Astrologie Individuelle
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Dernier hommage aux éléments

Il y a quelques années, Solange de Mailly Nesle et Yves Lenoble m’avaient invité à une soirée parisienne consacrée au quaternaire des Eléments. Il m’en est resté quelques feuilles dont le contenu différait de tout ce que j’avais écrit antérieurement sur la question et j’ai jugé bon de les retravailler, tant je considère que ces éléments sont le mets le plus succulent du banquet de l’astrologie.

 

Que ce domaine soit devenu si négligé et  maltraité, une sorte d’infirmité en est la cause la plus courante que j’assimile à un état schizoïde, lequel consiste tout bonnement à être étranger à la nature, comme isolé du monde naturel, sans communion ni participation à la symphonie de la vie universelle. Une bonne première leçon d’astrologie devrait consister à revoir ce qu’est un brin d’herbe qui pousse, une plante qui se déploie au fil des saisons, un arbre qui grandit d’année en année …

 

Autre aveuglement. Il est vraiment à courte vue le préjugé scientiste qui évacue prétentieusement ces éléments : comme si l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et le carbone n’existaient pas en l’homme et dans le monde ; pareillement le chaud et le froid, ce naturel quotidien ; justement trop ordinaire, au point de ne plus rien en voir. Alors que la science, elle, en fait référence. Ainsi lorsqu’elle utilise des faisceaux laser pour refroidir des atomes, où se retrouvent leurs propriétés astrologiques : plus un corps est chaud et plus ses atomes bougent vite ; plus on le refroidit et plus il se ralentit, jusqu’à une immobilité totale.

 

Puis encore, le système de ce quaternaire vaut le rappel de cette citation d’Hubert Reeves : « Ce n’est pas un hasard si le nombre quatre est un garant de la stabilité. Les propriétés des particules vont souvent par deux. Il y a deux sortes de nucléons : protons et neutrons ; deux charges électriques (+) et (-), etc. Quand deux fois deux propriétés sont présentes, la stabilité est encore accrue. Le nombre quatre est « magique » pour les physiciens. » (Patience dans l’azur, Le Seuil). A plus forte raison lorsque ce sont deux quaternaires qui se croisent, en s’inscrivant au surplus dans la circularité d’un processus cyclique de la vie diurne et annuelle de la nature. Qui veut mieux ?

 

Beaucoup plus près de la nature que nous, les anciens vivaient l’évidence de ces réalités, et Kepler n’hésite pas, avec Pythagore, à identifier la terre avec le cube, comme la pyramide au feu …Mais voyons comment déjà Sénèque abordait la question dans son Traité de la colère :

 

« La nature des âmes ardentes est d’être plus accessibles à la colère. Car, comme il y a quatre éléments : le feu, l’eau, l’air et la terre, il y a quatre puissances correspondantes : la chaleur, l’humidité, la sécheresse et le froid. . C’est donc le mélange des éléments qui forme la variété de lieux, de races, de tempéraments, de mœurs ; et les esprits sont entraînés par chaque penchant, selon que la puissance de chaque élément y domine. C’est pour cela que nous disons que chaque région est humide ou sèche, chaude ou froide. Les mêmes oppositions se rencontrent chez les animaux et chez les hommes. (…) Les tempéraments humides et froids ne sont pas exposés à la colère ; mais ils ont à craindre des défauts plus grands : la poltronnerie, l’hésitation, le découragement et la méfiance. Ce qui importe, c’est dans quelle mesure chacun renferme en soi le chaud et l’humide. La proportion dominante de chaque élément détermine les penchants. (…) Le vin enflamme la colère parce que, suivant le tempérament de chacun, il augmente la chaleur. (…) L’homme en colère est toute agitation, tout à l’impétuosité de son ressentiment, ivre de guerre, de sang, de supplices. (…) Ses yeux s’enflamment, étincellent ; un rouge éclatant couvre son visage, le sang bouillonne dans les cavités de son cœur, ses lèvres tremblent, ses dents se serrent, ses cheveux se dressent ou se hérissent, sa respiration est gênée et bruyante, ses articulations craquent en se tordant ; il gémit, il rugit, tout son corps en est agité … ». Portrait finissant sur une soldatesque, la main au glaive, la torche incendiaire frappant les maisons

 
Calendrier des bergers : les quatre tempéraments.

