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Les Chefs d'État de la seconde guerre Mondiale

 

AVANT - PROPOS

 

Quand un auteur propose un ouvrage, il importe au lecteur de savoir ce qui l’a incité à l’écrire. Ma motivation a été impérative : le désir de savoir ce qu’on pouvait lire dans les thèmes de Hitler, Staline, Mussolini, Churchill ; ce qu’on pouvait comprendre de ceux de Pétain, de de Gaulle … puissants de ce monde qui ont forgé notre histoire au cœur du siècle achevé.

 

L’astrologie en est encore à la balbutiante approche d’un déchiffrage de l’humain et doit poursuivre son effort pour un meilleur résultat sur ce terrain pratique de l’exercice interprétatif.

 

Elle se donne un objectif dans une visée où l’abstrait et le concret se rejoignent : la perception de la totalité psychologique et événementielle d’un être au cœur de son existence, le caractère étant l’étoffe dans laquelle se tisse la destinée, le concours extérieur de celle-ci lui renvoyant son écho. D’où l’ambitieuse interprétation globalisante d’un tout humain, embrassant la spécificité du sujet dans son ensemble configurationnel.

 

Ma conviction la plus entière, inlassablement répétée, est que l’interprétation de thèmes de personnages publics – leur réputation, de quelque ordre qu’elle soit, les dévoilant et permettant de s’en faire une représentation, témoignage spectaculaire d’une amplification tendancielle – est ce qui manque le plus pour la formation astrologique, rien ne valant mieux que l’exemplarité d’une application du savoir rendant un message fort. C’est là, au surplus, une manière de leçon d’anatomie, le scalpel en main.

 

Or, ici, le modèle du genre n’est rien moins qu’un panthéon de chefs d’Etat, leaders charismatiques, géants de la politique aux suprêmes destins, sur fond de l’écran du monde où se jouent des scènes extraordinaires. Bref, les captivants accoucheurs de l’histoire au cœur du XXe siècle !

 

Que sont-ils ? Pourquoi en sont-ils venus là ? Comment ont-ils consommé le gâteau du pouvoir ? Quel souffle historique passe-t-il à travers eux ? On connaît la phrase de de Gaulle : « Ce qu’Alexandre appelle son destin, César sa fortune, Napoléon son étoile, qu’est-ce donc, sinon la conviction qu’ils ont été chacun élu po ur jouer un rôle historique ? ». Ce qu’il est bon de comprendre, justement, c’est, inscrite au plus profond de l’être, cette légitimité intérieure par laquelle, comme missionné, l’homme d’Etat incarne son pays en donnant son cachet personnel à l’histoire. De là tout un programme consistant à le faire revivre à travers son thème.

 

Pour y parvenir, repartons de la psychologie astrale des anciens en se reposant la question : que représente le thème et quel langage parle-t-il ? On sait que la tradition puisait à la source de la mythologie avec ses dieux astraux, la planète étant le support externe d’une puissance en soi, personnage intérieur jouant son rôle sur la scène du microcosme, le théâtre psychique de la personne. A la manière du démon qui habite Bonaparte, ressenti en lui comme une force mystérieuse qui le pousse vers un but qu’il ignore et le rend invulnérable tant qu’il ne sera pas atteint.

 

La carte du ciel est la figure d’un moment-lieu de l’architecture du monde, formule d’univers propre à servir de carte d’identité céleste à une formule humaine, réplique d’un dedans à un dehors.  Leur relation d’équivalence est particulièrement informatrice au niveau infra-psychique des forces primordiales qui s’expriment en l’être humain ; puissances originelles au langage inconscient, dont la sensibilité profonde à résonance analogique s’enregistre sur les grands claviers des symboles universels, représentatifs des fondements de la condition humaine. En une visualisation de répartitions astrales, diversement positionnées autour de l’être, chaque corps planétaire incarnant un centre fonctionnel avec son foyer de tendances, le dessin du thème devient un véritable « tableau de bord » aux multiples informations ; organigramme d’interférences de composantes diverses, livrant les modes associatifs ou conflictuels du pluralisme des instances psychiques que décèlent en nous nos modernes psychologues, petits enfants des arrière-parents des temps mythologiques. C’est d’ailleurs dans cette optique que l’on peut apprécier cette considération de Gabriel Marcel : « J’ajouterais volontiers, au risque de scandaliser, que l’astrologie, quoi qu’il faille penser en dernière analyse de ses méthodes et des résultats auxquels elle donne lieu en fait, aura présenté (…) cet intérêt majeur d’attirer l’attention sur l’idée d’une figure, d’une configuration de la destinée individuelle. » (Nouvelles littéraires, 6 juillet 1950).. Configuration psycho-existentielle.

 

Cette lecture astrale s’ordonne selon le rang tenu par chaque partenaire de la composition planétaire. Est enclin à prévaloir l’indice ou le groupe factoriel fugace, qui ne tient qu’au croisement du moment et du lieu, spécifiquement affecté au ici-maintenant natal ; plutôt qu’une configuration de fond de longue durée, qui, certes, tapisse les astralités du natif, mais ne lui est pas aussi personnelle.

 

La tradition a su donner une place centrale au phénomène majeur qui s’attache à la singularité de la naissance en privilégiant le passage d’un astre à l’horizon ou au méridien, en particulier son lever ou sa culmination. Il suffit, par exemple, qu’une planète passe à un angle et aspecte l’autre angle pour être « maîtresse de la géniture », c’est-à-dire pour avoir une position de « dominante ». C’est de là qu’est issue la typologie astrale dans le cadre d’une théorie des « signatures ». Véritable grand livre de la nature, l’alphabet planétaire livre les blasons des grandes familles humaines : le lunaire, proche de sa pulsion vitale profonde, imaginatif, réceptif, instinctif ou sensible ; le marsien, musclé ou énergétique, tout en désirs ou en combativité ; le jupitérien, sanguin extraverti, tout en puissance sensorielle et expansive ; le saturnien, nerveux concentré, cérébral introverti, etc …Archétypes qui, à travers mille variantes,, reviennent constamment sous nos yeux. Impossible de ne pas reconnaître, quand on aligne côte à côte marsiens, jupitériens et saturniens, « l’air de famille » qui différencie et distingue en gros plans ces catégories d’individus, ces patrons de haute volée fondant la principale caractérologie astrologique.

 

Puisque nous sommes en compagnie des hommes d’Etat, usons de ce premier coup de sonde pour nous livrer, parmi eux, grosso modo, à un bref inventaire de trois familles planétaires.

 

Le style de l’homme d’Etat saturnien est celui d’un caractère froid, calme, effacé, rigoureux, discipliné, dépouillé, impersonnel, sévère, austère ou morose…On peut le reconnaître chez Charles Quint, Philippe II d’Espagne, Elisabeth Ier et Charles Ier d’Angleterre, Guillaume d’Orange, Colbert, Robespierre, Lincoln, Gladstone, François-Joseph II d’Autriche-Hongrie, Sadi-Carnot, Poincaré, Wilson, Doumer, Salazar, Staline, Mao tsé-Toung, Adénauer …Tout à l’opposé est celui de l’homme d’Etat jupitérien au caractère chaud : le bon vivant démonstratif, haut en couleurs, jouant avec faste ou bonhomie  de sa présence, de son savoir-faire, de sa sympathie ou de son autorité, usant de toute sa liberté : François Ier, Louis XIV, Napoléon, Metternich, lord Palmerston,  Disraëli, Fallières, Millerand, Hindenburg, Roosevelt, Churchill, Spaak, Erhard, Brandt, Pompidou, Baladur… Ce qui tranche encore avec l’homme d’Etat marsien dur, agressif, combatif, plus ou moins violent : Richelieu, Bismarck, Gambetta, Clemenceau …

 

Naturellement, dans la réalité, il n’existe pas de cas pur, la « signature » de chacun étant le produit d’une mixtion de plusieurs notes astrales : si Louis XIV et Napoléon sont soli-jupitériens,  c’est un Jupiter lunarisé qui prévaut chez Fallières, Auriol et Pompidou, tandis que Mars fait avec Jupiter équipe égale chez Chirac … Et gardons-nous de figer ces signatures, de Bonaparte à Napoléon s’opérant une mutation de Soleil-Jupiter à Jupiter-Soleil. Outre que, cette signature étant à proprement parler une configuration qui a sa spécificité où interviennent divers facteurs du thème, le profil du type a tôt fait de s’étoffer de valeurs individualisantes à partir de la prise en considération du signe où se trouve la « dominante » ou « co-dominante », de sa position en secteur et de ses aspects. Chemin faisant, on assiste à l’intégration du noyau central de cette dominante à l’ensemble de la configuration natale. Ainsi progresse le cheminement de l’interprétation dans une saisie de l’être de plus en plus personnalisée.

 

Telle est la démarche d’analyse du thème jusqu’à sa synthèse qui nous vient de la tradition. Des écoles modernes ont tenté de renouveler cette pratique interprétative, la figure astrale se prètant en effet, à d’autres manières d’investigation. Ont-elles fait mieux que les anciens ? Leur progrès n’est-il pas plutôt un recul ? Le plus en vue des apports nouveaux est le recours au dessin planétaire, selon la répartition des dix astres autour du cercle zodiacal, conduisant à la distinction de divers types : éparpillé, bol, seau, balançoire, trépied, bouquet …Hélas, la formulation typologique de ces catégories est si abstraite et réduite, sinon si vague, qu’elle n’offre pas prise à une véritable représentation d’un type humain : rien de comparable avec la substantialité du type planétaire qui est un véritable archétype. Il ne faut pas s’en étonner : seule la surface de la figure astrale rend compte de ces compositions, sans doute intéressantes au second degré mais nullement directives. L’essentiel se passe à l’intérieur de cette figure.  En outre, la « descente » interprétative  du thème connu au sujet à connaître implique une virtuelle possibilité de « remontée » du sujet connu à son thème inconnu, un tel va-et-vient d’effet miroir ne fonctionnant qu’à travers la reconnaissance des signatures élémentales et planétaires, occasionnellement zodiacales.

 

Autre propos : l’amélioration de la précision, l’évaluation de la dominante et des sous-dominantes relevant du quantitatif. Grande a été la tentation de régler l’affaire en opération chiffrée. Grâce à d’heureuses cotations d’un ensemble de variantes, y est-on parvenu ? La mise au point d’un tel étalonnage ne peut se faire que sur des critères livrés par des matériaux psychologiques testés, ce qui reste à faire, et il n’est pas aisé de noter des indices à valeur dialectique avec un pôle de force et un pôle opposé de faiblesse.  Certes, il y a, par exemple, moins de Mars angulaires chez les artistes que chez les militaires, mais, en l’occurrence, le jugement de la tendance marsienne ne risque-t-il pas d’être faussé par les apparences, en sous-estimant l’agressivité d’un peintre et en surestimant celle d’un parachutiste ? Comme si la violence physique extériorisée devait peser plus lourd que la violence rentrée ou sublimée qui se libère sur une toile, comme celles d’un Goya ou d’un van Gogh. Il est souhaitable d’en arriver à un calcul invariable du potentiel planétaire du thème, et sans doute une telle estimation est-elle un objectif à atteindre. Nous n’en avons encore que des ébauches fort décevantes. En attendant, ne vaut-il pas mieux une convenable approximation d’évaluation empirique qu’un résultat de chiffres faux ?

 

« Dans l’existence la plus décousue, il y a un principe directeur », aimait à dire Jacques Bainville. C’est justement à la recherche de ce qui ressemble à ce principe directeur que veut tendre notre effort.  Généralement, le biographe ou l’historiographe n’a pas la clef de son personnage. Le défilé de sa vie le conduit à un étalage de tout l’éventail des dispositions que celui-ci porte en lui. Ce qui fait trop souvent un pêle-mêle de qualités et de défauts de son héros, livré sans idées directrices profondes.

 

Or, là où la plupart de ces auteurs se contentent de ne relever que des traits de caractère épars, isolés et dispersés, sur le fond d’un tableau bigarré et décousu, nous pensons pouvoir, détectant analogiquement des liens profonds, percevant la solidarité foncière de tendances parallèles, reconstituer des ensembles cohérents, passant en quelque sorte de la périphérie d’un réseau de facteurs apparemment disparates, au sous-jaçant d’une artère centrale unificatrice, telles se présentant nos « composantes » de personnalité.

 

Et à ce niveau, alors que ces mêmes observateurs se heurtent à l’incompréhensible de contradictions radicales, tenant de l’inexplicable, nous pouvons découvrir d’intelligibles rapports d’instances psychiques : cohabitation d’ensembles de natures différentes, coexistence de composantes autonomes et étrangères les unes par rapport aux autres, aux relations harmoniques ou dissonantes. Nous sortons du spectacle apparent d’un pointillisme de tendances, d’un poudroiement diffus de dispositions se perdant dans l’indifférencié, pour aboutir à un tableau stylisé, avec ses plus ou moins savants rapports de lignes et de formes. Comprendre le principe directeur de l’individu consiste précisément à dégager l’ordonnance d’un tel tableau – l’architecture intérieure - qui est la configuration propre du sujet.

 

En une telle prise de vue, ce n’est plus seulement le cadre apparent d’une description du portrait psychologique qui est perçu Accès est donné à l’exploration interne de l’être en fonctionnement vital, livrant ainsi passage d’un plus ou moins connu à du méconnu ou de l’inconnu. Spectacle d’une nature saisie sur le vif, tissant consciemment son bonheur ou fabriquant inconsciemment son malheur, histoire enfin comprise d’une réussite ou d’un échec.


 

Adolf   HITLER

 

Posé au centre de la plus gigantesque catastrophe de l’histoire moderne, le personnage d’Adolf Hitler se découpe dans le tissu même de ce sombre drame universel, en ayant été l’auteur-acteur numéro un. Plutôt que de l’en extraire, l’y insérer est la meilleure façon de le saisir réellement, tout en sachant que cette prise de vue engage un jugement de valeur sur son compte. Ceux qui se sont penchés sur son cas n’y sont pas allés de main morte, Hitler ayant été tenu tour à tour comme le plus pur paranoïaque, le plus parfait hystérique, le pire mythomane , etc …, le personnage recouvrant précisément dans toute sa polyvalence les plus divers tableaux de la clinique psychopathique. Placé comme il l’est au point focal de la tragédie planétaire de la Seconde Guerre mondiale que nous avons vécue, il est normal que le dictateur allemand ait été un exceptionnel point de rencontre personnel de toutes les forces de destruction qui s’y sont déployées, courants dont il a été tout à la fois l’émetteur et l’exécuteur. Sans prétendre épuiser ce sujet, en dépit et à cause de la monumentale documentation qui le concerne, cherchons du moins  à dégager une ligne de vérité générale à travers ce Hitler de l’histoire : celui de Mein Kampf, des discours, des propos de table, des procès verbaux sténographiques, le Führer, le «  seigneur de la guerre » .

 

Le document de l’état civil nous informe qu’il est né à Braunau am Inn à proximité de la frontière allemande en Autriche, le 20 avril 1889 à 6 heures et demie du soir. Ce qui s’observe en premier lieu sur sa carte du ciel en matière de configuration planétaire est qu’il est né au lever d’Uranus, phénomène observé chez bon nombre de politiques contemporains : Goering, Degrelle, Blum, Daladier, Laval, Doriot, de Gaulle, Roosevelt , Mussolini ayant l’astre à la culmination.

 

Ce qui est commun à ces hommes – donnée qu’Hitler va pousser au paroxysme – c’est un coefficient supérieur de volonté d’affirmation, un potentiel surélevé de personnalité, voire l’inflation d’un Moi  tendu vers la nécessité impérieuse de devenir. Ce qui se manifeste d’abord en indépendance et en révolte.

 

Quoique je n’eusse encore que onze ans, je fus forcé de résister (à mon père) pour la première fois … Je ne voulais pas devenir fonctionnaire civil (…) non, cent fois non …

Je garde le plus désagréable souvenir de mes maîtres.

 

Force qui, ensuite, se discipline pour se mettre au service de l’ambition jusqu’à l’ascétisme d’une passion souveraine mobilisant toute la personne .et faisant « l’homme fort ».  Le registre qualitatif de ce penchant au totalitarisme ou au gigantisme s’étale de Prométhée, le ravisseur du feu céleste à la grandeur libératrice, à l’apprenti sorcier, aventurier dépassé par sa démesure, victime du déchaînement des éléments qu’il a déclenché  Ce qui va du Passionné (version caractérologique de l’Emotif-Actif-Secondaire) dont la force personnelle se met au service d’une cause impersonnelle et générale, au paranoïaque coagulé dans le délire de sa vision déformante de l’univers.

 

Chez Hitler, cette signature uranienne (que pourrait renforcer un quintile de l’astre au Milieu du ciel), qui est déjà par elle-même un facteur d’un étonnant relief, est accompagnée et pour ainsi dire épaulée par une autre configuration très forte et à signification très particulière. Il s’agit de la culmination de Saturne entraînant derrière lui un concours planétaire important. Un Saturne du Lion, chargé du capital d’une conjonction Lune-Jupiter en Capricorne (résonance d’astre à signe par maîtrise et de secteur X à Xe signe) et relayé par le Soleil, son maître, qui rejoint par trigone la conjonction capricornienne, elle-même sous le quintile de l’Ascendant !  Si bien que le composé saturnien se trouve étroitement jumelé au composé uranien de la personnalité ; ceci d’autant plus qu’un sextil relie les deux planètes. Ne négligeons pas pour autant le Soleil, impliqué dans la configuration saturnienne comme on vient de le voir,  en tant que co-dominante par sa position au Descendant, en un tout Uranus-Saturne-Soleil.

 

Hitler a ouvert la page saturnienne de sa vie avec la mort de son père le 3 janvier 1903 (Saturne à 28° du Capricorne , à deux pas du Fond du ciel), puis celle de sa mère le 21 décembre 1908 (Saturne carré à la Lune avec Neptune en VIII dissoné).  Avec ce double orphelinat (Saturne en X), les quatre années suivantes, de 1909 à 1913 sont celles d’un adolescent vivant une lamentable misère que nous aborderons plus loin (traversée de Saturne sur les six positions planétaires du Bélier aux Gémeaux).

 

A la triple angularité Uranus-Saturne-Soleil, il faut aussi ajouter Mercure en Bélier qui se couche et se trouve en opposition d’Uranus.

 

Si l’on songe que la signature uranienne a le propre d’individualiser l’être au maximum, en le personnalisant sur le mode négatif d’un excentrique inadapté, avant de lui permettre d’acquérir une authentique originalité, on conçoit quelle figure singulière peut donner un type « ultra-sec » urano-saturnien mercurisé. Nous avons là la silhouette de cet étrange personnage, grand nerveux facilement en transe, au visage rude et crispé, pâle et cireux, avec ses traits tourmentés, un regard fixe en dépit d’une mimique agitée, la touffe noire d’une moustache en brosse, étroitement encadrée sous un nez projeté, et un front barré d’ une mèche en pointe.

 

Cet uranien mercurisé en régime d’opposition où pointe le Bélier, donne un type de personnage éruptif et torrentiel, dont le frémissement en secousses sismiques est fait de sautes d’humeur imprévisibles, de brusques éclats de fureur, de décharges de haute tension fulgurantes. C’est là un personnage tout en nerfs, atteignant son point de fusion dans une débauche de gestes et d’expressions, gesticulant, fulminant, vociférant ; théâtralité survoltée d’un puissant pouvoir magnétique sur les foules.

 

 

  C’est aussi de cet uranien mercurisé qu’Hitler tient son intelligence intuitive. Cet homme se fonde sur l’éclair d’un esprit qui « sent » les choses au point de ses pressentir. Par delà les opinions admises les mieux établies, il tient à la valeur des idées non consacrées dont il peut tirer parti. Lui, ce caporal autodidacte nouveau venu, à peine sorti de son trou et ignorant tout des affaires, devenu chef d’Etat, en arrive vite à éblouir le Corps diplomatique et le Haut-Commandement, par la justesse de son coup d’œil et l’habileté de sa tactique.

 

Il n’a pas son pareil pour déceler les points faibles de l’adversaire, pour déjouer ses réactions, comme s’il détectait les états latents en passe de devenir et agissait sur le possible pour le faire mûrir dans le sens qui lui soit favorable. Aussi sait-il placer sa chance dans des espoirs exagérés, sinon insensés, qui vont dans le sens de l’histoire qu’il impose.  Il devient le chef de la guerre-éclair, Blitzkrieg dont les coups d’éclat rempliront le monde de stupéfaction ! Toute sa politique d’homme en transe perpétuelle consiste d’ailleurs en une improvisation à l’extrême pour jouer de vitesse dans un recours à l’effet de surprise en une audace insurpassable. Il est un insolent joueur de parties de poker, champion du possible défiant l’impossible. Rien de plus évocateur, à ce sujet,  derrière ses conquêtes politiques : la Rhénanie, l’Anschluss,  les Sudètes, la Tchécoslovaquie et Memel, que ce champion du Pacte Antikomintern en arrive au coup de théâtre du pacte Germano-Soviétique ! Cela explique la réussite de toutes ses audaces jusqu’à outrepasser sa limite en perdant le sens de sa mesure.

 

L’uranien mercurisé ne suffit pas à expliquer que Hitler ait pu pousser jusqu’où l’on sait sa volonté de puissance. Il nous montre le dictateur à la besogne, dans son style de politique, mais d’où lui vient ce ressort ressenti en lui comme un absolu ? C’est ici qu’intervient ce Saturne culminant (plus largement le complexe Saturne-Soleil déjà évoqué) qui lui donne un aplomb stupéfiant, une force imperturbable, une confiance illimitée en soi-même. Pour en être venu à renoncer pratiquement à toute vie personnelle afin de s’adonner à une seule et unique cause, il en arrive à croire qu’il détient un pouvoir spécial dans la conscience d’être prédestiné, devant tout sacrifier à une mission sacrée assignée par la Providence :

 

Je suis le chemin que m’indique la Providence, avec l’assurance d’un somnambule.

 

Certes, il était l’instrument des forces de la conjoncture mondiale qui agissaient à travers lui à des fins échappant à son propre entendement, mais l’échec de la série de tentatives d’attentat fomentés contre sa personne – il en réchappait chaque fois – lui donnait l’illusion de l’invulnérabilité. D’où sa croyance aveugle en son infaillibilité, finalement partagée autour de lui. Il donnait l’impression de ne s’être jamais trompé dans ses folles aventures, jusqu’en juin 1941 quand il attaqua l’Union Soviétique. Là, il comptait écraser l’Armée rouge en moins de trois mois et tout son Etat-major en était du même coup convaincu.  En réalité, la mission historique que lui inspirait « sa » providence l’inclinait à obéir à la loi primitive du tout-ou-rien dans le plus sauvage accent du fanatisme.

 

Si, dans le triumvirat psychique de Hitler, Mercure coopère avec Uranus davantage en extériorité (après tout, il est au Descendant), dans la dyarchie Uranus-Saturne, c’est tout l’arrière-plan, le fond de l’être, qu’apporte celui-ci, c’est-à-dire le monde des forces profondes qui ressemble à la colère d’un chaos et que, sous sa baguette de chef d’orchestre, le premier entend ériger en symphonie politique.

 

Car ce qui laisse le plus à désirer parmi ces trois instances centrales, c’est bien la composante saturnienne, l’astre étant particulièrement dissoné : en Lion, lieu dit traditionnellement de son « exil » et surtout au carré-antice d’une conjonction Vénus-Mars. Parce que cette conjonction est en Taureau, comme s’y trouve également le Soleil maître de Saturne, c’est tout un complexe Saturne-Taureau qu’il convient de saisir, leur terrain commun relevant, selon le langage freudien, du « stade oral ».

 

Qu’on me permette l’analogie d’une image zoomorphique. Autant Goering peut se laisser caricaturer en fauve de type panthère (avec sa calotte crânienne fuyante, il en a la morphologie, et non moins la psychologie). autant, en raccourci, Hitler fait penser au loup famélique. Il est significatif qu’on ait appelé le « repaire du loup » (Wolfsschanze) son Quartier général près de Rastenburg, au cœur des bois lugubres de Mazurie, les trois années et demie de la guerre russe, et qu’il ait vécu la fin de sa vie sinistre, cloîtré dans son bunker, terré et traqué à l’instar de cet animal maudit.  Et même, son dernier grand biographe, Jan Kershaw, va plus loin : « Le nom même de « Tanière du loup » était encore une manière de jouer sur le pseudonyme préféré de Hitler depuis les années 1920.

Il aimait en effet s’appeler « Wolf », dont Hitler était soit-disant dérivé et qui évoquait la force. »

 

Il y a là une identification qui passe par l’aspect dévorateur du loup famélique, car notre Hitler saturnien est fondamentalement un mal sevré frustré, en proie à une monstrueuse avidité, d’un appétit vorace insatiable : il crie famine !  De l’époque saturnienne des années 1909/1913, il dit qu’il n’avait jamais assez à manger :

 

La faim ne cessait de me tenir compagnie, ne me quittait pas une seconde et se mêlait à tous mes actes … Ma vie était une lutte continuelle contre cette compagne impitoyable.

 

C’est à  ce point  qu’il garde un singulier souvenir de la guerre des tranchées où, lui qui, sans pitié aucune, fera périr les individus par millions, retirant même aux Allemands le mérite de vivre pour avoir perdu la guerre, aura une lueur d’affection pour quelques souris affamées venues grignoter des miettes dans sa carrée de soldat :

 

J’avais tant connu la faim dans ma vie que j’imaginais facilement celle des petites bêtes, et aussi leur joie de manger.

 

Soyons sûrs que ce thème de la faim, leitmotiv de toute son adolescence, n’est que la réactivation d’un traumatisme ancien et profond de frustration.

 

Mais avant que cette boulimie dévorante ne vienne gonfler  les voiles de son bateau politique, nous faisons d’abord connaissance avec le Hitler adolescent saturnien, être pénible qui a du mal à se trouver. Il apparaît comme un garçon pâle et maigre, timide et réservé, solitaire, sans amitié et indifférent aux femmes ; il vit à l’ombre de ses rêves et broie du noir, dans une sorte de léthargie. Neurasthénique, paresseux, incapable de discipline, de travail suivi, sans emploi régulier. Inapte à gagner sa vie, sans famille ni foyer fixe, longtemps il mène une vie de misère et de privations, lamentable clochard hantant les soupes populaires ; au mieux, bohème déçu en mal d’impossible grandeur artistique (il peint des cartes postales qu’il vend dans la rue). L’artiste peintre qu’il rêve d’être n’ira pas loin.

 

Pourtant, on voit déjà poindre, d’une façon sporadique, derrière ce climat maussade fait de longues périodes d’abattement, d’indolence et d’indifférence, la poussée forcenée d’une ambition à-demi refoulée : le jeune Hitler sort de sa léthargie par accès de colère, sous forme d’éclats de violence verbale. On le voit subitement se livrer à des discours sauvages et frénétiques où il lâche la bride à sa haine. Et déjà adolescent, dans un déluge de paroles, il s’en prend  à des sujets généraux et politiques : les Habsbourg, les sociaux-démocrates, les juifs, les prêtres …Sous cette pression intérieure, sa conjonction capricornienne du secteur III se dévoile d’abord à lui en livrant passage à son appétit vorace : sa boulimie s’est muée en passion de la lecture et les livres qu’il dévore sont ceux d’un saturnien tourné vers le passé, satisfaisant son goût pour l’histoire allemande et la mythologie germanique, enracinant ainsi en lui la vocation de la politique.

 

Or, de concert avec les puissances saturniennes dont va se nourrir l’uranien pour les organiser en système et les digérer en forces politiques, s’exerce le Mars du Taureau par son carré, faisant un cocktail détonant d’avidité et d’agressivité.  Si déjà le Hitler saturnien, tout en projection sur le monde, voit les hommes conduits par la peur, l’envie, et les motifs les plus bas, l’instance Mars-Taureau qui est en lui se charge d’une énergie animale de buffle avec sa brutalité féroce, puissance incarnant ce paroxysme de « fureur teutonique » qu’il contribuera à déchaîner.

 

De proche en proche, nous en arrivons à l’ultime configuration expliquant ce qui est arrivé à travers, cette fois, la conjoncture de la génération de Hitler. Il s’agit de la conjonction Neptune-Pluton, impliquant ce qu’il y a de plus irrationnel en l’être humain. Cette génération porteuse de cette conjonction en vécut la principale manifestation lorsque Uranus , en compagnie de Jupiter et Saturne,  la transita, c’est-à-dire durant cette Seconde Guerre mondiale. Or, il est particulièrement significatif que Hitler avait cette conjonction en secteur VIII, celui de la mort.. Il y a là comme le symbole d’un foyer collectif du monde de Thanatos qui tapisse le fond de son être..

 

Or, c’est déjà ce qu’expriment ses pulsions personnelles saturno-marsiennes quand le jeune Hitler expulse une haine féroce dans ses discours, appelée à déboucher en direct sur une rage de dévastation et de destruction., une véritable passion de l’anéantissement des choses et de soi-même, pouvant préfigurer un chaos universel et un Führer s’écroulant puis se suicidant dans une apocalypse.  Ceci nous explique  que la terrible guerre de 1914-1918 ait été « le temps le plus inoubliable et le plus sublime de toute mon existence terrestre », la vie au front avec son tragique, son monstrueux, son horrible, se révélant pour lui plus intéressante que la tranquillité du temps de paix : il y était dans son élément, alors que Saturne repassait .sur sa position natale On conçoit que, rendu à la vie civile, il ait éprouvé – inadaptation à la normalité – du dégoût pour la monotonie et la banalité du train-train quotidien, en aspirant à un nouvel enfer et en contribuant à l’engendrer.

 

La racine de ce qui peut l’y conduire est ce qu’il ressent au plus profond de lui : la haine, et c’est cette motivation maîtresse qui va jusqu’à fonder son idéologie :

 

La lutte est la mère de toutes choses. Ce n’est pas grâce aux principes d’humanité que l’homme peut vivre ou se maintenir au-dessus du monde animal, mais uniquement par la lutte la plus brutale. (…) . Pour qu’un peuple soit libre, il a besoin d’orgueil et de liberté, de défiance et de haine, de haine et encore de haine.

