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Les Chefs d'État de la seconde guerre Mondiale |
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AVANT - PROPOS
Quand un auteur propose un ouvrage, il importe au lecteur de savoir ce qui l’a incité à l’écrire. Ma motivation a été impérative : le désir de savoir ce qu’on pouvait lire dans les thèmes de Hitler, Staline, Mussolini, Churchill ; ce qu’on pouvait comprendre de ceux de Pétain, de de Gaulle … puissants de ce monde qui ont forgé notre histoire au cœur du siècle achevé.
L’astrologie en est encore à la balbutiante approche d’un déchiffrage de l’humain et doit poursuivre son effort pour un meilleur résultat sur ce terrain pratique de l’exercice interprétatif.
Elle se donne un objectif dans une visée où l’abstrait et le concret se rejoignent : la perception de la totalité psychologique et événementielle d’un être au cœur de son existence, le caractère étant l’étoffe dans laquelle se tisse la destinée, le concours extérieur de celle-ci lui renvoyant son écho. D’où l’ambitieuse interprétation globalisante d’un tout humain, embrassant la spécificité du sujet dans son ensemble configurationnel.
Ma conviction la plus entière, inlassablement répétée, est que l’interprétation de thèmes de personnages publics – leur réputation, de quelque ordre qu’elle soit, les dévoilant et permettant de s’en faire une représentation, témoignage spectaculaire d’une amplification tendancielle – est ce qui manque le plus pour la formation astrologique, rien ne valant mieux que l’exemplarité d’une application du savoir rendant un message fort. C’est là, au surplus, une manière de leçon d’anatomie, le scalpel en main.
Or, ici, le modèle du genre n’est rien moins qu’un panthéon de chefs d’Etat, leaders charismatiques, géants de la politique aux suprêmes destins, sur fond de l’écran du monde où se jouent des scènes extraordinaires. Bref, les captivants accoucheurs de l’histoire au cœur du XXe siècle !
Que sont-ils ? Pourquoi en sont-ils venus là ? Comment ont-ils consommé le gâteau du pouvoir ? Quel souffle historique passe-t-il à travers eux ? On connaît la phrase de de Gaulle : « Ce qu’Alexandre appelle son destin, César sa fortune, Napoléon son étoile, qu’est-ce donc, sinon la conviction qu’ils ont été chacun élu po ur jouer un rôle historique ? ». Ce qu’il est bon de comprendre, justement, c’est, inscrite au plus profond de l’être, cette légitimité intérieure par laquelle, comme missionné, l’homme d’Etat incarne son pays en donnant son cachet personnel à l’histoire. De là tout un programme consistant à le faire revivre à travers son thème.
Pour y parvenir, repartons de la psychologie astrale des anciens en se reposant la question : que représente le thème et quel langage parle-t-il ? On sait que la tradition puisait à la source de la mythologie avec ses dieux astraux, la planète étant le support externe d’une puissance en soi, personnage intérieur jouant son rôle sur la scène du microcosme, le théâtre psychique de la personne. A la manière du démon qui habite Bonaparte, ressenti en lui comme une force mystérieuse qui le pousse vers un but qu’il ignore et le rend invulnérable tant qu’il ne sera pas atteint.
La carte du ciel est la figure d’un moment-lieu de l’architecture du monde, formule d’univers propre à servir de carte d’identité céleste à une formule humaine, réplique d’un dedans à un dehors. Leur relation d’équivalence est particulièrement informatrice au niveau infra-psychique des forces primordiales qui s’expriment en l’être humain ; puissances originelles au langage inconscient, dont la sensibilité profonde à résonance analogique s’enregistre sur les grands claviers des symboles universels, représentatifs des fondements de la condition humaine. En une visualisation de répartitions astrales, diversement positionnées autour de l’être, chaque corps planétaire incarnant un centre fonctionnel avec son foyer de tendances, le dessin du thème devient un véritable « tableau de bord » aux multiples informations ; organigramme d’interférences de composantes diverses, livrant les modes associatifs ou conflictuels du pluralisme des instances psychiques que décèlent en nous nos modernes psychologues, petits enfants des arrière-parents des temps mythologiques. C’est d’ailleurs dans cette optique que l’on peut apprécier cette considération de Gabriel Marcel : « J’ajouterais volontiers, au risque de scandaliser, que l’astrologie, quoi qu’il faille penser en dernière analyse de ses méthodes et des résultats auxquels elle donne lieu en fait, aura présenté (…) cet intérêt majeur d’attirer l’attention sur l’idée d’une figure, d’une configuration de la destinée individuelle. » (Nouvelles littéraires, 6 juillet 1950).. Configuration psycho-existentielle.
Cette lecture astrale s’ordonne selon le rang tenu par chaque partenaire de la composition planétaire. Est enclin à prévaloir l’indice ou le groupe factoriel fugace, qui ne tient qu’au croisement du moment et du lieu, spécifiquement affecté au ici-maintenant natal ; plutôt qu’une configuration de fond de longue durée, qui, certes, tapisse les astralités du natif, mais ne lui est pas aussi personnelle.
La tradition a su donner une place centrale au phénomène majeur qui s’attache à la singularité de la naissance en privilégiant le passage d’un astre à l’horizon ou au méridien, en particulier son lever ou sa culmination. Il suffit, par exemple, qu’une planète passe à un angle et aspecte l’autre angle pour être « maîtresse de la géniture », c’est-à-dire pour avoir une position de « dominante ». C’est de là qu’est issue la typologie astrale dans le cadre d’une théorie des « signatures ». Véritable grand livre de la nature, l’alphabet planétaire livre les blasons des grandes familles humaines : le lunaire, proche de sa pulsion vitale profonde, imaginatif, réceptif, instinctif ou sensible ; le marsien, musclé ou énergétique, tout en désirs ou en combativité ; le jupitérien, sanguin extraverti, tout en puissance sensorielle et expansive ; le saturnien, nerveux concentré, cérébral introverti, etc …Archétypes qui, à travers mille variantes,, reviennent constamment sous nos yeux. Impossible de ne pas reconnaître, quand on aligne côte à côte marsiens, jupitériens et saturniens, « l’air de famille » qui différencie et distingue en gros plans ces catégories d’individus, ces patrons de haute volée fondant la principale caractérologie astrologique.
Puisque nous sommes en compagnie des hommes d’Etat, usons de ce premier coup de sonde pour nous livrer, parmi eux, grosso modo, à un bref inventaire de trois familles planétaires.
Le style de l’homme d’Etat saturnien est celui d’un caractère froid, calme, effacé, rigoureux, discipliné, dépouillé, impersonnel, sévère, austère ou morose…On peut le reconnaître chez Charles Quint, Philippe II d’Espagne, Elisabeth Ier et Charles Ier d’Angleterre, Guillaume d’Orange, Colbert, Robespierre, Lincoln, Gladstone, François-Joseph II d’Autriche-Hongrie, Sadi-Carnot, Poincaré, Wilson, Doumer, Salazar, Staline, Mao tsé-Toung, Adénauer …Tout à l’opposé est celui de l’homme d’Etat jupitérien au caractère chaud : le bon vivant démonstratif, haut en couleurs, jouant avec faste ou bonhomie de sa présence, de son savoir-faire, de sa sympathie ou de son autorité, usant de toute sa liberté : François Ier, Louis XIV, Napoléon, Metternich, lord Palmerston, Disraëli, Fallières, Millerand, Hindenburg, Roosevelt, Churchill, Spaak, Erhard, Brandt, Pompidou, Baladur… Ce qui tranche encore avec l’homme d’Etat marsien dur, agressif, combatif, plus ou moins violent : Richelieu, Bismarck, Gambetta, Clemenceau …
Naturellement, dans la réalité, il n’existe pas de cas pur, la « signature » de chacun étant le produit d’une mixtion de plusieurs notes astrales : si Louis XIV et Napoléon sont soli-jupitériens, c’est un Jupiter lunarisé qui prévaut chez Fallières, Auriol et Pompidou, tandis que Mars fait avec Jupiter équipe égale chez Chirac … Et gardons-nous de figer ces signatures, de Bonaparte à Napoléon s’opérant une mutation de Soleil-Jupiter à Jupiter-Soleil. Outre que, cette signature étant à proprement parler une configuration qui a sa spécificité où interviennent divers facteurs du thème, le profil du type a tôt fait de s’étoffer de valeurs individualisantes à partir de la prise en considération du signe où se trouve la « dominante » ou « co-dominante », de sa position en secteur et de ses aspects. Chemin faisant, on assiste à l’intégration du noyau central de cette dominante à l’ensemble de la configuration natale. Ainsi progresse le cheminement de l’interprétation dans une saisie de l’être de plus en plus personnalisée.
Telle est la démarche d’analyse du thème jusqu’à sa synthèse qui nous vient de la tradition. Des écoles modernes ont tenté de renouveler cette pratique interprétative, la figure astrale se prètant en effet, à d’autres manières d’investigation. Ont-elles fait mieux que les anciens ? Leur progrès n’est-il pas plutôt un recul ? Le plus en vue des apports nouveaux est le recours au dessin planétaire, selon la répartition des dix astres autour du cercle zodiacal, conduisant à la distinction de divers types : éparpillé, bol, seau, balançoire, trépied, bouquet …Hélas, la formulation typologique de ces catégories est si abstraite et réduite, sinon si vague, qu’elle n’offre pas prise à une véritable représentation d’un type humain : rien de comparable avec la substantialité du type planétaire qui est un véritable archétype. Il ne faut pas s’en étonner : seule la surface de la figure astrale rend compte de ces compositions, sans doute intéressantes au second degré mais nullement directives. L’essentiel se passe à l’intérieur de cette figure. En outre, la « descente » interprétative du thème connu au sujet à connaître implique une virtuelle possibilité de « remontée » du sujet connu à son thème inconnu, un tel va-et-vient d’effet miroir ne fonctionnant qu’à travers la reconnaissance des signatures élémentales et planétaires, occasionnellement zodiacales.