De la guenille de savoir qu’apparaissent  les textes anciens de la tradition astrologique, émerge ici un raisonnement de bonne tenue, descriptif riche de métaphores où le feu est à l’honneur, comme donnée originelle, au cœur d’un aperçu morphopsychologique qui rejoint directement le tempérament bilieux d’Hippocrate. Et avec celui-ci, il s’agit de la première typologie humaine de l’histoire, caractérologie psycho-physiologique la plus ancienne qui soit et qui s’est acquise un statut de pérennité, étant d’une vérité simple, essentielle, de toujours.

 

Ce qui vaut pour la colère et le feu s’étend à tous les comportements. Prenez la peur, qui est la souche comportementale de Saturne, où, cette fois, le froid donne la tonalité : réflexe d’arrêt (on pense au refroidissement des atomes) sinon de repli, pâleur, sueur froide, gorge nouée, dépossession de ses moyens …, le contrepoids de cet état étant de se mettre au cran d’arrêt, de se tenir calme, de garder son sang-froid …

 

Il n’est pas nécessaire d’aller bien loin dans l’évocation de l’humain pour qu’affleure la référence à l’humide, au sec, et plus encore au chaud et au froid. Et pour cause : c’est de cela – notamment – que nous sommes faits.

 

Il n’est pas étonnant non plus que la métaphore nous renvoie constamment à eux, ces éléments étant de véritables hormones de l’imaginaire. J’ai déjà donné dans L’Univers astrologique des quatre éléments quelques citations parmi les plus familières. Il est aisé de les prolonger : l’homme est fait du limon de la terre, Dieu insuffle l’haleine de vie, on laisse couler les jours, surtout les gens mollassons …Le feu en voit de toutes les couleurs : épreuve du feu, feu de l’action, sujets ou problèmes brûlants, s’enflammer pour une cause et même avoir le feu sacré, et, au dernier moment, c’est la flamme de sa vie qui s’éteint ; un Saint-François d’Assise allant même jusqu’à parler de son « frère soleil », son ‘frère de feu » (Cantico del Sol).

 

Cette intimité avec les éléments conduit un Leibniz à vouloir lire la trame invisible de l’univers en l’homme, chaque monade étant une concentration du monde dans une unité, sa substance individuelle tenant de cette présence de l’infini dans le fini de l’Un majuscule.


Isidore de Séville :De Natura remum ; incunable d’Augsbourg, 1472.

Ainsi, avec les principes élémentaux et les éléments, nous revenons au point de départ véritable de la lecture du thème, en un retour à la réalité profonde de l’astrologie, grâce à son discours essentiel.

 

Quand un astrologue déchiffre une carte du ciel, qu’il ait bien conscience de lire la trame invisible de l’univers en l’homme, la substance individuelle de celui-ci étant de la nature du monde qui est en lui, son monde intérieur procédant de la nature du monde extérieur. C’est comme si, en lui, de manière la plus simplifiée, la vie était une goutte d’eau visitée par le feu, étendue à l’air et condensée en terre.

 

Quand on est d’ailleurs à l’écoute de l’âme humaine, l’écho qu’elle renvoie en langage métaphorique ramène à la source de cette substance vitale. Ecoutons quelques grandes âmes :

 

            Louise Labbé              Je vis, je meurs, je brûle et je me noye,

                                               J’ai chaud extrême en endurant froidure,

                                               J’ai grands ennuis entremêlés de joie …

 

            Sapho :                       J’écris mes vers avec de l’air …

 

            Thérèse de Lisieux :   Je voudrais être un grain de sable.

 

Thérèse d’Avila           Plaise à sa Majesté de me réduire en cendres plutôt que je ne cesse jamais de l’aimer.

 

Anna de Noailles :       Et ma cendre sera plus chaude que leur vie.

 

Trêve de citations. Il est manifeste qu’aussitôt que l’être rejoint affectivement le plus profond de lui-même, c’est aux principes élémentaux et aux éléments qu’il emprunte le langage pour exprimer ce qu’il ressent, car c’est le tissu même de sa réalité première.

 

Prêtons-nous à une petite exploration de la manifestation du Feu du Bélier chez quelques femmes illustres.