 

Ce qui l’amène à faire bon marché de la vie humaine :

 

Oui, il faut prendre des gens braves et hardis, prêts à exposer leur vie comme tout soldat expose la sienne. Et puis, qu’est-ce que ça signifie la vie ? L’individu ne peut échapper à la mort. Ce qui reste vivant au-dessus de l’individu, c’est la nation. Mais comment un homme peut-il avoir peur de cet instant grâce auquel il peut se libérer de l’affliction, à moins que le devoir ne le retienne, dans cette vallée de misère ! Allons donc !  Et il dira quand tout est perdu : Si la guerre est perdue, la nation doit périr.

 

Si le sacrifice de l’individu à la nation va de soi quand un ennemi la menace, que penser de ce raisonnement de la part de l’agresseur ? En fait, avec lui, c’est le retour au sauvage, à la loi de la jungle. Il va d’ailleurs bien vite trouver un exutoire à ses pulsions dans une Allemagne défaite, livrée à la révolution et à la misère. Il est significatif qu’il entre dans l’arène politique à la faveur d’une crise morale, économique, sociale, apportée par cette situation et qu’il en vienne progressivement à se faire le porte-parole des instincts de tout un peuple qui souffre.  Le secret de sa réussite va consister à incarner un état d’âme collectif représentatif d’un pays éprouvé par sa défaite et victime d’un traité de paix inique, au point que la masse allemande se reconnaisse en sa personne.  De là à incarner un nationalisme humilié et spolié, en proie à la haine, à la rancune, à des désirs de vengeance, allant jusqu’à exploiter au maximum l’amertume et la détresse pour mieux soulever la lie, la boue des plus basses vagues de fond du pays. Et, bien sûr, le programme politique de l’agitateur ne peut que viser à détruire de la façon toujours la plus agressive. Il s’agit d’abattre les adversaires qui ne manquent pas : cela commencera par la République de Weimar, responsable à ses yeux de tous les maux, et il finira par être, ou peu s’en faut, l’adversaire du monde entier.

 

Plus encore, ses moyens de combat relèvent de la pire sauvagerie. Au pouvoir, il fait preuve d’un manque de scrupules et d’un cynisme qui coupent le souffle à tous ses adversaires : il promet n’importe quoi, signe n’importe quelle pièce, sans rien respecter. Chaque fois qu’il arrache une conquête, il jure que c’est sa dernière revendication. Chamberlain et Daladier ne sont pas sitôt revenus de Munich que déjà il se prépare à envahir la Tchécoslovaquie , non sans avoir clamé haut et fort, en signant le pacte : « Nous ne voulons pas de Tchèques chez nous. ». L’homme n’a aucune parole. Au surplus, entouré d’une équipe de voyous, il élève le gangstérisme de la pire espèce à l’échelle de l’institution d’Etat, dont la seule loi est celle de la terreur, des camps de concentration et de la mort.

 

Pourtant, en dépit de l’importance monstrueuse de cette agressivité marsienne sur fond de Maison VIII, l’avidité saturnienne demeure la tendance prédominante qui donne le sceau à son destin.  Ce qui, à l’origine, était un cauchemar de la faim, va devenir finalement, par déplacement de la boulimie initiale instinctuelle au champ des suprêmes ambitions, entreprise désespérée de chef d’Etat à vouloir avaler le monde.  Chemin faisant, l’ascétisme de Lune-Capricorne gagne tout le terrain de sa vie privée qui sera quasi-inexistante : Hitler devient vite végétarien et bâcle ses repas ; il ne boit pas, ne fume pas non plus et il est aussi abstinent. Tous ses besoins sont réduits à l’élémentaire, au sommaire ; et le Q.G. au fond duquel il finira par se terrer ressemblera à un « mélange de couvent et de camp de concentration » (Jodl). Mais sur le terrain du chef de l’Etat, avec sa politique de « l’espace vital », il n’en aura jamais assez – il faut savoir les rêves démesurés qu’il brossait, croyant déjà avoir vaincu les Soviétiques, sur l’étendue de la Grande Allemagne à l’Est jusqu’en Asie et pour un règne de mil ans – et c’est cette rapacité sans fin de famélique politique qui le perdra.

 

Prenons-le au départ.  En septembre  1919, le Département politique de l’Armée le charge de surveiller l’activité d’un groupuscule qui s’intitule Parti Ouvrier Allemand. Neptune transite son Saturne, assisté de Jupiter. Il se fait admettre comme septième membre du comité de ce parti qu’il prend très vite en main, lequel devient le 1er avril 1920 son Parti National Socialiste (Jupiter stationne à 8° du Lion).

 

Avec son premier meeting du 24 février  1920, Hitler s’est découvert son don principal qui relève autant de sa conjonction capricornienne en III (pouvoir de l’expression) que de l’oralité du couple Saturne-Taureau : il savait parler ! Dans son Mein Kampf, il s’étend beaucoup sur la force de l’éloquence en matière politique, sur la puissance magique du verbe (…) le pouvoir de la parole ; comme si toutes les ressources économisées par son ascétisme s’étaient réfugiées dans son organe vocal En tout cas, c’est un fait que le Hitler qui, en véritables transes orgasmiques, hurle, éructe, éjacule son avalanche de sons rauques, véhicule parfait d’une pensée sauvage, devient l’orateur le plus irrésistible de l’Allemagne. C’est l’arme par le moyen de laquelle ce maléfique enchanteur parviendra à satisfaire son inextinguible soif de puissance en devenant le dictateur absolu de son pays.

 

C’est encore dans une perspective orale Saturne-Taureau que s’inscrit son programme politique : la doctrine nazie de la race, du sang et de la terre. Le sol, la possession terrienne, la préservation de l’espèce et de la race reviennent comme un leitmotiv. On le voit obsédé par son désir d’unifier le peuple germanique, de le purifier, le renforcer et l’implanter dans le plus vaste sol nourricier qui soit (tout pour l’Allemagne au détriment des autres). Conceptions qui remontent à des racines profondément liées au passé et c’est ce qui explique que le Führer ait pu « libérer une force dynamique extraordinaire qui s’était trouvée longtemps enfermée dans le cœur du peuple allemand (Shirer).

 

Mais ce sont là conceptions d’un Taureau déformé par le complexe saturnien, car on voit réapparaître la faim derrière le paravent de cette doctrine politique : une faim semblable à celle qui tenailla l’Europe entière durant les années où Hitler en fut le maître. Car, la monstrueuse boulimie, chassée de sa vie propre et transmuée à la sphère de ses ambitions politiques, ressurgit dans l’exaltation d’un surhomme qui n’est finalement qu’une bête de proie avidement à l’affût du butin, avalant tout, jusqu’à l’extermination des étrangers « sous-hommes ». L’Allemand dont il voulait faire le « seigneur de la terre », n’est plus, en fin de compte, que le soldat d’une nation dévorante, qui va de conquête en annexion territoriale, sous la férule d’un chef insatiable qui en veut toujours plus, jusqu’à l’issue fatale de la guerre et la catastrophe finale. Son drame intérieur qui contenait en germe son échec, est que, inscrite dans le mouvement le plus élémentaire de son psychisme, son invincible « phagie » ne pouvait qu’aboutir à son propre engloutissement.

 

Avant de parvenir au pouvoir, Hitler tente un putsch à Munich le 9 novembre 1923 (Mars et Saturne transitent son Uranus) qui rate et est suivi d’une détention à la forteresse de Landsberg où il écrit son Mein Kampf (première sortie à l’automne  1925, quand Jupiter revient sur sa position en III) qui, atteignant les six millions d’exemplaires en 1940, en fait un millionnaire (sa conjonction  luni-jupitérienne en III) .

Sans jamais perdre espoir, il attend son heure.  C’est la venue de la grande crise économique des années trente qui le lui apporte avec une Allemagne en plein marasme qui voit sa monnaie s’effondrer avec des millions de chômeurs sur le pavé  Sa candidature à la présidence de la République contre Hindenburg en mars et avril 1932 en fait un leader national avec plus de onze millions de voix : Jupiter stationne sur son Saturne Et en juillet, son parti recueille plus de treize millions de voix, prenant la première place au Reichstag.

 

Et après diverses péripéties, il est nommé Chancelier du Reich le 30 janvier 1933 vers midi, Saturne culminant alors au-dessus de Berlin comme à sa naissance: Uranus , qui se levait à son entrée natale, effectue un lever transitaire en passant au Descendant, amorçant, avec Mercure, la série de ses transits aux six planètes du Bélier aux Gémeaux  (accompagné de Jupiter et Saturne) , parcours s’échelonnant sur la durée de son aventure dictatoriale, le passage solaire inaugurant ses victoires pacifiques, celui sur la conjonction marsienne situant l’entrée en guerre et le dernier sur la conjonction en VIII l’installant dans son calvaire.

 

Au pouvoir, il commence d’abord par se rassasier de puissance intérieure : ayant éliminé ses adversaires, toute l’Allemagne lui appartient.  Ce qu’il tente ensuite de faire, c’est la Grande Allemagne. Se mobilisant dans la politique de « l’espace vital », « pour nourrir notre peuple », il se lance dans la série de ses revendications territoriales, s’y présentant en victime, le pays qu’il menace étant l’agresseur et lui se répandant en protestations d’intention de paix, donnant chaque fois sa parole d’honneur qu’il s’agit de sa dernière revendication, etc. Il ira jusqu’à accuser Roosevelt d’ « acharnement à détruire une nation après l’autre », traitant les démocraties et Churchill de « fauteurs de guerre ». Le caractère illimité de sa voracité le conduira à imposer sur l’ensemble du continent un ordre nouveau, « l’empire du Herrenvolk, basé sur le travail servile des races inférieures » (Bullock), un empire de mil ans !.

 

Mais c’est sans doute sur le terrain militaire, face aux petits drapeaux plantés sur les cartes du front de la guerre, que l’avidité de Hitler est la plus criante.  Au cours de la campagne de Russie en 1941 , où l’Armée rouge ne se laisse pas abattre, il veut tout prendre en même temps : Léningrad qu’il entend rayer de la carte, Moscou et le Caucase pour son pétrole.  Son Etat-major le presse de sacrifier deux de ces objectifs pour concentrer toutes ses forces sur le seul autre.. Le chef de guerre ne se résigne pas à ces sacrifices et continue de courir après ses divers lièvres. Quand, enfin, il se range à l’avis de ses généraux pour se concentrer sur Moscou, il est trop tard … L’échec ne servira pas d’exemple pour la campagne de l’année suivante où Hitler commettra la même erreur fatale : il désirait atteindre la Volga et prendre Stalingrad, mais aussi arriver jusqu’aux précieux bassins pétrolifères du Caucase. Une fois de plus, il divise ses forces et, sans avoir conquis les puits pétroliers, c’est son armée qui se fait prendre à Stalingrad … L’indigestion de ce famélique était à son comble : à l’heure où le vent se mettait à tourner, il ne s’agissait plus que de rendre gorge.

 

C’est cette oralité Saturne-Taureau qui est finalement le principal piège du personnage, responsable de son échec Il est aussi un autre trait majeur de son caractère qui a joué un rôle important et où ce duo se retrouve avec Uranus : il s’agit de sa « sur-secondarité » caractérologique :

C’est à cette époque (les années de Vienne) que prirent forme en moi les vues de  mon action d’alors. Depuis, j’ai eu peu de choses à y ajouter, rien à y changer.

Voilà un être chez qui tout fait masse pour arriver au but fixé, inébranlablement établi dans la durée, avec fermeté, ténacité, obstination, jusqu’à l’entêtement aveugle. Il s’agit de poursuivre les mêmes pensées, les mêmes plans, les mêmes objectifs. Ce sont des idées fixes sorties des ruminations de son adolescence qui constituent son programme politique. Soudant ses actes aux mêmes pensées indéfiniment martelées, on le voit, inflexible, les réaliser avec un incroyable esprit de suite, étonnant le monde de le voir exécuter pas à pas le programme de Mein Kampf. . Tant qu’il est gagnant, c’est à ces dispositions qu’il doit ses réussites ; mais lorsque le vent tourne, que ses intuitions le trompent, il n’y a plus qu’un entêté sourd aux conseils, lourdement enfoncé dans ses aveuglantes erreurs. 

 

C’est le Hitler qui, malgré les supplications de ses généraux, persiste à décimer ses meilleures troupes devant Moscou puis à Stalingrad, répétant que la Russie est « virtuellement » vaincue, au bord de l’écroulement, ne voulant pas en  démordre ;de  même qu’il va se crisper à une seule idée butée : résister à tout prix jusqu’à un anéantissement final, alors que tout est déjà perdu. Cet homme frénétique, prématurément vieill et accablé d’une incommensurable fatigue, parvenait toujours , cependant ; à communiquer à ceux qui l’approchaient la contagion d’une furieuse volonté de résistance à tout prix.  Mais son délire tournait à vide dans un monde imaginaire ; terré dans sa vie recluse, solitaire, condamné à ses interminables monologues, il en venait à se livrer à une sorte de Kriegspiel irréel et hallucinant, songeant à passer en revue  d’obscures divisions fantômes, lançant des ordres impératifs à des armées déjà anéanties !

 

Quand l’heure est venue de transmettre ses dernières volontés, ce sont les mêmes litanies qui reviennent , rabâchant ce qu’il n’avait pas cessé de dire, comme s’il n’avait rien appris de nouveau depuis son éveil adolescent.  Avec quelle raideur : il ne peut y avoir de sa part ni erreurs ni fautes ; seules sont responsables les circonstances contraires, l’incapacité de ses généraux, la trahison de ses alliés, la conspiration des juifs qu’il a conduits au génocide… Lui seul a raison contre le monde entier !

 

Non sans quelque vraisemblance, on dit, quand on se donne volontairement la mort, que l’on choisit le suicide qui correspond à sa personnalité. A cet égard, que le pur Scorpion Goebbels, après  avoir exterminé ses six enfants, ait, avec son épouse Magda, ingurgité le poison mortel d’une capsule d’acide prussique, n’est pas pour nous surprendre. Quant à Hitler, après avoir fait empoisonner son cher chien-loup, entraînant dans sa mort au poison sa misérable compagne, Eva Braun, épousée à la dernière minute, c’est une balle de revolver dans la bouche qu’il se tire le lundi 30 avril 1945 à 15 heures 30. N’est-ce pas là une ultime illustration de la tragique oralité saturnienne de ce type Taureau ?     

 

Chronique du désastre annoncé.

 

Selon Luc de Marré, il y aurait eu seize versions proposées du thème de Hitler en fonction de la rectification de son heure de naissance. Il ne semble pas que la réalité diffère tellement de la version formulée par l’état-civil, la note finale relevant du transit de Pluton, venu de VIII, au Milieu du ciel. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les astrologues ne se sont point trompés sur son sort final :

 

Wilheim Becker, président de la Société astrologique de Berlin : « Tous ceux qui ont Saturne …(’…). Il n’est donc pas exclu qu’Hitler accède aux responsabilités du pouvoir, mais on peut dès à présent dire que lui aussi connaîtra la chute du haut de sa puissance. » (Die Astrologie, octobre 1930).

 

Magi Aurélius : « Si Hitler trône en ce moment (…), la coalition contre lui (…), les alliés (…) sauront le maîtriser jusqu’à ce qu’il tombe. » (Demain, juin 1935).

 

Maurice Privat : « Adolf Hitler est marqué, lui aussi, par la catastrophe. » (L’Astrologie scientifique à la portée de tous, Grasset 1935).

 

Rumélius : « La personne du Chancelier subira un lent crépuscule avant sa chute, aussi inéluctable que son ascension (L’Avenir du Monde, octobre 1938).

 

Louis Emrich : « Elévation au plus haut poste après une longue lutte, suivie d’une cruelle chute. » (Le Monde de demain, juillet 1939).

 

Gustave-Lambert Brahy : « Cette configuration laisse entrevoir la presque certitude d’une chute retentissante, soit pour une cause physique ou naturelle , soit plus probablement sous l’effet conjugué de ses ennemis (Demain, décembre 1939).

 

C. Kerneiz : «On ne peut que plaindre les vrais soldats qu’il a engagés dans cette sinistre aventure (…). Encore une fois, comme au temps de Néron, on pourra dire : « Quel artiste le monde a perdu ! ». Mais pas plus qu’il n’a regretté Néron, le monde ne regrettera Hitler La Chute d’Hitler. Leurs deux noms seront joints dans l’exécration des générations futures. » (, Ed. Tallandier, janvier 1940). ‘      

 

Bénito    MUSSOLINI

 

Le soleil était entré depuis huit jours dans la constellation du lion, écrivait-il dans le livre autobiographique qu’il rédigea en prison en 1911.

 

J’ai vu le jour à Varano di Costa, dans une vieille maison du village de Dovia, en la commune de Predappio (…) C’était le 29 juillet 1883, à deux heures quarante-cinq de l’après-midi. (Mussolini dal mito alla realta, Mergato (I.E.I., Milano, 1947, et P. Monelli : Mussolini piccolo borghese (Garzanti, 1950), Le Jour du lion, Roy Macgregor-Hastie, Albin-Michel, 1965.

 

Avec le soin géographique, la précision horaire fournie en personne par le Duce, corrige avantageusement la donnée de l’état-civil arrondie à quatorze heures, en le faisant naître – comme Cavour – à la culmination d’Uranus. Le sien, en Vierge, reçoit cinq aspects, notamment du Soleil et de Mercure en Lion. Il s’agit d’une conjonction du luminaire au maître du Milieu du ciel et d’Uranus, à laquelle l’Ascendant entre en formation de trigone ;Nous avons là déjà un noyau central : typique « complexe Uranus-Lion », qui va s’enrichir d’un apport de Saturne (par conjonction lunaire au coucher et sextil solaire) en prenant la haute main sur le thème. Un autre ensemble l’accompagne : l’alignement Ascendant-Scorpion/Pluton-Descendant qu’escorte une conjonction voisine Lune-Mars au carré du Milieu du ciel. Il est ainsi permis de géométriser l’architecture du personnage en disant qu’il est le point d’intersection de deux grandes lignes de tendances, croisement d’un courant vertical Uranus-Vierge-Lion-Saturne, et d’un courant horizontal Scorpion-Pluton-Mars. Quant à la toile de fond à laquelle s’incorpore la dyarchie Uranus-Pluton, elle se rapporte à sa génération, celle d’un trigone Uranus-Neptune, lequel, ici, englobe dans son écart angulaire le train des huit autres astres par trois groupes de conjonctions, au centre étant le double sextil d’une conjonction Vénus-Jupiter  au trigone des deux enveloppantes ;.C’est ainsi qu’il faut penser ce thème, chaud comme un début d’après-midi d’été.

 

Au commencement, c’est le sceau de l’axe horizontal Scorpion-Pluton-Mars qui l’emporte chez le petit Benito, affecté par sa conjonction Lune-Mars-Saturne. Dans ses mémoires, l’adulte Mussolini se donne une enfance privée de tendresse, misérable et dure (il ne parle qu’à l’âge de trois ans), se juge à la fois marsien : pétri de pulsions primitives, gamin violent, batailleur, chapardeur, sauvage ; et saturnien : taciturne, renfrogné, maussade,, frustré, solitaire.

 

Neptune transite sa conjonction Lune-Saturne quand, à neuf ans, il est pensionnaire dans un collège religieux. Ce fils de forgeron léonien, qui supporte mal ses origines plébéiennes avec ses privations et humiliations, s’y découvre un pauvre qui mange à une autre table une autre nourriture que les autres enfants riches de cette institution. C’est même là qu’il aurait pris conscience de la « lutte des classes ». Il sera expulsé pour avoir voulu s’expliquer  au couteau avec un autre garnement. Il est remis en pension jusqu’à ce qu’il décroche en 1901 un diplôme d’instituteur, non sans avoir, quelques mois plus tôt, organisé dans sa classe une grève sur le tas.

 

L’idée globale que l’on peut s’en faire est celle d’un être d’une forte souche animale, qui s’exprime en exaspération vitale désordonnée et se découvre une puissance d’énergie physique de Lion herculéen. On comprend que, plus tard, il dira que vivre, ce n’est pas calculer, mais c’est agir, et, si possible, en dramatisant sa vie. Benito est d’abord un être tout en besoins d’exercices corporels, d’autant qu’il devient un homme trapu, à carrure d’athlète. Comme une bête de combat, il se dépense sportivement, fait de la boxe, de l’escrime, de la moto, en attendant de « pousser » son Alfa Romeo puis de piloter son avion personnel (Mars-Gémeaux sous une naissance à la plus chaude heure d’une journée de plein été). L’iconographie abonde d’un Mussolini torse nu aux travaux des champs, maniant la pioche ou la pelle, ou encore cavalier, en skis sur une piste, faisant de la natation, du footing , etc    Allez donc observer pareille magnificence sportive chez les autres dictateurs : Salazar, Franco, Hitler, Staline …

 

C’est le même feu qui se consume chez l’aspirant politique, anarchiste indiscipliné plus que dictateur, passionné rebelle de la race des révoltés, des aventuriers, des condottieres. A ses débuts, ce n’est qu’un agitateur impénitent qui fomente des troubles ; habillé de noir, il est un réfractaire, un insoumis, candidat aux expulsions et à la prison. Sa motivation est précise :

 

Ce qui domine, c’est l’indignation. J’avais sous les yeux les souffrances de mes parents ; à l’école normale, j’avais été humilié ; alors j’ai grandi comme révolutionnaire , avec les espoirs des déshérités. Qu’aurais-je pu devenir d’autre que socialiste à outrance, blanquiste, plutôt communiste au fond ?

 

Ce Mussolini qui brûle viscéralement,, nous le retrouvons même dans sa vie privée, avec un tempérament donjuanesque, souligné par sa conjonction Vénus-Jupiter en secteur VIII. Quand Neptune transite cette conjonction cancérienne, il fonde sa famille en se mettant en ménage avec Rachèle (épousée en 1915) qui lui donne aussitôt sa fille préférée, Edda (Forli, 3 septembre 1910, 3 heures du matin, selon Milza), future comtesse Ciano, quatre autres enfants allant suivre. Mais ce léonien débordant reconnaît n’avoir jamais su résister aux blondes aux formes épanouies. Et sa vie est un défilé ininterrompu d’étreintes amoureuses.  En plus des maîtresses installées qui l’occupent : Margherita Sarfatti, Clara Petacci …se succèdent les passades à vive allure. Le chambellan du palais  Venise où il officie, estime que sur toute la durée de son « règne », il reçut presque chaque jour une visiteuse, honorée de sa virilité ! En mâle sans complexe, son tempo expéditif relevant plutôt même du soudard. Entre deux occupations, sa visiteuse, à peine entrée dans son bureau, était-elle jetée sur la banquette ou étendue sur l’épais tapis du sol, puis , pas plus d’une dizaine de minutes plus tard, congédiée sans façon : le coq ! Là aussi, assurément, Mussolini tranche-t-il par rapport aux autres dictateurs, un Hitler surtout …

 

C’est encore en résonance avec son axe horizontal qu’on voit venir chez lui une passion du pouvoir ancrée dans les profondeurs d’une mentalité relevant du stade « anal » de la pensée magique. A la racine d’une jouissance de domination qui le possède se présente l’écho lointain d’un désir de toute puissance qui a hanté l’imaginaire du petit enfant démuni, dépourvu, évoluant dans un univers naïf peuplé de forces mystérieuses qu’il faut se concilier.  C’est cette empreinte magique qui explique l’étonnante superstition de Mussolini. Il croit au pouvoir des signes, aux influences malignes, au mauvais œil ; il ne part en voyage que le mardi ou le vendredi ; il respecte religieusement ses tabous intérieurs. P. Milza prétend qu’il lui arrivait de consulter voyantes et diseuses de bonne aventure, et qu’il « accordait une confiance aveugle à son horoscope », mais n’est-ce pas un propos léger ? En tout cas, on le voit s’entourer d’un cérémonial romantique bien scorpionnesque.

 

On a aperçu sur son bureau ce qui faisait office de porte-bonheur : une miniature méconnaissable, des herbes séchées, un fer à cheval rouillé … sans parler de la grenade à côté de l’encrier et du pistolet comme presse-papier, outre le drapeau pendu derrière son bureau, orné d’une tête de mort croisée de tibias. Certes, on peut aussi voir dans les fantaisies d’un tel décor les paillettes d’une Lune en Gémeaux  prolongeant un violoniste amateur ; néanmoins, il faut craindre les basses œuvres d’une aspiration magique de toute puissance pouvant conduire à la perversion d’un sentiment d’infaillibilité.

 

Posons maintenant la donnée capitale de ce thème. Il s’agit du principal fondement – unique en son genre aussi parmi nos dictateurs – qui préfigure le devenir du personnage. Ce qui le représente est la conjonction en Lion du Soleil avec Mercure maître du Milieu du ciel, configuration exemplaire d’une parfaite identification au père. Alessandro le forgeron est un homme qui fait de la politique. Il est de l’Internationale, participe aux batailles rangées des socialistes avec les autorités, contribue à des formations révolutionnaires, recueille des réfugiés pourchassés, lui-même étant fiché comme « dangereux pour la société » par les services de police et s’étant fait coffrer occasionnellement. 

Naturellement, par ses conversations et lectures recommandées, Benito en reçoit la culture politique. Avec l’exemple d’un autre père, je serais devenu différent. (à Emil Ludwig). Mon socialisme est né bakouniniste, à l’école du socialisme de mon père, à l’école du socialisme libertaire de Blanqui. (à Yvon de Begnac). C’est par cette identification puissante que Benito est pleinement le fils de son père : en lui ayant mis le pied à l’étrier, le militantisme paternel devait aboutir chez lui à une vocation triomphale.

 

On a convenu que s’entrecroisent en son être les lignes directrices de l’axe horizontal (où la griffe du Lion n’est toutefois pas absente) : un égocentrique instinctuel, pulsionnel, baroque, et de l’axe vertical du complexe Uranus-Lion, le passage de l’un à l’autre inversant le larron en gendarme. A mesure que l’homme mûrit s’opère une entière métamorphose du personnage, la pression animale du jeune fauve en mal de revanche étant prise en charge par les puissances d’un esprit lucide et d’une volonté de maîtrise de soi pour viser la perfection d’un ordre classique.

 

Léonien aux slogans sonores, il commence par dire :

 

Moi, j’aime les conférences contradictoires où les chaises volent, où les coups de feu crépitent.

Les éclairs de nos poignards et les éclatements de nos bombes feront justice de tous les misérables qui voudraient barrer la route à la plus grande Italie.

Les rouages grinçants de l’histoire doivent être huilés avec du sang (…) C’est le sang qui donne son mouvement à la roue de l’histoire.

La foule, comme les femmes, est faite pour être violée.

Le peuple est une p… qui préfère le mâle le plus fort.

 

Il finira par préférer :

 

Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent comme un mouton.

Il faut faire de sa vie son propre chef-d’œuvre.

 

Le revirement radical du léonien fait apparaître Uranus de la Vierge assisté de la conjonction Lune-Saturne au coucher. Adieu le désordre, vive la discipline. C’est un dépouillement général auquel on assiste, qui vise la simplicité, la sobriété, la frugalité.(il n’y a qu’en amour que le mâle ne se refuse rien). Mussolini  évite les dîners, mange peu de viande, ne boit guère que de l’eau et cesse de fumer pour prouver une volonté aussi forte dans les petites choses que dans les grandes. Les biens matériels l’indiffèrent. Il refusera constamment les titres et donations offerts par le roi et les innombrables cadeaux qu’il recevra seront distribués autour de lui. Il n’aura jamais un sou et mourra sans laisser quoi que ce soit.  Cette économie vitale contracte tout l’être des besoins pour le réduire à l’ambition de se faire « une place au soleil ».

 

Cette ambition vise à faire la loi dans la jungle politique de son pays et à instaurer en homme fort l’ordre de la dictature fasciste, parce qu’il en arrive lui-même à être un maniaque de l’ordre (Uranus-Vierge). Sur son bureau, il ne tolère que les objets strictement nécessaires à l’accomplissement de sa tâche et, le travail de sa longue journée remplie, il range soigneusement ses dossiers et classeurs. Dans son cabinet de travail pharaonique, tout est rigoureusement à sa place dans un souci du détail quasi-obsessionnel.

Tout doit être impeccable, précis, net, formel. Il impose à son personnel une exactitude ponctuelle, alignée sur sa conduite chronométrée : à tous ses rendez-vous, il arrive à l’heure exacte, à très peu de minutes près. Réaction obligée pour dissiper les brouillards de la pagaille dans laquelle s’était enlisé le pays : l’Italie mussolinienne marche au pas, au métronome. Ce faisant l’homme a muté du Lion Colérique (Emotif-Actif-Primaire), façon Garibaldi le baroudeur, au Lion Passionné (Emotif-Actif-Secondaire), formule Cavour, en un don total à la politique, puis à l’Etat. De même que le politique a basculé de Neptune à Uranus, en passant par Nietzsche et Stirner, célébrant le moi, la volonté, l’action individuelle, bien plus que celle des masses, c’est-à-dire du socialisme révolutionnaire au tyran mettant l’Italie sous sa botte, selon la formule de ses adversaires. Mais si l’homme a changé, l’Italie aussi n’est plus la même.

 

C’est à l’occasion d’une situation dramatique qu’apparaît la volonté mussolinienne sur la scène de son pays. Il avait combattu pour l’entrée de l’Italie dans la Première guerre mondiale, et celle-ci, humiliée à la table de la Conférence de la paix, appelait la férule d’un homme fort qui sache sauver l’honneur.  D’autant que le pays, de plus en plus agité, finit par ne plus être que la chronique de ses grèves, de ses émeutes, de ses troubles. Poussant sur l’humus de ce patriotisme blessé et de ce désordre, Mussolini fonde le 23 mars 1919 – Neptune transite sa conjonction solaire – son propre parti : les « Faisceaux de combat ». Chef de parti, sa silhouette se découpe définitivement. Il exerce par l’intensité de sa présence et sa puissance intérieure un magnétisme physique qui subjugue ses turbulentes « Chemises noires ». D’instinct, on lui obéit et tout plie devant sa volonté. Les élections du 15 mai 1921 – Jupiter et Saturne passent sur son Milieu du ciel – sont une victoire retentissante pour le parti ; Mussolini, élu à Bologne et Milan, est aux portes du pouvoir. Il faudra attendre la marche sur Rome pour que le roi le consacre, le 30 octobre 1922, entre onze heures quarante-cinq et midi et demi. Voilà le Duce Capo del Governo.