Autre propos : l’amélioration de la précision, l’évaluation de la dominante et des sous-dominantes relevant du quantitatif. Grande a été la tentation de régler l’affaire en opération chiffrée. Grâce à d’heureuses cotations d’un ensemble de variantes, y est-on parvenu ? La mise au point d’un tel étalonnage ne peut se faire que sur des critères livrés par des matériaux psychologiques testés, ce qui reste à faire, et il n’est pas aisé de noter des indices à valeur dialectique avec un pôle de force et un pôle opposé de faiblesse. Certes, il y a, par exemple, moins de Mars angulaires chez les artistes que chez les militaires, mais, en l’occurrence, le jugement de la tendance marsienne ne risque-t-il pas d’être faussé par les apparences, en sous-estimant l’agressivité d’un peintre et en surestimant celle d’un parachutiste ? Comme si la violence physique extériorisée devait peser plus lourd que la violence rentrée ou sublimée qui se libère sur une toile, comme celles d’un Goya ou d’un van Gogh. Il est souhaitable d’en arriver à un calcul invariable du potentiel planétaire du thème, et sans doute une telle estimation est-elle un objectif à atteindre. Nous n’en avons encore que des ébauches fort décevantes. En attendant, ne vaut-il pas mieux une convenable approximation d’évaluation empirique qu’un résultat de chiffres faux ?
« Dans l’existence la plus décousue, il y a un principe directeur », aimait à dire Jacques Bainville. C’est justement à la recherche de ce qui ressemble à ce principe directeur que veut tendre notre effort. Généralement, le biographe ou l’historiographe n’a pas la clef de son personnage. Le défilé de sa vie le conduit à un étalage de tout l’éventail des dispositions que celui-ci porte en lui. Ce qui fait trop souvent un pêle-mêle de qualités et de défauts de son héros, livré sans idées directrices profondes.
Or, là où la plupart de ces auteurs se contentent de ne relever que des traits de caractère épars, isolés et dispersés, sur le fond d’un tableau bigarré et décousu, nous pensons pouvoir, détectant analogiquement des liens profonds, percevant la solidarité foncière de tendances parallèles, reconstituer des ensembles cohérents, passant en quelque sorte de la périphérie d’un réseau de facteurs apparemment disparates, au sous-jaçant d’une artère centrale unificatrice, telles se présentant nos « composantes » de personnalité.
Et à ce niveau, alors que ces mêmes observateurs se heurtent à l’incompréhensible de contradictions radicales, tenant de l’inexplicable, nous pouvons découvrir d’intelligibles rapports d’instances psychiques : cohabitation d’ensembles de natures différentes, coexistence de composantes autonomes et étrangères les unes par rapport aux autres, aux relations harmoniques ou dissonantes. Nous sortons du spectacle apparent d’un pointillisme de tendances, d’un poudroiement diffus de dispositions se perdant dans l’indifférencié, pour aboutir à un tableau stylisé, avec ses plus ou moins savants rapports de lignes et de formes. Comprendre le principe directeur de l’individu consiste précisément à dégager l’ordonnance d’un tel tableau – l’architecture intérieure - qui est la configuration propre du sujet. En une telle prise de vue, ce n’est plus seulement le cadre apparent d’une description du portrait psychologique qui est perçu Accès est donné à l’exploration interne de l’être en fonctionnement vital, livrant ainsi passage d’un plus ou moins connu à du méconnu ou de l’inconnu. Spectacle d’une nature saisie sur le vif, tissant consciemment son bonheur ou fabriquant inconsciemment son malheur, histoire enfin comprise d’une réussite ou d’un échec.
Adolf HITLER
Posé au centre de la plus gigantesque catastrophe de l’histoire moderne, le personnage d’Adolf Hitler se découpe dans le tissu même de ce sombre drame universel, en ayant été l’auteur-acteur numéro un. Plutôt que de l’en extraire, l’y insérer est la meilleure façon de le saisir réellement, tout en sachant que cette prise de vue engage un jugement de valeur sur son compte. Ceux qui se sont penchés sur son cas n’y sont pas allés de main morte, Hitler ayant été tenu tour à tour comme le plus pur paranoïaque, le plus parfait hystérique, le pire mythomane , etc …, le personnage recouvrant précisément dans toute sa polyvalence les plus divers tableaux de la clinique psychopathique. Placé comme il l’est au point focal de la tragédie planétaire de la Seconde Guerre mondiale que nous avons vécue, il est normal que le dictateur allemand ait été un exceptionnel point de rencontre personnel de toutes les forces de destruction qui s’y sont déployées, courants dont il a été tout à la fois l’émetteur et l’exécuteur. Sans prétendre épuiser ce sujet, en dépit et à cause de la monumentale documentation qui le concerne, cherchons du moins à dégager une ligne de vérité générale à travers ce Hitler de l’histoire : celui de Mein Kampf, des discours, des propos de table, des procès verbaux sténographiques, le Führer, le « seigneur de la guerre » .
Le document de l’état civil nous informe qu’il est né à Braunau am Inn à proximité de la frontière allemande en Autriche, le 20 avril 1889 à 6 heures et demie du soir. Ce qui s’observe en premier lieu sur sa carte du ciel en matière de configuration planétaire est qu’il est né au lever d’Uranus, phénomène observé chez bon nombre de politiques contemporains : Goering, Degrelle, Blum, Daladier, Laval, Doriot, de Gaulle, Roosevelt , Mussolini ayant l’astre à la culmination.
Ce qui est commun à ces hommes – donnée qu’Hitler va pousser au paroxysme – c’est un coefficient supérieur de volonté d’affirmation, un potentiel surélevé de personnalité, voire l’inflation d’un Moi tendu vers la nécessité impérieuse de devenir. Ce qui se manifeste d’abord en indépendance et en révolte.
Quoique je n’eusse encore que onze ans, je fus forcé de résister (à mon père) pour la première fois … Je ne voulais pas devenir fonctionnaire civil (…) non, cent fois non … Je garde le plus désagréable souvenir de mes maîtres.
Force qui, ensuite, se discipline pour se mettre au service de l’ambition jusqu’à l’ascétisme d’une passion souveraine mobilisant toute la personne .et faisant « l’homme fort ». Le registre qualitatif de ce penchant au totalitarisme ou au gigantisme s’étale de Prométhée, le ravisseur du feu céleste à la grandeur libératrice, à l’apprenti sorcier, aventurier dépassé par sa démesure, victime du déchaînement des éléments qu’il a déclenché Ce qui va du Passionné (version caractérologique de l’Emotif-Actif-Secondaire) dont la force personnelle se met au service d’une cause impersonnelle et générale, au paranoïaque coagulé dans le délire de sa vision déformante de l’univers.
Chez Hitler, cette signature uranienne (que pourrait renforcer un quintile de l’astre au Milieu du ciel), qui est déjà par elle-même un facteur d’un étonnant relief, est accompagnée et pour ainsi dire épaulée par une autre configuration très forte et à signification très particulière. Il s’agit de la culmination de Saturne entraînant derrière lui un concours planétaire important. Un Saturne du Lion, chargé du capital d’une conjonction Lune-Jupiter en Capricorne (résonance d’astre à signe par maîtrise et de secteur X à Xe signe) et relayé par le Soleil, son maître, qui rejoint par trigone la conjonction capricornienne, elle-même sous le quintile de l’Ascendant ! Si bien que le composé saturnien se trouve étroitement jumelé au composé uranien de la personnalité ; ceci d’autant plus qu’un sextil relie les deux planètes. Ne négligeons pas pour autant le Soleil, impliqué dans la configuration saturnienne comme on vient de le voir, en tant que co-dominante par sa position au Descendant, en un tout Uranus-Saturne-Soleil.
Hitler a ouvert la page saturnienne de sa vie avec la mort de son père le 3 janvier 1903 (Saturne à 28° du Capricorne , à deux pas du Fond du ciel), puis celle de sa mère le 21 décembre 1908 (Saturne carré à la Lune avec Neptune en VIII dissoné). Avec ce double orphelinat (Saturne en X), les quatre années suivantes, de 1909 à 1913 sont celles d’un adolescent vivant une lamentable misère que nous aborderons plus loin (traversée de Saturne sur les six positions planétaires du Bélier aux Gémeaux).
A la triple angularité Uranus-Saturne-Soleil, il faut aussi ajouter Mercure en Bélier qui se couche et se trouve en opposition d’Uranus.
Si l’on songe que la signature uranienne a le propre d’individualiser l’être au maximum, en le personnalisant sur le mode négatif d’un excentrique inadapté, avant de lui permettre d’acquérir une authentique originalité, on conçoit quelle figure singulière peut donner un type « ultra-sec » urano-saturnien mercurisé. Nous avons là la silhouette de cet étrange personnage, grand nerveux facilement en transe, au visage rude et crispé, pâle et cireux, avec ses traits tourmentés, un regard fixe en dépit d’une mimique agitée, la touffe noire d’une moustache en brosse, étroitement encadrée sous un nez projeté, et un front barré d’ une mèche en pointe.
Cet uranien mercurisé en régime d’opposition où pointe le Bélier, donne un type de personnage éruptif et torrentiel, dont le frémissement en secousses sismiques est fait de sautes d’humeur imprévisibles, de brusques éclats de fureur, de décharges de haute tension fulgurantes. C’est là un personnage tout en nerfs, atteignant son point de fusion dans une débauche de gestes et d’expressions, gesticulant, fulminant, vociférant ; théâtralité survoltée d’un puissant pouvoir magnétique sur les foules.
