immédiate après-guerre, le nombre des naissances a oscillé entre environ 800 et 850.000 par an. Puis, dès 1964, il amorce une baisse qui ne va pas s’arrêter et va précipiter sa chute en 1975 (début de la baisse actuelle de l’indice cyclique) avec 745.000 naissances pour arriver au chiffre de 736.000 en 1978. La courbe a franchi la barre 2 (2 enfants pour une femme), à partir de laquelle les générations ne se renouvellent plus.

           

Or, comme le montre ce nouveau graphique (L’Expansion, 19/10/1979), ce phénomène de dépeuplement est général à l’ensemble des pays industrialisés de l’occident : Angleterre-Galles, Belgique, France, Italie, Pays-Bas, R.A.F., voire aussi Canada. Partout, la natalité a commencé à baisser en 1964 pour atteindre un creux de vague ces dernières années, laissant apparaître une stabilisation sinon une remontée. La fécondité de 1965 commune à tous ces pays : 2,90 enfants pour une femme passant en 1978 à 1,84 en France, 1,4 en Allemagne fédérale, 1,5 en Suisse …

 

Ce phénomène démographique paraît toucher le sort entier de la population blanche. Ainsi, le recensement de l’Union Soviétique en 1970 a révélé l’apparition d’un renversement des catégories humaines  du pays : les « Européens » vieillissent et s’épuisent, alors que les « Orientaux » croissent et se multiplient, le groupe russe (slave et balte) reculant, tandis que les républiques musulmanes d’Asie centrale prolifèrent. C’est ainsi que ce recul général de la population blanche de l’humanité prend toute sa dimension au regard d’une réaction démographique inverse des autres populations du globe qui, elles, sont en pleine phase de natalité galopante. Au cap des 4 milliards d’habitants de la planète en 1975, s’effectue un déplacement du balancier de la population particulièrement significatif : les nations septentrionales (Amérique du Nord, Europe, U.R.S.S., Asie de l’Est) perdent la majorité numérique qu’elles représentaient jusque là, ce groupe septentrional passant de 1 411 millions en 1950 (56,3 %) à 1 971 en 1975 (49,4 %), contre le groupe méridional (Amérique latine, Afrique, Asie du Sud, Océanie) , passant dans le même temps de 1 094 à 2 017 millions (43,7 à 50,6 %). Cette révolution démographique est porteuse d’une signification fondamentale relativement au caractère critique des changements en cours qui remodèlent la destinée de l’espèce humaine. Anneau actuel de la chaîne de la Grande Année, la civilisation de la chrétienté occidentale que nous vivons aura marqué l’humanité de son sceau, de la grande concentration planétaire de la fin du XVe siècle à celle de la fin de notre siècle.

 

 

Parfaitement mystérieux en soi, ce phénomène démographique peut, malgré tout, recevoir diverses explications psychosociologiques. On comprend, par exemple, que la natalité puisse être en résonance avec le climat économique du pays, comme le montre le présent graphique de L’Expansion (avril 1976) avec les pointes d’insatisfaction matérielle de 1965, 1967-1968 et de 1975 (pointes successives de l’indice cyclique).

 

Mais une racine bien plus profonde de ce mal tient au surgissement d’une grande et grave crise morale, qui est apparue dans tout son éclat en 1968 – au premier relais de Jupiter avec cette conjonction Uranus-Pluton – avec le mouvement de révolte de toute une jeunesse mondiale en crise de conscience, de refus et de rejet de notre société « de consommation ». Le malaise est si profond et l’Occident si ébranlé que, outre la dénatalité, les divorces sur le continent européen passent presque du simple au double dans les 13 années comprises en 1960 et 1973 (même si les passages d’Uranus et de Pluton en Balance y ont aussi leur part). Parallèlement  au désarroi d’une adolescence inquiète et perturbée, exposée à la drogue qui commence à déferler dans le mode, et par suite, à la marginalité, à la délinquance, voire au terrorisme.