 

En quelques années, il musèle la presse, liquide les partis d’opposition, dompte le parlement : l’homme à poigne se taille un pouvoir absolu, essayant de tout faire par lui-même. Sa confiance en soi est telle qu’il mène le char de l’Etat en homme infaillible qui s’est complètement identifié au pays, non sans orgueil ni présomption. C’est le Lion poussé à l’extrémisme uranien. Une figure de style !

 

Avec une politique d’audace, de réformes et de grands travaux, il installe un régime fort qui prône le prestige national et exalte les valeurs viriles, les vertus du sang romain, la grandeur militaire ; une idéologie qui sera reprise par les régimes autoritaires ultérieurs.

 

Quant à sa présence sur la scène politique, elle est celle d’un grand acteur qui a suprêmement le sens théâtral. Son physique et son allure naturelle s’y prêtent avec sa forte carrure et son masque impérieux. Il en fait un parfait instrument de parade : avec bottes et culotte de cheval, sanglé dans un uniforme de la meilleure coupe, ceinturon et baudrier de cuir en rajoutant. Il se complait en des poses impressionnantes, apparaissant debout, les jambes écartées ou posées bien d’aplomb, les bras croisés ou les mains sur les hanches, sinon le poing brandi, bombant le torse, avançant les puissants maxillaires du menton, regardant bien devant soi en faisant rouler ses yeux étincelants d’une illumination de son feu intérieur. Avec une allure générale entière, décidée, sûre, irrésistible, comment ne ferait-il pas frémir d’admiration, d’enthousiasme, d’orgueil, la péninsule entière ? Peu importe que ses adversaires le traitent de César de carnaval.

 

Il devient l’homme le plus photographié du globe : la superstar, c’est lui qui en a été le premier personnage ! La compagnie Paramount vient le filmer et le Herald Tribune de New York déclare qu’il est « le César moderne, le Napoléon de 1926 ». Aimant jeter avec allure ses faits et gestes dans l’outrance ou la grandiloquence, il ne tarde pas à devenir pour les journaux de tous les pays une source intarissable de copies. Point de mire de l’actualité, entretenant l’intérêt pour sa personne et prenant grand soin de sa publicité, il aime se faire applaudir dans le monde entier, se montrant très jaloux de sa renommée. Retombée de celle-ci : cette idolâtrie l’incline à s’imaginer que l’humanité le prend pour un prophète moderne et incite ses propagandistes à le métamorphoser en surhomme.

 

Il aime à tenir des assemblées devant lui, a l’ivresse de faire retentir du haut de son balcon les clameurs de tout un public. Ses proclamations et exhortations au peuple sont de grands moments au cours desquels il tient le pays tout entier sous la force de ses idées, la véhémence de sa fougue et la sonorité de son verbe. Il a l’art des slogans (on l’a vu) et des diatribes fracassantes, allant jusqu’à faire miroiter des formules qui aveuglent ses interlocuteurs (l’éloquence de sa Lune en Gémeaux).

 

Partout, d’ailleurs, l’apparat règne dans une splendide mise en scène : célébrations fastueuses du fascisme, géantes parades d’uniformes qui défilent au pas romain à la cadence d’une musique martiale, préfigurant de gigantesques statues du Duce, réception par centaines de visiteurs dans la monumentale salle du Palais Venise, son cabinet de travail romain… tout cela étant accompagné de trains confortables et ponctuels, de vols transatlantiques et autres évidences d’une Italie renouvelée.

 

On reconnaît au passage la conjonction Soleil-Mercure (maître du Milieu du ciel) à la pointe du secteur IX. Pétri de passion nationale, le brillant dictateur songe avant tout à faire respecter son pays à l’étranger, à rétablir son prestige international et à le hisser au rang d’un grand Etat. Il rêve même d’un empire italien et l’étranger est son terrain privilégié. Dans les années trente, il est devenu un modèle exemplaire : ses « chemises noires » inspirent en France les « bleues » de Valois, les « vertes » de Dorgères, puis les autres de La Roque et de Doriot. Avec aussi les « brunes » en Allemagne,, Degrelle en Belgique, Mosley en Angleterre. Tout autant qu’il est une référence pour Salazar au Portugal, Primo de Rivera en Espagne, Metaxas en Grèce, voire Peron en Argentine. Bref, il est « l’une des plus fortes personnalités de son siècle » (E. Ludwig) et son prestige est international.

 

Aussitôt que Hitler s’en prend à l’équilibre européen,, le Duce devient un Grand de la diplomatie. C’est lui qui est à la tête du front de défense de Stresa ; aussi est-ce à Rome qu’est signé le « Pacte à Quatre » du 17 juillet 1933 (Jupiter passe de son Milieu du ciel à Uranus). Mais arrive la grande déchirure de 1936 au passage d’une opposition Saturne-Neptune à son méridien. Voulant porter son pays au rang d’un empire, Mussolini avait engagé une négociation à la Société des Nations. Son précieux soutien méritait récompense et ses partenaires anglo-français eussent pu trouver une solution compensatoire le détournant d’une aventure militaire. Au lieu de cela, la rebuffade sembla le jeter dans les bras du dictateur allemand. Certes – apothéose de Neptune au Milieu du ciel – le 10 mai 1936, le Duce savoura son triomphe en proclamant au balcon du Palais Venise l’annexion de l’Ethiopie :

 

Aujourd’hui à quatre heures, nos troupes victorieuses sont entrées à Addis-Abéba. J’annonce à l’Italie et au monde que la guerre est finie .Levez bien haut, ô Légionnaires, vos insignes, vos armes et vos cœurs, pour saluer, après quinze siècles, la réapparition de l’Empire sur les collines sacrées de Rome !

 

Hélas – avec Saturne au Fond du ciel – au prix du désastre des conséquences des inutiles sanctions de la S.D.N.. Assistant à la déchéance de la diplomatie des démocraties occidentales, il choisit de passer au camp d’en face. Il va vivre encore un sommet en devenant l’arbitre de l’Europe aux Accords de Munich en septembre 1938 : Neptune passe alors sur son Uranus (reconstitution du trigone de ces deux planètes en positions inversées). Il est toujours l’objet de l’admiration de beaucoup de ses contemporains.

 

Mais en ayant basculé dans le camp adverse, Mussolini a décidé sa perte. Si la maladresse et l’hostilité d’Antony Eden et d’Alexis Léger sont coupables de l’avoir poussé dans les bras du Führer, la logique interne de tout son personnage fait le reste, jusqu’à pactiser avec le diable.

 

On ne peut pas dire que cela ne soit pas écrit en toutes lettres dans son thème : n’y a t-il pas tous les signes d’une collaboration désastreuse, d’une association catastrophique ? On trouve, en effet, les trois « maléfiques » Mars, Saturne et Pluton en conjonction en secteur VII. Un concentré négatif extrême poussant à lier son sort au pire coadjuteur, au plus funeste associé.. Là est la grande erreur de sa vie. Mussolini n’est pas un tyran cruel et exterminateur comme Hitler, Staline, et même Franco, dont les biographes sont unanimes à relever l’insensibilité. Ses colères retombent vite et il lui arrive d’en regretter les méfaits. Son erreur est de s’imaginer qu’en s’associant à Hitler, il pourra le modérer, l’apaiser, le dominer, le rendre convenable. Or, la Lune se trouve au beau milieu de cette conjonction  du secteur VII : le sort du Duce uranien solarisé , dans cette  association, est de devenir « lunarisé », c’est-à-dire en position de subordination, d’assujettissement, une fois en présence de son acolyte ; d’autant que celui-ci a son Soleil en secteur VII, entraînant ses satellites dans sa ronde infernale. Face au Führer, le Duce devient l’hypnotiseur hypnotisé.

 

Nous avions connu d’abord un Mussolini à formule (simplifiée) Scorpion-Lion, puis nous l’avons vu, dans ses grands jours, devenir un Lion-Scorpion.. Nous avons affaire, maintenant, à un Mussolini revenu à sa première version.. Cette seconde révolution s’opère au contact de Hitler, sous l’entraînement de son délire. Il avait cru, au début, le dominer de toute sa hauteur, alors qu’il s’engage dans la voie d’une abdication de sa personnalité devant son partenaire. Cet homme diminué, qui va en arriver à perdre tous ses moyens, devient doublement vassalisé : par le Führer dont il finit par n’être plus qu’un pitoyable comparse, et par lui-même, entraîné par ce mauvais génie. C’est à un véritable écroulement auquel on assiste !

 

On n’est plus au temps où Duce le magnifique proclamait que la force doit être intelligente et chevaleresque. Maître omnipotent d’un Etat qui érige la force en instrument de gouvernement,, il ne peut qu’assumer les conséquences d’un discours idéologique qui fait de la violence l’une des vertus cardinales de l’homme fasciste .Revenues les forces animales de son tempétueux tempérament, lames de fond de pulsions primitives. L’homme est ressaisi par les séductions de sa mentalité magique ; obéissant à sa fascination intérieure, il cède à l’envoûtement  - car c’est bien de cela qu’il s’agit – d’un partenaire irrésistible que semblent habiter les forces de l’histoire pour plonger l’univers entier dans l’abîme. Ainsi pactise-t-il avec le diable.

 

Prenant à son tour goût à la démesure en augmentant la mise aventureuse, voilà Mussolini lancé dans des revendications diverses qu’il entend satisfaire par la pression irrésistible des baïonnettes italiennes. Surestimant sa puissance, il est ainsi devenu prisonnier des forces qu’il avait contribué à déchaîner. En 1940, il brûle d’aller au combat. Ciano note dans son carnet : « Le Duce craint que la paix ne soit proche et il voit encore une fois lui échapper ce qui a été toujours le rêve irréalisable de sa vie : la gloire sur les champs de bataille. »

 

Que penser d’un chef d’Etat se lançant dans la guerre, alors que son Mars est conjoint à une conjonction Lune-Saturne, outre qu’il est au carré du Milieu du ciel ?   C’est la guerre qui a brisé net Mussolini ! Sa « grande occasion » révèle en vérité un stratège écoeuré de piquer ses drapeaux sur ses cartes d’Etat-major sans cesse à reculons. Cette guerre se déroule, en effet, alors qu’Uranus transite le trio Pluton-Saturne-Lune en VII.

 

A la fin, le vieux lion fatigué, usé, malade (le lunaire ulcère d’estomac qu’il a depuis longtemps a pris le dessus), n’a plus ni crocs ni griffes. Il est descendu de toute sa superbe, renversé par les siens puis congédié du pouvoir par le roi le 25 juillet 1943, à quelques jours d’une éclipse totale du Soleil sur son Soleil natal que transite Pluton.

 

Bientôt remis en selle tel un Quisling italien, chef illusoire d’un gouvernement fantôme, détesté par un peuple excédé, il gravit tous les degrés de la déchéance.: Traqué et capturé comme un bandit des grands chemins, il connaît la fin tragique que l’on sait : une mise à mort – signée du Lion – finissant sur une balle au cœur à bout portant. Ultime moment qui se produisit à Giulino di Mezzagra près de Dongo, Cöme, le 28 avril 1945 peu après seize heures. Signature du transit d’Uranus à son Mars, vécu en commun avec Claretta Petacci (son Mars étant à 11° des Gémeaux), fusillée en même temps que lui.

 

Une prévision :

 

Dans son journal L’Avenir du monde, Armand Barbault, sous le pseudonyme de Rumélius, a consacré une étude à Mussolini, parue en décembre 1938. Son texte était sous-titré : « 1945, année critique » et se terminait ainsi : « Mais Pluton céleste marche (…) par la conjonction de 1942 (au Soleil) . Cet ensemble de configurations planétaires doit mettre un terme à la vie politique du sujet, soit par une maladie nécessitant une opération, soit par un accident soudain. C’est l’année 1945 qui semble la plus dangereuse pour l’existence et la santé de Mussolini. ».


 

Francisco  FRANCO

 

Le général Franco apparaît comme le plus fortuné des grands dictateurs du siècle dernier, si l’on en juge par l’étendue de l’exercice du pouvoir et son aboutissement. Si Hitler a duré 12 ans, Mussolini 21 ans et Staline 29 ans, avec des fins tragiques pour les deux premiers, le troisième y échappant de justesse, le « Caudillo », quant à lui, a dominé son pays pendant 38 ans et – en sursis après la guerre du fait de ses accointances avec Hitler et Mussolini, mais sauvé par la venue d’une guerre froide providentielle - est mort dans son lit, l’Espagne franquiste l’honorant de grandioses funérailles. Peut-être faut-il voir dans ce rattrapage la signature d’un grand rectangle enveloppant sa charge explosive …

 

L’acte de naissance de Francisco Franco Bahamonde, dressé à son lieu natal de El Ferrol, mentionne l’événement pour le 4 décembre 1892 à 0 h 30.

Ses astralités font prévaloir, essentiellement, le passage aux angles d’une composition unissant un triangle rectangle à un grand rectangle.

 

L’épine dorsale de cette disposition est une opposition soli-lunaire près du méridien : Soleil de minuit – Lune de midi, devenant l’axe central des deux figures géométriques, tout à la fois, grand côté du triangle rectangle avec Mars au coucher et pôle majeur du grand rectangle par ramification à l’opposition Jupiter-Saturne de secteur I à secteur VII.

 

Dans la trame de ce grand rectangle, les puissances de division et d’affrontement des diagonales prévalent sur les forces unificatrices de l’enveloppe du périmètre, chargé de parer au danger d’éclatement. Ce qui prime  est donc la tension intérieure, parce que sont à l’œuvre quatre oppositions, dont surtout un Soleil face à une triple conjonction Lune-Neptune-Pluton ; tri-dualité sur-tendue encore par Mars lui-même en formant avec ces deux pôles un triangle rectangle de quatre carrés ! On a là un véritable ciel d’orage …

 

La configuration la plus pittoresque est assurément la valeur contrastée du Soleil du Sagittaire, épaulé par le trigone de Jupiter et le sextil de Saturne en I, et du point d’opposition de la triple conjonction Lune-Neptune-Pluton en IX. C’est là un Janus qui campe une face éclairée, lumineuse, de force et de grandeur, et une face enténébrée de débilité. Cette culmination lunaire s’apparente à la haute marée d’un imaginaire ténébreux : désordre profond, trouble obscur, jungle d’une cour des miracles, chaos à relent de diablerie. Oui, sans doute, le monde intérieur de Franco – écartelé entre deux postulations contraires qu’il satisfait conjointement – ressemble à un combat entre le bien et le mal, dressant l’image supérieure (triangle Soleil-Sagittaire/Jupiter-Bélier/Mars-Poissons) d’un condottiere, d’un croisé, d’un Saint-Michel campé dans l’affrontement de puissances maléfiques, lesquelles font figure de dragon infernal, mal auquel ne va pas tarder à s’identifier en lui une malfaisance publique,  se confondant avec le déchaînement anarchique des forces populaires de son pays.

 

Ce qui n’est pas si étranger à la mythologie politique de ses partisans qui l’ont hissé au rang de « sentinelle de l’Occident » et d’ « homme choisi par la Providence pour sauver son peuple ». Car s’il a été. un des hommes d’Etat les plus détestés de son temps (il aurait subi deux-cents tentatives avortées d’attentat), il a aussi reçu l’honneur d’être l’un des plus adulés.

 

Cherchons l’expression première de cette division intérieure dans l’enfance. Nul doute que Franco porte en lui une blessure profonde. Rien ne peut mieux illustrer le ressenti d’un désaccord père-mère que la dissonance des luminaires. Or, ici, il s’agit d’une opposition qui est au surplus angulaire et qu’aggrave un double carré de Mars. Son couple parental est désuni, au point d’aboutir au départ du père, que l’enfant avait idéalisé. La déception est d’autant plus profonde que l’indigne vit en concubinage avec une étrangère, « horrible péché » qu’il ne lui pardonnera pas, accumulant une rancœur intense, chargée de mépris, de rejet, de reniement. Il ne se réconciliera jamais avec ce père, Nicolas, nullement impressionné, par le Caudillo qu’il ne cessera de critiquer, comme dans l’enfance, jusqu’à son décès survenu en 1942.

 

Là aussi, nous voyons à l’œuvre la classique castration paternelle de la dissonance Soleil-Mars, présentement angulaire. Le jeune Franco est un garçon inhibé, timide, introverti, mal à l’aise dans son milieu, malgré l’affection de sa mère, Pilar. Ce qui n’arrange rien, .il mesure 1 m 65 et avant de devenir le petit homme rondouillard au corps tassé de la fin, il est un maigrelet à la voix fluette, qui laisse les filles indifférentes. Ce dévirilisé refuse d’ailleurs les plaisirs de l’adolescence, ne se mêlant pas aux distractions de son entourage.

 

Il faut pourtant bien que cette agressivité refoulée trouve une issue avec un Mars au coucher recevant les aspects des luminaires. Quoi de mieux que l’Académie d’infanterie de Tolède qui l’engage en 1907 dans la voie militaire, où il va trouver une vengeance ! Grâce aussi au secours du trigone Soleil-Jupiter, lequel est en Bélier et en aspect de Mars, l’armée lui permet très vite de surcompenser son complexe de castration-infériorité. S’il va à la messe pendant que ses camarades de promotion fréquentent les filles, il se forge une dureté intérieure qui retourne sa faiblesse en force, conversion du genre du timide qui met les pieds dans le plat. Au combat, il brave le danger, risque la menace, force les circonstances, ne craint point la blessure et même apprivoise la mort jusqu’à en arriver à se faire la réputation d’un héros, l’un des sommets solaires. Ce prix du sang (balle à l’abdomen le 29 juin 1916 : Mars dissonant à l’Ascendant) est une promotion par le mérite qui, à la guerre du Rif au Maroc, en fait le plus jeune gradé de l’armée espagnole.

 

Selon les historiens, Franco avait avant tout la passion du pouvoir (angularité d’un trigone de Soleil-Sagittaire à Jupiter-Bélier). Sans doute lui est-elle venue (Mars aspectant ce trigone) du combat, le premier pouvoir qu’il découvre étant celui que l’on exerce sur soi-même par le courage physique et la maîtrise de soi. Pas seulement en surmontant le danger , mais aussi –Saturne dignifié en secteur I – en s’entraînant à l’impassibilité, en exerçant un contrôle moral rejetant les tentations de l’alcool, de l’amour vénal … On voit ici à l’œuvre une froideur saturnienne, répression profonde de sensibilité d’un chef de guerre au Mars sauvage, qui laisse au Rif ses hommes piller les douars, poursuivre et violer les femmes, incendier les villages et tuer les prisonniers ; mais tout autant indifférent à la mort de ses propres soldats.  Cette émotivité bloquée bride aussi sa vie privée, sa conjonction Vénus-Uranus du Scorpion saturnisée fonctionnant en inhibition affective et sexuelle. Franco n’est assurément pas un Mussolini tombeur de femmes ; il serait plutôt, dans le genre d’un Hitler inhibé, falot dans ce domaine.

 

Il fréquente peu les femmes et n’aura pas grande vie amoureuse. C’est après six années de relations qu’il épousera Carmen Polo le 22 octobre 1923 (sortie de transit Jupiter/Vénus) pour une union dénuée de passion. C’est pour sa fille (conjoint à Vénus, Uranus est maître de V), Maria del Carmen, qu’il semble avoir eu la plus grande affection.

 

Honorant son Mars angulaire soutenu par le trigone Soleil-Jupiter, Franco est devenu à trente-trois ans le plus jeune général d’Europe. Il a la célébrité nationale d’un héros militaire respecté et redouté, et la République en fait son chef d’Etat-Major de l’armée en 1935, poste qu’il perd avec l’arrivée au pouvoir du Frente popular en 1936.

 

C’est ici que le militaire est relayé par le politique, à la faveur idéologique duquel entre en scène le  « sac d’embrouilles » de la triple conjonction lunaire assaillant le Soleil: une sorte d’obsession antimaçonnique, danger spirituel perçu comme le mal par ce pharisien catholique, les bons étant ceux, comme lui, qui obéissent à la loi, et les mauvais, ceux qui la transgressent. Et puis, c’est évident : l’Espagne des années trente n’est nullement mure pour le jeu démocratique. Franco va découvrir une intervention clandestine du Komintern aux Asturies. Plus encore, l’histoire de la seconde République espagnole est celle d’une situation insurrectionnelle quasi-permanente et ses cinq années 1931-1936 sont jalonnées de crises en tous genres : tentatives de coup d’Etat, mouvements séparatistes, conspirations, attentats, incendies d’églises et de couvents, interventions sanglantes de la Garde civile, grèves révolutionnaires, la nation étant privée d’une vie normale.

 

Climat général pathologique accordé au capharnaüm luni-neptuno-plutonien qu’en face son Soleil tient pour la perversion même, c’est-à-dire l’ennemi, le solarien jupitéro-saturnien se posant comme chrétien traditionnel et conservateur, partisan de l’ordre, de la hiérarchie sociale, du sabre et du goupillon.

 

Le pronunciamento n’est pas venu de lui, mais lorsque, le 13 juillet 1936,le chef monarchiste Calvo Sotelo est assassiné, il prend parti : « La patrie a un martyr de plus. On ne peut attendre davantage. C’est le signal. » Le lendemain éclate l’abominable guerre civile espagnole qui va faire 1.200 000 morts et détruire le pays. Le ciel de 1936 dessine une grande déchirure avec Jupiter, au milieu du Sagittaire (sur son Soleil), au double carré d’une opposition Saturne-Neptune, Poissons-Vierge, frappant sa dissonance Soleil-Lune-Mars. Franco devient aussitôt le chef de la junte, constituant un gouvernement substitutif au régime républicain légal, généralissime et paladin de la foi chrétienne. L’armée franquiste en fera le chef de l’Espagne à la prise de Madrid le 28 mars 1939 (Mars recevant le transit de Jupiter au sextil d’Uranus).

 

Bien que vainqueur de cette guerre horrifiante, le nouveau dictateur a du mal à se guérir de ses quatre oppositions et quatre carrés., au point de faire succéder au conflit des armes la répression d’une terreur franquiste. Si devant le tribunal de l’histoire, il n’est pas coupable du mouvement insurrectionnel du 18 juillet 1936 qui se serait déclenché sans lui, du moins l’est-il du mépris presque absolu dont il témoigne ensuite envers la vie des hommes.

 

Certes, il a gagné la guerre, mais il ne réussit pas à gagner la paix, inspiré intérieurement par un dieu vengeur (Soleil ultra-dissonant). Les délits d’une Espagne maudite : libre pensée, franc-maçonnerie, socialisme, communisme, anarchie (à cette époque, le stalinisme n’a rien encore qui justifie la frayeur), devaient être punis sans pitié, politique dispensatrice de châtiments couverts par une croisade religieuse, imposant le bâillon et la pénitence aux vaincus, jusqu’à sa propre disparition. Les premiers vacanciers français venus en Espagne dans les années cinquante se rappellent le spectacle accablant d’hommes bridés et brisés, de files noires de jeunes prêtres embrigadés, de gardes civils, fusils à l’épaule, veillant les plages, des milliers de républicains croupissant par ailleurs dans des prisons.

 

Entendant la messe chaque matin ou presque, revendiquant hautement la défense de la religion chrétienne, convaincu que la main de fer est le meilleur moyen d’assurer l’ordre, le Caudillo persistera sur ses vieux jours à rejeter les appels à la clémence de l’opinion internationale de condamnés politiques dont la grâce sera refusée. Il faudra que l’ogre disparaisse pour que l’Espagne soit exorcisée de ses démons, les Espagnols de tous bords recouvrant une pleine liberté dans une entente générale avec son nouveau roi.

 

Le plus frappant de ce Janus soli-lunaire prend l’aspect d’une cohabitation étrange, d’un basculement insolite, le solarien au pouvoir devenant un lunaire homme de lettres. Dans son cas, il ne s’agit pas d’un simple prolongement littéraire d’une œuvre d’homme d’Etat donnant sa version de l’histoire, ainsi que Churchill et de Gaulle avec leurs mémoires. Notre dictateur bascule, en effet, dans l’imaginaire d’une œuvre de fiction ! Imagine-t-on Mussolini, Hitler ou Staline romancier ?

 

Avec cette Lune des Gémeaux au Milieu du ciel, on voit ce chef d’Etat à l’apogée de sa puissance prendre la plume en 1941 pour écrire un roman : Raza, sous le pseudonyme (Neptune-Pluton) de Jaime de Andrade, porté à l’écran l’année suivante (Jupiter et Saturne transitent la conjonction lunaire). Ouvrage en grande partie autobiographique où Francisco reformule son enfance comme pour se débarrasser de ses frustrations. Il substitue un père idéal à son véritable père à qui il n’a pas pardonné sa désertion du foyer ni la piètre estime en laquelle il était tenu par lui. Le personnage emblématique est José – lui-même – qu’il prend soin d’épanouir sans pudeur, et c’est presque comme s’il avait voulu régler ses comptes du passé par cette fiction. Le psychanalyste espagnol Enrique Gonzalez Duro formule ainsi son déficit affectif : « Le refoulement personnel de la sexualité, l’autocontrôle excessif des instincts et des émotions, le puritanisme exacerbé, l’aspiration insatiable de promotion sociale, l’obsession du pouvoir, la persécution implacable des ennemis réels ou imaginaires, l’exercice froid de la cruauté, le manque de confiance dans les autres, la divinisation narcissique ».

 

La dialectique soli-lunaire se perçoit aussi en un dédoublement intérieur de deux êtres contraires. Se sentant inférieur par sa taille, Franco s’efforce de se grandir en se déplaçant à cheval le plus souvent possible, pour ensuite se faire représenter en statues équestres (Sagittaire). Et il en vient à parler de lui à la troisième personne. Tout cela sent la surcompensation solarisée d’un sentiment lunaire d’infériorité. « Quelle satisfaction intense, quelle revanche merveilleuse pour le garçon moqué de l’Académie militaire, dédaigné des filles, voire de ses camarades d’enfance, méprisé par son propre père ! On ne peut douter qu’il ait éprouvé une volupté infinie à se contempler, jour après jour, de ces narcissiques fontaines !… ».

 

Car derrière l’immédiat lunaire de ce petit homme bedonnant, à la voix grêle, dénué d’élégance et d’éloquence – qu’on est loin du style flamboyant du Duce ! -, généralissime au sourire de surface qui ne contrôle pas toujours ses glandes lacrymales, se profile le masque saturnien impassible du solarien jupitérisé pour qui rien n’est trop grand. Déjà, en 1939, le primat d’Espagne le désigne comme « l’instrument des plus providentiels de Dieu sur la patrie ». Franco commence alors à se prendre au jeu de sa propre inflation psychique en devenant le « Caudillo », personnage charismatique, don de la Providence à un peuple, messie investi d’une mission rédemptrice, ce dont l’Espagne, pervertie et naufragée par la maçonnerie, le marxisme et l’anarchie, avait besoin. Un véritable culte lui est rendu, auquel il répond au-delà de toute espérance.

 

On le voit porter avec ostentation toutes les décorations qu’il a reçues, il entoure ses Conseils de ministres de tout un cérémonial, exige d’être appelé « Votre Excellence », s’attire les éloges dithyrambiques et endosse ni plus ni moins les attributs de la monarchie. Le pays tout entier lui renvoie son image, l’écho de son nom et de ses titres. Sa photo est partout : édifices publics, écoles, hôpitaux, salles de spectacle, hôtels, restaurents, couvertures de magazines, premières pages de journaux, lettres et cartes postales, comme son profil est frappé sur les pièces de monnaie, son effigie imprimée sur les billets de banque.

 

Au cinéma, la séquence d’actualités qui précède le film au programme, impose au spectateur un épisode de la semaine  où il est à l’honneur, une pluie d’images quand il reçoit une visite de chef d’Etat ou quand on exalte sa croisade. Il n’est de ville ni de bourg du pays dont la place centrale ou l’avenue principale ne prenne pas le nom de « Generalissimo Franco ». Sans parler des arcs de triomphe décorés de gigantesques portraits sur pancartes le recevant dans ses visites diverses, des banderoles étalées sur rues lors des fêtes du régime, proclamant sa grandeur et son génie … Une véritable bulle collective où, cette fois, les luminaires se confondent. On peut supposer qu’une telle extravagance procède non moins du concours des duettistes-duellistes Saturne en I – Jupiter en VII, survalorisant le paraître au détriment de l’être, le bonhomme n’étant pas habité, en son for intérieur, par une évidente magnificence de vivre, l’un compensant la médiocrité de l’autre.

 

Toujours au poste, tout à la fois en tant qu’homme du pouvoir, de l’armée, de la phalange et de la religion, Franco ira ainsi jusqu’au bout de ce que lui permettra sa robuste santé. Ses dernières années, ses énergies atténuées se partageront entre la chasse, la pêche, la récitation du rosaire et quelques exercices de piété. Arrive 1975 avec un transit de Pluton à son Saturne, en accompagnement de révolution uranienne et de semi-révolution neptunienne, Jupiter et Saturne revenant eux-mêmes sur leur propres positions. Son Parkinson ne lui permet plus de contrôler les mouvements de ses mains. Et bientôt, un mal s’ajoute à un autre : infarctus le 15 octobre , péritonite le 1er novembre. Après une opération le 14, il tombe dans l’inconscience. On débranchera les appareils le 19, et, selon le communiqué officiel, il expire le 20 novembre 1975 à 5 heures 20 du matin.


 

Oliveira  SALAZAR

 

20 avril 1889 : naissance d’Adolf Hitler.

21 avril 1889 : naissance de Manuel Prado, président de la République du Pérou.

28 avril 1889 : naissance d’Antonio de Oliveira Salazar.

 

Ce sont là des journées fortement jupitérisées et Oliveira  Salazar en reçoit le maximum dans un concert de sept trigones ! Il naît à Santa-Comba, Portugal, ce 28 avril dans les minutes – autour de 14 heures, donnée horaire communiquée par une personne de confiance chargée par lui-même de m’interroger à son sujet – où l’Ascendant en Vierge forme un grand triangle avec le trigone  de Jupiter du Capricorne à une conjonction Soleil-Mercure-Vénus du Taureau (signe qu’occupe également Mars) . triple conjonction centrale formant un carré avec Saturne du Lion qui vient de se lever et entre au sextil du Milieu du ciel que quitte Pluton assombrissant l’ensemble.