C’est aussi de cet uranien mercurisé qu’Hitler tient son intelligence intuitive. Cet homme se fonde sur l’éclair d’un esprit qui « sent » les choses au point de ses pressentir. Par delà les opinions admises les mieux établies, il tient à la valeur des idées non consacrées dont il peut tirer parti. Lui, ce caporal autodidacte nouveau venu, à peine sorti de son trou et ignorant tout des affaires, devenu chef d’Etat, en arrive vite à éblouir le Corps diplomatique et le Haut-Commandement, par la justesse de son coup d’œil et l’habileté de sa tactique.
Il n’a pas son pareil pour déceler les points faibles de l’adversaire, pour déjouer ses réactions, comme s’il détectait les états latents en passe de devenir et agissait sur le possible pour le faire mûrir dans le sens qui lui soit favorable. Aussi sait-il placer sa chance dans des espoirs exagérés, sinon insensés, qui vont dans le sens de l’histoire qu’il impose. Il devient le chef de la guerre-éclair, Blitzkrieg dont les coups d’éclat rempliront le monde de stupéfaction ! Toute sa politique d’homme en transe perpétuelle consiste d’ailleurs en une improvisation à l’extrême pour jouer de vitesse dans un recours à l’effet de surprise en une audace insurpassable. Il est un insolent joueur de parties de poker, champion du possible défiant l’impossible. Rien de plus évocateur, à ce sujet, derrière ses conquêtes politiques : la Rhénanie, l’Anschluss, les Sudètes, la Tchécoslovaquie et Memel, que ce champion du Pacte Antikomintern en arrive au coup de théâtre du pacte Germano-Soviétique ! Cela explique la réussite de toutes ses audaces jusqu’à outrepasser sa limite en perdant le sens de sa mesure.
L’uranien mercurisé ne suffit pas à expliquer que Hitler ait pu pousser jusqu’où l’on sait sa volonté de puissance. Il nous montre le dictateur à la besogne, dans son style de politique, mais d’où lui vient ce ressort ressenti en lui comme un absolu ? C’est ici qu’intervient ce Saturne culminant (plus largement le complexe Saturne-Soleil déjà évoqué) qui lui donne un aplomb stupéfiant, une force imperturbable, une confiance illimitée en soi-même. Pour en être venu à renoncer pratiquement à toute vie personnelle afin de s’adonner à une seule et unique cause, il en arrive à croire qu’il détient un pouvoir spécial dans la conscience d’être prédestiné, devant tout sacrifier à une mission sacrée assignée par la Providence :
Je suis le chemin que m’indique la Providence, avec l’assurance d’un somnambule.
Certes, il était l’instrument des forces de la conjoncture mondiale qui agissaient à travers lui à des fins échappant à son propre entendement, mais l’échec de la série de tentatives d’attentat fomentés contre sa personne – il en réchappait chaque fois – lui donnait l’illusion de l’invulnérabilité. D’où sa croyance aveugle en son infaillibilité, finalement partagée autour de lui. Il donnait l’impression de ne s’être jamais trompé dans ses folles aventures, jusqu’en juin 1941 quand il attaqua l’Union Soviétique. Là, il comptait écraser l’Armée rouge en moins de trois mois et tout son Etat-major en était du même coup convaincu. En réalité, la mission historique que lui inspirait « sa » providence l’inclinait à obéir à la loi primitive du tout-ou-rien dans le plus sauvage accent du fanatisme.
Si, dans le triumvirat psychique de Hitler, Mercure coopère avec Uranus davantage en extériorité (après tout, il est au Descendant), dans la dyarchie Uranus-Saturne, c’est tout l’arrière-plan, le fond de l’être, qu’apporte celui-ci, c’est-à-dire le monde des forces profondes qui ressemble à la colère d’un chaos et que, sous sa baguette de chef d’orchestre, le premier entend ériger en symphonie politique.
Car ce qui laisse le plus à désirer parmi ces trois instances centrales, c’est bien la composante saturnienne, l’astre étant particulièrement dissoné : en Lion, lieu dit traditionnellement de son « exil » et surtout au carré-antice d’une conjonction Vénus-Mars. Parce que cette conjonction est en Taureau, comme s’y trouve également le Soleil maître de Saturne, c’est tout un complexe Saturne-Taureau qu’il convient de saisir, leur terrain commun relevant, selon le langage freudien, du « stade oral ».
Qu’on me permette l’analogie d’une image zoomorphique. Autant Goering peut se laisser caricaturer en fauve de type panthère (avec sa calotte crânienne fuyante, il en a la morphologie, et non moins la psychologie). autant, en raccourci, Hitler fait penser au loup famélique. Il est significatif qu’on ait appelé le « repaire du loup » (Wolfsschanze) son Quartier général près de Rastenburg, au cœur des bois lugubres de Mazurie, les trois années et demie de la guerre russe, et qu’il ait vécu la fin de sa vie sinistre, cloîtré dans son bunker, terré et traqué à l’instar de cet animal maudit. Et même, son dernier grand biographe, Jan Kershaw, va plus loin : « Le nom même de « Tanière du loup » était encore une manière de jouer sur le pseudonyme préféré de Hitler depuis les années 1920. Il aimait en effet s’appeler « Wolf », dont Hitler était soit-disant dérivé et qui évoquait la force. »
Il y a là une identification qui passe par l’aspect dévorateur du loup famélique, car notre Hitler saturnien est fondamentalement un mal sevré frustré, en proie à une monstrueuse avidité, d’un appétit vorace insatiable : il crie famine ! De l’époque saturnienne des années 1909/1913, il dit qu’il n’avait jamais assez à manger :
La faim ne cessait de me tenir compagnie, ne me quittait pas une seconde et se mêlait à tous mes actes … Ma vie était une lutte continuelle contre cette compagne impitoyable.
C’est à ce point qu’il garde un singulier souvenir de la guerre des tranchées où, lui qui, sans pitié aucune, fera périr les individus par millions, retirant même aux Allemands le mérite de vivre pour avoir perdu la guerre, aura une lueur d’affection pour quelques souris affamées venues grignoter des miettes dans sa carrée de soldat :
J’avais tant connu la faim dans ma vie que j’imaginais facilement celle des petites bêtes, et aussi leur joie de manger.
Soyons sûrs que ce thème de la faim, leitmotiv de toute son adolescence, n’est que la réactivation d’un traumatisme ancien et profond de frustration.
Mais avant que cette boulimie dévorante ne vienne gonfler les voiles de son bateau politique, nous faisons d’abord connaissance avec le Hitler adolescent saturnien, être pénible qui a du mal à se trouver. Il apparaît comme un garçon pâle et maigre, timide et réservé, solitaire, sans amitié et indifférent aux femmes ; il vit à l’ombre de ses rêves et broie du noir, dans une sorte de léthargie. Neurasthénique, paresseux, incapable de discipline, de travail suivi, sans emploi régulier. Inapte à gagner sa vie, sans famille ni foyer fixe, longtemps il mène une vie de misère et de privations, lamentable clochard hantant les soupes populaires ; au mieux, bohème déçu en mal d’impossible grandeur artistique (il peint des cartes postales qu’il vend dans la rue). L’artiste peintre qu’il rêve d’être n’ira pas loin.
Pourtant, on voit déjà poindre, d’une façon sporadique, derrière ce climat maussade fait de longues périodes d’abattement, d’indolence et d’indifférence, la poussée forcenée d’une ambition à-demi refoulée : le jeune Hitler sort de sa léthargie par accès de colère, sous forme d’éclats de violence verbale. On le voit subitement se livrer à des discours sauvages et frénétiques où il lâche la bride à sa haine. Et déjà adolescent, dans un déluge de paroles, il s’en prend à des sujets généraux et politiques : les Habsbourg, les sociaux-démocrates, les juifs, les prêtres …Sous cette pression intérieure, sa conjonction capricornienne du secteur III se dévoile d’abord à lui en livrant passage à son appétit vorace : sa boulimie s’est muée en passion de la lecture et les livres qu’il dévore sont ceux d’un saturnien tourné vers le passé, satisfaisant son goût pour l’histoire allemande et la mythologie germanique, enracinant ainsi en lui la vocation de la politique.
Or, de concert avec les puissances saturniennes dont va se nourrir l’uranien pour les organiser en système et les digérer en forces politiques, s’exerce le Mars du Taureau par son carré, faisant un cocktail détonant d’avidité et d’agressivité. Si déjà le Hitler saturnien, tout en projection sur le monde, voit les hommes conduits par la peur, l’envie, et les motifs les plus bas, l’instance Mars-Taureau qui est en lui se charge d’une énergie animale de buffle avec sa brutalité féroce, puissance incarnant ce paroxysme de « fureur teutonique » qu’il contribuera à déchaîner.
De proche en proche, nous en arrivons à l’ultime configuration expliquant ce qui est arrivé à travers, cette fois, la conjoncture de la génération de Hitler. Il s’agit de la conjonction Neptune-Pluton, impliquant ce qu’il y a de plus irrationnel en l’être humain. Cette génération porteuse de cette conjonction en vécut la principale manifestation lorsque Uranus , en compagnie de Jupiter et Saturne, la transita, c’est-à-dire durant cette Seconde Guerre mondiale. Or, il est particulièrement significatif que Hitler avait cette conjonction en secteur VIII, celui de la mort.. Il y a là comme le symbole d’un foyer collectif du monde de Thanatos qui tapisse le fond de son être..