 

C’est toute notre civilisation technologique qui se découvre vulnérable, la notion même de progrès inspirant la peur de l’apprenti sorcier. Le danger de la pollution (de l’air, de l’eau, de la terre, de l’alimentation) surgit en ces années, qui fait heureusement apparaître l’impératif de l’écologie. L’homme découvre tout le mal qu’il a fait à la nature, la limitation de ses ressources et l’immensité des dégâts de ses nuisances, irréparables pour l’existence de certaines espèces animales. Comme devant le vertige d’un déséquilibre général qui se serait emparé du monde, après les folles espérances de richesses au temps de l’abondance, de l’expansion et du gâchis, c’est la dégringolade des illusions, la crainte du lendemain, la peur de l’avenir. Dans la perspective où l’Europe, U.R.S.S. comprise, ne représentera plus que 12,5 % de la population totale du globe, l’Occident se sent assiégé, à la merci des détenteurs des ressources énergétiques, subissant sa matérialité dans la plus inquiétante précarité spirituelle. Et c’est en ces années quatre-vingt que le centre de gravité de la production industrielle mondiale s’est déplacé du pourtour Atlantique au pourtour du Pacifique. On reconnaîtra toute la portée de cette évolution historique lorsque le courant de cette conjonction Uranus-Pluton viendra se sédimenter à celui de la prochaine conjonction Uranus-Neptune de 1993.

 

Quand on publie un seul ouvrage de prévisions mondiales au cours de sa carrière – ce texte date de 1980 – et que cet ouvrage de 1963 traite d’une crise mondiale devant surgir à partir de 1965 et éclater en 1968, en lui donnant le sens général d’un « déclin de l’Occident », on a tout lieu, même si l’on n’a pas échappé à divers échecs prévisionnels, de s’estimer digne d’avoir servi l’intérêt de l’astrologie.

 

LE TRIOMPHE PROMETHEEN

 

La rencontre, selon la conjonction, des puissances plutoniennes de Thanatos et du pouvoir uranien prométhéen, tendu vers un progrès en extrême accélération, ne pouvait qu’annoncer d’ultimes conquêtes technologiques.

 

En 1954-1956, Jupiter faisait le relais d’Uranus à Pluton en approche de conjonction. C’est précisément en ces années qu’étaient posés les premiers jalons de la conquête de l’espace, aussitôt suivis, au cours de l’Année Géophysique Internationale 1957-1958, de ses débuts véritables avec le lancement des premiers satellites artificiels : Spoutnik I et Explorer I … Tout au long de ce double cycle jupitérien devaient se succéder les réalisations astronautiques : Lunik, Venera, Mariner … , révolutionnant notre connaissance du cosmos et faisant faire des bonds de géant à la technologie.

 

Il était téméraire de pronostiquer en 1963 l’entrée véritable dans l’ère de la grande aventure cosmique à partir de 1965, avec l’arrivée de l’homme sur la lune « surtout lorsque Jupiter rencontrera Uranus et Pluton », tous trois en conjonction en 1968-1969. Pourtant, nous eûmes en juin 1965, avec l’Américain White relié à Gemini IV, « un piéton dans l’espace », et – suprême accomplissement – l’Homme posait le pied sur le sol lunaire le 20 juillet 1969 ! Jour même de conjonction Jupiter-Uranus à laquelle s’était jointe notre satellite visité. Sur cette lancée, nous effectuons ainsi un saut gigantesque  qui nous sort de notre propre habitat terrestre, pour entreprendre, par le moyen des laboratoires déposés sur les corps célestes, une « conquête » du système solaire lui-même. C’est une vie à une dimension nouvelle à quoi nous nous préparons et, sur ce point, je crois toujours à ce que j’ai écrit en 1963 : « Alors que la conjonction Uranus-Pluton de ces prochaines années constitue un départ de l’ère cosmique, le sextil de ces mêmes planètes tend à correspondre à l’étape des premières grandes réalisations de cette ère, et cet aspect se produira entre 1990 et 1993 ».

 

L’astronautique est sans doute l’aventure humaine de pointe qui caractérise le plus l’ère nouvelle apportée par notre grande conjonction, mais nous avons une non moins spécifique réalisation de celle-ci avec l’apparition de l’électronique, outre la révolution qui en découle en biologie. Estimant que l’on devrait avoir une nouvelle poussée de croissance technologique, comparable en importance à la révolution technique qui s’était produite sous la conjonction Uranus-Neptune  du début du XIXe siècle, je m’étais risqué à déclarer : «  … il est certain en tout cas que l’on va vers une seconde révolution industrielle ». Me tenant peu au courant des prouesses de la technologie, c’est à peine si je connaissais l’invention de l’ordinateur en 1963, en ignorant en tout cas l’immense portée. L’ordinateur ne fit guère son apparition dans le public qu’à partir des années 1965, accompagnant la grande conjonction. Je compris vite, en tout cas, qu’il s’agissait, avec l’informatique, d’une effective révolution industrielle à un second niveau. La première du siècle dernier consista essentiellement en une substitution par la machine de la force physique humaine et animale, la démultipliant à l’infini. Or, cette nouvelle constitue un phénomène substitutif semblable, mais relayé cette fois sur la puissance mentale de l’homme – est-ce la présence en Vierge de la conjonction ? – ainsi démesurément amplifiée et pouvant fonctionner à la vitesse de la lumière. Cette révolution électronique conduit à l’ère du robot, symbole même d’un Janus en qui se marient l’ultramoderne uranien et le primitif plutonien. Voire à l’angoisse d’une déshumanisation du monde …