 

Puissamment jupitérisé, comme nanti d’une riche étoffe, cet homme qui a présidé longtemps aux destinées du Portugal n’en est pas moins un saturnien caractérisé, en tonalité de triplicité Terre, à fort accent Taureau.

 

Aux antipodes du Taureau « chaud », lourd de passion et chargé d’orages – de Catherine de Russie à Hitler – il est le type même du Taureau « froid », plus proche des saturniens du signe comme les philosophes Kant, Stuart Mill et Kierkegaard, que des tapageurs de la politique et autres aventuriers de la vie publique. Son Jupiter est d’ailleurs en Capricorne et Saturne a la haute main sur lui.

 

Ne soyons pas dépaysés par ce rapprochement : tout en étant un homme d’action (Mars sort de la culmination) et non un penseur, Salazar n’en est pas moins de cette race d’individus qui sont fixés dans la vie par leur organisation intellectuelle et leur cohésion caractérielle, avec la stabilité du minéral.  Pour le caractérologue, c’est un Flegmatique (Actif-non Emotif-Secondaire).  On se le représente comme un introverti calme, placide, bœuf tout en rumination mentale, qui consacre sa vie à une méditation silencieuse, fournissant, en un effort lent, patient, continu et avec la fixité de pensée d’un être par-dessus tout obstiné, la matière d’une ambition (jovi-saturnienne) devenue puissance politique statique, d’une stabilité exemplaire, Salazar ayant assis la plus longue des dictatures européennes.

 

Sa solidité Taureau est renforcée par sa froideur saturnienne dans une « sur-secondarité », outre que le croisement du signe et de l’astre en fait un bloc monolithique peu susceptible de bouger dans ses expressions comme de varier à travers les âges : l’austère et lucide professeur de sciences financières (Taureau avec Uranus en II) à l’université de Coimbra, sous la première image de laquelle il nous apparaît, ne diffère pas foncièrement du vieil homme d’Etat rivé à ses principes, confiné dans l’ombre d’une sobre et inflexible puissance, demeuré intangible au pouvoir après trente-cinq années de tumulte et de retournements dans l’histoire politique de l’Europe.

Cette force prodigieuse d’unité intérieure concentrée, de densité et de cohérence dans la durée, constitue toutefois une contraction qui ne va pas sans durcissement, Saturne ne manquant pas de déshumaniser le sensible Taureau. Pour un tel être, comme pour un Pascal dont le Saturne du Lion s’éprouvait comme s’il avait été un étranger en exil sur cette terre, le « Moi » est haïssable et l’on est d’autant plus digne ou éminent qu’on est gris, neutre, par l’effacement de tout particularisme individuel. La voie est ainsi tracée à l’ascétisme avec ses vertus de sobriété et d’économie, et aussi son refus de concessions. Dans son univers, on respire l’air raréfié de l’exigence ; peu importe l’aspect d’un conformisme d’aristocrate à col dur avec bonne conduite et ennui distingué, ou que son humeur soit un éloge du pessimisme lucide.

 

Ici sont sa force et sa faiblesse. Insensible au dénigrement comme à la flatterie, désintéressé, impeccablement consacré à sa vocation, c’est sans effets, sans recherche ni manœuvres, par la seule vertu de sa nature simple, droite, discrète et dépouillée,  que Salazar exerce un ascendant souverain sur son entourage et donne à son pays une dictature tranquille au visage rassurant, dictature froide qui contraste assurément avec les régimes autoritaires, livrés à la frénésie des passions collectives, par où est passé ce tragique XXe siècle. Mais le saturnien  du XIIe secteur est aussi ce célibataire, ce solitaire sans contact réel avec l’extérieur, voué à la presque seule conversation de sa vieille gouvernante, et que ses adversaires accusent de gérer son pays comme une petite ferme, avaricieusement, en appliquant les conceptions économiques périmées qui avaient cours à Coimbra, au temps où il était étudiant : soucieux de l’équilibre budgétaire mais fermé à l’étouffement économique du pays , insensible à la misère du peuple.

 

Tout se passe, finalement, comme si le saturnien Salazar avait saturnisé le Portugal sous le double aspect d’une réussite et d’un échec. On le voit faire régner l’ordre dans un pays qui avait sombré dans l’anarchie depuis qu’il avait déposé la dynastie régnante. Pas moins d’une quinzaine de révolutions se sont succédées depuis les quinze dernières années de la république.

 

  Le 28 mai 1926, il est appelé à redresser une situation économique désastreuse du pays (aucun transit significatif) : il renonce quelques jours plus tard à cette mission. Rappelé en avril 1928 (transit Jupiter/Lune) au ministère des finances, il stabilise la monnaie. C’est ainsi qu’il devient Président du Conseil le 7 juillet 1932 (Neptune, venu du Milieu du ciel, à l’AS et Uranus/Lune, seconde maîtresse de X) et qu’il installe pacifiquement sa dictature, la constitution de 1933 (Jupiter/Ascendant), approuvée par plébiscite, fondant l’Estado novo, sur la base d’un régime autoritaire et corporatif, avec parti unique, l’Uniao Naçional avec sa Légion portugaise. Dans l’esprit d’un catholicisme social paternaliste. Catholique austère et dévot, Salazar estime être en accord avec ses principes d’infuser, avec une patience aussi intransigeante qu’ombrageuse, à toute la vie portugaise l’esprit du catholicisme qu’il interprète de façon ultra-conservatrice, comme une doctrine apportant la quiétude et la stabilité dans les affaires humaines. Tandis que l’appauvrissement et la dénutrition  - le Taureau tire la langue … - deviennent consternants, quand on songe que partout sur le continent européen se généralise le bien-être matériel avec le développement continu et accéléré de l’essor politique, économique et industriel.

 

Grandeur et misère : ce raccourci dans lequel tient tout le drame du Portugal sous le régime de l’Estado Novo, pourrait finalement illustrer le propre Saturne de Salazar sous les couleurs du Taureau : solide, entier, fixe, statique, inébranlable, inusable, total et absolu dans son espace et sa durée … Selon lui-même : « Ascète voué à Dieu et aux chiffres »

 

Apprécions sa politique étrangère. Par sa froideur, cet homme d’ordre et de raison sut contenir pacifiquement (renfort des harmoniques jupitériennes) la déferlante de la guerre mondiale. Si Salazar apporte son soutien moral à Franco (pour la forme, quelques milliers de fascistes portugais participent à la guerre d’Espagne), il a la sagesse de proclamer la neutralité du Portugal en 1939. Puis il met en 1943 les Açores à la disposition des Alliés, ce qui conduira à l’intégration de son pays à l’Alliance Atlantique en 1949. Mais le conservateur subira l’échec de la décolonisation de l’empire portugais.

 

Frappé d’une hémorragie cérébrale le 17 septembre 1968, il dut abandonner le pouvoir (transits de Saturne à sa Lune du Bélier en VIII et d’opposition de Neptune à Mars), après trois tours de piste de Jupiter à partir de l’Ascendant. Il venait mourir à quatre-vingt-un ans, à Lisbonne le 27 juillet 1970 (Saturne sur Mars et sortant de ses transits sur le trio planétaire du Taureau)..

 

Winston  CHURCHILL

 

La tâche des astrologues britanniques est ingrate : leurs fiches de l’état civil les privent de l’information des heures de naissance. Seuls peuvent être retenus les souvenirs familiaux. Sir Winston Churchill est le fils de Lord Randolf Henry Spencer, homme politique,, et, par un grand- père, descendant du célèbre Marlborough. Il est venu au monde au palais de Blenheim – 51° 50 N  / 1° 22’ O – dans la nuit du 29 au 30 novembre 1874 : Le bébé naquit facilement à 1 h 30 ce matin … (lettre de son père écrite le jour même de sa naissance, à 12 h 30, du palais, à Mme Leonard Jerôme.. Une boucle faite par Saturne entre 10° et 3° du Bélier à son mariage le 12 septembre 1908, situe la fourchette de la position de son  Descendant  (autour de 5°).

 

Comme une saillie se prononce la configuration  tranchée de sa carte du ciel, qui fait figure de dominante et a force de signature : sa conjonction Mars-Jupiter en I, près de l’Ascendant.  Rencontre astrale forte qui fait l’homme d’action d’envergure et les grands carnassiers, du self made man (les Laffitte, Pierpont-Morgan, Rockefeller, Lesseps, Loewenstein , Berlier…) au nationaliste  (les Mazarin, Kruger, Boulanger, Maurras, Clémenceau, de Gaulle ,Goering …). Et celle de Churchill se triangule à mi-chemin d’un duo Soleil-Vénus en Sagittaire qui la jupitérise  et d’un autre, Lune-Uranus en Lion, qui la solarise. Il est difficile d’avoir mieux pour rendre compte du génie exubérant de l’épopée churchillienne !

 

En épure, Churchill est une savoureuse figure de jupitérien  dopé du feu marsien, personnage tout en couleurs, émaillé d’images pittoresques. A cette charge d’amour débordant de vie et d’énergie réalisatrice qui le porte se joint la puissance mentale d’un Mercure du Scorpion ramifié à une triple dissonance Saturne-Uranus-Pluton ; soit une intelligence essentiellement  critique, caustique, faite pour le combat. On n’a pas de mal à imaginer un grand caractère, à voir en ce bouledogue une volonté entêtée et indomptable.

 

Mars doit être dans l’orbe de conjonction à l’Ascendant. Tout jeune, ce petit roux couvert de taches de rousseur, à l’expression de la bouche déjà combative, voulait être soldat, sur les traces de son illustre aïeul admiré. Se souvenant de son goût pour les soldats de plomb , son père l’envoie à Sandhurst, le Saint-Cyr anglais. Le sagittarien se dévoile : le cheval, les manœuvres, l’aventure …

 

« A peine sorti  de l’adolescence, il va chercher le danger et la gloire dans tous les coins du globe où l’on se bat », déclare son biographe André Maurois. Avec son Soleil du Sagittaire en III, cet enfant terrible part en Afrique du Sud, dès le début de la guerre des Boers, comme correspondant de guerre d’un journal, prenant part à la défense d’un train blindé ; il est fait prisonnier, puis il réussit une évasion sensationnelle. Tout dans le physique, à la manière d’un bel animal. A vingt-six ans, il est dèjà un journaliste célèbre doublé d’un héros.

 

Pour cet ambitieux, la porte était déjà ouverte à la vie publique. Il n’a aucun mal à se faire élire député en 1900 (Uranus transite son Soleil)., naviguant des conservateurs aux libéraux. Sa carrière ministérielle commence en 1906 (Neptune est au Milieu du ciel). Premier Lord de l’Amirauté en 1911, il fait de la flotte de la Grande- Bretagne la plus puissante du monde, outre  qu’il a l’idée des tanks. A la guerre en 1914, continuant de courir au canon, il vient lui-même à Dunkerque diriger une attaque, puis à Anvers pour tenter de sauver la ville. Quand le front s’immobilise dans les tranchées lui vient l’initiative malheureuse de l’expédition  des Dardanelles, dont l’échec lui vaut le départ de l’Amirauté en mai 1915 (Saturne au Milieu du ciel). Indomptable, il s’engage et va se battre en France dans une division écossaise. Rappelé au ministère des munitions, « il eut la fierté de produire en quantité les tanks, son invention d’autrefois, jadis raillée, maintenant admirée » qui joue un rôle décisif dans la victoire en été 1918 (Jupiter au Milieu du ciel).

 

Avec la paix revenue, la grandeur militaire et impériale n’est plus de mode et Churchill passe par une longue traversée du désert politique. Mais il renoue plus que jamais avec les ressources de son secteur III en devenant un grand conférencier (des milliers de discours publics) et en se consacrant à une carrière littéraire (d’innombrables ouvrages) qui lui vaudra le Prix Nobel de littérature en 1953 (Neptune transite Jupiter).

 

Mais voici qu’à nouveau l’orage gronde à l’horizon avec la venue du nazisme ,la croix gammée s’abattant sur l’Allemagne. Avec son Mercure noir, tel un Cassandre dont on refuse d’écouter les cris d’alarme, Churchill fait entendre sa voix pour dénoncer la politique d’abandon aux dictateurs et préconiser le réarmement. On lui donnera raison trop tard.

 

10 mai 1940 (conjonction Soleil-Uranus sur Pluton) : alors que la France est envahie militairement, le voici Premier Ministre. Dans ses mémoires, il dira de cette journée : « Il me semblait marcher du pas de la destinée elle-même et que toute ma vie passée n’eut été qu’une préparation pour cette heure et cette épreuve. Le passionné qui s’était déjà mobilisé à la crise de Munich se retrouvait ici, concentré et tout entier.

 

Sans doute, avec sa venue, annonce-t-il au pays « du sang, de la sueur et des larmes », mais c’est toute l’Angleterre qu’il galvanise en lui communiquant une farouche volonté de combattre et de résister. Son verbe communique un pouvoir jupitérien entraînant, justifiant cette formule d’Aneurin Bevan : « son mérite a été de brandir un drapeau britannique au-dessus de cinq tanks et d’inciter son peuple à se conduire comme s’il y en avait eu quinze, comme si son pouvoir s’exerçait autant sur la postérité que sur ses contemporains ».

 

La France écrasée, c’est ensuite seule que l’Angleterre se bat contre un adversaire qui lui fait face sur l’étendue du continent. Debout dans la tempête, ce John Bull massif et puissant donne alors l’impression de porter seul sur ses épaules la liberté du monde européen. Décidé à se battre jusqu’au bout, il inflige à Hitler, par son refus de céder, l’échec initial dont il ne se relèvera pas , campant du même coup, avec l’énorme cigare qu’il mâchonne et les deux doigts ouverts en V, son personnage de légende.

 

 

Tandis que, cérébraux saturnisés l’un et l’autre, Hitler passe la guerre cloîtré dans son bunker et Staline confiné dans ses bureaux du Kremlin, ce jovi-marsien extraverti et sensoriel veut être le témoin physique de l’événement. Pendant le Blitz, chaque nuit de bombardement de Londres, il se tient auprès du peuple dont il partage les dangers. Dans son costume de lainage bleu marine, canne dans une main et torche électrique dans l’autre, coiffé du casque, il visite les abris sous les bombes et inspecte les ruines des rues. Gardant son intrépidité première, en 1944, il insiste pour assister au débarquement en Normandie ; il faut l’intervention royale pour l’en empêcher, mais aussitôt que possible, il pose le pied sur le sol français. Et plus tard, il traverse à la barque le Rhin juste derrière les troupes entrant en Allemagne …

 

Avec un tel Mercure du Scorpion opposé à Pluton en VIII, c’est une pensée viscérale qui le tenaille : il a carrément la haine de l’ennemi, cristallisée sur le personnage détestable de Hitler, à ses yeux un monument de monstruosité. Une révulsion quasi-animale. A la Chambre des Communes, il déclare : «Si Hitler envahissait l’enfer, je ferais une allusion favorable au Diable ». Dès que le chef nazi attaqua l’Union Soviétique, aussitôt et sans hésitation, cet anticommuniste de toujours tendit la main à Staline, sans pour autant cesser de se méfier des  visées impérialistes du maître du Kremlin. L’ennemi de mon ennemi n’est pas pour autant vraiment mon ami, mais l’addition contre lui en vaut la peine..

 

Au lendemain de la victoire – retour de Saturne au Milieu du ciel comme avec la sanction des Dardanelles – Churchill était congédié par les électeurs anglais. Il avait été l’homme des périls. La page est tournée avec la paix revenue. Cette défaite politique est accueillie par lui avec sérénité, n’ayant pas paru s’émouvoir d’une telle ingratitude de la nation. Etonnante souplesse d’adaptation  jupitérienne d’un homme investi des pleins pouvoirs et du prestige d’un dictateur, mais qui, profondément libéral,  trouvait naturel de céder la place à un successeur. A Staline qui lui avait fait remarquer, à Yalta, qu’il pouvait être renversé, le parti unique offrant plus de sécurité, il avait répliqué : «Je me glorifie de ce danger ; je suis fier du droit qu’à mon peuple de changer son gouvernement chaque fois qu’il le veux. » . Et à ceux qui le louaient d’avoir pris le destin du pays en main et d’avoir été la voix de l’Angleterre (Soleil en III) insufflant courage et espoir à tout une population au pire moment de son histoire, il aimait rectifier : « C’est la nation qui avait un cœur de lion. J’ai eu la chance d’être appelé à pousser le rugissement. ».

 

Uranus culminant, les élections d’octobre 1951 devaient, dans un climat de guerre froide, faire revenir ce vieux lutteur à Downing Street,  vigilant sur la situation mondiale de l’époque. Sa santé faiblissant, il devait céder sa place à son lieutenant Antony Eden, le 5 avril 1955 (Saturne transite Mercure, maître de XII).A quatre-vingt-dix ans, il occupait encore son siège d’auditeur aux Communes, prolongeant une vieillesse auréolée du prestige de celui qui fut le sauveur du pays.

 

Aux dernières années de sa vie, une paralysie croissante de ses facultés l’avait affligé, mais peu avant de mourir, il se donnait des « projets d’avenir » pour l’au-delà : « Le premier million d’années que je passerai au Paradis, je le consacrerai à la peinture. J’aurai une palette dans laquelle le vermillon et l’orangé seront les couleurs les plus ternes. » Sous le transit de Neptune, venu de la pointe de VIII, à Mercure opposé Pluton en VIII, il devait s’éteindre le 25 janvier 1965,le Soleil appliquant à son Saturne.

 

Tel qu’en lui-même, Winston Churchill est déjà pleinement présent et tout en manifestation à travers ce film du déroulement de son destin, mais attachons-nous davantage encore à lui pour le saisir tout à fait.

 

Ce « grand artiste d’une grande histoire «  (de Gaulle) est essentiellement un modèle exemplaire de jupitérien ; et, pour être plus nuancé, un type jumelé Jupiter-Mars-Vénus, cette dernière planète se joignant aux deux précédentes en tant que maîtresse de la Balance où elles sont présentes avec l’Ascendant et en raison de sa sortie du méridien inférieur..

 

Rien de plus évident au départ que le tempérament sanguin de ce « chaud », homme de bonne humeur et à la mine réjouie. On l’observe en premier lieu en tant que bon vivant, tout à l’agrément d’exister et consommateur de bonne contenance. Les meilleurs moments de la journée où il était le plus loquace étaient ceux de la table : les repas comptaient pour lui. A celui du soir, Madame Churchill veillait à ce que son mari eut une énorme part de rosbif. Une bouteille de vin ne lui faisait pas peur. Et l’on sait qu’il fumait une quinzaine de gros cigares dans la journée, même si, seulement, sur quelques centimètres.. Devant une abondance de caviar et de vodka, ses prouesses gastronomiques lui valurent même l’admiration des Russes à Yalta. C’était un convive de bonne compagnie.

 

Un tel tempérament est la souche d’une riche nature physique et morale. Bien mieux, on le voit ordonné par l’agencement d’un bel équilibre intérieur. La géométrie harmonieuse qui le porte est une forme de cerf-volant dont la conjonction Mars-Jupiter constitue l’axe central, son enveloppe étant un superbe grand trigone de Vénus du Sagittaire avec la Lune du Lion et Neptune du Bélier : étincelant déploiement de puissances vitales à rendre heureux un homme qui aime la vie et la magnifie. ! De quoi en prendre à son aise …

 

A sa manière, Winston est un géant souriant et sympathique, plein d’entrain, gagné par une verve qui rend tout possible, lui donnant le flair du grand joueur et lui offrant le lyrisme de l’humour. Quand Hitler menaçait de débarquer ses troupes sur les côtes anglaises, il trouvait la parade la plus parfaite : Nous les attendons …les poissons aussi …

 

Plus en profondeur prévaut la totalité harmonieuse d’un personnage unifié que les conflits et contradictions n’entament pas. Durant la guerre, lors d’une dispute avec de Gaulle qui, à propos d’une situation donnée, tente d’éveiller les reproches de sa conscience, celui-ci se voit répliquer : « Sachez que ma conscience est une bonne fille avec qui je m’arrange toujours ». Merveilleuse formule disant si bien l’art avec lequel, grâce à sa souple morale, le Moi met le Surmoi dans sa poche, ne craignant pas même d’assumer ses frasques de son plein gré.  On trouvera toujours bien un arrangement tôt ou tard, l’optimisme faisant le reste. Et puis, au diable le conformisme !

 

Car, Winston est avant tout un homme « nature », bien planté dans son égocentrisme (cette puissante conjonction en I). Avec sa forteresse d’égoïsme aimable, à n’en pas douter.

 

Mais aussi habité par la force d’une foi vive en lui-même, aux convictions bien ancrées.  De là un homme qui n’a rien à se refuser dans l’ordre de ce qu’il s’octroie, qui s’abandonne librement à ses goûts dans la jouissance de la pleine liberté de sa personne. Cela pouvant aller jusqu’à l’indifférence à l’égard du jugement d’autrui, notre bonhomme en ayant choqué plus d’un. On lui connaît diverses désinvoltures, notamment sa manière cavalière de recevoir, plus ou moins en déshabillé, et même des visiteurs de marque. Il aimait prendre son bain en écoutant la musique de son phonographe, en lisant Shakespeare, ou encore un casque sur la tête dans Londres bombardée.. Sa façon de s’habiller a fait beaucoup parler, certains de ses accoutrements frisant l’extravagance. Il est vrai qu’ici ce pittoresque est plus particulièrement ressortissant de sa conjonction Lune-Uranus du Lion..

 

La hardiesse naturelle de cet être libre sied à son train de vie : « Monsieur Churchill – note un vieil ami – se contente volontiers de ce que l’on fait de mieux. ». Le ton est livré, mais pour l’atteindre, on ne craint point de s’en donner tous les moyens, du pathétique au bord de la larme à l’histoire drôle ou la blague, en passant par l’arsenal de son savoir-faire.

 

L’un de ceux qui l’ont fréquenté au sommet de ses fonctions, Charles de Gaulle, a tracé de lui un portrait qui le résume très bien : « L’assurance de son jugement, de sa grande culture, la connaissance qu’il avait de la plupart de ses sujets, des pays, des hommes qui se trouvaient en cause, enfin sa passion pour les problèmes propres à la guerre, s’y déployaient à leur aise.. Par dessus tout, il était, de par son caractère, fait pour agir, risquer, jouer le rôle, très carrément et sans scrupule.(…) Il n’était pas jusqu’à l’humour dont il assaisonnait ses gestes et ses propos et à la manière dont il utilisait tantôt la bonne grâce et tantôt la colère qui ne fissent sentir à quel point il maîtrisait le jeu terrible où il était engagé. » (Mémoires de Guerre, tome 1).

 

Maîtrise non sans fluctuations, il est vrai, cet homme de totalité devant faire cohabiter tant bien que mal deux oppositions aux versions les plus contrastées. D’un côté, axe central du cerf-volant, l’opposition Jupiter-Neptune, artère nourricière d’un jupitérien en humide dilatation d’être, s’octroyant la plus large souplesse de jeu – on se rappelle ses navettes des conservateurs aux libéraux, et autres « écarts de conduite » politiques dont on vient à l’instant d’entendre une plainte , tout en sachant – on le verra plus loin – s’épanouir dans la détente d’un art de vivre. D’un autre côté, rien de plus sec, tendu, âpre, excessif, que son opposition Saturne-Uranus dans laquelle s’encadre en carrés son Mercure.

 

Voilà du coup un homme saisi de crampes de l’esprit pendant lesquelles il perd toute mesure Cela passe par la primarité d’un Colérique, au sens caractérologique du mot,  emporté dans ses excès, comme lorsqu’il en vient à traiter Aneurin Bevan d’empoisonneur nauséabond… Ses réactions de colère quasi-enfantines, que déclenchent les contrariétés, le déshumanisent sur le champ ; faiblesse qui le rend insupportable, mais dont il sait ensuite largement se faire pardonner. Et puis, qui sait si ce triangle dissonant, avec sa dureté, ne l’a pas aidé à se cramponner sur ses positions en devenant imperturbable lorsqu’il fallait l’être, comme au bord du gouffre en 1940 ? Oui, et sans arrière-pensée, Churchill peut être mauvais quand il a l’esprit courroucé, mais le cœur a finalement toujours le dessus : retour à l’axe Jupiter-Neptune d’un homme d’accueil, bienveillant et généreux, libéral, épris de nobles causes.

 

Ce duo fait aussi de lui un « large » caractérologique. Tout à l’opposé d’un Hitler Uranus-Saturne monolithique, crispé dans sa passion dévorante de la politique où il disparaît, c’est sur tout l’éventail d’un art de vivre qui se consomme et s’apprécie qu’apparaît Churchill, tenant son rang, montant ses chevaux, sillonnant la terre, la mer et les airs, savourant toutes les choses de la vie à sa portée. Dans le milieu astrologique, on aime bien faire état de ce que Jung appelle l’individuation, condition supérieure de soi-même où l’être, parvenu à l’unification de son champ psychique, se vit totalité. Eh bien ! il semble que Churchill y ait eu

accès le plus naturellement du monde.  Sa plénitude, c’est que sa conjonction Mars-Jupiter dont l’homme d’Etat est l’aboutissement n’ait nullement empêché, par absorption, exclusivisme ou autre, sa Vénus en III de s’exprimer au niveau le plus élevé, grâce au pinceau dont il a fait son délassement : Si je n’avais pas eu la peinture pour me détendre, je crois que je serais devenu fou. Mais ce qu’il considère modestement comme un passe-temps s’élève en réalité au niveau d’un amateur de talent qui, sous le pseudonyme de Charles Morin, expose avec succès ; et sa peinture, au dire de Picasso, eut pu s’offrir une grande carrière.

 

Mais, par-dessus tout, l’anoblissement suprême lui vient de son Soleil en III. Il savait que son verbe primait et qu’il convenait de le maîtriser. C’est ainsi qu’il apprenait ses discours par cœur et les répétait ensuite devant une glace pour étudier ses gestes accompagnateurs. En outre, il les enregistrait sur disques, puis s’exerçait à parler distinctement en soignant le timbre et les inflexions de sa voix. C’était là se solariser par son langage, et n’était-ce pas son terrain idéal ? Au point que nous pouvons conclure avec cette locution d’Aneurin Bevan : « Son nom restera grand aussi longtemps qu’on se souviendra de la guerre, comme le symbole de ce que peuvent faire des paroles inspirées lorsqu’un peuple courageux et libre est prêt à les appuyer par des actes.

 

 

Joseph  STALINE

 

Avec Joseph Staline, évitons le piège de l’adoption d’une fausse date de naissance, généralement admise. La vraie date est enfin révélée par Jean-Jacques Marie dans son ouvrage paru en 2001 chez Fayard : Staline. Ayant consacré près de quatre décennies au personnage, ce chercheur est allé jusqu’au bout de ses enquêtes, notamment concernant cette naissance : A partir de 1921, Staline repoussera sa date de naissance et la fixera officiellement au 9 décembre dans le calendrier julien russe (soit le 21 dans le calendrier grégorien occidental) de l’année 1879. Mais le registre de l’église de Gori enregistre la naissance de Joseph Djougachvili le 6 décembre 1878 et son baptême le 17 décembre, le nom de son parrain et celui de l’archiprêtre qui le baptise. Le petit séminaire de Gori lui délivrera à la fin de sa scolarité primaire une attestation le faisant naître « le sixième jour du mois de décembre mille huit cent soixante-dix-huit ». La date du 21 décembre 1879 apparaît donc doublement erronée, pour le jour et l’année.

 

L’information de l’heure fait naturellement défaut, mais le géorgien nous tend la solution de sa découverte tant s’imposent les traits saturniens de son personnage. Il ne peut qu’avoir Saturne angulaire, et, après comparaison des possibilités, prévaut la double signature d’un Saturne à l’Ascendant avec un Soleil de midi au Milieu du ciel, les deux astres étant au carré l’un de l’autre, aspect dominant du thème. C’est un Saturne des Poissons (qui fait penser à celui de Fouché, lequel devait aussi l’avoir au lever) frappé des sourdes et sombres tonalités d’une triangulation dramatique avec une opposition Mars-Scorpion/Pluton ; de même que l’est Mercure du Capricorne qui est à son service. Or, un tel tempérament saturnien se perçoit chez lui de la façon la plus évidente au point de sauter aux yeux.

 

Voici la présentation du personnage qu’en  a faite l’un de ses rares visiteurs, Emil Ludwig, dans son Staline  (Ed.des Deux Rives, 1945) : Staline donne une impression étrange et froide ; il n’a rien qui vous attire. Il n’est ni accueillant, ni ouvert, mais prudent, souvent taciturne ; il a l’air de vous renvoyer. Lorsqu’il rit, c’est d’un rire sombre et terrible qui vient des profondeurs et qui révèle plus de haine que de joie. De tous les hommes d’Etat contemporains dont j’ai vu la plupart, il est le plus renfermé. Tout est lourd et lent en lui : la démarche, les gestes, la parole (…). Au contraire d’Hitler qui est très nerveux, Staline est calme. C’est à sa patience qu’il doit son avènement au pouvoir. (…) Son énergie n’est pas à explosion, elle n’agit pas comme un éclair ; elle se charge comme un accumulateur. (…) Il est nécessaire d’évoquer les traits de cet homme renfermé, solitaire, sombre mais résolu, pour avoir une meilleure compréhension de son histoire.

 

 

Le style saturnien est généralisé à sa personne. Sa morphologie est celle d’un terrien, d’abord sec et osseux, qui s’épaissit dans une  impression de robustesse et de rudesse. Le visage épais et carré offre un front bas, barré d’une toison en brosse, raffermi par une bouche fermée que  surmonte une moustache revêche. Le visage est inexpressif – on l’a caricaturé en sphinx – ou prend le masque d’un demi-sourire de façade aux yeux plissés, donnant l’impression d’être à l’affût du danger. Ce qu’accompagne un être tout en réticences, en gestes rares, en silences opiniâtres dont le mystère engendre plutôt la crainte. Revoir ses mains jointes, comme fermées sur lui, aux « photos de famille » à Téhéran, à Yalta. 