La Salamandre qui se nourrit de son feu ; Francfort, 1687.

 

Il n’y a pas mieux que Sainte Thérèse d’Avila  (Avila, Espagne, 28 mars 1515, 5 h 30, selon le R.P. Silverio de Santa Teresa, critique officiel de ses œuvres. Avec Ascendant-Soleil-Mercure-Uranus  dans le Bélier et sextil de Mars aux trois premiers) pour vivre une telle conjoncture. Avec elle, c’est la mystique du feu qui est souverainement à l’œuvre. Voici comment elle décrit l’une de ses visions : « J’apercevais près de moi un ange ; à son visage enflammé on reconnaissait un de ces esprits d’une très haute hiérarchie qui ne sont que flamme et amour. Je voyais dans les mains de cet ange un long dard qui était d’or et dont la pointe de fer avait à l’extrémité un peu de feu. De temps en temps, il le plongeait au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles ; en le retirant il semblait me les emporter avec ce dard et me laissait toute embrasée d’amour de Dieu. Cet indicible martyre me faisait goûter les plus suaves délices. » Comment ne pas identifier ici une communion amoureuse de la déité et que le feu de ses entrailles en est le transfert ?

 

Passons à la Malibran (Paris, 24 mars 1808, e.c. sans heure), panthère à l’œil de feu qui a une conjonction Soleil-Mercure-Mars dans le même signe. Avec sa voix d’or, c’est une esthétique du feu qui éclate au temple de l’art lyrique. Véritable météore, cette brûlante diva, célèbre du jour au lendemain, qui, à gorge enflammée, se met en transes sur scène jusqu’à en sortir chaque fois exténuée, arrive ainsi à épuisement à vingt-huit ans, disparaissant après avoir grillé sa vie et chanté jusqu’au dernier râle.

 

Retour arrière avec Adrienne Lecouvreur (Damery, Marne, 5 avril 1692, bapt.) avec Soleil et Mercure dans le signe et Mars en Cancer prolongé d’une conjonction Lune-Saturne. Ici, l’âme en feu, c’est tout à la foi la tragédienne racinienne qui, sur les planches, devient Phèdre, Bérénice, Athalie …, vivant la douleur des héroïnes dans un jeu pétri de sa propre souffrance, et la folle amoureuse éprise d’un bourreau des cœurs, le Scorpion Maurice de Saxe, qu’elle aime jusqu’à en mourir d’épuisement à trente-huit ans.

 
Gravure alchimique de la Philosophia reformata de J.-D. Mylius, XVIIe siècle

Dans un tout autre registre, voici Mag Steinheil (Beaucourt/Belfort, 16 avril 1869, 3 h, e.c.), avec, en Bélier, Soleil-Mercure-Vénus-Jupiter-Neptune, et un Mars du Lion au Descendant. Une jumelle astrale du célèbre Landru, dont le procès accapara un moment la chronique de 1919-1920, pour avoir fait disparaître une demi-douzaine de « fiancées » dans sa cuisinière de Gambais. Elle, à sa manière, est une véritable bombe. C’est de son étreinte amoureuse que s’éteint à l’Elysée, le 16 février 1899, le Président de la République Félix Faure ; et c’est à cause de ses relations galantes de la haute société que, sous ses propres yeux, seront assassinés son mari et sa mère.

 

La différence n’est pas tellement grande avec l’actrice américaine Jayne Mansfield (Bryn-Mawr, Phil. 19 avril 1933, 9 h, e.c.), voisine astrale du flamboyant Jean-Paul Belmondo, qui a Soleil, Mercure, Vénus et Uranus en Bélier avec Mars en Vierge. Celle-ci « pète le feu » d’une autre manière. Carrière fulgurante d’une fille qui ne doute de rien. La vedette du film : « La blonde explosive ». Sa vie est le boom d’une flambeuse avec un feu d’artifice d’amants ; extravagance permanente qui s’achève à trente-quatre ans , la tête tranchée dans un terrible accident d’auto.