 

DU JAPON A L’ISLAM

 

Si l’Occident européen sort diminué de ce grand tournant astral, en contrepartie, d’autres contrées du monde s’en trouvent revalorisées.

 

Tel est le cas du Japon, dont, à diverses reprises, j’ai signalé que son histoire moderne se moule sur le cycle Uranus-Pluton. Dans un article précédant l’ouvrage de 1963, paru au n° 99 de juillet-août 1962 des Cahiers astrologiques : « La crise historique de 1965-1966 », je rappelle cette évolution, commençant avec l’ouverture des portes de ce pays aux nations occidentales sous la conjonction de 1850 et finissant sur le sextil (1942-1943), temps où la puissance nippone domine en Extrême-Orient  et impose un « nouvel ordre asiatique ». Toutefois, embarrassé avec la suite des événements, j’ajoute : « Mais on ne comprend pas le brusque arrêt de 1945 » ; ce qui ne m’empêche pas, néanmoins, de formuler ce pronostic : « Le Japon pourrait-il connaître un nouveau réveil spectaculaire en 1965-1966 ? ». Timide prévision, mais à vrai dire invraisemblable à l’époque. Et pourtant, ce fut l’une des grandes surprises de l’histoire de la décennie 1960-1970 : le Japon y fit une envolée économique fantastique – à partir de 1965, de nombreux produits techniques Made in Japan inondent tous les marchés du monde – au point qu’un moment les futurologues s’entendirent à placer ce pays, dans l’avenir, avant même les U.S.A., en tête de peloton des puissances économiques mondiales.

 

L’autre importante révélation historique au bout de cette grande rencontre astrale : le réveil de l’Islam. Ici, la surprise a été totale. Certes, j’avais déclaré que cette conjonction allait constituer pour nous autres occidentaux un deuil car « elle reflète un bouleversement dans l’équilibre des forces mondiales apporté par le rôle nouveau que tend à jouer l’homme de couleur, l’ancien colonisé, le sous-développé, l’arriéré technique … », considérant une relève sinon une promotion des délaissés et déshérités de l’histoire, reprenant le flambeau du destin du monde. Mais rien n’annonçait pour autant que tel groupe ethnique soit plus particulièrement concerné. Or, après les premières illustrations de l’O.P.E.P. à partir de 1970 et la crise économique de 1975 (récession mondiale, 15 millions de chômeurs dans les pays de l’O C.D.E.), surtout depuis la crise iranienne de 1980, c’est un raz-de-marée religieux de l’Islam au-dessus d’un océan de pétrole qui constitue une grande interrogation du monde.    

 

Comment comprendre l’événement ? A quelle phénoménologie astrale répond l’entité d’un monde islamique comprenant 600 millions d’individus disséminés du Maroc à l’Indonésie, ainsi que son évolution dans le temps ?

 

L’idée qui vient immédiatement à l’esprit est de faire un retour aux sources : c’est en l’an 622 que naît l’Islam et débute l’ère musulmane, avec la fuite de Mahomet (Hégire). Une triple conjonction astrale accompagne ce grand commencement historique : Uranus et Neptune se rencontrent en 623 au début de la Vierge, que rejoint Saturne en double conjonction de ceux-ci en 625 et 626 au milieu du signe. Or, c’est précisément en ce même endroit du zodiaque que s’est produite la grande conjonction de 1965 (l’éveilleur uranien de l’ancestralité plutonienne). Pour l’instant, je n’ai pas d’autre solution à proposer pour expliquer l’événement et mes recherches historiques sont encore insuffisantes pour savoir si un tel recours est justifié. S’il devait en être ainsi, que faudrait-il penser de la reconstitution de la triplice conjointe Saturne-Uranus-Neptune  des années 1990 ?

 

Voilà, dans les grandes lignes et pour l’essentiel, ce qu’il fallait penser de notre grande configuration et ce qu’il faut en savoir pour comprendre ce qui nous arrivera demain.

 

L’Astrologue n°50, 2e trimestre 1980.

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