 

L’homme parle peu, parcimonieusement, souvent en marmonnant, en bougonnant, ou encore en  tranchant sec. D’une sécheresse effrayante sur la fin de sa vie, ce bourru convoquant son monde et le congédiant par simple signe de tête. Avec une lenteur, une pesanteur dans la démarche et le comportement, à l’image même de sa patiente ascension au pouvoir. La simplicité et la modestie sont son ordinaire  : sobrement et invariablement vêtu de la  même vareuse militaire grise, exempte de décorations, uniforme assorti de bottes noires Au palais du tsar, exclusivement à sa fonction de chef d’Etat, il siège en continuant à vivre comme un fils de cordonnier, sans cérémonie ni décorum. Il ne se soucie même pas de vivre dans un cadre digne de la position qu’il occupe. En apparence, c’est presque « un homme tout à fait terne et insignifiant » (Kamenev).

 

D’une vie privée également pauvre d’être entraîné à l’insensibilité. Le 22 juin 1904 (transit Uranus/Soleil), il installe sa vie adulte en épousant une paysanne de quinze ans, Catherine, qui meurt le 25 novembre 1907 (Pluton à l’opposition du Soleil). Cette créature adoucissait mon cœur de pierre ; elle est morte et avec elle sont morts mes derniers sentiments tendres envers les hommes. Là-dedans, c’est devenu vide, indiciblement vide. Il se remariera le 24 mars 1919 (Uranus sextil Vénus et Jupiter au FC) avec Nadejda, qui a dix-sept ans, et son union finira sur le suicide de sa femme le 7 ou 8 novembre 1932 (Uranus opposition Lune en VII). Il aura un fils en janvier 1921 (Jupiter-Saturne au DS), Vassili, qu’il ne saura pas aimer et avec lequel il sera brouillé. Ses seuls accents d’affection seront pour sa fille, Svetlana, née le 28 février 1926 (retour jupitérien en XI). Après son veuvage, il s’abandonnera aux soins d’une jeune domestique qui lui restera attachée jusqu’à la fin.

 

Replaçons-le dans son enfance.

 

Staline est l’enfant malingre d’une mère qui a perdu trois fils précédents en bas âge et qui s’attache à son dernier (bonnes données lunaire et vénusienne). Mais ce fils de cordonnier grandit dans une misère qui le durcit vite, où s’illustre le carré Soleil-Saturne ramifié à l’opposition Mars-Pluton impliquant le Scorpion et le secteur VIII.

 

En effet, il est un enfant battu par son père, que celui-ci soit à jeun ou ivre.. Cette brutalité paternelle, venant du Soleil au Milieu du ciel, explique son aversion précoce pour  tous les représentants de l’autorité, avec ses désirs de vengeance.

Un jour que l’ivrogne bat son épouse, le gamin lui lance un couteau qui le manque, devant s’enfuir chez des voisins. Battue par son mari, sa mère, qui l’aime pourtant, le rosse aussi.

C’est de ce climat familial que vient son caractère froid, sec, taciturne, renfermé, méfiant, rancunier, d’une dureté impitoyable.

 

Chétif, il grandit lentement et peu (il ne dépassera pas 1 m 62) et il souffre des bagarres de rues avec les autres gamins. Sa mère réussit à le faire entrer au petit séminaire de Gori à ses dix ans, puis au grand. Existence triste et monotone d’enfermé. Mais il s’y découvre une frénésie de lecture où l’avidité saturnienne trouve son exutoire avec Mercure du Capricorne fortement aspecté. Son livre d’élection est Le Parricide d’Alexandre Kazbegui, au point de s’identifier au héros, Koba, bandit d’honneur, dont il prendra le nom comme pseudonyme lorsque, quittant la prêtrise pour épouser la révolte, il adhère en août 1898 (transit Uranus/Mars) à un groupe marxiste qui l’engage, au début de 1901, dans l’action militante clandestine (transit Jupiter/Soleil-MC). Il est aussitôt dans son élément, car c’est un homme de l’ombre, avant de devenir ensuite un homme des coulisses, sachant se taire, s’épanouissant dans le silence. Son caractère se forge dans la dure condition du terroriste traqué, éprouvant son endurance et fortifiant son insensibilité au mal.

 

De bonne heure, cependant, le jeune révolutionnaire ressent l’appel d’une volonté de puissance qui fait de lui, déjà, un ambitieux obstiné concentrant sa passion sur un point unique : une affirmation de pouvoir (Soleil au Milieu du ciel). Il est d’ailleurs significatif que, très tôt, il ait fait référence et d’une façon répétée à l’astre du jour lui-même. Se sentant missionné comme un apostolat, à la tête d’un petit comité en 1901, il déclare : L’aube du grand jour commence à poindre. Bientôt le soleil se lèvera et brillera pour nous.

Ce médiocre orateur, avare en écrits comme en paroles, dira quelques années plus tard :

 

« La révolution russe est inévitable. Elle est aussi inévitable que le lever du soleil ! Pouvez-vous arrêter le soleil levant ? »

 

Ce qu’il ressent, au bas de l’échelle sociale, c’est un pouvoir ascensionnel visant à atteindre un sommet, et l’on verra plus tard jusqu’à quel point il solarisera son personnage.

 

La voie qui l’y conduit en Saturne des Poissons est celle d’un militant clandestin qui fait déjà  connaissance avec la prison en avril 1902 (transit de Neptune à l’opposition du Soleil et au carré de Saturne). Un détenu se rappelle son calme, sa maîtrise de soi :Il ne riait jamais franchement, se contentant en général de sourire (…) Pas une seule fois, je ne l’ai vu s’emporter, crier, discuter, s’émouvoir (…), en un mot, sortir de sa réserve. Et sa voix correspondait exactement à sa personnalité glaciale.

Nouvelle arrestation de trois ans, suivie d’une autre de quatre ans, la réclusion en Sibérie, exil où il a le temps de mûrir dans la ténacité et l’acharnement d’un être entraîné à l’action secrète, la tactique obscure, la dissimulation et la ruse.

 

Tandis qu’Uranus entre en conjonction de son Jupiter et que Jupiter céleste rejoint le Soleil au Milieu du ciel, Staline pose un pied au cœur du parti, lorsqu’en avril 1912 il participe au lancement du premier numéro de la Pravda. Libéré à la suite de la révolution de février 1917, il est élu en avril au Comité central, mais il brille par son absence à la « Révolution d’octobre ». Il n’est d’ailleurs pas encore un personnage connu, mais il est déjà l’ombre portée d’un appareil en formation, entrant ainsi dans la révolution comme un fonctionnaire insignifiant de l’appareil du Parti (Volkogonov).

 

C’est silencieusement qu’il se voit confier une activité discrète de bureaucratie interne, cet obscur en arrivant enfin à être le Secrétaire général du Comité central du Parti le 4 avril 1922 : Uranus passe au sextil de ce Mercure du Capricorne en X, au service de Saturne, qui symbolise si bien cette fonction.

 

Ainsi  est-il à son poste. De prime abord, cet homme qui fume la pipe comme un bon père tranquille, a une platitude rassurante, d’autant qu’il se veut le gardien de la moralité du parti, qu’il subordonne, avec une ambition savamment dissimulée, à l’appareil de son secrétariat. Ce Fouché de la révolution d’octobre manipule en sous-main les rouages de cet appareil, tire les ficelles des affaires, manigançant ses opérations en intrigant sournois. Est-ce son Jupiter du Verseau en XI et sa Lune de la Balance en VII ? Son art suprême est de dresser les uns contre les autres par alliances successives pour se débarrasser de l’opposant principal du moment, ruinant sa réputation et sapant son autorité, l’allié d’hier, potentielle victime endormie, étant décimé à son tour à la charrette suivante. Ainsi éliminera-t-il, après la mort de Lénine, tous ses rivaux : Trotsky, Kirov, Zinoviev, Kamenev, Boukharine, Rykov …

 

L’exercice du chef du Kremlin porte la signature de son carré Soleil-Saturne, celle d’un despote avide de puissance, concentrant tous les pouvoirs entre ses mains. Ayant voulu tout diriger et tout contrôler, il se plaindra d’être seul, et, soupçonneux, conduira son entourage à la pire servilité. J.-J. Marie rapporte une anecdote de Jdanov : « Un jour, Staline se plaint d’avoir perdu sa pipe et grommelle : « Je donnerais beaucoup pour la retrouver ». Trois jours plus tard, Beria a déjà trouvé dix coupables qui ont tous « avoué ». Le lendemain, Staline retrouve sa pipe tombée derrière un divan de sa chambre. »

 

Cette signature saturnienne sert au surplus une politique inhumaine de rigueur, au service d’un appareil d’Etat dur, sévère, asphyxiant. La Russie qu’il prend en mains est un pays arriéré qui a un grand retard à rattraper, dont l’agriculture en est encore aux charrues en bois. En dépit de moyens rudimentaires, il lance le pays dans les travaux gigantesques des plans quinquennaux, d’immenses complexes industriels surgissant, des cités entières voyant le jour, la Russie sortant de l’ornière, mais au prix d’une austérité terrible qui se donne comme justification le véritable sacrifice d’une génération pour la construction du socialisme de demain.

 

L’ancien enfant battu par son père est devenu le père cruel de la nation russe, sur laquelle s’est abattu l’ordre glacial d’une terrible discipline de fer, fourbissant ses punitions, expulsions, internements, déportations. Signature spécifique de Saturne des Poissons : l’ombre sinistre de la peur et de la pénitence, des « camps de travail et de rééducation » du Guépéou – le Goulag – plane sur l’immense Russie.

 

22 juin 1941 : après un simulacre d’alliance, Hitler a décidé de détruire le régime soviétique et de réduire la Russie en esclavage, lançant sur elle l’assaut fulgurant de son infernale machine de guerre. Uranus et Saturne transitent le Pluton opposé à Mars de Staline qui entre dans  sa saison en enfer. Confronté par surprise à ce Blitzkrieg, l’adversaire uranien comptant sur la puissance foudroyante de sa guerre-éclair, notre saturnien est sur le champ abasourdi, désemparé, ne répondant pas au téléphone, en état de prostration. Après avoir surmonté son désarroi, le voici, le 3 juillet, qu’il s’adresse au peuple, aux camarades citoyens, frères et sœurs,, combattants de notre armée …, d’une voix basse et rauque, égrenant ses mots d’un souffle lourd. Son sang froid est revenu ; à son calme devant le déluge de fer et de feu qui s’abat sur le pays, répond un réflexe national de défense, la mobilisation et l’organisation de la résistance en profondeur de la nation. Mettant Saturne de son côté, Staline mise aussitôt sur une guerre de durée, une guerre longue. Dès le 24 juin, il a déjà pris la grande décision salvatrice de cette guerre, en formant un comité d’évacuation chargé de transférer et transplanter à l’est, jusqu’en Sibérie occidentale, les entreprises industrielles exposées à l’invasion. Un repli gigantesque de milliers d’usines accompagné d’une fantastique migration de millions de gens, s’implantant dans le désert en une incroyable endurance et parvenant à créer un combinat Volga-Oural d’où sortiront avions et chars par dizaines de milliers dès 1942-1943 !  

 

En décembre, la Wehrmacht est aux portes de Moscou, dont Hitler attend la chute. Impassible, Staline reste dans la capitale, se donnant l’image saturnienne d’un roc inébranlable, contre lequel vient se fracasser la marée nazie. Historique est le discours qu’il tient  au défilé traditionnel de la Place rouge, le 6 novembre, sous la menace des bombardements : Il ne fait aucun doute que l’Allemagne dont les réserves humaines s’épuisent, a été beaucoup plus affaiblie que l’Union Soviétique qui commence à peine à engager toutes ses forces (…) Bien au contraire, nos arrières sont aujourd’hui plus solides que jamais. « C’est le peuple qui gagnera la guerre, mais il la gagnera avec les nerfs de Staline » (Emmanuel d’Astier). D’ailleurs, son meilleur allié saturnien est arrivé : le Général Hiver, et avec lui, le crépuscule de l’armée allemande.

 

L’Armée rouge à Berlin, la victoire … Temps des trigones d’Uranus et de Neptune à son Jupiter, lequel avait reçu la visite du Soleil lorsque, le 31 janvier 1943, le maréchal Von Paulus s’était rendu à Stalingrad, puis début février 1945, où, en compagnie de Roosevelt et Churchill à Yalta, il avait savouré son triomphe, sous le meilleur jour d’une Armée rouge libératrice des peuples de la peste nazie (Jupiter en Verseau, ainsi que Ike Eisenhower)..

 

Saturnien est tout autant l’homme de guerre que l’homme d’Etat. Staline sera indifférent à la vie de ses soldats autant qu’à la population dans l’épreuve : nulle visite de front, d’hôpital, de ville bombardée ; on n’a pas souvenance du moindre bain de foule. Avant-guerre, il ne visitait déjà plus le pays.

 

Plus que jamais, muré dans l’enceinte du Kremlin où il semble se terrer, il vit coupé du monde, confiné dans son bureau qu’on a comparé à un cabinet médical, où il mène une existence personnelle austère. C’est un homme d’Etat confit dans les abstractions du pouvoir, cérébralisé devant ses chiffres, pourcentages, plans et programmes ; existence paperassière faite de rapports, de décrets, de plannings. Outre qu’il vit dans un cercle de plus en plus étroit et fermé, voyant de plus en plus rarement sa fille. C’est là presque une prison intérieure (Saturne-Poissons en I). Rarissimes sont ses visiteurs et nulle part on ne le voit. C’est à peine s’il se montre aux apparitions rituelles, sur le Mausolée, à la tribune de la Place rouge, le 1er mai ou le 7 novembre, où il agite mollement la main en direction des manifestants.

 

Finalement, cette fermeture personnelle distanciatrice sert un glacial culte de la personnalité. Du haut d’un pouvoir solitaire qui confine à l’abstraction d’une puissance absolue de chef suprême au-dessus du commun des mortels, le moins accessible des hommes d’Etat de son temps finit par se rendre omniprésent. Et ce qui va si bien à un Soleil au Milieu du ciel, c’est sa statue géante hissée à la crête de l’Elbrouz (5.642 m), dont le socle proclame : « Sur le plus haut sommet de l’Europe, nous avons érigé le buste du plus grand homme de tous les temps » ! Tandis que le cinéaste Tchiaourelli en fait sur pellicule un dieu tout puissant.

 

L’apparentement à une culmination solaire se poursuit avec la mythologie d’une solarisation du chef, divinisé en « père du peuple » ou « père des peuples », au sommet de l’Olympe politique.

                        Sur toute la terre

                        Le soleil lance une lumière plus chaude (…)

                        Tu apprendras la source de ce soleil

                        Qui baigne notre pays (…)

 

Ainsi s’exprime déjà Prokofiev dans une Ode à Staline pour son soixantième anniversaire.

                                  

Tendrement le soleil brille, tout là-haut.

                        Et qui ne sait que ce soleil c’est toi ?

 

C’est aussi à Staline que s’adresse ce poème de louange de la Pravda, à l’ouverture du congrès du PC à Moscou en 1939. La sanction religieuse lui sera conférée en 1943 par le métropolite Nicolas : « Les croyants russes voient dans le chef suprême de notre pays le père de notre peuple, que Dieu lui a donné. » Le culte de la personnalité de Staline, sacralisé à l’image de l’astre lui-même, est devenu un mythe solaire où le chef absolu, « père des peuples », est le héros sauveur et le dieu sacrificateur de la Révolution d’octobre et de l’Union soviétique, érigées en épopée solaire, célébrée par des parades et cérémonies, congrès et autres, aux grandes orgues (Soleil-Sagittaire).

 

Ce n’en est pas moins une solarisation plombée qui recouvre la terrible réalité saturnienne du stalinisme, faite de peur, de pénitence et de sacrifice. Le dictateur sort de la dure épreuve de la guerre dans un état de grande lassitude physique ; sa force lente et lourde est épuisée et l’homme s’affaisse sur sa vulnérabilité intérieure (Neptune transite sa Lune). Le pays est ruiné, la guerre froide bat son plein, le goulag est surpeuplé. Avec un chef d’Etat enfermé sur une misanthropie devenue paranoïaque : « Il était aigri contre le monde entier, n’avait plus confiance en personne » (sa fille). Ayant fait le vide autour de lui, sa solitude se tisse d’une atmosphère de complot permanent, au point de menacer ses plus proches collaborateurs : Molotov, Malenkov, Beria … Ce geôlier de toute la Russie se croit entouré d’espions, de saboteurs, de terroristes : trotskystes, titiste, sionistes…, et en arrive à la cote d’alerte du « complot des blouses blanches », l’ours finissant en ogre.

 

Victime d’une attaque dans la nuit du 1er au 2 mars 1953, Staline meurt au Kremlin le 5 mars à 21 h 50 (hypertension, artériosclérose généralisée et du cerveau, hémiplégie du côté droit …) : sortie d’un long stationnement de Saturne sur la Lune, que frappe Uranus par carré et Mars par opposition. Si l’on estime que dès la mort de Lénine, le 21 janvier 1924, une certaine vacance du pouvoir  a déjà permis à ce nouveau Secrétaire général du Parti de prendre pied dans celui-ci, sa carrière d’homme d’Etat se sera inscrite dans la durée saturnienne d’un cycle trentenaire.

 

Franklin   ROOSEVELT

 

A neuf heures moins le quart, ma Sallie a donné naissance à un superbe et gros garçon. Il pèse dix livres … ». Ainsi, le journal familial tenu par son père, James, nous apprend-il que c’est à vingt heures quarante-cinq qu’est né Franklin Delano Roosevelt, le 30 janvier 1882 à Hyde Park, Etat de New York.

 

Un phénomène astral primordial accompagne cette venue au monde : le lever d’Uranus, moment planétaire souligné, à la manière d’un soliste puissamment orchestré, par la présence d’un trio Soleil-Mercure-Vénus en Verseau. L’astre est aussi au carré du Milieu du ciel et il reçoit le trigone d’une conjonction Jupiter-Neptune ainsi qu’un quintile de la Lune. La signature uranienne s’impose d’emblée, comme la charge élevée d’une potentialité d’affirmation personnelle.

 

Le signalement qui suit est l’arrivée de Mars au Milieu du ciel ; un Mars des Gémeaux au trigone de Mercure en Verseau et maître de l’Ascendant en Vierge qui reçoit son carré. Il s’agit donc d’un Mars très mercurisé, facteur de vive activité mentale, d’intense présence d’esprit. Mais aussi, c’est un Mars fortement lunarisé pour se trouver en conjonction  d’une Lune en Cancer, et nous verrons comment une eau peut éteindre un feu.

 

A l’arrière-plan de ces deux bastions prennent place les triangles dissonants de l’Ascendant avec un carré Vénus-Saturne et de Mars avec un carré Soleil-Neptune – carrés à la lisière d’un contre-antisce – faisant surtout se contraster les valeurs d’une belle qualité de vie d’une conjonction Soleil-Vénus du Verseau en V et la dramatique existentielle d’une conjonction Saturne-Neptune en VIII.

 

En toile de fond se profile une concentration de quatre planètes lentes en Taureau, phénomène  de grand renouvellement cyclique propre à une génération traversée par une tranche historique de bouleversements de société. Situation qui peut être vécue ici avec le recul d’un être que distance une naissance à la fois à la fin du cycle diurne et celle du cycle annuel.

 

On comprend aussitôt qu’une si forte et double angularité planétaire ait pu mener si loin  et élever si haut notre sujet, dès lors que nous savons quelle puissante souche le porte. Puisqu’il s’agit du milieu familial, il est vrai que le maître du Fond du ciel est Jupiter, lequel est  au double trigone de l’Ascendant et d’Uranus, le futur Président américain étant même étoffé d’une nature jupitérienne. Mais enfin, tous ceux qui sont nés en même temps et au même lieu que Franklin n’appartiennent pas à une des plus anciennes familles américaines et n’ont pas, avec un père grand homme d’affaires et gentleman farmer, des parents aussi aisés, assurant une enfance heureuse et une belle éducation. Mieux encore : Théodore Roosevelt, Président des Etats-Unis de 1901 à 1909, est son cousin ! Pour avoir le pied à l’étrier, on ne saurait être mieux placé. Comment cet uranien si dynamique n’aurait-il pas eu, bien vite, comme but de sa formation universitaire, la politique, et comme ambition la magistrature suprême ? Il faut convenir qu’avec le concours d’une telle souche jupitérienne, son destin d’homme d’Etat se jette véritablement dans ses bras !

 

Franklin n’a cependant rien d’un urano-saturnien coagulé dans son ambition , à la Hitler. Il est même le contraire du contracté, absent à tout pour n’être que sa passion exclusive. Son étoffe jupitérienne est même celle d’une conjonction Jupiter-Neptune du Taureau : nature vivante, chaude, souple, liante, large, ample, enveloppante, ouverte à une humanité heureuse.

 

 Et ce noyau fait bon ménage avec les apports des belles et fortes aspirations de vivre de la conjonction Soleil-Vénus et de la conjonction Lune-Mars au lieu du solstice d’été. Autant dire que, chez lui, l’ambition n’est que le fruit d’un bel arbre.

 

D’ailleurs, les notes lunaire et vénusienne se joignant à la jupitérienne, Franklin est un bel homme au visage rayonnant ; il émane de sa personne un certain charme : il plait ! C’est là un atout important. Et son agrément de vivre est évident. Parmi ses distractions, avec la chasse, son Mars des Gémeaux le porte vers un sport mobile, mais sport qui relève de l’aquatique Lune du Cancer à laquelle il est conjoint : la voile.

 

Avec lui, nous avons un cas intéressant de conjonction Lune-Mars qu’intensifient sa présence en secteur X et le contraste du feu de l’astre avec l’eau de la Lune du Cancer. Au point que l’on peut parler d’un véritable complexe maternel. Franklin est un fils unique, objet d’un attachement envahissant de sa mère, Sara, veuve en 1900. Celle-ci donne l’impression de n’exister que pour son fils et exerce une véritable autocratie maternelle qui durera aussi longtemps qu’elle vivra.  Franklin a beau se marier avec sa cousine Eleanor, en mars 1905 (Neptune transite sa Lune) : c’est la reine-mère qui va gouverner le ménage ! On ne saurait dire qu’il n’y ait pas eu là une conduite conjugale dévirilisée au retentissement marital négatif, l’épouse étant sacrifiée à la mère. Mais Eleanor saura se substituer à celle-ci dans la mesure où elle accompagnera la carrière de son mari (Lune en X).

 

Il ne faut pas s’étonner que la coulée lunaire (il y a par aspects passage du luminaire de Mars à Uranus) soit passée du giron maternel à ses substituts symboliques : mer et terre maternelle. Le chassé-croisé Uranus-Vierge en I / Mercure-Verseau en V-VI s’accorde avec l’art d’un collectionneur qui, accroché à son enfance par sa mère, a une attache au passé.  Roosevelt va remplir cent cinquante albums de timbres, et surtout – lignée aquatique – le passionné de la voile, qui deviendra Secrétaire adjoint à la Marine (1912-1020), rassemblera deux-mille-cinq-cents livres sur la seule histoire de la marine américaine, tout en collectionnant des estampes navales. Mais, revenons sur ce point, cette Lune du Cancer en secteur X trouve son expression achevée avec la compagnie professionnelle de sa femme, Eleanor faisant carrière politique à ses côtés, l’épaulant comme une collaboratrice. Tout en lui ayant donné cinq enfants et servi d’infirmière, cette démocrate de cœur – elle a milité pour le vote des femmes, l’égalité des Noirs, l’enfance déshéritée, la paix … - a ajouté sa grande popularité à la sienne.

 

Arrivons à sa carrière. Dans son milieu, sa voie politique est toute tracée. Déjà, il est sénateur démocrate de l’Etat de New York à vingt-huit ans (en 1910, son trigone Jupiter-Uranus reçoit les sextils de Neptune après avoir reçu les trigones d’Uranus). Puissant départ, si bien que, peu après, le Président Wilson le nomme Secrétaire d’Etat à la Marine. Mais il est éconduit comme candidat démocrate à la vice-présidence aux élections de novembre 1920 (Neptune passe à l’opposition du Soleil et Saturne transite l’Ascendant) ; défaite qui le fait revenir à son point de départ.

 

On est aussi sous le transit de Pluton à la Lune, avec le retour de Saturne à l’Ascendant. Le 11 août 1921 arrive le drame majeur de sa vie : une attaque de poliomyélite qui paralyse ses deux jambes. Roosevelt est devenu un invalide, cloué sur une chaise roulante ou marchant avec des béquilles et ne pouvant tenir debout que dans une armature d’acier.. On croit sa carrière terminée, sa mère le voyant prendre sa retraite à trente-neuf ans.

 

Ce serait là fort mal connaître la nature du Verseau (il l’est triplement), signe de compensation morale ou intellectuelle à toute infériorité physique. S’il est lieu « d’exil » pour le Soleil de notre  hémisphère (temps le plus froid de l’année), il est un « trône » pour sa lumière intérieure. C’est souvent parce qu’il accuse une faiblesse organique que son sujet supplée en force morale. Jusque là, tout avait facilement réussi au jeune Franklin. C’est une « seconde naissance » qu’apporte cette épreuve majeure : à l’effondrement  de l’homme charnel doit se substituer une victoire de l’homme de l’esprit, surmontant le handicap organique. Roosevelt, avec ses deux planètes angulaires, n’entend pas capituler et ne songe pas revenir à la politique sans être guéri. Pour cela, il se bat : exercices musculaires, natation, saisons thermales, efforts considérables et interminables. Il accepte son mal de son mieux, tout en se refusant malade.

Il s’impose d’en parler avec humour et s’entraîne dans un incroyable exercice de puissance de volonté :

« Quand on a lutté pendant six mois pour remuer son gros orteil, aucun effort ne semble plus difficile »

 

Au bout d’une dizaine d’années, s’il n’a pas échappé à l’usage des attelles orthopédiques, du moins est-il un homme du Verseau devenu adulte : son invalidité lui a appris la patience, la compassion, la maîtrise de soi, disons même une certaine sagesse.

 

En 1928, le parti démocrate lui propose de se présenter à l’élection du Gouverneur de l’Etat de New York. Il accepte, encore que son désir le plus grand eut été  de mouvoir sa jambe droite. Il est élu en novembre (son trigone Jupiter-Uranus reçoit le double sextil de Pluton). Sa carrière est repartie, d’autant que Jupiter visite ses positions du Taureau et des Gémeaux les deux années suivantes. Sa puissance politique s’accroît au point qu’en 1932 le parti démocrate le choisit pour la candidature à la magistrature suprême, et le 8 novembre, le voilà élu Président des Etats-Unis (Jupiter transite l’Ascendant et Uranus, pendant que celui-ci est au sextil du Milieu du ciel, Neptune étant aussi au trigone de Saturne).

 

Le 5 mars 1933 (Saturne transite le Soleil), Roosevelt entre à la Maison Blanche comme s’il était chez lui, détendant aussitôt l’atmosphère par sa simplicité. S’il en est venu là, c’est surtout grâce à une faveur populaire (Lune-Cancer en X) acquise par son charme naturel (conjonction Soleil-Vénus) : son sourire, sa voix, son humour, sa séduction.

 

Mais il est aussi le personnage de son temps. C’est un invalide à la tête d’un pays malade. Cet infirme appuyé sur ses deux cannes et soutenu par un appareil métallique (on pense à Mars au méridien accolé à la Lune du Cancer) prend en mains une nation écroulée avec quatorze millions de chômeurs demandant du pain et du travail, des banques et entreprises fermées, une économie arrêtée. Ce Verseau humain et venu de loin ne ressent que mieux l’épreuve des malheureux, tout en ayant la ressource d’un beau potentiel jupitérien de confiance et d’optimisme. Eleanor a dit : “Dans la vie publique de mon mari,, je ne l’ai jamais entendu faire une observation laissant penser qu’une crise ne pourrait pas être résolue ».

 

Cet uranien du Verseau est le premier président américain qui se répande sur les ondes de la radio en des « causeries au coin du feu » très écoutées. Huit jours après son inauguration, il fait sa première causerie qui le révèle aussitôt comme un séducteur médiatique. Sa manière de s’adresser à la population du pays est on ne peut plus Verseau en utilisant aussitôt la première personne du pluriel, l’incluant parmi ses auditeurs : « La confiance et le courage sont les éléments essentiels du succès de notre plan (…). Ensemble, nous ne pouvons échouer ». Il ira ensuite plus loin en tenant un langage nouveau prononcé avec sensibilité comme une conversation amicale. Et c’est ainsi qu’il s’adressera à tous par un My friends, pour la grande émotion de millions d’Américains ! Ce grand talent de communicateur était d’ailleurs un exercice de pouvoir allant à un Milieu du ciel en Gémeaux.

 

A cette présence au public participatrice s’associe un style uranien de gouvernement. Les cent premiers jours de sa présidence font défiler une cascade de lois pour briser la crise. Il n’y a pas plus Verseau que son Brain Trust (trust des cerveaux), nouveauté d’un président qui, pour diriger, s’entoure d’une équipe d’esprits qualifiés, afin de recueillir les meilleurs conseils, grande étant son écoute. De même, dans un retour uranien au tout-Etat, le programme révolutionnaire du New Deal : série extraordinaire de propositions de lois qui bouleversent les traditions de l’économie américaine. Le Président soulève l’enthousiasme des foules par la hardiesse de sa politique pour remonter le pays et lui donner le visage d’une Amérique émancipée, engageant les Etats-Unis dans la voie protectrice d’un Etat Providence avec la Welfare State (sécurité sociale). C’est ainsi qu’il sort le pays de la crise, résultat qui lui vaut une réélection présidentielle confortable en novembre 1936.

 

En fait, ce président au Uranus exceptionnel va battre un record de durée présidentielle en étant – cas unique – élu quatre fois de suite à la Maison Blanche. Non seulement il s’agit là d’un cycle entier de Jupiter depuis son départ sur la position natale Ascendant-Uranus, jusqu’à son arrivée douze ans plus tard, mais encore, ce rythme personnel se greffe sur un grand cycle Jupiter-Neptune 1932-1945, représentatif de la grande famille démocratique mondiale. Lui-même avait son Uranus au trigone d’une conjonction Jupiter-Neptune : c’est au service des intérêts de la cause de celle-ci que s’est manifesté son pouvoir d’Uranus-Vierge. Ce faisant, c’est sous son « règne » - celui des grandes innovations technologiques et de l’énergie atomique – que les Etats-Unis accèdent au premier rang des puissances mondiales, en devenant le géant américain. Et « la superpuissance produit le superprésident » (A. Kaspi).