Or, c’est déjà ce qu’expriment ses pulsions personnelles saturno-marsiennes quand le jeune Hitler expulse une haine féroce dans ses discours, appelée à déboucher en direct sur une rage de dévastation et de destruction., une véritable passion de l’anéantissement des choses et de soi-même, pouvant préfigurer un chaos universel et un Führer s’écroulant puis se suicidant dans une apocalypse. Ceci nous explique que la terrible guerre de 1914-1918 ait été « le temps le plus inoubliable et le plus sublime de toute mon existence terrestre », la vie au front avec son tragique, son monstrueux, son horrible, se révélant pour lui plus intéressante que la tranquillité du temps de paix : il y était dans son élément, alors que Saturne repassait .sur sa position natale On conçoit que, rendu à la vie civile, il ait éprouvé – inadaptation à la normalité – du dégoût pour la monotonie et la banalité du train-train quotidien, en aspirant à un nouvel enfer et en contribuant à l’engendrer.
La racine de ce qui peut l’y conduire est ce qu’il ressent au plus profond de lui : la haine, et c’est cette motivation maîtresse qui va jusqu’à fonder son idéologie :
La lutte est la mère de toutes choses. Ce n’est pas grâce aux principes d’humanité que l’homme peut vivre ou se maintenir au-dessus du monde animal, mais uniquement par la lutte la plus brutale. (…) . Pour qu’un peuple soit libre, il a besoin d’orgueil et de liberté, de défiance et de haine, de haine et encore de haine.
Ce qui l’amène à faire bon marché de la vie humaine :
Oui, il faut prendre des gens braves et hardis, prêts à exposer leur vie comme tout soldat expose la sienne. Et puis, qu’est-ce que ça signifie la vie ? L’individu ne peut échapper à la mort. Ce qui reste vivant au-dessus de l’individu, c’est la nation. Mais comment un homme peut-il avoir peur de cet instant grâce auquel il peut se libérer de l’affliction, à moins que le devoir ne le retienne, dans cette vallée de misère ! Allons donc ! Et il dira quand tout est perdu : Si la guerre est perdue, la nation doit périr.
Si le sacrifice de l’individu à la nation va de soi quand un ennemi la menace, que penser de ce raisonnement de la part de l’agresseur ? En fait, avec lui, c’est le retour au sauvage, à la loi de la jungle. Il va d’ailleurs bien vite trouver un exutoire à ses pulsions dans une Allemagne défaite, livrée à la révolution et à la misère. Il est significatif qu’il entre dans l’arène politique à la faveur d’une crise morale, économique, sociale, apportée par cette situation et qu’il en vienne progressivement à se faire le porte-parole des instincts de tout un peuple qui souffre. Le secret de sa réussite va consister à incarner un état d’âme collectif représentatif d’un pays éprouvé par sa défaite et victime d’un traité de paix inique, au point que la masse allemande se reconnaisse en sa personne. De là à incarner un nationalisme humilié et spolié, en proie à la haine, à la rancune, à des désirs de vengeance, allant jusqu’à exploiter au maximum l’amertume et la détresse pour mieux soulever la lie, la boue des plus basses vagues de fond du pays. Et, bien sûr, le programme politique de l’agitateur ne peut que viser à détruire de la façon toujours la plus agressive. Il s’agit d’abattre les adversaires qui ne manquent pas : cela commencera par la République de Weimar, responsable à ses yeux de tous les maux, et il finira par être, ou peu s’en faut, l’adversaire du monde entier.
Plus encore, ses moyens de combat relèvent de la pire sauvagerie. Au pouvoir, il fait preuve d’un manque de scrupules et d’un cynisme qui coupent le souffle à tous ses adversaires : il promet n’importe quoi, signe n’importe quelle pièce, sans rien respecter. Chaque fois qu’il arrache une conquête, il jure que c’est sa dernière revendication. Chamberlain et Daladier ne sont pas sitôt revenus de Munich que déjà il se prépare à envahir la Tchécoslovaquie , non sans avoir clamé haut et fort, en signant le pacte : « Nous ne voulons pas de Tchèques chez nous. ». L’homme n’a aucune parole. Au surplus, entouré d’une équipe de voyous, il élève le gangstérisme de la pire espèce à l’échelle de l’institution d’Etat, dont la seule loi est celle de la terreur, des camps de concentration et de la mort.
Pourtant, en dépit de l’importance monstrueuse de cette agressivité marsienne sur fond de Maison VIII, l’avidité saturnienne demeure la tendance prédominante qui donne le sceau à son destin. Ce qui, à l’origine, était un cauchemar de la faim, va devenir finalement, par déplacement de la boulimie initiale instinctuelle au champ des suprêmes ambitions, entreprise désespérée de chef d’Etat à vouloir avaler le monde. Chemin faisant, l’ascétisme de Lune-Capricorne gagne tout le terrain de sa vie privée qui sera quasi-inexistante : Hitler devient vite végétarien et bâcle ses repas ; il ne boit pas, ne fume pas non plus et il est aussi abstinent. Tous ses besoins sont réduits à l’élémentaire, au sommaire ; et le Q.G. au fond duquel il finira par se terrer ressemblera à un « mélange de couvent et de camp de concentration » (Jodl). Mais sur le terrain du chef de l’Etat, avec sa politique de « l’espace vital », il n’en aura jamais assez – il faut savoir les rêves démesurés qu’il brossait, croyant déjà avoir vaincu les Soviétiques, sur l’étendue de la Grande Allemagne à l’Est jusqu’en Asie et pour un règne de mil ans – et c’est cette rapacité sans fin de famélique politique qui le perdra.
Prenons-le au départ. En septembre 1919, le Département politique de l’Armée le charge de surveiller l’activité d’un groupuscule qui s’intitule Parti Ouvrier Allemand. Neptune transite son Saturne, assisté de Jupiter. Il se fait admettre comme septième membre du comité de ce parti qu’il prend très vite en main, lequel devient le 1er avril 1920 son Parti National Socialiste (Jupiter stationne à 8° du Lion).
Avec son premier meeting du 24 février 1920, Hitler s’est découvert son don principal qui relève autant de sa conjonction capricornienne en III (pouvoir de l’expression) que de l’oralité du couple Saturne-Taureau : il savait parler ! Dans son Mein Kampf, il s’étend beaucoup sur la force de l’éloquence en matière politique, sur la puissance magique du verbe (…) le pouvoir de la parole ; comme si toutes les ressources économisées par son ascétisme s’étaient réfugiées dans son organe vocal En tout cas, c’est un fait que le Hitler qui, en véritables transes orgasmiques, hurle, éructe, éjacule son avalanche de sons rauques, véhicule parfait d’une pensée sauvage, devient l’orateur le plus irrésistible de l’Allemagne. C’est l’arme par le moyen de laquelle ce maléfique enchanteur parviendra à satisfaire son inextinguible soif de puissance en devenant le dictateur absolu de son pays.
C’est encore dans une perspective orale Saturne-Taureau que s’inscrit son programme politique : la doctrine nazie de la race, du sang et de la terre. Le sol, la possession terrienne, la préservation de l’espèce et de la race reviennent comme un leitmotiv. On le voit obsédé par son désir d’unifier le peuple germanique, de le purifier, le renforcer et l’implanter dans le plus vaste sol nourricier qui soit (tout pour l’Allemagne au détriment des autres). Conceptions qui remontent à des racines profondément liées au passé et c’est ce qui explique que le Führer ait pu « libérer une force dynamique extraordinaire qui s’était trouvée longtemps enfermée dans le cœur du peuple allemand (Shirer).
Mais ce sont là conceptions d’un Taureau déformé par le complexe saturnien, car on voit réapparaître la faim derrière le paravent de cette doctrine politique : une faim semblable à celle qui tenailla l’Europe entière durant les années où Hitler en fut le maître. Car, la monstrueuse boulimie, chassée de sa vie propre et transmuée à la sphère de ses ambitions politiques, ressurgit dans l’exaltation d’un surhomme qui n’est finalement qu’une bête de proie avidement à l’affût du butin, avalant tout, jusqu’à l’extermination des étrangers « sous-hommes ». L’Allemand dont il voulait faire le « seigneur de la terre », n’est plus, en fin de compte, que le soldat d’une nation dévorante, qui va de conquête en annexion territoriale, sous la férule d’un chef insatiable qui en veut toujours plus, jusqu’à l’issue fatale de la guerre et la catastrophe finale. Son drame intérieur qui contenait en germe son échec, est que, inscrite dans le mouvement le plus élémentaire de son psychisme, son invincible « phagie » ne pouvait qu’aboutir à son propre engloutissement.
Avant de parvenir au pouvoir, Hitler tente un putsch à Munich le 9 novembre 1923 (Mars et Saturne transitent son Uranus) qui rate et est suivi d’une détention à la forteresse de Landsberg où il écrit son Mein Kampf (première sortie à l’automne 1925, quand Jupiter revient sur sa position en III) qui, atteignant les six millions d’exemplaires en 1940, en fait un millionnaire (sa conjonction luni-jupitérienne en III) . Sans jamais perdre espoir, il attend son heure. C’est la venue de la grande crise économique des années trente qui le lui apporte avec une Allemagne en plein marasme qui voit sa monnaie s’effondrer avec des millions de chômeurs sur le pavé Sa candidature à la présidence de la République contre Hindenburg en mars et avril 1932 en fait un leader national avec plus de onze millions de voix : Jupiter stationne sur son Saturne Et en juillet, son parti recueille plus de treize millions de voix, prenant la première place au Reichstag.