 

Arrêtons-nous et finissons avec Catherine Krafft (Guebwiller 68, 17 avril 1942, 20 h 40, e.c.) : Soleil-Mercure du Bélier au coucher, sextile à Mars, avec Pluton du Lion culminant et au carré de l’Ascendant en Scorpion. Katia, la seule femme vulcanologue en Europe, qui, dans une passion irrépressible, passe sa vie près des cratères des volcans, avec son mari Maurice (Soleil-Mercure-Vénus en Bélier avec Mars au Descendant). Parmi des lacs de boue en ébullition, des fleuves de feu, des explosions incandescentes, jusqu’à être, le 3 juin 1991, emportés l’un et l’autre, par une « nuée ardente » lors de l’explosion du volcan Umzem au Japon.

 

Il y a là six personnages, oh ! combien différents les uns des autres, et pourtant, ces six femmes ont un terrain commun : leur élément. Qu’il s’agisse d’une mystique du feu, d’une voix d’or brûlante de l’art lyrique, d’une présence incandescente au théâtre, d’un érotisme de feu dévastateur, d’une bouillante entraînée dans un vertige existentiel, ou carrément d’une passion physique du feu, dans tous les cas, cet élément est bel et bien présent. Et en relever l’existence est l’exercice premier de l’interprétation classique. Un but facile à atteindre.

 

¨Par contre, êtes-vous bien sûrs que vous eussiez pu savoir, à la lecture de leurs thèmes respectifs, que Thérèse d’Avila allait être une sainte, Adrienne Lecouvreur une tragédienne, la Malibran une diva, la Steinheil une femelle tragique, Jayne Mansfield une excitée brûlant sa vie et Katia Krafft une volcanologue finissant en torche vivante ? Si je vous disais qu’il n’y a là rien d’évident. Pour ma part, je n’aurais pas été capable de dégager ces différenciations d’un cas à un autre. On peut mettre d’abord en cause la limitation de mon savoir, bien sûr, mais si je bute à cette difficulté, c’est aussi qu’il doit bien y avoir une raison. Laquelle tient à la relativité de la « détermination astrale », la manière de vivre ses propres configurations et le choix de leur investissement relevant, pour une grande part, des conditions et circonstances du milieu, sans oublier le jeu du libre-arbitre …

 
Triplicité de Feu ; carreau de Jacques Despierre, 1973 ; Monnaie de Paris.

En revanche, ce qui est sûr, c’est que, dans ces six cas, vous et moi eussions pu, avec conviction, dégager ce feu intérieur qui habite les entrailles de nos personnages et qui constitue l’essence commune de leurs êtres.

 

Nous voilà revenus à la trame invisible de l’univers en l’homme, laquelle en constitue la substance individuelle, de sorte que nous sommes de la même espèce que le monde.. Et c’est ce  f o n d  de l’être que nous lisons le mieux dans son thème. Ici, que le feu soit physique ou moral, qu’il procède de l’idéal, de l’esprit, de la volonté, du cœur, du sexe ou de la passion, peu importe, le véhicule analogique le généralise à la « signature » de la personne, signature élémentale dont il convient de cherche l’accord parfait.

 

C’est donc la référence aux tétradiques croisées : Chaud-Froid-Humide-Sec et Eau-Air-Feu-Terre, qui, dans une sorte de rose des vents, délivre le mieux ce que le message astral a d’essentiel : la nature en l’homme. Dans un langage métaphorique qui rejoint celui des poètes en communion avec cette même nature ; lesquels ne se privent pas d’évoquer le jour ou la nuit de l’âme ou sa vie saisonnière, le printemps de l’existence comme le midi ou le soir de la vie …, métaphores chargées d’un authentique contenu humain.

 
Connaissance de l’astrologie : chap. « Les quatre éléments dans la peinture ».

Celui qui taxerait ces métaphores de simples images méconnaîtrait le sens profond qu’elles recouvrent : la prodigieuse intuition des liens intimes des grandes forces de la nature et de la vie humaine. Car le feu n’est pas seulement une réalité du dehors : il couve dans une âme aussi sûrement que sous la cendre et l’on sait que les rêves du feu sont ceux dont l’interprétation érotique est la plus sûre. On ne peut même pas dire que la métaphore côtoie la réalité : elle en est l’expression même par une mise en évidence du semblable. « Loin que ce soit la pensée qui aille chercher des oripeaux dans un magasin d’images pour habiller ce que l’être ressent, c’est – dit Gaston Bachelard – le monde qui vient s’imaginer dans la rêverie humaine », dans la sensibilité profonde. C’est dans une secrète harmonie, éveillée par un écho mystérieux, que la métaphore vient, par l’image, servir de reflet à l’âme humaine, en faisant se rejoindre et coïncider, sinon passer de l’un à l’autre, l’univers intérieur et l’univers extérieur. C’est ainsi que la patrie de notre cœur, c’est l’univers entier.