 

C’est d’ailleurs sur le plan international que Roosevelt allait peser de tout son poids, à l’image d’un Jupiter près de la pointe du secteur IX. A la déclaration de guerre de 1939, l’opinion publique américaine est isolationniste à 99 %. Ce qui stoppe les désirs d’un Président Verseau qui apparaît comme une vivante incarnation de la statue de la liberté. En effet, après la montée des totalitarismes, il se refuse à laisser l’hitlérisme triompher en Europe. Il a le courage de proclamer devant l’opinion internationale les valeurs morales qui sont les siennes, c’est-à-dire les grands principes démocratiques nés de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. A travers lui, la voix de l’Amérique exprime l’espérance de l’humanité, celle du libérateur rendant à l’homme sa dignité. Nous devons être le grand arsenal de la Démocratie, déclare-t-il le 26 octobre 1940, trouvant le moyen d’assister l’Angleterre en lui fournissant du matériel militaire (Neptune transite Uranus-Ascendant). Et en août 1941, en signant avec elle la Charte de l’Atlantique, il rappelle les principes touchant à la civilisation du monde.

 

Il est significatif que la Seconde Guerre mondiale soit tombée sur le mandat d’un président (son troisième) qui avait Mars au Milieu du ciel, cette position étant le clair symbole de l’événement (au même titre que Guillaume II avec la Première Guerre mondiale).

 

Au premier round de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, une conjonction Saturne-Uranus transite son Pluton en IX, temps sombre des grandes épreuves. Mais aussi, Jupiter transite son Milieu du ciel.

 

En guerre et se sentant d’autant plus libre qu’il a été réélu en novembre 1940 (Jupiter et Saturne repassaient sur son Jupiter), l’uranien Roosevelt entend que, de haut en bas de l’Etat, on sache qui gouverne. Il prend des initiatives par-dessus la voie hiérarchique, brise des barrières, bouscule la bureaucratie.

 

Il est accusé d’exercer une dictature ; en fait, jamais un président américain n’aura autant pesé sur le destin de son pays, mais la situation justifiait la présence d’un homme fort, ce que sanctionnera le peuple américain en lui octroyant un quatrième mandat en novembre 1944 (retour de Jupiter à l’Ascendant). Aussi aura-t-il marqué d’une forte empreinte l’institution de la magistrature suprême. Dans ses Mémoires de guerre, de Gaulle dépeint ainsi ce sommet de Roosevelt : « Les plus hautes ambitions possédaient Franklin Roosevelt. Son intelligence, son savoir, son audace lui en donnaient la faculté. L’Etat puissant, dont il était le chef, lui en procurait les moyens. La guerre lui en offrait l’occasion. Si le grand peuple qu’il dirigeait avait été longtemps enclin à s’isoler des entreprises lointaines et à se défier de l’Europe, sans cesse déchirée de batailles et de révolution, une sorte de messianisme soulevait, à présent, l’âme américaine et la tournait vers les vastes desseins. »

 

Ce messianisme de l’âme américaine est tout à l’image de son président Verseau. A l’inverse d’un Staline à qui rien n’est plus étranger que l’esprit de croisade et qui se bat contraint et forcé, et d’un Churchill centré sur la défense du lion britannique, Roosevelt est animé par un idéalisme supranational. Le combat qu’il mène ne se comprend que dans la conception globale d’un monde de solidarité fondant la démocratie universelle. Il s’était déjà fait le champion du droit et de la liberté dans son message humanitaire au Congrès le 6 janvier 1941 :

 

« Nous voulons que le monde futur soit fondé sur quatre libertés essentielles. La première est la liberté de parole et d’expression, dans le monde entier. La deuxième, la liberté pour chacun d’adorer Dieu comme il lui convient, dans le monde entier. La troisième est la liberté de vivre à l’abri du besoin, ce qui implique, sur le plan mondial, des ententes économiques assurant aux nations une vie saine et pacifique, dans le monde entier. La quatrième est la liberté de vivre sans crainte, ce qui implique, ;sur le plan mondial, une réduction des armements si complète qu’aucune nation ne soit en mesure de commettre contre son voisin un acte d’agression physique, dans le monde ».

 

C’est Roosevelt lui-même qui invente la formule « Nations Unies ». Il est un Wilsonien qui se veut réaliste. Là où Wilson a échoué avec la « Société des Nations » que les Américains avaient lâchée, il entend que ceux-ci le suivent avec l’O.N.U. Son grand dessein Verseau est celui d’une Amérique idéaliste, donnant l’exemple au sein d’une organisation internationale pour assurer la paix par la sécurité collective. Le 20 janvier 1945, à la veille de se rendre à Yalta, il tient un discours qui exprime bien l’esprit qu’il espère voir triompher à la fameuse conférence :

 

« Nous sommes devenus citoyens du monde, membres de la communauté humaine ; nous avons appris cette simple vérité, si bien exprimée par Emerson : Le seul moyen d’avoir un ami, c’est d’en être un »

 

Avec le recul de l’histoire, il est facile de ne voir que naïveté dans un tel idéalisme. Notre Verseau avait la confiance en soi et la sérénité d’un homme fort. Il avait décidé de construire 50.000 avions par an et réussi à en fabriquer 350.000 en quatre ans (Mars en Gémeaux chez cet uranien du Verseau) et ses armées écrasaient l’ennemi. D’ailleurs, son idéologie a sa contrepartie intéressée : l’application de la loi internationale dans un climat de décolonisation implique aussi l’installation de bases américaines en divers coins du monde, si bien que l’idéalisme recouvre avantageusement la volonté de puissance. Les Etats-Unis, après tout, étaient les vainqueurs. 

   

L’échec Verseau de Roosevelt, ce fut de croire à la possible amitié d’un Staline, aussi totalement cynique et dépourvu de principes qu’il était lui-même homme de principes et d’idéal. Le reproche lui est fait de s’être nourri d’illusions par optimisme en croyant à la chimère d’une amitié américano-soviétique. Aux dernières conférences de Téhéran et de Yalta, affaibli, proche de sa mort, il paraît victime de ses tentatives de séduction sur « l’oncle Joe » (Staline) qu’il cherche à amadouer.. A un ministre qui s’inquiète de concessions faites aux Russes, il répond : « Donnez-leur ce qu’ils demandent et vous les verrez alors entrer dans la grande famille démocratique »

 

En privilégiant ses bonnes relations avec Moscou, pense-t-il, le régime soviétique se libéralisera sous l’effet de l’influence occidentale, et Staline renoncera à la subversion révolutionnaire pour goûter au charme discret de la démocratie :

 

« Staline ne souhaite que la sécurité pour son pays. Je pense que si je lui donne tout ce que je peux, si je ne lui demande rien en retour, noblesse oblige (en français),il n’essayera pas d’annexer quoi que ce soit et collaborera avec moi pour établir un monde de démocratie et de paix »

 

La sanction de l’histoire est sévère : illusion coupable, monumentale erreur. Néanmoins, si la main américaine n’avait pas été ainsi tendue à l’allié Soviétique, offrant un pari meilleur sur l’avenir, n’y eut-il pas eu des historiens pour regretter une occasion perdue qui ne pouvait se renouveler ? Sans doute fallait-il aussi le rejet d’une telle générosité pour renforcer la détermination combattive de son successeur, intacte restant la grande et rayonnante humanité de Franklin Roosevelt.

 

A quelques semaines de la fin de la guerre, c’est une hémorragie cérébrale qui l’emportera, à Warm Springs, le 12 avril 1945 à 15 h 35 (16 h 35, heure de Washington). Recevant un carré de Neptune, Saturne stationnait sur la Lune, outre que Pluton frappait son carré Vénus-Saturne.

 

Philippe  PETAIN

 

C’est à Cauchy-la-Tour, Pas-de-Calais, le 24 avril 1856, à 22 heures 30, que Philippe Pétain est venu au monde, selon les indications de son acte de naissance.

 

Dans notre répertoire de figures célestes d’hommes d’Etat, il n’est pas de configuration générale plus décousue, heurtée et contradictoire, que celle qui représente ce personnage. Disséminée aux quatre coins du ciel, elle en arrive presque à la composition d’une croix avec la présence de cinq astres aux quatre points cardinaux, s’affrontant les uns aux autres, d’autant plus que de natures antinomiques. Hormis le noyau planétaire qu’on y trouve dans le Taureau, rien n’y est clair, net et franc : c’est un macrocosme entier de l’ambivalence, de l’ambiguïté, sinon de la velléité et de l’équivoque, dans lequel nous devons nous plonger, dont pourtant a surgi l’homme que nous savons, mais chez qui nous ne manquerons pas de rencontrer cette problématique générale.

 

En premier lieu , bien sûr, l’astrologue se réjouit de voir Mars au Milieu du ciel chez ce grand militaire : on ne pouvait trouver mieux.. Et tandis qu’il passe à ce pôle supérieur du méridien, Vénus en franchit le pôle inférieur :

 

« J’ai aimé par dessus tout deux choses dans la vie : l’amour et l’infanterie ».

 

Avant d’aborder sa vie publique, c’est sa vie privée qu’il met en avant. Or, rien ne pouvait autant illustrer son premier aveu qu’un axe Vénus-Mars au méridien, de signe vénusien à signe marsien et dans le tissu génésique d’un type Taureau à dominante Jupiter-Lune  , redoutablement offensive et conquérante étant sa Vénus du Bélier en face de Mars !

 

On n’est pas étonné d’avoir entendu cet octogénaire de Vichy dire à Laval qu’il serait bien ontent s’il pouvait encore faire l’amour plusieurs fois par semaine, laissant aussi entendre qu’il avait encore « de bons mois » devant lui. Sa verdeur physique a joué les prolongations. A l’île d’Yeu, il confia à son geôlier qu’il avait fait l’amour pour la dernière fois en 1942. Il semble s’être trompé d’une année, car son avocat, Me Jacques Isorni, a assuré que des « témoignages irréfutables » prouvent qu’il avait eu encore des rapports amoureux en 1943, à l’âge de quatre-vingt-sept ans.

 

A son geôlier, il se flatte des « avances » qu’à Vichy lui faisaient de jeunes femmes dont il appréciait beaucoup la compagnie. Il convenait que par ses infidélités il avait rendu la Maréchale bien malheureuse. Après sa mort, celle-ci découvrit une cantine militaire pleine de centaines de lettres de femmes, dont certaines étaient encore imprégnées de parfum, beaucoup d’entre elles témoignant, par les enchantements et délices exprimés, de son étonnant pouvoir de séduction.

 

Mais par-delà ces deux centres premiers d’un Pétain marsien et d’un Pétain vénusien (oui, il était amateur de femmes !), nous avons avec lui une variante fort singulière et même pittoresque de marsien : si Vénus est dans le signe marsien du Bélier, Mars est dans le signe vénusien de la Balance et en opposition de cette Vénus ! Autant dire qu’il s’agit d’un Mars qui ressemble plus à un agneau qu’à un loup, désarmé et adouci par la pacifiante Vénus , gagné à ses valeurs de détente, d’amour et de paix ! De ce Mars en Balance, la tradition le situe comme un astre en « exil », semblable à un soleil d’hiver. C’est une position de débilité où l’astre perd son mordant, sa virilité, sa puissance conquérante, son ressort offensif, mais peut y gagner en ressources compensatoires, tel un guerrier rendu à de bons sentiments.. Or, il faut avouer qu’on ne saurait trouver symbolisation plus significative de l’histoire militaire de ce soldat.[1]

 

Avec la Première Guerre mondiale, Pétain en fournit l’illustration la mieux réussie.  Son heure sonne au temps venu de la défensive : En février 1916 (Jupiter repasse sur lui-même) le commandement du front de Verdun lui est confié avec mission de sauver ses forts pour barrer la route à l’invasion. Le général s’installe dans une organisation de défense passive en vue de « tenir » dans un vaste camp retranché qui prend figure d’enceinte sacrée.

 

.Discernant l’épouvantable calvaire du fantassin de Verdun, il a, pour reprendre l’expression de Valéry, « découvert que le feu tue », ce que prouve plus que jamais la désastreuse offensive Nivelle, la dernière d’une série, tellement follement meurtrière  qu’elle déclenche une vague de mutineries sur le front.

 

C’est ainsi qu’en mai 1917 (Jupiter transite ses positions du Taureau), il est nommé Commandant en chef de l’armée française. Son œuvre consiste à rétablir le moral de la troupe, à insuffler la confiance et le sentiment du devoir du soldat, à se le concilier et à aménager la guerre. Pour cela, il se rend presque quotidiennement sur le front, noue le contact avec les différentes unités et reprend ses hommes en main en aménageant l’arrière du front où, les permissions renouvelées, les permissionnaires trouvent infirmeries, salles de dépouillement (la guerre au temps de la récente conjonction Saturne-Pluton  est devenue celle des boyaux des tranchées, en compagnie des rats, des poux …), réfectoires, tabac, journaux …Humanisation qu’il parachève en résistant à la pression des partisans de « l’offensive à tout prix » et en se refusant à toute nouvelle saignée inutile, ayant par-dessus tout le souci d’épargner les vies humaines. Il se cramponne à sa stratégie, la plus saine qui soit : tenir en attendant l’arrivée des renforts américains.

Naturellement, à mesure qu’approche le jour de la ruée finale,, ce «général pacifique » (le mot est du général Wilson) n’est plus le militaire de la situation, d’autant que l’épreuve de ses responsabilités l’a incliné vers un pessimisme défaitiste. En mars 1918, il croit même la guerre perdue et préconise une négociation en vue d’une paix de compromis (convenons, avec le recul de l’histoire, que cela n’eut pas été pire que le résultat catastrophique du Traité de Versailles). Sa mission s’arrête là où commence celle de Foch dont la flamme guerrière convient au rôle qui consiste à bouter l’ennemi hors du pays. Pétain n’était pas l’homme de cette offensive ni de cette victoire : il ne les en avait pas moins permises en reposant l’armée et en ménageant le sang de la troupe.

 

Avec la Seconde Guerre mondiale, sa configuration marsienne s’illustre non moins, mais dans une tonalité négative où prime la passivité de sa Lune en secteur I. Dans un style quasi-larmoyant, le vieux maréchal – devenu Président du Conseil le 16 juin 1940 : une conjonction Jupiter-Saturne transite sa position solaire – apparaît aussitôt pour parler le langage de la défaite et de la résignation : il ordonne de déposer les armes et devient en même temps que le chef d’une France vaincue (son Soleil transité est conjoint à Pluton), le symbole d’un pays dont l’ensemble des soldats sont faits prisonniers de guerre – en exil comme son propre Mars –en attendant d’adopter avec le vainqueur la tactique défensive qu’il avait jadis préconisée en face de la puissance de feu de l’ennemi.

 

Car la politique est entrée dans sa vie, derrière l’armée, à travers diverses fonctions : maréchal, académicien, ambassadeur, ministre …Pluralisme de rôles répondant à sa diversité planétaire. Parmi eux domine la coexistence du soldat et du politique, allant de pair avec le midi de Mars, le minuit de Jupiter et le proche lever de la Lune : selon la signalétique statistique, Jupiter associé à Mars fait les chefs militaires, et, associé à la Lune, les hommes d’Etat.

 

Dans ce trio, Jupiter , dignifié en Poissons, occupe une position souveraine par le fait qu’en plus de son passage au méridien, il est le maître de l’Ascendant en Sagittaire, comme de la Lune en ce signe qu’il aspecte. Pétain est d’abord et avant tout un jupitérien décoratif, qu’on s’est plu à assimiler à  l’image d’un puissant chêne, dont la force naturelle s’exerce par sa seule présence.  De sa personne émane une majesté simple qui impressionne et en impose. Avec sa moustache gauloise qu’il porte magnifiquement, son regard clair et sa tenue droite, il a une sorte de dignité et de grande allure, un air de souverain que renforce sa gloire nationale. C’est un connétable !. Il a aussi un ton d’autorité paternaliste, avec un geste expressif, une phrase qui ne permet pas la discussion. Quand il lancera à Laval, marmoréen : Vous avez perdu ma confiance, celui-ci, pourtant bien assis et dur à cuire, s’inclinera malgré la vieillesse avancée du maréchal. Même Hitler s’en laissera imposer un instant dans les limites du jeu diplomatique : à Montoire, c’est le dictateur que le vieux aura l’air de recevoir. Ce jupitérien a de la branche …

 

Au-delà de cette première impression, ce n’en est pas moins un Jupiter écartelé en croix avec la Lune, Mars et Saturne. Voyons-le à la pointe du triangle qu’il compose avec l’axe Lune-Saturne.

 

On ne tarde pas à passer, en effet, du tronc jupitérien  à l’embranchement  lunaire (carré à la Lune jupitérisée en I). Cette « lunarisation » du personnage saute aux yeux : haute figure lustrée du souvenir de la « Grande guerre », Pétain personnifie le « poilu de quatorze » et est le plus populaire des maréchaux français de son époque.  Il jouit d’une popularité inégalée qui s’ajoute à son immense prestige jupitérien.  Puis, devenu chef de l’Etat à Vichy,  il aime faire des tournées dans les grandes villes de la zone libre. Ce faisant, il plonge au cœur du peuple, comme jadis au sein des troupes, s’avance dans la foule, serrant les mains et embrassant les enfants, recevant partout le même accueil enthousiaste, s’abandonnant même à un culte naïf de la personnalité sous forme de chansons, effigies et autres images d’Epinal répandues partout. Bref, c’est manifestement qu’il incarne pleinement la France de la défaite de 1940 (opposition de Jupiter à Mars), le pays entier étant derrière lui. On perçoit aussi, bien sûr, le versant négatif de cette « lunarisation » qui « détrempe » et amollit le jupitérien, lequel se verra accusé d’être tombé dans la somnolence sous l’effet du grand âge.

Quant à la « saturnisation » du jupitérien, sous le carré de l’astre à Saturne au coucher, à effet de froideur et de sécheresse, elle teinte en privé un homme peu souvent souriant (malgré sa Vénus) et même parfois glacial. Mais elle présente surtout l’affaissement de ce beau chêne. Ce personnage à la démarche assurée et à la silhouette si droite finit lentement par devenir un vieillard bousculé, à la voix chevrotante, à l’œil malheureux, au ton morose, à l’air pitoyable, qui agite un pauvre drapeau avec son moralisme pessimiste, ne représentant plus qu’une société lâche et vieillie, n’incarnant plus que des valeurs dépassées de peur, de faiblesse, de superstition ; faisant forcément triste figure devant la geste gaullienne de la France libre .incarnant l’héroïsme, la révolution, l’avenir …

 

A la pointe de son triangle rectangle, Jupiter se trouve barré par l’opposition Lune-Saturne qui en constitue la base. Tel le géant Antée qui tire sa force de son contact au sol, ce Jupiter puise aux racines de cette dissonance, sa force et sa fragilité émanant de ce qui s’en élève. Or, la froide opposition Lune-Saturne est une pénible configuration qui accompagne des traumatismes infantiles de type frustration (digestive ou affective), plutôt de souche féminine-maternelle. Ce qui constitue souvent un facteur de régression psychique, la sensibilité de l’être cherchant refuge dans le passé, l’ancien, voire l’archaïque ; avec plus ou moins un penchant au conservatisme, au traditionalisme.

 

On peut concevoir que Pétain ait été chassé prématurément du paradis de l’enfance. Il a perdu sa mère à dix-huit mois, son père remarié lui a donné une marâtre, et son éducation a été confiée à un oncle qui, dès sa onzième année, l’a fait pensionnaire chez les jésuites d’un collège de Saint-Omer.  Le déficit affectif est évident. Il a introduit dans le champ de son économie vitale la rétention des vertus froides :mœurs simples et honnêtes, calme, self-contrôle, retenue, prudence, moralité, contrainte, renoncement plus ou moins douloureux, morosité, mélancolie, solitude.  Cela s’aligne sur dix années d’internat, quarante années de vie de garnison et un célibat prolongé. Avec son Saturne en secteur VII, il se marie à soixante-cinq ans, tout en ayant dit : J’attendais depuis vingt ans ; j’aurais dû attendre encore dix ans.

 

Mais cette compression  d’un bonhomme à la vie tranquille, apparemment détaché et désintéressé, a comme contrepartie une avidité frustrée rentrée, sous l’aspect d’une sourde ambition. Silencieuse et secrète antenne, comme un paratonnerre qui a besoin de l’approche des corps nuageux pour entraîner l’effet de la foudre. Or, s’il est donné à ce Zeus de manier les éclairs, ce ne peut être que dans une situation politique ou un climat national en parfait accord avec ce complexe psychique initial (que prolonge la dramaturgie de sa conjonction Soleil-Pluton, sans doute en relation avec le rejet du père).

 

Au fur et à mesure que se dégrade le régime de la IIIe République, le personnage de Pétain  gagne en importance.. Au lendemain de l’émeute du 6 février 1934, il est nommé ministre de la guerre (Uranus arrive sur son Soleil), début d’une entrée active en politique. Et peu après – Jupiter, Saturne et Uranus passent sur ses positions du Taureau – son heure sonne avec l’invasion, l’exode, la défaite ; une France brutalement plongée dans l’épreuve et acceptant de sa part, avec un immense soulagement, un armistice qui lui fait honte.  Le pays se détourne d’un présent douloureux pour chercher refuge dans une sorte d’archaïque état de nature.

Ce mouvement régressif qui s’empare de la nation tout entière trouve son parfait interprète en la personne du vieux maréchal, incarnation idéale du « Père-ancêtre » investi d’une sagesse tutélaire et protecteur souverain de ses fils . « Ce n’était pas un homme qui nous parlait, mais du plus profond de notre histoire, nous entendions monter l’appel de la Grande Nation humiliée », dira François Mauriac. Et, sensible à la tendance lunaire, Henry Bordeaux parlera du « ressourcement du pays aux eaux lustrales de la vieille France ». A Vichy, cité thermale, l’eau de source des Célestins, au goût un peu salé des larmes. Les Français de la grande peur, en appel de sauveur, de bouclier, se raccrochent au vénérable vainqueur de Verdun, se serrent autour de cette gloire nationale.

 

Désormais, la France est à l’image du Pétain orphelin : en pleine détresse, abandonnée à elle-même, spoliée, touchée dans ses besoins vitaux les plus élémentaires. C’est sa peau qu’il faut sauver. Aussi plonge-t-elle jusqu’à ses racines profondes pour renouer, par nécessité, le lien primordial avec l’univers maternel sous toutes ses formes. La « mère-nature » : le pays se retrempe dans son sol, préconise le retour à la terre et se veut une vocation agricole et paysanne. La « mère-nourriture » : en plein sevrage, il est la proie d’une grave crise alimentaire, la population française allant crever de faim. La « mère-chaleur » : démuni de chauffage, il grelotte en ses hivers rigoureux. La « mère-abri » : séparé de plus d’un million de ses fils combattants, et exposé à une insécurité générale, il est menacé dans la vie même de ses sujets qu’on emprisonne, qu’on déporte et qu’on supprime.

 

C’est ici que nous pouvons aborder le bastion zodiacal de Pétain qu’est le Taureau, quadruplement occupé. Dans sa note Jupiter-Lune, s’il savoure la gent féminine, il aime aussi la bonne chère et il gardera jusqu’au bout un solide appétit. De ce signe, qu’accentue son origine paysanne, l’homme a aussi la saine robustesse, que souligne la puissance de son tempérament, bien planté dans la réalité, près de la nature (ce que souligne le secteur IV, qu’occupe la conjonction solaire) :

 

« J’aime les plaisirs simples et faire moi-même mon vin, bien qu’il ne soit pas d’une qualité supérieure, me donne une grande joie et une certaine fierté. Je dirige personnellement toutes les opérations et participe même à la cueillette du raisin ».

 

La branche saturnienne dégagée du tronc jupitérien le fait appartenir à une espèce taurine refroidie de type « bœuf » : être tout en force statique, en puissance de masse, en rumination mentale pesante, placide, calme, régulier, stable, d’humeur égale.. On a comparé le mercurien Foch à un pur-sang trépidant, et Pétain à un « cheval de labour du haut commandement ». Naturellement, l’homme est d’abord méfiant, patient, prudent, aimant sa tranquillité. A l’armée, il préfère les « bonnes positions » aux audaces stratégiques, enclin qu’il est à s’obstiner dans ses habitudes de pensée, c’est-à-dire à ne pas bouger dans ses vues, quand, pourtant, le monde change furieusement. L’orthodoxie pétainiste va rester celle du Pétain défensif de Verdun : les rassurantes fortifications de l’imprenable ligne Maginot (le militaire en retard d’une guerre).

 

Lenteur taurine et saturnienne, sans doute, mais comme aussi se déroule son destin sur un lointain parcours, où s’observe également le concours d’une conjonction solaire en secteur IV.  Quand le militaire prend sa retraite, l’homme croit pouvoir finir ses jours en gentilhomme campagnard dans sa fermette du Midi, parmi sa vigne et ses vaches.. Mais, on l’a vu,.la politique le remobilise à mesure que s’amoncelle l’orage plutonien sur le pays : il lui restait encore en réserve une énorme charge de devenir (ses grands transits du Taureau) dont il devait se délivrer de quatre-vingt-quatre à quatre-vingt-dix ans. Et ce vieillard, qui se retrouve et se reconnaît dans sa vérité première à travers le drame national qui le porte au pouvoir, se réaffirme plus que jamais Taureau dans tout ce que ce signe a de terrien, de chtonien. Plus qu’en toute autre circonstance, le drame de juin 1940 révèle son patriotisme charnel. « La France pour Pétain c’est de la glèbe. Peut-être sent-il encore dans le creux de la main, la poignée des charrues de ses ancêtres. Emigrer représente un nomadisme qui échappe à son entendement : il est fixé à ce coin de terre qu’est  l’hexagone » (Raymond Tournoux).

 

« Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Un champ qui tombe en friche, c’est une portion de France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c’est une portion de France qui renaît. (…) Il arrive qu’un paysan de chez nous voie son champ dévasté par la grêle. Il ne désespère pas de la moisson prochaine. Il creuse avec la même foi le même sillon pour le grain futur …

…Je suis donc d’avis de ne pas abandonner le sol français et d’accepter la souffrance qui sera imposée à la Patrie et à ses fils. La renaissance française sera le fruit de cette souffrance … »

 

Il faut ajouter la part saturnienne d’une étroitesse de vues historique alignant la défaite de 1940 sur la victoire de 1918 comme un simple coup de balancier plus ou moins régulier, son masochisme foncier lui rendant acceptable un tragique bilan que d’autres refuseront d’accepter ; d’autant que cette terre lui colle à ses souliers qui l’empêche de considérer le salut du pays hors de son sol (conjonction Taureau-secteur IV).. Fixé à la patrie sur son territoire, tout son être contribue à une prédication morale et une politique de retour à la réalité de la terre, concentrant l’intérêt sur le monde rural, artisanal , provincial, dans le sentiment d’une France « naturaliste », rythmée au battement de cœur du paysan fixé au sol et de la femme au foyer consacrée à ses enfants. Il est significatif que les deux signes les plus féminins du zodiaque caractérisent les deux chefs de la France du moment : le Taureau avec Pétain et le Cancer avec Laval : revenue à ses mamelles traditionnelles, la France pastorale de Vichy se complait dans un état passif d’acceptation, de soumission, que revitalisera et virilisera le mouvement de la Résistance, incarnation du coq gaulois.

 

Derrière ce retour à la nature se profile la régression saturnienne en appel d’ »ordre moral » et de redressement national répressif.. Le Pétainisme est un conservatisme clérical, moralisateur, pénitent :

 

« Nous avons à restaurer la France. Montrez-là au monde qui l’observe, à l’adversaire qui l’occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié. »

 

« Quant à moi, j’exerce un métier de dévouement. C’est à lui que je me suis donné et à lui que, jusqu’au bout, je resterai fidèle. (…) Sur de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. »

 

Le régime vichyste devient celui d’une France réactionnaire du Sacré-Cœur, qui ramène le pays en arrière, avant 1789, la devise de sa « Révolution nationale » : « Travail, Famille, Patrie », ayant manifestement un relent d’Ancien Régime.

 

Notre tour d’horizon doit être complété par la touche des Poissons où Jupiter siège en compagnie de  Neptune . Avec la conjonction de ces deux astres en ce signe apparaît la figure légendaire de l’homme providentiel, auréolé d’une aura mythique. Ce Zeus puise sa puissance politique d’un pouvoir moral de chef spirituel qui inspire la confiance par sa vénérabilité. «  L’image que le vieux soldat offre à la France atteint à la pureté de l’archétype ; ambassadeur, académicien ministre, maréchal de France, vainqueur de Verdun, tous ces signes auxquels un visage, une silhouette fournissent un si remarquable support, se fondent et se confondent en une image globale fascinante, rassurante et menaçante à la fois. C’est le fantôme de Mérovée, le « vieil homme sage » (…) le Héraut du sacrifice que tout à la fois il demandera des Français et offrira dans sa personne à la France. » (Jean Plumyène).

 

Sur le fond dépressif de sa composante saturnienne, cette disposition psychologique confine quelque peu à ce masochisme qui l’incline au défaitisme et qu’on retrouve dans ses Messages aux Français où se répètent les actes de contrition. Elle nourrit sa croyance en la vertu régénératrice de la souffrance. Elle est déjà là à Verdun où le soldat joue un rôle sacerdotal autant que militaire, en participant au drame qui se joue dans le sang et la boue des tranchées : « Du balcon de la mairie de Souilly, le général assiste au double défilé de ceux qui montent en ligne et de ceux qui en reviennent. Impassible, infatigablement immobile, hiératique, il apporte aux troupes le réconfort de sa présence. Il est l’organisateur et le grand prêtre d’un rituel sacrificiel aux proportions gigantesques (J. Plumyène). Ce n’est pas pour rien que cette artère du défilé des soldats fut appelée la « voie sacrée ».. En 1940, nous retrouvons cette même veine intérieure dans le creuset du Pétain Taureau pour qui « terre qu’on cultive, sol national, boue des tranchées ne sont plus qu’une seule pâte mystique » et où s’exerce un pouvoir quasi-thaumaturgique : en restant sur le sol de la patrie, accomplir la mission protectrice au service de ses enfants.

 

« Je suis prisonnier … Plaignez-moi car, vous savez, maintenant, je ne suis plus qu’un homme à la dérive ».