Et après diverses péripéties, il est nommé Chancelier du Reich le 30 janvier 1933 vers midi, Saturne culminant alors au-dessus de Berlin comme à sa naissance: Uranus , qui se levait à son entrée natale, effectue un lever transitaire en passant au Descendant, amorçant, avec Mercure, la série de ses transits aux six planètes du Bélier aux Gémeaux (accompagné de Jupiter et Saturne) , parcours s’échelonnant sur la durée de son aventure dictatoriale, le passage solaire inaugurant ses victoires pacifiques, celui sur la conjonction marsienne situant l’entrée en guerre et le dernier sur la conjonction en VIII l’installant dans son calvaire.
Au pouvoir, il commence d’abord par se rassasier de puissance intérieure : ayant éliminé ses adversaires, toute l’Allemagne lui appartient. Ce qu’il tente ensuite de faire, c’est la Grande Allemagne. Se mobilisant dans la politique de « l’espace vital », « pour nourrir notre peuple », il se lance dans la série de ses revendications territoriales, s’y présentant en victime, le pays qu’il menace étant l’agresseur et lui se répandant en protestations d’intention de paix, donnant chaque fois sa parole d’honneur qu’il s’agit de sa dernière revendication, etc. Il ira jusqu’à accuser Roosevelt d’ « acharnement à détruire une nation après l’autre », traitant les démocraties et Churchill de « fauteurs de guerre ». Le caractère illimité de sa voracité le conduira à imposer sur l’ensemble du continent un ordre nouveau, « l’empire du Herrenvolk, basé sur le travail servile des races inférieures » (Bullock), un empire de mil ans !.
Mais c’est sans doute sur le terrain militaire, face aux petits drapeaux plantés sur les cartes du front de la guerre, que l’avidité de Hitler est la plus criante. Au cours de la campagne de Russie en 1941 , où l’Armée rouge ne se laisse pas abattre, il veut tout prendre en même temps : Léningrad qu’il entend rayer de la carte, Moscou et le Caucase pour son pétrole. Son Etat-major le presse de sacrifier deux de ces objectifs pour concentrer toutes ses forces sur le seul autre.. Le chef de guerre ne se résigne pas à ces sacrifices et continue de courir après ses divers lièvres. Quand, enfin, il se range à l’avis de ses généraux pour se concentrer sur Moscou, il est trop tard … L’échec ne servira pas d’exemple pour la campagne de l’année suivante où Hitler commettra la même erreur fatale : il désirait atteindre la Volga et prendre Stalingrad, mais aussi arriver jusqu’aux précieux bassins pétrolifères du Caucase. Une fois de plus, il divise ses forces et, sans avoir conquis les puits pétroliers, c’est son armée qui se fait prendre à Stalingrad … L’indigestion de ce famélique était à son comble : à l’heure où le vent se mettait à tourner, il ne s’agissait plus que de rendre gorge.
C’est cette oralité Saturne-Taureau qui est finalement le principal piège du personnage, responsable de son échec Il est aussi un autre trait majeur de son caractère qui a joué un rôle important et où ce duo se retrouve avec Uranus : il s’agit de sa « sur-secondarité » caractérologique : C’est à cette époque (les années de Vienne) que prirent forme en moi les vues de mon action d’alors. Depuis, j’ai eu peu de choses à y ajouter, rien à y changer. Voilà un être chez qui tout fait masse pour arriver au but fixé, inébranlablement établi dans la durée, avec fermeté, ténacité, obstination, jusqu’à l’entêtement aveugle. Il s’agit de poursuivre les mêmes pensées, les mêmes plans, les mêmes objectifs. Ce sont des idées fixes sorties des ruminations de son adolescence qui constituent son programme politique. Soudant ses actes aux mêmes pensées indéfiniment martelées, on le voit, inflexible, les réaliser avec un incroyable esprit de suite, étonnant le monde de le voir exécuter pas à pas le programme de Mein Kampf. . Tant qu’il est gagnant, c’est à ces dispositions qu’il doit ses réussites ; mais lorsque le vent tourne, que ses intuitions le trompent, il n’y a plus qu’un entêté sourd aux conseils, lourdement enfoncé dans ses aveuglantes erreurs.
C’est le Hitler qui, malgré les supplications de ses généraux, persiste à décimer ses meilleures troupes devant Moscou puis à Stalingrad, répétant que la Russie est « virtuellement » vaincue, au bord de l’écroulement, ne voulant pas en démordre ;de même qu’il va se crisper à une seule idée butée : résister à tout prix jusqu’à un anéantissement final, alors que tout est déjà perdu. Cet homme frénétique, prématurément vieill et accablé d’une incommensurable fatigue, parvenait toujours , cependant ; à communiquer à ceux qui l’approchaient la contagion d’une furieuse volonté de résistance à tout prix. Mais son délire tournait à vide dans un monde imaginaire ; terré dans sa vie recluse, solitaire, condamné à ses interminables monologues, il en venait à se livrer à une sorte de Kriegspiel irréel et hallucinant, songeant à passer en revue d’obscures divisions fantômes, lançant des ordres impératifs à des armées déjà anéanties !
Quand l’heure est venue de transmettre ses dernières volontés, ce sont les mêmes litanies qui reviennent , rabâchant ce qu’il n’avait pas cessé de dire, comme s’il n’avait rien appris de nouveau depuis son éveil adolescent. Avec quelle raideur : il ne peut y avoir de sa part ni erreurs ni fautes ; seules sont responsables les circonstances contraires, l’incapacité de ses généraux, la trahison de ses alliés, la conspiration des juifs qu’il a conduits au génocide… Lui seul a raison contre le monde entier !
Non sans quelque vraisemblance, on dit, quand on se donne volontairement la mort, que l’on choisit le suicide qui correspond à sa personnalité. A cet égard, que le pur Scorpion Goebbels, après avoir exterminé ses six enfants, ait, avec son épouse Magda, ingurgité le poison mortel d’une capsule d’acide prussique, n’est pas pour nous surprendre. Quant à Hitler, après avoir fait empoisonner son cher chien-loup, entraînant dans sa mort au poison sa misérable compagne, Eva Braun, épousée à la dernière minute, c’est une balle de revolver dans la bouche qu’il se tire le lundi 30 avril 1945 à 15 heures 30. N’est-ce pas là une ultime illustration de la tragique oralité saturnienne de ce type Taureau ?
Chronique du désastre annoncé.
Selon Luc de Marré, il y aurait eu seize versions proposées du thème de Hitler en fonction de la rectification de son heure de naissance. Il ne semble pas que la réalité diffère tellement de la version formulée par l’état-civil, la note finale relevant du transit de Pluton, venu de VIII, au Milieu du ciel. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les astrologues ne se sont point trompés sur son sort final :
Wilheim Becker, président de la Société astrologique de Berlin : « Tous ceux qui ont Saturne …(’…). Il n’est donc pas exclu qu’Hitler accède aux responsabilités du pouvoir, mais on peut dès à présent dire que lui aussi connaîtra la chute du haut de sa puissance. » (Die Astrologie, octobre 1930).
Magi Aurélius : « Si Hitler trône en ce moment (…), la coalition contre lui (…), les alliés (…) sauront le maîtriser jusqu’à ce qu’il tombe. » (Demain, juin 1935).
Maurice Privat : « Adolf Hitler est marqué, lui aussi, par la catastrophe. » (L’Astrologie scientifique à la portée de tous, Grasset 1935).
Rumélius : « La personne du Chancelier subira un lent crépuscule avant sa chute, aussi inéluctable que son ascension (L’Avenir du Monde, octobre 1938).
Louis Emrich : « Elévation au plus haut poste après une longue lutte, suivie d’une cruelle chute. » (Le Monde de demain, juillet 1939).
Gustave-Lambert Brahy : « Cette configuration laisse entrevoir la presque certitude d’une chute retentissante, soit pour une cause physique ou naturelle , soit plus probablement sous l’effet conjugué de ses ennemis (Demain, décembre 1939).
C. Kerneiz : «On ne peut que plaindre les vrais soldats qu’il a engagés dans cette sinistre aventure (…). Encore une fois, comme au temps de Néron, on pourra dire : « Quel artiste le monde a perdu ! ». Mais pas plus qu’il n’a regretté Néron, le monde ne regrettera Hitler La Chute d’Hitler. Leurs deux noms seront joints dans l’exécration des générations futures. » (, Ed. Tallandier, janvier 1940). ‘
Bénito MUSSOLINI
Le soleil était entré depuis huit jours dans la constellation du lion, écrivait-il dans le livre autobiographique qu’il rédigea en prison en 1911.
J’ai vu le jour à Varano di Costa, dans une vieille maison du village de Dovia, en la commune de Predappio (…) C’était le 29 juillet 1883, à deux heures quarante-cinq de l’après-midi. (Mussolini dal mito alla realta, Mergato (I.E.I., Milano, 1947, et P. Monelli : Mussolini piccolo borghese (Garzanti, 1950), Le Jour du lion, Roy Macgregor-Hastie, Albin-Michel, 1965.