 

On peut comprendre que ces références naturelles soient la clé de voûte de l’interprétation des anciens et l’on peut même retenir en cette approche magistrale la splendeur originelle autant que le point d’orgue de l’art d’Uranie.

 

D’autant que cette tétralogie élémentale débouche sur le tempérament, mot-clé ptoléméen devenu la référence traditionnelle première, et, du même coup, sur l’imposante quadrilogie tempéramentale d’Hippocrate qui en est l’expression.

 

Identifiés directement à l’Eau, l’Air, le Feu et la Terre, ses illustres quatre types : lymphatique-sanguin-bilieux-nerveux, ont traversé deux millénaires et demi sans disparaître. Certes, parce que la médecine d’aujourd’hui traite les maladies en ignorant le malade, nos toubibs n’en font plus cas, mais les gens de culture n’hésitent pas à en faire judicieusement référence, notamment dans leurs biographies de célébrités, et les psychologues ne les ont pas oubliés, beaucoup d’entre eux les tenant fort en considération. Et l’on sait qu’en partant de critères nouveaux, maints chercheurs – Wundt, Sigaud, Janet, Pavlov, Kretschmer, Martini, Sheldon … - ont débouché sur ces catégories hippocratiques, les recomposant en une convergence prodigieuse.


Signes de Feu : Plaque de cheminée de Jacques Despierre, 1972 ; Monnaie de Paris.

Loin de tant de typologies aux figures évanescentes, ces types ont une puissante force d’évocation. Ils campent magistralement de franches silhouettes physiques et morales, parce que reposant sur les catégories les plus fondamentales de la vie, l’identification du tempérament  fondant une vivante approche de la connaissance humaine. Pas étonnant que Michel Gauquelin en ait porté un éloquent témoignage statistique dans son Dossier des influences astrales (Denoël 1973) en assimilant le tempérament lunaire au lymphatique, le sanguin à Jupiter, le bilieux à Mars et le nerveux à Saturne. Rien de plus typique !

 

Et pourtant, on s’est détourné de ce fondamental pour se moderniser en croyant bien faire d’atteler les éléments à la typologie jungienne : Pensée-Intuition-Sentiment-Sensation. Je regrette bien de ne pas avoir posé la question à Jung lui-même quand je lui ai soumis mon questionnaire, mais à l’époque, cette substitution n’était pas encore venue à jour. Or, outre qu’elle nous détourne de la mine d’or de dame Nature, cette dérivation est bancale, inappropriée. Preuve en est, le désaccord de l’alignement d’un auteur à l’autre, l’Intuition se balançant du Feu à l’Eau (rien que çà !), y-compris même le Sentiment …

 

C’est ainsi que l’on commence à grandir les rangs de ceux que j’appelle les sinistrés des triplicités. Car, non seulement cette corrélation est dévoyée, mais l’usage qui en est fait est pitoyable. Que tant d’astrologues d’aujourd’hui puissent encore se bercer d’illusion qu’un simpliste calcul de répartition des positions natales en triplicités leur livre la dominante élémentale est consternant : sont-ils à ce point aveugles en acceptant n’importe quel résultat comme le produit authentiquement recherché ?

 

Pouvez-vous découvrir un personnage plus dilaté, en diffusion, en expansivité que Napoléon ? Eh bien ! aucune de ses positions natales n’occupe la triplicité Air. Trouvez-moi un peintre pour qui l’océan, les marines, les bateaux, les flots et leurs brumes, comptent autant que pour Turner ? Or, sa triplicité Eau est entièrement vide ! En revanche, Jupiter domine souverainement à l’Ascendant du premier, et, pour l’heure natale supposée du second, la Lune se lève. De même que nulle position ne s’observe dans la triplicité Feu de Cervantès … Qui veut bien réfléchir un seul instant sur ces cas purs ne peut que se libérer de cette ineptie.