 

Que l’homme en soit venu, finalement, à éprouver, dans le sort de sa mission de sacrifice, l’impression d’une véritable crucifixion, est dans la ligne parfaite de sa graphie astrale écartelée : la zone libre occupée, l’armée dissoute, la flotte sabordée, l’empire en dissidence, le pays en guerre civile s’arrachant à son aile protectrice de moins en moins efficace et réduit à un état de sujétion.. De plus en plus plaintif, résigné et pitoyable – pathétique, cette voix (Lune-Saturne) chevrotante et larmoyante des derniers messages – Pétain finit par devenir un chef d’Etat otage bâillonné, puis enlevé et fait prisonnier à Sigmaringen. La France de 1945 va refouler les puissances régressives qui la guidaient cinq ans plus tôt, se reniant elle-même en le brûlant en effigie.

 

En recouvrant la santé et en accédant à un nouveau dynamisme politique, le pays, égoïstement mais sainement oublieux, ne voit plus en lui qu’un père indigne méritant son procès ; politicien sénile à honnir, dont il a soin d’éloigner de soi l’intolérable souvenir en transférant le vieux maréchal en détention à l’île d’Yeu Après une captivité de six ans, c’est là qu’il s’éteindra, dans sa quatre-vingt-quinzième année, le 23 juillet1951,à 9 heures 22 du matin, sous une addition de dissonances diverses.

 

On peut le quitter en bouclant la note première de ses astralités dispersées qui avait donné l’impression première d’un être désaccordé et désuni, chez qui il est difficile de dégager une ligne directrice. Impression qui s’accentue et se complexise en raison de l’occupation des signes dits « doubles » du Sagittaire (mi-cheval / mi-homme), des Poissons et des Gémeaux de son triangle rectangle : multi-dédoublements de dualismes initiaux. L’impression qui s’en dégage est celle d’un personnage tissé de telle sorte qu’on a du mal à s’y reconnaître et lui-même a sans doute aussi à s’y retrouver : un monde de l’ambiguïté et de l’équivoque qui le met plus ou moins en porte à faux avec l’histoire.

 

Plutôt que de la faire, c’est lui qui vient à sa convocation. Il se plait à répéter qu’il n’a jamais rien demandé : toujours on le sollicite. en un « laisser faire » à la candidature des autres. Il ne complote pas contre la IIIe République, mais flirte avec les ligues frondeuses sans jamais donner lui-même, d’ailleurs, un signe de connivence.

Il laisse flotter le malentendu avec ses supporters qui ourdissent des complots dans l’ombre, en faveur de sa personne (sa ténébreuse conjonction Soleil-Pluton y est aussi pour quelque chose). Il se laisse investir sans la marque du moindre accord de sa part dans les projets d’aventure politique des uns et des autres, se prêtant finalement au jeu obscur de Laval pour qui, d’ailleurs, il n’est qu’un « homme de paille ». Le malentendu avec son destin et l’histoire est constant. C’est un politique antipoliticien autant que politicien malgré lui, toujours entre deux, « trop fier pour l’intrigue, trop fort pour la médiocrité, trop ambitieux pour être arriviste … » (de Gaulle).

Après avoir été « le plus républicain des généraux conservateurs » et « le plus conservateur des généraux républicains », qui « ne dit pas tout ce qu’il pense et ne pense pas tout ce qu’il dit », il incarne à Vichy un régime qui ne cessera pas de secréter l’ambiguïté,, de créer l’équivoque, en « finassant », en se fixant dans l’expectative de l’attentisme, en choisissant de ne pas choisir, en refusant de s’engager, en s’en tenant à des palliatifs, des mesures dilatoires, maintes de ses décisions étant silencieusement neutralisées par des négociations secrètes ou des télégrammes clandestins. Ma politique a été double, répétera-t-il ; déclaration retenue comme du double jeu trop facilement excusable, l’exposant au jugement d’un homme ayant fait le grand écart « d’avoir terni la gloire de Verdun dans la honte de Montoire ». Glorieux et indigne … pour beaucoup.

 

Douloureux, pour tous, le vocabulaire saturnien ayant le dernier mot : « Vichy avec ses velléités, ses contradictions, ses échecs, apparaît comme une époque d’une amertume infinie, dont tous, quel que soit leur camp, peuvent ressentir la tristesse. » (Raymond Aron).

 

 

Pierre  LAVAL

 

Le macrocosme, selon le modèle duquel se profile le personnage de Pierre Laval – natif de l’auberge du village de Châteldon, dans le Puy-de-Dôme, le 28 juin 1883, à 10 heures, selon l’état civil – présente un train de positions astrales réparties de la Lune du Bélier à Uranus à l’Ascendant en Vierge, entre quatre conjonctions Mars-Neptune en Taureau, Saturne-Pluton et Mercure-Vénus en Gémeaux et Soleil-Jupiter en Cancer.

 

De ces six positions se détachent en priorité deux pièces maîtresses : Uranus conjoint à l’Ascendant en Vierge, fortement aspecté, avec la conjonction Saturne-Pluton au Milieu du ciel. C’est ce clavier Uranus-Saturne-Pluton qui signe la nature du personnage.

 

D’emblée, on est impressionné de rencontrer tant d’indices d’ascension – justement, lever d’Uranus, culmination de Saturne, avec conjonction Soleil-Jupiter en X, qu’accompagnent Mercure et Vénus – chez ce fils de petit commerçant auvergnat parti de rien et sortant de son trou de campagne pour gravir un à un les échelons de la réussite : avocat, puis député en 1914 , au retour saturnien de 30 ans, jusqu’à devenir Président du Conseil de la IIIe République à répétition  depuis 1931 (Uranus transite sa Lune et Jupiter  repasse sur lui-même). Pour finalement tomber très bas dans une singulière et dramatique aventure de dictateur.

 

Nous avons déjà fait connaissance avec la conjonction Ascendant-Uranus à propos de Hitler, coefficient de haut potentiel de personnalité chez les hommes d’Etat, que nous retrouvons d’ailleurs aussi, à l’époque chez Daladier, Goering, de Gaulle et Roosevelt. Il s’agit d’un Uranus en Vierge qui dominait également dans le ciel de Mussolini, son voisin astral (né un mois plus tard) avec lequel il se sentira le plus d’affinités politiques.

 

Jumelée à cet accent de volonté de puissance se présente la culmination de Saturne : second facteur commun avec Hitler et dont nous savons la charge de fatalité malheureuse qu’il signifie pour un politique ; source d’avidité, d’âpre ambition, de passion de pouvoir lui aussi. Auxquels s’ajoute la présence de quatre astres en secteur X, dont le maître d’Ascendant, Mercure, et plus encore une conjonction Soleil-Jupiter ! Visiblement, tout son être devait tendre vers la manifestation de l’autorité, l’exercice du pouvoir.

 

Voyons l’homme qui est habité par un tel démon intérieur :

 

En impression première, Laval apparaît surtout sous les traits d’un saturnien « noirci » par la note plutonienne et pétri de terre par son carré à l’Ascendant en Vierge.

 

Un homme aux traits sombres et lourds et au visage faisant la fortune des caricaturistes :

 

Teint bistre terreux, mèche de cheveux graisseuse pendante, comme son éternel mégot suspendu à des lèvres épaisses surmontées d’une noire moustache tombante ,et faisant entrevoir une dentition plus que grisâtre, le négligé de la tenue ne relevant pas l’impression plutôt désagréable de l’ensemble.

 

D’autant que son langage est souvent direct jusqu’à la grossièreté et que ses habitudes personnelles choquent : partout où il va, des cendres de cigarette marquent son passage et Pétain s’est plaint de ce qu’il lui soufflait sa fumée au visage.  Une condition vulgaire et même antipathique qui le campe presque déjà pour assumer des missions impopulaires et encaisser les rôles les plus ingrats.

 

On pourrait croire l’homme d’un maléfice quand, la France s’écroulant sous la défaite de 1940,et alors que tout le monde est abattu, écrasé, Laval se découvre un magnétisme irrésistible de sinistre séduction qui le hisse au pinacle dans les circonstances les plus dramatiques de notre histoire.

C’est le temps même où le trigone Uranus-Neptune se reforme en chassé-croisé sur son trigone natal. Il est l’homme de la situation. Et bientôt, Jupiter et Saturne transiteront, au Milieu du ciel, ses positions des Gémeaux.

 

Sous l’écorce terrestre comme encrassée de ce saturnien est tapi en silence un climat de sourde violence plutonienne qu’avive Mars en sortie de culmination et chargé des pulsions d’une Lune du Bélier en VIII.

 

Ce qui rappelle le jeune garnement de Châteldon obligé de mettre une sourdine à ses rages de destruction par peur de ses emportements. De là lui serait venu l’horreur de la violence à la racine de son pacifisme, aversion rejoignant l’aspiration de tranquillité et de quiétude de sa Vénus culminante et conjointe à Mercure maître d’Ascendant.

 

Mais ce qui est ainsi inavoué, détourné de sa voie naturelle et repoussé au monde des ombres, réapparaît sous l’aspect des affinités électives. C’est ainsi que par ce biais ressurgit en l’homme de la dure conjonction Saturne-Pluton au Milieu du ciel le Laval des plus noires heures de notre histoire, celui qui s’identifie à la France effondrée de juin 1940. Tournant où , alors que tout s’écroule dans le pays, que le chaos étreint la nation entière dans la panique, l’angoisse et l’impuissance, une inflation soudaine de son personnage l’envahit dans une aveuglante confiance en soi et un irrésistible pouvoir de persuasion. D’où de terribles accusations : « … il lui fallut donc épouser le désastre de la France » dira de Gaulle, et  Weygand allant jusqu’à dire : « Vous vous vautrez dans la défaite comme un chien dans un tas d’ordures. »  Il prend pourtant la route de l’enfer, indifférent de souiller ses mains dans ce qu’il croit être l’intérêt du pays et insoucieux de sa réputation comme de sa sécurité, engagement le conduisant à nourrir en son sein les germes de sa propre destruction.

 

Cette violence renfermée en quête de transposition, il importait d’ailleurs peu que Laval s’affirmât en l’exprimant ouvertement. Car il disposait d’autres armes, plus immédiatement à sa portée, à savoir les ressources d’une belle intelligence de savoir-faire avec un Mercure exceptionnel (maître d’Ascendant, au Milieu du ciel, dans son signe et bien aspecté) qui fait figure de sous-dominante derrière le trio Uranus-Saturne-Pluton..

 

Ici nous apparaît le Laval mercurien habile, malin, rusé ; celui qui embrasse la carrière d’avocat et se lance dans les affaires, selon lui-même, jamais trop occupé ou trop fier pour marchander sur un sou. Ce même Laval qui, en politique réaliste, maquignonne, use de roublardise, se faufilant dans les coulisses de la vie parlementaire pour y tirer les ficelles, se sentant par-dessus tout une vocation de négociateur. On lui reprochera ses arrières-pensées de vieux manœuvrier, habile à louvoyer et dont les attitudes quelque peu équivoques (d’autant qu’il déteste la paperasserie et ne prend jamais de notes) seront à la base de maints malentendus historiques.

En plus de cette facette mercurienne, il faut évoquer tout un aspect général de sa personnalité qui, cette fois, se rattache à sa conjonction Soleil-Jupiter du Cancer que souligne la Lune en son dernier quartier.

 

Oui, ce froid violent et calculateur, si dénué d’idéologie (il n’a fait qu’un court passage chez les socialistes avec sa conjonction Mars-Neptune) et si prosaïque, n’en est pas moins tout baigné de la sensibilité, de la sensorialité, de l’émotion du complexe cancérien, se présentant d’affilée comme l’enfant de sa mère, de son pays, de sa terre et de sa patrie.

 

            « Ah ! Si ma mère pouvait voir son petit Pierre reçu par sa Sainteté ! »

 

Cette fraîche exclamation d’un Président du Conseil qui a bourlingué dans toutes les cuisines politiques à en être blasé et qui connaît les dessous pas plus reluisants de la diplomatie vaticane, a son éloquence pour une simple entrevue avec un pape.

 

En une circonstance voisine, le léonien Napoléon avait dit à son frère Joseph : « Si notre père nous voyait. » Lui, Laval le cancérien, redevient un petit enfant qui évoque sa maman.

 

Eh bien ! il y a tout un arrière-plan de ce Laval cancérien à dépister, qui dévoile l’aspect le plus humain et sympathique d’un homme de cœur, mais qui, aussi, explique dans une certaine mesure, ses coupables erreurs.

 

Ce Laval simple et bon enfant, c’est celui qui est resté très attaché à Châteldon, malgré l’uranien qui l’en avait arraché pour aller faire fortune à la capitale, le même qui s’affranchira de toutes les tutelles des partis politiques.  Chaque année, il retourne en vacances dans son pays natal et il finit par y épouser la fille du maire. Il s’y fixe alors définitivement pour y tenir la place d’un seigneur local. Il a fait de bonnes affaires : propriétaire du château du pays qu’il occupe, il exploite les sources d’eau minérale du coin qu’il fait mettre en bouteille et distribuer dans tous les wagons-restaurants du rail, tout en s’occupant de ses fermes où il élève des moutons et des porcs de race.

 

C’est un campagnard, solide et vigoureux, plein de sève populaire, qui se sent pleinement heureux quand il foule aux pieds sa terre natale. Il aime parcourir les champs et causer avec les paysans, visiter ses fermes, surveiller les potagers et les arbres fruitiers, contrôler le travail de la scierie et la mise en bouteille de l’eau minérale, s’enorgueillissant de tout savoir faire en virginien pratique, châtrant les cochons, vaccinant les moutons …C’est ce qui le rend heureux :

 

            « Hein, quand on a le bonheur de naître et de travailler dans ce beau royaume, sous ce ciel,, et qu’on peut prendre cette bonne terre dans ses mains !

            Je ne peux pas vivre si je ne foule pas chaque soir la terre, les sillons, et si je ne cause pas avec des paysans, avec des gens de chez moi.

            Je n’ai qu’une ambition, qu’un but, un seul vers lequel je me dirige comme une espèce de somnambule…faire que la terre qui appartient aux pères reste à leurs enfants et qu’elle s’appelle toujours la terre de France ».

 

Ce Laval cancérien, en politique, garde aux pieds les sabots de Châteldon, l’illusionnant sur la valeur de son réalisme terre-à-terre.

Au profond de son être, un accent de subjectivité tend à ramener toute chose à la version régionaliste, intimiste et égocentrique de son Moi sensible.

Dans ses conversations et discours, jamais il ne dit « le pays » ou « notre pays » : c’est toujours « mon pays », « ma patrie ». Patriote, à coup sûr il l’est parce qu’il éprouve pour le sol de son pays une sorte d’attachement physique, parce qu’il aime Châteldon.

 

Du même ordre est-il un être de l’immédiat. Négociateur avant tout, il a une préférence marquée pour la discussion à deux, rien ne valant le tête-à-tête d’homme à homme ; c’est là qu’il peut le mieux déployer les ressources de sa conjonction Mercure-Vénus des Gémeaux, persuasif, convainquant, « touchant » son interlocuteur par la vertu de sa personne. Mais cette positivité de paysan français masque la subjectivité d’un intuitif dangereusement confiant dans sa foi. Quand, rapidement, il quitte le parti socialiste, il refuse de s’inféoder à un autre groupe pour ne plus écouter, dit-il, que la voix intérieure qui ne me trompe jamais.

 

Or, chez une nature uranienne qui possède déjà une confiance en soi inébranlable, cet entraînement à se fier à son « flair » et à adhérer de tout le poids de son être à sa foi, surtout quand elle prend des allures d’exaltation, risque fort de conduire à un aveuglement. et à un enfermement dans son utopie.

 

Comment ne croirait-il pas en lui alors qu’en été 1940 il réalise un exploit national sans précédent qui n’est rien moins que le renversement de la IIIe République ? 

A Bordeaux où sont réfugiés les parlementaires aux abois, parlant aux uns et aux autres dans les couloirs, les entreprenant en privé, tirant les ficelles dans les coulisses, jouant tout à la fois sur la menace, l’intrigue, la confusion et la persuasion, il tisse une prodigieuse toile d’araignée politique dans laquelle vont s’engluer les six cents membres des deux Assemblées, Chambre des députés et Sénat. Manœuvre sidérante les amenant à consacrer la déchéance du régime en un incroyable suicide collectif ! Deuil portant la signature de la Lune du Bélier en VIII, maîtresse de la conjonction Soleil-Jupiter en X, assistée de Pluton au Milieu du ciel. 

Homme prédestiné maître de l’heure, Laval s’estime être le seul à pouvoir faire face à la tragédie du pays, endossant le rôle d’un syndic de faillite. Porté par ce souffle, il est le véritable meneur de jeu de la situation. « Il ne se comportait pas en homme d’Etat mais en inspiré. Soulevé par une vision, il agissait en prophète assuré de sauver sa patrie et de lui préparer un avenir … » (Bouthillier). Et bientôt, il se sentira missionné autour de sa grande idée maîtresse : La France a perdu la guerre, vous ne m’empêcherez pas de gagner la paix.

 

Là ne s’arrête pas l’étonnante symbiose entre l’homme et la situation. L’inflation uranienne qui le submerge est à l’unisson d’une régression solaire cancérienne de juillet, celle d’une France moribonde qui, en plein traumatisme,  ne peut que se replier sur soi, refluer sur son passé, se réfugier dans l’acquis le plus ancien, invoquer ses fonds intérieurs. Ce n’est pas pour rien que, par une sorte d’abdication collective, elle appelle un auguste vieillard, comme un enfant s’en remet à un père ou une famille à l’ancêtre. En s’épaulant sur le Maréchal Pétain qui le complète, Laval répond à cette régression avec son pacifisme quelque peu archaïque d’un monde paysan qui rechigne aux croisades guerrières et craint pour ses récoltes ; avec aussi ses affinités de type maternel : le goût de la vie rurale et familiale, non étranger à ce fameux « retour à la terre » qui sera une parole d’Evangile du nouveau régime. Mieux même : c’est lui qui contribue le plus à faire de la station thermale de Vichy la nouvelle et provisoire capitale de la France.  Le coin qu’il aime par dessus tout : son Auvergne natale. Châteldon n’est qu’à quelques kilomètres de Vichy : autant dire que l’homme d’Etat cancérien  qui gouverne le pays a, tout le premier, fait retour aux sources.  Pendant toute la guerre, chaque soir, il rentrera dans son château auprès des siens, quittant son costume de chef d’Etat et revêtant ses vêtements de paysan, s’occupant de ses cochons, de ses vaches et de ses volailles, ne ratant pas les soirées au coin du feu passées à deviser avec sa femme dont il refuse d’écouter la sagesse qui serait de renoncer à la politique..

 

« Dauphin » du Maréchal de juillet à décembre 1940 et revenu Président du Conseil en avril 1942, il est en fait l’homme à la barre, considérant même que le Maréchal (qu’il traite irrévérencieusement de « vieux schnock » mais Pétain le lui rend bien) lui sert de « potiche ». C’est sa passion négociante qu’il entend surtout mettre au service du pays. Lui qui ne veut pas que la paix se fasse sur le dos de la France, convaincu qu’il est que l’Allemagne gagnera la guerre, n’a qu’une politique en tête : se ranger au côté du vainqueur.  Il aime rappeler le proverbe arabe : « Si tu ne veux pas tuer ton ennemi (ou être tué par lui), donne-lui ta fille en mariage. » Encore à plus forte raison s’il est ton voisin. Ainsi insiste-t-il :

 

« Nous venons de perdre la guerre, mais cette fois nous gagnerons la paix ».

 

Et pour la gagner, il prend le chemin de l’enfer en prônant une politique de collaboration avec l’Allemagne nazie : Il s’est clairement expliqué là dessus :

           

            « Moi, que voulez-vous, je joue la partie comme si les Allemands devaient gagner la guerre. Les Allemands gagneront-ils la guerre ? Je n’en sais rien, je ne suis pas Madame de Thèbes. (…). Mais j’estime qu’un double jeu en politique, ça ne signifie rien. Il y a deux hommes qui peuvent rendre service à leur pays, c’est le général de Gaulle et moi. Si les Allemands gagnent la guerre ou peuvent arriver à une paix de compromis, faisant avec eux une politique loyale qui ne soit pas une politique de marchandage, peut-être pourrais-je rendre encore service à mon pays et discuter avec les Allemands un traité de paix honorable. Si les Allemands sont battus, le général de Gaulle reviendra. Il a avec lui – je ne me fais aucu ne espèce d’illusion – 80 ou 90 % de la population française, et moi je serai pendu …(…) et si je n’étais pas Laval, je voudrais être le général de Gaulle. »

 

Une « route vers l’enfer pavée de bonnes intentions » (‘H. Cole). Ses dons de persuasion sont inopérants sur un Hitler insensible qui n’écoute personne et qui, d’ailleurs, bientôt, s’engage sur la pente de la défaite. Plus naïf que roué, en fin de compte, Laval devient victime d’un « patriotisme divagant mais authentique » (R. Aron).  Lui qui avait cru « rouler » l’adversaire ne cesse de se faire rouler. 

 

Allant de concession en concession, cédant toujours aux exigences nazies pour éviter à la France l’installation d’un gauleiter, l’engrenage de la déchéance de Vichy se met en marche inexorablement, au point de devenir malgré soi un Quisling français exécutant peu ou prou les ordres allemands.  Son erreur coupable est de persister à croire – mais il est imbu de ses propres convictions – bien après Stalingrad et même presque jusqu’au bout, à la victoire allemande, misant sur une paix de compromis à l’ouest et s’estimant toujours en position avantageuse d’arbitre …Il s’accroche à son erreur en souhaitant  « la victoire de l’Allemagne car, sans elle, le bolchévisme demain s’installera partout » : la défaite de Hitler ne fut pas pour autant le triomphe du communisme en Occident, tandis que la victoire de celui-ci, c’eut été l’Europe nazie …

 

Avec l’agonie et l’effondrement de Vichy – second deuil de la Lune en VIII – puis l’exil de Sigmaringen, l’arrestation, le procès en Haute Cour et la condamnation à mort, Laval vit à plein le noir destin de sa conjonction Saturne-Pluton au Milieu du ciel. Fatalité qui le dépouille de tous ses biens, cet homme, en ses dernières heures,  conservant parmi ses rares objets personnels une photo de sa famille et de sa maison de Châteldon. Dernière image cancérienne – si ce n’est le lavage d’estomac neutralisateur d’une tentative de suicide à l’ampoule de ;cyanure de potassium – avant de tomber à Fresnes sous les balles d’un peloton d’exécution le 15 octobre 1945, Uranus atteignant son maître dominant, Mercure.

 

« Je meurs parce que j’ai trop aimé ma patrie ».

 

Mais, d’autres que lui ne l’avaient-ils pas mieux aimée, en tout cas plus judicieusement servie ?

 

Pour information, Pierre Laval eut recours aux consultations astrologiques de Maurice Privat qui lui consacra un ouvrage à Paris en 1948 : « Pierre Laval, cet inconnu ».

 

Charles de  GAULLE

 

S’il est un cas de nature ténébreuse à l’égard duquel la transposition de la configuration constellée du ciel natal à la structure psychique du personnage apporte une lumière révélatrice, c’est bien celui qu’offre Charles de Gaulle.

 

Regardons sa figure céleste, dressée pour sa naissance survenue à Lille le 22 novembre 1890 à 4 heures du matin, comme en témoigne l’acte de l’état civil.

 

Ce qui ne manque pas de frapper, aussitôt,  c’est ce cercle zodiacal sectionné en deux moitiés, tronçonné par l’alignement groupé de quatre oppositions, rassemblement d’un face-à-face de deux conjonctions : d’un côté, le Soleil du 29e degré du Scorpion avec Mercure à l’entrée du Sagittaire, et de l’autre, la conjonction de génération Neptune-Pluton au début des Gémeaux.. Il s’agit là d’une énorme dissonance centrale, que dramatise cette dernière par sa position en secteur VIII (semblable donnée se retrouve chez Hitler). Mais cette barre est aussi une poutre maîtresse de l’édifice intérieur, car elle est prodigieusement insérée en mode harmonique à l’ensemble constellé, au point que s’y inscrit l’enchevêtrement de deux figures de cerf-volant, à leurs têtes étant la conjonction Mars-Jupiter du Fond du ciel et la conjonction Neptune-Pluton.

 

Il faut déjà convenir du superbe de ce fragment – phénomène fugace du quart d’heure de la naissance – qu’est le « grand trigone »  qui triangule le Milieu du ciel, le Soleil et la Lune !

C’est déjà là une belle configuration porteuse d’avenir. ! 

 

Or, cette composante s’insère à un ensemble général où, de part et d’autre des deux pôles de l’axe oppositionnel, se ramifient des sextils et trigones, tout à la fois au Milieu du ciel, à la Lune et à la conjonction Mars-Jupiter. Et tout cela, au surplus, se présente à l’heure et au lieu où va se lever Uranus – indice relevé par Léon Lasson chez les politiques, (voir le cas Hitler mais aussi le cas Roosevelt) – en même temps que Jupiter va passer au méridien inférieur (similitude de position avec Pétain), celui-ci étant en plus en conjonction de Mars, facteur de cran, d’énergie et d’envergure et signe de parenté avec Clemenceau et Churchill. Il n’est donc pas exagéré  de dire que les signes de puissance les plus marquants se sont groupés autour de lui à sa venue au monde : lever d’Uranus (renforcé par un carré au Milieu du ciel) et passage au méridien d’une conjonction Mars-Jupiter, laquelle, en Verseau, délègue son capital de puissance à Uranus, de Gaulle étant , finalement, surtout un uranien, chef d’orchestre d’une prodigieuse conjoncture.

 

Tout cela compose un tableau d’ensemble qui ne manque pas de rejoindre la stature du personnage, telle qu’il se l’est sculptée dans la glaise de l’histoire. Dans son ouvrage :Le fil de l’Epée, (1932), de Gaulle s’est appliqué à faire le portrait de « l’homme de caractère », véritable auto-portrait de l’homme providentiel. Dans sa définition, l’ « homme de caractère », personnage qui convient aux temps difficiles, n’a pas peur d’être seul contre l’ensemble du monde à faire face à la tourmente. Car – véritable déclaration de foi uranienne – face à l’événement, c’est à soi-même que recourt l’homme de caractère. Son mouvement est d’imposer à l’action sa marque, de la prendre à son compte, d’en faire son affaire … Ainsi naturellement posé, il est l’homme supérieur qui se sait tel par l’exercice d’une intelligence constamment entraînée à l’effort de la lucidité vis-à-vis du monde et de soi-même ; puissance de l’esprit articulée directement sur une puissance de la volonté dont la force est surtout de savoir faire feu de tout bois pour constituer un centre au potentiel le plus élevé, d’où tout rayonne.. Portrait qui rejoint le tableau caractérologique du Passionné (Emotif-Actif-Secondaire), être d’une totalité unifiée dans sa plus grande intensité. C’est « Charles-le-seul » (Lacouture) au lendemain du 18 juin 1940, enchaîné à une condamnation à la peine de mort.

 

A l’aquatique quasi-lacrimal : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat » du maréchal Pétain, bouée de sauvetage vers laquelle toutes les mains se tendent, répond la crépitation de feu que fait entendre « l’Appel » solitaire du 18 juin à 17 heures (T.U.), minutes pendant lesquelles Uranus passait au Descendant) :

 

« …Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! (…) Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. (…) Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats …(…). Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ».

 

 « A quarante-neuf ans, j’entrais dans l’aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries » (Pluton transitait son Milieu du ciel).

 

Il n’est pas situation historique uranienne plus exemplaire que la sienne qui le conduit à une magistrature de Principat, alors qu’il arrive à Londres presque seul, sans mission officielle, sans hommes, sans armes et sans argent : 

 

            « Mais moi, c’est sans droit héréditaire,, sans plébiscite, sans élection, au seul appel, impératif mais muet, de la France, que j’ai été conduit à prendre en charge sa défense, son unité et son destin. » (Mémoires d’espoir I).

 

Aventure d’un uranien  posant un acte uranien inédit en introduisant l’inattendu dans une partie historique que métamorphose cet accident heureux pour son pays. Aventure où l’on se trouve seul et démuni de tout, comme un homme au bord d’un océan qu’il prétendrait traverser à la nage, à la fois protégé d’un impérieux sentiment d’autonomie ne l’assujettissant jamais totalement à aucune hiérarchie, tout en étant accordé à un intérêt général pour donner à ses gestes une justification collective ; pourvu que les circonstances haussent son personnage au point de fusion d’une révélation et que ses initiatives soient sanctionnées par le couronnement du succès. Et à ce longiligne morphologique, la hauteur des « grands desseins » d’un homme qui cultive la distance par sa grandeur..

 

En prenant le pouls de l’histoire à ce moment exceptionnel, cet homme d’exception épouse une cause jusqu’à incarner une « France libre ». Dans le style uranien d’un être sec, dur, entier, inflexible, intransigeant, se faisant le champion d’une identification aux intérêts supérieurs de la patrie, ses ennemis l’accusant de se prendre pour la France.

Ce n’en est pas moins un homme à double face, un véritable Janus, car l’épine dorsale géante de ce type Uranus-Jupiter-Mars charpente sa nature bipolaire, construite autour de l’axe des oppositions. Et il n’est pas exagéré de dire que cet alignement quadruplé, qui avait immédiatement attiré le regard, pose au centre de l’être le noyau dédoublé d’un homo duplex, sorte d’organisme psychique bicéphale configuré par la dualité, l’affrontement, le choc des contraires, voire l’irréductibilité des antagonistes.  C’est même ce bipolarisme qui fonde la complexité essentielle de cet homme à la fois ambivalent et polyvalent, étonnant et déconcertant, prenant et décevant, fascinant et inquiétant, magnifique et irritant, par delà les confiances les plus inébranlables et les haines les plus irréductibles entraînées dans son sillage. Quand on est tant chargé des contraires antinomiques d’un noir et blanc des choses, il est difficile d’échapper à une démarche en zig-zag, un premier mouvement pouvant être renié par un second, ce qui explique que tout le monde a, peu ou prou, été gaulliste à un moment ou un autre de sa vie.

 

Avec ce faisceau d’oppositions, on se représente aussi la tension d’un être semblable à la corde d’un arc bandé, et l’on comprend qu’avec sa signature de planètes fortes, cet homme de cran en vienne à arc-bouter son existence dans le combat.  Un tel personnage ne commence à exister vraiment que lorsqu’il est en présence d’une situation de conflit qui tend à l’extrême deux puissances antagonistes, situation dans laquelle il se reconnaît parce que, comme un écho, elle lui renvoie sa propre image :

 

La guerre, voyez-vous, c’est horrible, mais la paix, il faut bien le dire, c’est assommant

On ne gouverne bien qu’en temps de guerre.