Avec le soin géographique, la précision horaire fournie en personne par le Duce, corrige avantageusement la donnée de l’état-civil arrondie à quatorze heures, en le faisant naître – comme Cavour – à la culmination d’Uranus. Le sien, en Vierge, reçoit cinq aspects, notamment du Soleil et de Mercure en Lion. Il s’agit d’une conjonction du luminaire au maître du Milieu du ciel et d’Uranus, à laquelle l’Ascendant entre en formation de trigone ;Nous avons là déjà un noyau central : typique « complexe Uranus-Lion », qui va s’enrichir d’un apport de Saturne (par conjonction lunaire au coucher et sextil solaire) en prenant la haute main sur le thème. Un autre ensemble l’accompagne : l’alignement Ascendant-Scorpion/Pluton-Descendant qu’escorte une conjonction voisine Lune-Mars au carré du Milieu du ciel. Il est ainsi permis de géométriser l’architecture du personnage en disant qu’il est le point d’intersection de deux grandes lignes de tendances, croisement d’un courant vertical Uranus-Vierge-Lion-Saturne, et d’un courant horizontal Scorpion-Pluton-Mars. Quant à la toile de fond à laquelle s’incorpore la dyarchie Uranus-Pluton, elle se rapporte à sa génération, celle d’un trigone Uranus-Neptune, lequel, ici, englobe dans son écart angulaire le train des huit autres astres par trois groupes de conjonctions, au centre étant le double sextil d’une conjonction Vénus-Jupiter au trigone des deux enveloppantes ;.C’est ainsi qu’il faut penser ce thème, chaud comme un début d’après-midi d’été.
Au commencement, c’est le sceau de l’axe horizontal Scorpion-Pluton-Mars qui l’emporte chez le petit Benito, affecté par sa conjonction Lune-Mars-Saturne. Dans ses mémoires, l’adulte Mussolini se donne une enfance privée de tendresse, misérable et dure (il ne parle qu’à l’âge de trois ans), se juge à la fois marsien : pétri de pulsions primitives, gamin violent, batailleur, chapardeur, sauvage ; et saturnien : taciturne, renfrogné, maussade,, frustré, solitaire.
Neptune transite sa conjonction Lune-Saturne quand, à neuf ans, il est pensionnaire dans un collège religieux. Ce fils de forgeron léonien, qui supporte mal ses origines plébéiennes avec ses privations et humiliations, s’y découvre un pauvre qui mange à une autre table une autre nourriture que les autres enfants riches de cette institution. C’est même là qu’il aurait pris conscience de la « lutte des classes ». Il sera expulsé pour avoir voulu s’expliquer au couteau avec un autre garnement. Il est remis en pension jusqu’à ce qu’il décroche en 1901 un diplôme d’instituteur, non sans avoir, quelques mois plus tôt, organisé dans sa classe une grève sur le tas.
L’idée globale que l’on peut s’en faire est celle d’un être d’une forte souche animale, qui s’exprime en exaspération vitale désordonnée et se découvre une puissance d’énergie physique de Lion herculéen. On comprend que, plus tard, il dira que vivre, ce n’est pas calculer, mais c’est agir, et, si possible, en dramatisant sa vie. Benito est d’abord un être tout en besoins d’exercices corporels, d’autant qu’il devient un homme trapu, à carrure d’athlète. Comme une bête de combat, il se dépense sportivement, fait de la boxe, de l’escrime, de la moto, en attendant de « pousser » son Alfa Romeo puis de piloter son avion personnel (Mars-Gémeaux sous une naissance à la plus chaude heure d’une journée de plein été). L’iconographie abonde d’un Mussolini torse nu aux travaux des champs, maniant la pioche ou la pelle, ou encore cavalier, en skis sur une piste, faisant de la natation, du footing , etc Allez donc observer pareille magnificence sportive chez les autres dictateurs : Salazar, Franco, Hitler, Staline …
C’est le même feu qui se consume chez l’aspirant politique, anarchiste indiscipliné plus que dictateur, passionné rebelle de la race des révoltés, des aventuriers, des condottieres. A ses débuts, ce n’est qu’un agitateur impénitent qui fomente des troubles ; habillé de noir, il est un réfractaire, un insoumis, candidat aux expulsions et à la prison. Sa motivation est précise :
Ce qui domine, c’est l’indignation. J’avais sous les yeux les souffrances de mes parents ; à l’école normale, j’avais été humilié ; alors j’ai grandi comme révolutionnaire , avec les espoirs des déshérités. Qu’aurais-je pu devenir d’autre que socialiste à outrance, blanquiste, plutôt communiste au fond ?
Ce Mussolini qui brûle viscéralement,, nous le retrouvons même dans sa vie privée, avec un tempérament donjuanesque, souligné par sa conjonction Vénus-Jupiter en secteur VIII. Quand Neptune transite cette conjonction cancérienne, il fonde sa famille en se mettant en ménage avec Rachèle (épousée en 1915) qui lui donne aussitôt sa fille préférée, Edda (Forli, 3 septembre 1910, 3 heures du matin, selon Milza), future comtesse Ciano, quatre autres enfants allant suivre. Mais ce léonien débordant reconnaît n’avoir jamais su résister aux blondes aux formes épanouies. Et sa vie est un défilé ininterrompu d’étreintes amoureuses. En plus des maîtresses installées qui l’occupent : Margherita Sarfatti, Clara Petacci …se succèdent les passades à vive allure. Le chambellan du palais Venise où il officie, estime que sur toute la durée de son « règne », il reçut presque chaque jour une visiteuse, honorée de sa virilité ! En mâle sans complexe, son tempo expéditif relevant plutôt même du soudard. Entre deux occupations, sa visiteuse, à peine entrée dans son bureau, était-elle jetée sur la banquette ou étendue sur l’épais tapis du sol, puis , pas plus d’une dizaine de minutes plus tard, congédiée sans façon : le coq ! Là aussi, assurément, Mussolini tranche-t-il par rapport aux autres dictateurs, un Hitler surtout …
C’est encore en résonance avec son axe horizontal qu’on voit venir chez lui une passion du pouvoir ancrée dans les profondeurs d’une mentalité relevant du stade « anal » de la pensée magique. A la racine d’une jouissance de domination qui le possède se présente l’écho lointain d’un désir de toute puissance qui a hanté l’imaginaire du petit enfant démuni, dépourvu, évoluant dans un univers naïf peuplé de forces mystérieuses qu’il faut se concilier. C’est cette empreinte magique qui explique l’étonnante superstition de Mussolini. Il croit au pouvoir des signes, aux influences malignes, au mauvais œil ; il ne part en voyage que le mardi ou le vendredi ; il respecte religieusement ses tabous intérieurs. P. Milza prétend qu’il lui arrivait de consulter voyantes et diseuses de bonne aventure, et qu’il « accordait une confiance aveugle à son horoscope », mais n’est-ce pas un propos léger ? En tout cas, on le voit s’entourer d’un cérémonial romantique bien scorpionnesque.
On a aperçu sur son bureau ce qui faisait office de porte-bonheur : une miniature méconnaissable, des herbes séchées, un fer à cheval rouillé … sans parler de la grenade à côté de l’encrier et du pistolet comme presse-papier, outre le drapeau pendu derrière son bureau, orné d’une tête de mort croisée de tibias. Certes, on peut aussi voir dans les fantaisies d’un tel décor les paillettes d’une Lune en Gémeaux prolongeant un violoniste amateur ; néanmoins, il faut craindre les basses œuvres d’une aspiration magique de toute puissance pouvant conduire à la perversion d’un sentiment d’infaillibilité.
Posons maintenant la donnée capitale de ce thème. Il s’agit du principal fondement – unique en son genre aussi parmi nos dictateurs – qui préfigure le devenir du personnage. Ce qui le représente est la conjonction en Lion du Soleil avec Mercure maître du Milieu du ciel, configuration exemplaire d’une parfaite identification au père. Alessandro le forgeron est un homme qui fait de la politique. Il est de l’Internationale, participe aux batailles rangées des socialistes avec les autorités, contribue à des formations révolutionnaires, recueille des réfugiés pourchassés, lui-même étant fiché comme « dangereux pour la société » par les services de police et s’étant fait coffrer occasionnellement. Naturellement, par ses conversations et lectures recommandées, Benito en reçoit la culture politique. Avec l’exemple d’un autre père, je serais devenu différent. (à Emil Ludwig). Mon socialisme est né bakouniniste, à l’école du socialisme de mon père, à l’école du socialisme libertaire de Blanqui. (à Yvon de Begnac). C’est par cette identification puissante que Benito est pleinement le fils de son père : en lui ayant mis le pied à l’étrier, le militantisme paternel devait aboutir chez lui à une vocation triomphale.
On a convenu que s’entrecroisent en son être les lignes directrices de l’axe horizontal (où la griffe du Lion n’est toutefois pas absente) : un égocentrique instinctuel, pulsionnel, baroque, et de l’axe vertical du complexe Uranus-Lion, le passage de l’un à l’autre inversant le larron en gendarme. A mesure que l’homme mûrit s’opère une entière métamorphose du personnage, la pression animale du jeune fauve en mal de revanche étant prise en charge par les puissances d’un esprit lucide et d’une volonté de maîtrise de soi pour viser la perfection d’un ordre classique.
Léonien aux slogans sonores, il commence par dire :
Moi, j’aime les conférences contradictoires où les chaises volent, où les coups de feu crépitent. Les éclairs de nos poignards et les éclatements de nos bombes feront justice de tous les misérables qui voudraient barrer la route à la plus grande Italie. Les rouages grinçants de l’histoire doivent être huilés avec du sang (…) C’est le sang qui donne son mouvement à la roue de l’histoire. La foule, comme les femmes, est faite pour être violée. Le peuple est une p… qui préfère le mâle le plus fort.
Il finira par préférer :
Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent comme un mouton. Il faut faire de sa vie son propre chef-d’œuvre.
Le revirement radical du léonien fait apparaître Uranus de la Vierge assisté de la conjonction Lune-Saturne au coucher. Adieu le désordre, vive la discipline. C’est un dépouillement général auquel on assiste, qui vise la simplicité, la sobriété, la frugalité.(il n’y a qu’en amour que le mâle ne se refuse rien). Mussolini évite les dîners, mange peu de viande, ne boit guère que de l’eau et cesse de fumer pour prouver une volonté aussi forte dans les petites choses que dans les grandes. Les biens matériels l’indiffèrent. Il refusera constamment les titres et donations offerts par le roi et les innombrables cadeaux qu’il recevra seront distribués autour de lui. Il n’aura jamais un sou et mourra sans laisser quoi que ce soit. Cette économie vitale contracte tout l’être des besoins pour le réduire à l’ambition de se faire « une place au soleil ».