L’épée est l’axe du monde et la grandeur ne se divise pas.

Ceux qui ne veulent pas se battre sont allés à la soupe …

 

En fait, c’est l’affrontement caractérisé qui le révèle et il atteint la pleine dimension de lui-même quand deux mondes sont face-à-face dans une crise déchirante. Ce n’est donc nullement un hasard si le général de Gaulle a été sollicité par l’histoire dans les deux circonstances les plus tragiques de la France de sa génération : en 1940 – Pluton passait sur son Milieu du ciel –quand le pays, écrasé par la défaite et à –demi occupé par l’envahisseur, est fractionné en deux zônes. Puis en 1958 – cette fois, c’est Uranus qui culmine, en même temps que Neptune transite Uranus et Jupiter l’Ascendant – quand une coupure entre Paris et Alger dans la guerre place le pays au bord du gouffre d’une guerre civile  Les heures décisives de son destin sonnent aux temps des grands drames parce qu’il s’identifie au sort d’une entité nationale divisée, coupée en deux, dont il tend à prendre en charge la réunification :

 

« … Dès lors qu’une crise grave ferait renaître le courant de salut public … Naguère

le pays, dans ses profondeurs, m’a fait confiance jusqu’au salut. Aujourd’hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu’il sache que je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République »           

 

Si l’on examine maintenant le contenu des tendances libérées au sein de son faisceau d’oppositions, nous avons le tableau d’un de Gaulle marqué par un complexe Pluton-secteur VIII-Scorpion. Comme pour en rajouter, la ligne de rupture de cet univers écartelé est ainsi tracée en couleurs sombres : c’est par là qu’il est, comme on l’a dit, un « homme des tempêtes », des ténèbres et des catastrophes, éprouvant une « noire ferveur à se mouvoir dans le sombre calvaire de la personne France » (E. d’Astier).

 

Ce n’est pas seulement le climat de son aventure, c’est aussi la situation-type sur laquelle repose son histoire , que révèle le complexe Scorpion-opposition- Pluton : la révolte. Cet officier supérieur qui porte la contestation en lui, graduellement entraîné dans une dissidence intellectuelle et morale vis-à-vis d’une armée désuète et d’un pouvoir défaillant, débouchera sur l’acte d’insubordination du 18 juin, dans le sentiment de l’intérêt supérieur de la patrie. Toute sa nature se rebelle contre l’acceptation de l’armistice. Son instinct uranien d’homme libre l’y pousse : la France n’est pas pour lui, comme avec le Taureau Pétain et le Cancer Laval, cette bonne terre de chez nous qu’on ne peut quitter des pieds, après avoir cru « tenir » derrière les fortifications de la ligne Maginot. A l’opposé de la régression protectrice-immobilisatrice pétainiste, sa vision Verseau-secteur IV anticipe en un pari audacieux sur l’avenir, déjà confirmé , avec l’échec militaire, par sa conception dynamique de l’armée motorisée de divisions cuirassées., qui n’a pas été retenue par l’Etat major avant la guerre. Pour lui, la France est davantage une entité spirituelle qui se forge librement sa propre histoire, et qui, dans l’heure tragique, réclame plus que jamais la mobilisation d’un nationalisme combatif, héroïque, exigeant et ombrageux.

 

C’est ici aussi qu’intervient l’intelligence large et ample de son Mercure en Sagittaire qui lui fait voir les choses en grand, avec « l’espace dans la tête » (R. Tournoux), prenant la distance de son clocher pour embrasser le plus vaste ensemble.. Il est aussitôt convaincu qu’un redressement « de la Marne » aura lieu, avec les possibilités des territoires d’outre-mer, en Europe ou sur d’autres continents, s’élevant d’emblée au plan d’une stratégie internationale qui sera bientôt celle de la Seconde Guerre mondiale. D’autant qu’avec le maître de Mercure (Jupiter) en Verseau et conjoint à Mars, sa pensée , dynamique et intuitive, n’est pas sans pressentir les forces de l’histoire. Déjà, il avait saisi le phénomène Hitler :

 

« Il faut être convaincu que l’Anschluss est proche, puis la reprise par l’Allemagne, de force ou de gré, de ce qui lui fut arraché au profit de la Pologne. Après quoi, on nous réclamera l’Alsace. Cela me paraît écrit dans le ciel ».

 

Et en été 1940, il prophétisait carrément :

 

            « Si Hitler avait dû venir à Londres, il y serait déjà …Je crois que la Russie entrera dans la guerre avant l’Amérique, mais qu’elles y entreront toutes les deux …Hitler pense à l’Ukraine. Il ne résistera pas à l’envie de régler le sort de la Russie, et ce sera le commencement de sa perte … »

 

Ainsi, sa vision géopolitique s’alignait sur le fond de son tempérament audacieux, rendant compte du lancement de son célèbre « Appel aux Français » dans un défi à la face de la légalité, suivi, du mouvement de la « France libre » engagée dans la guerre.

 

Si le Scorpion avec Pluton signe parfaitement cet acte initial de franche révolte, il est là, d’ailleurs, qui façonne chaque maillon de toute la chaîne de sa longue carrière. Toujours et partout, il se pose en homme de refus, en « Monsieur-non ». C’est ainsi qu’il prend position, tour à tour, contre l’état-major avant la guerre, avec ses vues archaïques ; contre Pétain, son ancien patron, en 1940 ; contre Churchill et les Alliés pendant la guerre ; contre les Comités de libération en 1945 ; contre les partis politiques de la Quatrième République. Et, revenu au pouvoir, contre les Comités de Salut public qui ont contribué à son retour, puis contre les géants de la politique mondiale … Son destin semble être la réalisation de cette citation d’Hamlet : « Etre grand, c’est soutenir une grande querelle. »

 

Mais encore, quel type mieux qu’un Scorpion plutonisé pouvait représenter ce mouvement de la Résistance, avec son armée secrète, l’activité clandestine de ses réseaux et maquis, lutte souterraine et obscure trempée dans le danger, l’angoisse et la mort ?  Sans oublier que l’homme de Londres, puis d’Alger, devait, non sans difficulté, arracher lui-même son pouvoir au secret, dans une épreuve de force venant du Renseignement, des bureaux, des cours diplomatiques.

 

C’est toujours dans la ligne du même Soleil-Scorpion à régime d’oppositions (surtout avec Neptune) que se perçoit  un obscur de Gaulle-Méphisto. Aperçu par certains comme « prince de l’équivoque » érigeant le machiavélisme en règle d’or par sa pratique du camouflage,, de la dissimulation, de la ruse, du secret. L’homme aime rester dans le mystère de ses projets, ; il déteste même dévoiler ses intentions à ses propres ministres, ne craignant pas de semer le doute.  Certes, il élève au rang d’un art supérieur la cérémonie de ses conférences de presse où son verbe savoureux joue aux grands effets de surprise. N’empêche qu’au lendemain de ses discours plane l’interrogation sur ses déclarations, comme devant des oracles.. Phrases ambiguës, sous-entendus, formules savantes sollicitent à souhaits l’exégèse des politologues. Cet hermétisme politique s’accompagne d’ailleurs de sinueuses démarches et peut aller jusqu’à s’autoriser de suivre parallèlement deux chemins opposés en poursuivant le même objectif.     

 

C’est que ce de Gaulle-Méphisto, maître de son jeu en l’art du mystère, comme dépassé par cet état, en arrive à être énigmatique malgré lui et ténébreux pour lui-même. Il est significatif qu’on ait parlé à la fois de « double jeu » et du double « Je » du général, comme on a évoqué une double identité du gaullisme.  On retrouve ici l’homme de ses oppositions, le Janus aux deux visages, dont une moitié contredit l’autre, la main gauche pouvant défaire ce qu’a fait la main droite, non sans l’ambivalence qu’on imagine.  Là est une source inépuisable de méprises et de déceptions pour ses supporters, comme d’aubaines pour ses adversaires, l’homme passant d’une thèse à une antithèse : général, il casse l’armée en la refaçonnant à son image ; impérialiste, il décolonise ; venu des partisans de « l’Algérie française », il fait l’Algérie algérienne ; bourgeois  occidental, il tend la main à l’extrémiste Chine communiste ; chantre du monde libre, il se soustrait à l’Alliance Atlantique …

 

Mais au-delà, à l’image du faisceau oppositionnel qui est remarquablement relié en mode harmonique à la structure générale de sa configuration, l’homme parvient à faire dialoguer ses deux personnages intérieurs, à faire mouvoir ses frères ennemis sur l’arène politique en vue d’une réconciliation. C’est d’ailleurs parce qu’il était lui-même double qu’il pouvait répondre à l’appel des deux France scindées de 1958.  Revenant au pouvoir sur la décomposition du régime (Scorpion-VIII), - comme il était venu antérieurement sur celle du pétainisme -  c’est des mains de l’armée et de la droite qu’il le reçoit pour, finalement, appliquer à l’Algérie le programme politique que la gauche avait été impuissante à réaliser. Dans l’accomplissement de cette politique, on le voit passer par une série d’oscillations, pencher alternativement d’un côté et de l’autre des options qui s’affrontent.

 

Ici, nous voyons manifestement à l’œuvre l’élément unificateur par où passe la réunification de ses deux « moi » : la Balance, siège du point central Ascendant-Uranus..C’est si vrai qu’à l’époque, les chroniqueurs politiques ont parlé d’une politique soumises à « un mouvement de balancier », le président s’érigeant en fléau d’une balance pour jouer un rôle d’arbitre souverain entre les deux poids politiques du pays et dépasser chacun des deux plateaux : la droite contre la Nation et la gauche contre l’Etat. D’où, finalement, ce nationalisme englobant les puissances authentiques du pays par-dessus les partis et les idéologies, un nationalisme tenant à la vie du corps indivisible du peuple français.

 

Cette fonction d’équilibriste est non moins perceptible dans les « grandes manœuvres » internationales (Mercure-Sagittaire) où, l’œil fixé sur une Europe qu’il tient à élargir « de Gibraltar à l’Oural », ce stratège tente de jeter comme l’arche d’un pont entre les deux blocs mondiaux, en prenant de la distance avec l’allié américain et en se rapprochant de l’adversaire soviétique. Mais cette assise horizontale s’appuie sur la puissance verticale – Uranus-Jupiter-Mars – d’une grande flamme d’ambition nationale.

 

Le rebelle solitaire de Londres, s’étant fait respecter non sans mal des Alliés, est allé jusqu’au bout de sa mission. En 1945, l’armée française fait, en fin de compte, près du quart des troupes qu’Eisenhower a sous ses ordres pour attaquer le territoire allemand, et l’autorité du gouvernement provisoire contient l’obstination des Anglo-Saxons à détenir seuls les leviers de commande de notre pays. Nos troupes étaient là aussi pour passer le Rhin, afin de saisir, sur la rive droite, une zone française d’occupation. Aux derniers jours de la guerre, la Division Leclerc est à Berchtesgaden. Et non seulement le 9 mai le général Leclerc signe l’acte final de la capitulation allemande, mais encore, il est également là quand est signée la reddition japonaise le 2 septembre sur le « Missouri » , la France gardant son rang aux côtés des trois Grands.

 

D’emblée, la volonté du général de redonner son lustre à la France constitue une politique de grandeur incarnée en sa personne :

 

            « Moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j’ai conscience de parler au nom de la France…. »

            « Au nom du Peuple et de l’Empire français, nous, général de Gaulle … »

 

Il demeure une interrogation sur une position majeure de son thème, relevant de l’incertitude du moment précis de la naissance, 4 heures figurant sans doute sur l’acte de la déclaration comme une version arrondie. C’est le moment où le Milieu du ciel – superbement triangulé au trigone Soleil-Lune – quitte le Cancer pour entrer en Lion. Dans sa substantielle étude qu’elle a consacrée au « Thème de Charles de Gaulle » (L’Astrologue n° 137, 1er trimestre 2002), Solange de Mailly Nesle adopte la version première qui lunarise sa fonction :

 

« A Notre-Dame la France, nous n’avons à dire qu’une seule chose, c’est que rien n’importe, excepté de la servir… Que le jour de la liberté, elle veuille bien nous ouvrir maternellement ses bras que nous y pleurions de joie … »

 

Nul doute que cette image féminine de « Matrie » peut rejoindre une Lune maîtresse du  Milieu du ciel en VI.. Mais il y  a aussi ce qui plaide en faveur de ce Méridien supérieur en Lion, qui solarise sa position, version préférée qui a l’avantage de rapprocher Uranus de l’Ascendant et Jupiter du Fond-du-ciel 

 

Dans son étude du n° 112 (4e trimestre 1995) de L’Astrologue : « Charles de Gaulle, quelques directions, progressions et transits », Danièle Jay adopte un thème rectifié de 4 h 13 m qui place le Milieu du ciel à 2° du Lion, version qui fait tomber en l’année 1940 la royale direction primaire Ascendant/Soleil, le 18 juin ayant fait émerger cet inconnu au grand jour et l’installant dans l’histoire. Pluton est d’ailleurs à cet endroit en été 40,et c’est en 1957 qu’y passe à son tour Uranus, venu de l’Ascendant, entrant en secteur X à la veille de son retour au pouvoir qui attendra le stationnement de Jupiter (21° Balance) sur son Ascendant, le 1er juin 1958.

 

Après la geste gaullienne de la France libre, un patriotisme quasi-monarchiste fait le style de son paysage politique, au pouvoir d’autorité intérieure et de grandeur extérieure exaltant les valeurs françaises. Alors qu’Uranus et Neptune sont au trigone de sa conjonction Mars-Jupiter, de Gaulle est un géant qui revient triomphalement à Paris le 24 août 1944, déjà chef d’un gouvernement provisoire de la République française (depuis le 15 mai 1944 : Jupiter sortant du Milieu du ciel), une Assemblée nationale nouvelle le consacrant à l’unanimité Président le 13 novembre 1945, Jupiter transitant l’Ascendant (comme douze ans plus tard, en mai 1958). Et ce n’est pas sans grandeur qu’ayant « réinstallé l’Etat » à la tête duquel il est, il prononce sa propre démission le 20 janvier 1946 (stationnement de Saturne près de son Milieu du ciel). N’étant pas fait pour « inaugurer les chrysanthèmes », faute de pouvoir exercer son autorité, il se retire de la politique.

 

Quand la IVe République le rappelle au pouvoir en mai 1958, de Gaulle est bien décidé à fonder une nouvelle république gouvernée de haut par un exécutif fort et un président directement mandaté par l’ensemble de la nation. Ici, le trigone Soleil-Lune rejoignant le Milieu du ciel est à l’honneur. Puisque le Prince n’est plus de droit divin, il doit être de droit populaire, l’autorité de l’Etat devant s’incarner en un homme investi du suffrage universel, instrument privilégié de sa légitimation.

 

            « Je crois que le peuple m’écoute. Au jour voulu, je lui demanderai s’il me donne   tort ou raison. Alors, pour moi, sa voix sera la voix de Dieu »

 

Ce qu’il devait faire au lendemain du référendum du 28 avril 1969 avec son retrait de la vie politique. Cette grandeur de la république gaullienne est finalement celle d’une  monarchie républicaine soli-lunaire, le charisme personnel du Général –entouré des « barons » du gaullisme – lui donnant un style royal, l’Elysée n’étant pas sans rappeler des façons du Grand siècle, parce qu’il incarnait la France.

 

Ses ennemis, qui ne manquent pas, ont la facile accusation d’orgueil, de mégalomanie, etc … Peu importent les travers de ce grand accoucheur de l’histoire, les motivations d’une politique passée sous le tunnel de l’instinct – grâce auquel nous plongeons au plus profond de l’ordre des choses (Le Fil de l’Epée) – ce chemin obscur reste celui de de Gaulle-Sphinx qui garde son mystère.

 

Uranus et Pluton allaient ensemble rencontrer son Saturne en 1965, annonce d’un déclin vital que devait inaugurer, cette année-là, après une intervention chirurgicale, le ballottage à sa réélection présidentielle. « Mais le train Ve République ne risque-t-il pas de dérailler avant la fin du cycle (s’agissant du cycle Jupiter-Neptune de la Ve République), sous le coup de l’intrusion dans son circuit des facteurs groupés Uranus-Pluton de 1968-1969 ? » Ainsi finissait le chapitre : « France : la fin du gaullisme » que j’avais rédigé dans un ouvrage : « La Crise mondiale de 1965 » publié en 1963 chez Albin Michel.. De mai 1968 au 28 avril 1969 où il se démit de sa charge présidentielle pour se retirer dans sa demeure de Colombey-les-deux-Eglises, Saturne faisait une boucle sur son Descendant.  C’est là qu’il devait mourir (rupture d’anévrisme) le 9 novembre 1970 à 19 heures, alors que , parti de sa conjonction avec Pluton en VIII, Neptune atteignait son Soleil.

 

                        LA CONJONCTION MARS-JUPITER

 

On peut apprécier que Churchill et de Gaulle aient eu une conjonction Mars-Jupiter angulaire, ainsi d’ailleurs que  Georges Clemenceau qui s’illustra comme l’homme à poigne de la guerre de 1914-1918. Configuration de puissance vitale faite pour s’affirmer en intensité et avec éclat, surtout en d’ultimes circonstances. Rien n’en exprime mieux la pression intérieure que cet épisode de la constitution du ministère Jean-Marie Sarrien en mars 1906, rapporté par Alexandre Zevaès dans son Histoire de la Troisième République (Ed. Georges Anquetil, 1926) : C’est à un amusant quiproquo que Clemenceau doit d’obtenir, dans le cabinet Sarrien, le portefeuille de l’Intérieur. Les collaborateurs de Sarrien sont réunis dans l’appartement que celui-ci habite 22, avenue de l’Observatoire : on achève la répartition des ministères, on s’entretient de la déclaration gouvernementale. Au bout d’un moment, Sarrien, très aimablement, s’adressant à Clemenceau, l’interroge : « Que prenez-vous ? ». Il s’agit alors des rafraîchissements et des liqueurs qui circulent. Mais, tout à son aise, Clemenceau ne l’entend pas ainsi. Et, vivement, sur un ton qui n’admet pas de réplique, : « Je prends l’Intérieur ! ». Stupéfait, ahuri, le vénérable Sarrien, qui n’offrait encore que de la grenadine ou de l’anisette et qui se proposait d’aller place Beauvau, acquiesce faiblement :  « Soit. » …

 

 

FEUX   CROISES

 

La meilleure façon de boucler l’itinéraire astrologique de nos hommes d’Etat de la Seconde Guerre mondiale est d’en compléter les paysages individuels par l’examen de leurs configurations interpersonnelles, le microcosme humain qu’ils ont focalisé en cette circonstance historique, éclairant le processus intéractif de l’enchaînement transpersonnel qui y fut à l’œuvre.

 

Cette prise globale s’effectue en un face à face des astralités respectives, dans le relevé des interférences qui se dégagent des connexions d’aspects de l’un à l’autre.. C’est surtout sur leurs points de rencontre – positions zodiacales communes ayant valeur de prise directe entre partenaires – que se greffent les liens essentiels autour desquels se tisse l’histoire qui leur est commune.

 

Dans le microcosme d’un noyau de plusieurs protagonistes, ainsi que sont nos participants, c’est justement l’agglutination de leurs connexions en un carrefour central commun – où se joue ici le concours d’un axe d’oppositions focalisant un faisceau de conjonctions – qui livre la synthèse du devenir historique qui les a rassemblés.

 

Il est permis de dire que l’échiquier de la Seconde Guerre mondiale se lit déjà à travers la configuration générale tracée par les interférences dominantes entre alliés et ennemis, dressant un axe oppositionnel, à valeur de conflit, d’hostilité, d’affrontement, qui polarise les antagonistes en deux camps adverses.

 

Ce n’est pas seulement une commune signature uranienne – l’un ayant l’astre à l’Ascendant et l’autre au Milieu du ciel – voire même urano-saturnienne, de tendance dictatoriale, partagée par Laval, qui rapproche Hitler et Mussolini. C’est aussi, et surtout sans doute, que le frénétique Allemand a son Milieu du ciel sur le Soleil-Lion de l’emphatique Italien. Et, plus largement, il s’agit de la superposition de l’ensemble d’une conjonction dominante Milieu-du-ciel-Saturne  du premier à une conjonction primordiale Soleil-Mercure du second, le Soleil dans son trône étant du même coup uni au maître du Milieu du ciel. Deux noyaux durs du destin coagulés ! Quant à la tendance, c’est essentiellement un effet de Saturne de l’un sur le Soleil de l’autre. Un Saturne d’abord puissamment soulevé par le potentiel d’une conjonction Lune-Jupiter en Capricorne au trigone du Soleil, puis entraîné dans une chute finale, à l’image de sa position en X, à la fois en « exil » en Lion et au carré, doublé d’un parallèle de déclinaison, de Mars, lui-même en exil, ainsi que de Vénus, maîtresse de l’Ascendant.. Destination ultime qui fait du Führer le mauvais génie du Duce. C’est  Saturne qui plombe le Soleil. En grande partie, à cause de son associé, Mussolini finira mal.

 

En face de ce centre de gravité de l’axe Berlin-Rome s’alignent en un tout les positions dominantes des quatre autres personnages, coalisés dans un front d’opposition :  Churchill a Saturne à 9° du Verseau, Staline, son Jupiter à 7° du Verseau, Roosevelt, Vénus et le Soleil à 6° et 11° du Verseau, et de Gaulle, Jupiter et Mars à 6° et 11° du Verseau.

 

Il convient de noter, Salazar étant hors jeu dans cette compétition, que ni Pétain, ni Laval, pas plus que Franco, n’ont de positions en Lion ni en Verseau : ils ne sont qu’indirectement impliqués dans cet affrontement mondial. Toutefois, un foyer commun secondaire se cristallise autour du Soleil de Hitler, à l’entrée du Taureau : il satellise le propre Soleil de l’empereur du Japon, Hirohito, à 8° du signe (Tokyo, 29 avril 1901, 22 h 10), entraîné dans la danse d’une guerre nippone aux côtés de la germanique. Il satellise aussi celui de Pétain, à 5° du signe, à équidistance des deux pôles, le vieux maréchal s’accommodant de la victoire allemande, sans la circonstance de laquelle il n’eut pu être le chef de l’Etat français, tout en se prêtant à un rôle de double jeu, insatisfaisant pour les deux parties en lutte.

 

En revanche, pas d’équivoque entre Hitler et Churchill : ils se détestent viscéralement, comme deux espèces animales incompatibles. Outre leurs tempéraments étrangers l’un à l’autre, leurs configurations s’enchevêtrent en un maximum de dissonances, dont l’impact essentiel est la juxtaposition massive – conjonction sur conjonction – de la colossale conjonction Mars-Jupiter de l’irréductible Britannique, et de l’aventurière conjonction Ascendant-Uranus du frénétique Allemand, dans le lourd affrontement d’une opposition Saturne-Saturne.

 

De Hitler à Roosevelt, le rapport d’homme à homme est effacé par la priorité idéologique des politiques. C’est tout à la fois, du premier au second, le  Soleil sur Saturne et le Saturne à l’opposition du Soleil : tout dialogue est interdit par le rempart de principes politiques diamétralement antinomiques. Certes, les deux hommes ont Uranus à l’Ascendant, donnant tout le poids de leurs personnes dans leur affrontement, mais, autant le premier se consacre aux valeurs régressives, tyranniques et égoïstes, de son Saturne en Lion, autant l’autre est au service des généreuses valeurs Verseau de solidarité universelle.

 

L’ambivalence caractérise les relations entre Hitler et Staline, ce que consacrent les deux temps de cette guerre. D’abord, le pacte germano-soviétique, dont l’intérêt commun peut se justifier par la superposition capricornienne du Mercure du maître du Kremlin et de la conjonction Lune-Jupiter du chef nazi. Aussi bien, la guerre germano-soviétique qui a suivi reçoit-elle sa justification du seul fait que le Mars de l’un est en opposition du Mars de l’autre. Quant au Jupiter de Staline posé à l’opposition du Saturne-Milieu du ciel de Hitler, n’est-ce pas toute la puissance du maître du Kremlin qui fait barrage aux ambitions forcenées du paranoïaque ?

 

Sur la souche commune qui groupe en faisceau dans le Verseau les partenaires alliés, on entre aussi dans la particularisation des relations de l’un à l’autre, compte-tenu de l’intégration d’autres composantes de leurs thèmes.

 

Entre Churchill et de Gaulle – les deux premiers partenaires – se présente un fort effet de conjonction qui les rapproche, presque comme des associés obligés : leurs anniversaires voisins font que leurs Soleils sont conjoints à 8° d’orbe, comme le sont leurs Vénus à 4° d’orbe, voire leurs Mercures à 15°. Aucun politique français de 1940 ne présentait une telle superposition, comme celle-ci entre les deux hommes. Il s’y ajoute un nouveau point de convergence plus explicite : le Jupiter du Premier Ministre britannique tombe sur l’Ascendant et l’Uranus de l’auteur du 18 Juin, le second emboîtant le pas au premier dans le combat commun. Au surplus, une similitude de natures ne saurait nous échapper : un climat commun de survitale conjonction Mars-Jupiter angulaire, de la Balance au Verseau, faisant prévaloir une forte défense d’intérêts nationaux respectifs. Conditions générales permettant que le Saturne churchillien superposé au duo Mars-Jupiter gaullien, puisse, en dépit de l’âpreté et de la rudesse de relations tendues et orageuses, finir par faire jouer la solidarité des intérêts communs de deux voisins.

 

De Churchill à Roosevelt se présente le tableau d’un champ entier d’aspects harmoniques, les trois positions dominantes de la Balance du premier recevant notamment une profusion de trigones des six positions des Gémeaux et du Verseau du second. A peu de choses près, ce sont deux jupitériens qui s’entendent à merveille, comme deux amis qui traitent des intérêts communs dans la meilleure humeur et généreusement. Pour ce qui est, maintenant, de la superposition Saturne/Soleil, s’il s’agit d’une saturnisation solaire que Hitler a fait subir à Mussolini, la chute du premier ayant entraîné du même coup la défaite du second, il faut entendre ici, du côté victorieux des alliés, que c’est toute la puissance solaire américaine qui est venue au secours de l’Anglais, initialement plongé dans l’épreuve saturnienne de son combat solitaire. La lumière est venue d’outre-Atlantique …

 

Mais le sauvetage est aussi arrivé de l’est, de Staline vainqueur du même adversaire (Hitler avait imaginé d’en finir rapidement avec la Russie pour se retourner contre la Grande-Bretagne). Ce qui se comprend aisément de la superposition du Jupiter du chef de l’Union Soviétique sur le Saturne de Churchill : un baume jupitérien sur la misère saturnienne d’une Angleterre seule et isolée, menacée par un ennemi occupant le continent européen. Aussi radicalement opposés que soient le noble britannique, libéral-capitaliste anticommuniste par excellence, et le chef du Kremlin, la nature les rapproche pourtant : 19° seulement séparent les Soleils sagittariens de ces deux hommes, leurs Vénus n’étant qu’à 7° l’une de l’autre, outre une superposition en Balance Mars-Jupiter/Lune. On peut comprendre que les circonstances de l’histoire aient pu contribuer à les rapprocher par réaction, l’ennemi de mon principal ennemi devenant un associé obligé. Fort efficace, malgré l’antinomie du jupitérien spectaculaire exhibant, bras levé, ses doigts en V, et du silencieux et solitaire saturnien du Kremlin.

 

Au cœur du rassemblement des superpositions du Verseau entre alliés, la meilleure touche est ce qui rassemble le Jupiter de Staline et la conjonction Soleil-Vénus de Roosevelt. C’est d’ailleurs, au temps des conférences de Téhéran et de Yalta, sous le jour le plus fortuné de son Jupiter du Verseau, qu’est apparu celui dont la vaillante Armée rouge avait brisé la machine de guerre nazie, méritant gratitude et bénéficiant d’une offensive de charme du président américain. Celui-ci chercha généreusement à amadouer l’ours russe, sa politique visant à le rapprocher du camp des démocraties. Vaine aspiration, illusoire tentative Verseau d’amitié …

 

Jupiter sur Jupiter entre de Gaulle et Staline : ne serait-ce pas simplement la situation occasionnelle de chacun des deux partenaires s’appuyant sur l’autre pour contre-balancer ensemble la trop envahissante domination anglo-américaine ? Rapprochement de nécessité, pour conforter sa position, guère plus. Au-delà, les deux hommes, qui se sont peu fréquentés, eussent vite fait de se heurter, avec l’opposition de leurs Saturnes et, aussi, une superposition Mars/Soleil en Scorpion.

 

C’est d’ailleurs une superposition de ce genre, au même degré – renforcée par d’autres dissonances, de Saturne à Uranus et d’Uranus à Saturne -  qui s’observe entre le chef de la France libre et Roosevelt, le premier ayant été victime d’une hostilité délibérée du second

 

Cet organigramme astral n’a-t-il pas tenu toutes ses promesses ?

 

 

Bibliographies

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L’auteur : Le pacte à quatre de Munich en 1938, Astralités du pacte germano-soviétique, La Seconde guerre mondiale, Astralités de la IIIe République ; L’Astrologue numéros 121, 122, 124 et 125.

 

 
[1]  Son cas s’apparente à d’autres cas de Mars en Balance : Jules Favre, ministre du Gouvernement de la Défense nationale, négociateur de l’armistice mettant fin à la défaite de la guerre franco-allemande de 1871 ; le général  Luigi Cardona, subissant à Caporetto la grande défaite militaire de 1914-1918 ; Paul Reynaud remettant à Pétain  la défaite de 1940 ; le général Eugène Bridoux, ministre de la Guerre à Vichy, ordonnant à l’armée française de se démobiliser à l’invasion de la zône libre par la Wehrmacht en 1942 ; le feld-maréchal Wilhelm Keitel, signataire de la capitulation de l’Allemagne à Reims le 9 mai 1945. Certes, Churchill a aussi Mars en Balance, mais, outre que le pouvoir lui vient d’une catastrophe militaire alliée, son Mars est conjoint à Jupiter.

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