Cette ambition vise à faire la loi dans la jungle politique de son pays et à instaurer en homme fort l’ordre de la dictature fasciste, parce qu’il en arrive lui-même à être un maniaque de l’ordre (Uranus-Vierge). Sur son bureau, il ne tolère que les objets strictement nécessaires à l’accomplissement de sa tâche et, le travail de sa longue journée remplie, il range soigneusement ses dossiers et classeurs. Dans son cabinet de travail pharaonique, tout est rigoureusement à sa place dans un souci du détail quasi-obsessionnel. Tout doit être impeccable, précis, net, formel. Il impose à son personnel une exactitude ponctuelle, alignée sur sa conduite chronométrée : à tous ses rendez-vous, il arrive à l’heure exacte, à très peu de minutes près. Réaction obligée pour dissiper les brouillards de la pagaille dans laquelle s’était enlisé le pays : l’Italie mussolinienne marche au pas, au métronome. Ce faisant l’homme a muté du Lion Colérique (Emotif-Actif-Primaire), façon Garibaldi le baroudeur, au Lion Passionné (Emotif-Actif-Secondaire), formule Cavour, en un don total à la politique, puis à l’Etat. De même que le politique a basculé de Neptune à Uranus, en passant par Nietzsche et Stirner, célébrant le moi, la volonté, l’action individuelle, bien plus que celle des masses, c’est-à-dire du socialisme révolutionnaire au tyran mettant l’Italie sous sa botte, selon la formule de ses adversaires. Mais si l’homme a changé, l’Italie aussi n’est plus la même.
C’est à l’occasion d’une situation dramatique qu’apparaît la volonté mussolinienne sur la scène de son pays. Il avait combattu pour l’entrée de l’Italie dans la Première guerre mondiale, et celle-ci, humiliée à la table de la Conférence de la paix, appelait la férule d’un homme fort qui sache sauver l’honneur. D’autant que le pays, de plus en plus agité, finit par ne plus être que la chronique de ses grèves, de ses émeutes, de ses troubles. Poussant sur l’humus de ce patriotisme blessé et de ce désordre, Mussolini fonde le 23 mars 1919 – Neptune transite sa conjonction solaire – son propre parti : les « Faisceaux de combat ». Chef de parti, sa silhouette se découpe définitivement. Il exerce par l’intensité de sa présence et sa puissance intérieure un magnétisme physique qui subjugue ses turbulentes « Chemises noires ». D’instinct, on lui obéit et tout plie devant sa volonté. Les élections du 15 mai 1921 – Jupiter et Saturne passent sur son Milieu du ciel – sont une victoire retentissante pour le parti ; Mussolini, élu à Bologne et Milan, est aux portes du pouvoir. Il faudra attendre la marche sur Rome pour que le roi le consacre, le 30 octobre 1922, entre onze heures quarante-cinq et midi et demi. Voilà le Duce Capo del Governo.
En quelques années, il musèle la presse, liquide les partis d’opposition, dompte le parlement : l’homme à poigne se taille un pouvoir absolu, essayant de tout faire par lui-même. Sa confiance en soi est telle qu’il mène le char de l’Etat en homme infaillible qui s’est complètement identifié au pays, non sans orgueil ni présomption. C’est le Lion poussé à l’extrémisme uranien. Une figure de style !
Avec une politique d’audace, de réformes et de grands travaux, il installe un régime fort qui prône le prestige national et exalte les valeurs viriles, les vertus du sang romain, la grandeur militaire ; une idéologie qui sera reprise par les régimes autoritaires ultérieurs.
Quant à sa présence sur la scène politique, elle est celle d’un grand acteur qui a suprêmement le sens théâtral. Son physique et son allure naturelle s’y prêtent avec sa forte carrure et son masque impérieux. Il en fait un parfait instrument de parade : avec bottes et culotte de cheval, sanglé dans un uniforme de la meilleure coupe, ceinturon et baudrier de cuir en rajoutant. Il se complait en des poses impressionnantes, apparaissant debout, les jambes écartées ou posées bien d’aplomb, les bras croisés ou les mains sur les hanches, sinon le poing brandi, bombant le torse, avançant les puissants maxillaires du menton, regardant bien devant soi en faisant rouler ses yeux étincelants d’une illumination de son feu intérieur. Avec une allure générale entière, décidée, sûre, irrésistible, comment ne ferait-il pas frémir d’admiration, d’enthousiasme, d’orgueil, la péninsule entière ? Peu importe que ses adversaires le traitent de César de carnaval.
Il devient l’homme le plus photographié du globe : la superstar, c’est lui qui en a été le premier personnage ! La compagnie Paramount vient le filmer et le Herald Tribune de New York déclare qu’il est « le César moderne, le Napoléon de 1926 ». Aimant jeter avec allure ses faits et gestes dans l’outrance ou la grandiloquence, il ne tarde pas à devenir pour les journaux de tous les pays une source intarissable de copies. Point de mire de l’actualité, entretenant l’intérêt pour sa personne et prenant grand soin de sa publicité, il aime se faire applaudir dans le monde entier, se montrant très jaloux de sa renommée. Retombée de celle-ci : cette idolâtrie l’incline à s’imaginer que l’humanité le prend pour un prophète moderne et incite ses propagandistes à le métamorphoser en surhomme.
Il aime à tenir des assemblées devant lui, a l’ivresse de faire retentir du haut de son balcon les clameurs de tout un public. Ses proclamations et exhortations au peuple sont de grands moments au cours desquels il tient le pays tout entier sous la force de ses idées, la véhémence de sa fougue et la sonorité de son verbe. Il a l’art des slogans (on l’a vu) et des diatribes fracassantes, allant jusqu’à faire miroiter des formules qui aveuglent ses interlocuteurs (l’éloquence de sa Lune en Gémeaux).
Partout, d’ailleurs, l’apparat règne dans une splendide mise en scène : célébrations fastueuses du fascisme, géantes parades d’uniformes qui défilent au pas romain à la cadence d’une musique martiale, préfigurant de gigantesques statues du Duce, réception par centaines de visiteurs dans la monumentale salle du Palais Venise, son cabinet de travail romain… tout cela étant accompagné de trains confortables et ponctuels, de vols transatlantiques et autres évidences d’une Italie renouvelée.
On reconnaît au passage la conjonction Soleil-Mercure (maître du Milieu du ciel) à la pointe du secteur IX. Pétri de passion nationale, le brillant dictateur songe avant tout à faire respecter son pays à l’étranger, à rétablir son prestige international et à le hisser au rang d’un grand Etat. Il rêve même d’un empire italien et l’étranger est son terrain privilégié. Dans les années trente, il est devenu un modèle exemplaire : ses « chemises noires » inspirent en France les « bleues » de Valois, les « vertes » de Dorgères, puis les autres de La Roque et de Doriot. Avec aussi les « brunes » en Allemagne,, Degrelle en Belgique, Mosley en Angleterre. Tout autant qu’il est une référence pour Salazar au Portugal, Primo de Rivera en Espagne, Metaxas en Grèce, voire Peron en Argentine. Bref, il est « l’une des plus fortes personnalités de son siècle » (E. Ludwig) et son prestige est international.
Aussitôt que Hitler s’en prend à l’équilibre européen,, le Duce devient un Grand de la diplomatie. C’est lui qui est à la tête du front de défense de Stresa ; aussi est-ce à Rome qu’est signé le « Pacte à Quatre » du 17 juillet 1933 (Jupiter passe de son Milieu du ciel à Uranus). Mais arrive la grande déchirure de 1936 au passage d’une opposition Saturne-Neptune à son méridien. Voulant porter son pays au rang d’un empire, Mussolini avait engagé une négociation à la Société des Nations. Son précieux soutien méritait récompense et ses partenaires anglo-français eussent pu trouver une solution compensatoire le détournant d’une aventure militaire. Au lieu de cela, la rebuffade sembla le jeter dans les bras du dictateur allemand. Certes – apothéose de Neptune au Milieu du ciel – le 10 mai 1936, le Duce savoura son triomphe en proclamant au balcon du Palais Venise l’annexion de l’Ethiopie :
Aujourd’hui à quatre heures, nos troupes victorieuses sont entrées à Addis-Abéba. J’annonce à l’Italie et au monde que la guerre est finie .Levez bien haut, ô Légionnaires, vos insignes, vos armes et vos cœurs, pour saluer, après quinze siècles, la réapparition de l’Empire sur les collines sacrées de Rome !
Hélas – avec Saturne au Fond du ciel – au prix du désastre des conséquences des inutiles sanctions de la S.D.N.. Assistant à la déchéance de la diplomatie des démocraties occidentales, il choisit de passer au camp d’en face. Il va vivre encore un sommet en devenant l’arbitre de l’Europe aux Accords de Munich en septembre 1938 : Neptune passe alors sur son Uranus (reconstitution du trigone de ces deux planètes en positions inversées). Il est toujours l’objet de l’admiration de beaucoup de ses contemporains.
Mais en ayant basculé dans le camp adverse, Mussolini a décidé sa perte. Si la maladresse et l’hostilité d’Antony Eden et d’Alexis Léger sont coupables de l’avoir poussé dans les bras du Führer, la logique interne de tout son personnage fait le reste, jusqu’à pactiser avec le diable.
On ne peut pas dire que cela ne soit pas écrit en toutes lettres dans son thème : n’y a t-il pas tous les signes d’une collaboration désastreuse, d’une association catastrophique ? On trouve, en effet, les trois « maléfiques » Mars, Saturne et Pluton en conjonction en secteur VII. Un concentré négatif extrême poussant à lier son sort au pire coadjuteur, au plus funeste associé.. Là est la grande erreur de sa vie. Mussolini n’est pas un tyran cruel et exterminateur comme Hitler, Staline, et même Franco, dont les biographes sont unanimes à relever l’insensibilité. Ses colères retombent vite et il lui arrive d’en regretter les méfaits. Son erreur est de s’imaginer qu’en s’associant à Hitler, il pourra le modérer, l’apaiser, le dominer, le rendre convenable. Or, la Lune se trouve au beau milieu de cette conjonction du secteur VII : le sort du Duce uranien solarisé , dans cette association, est de devenir « lunarisé », c’est-à-dire en position de subordination, d’assujettissement, une fois en présence de son acolyte ; d’autant que celui-ci a son Soleil en secteur VII, entraînant ses satellites dans sa ronde infernale. Face au Führer, le Duce devient l’hypnotiseur hypnotisé.
Nous avions connu d’abord un Mussolini à formule (simplifiée) Scorpion-Lion, puis nous l’avons vu, dans ses grands jours, devenir un Lion-Scorpion.. Nous avons affaire, maintenant, à un Mussolini revenu à sa première version.. Cette seconde révolution s’opère au contact de Hitler, sous l’entraînement de son délire. Il avait cru, au début, le dominer de toute sa hauteur, alors qu’il s’engage dans la voie d’une abdication de sa personnalité devant son partenaire. Cet homme diminué, qui va en arriver à perdre tous ses moyens, devient doublement vassalisé : par le Führer dont il finit par n’être plus qu’un pitoyable comparse, et par lui-même, entraîné par ce mauvais génie. C’est à un véritable écroulement auquel on assiste !
On n’est plus au temps où Duce le magnifique proclamait que la force doit être intelligente et chevaleresque. Maître omnipotent d’un Etat qui érige la force en instrument de gouvernement,, il ne peut qu’assumer les conséquences d’un discours idéologique qui fait de la violence l’une des vertus cardinales de l’homme fasciste .Revenues les forces animales de son tempétueux tempérament, lames de fond de pulsions primitives. L’homme est ressaisi par les séductions de sa mentalité magique ; obéissant à sa fascination intérieure, il cède à l’envoûtement - car c’est bien de cela qu’il s’agit – d’un partenaire irrésistible que semblent habiter les forces de l’histoire pour plonger l’univers entier dans l’abîme. Ainsi pactise-t-il avec le diable.
Prenant à son tour goût à la démesure en augmentant la mise aventureuse, voilà Mussolini lancé dans des revendications diverses qu’il entend satisfaire par la pression irrésistible des baïonnettes italiennes. Surestimant sa puissance, il est ainsi devenu prisonnier des forces qu’il avait contribué à déchaîner. En 1940, il brûle d’aller au combat. Ciano note dans son carnet : « Le Duce craint que la paix ne soit proche et il voit encore une fois lui échapper ce qui a été toujours le rêve irréalisable de sa vie : la gloire sur les champs de bataille. »
Que penser d’un chef d’Etat se lançant dans la guerre, alors que son Mars est conjoint à une conjonction Lune-Saturne, outre qu’il est au carré du Milieu du ciel ? C’est la guerre qui a brisé net Mussolini ! Sa « grande occasion » révèle en vérité un stratège écoeuré de piquer ses drapeaux sur ses cartes d’Etat-major sans cesse à reculons. Cette guerre se déroule, en effet, alors qu’Uranus transite le trio Pluton-Saturne-Lune en VII.
A la fin, le vieux lion fatigué, usé, malade (le lunaire ulcère d’estomac qu’il a depuis longtemps a pris le dessus), n’a plus ni crocs ni griffes. Il est descendu de toute sa superbe, renversé par les siens puis congédié du pouvoir par le roi le 25 juillet 1943, à quelques jours d’une éclipse totale du Soleil sur son Soleil natal que transite Pluton.
Bientôt remis en selle tel un Quisling italien, chef illusoire d’un gouvernement fantôme, détesté par un peuple excédé, il gravit tous les degrés de la déchéance.: Traqué et capturé comme un bandit des grands chemins, il connaît la fin tragique que l’on sait : une mise à mort – signée du Lion – finissant sur une balle au cœur à bout portant. Ultime moment qui se produisit à Giulino di Mezzagra près de Dongo, Cöme, le 28 avril 1945 peu après seize heures. Signature du transit d’Uranus à son Mars, vécu en commun avec Claretta Petacci (son Mars étant à 11° des Gémeaux), fusillée en même temps que lui.
Une prévision :
Dans son journal L’Avenir du monde, Armand Barbault, sous le pseudonyme de Rumélius, a consacré une étude à Mussolini, parue en décembre 1938. Son texte était sous-titré : « 1945, année critique » et se terminait ainsi : « Mais Pluton céleste marche (…) par la conjonction de 1942 (au Soleil) . Cet ensemble de configurations planétaires doit mettre un terme à la vie politique du sujet, soit par une maladie nécessitant une opération, soit par un accident soudain. C’est l’année 1945 qui semble la plus dangereuse pour l’existence et la santé de Mussolini. ».
Francisco FRANCO
Le général Franco apparaît comme le plus fortuné des grands dictateurs du siècle dernier, si l’on en juge par l’étendue de l’exercice du pouvoir et son aboutissement. Si Hitler a duré 12 ans, Mussolini 21 ans et Staline 29 ans, avec des fins tragiques pour les deux premiers, le troisième y échappant de justesse, le « Caudillo », quant à lui, a dominé son pays pendant 38 ans et – en sursis après la guerre du fait de ses accointances avec Hitler et Mussolini, mais sauvé par la venue d’une guerre froide providentielle - est mort dans son lit, l’Espagne franquiste l’honorant de grandioses funérailles. Peut-être faut-il voir dans ce rattrapage la signature d’un grand rectangle enveloppant sa charge explosive …
L’acte de naissance de Francisco Franco Bahamonde, dressé à son lieu natal de El Ferrol, mentionne l’événement pour le 4 décembre 1892 à 0 h 30. Ses astralités font prévaloir, essentiellement, le passage aux angles d’une composition unissant un triangle rectangle à un grand rectangle.
L’épine dorsale de cette disposition est une opposition soli-lunaire près du méridien : Soleil de minuit – Lune de midi, devenant l’axe central des deux figures géométriques, tout à la fois, grand côté du triangle rectangle avec Mars au coucher et pôle majeur du grand rectangle par ramification à l’opposition Jupiter-Saturne de secteur I à secteur VII.
Dans la trame de ce grand rectangle, les puissances de division et d’affrontement des diagonales prévalent sur les forces unificatrices de l’enveloppe du périmètre, chargé de parer au danger d’éclatement. Ce qui prime est donc la tension intérieure, parce que sont à l’œuvre quatre oppositions, dont surtout un Soleil face à une triple conjonction Lune-Neptune-Pluton ; tri-dualité sur-tendue encore par Mars lui-même en formant avec ces deux pôles un triangle rectangle de quatre carrés ! On a là un véritable ciel d’orage …
La configuration la plus pittoresque est assurément la valeur contrastée du Soleil du Sagittaire, épaulé par le trigone de Jupiter et le sextil de Saturne en I, et du point d’opposition de la triple conjonction Lune-Neptune-Pluton en IX. C’est là un Janus qui campe une face éclairée, lumineuse, de force et de grandeur, et une face enténébrée de débilité. Cette culmination lunaire s’apparente à la haute marée d’un imaginaire ténébreux : désordre profond, trouble obscur, jungle d’une cour des miracles, chaos à relent de diablerie. Oui, sans doute, le monde intérieur de Franco – écartelé entre deux postulations contraires qu’il satisfait conjointement – ressemble à un combat entre le bien et le mal, dressant l’image supérieure (triangle Soleil-Sagittaire/Jupiter-Bélier/Mars-Poissons) d’un condottiere, d’un croisé, d’un Saint-Michel campé dans l’affrontement de puissances maléfiques, lesquelles font figure de dragon infernal, mal auquel ne va pas tarder à s’identifier en lui une malfaisance publique, se confondant avec le déchaînement anarchique des forces populaires de son pays.
Ce qui n’est pas si étranger à la mythologie politique de ses partisans qui l’ont hissé au rang de « sentinelle de l’Occident » et d’ « homme choisi par la Providence pour sauver son peuple ». Car s’il a été. un des hommes d’Etat les plus détestés de son temps (il aurait subi deux-cents tentatives avortées d’attentat), il a aussi reçu l’honneur d’être l’un des plus adulés.
Cherchons l’expression première de cette division intérieure dans l’enfance. Nul doute que Franco porte en lui une blessure profonde. Rien ne peut mieux illustrer le ressenti d’un désaccord père-mère que la dissonance des luminaires. Or, ici, il s’agit d’une opposition qui est au surplus angulaire et qu’aggrave un double carré de Mars. Son couple parental est désuni, au point d’aboutir au départ du père, que l’enfant avait idéalisé. La déception est d’autant plus profonde que l’indigne vit en concubinage avec une étrangère, « horrible péché » qu’il ne lui pardonnera pas, accumulant une rancœur intense, chargée de mépris, de rejet, de reniement. Il ne se réconciliera jamais avec ce père, Nicolas, nullement impressionné, par le Caudillo qu’il ne cessera de critiquer, comme dans l’enfance, jusqu’à son décès survenu en 1942.
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