C’est sans cesse avec esprit critique  que nous devons œuvrer, compte-tenu de la subtilité de la matière que nous traitons. En refusant aussi de nous laisser entraîner trop loin sur la pente des analogies (même faiblesse pour le traitement de toute pure abstraction éloignée du vivant). Comme dans le genre voisin d’une école fort prisée dont l’art, tout en inflation neptunienne, s’apparente à l’effet « barbe à papa » : vous prenez un petit bonbon et vous en faites une mousse spectaculaire et vaporeuse dont on s’aperçoit à l’usage qu’elle est inconsistante et insipide. L’adhésion au réel, il faut y tenir pour ne pas divaguer dans le vide.

 

Et puis, cette matière des éléments, c’est quelque chose d’ardu qui se travaille. J’y ai passé toute ma vie et je suis loin d’en avoir fait le tour.

 

Il me semble, en tout cas, avoir perçu un distinguo entre la pure dynamique élémentale du planétaire – la planète se livre en valeur chaude ou froide, humide ou sèche – et l’expression élémentale du signe qui en est une manifestation formelle, particularisée. Ce sont là deux registres différents qui peuvent prêter à confusion. Non pour le Feu et l’Eau, certes, mais pour l’Air et la Terre, où les deux facteurs ont l’air de se tourner le dos. Ainsi, il y a loin du principe Terre du noyau planétaire Saturne-Mercure, qui désigne organiquement le squelette et le système nerveux, par où l’être s’élève de la matière du gnome dans son épaisse écorce terrestre, évocateur du pécore à gros sabots qui foule massivement la glèbe.

 

Cette ambivalence est source d’égarement. Dans « La lettre des astrologues » N° 32, Richard Pellard qualifie d’absurdité ma version fort inattendue d’un Mozart – Terre. Force est, pourtant, de s’incliner devant son thème, avec la centralité, au surplus quadruplement angularisée par maîtrise et aspects, d’une conjonction Soleil-Mercure-Saturne en signe saturnien ! Cette réalité astrale qui s’impose ne choque, finalement, qu’un préjugé commun qui en reste à l’élémentaire, s’en tient au vulgaire de cet élément. Or, non seulement l’expression matérielle de celui-ci va du vil magma au parfait diamant, mais encore, c’est la sphère de l’esprit qui est l’essentiel de son royaume. « Je suis né du ciel et de la terre, mais j’appartiens au ciel ». Le génie venu du jardin d’Eden de l’enfant Wolfgang est initialement une terre de musicalité incarnée, au point que la musique était l’étoffe même de son être (« le plus musicien des compositeurs » a-t-on dit de lui). De ce sol nourricier fertilisé par la Lune au Fond du ciel, s’élève au mieux la voix de son âme à travers l’air éthéré du verseau, jusqu’à une ineffable perfection sonore.


Nova iconologia del Caualier Cesare Perugino ; Cesare Ripa, Padova 1610.

C’est cette complexité qui m’a conduit  – jusqu’ici, j’étais dans le droit fil de la tradition et j’en sors par cette innovation – à caractériser chaque signe par la double étiquette de son élément planétaire (priorité lui étant donnée) et de son élément triplicitaire. Le Taureau, par exemple, Air-terre,  est une matérialité de l’Air ; comme le Scorpion, Feu-eau, est une liquidité du Feu. De même, en une contradiction naturelle ou cohabitation des contraires, les Gémeaux Terre-air font vivre un état nerveux tout en animation périphérique : mobilité, fébrilité, bougeotte, cabriole …, alors que la Vierge et le Capricorne intègrent les valeurs pures de la Terre en une plénitude du tempérament nerveux. Et l’on perçoit leur contraste avec le Taureau, signe vénusien de la quarte du printemps, tout en riche incarnation sensualiste, voire en grasse et dense consistance matérielle …

 

C’est un texte encore en chantier que je quitte, une vie entière ne suffisant pas à boucler le parcours de ce vaste univers des éléments. Sauf de vous contenter de coca cola ou de fast-food astrologique, revisitez ce continent qui est le plus à même de faire de vous un astrologue heureux dans sa plénitude. Car l’homme astrologique se lit d’abord dans le langage de la nature, et il n’y a pas trop de la participation de toute sa propre nature, aussi bien affective qu’intellectuelle, pour le bien et pleinement déchiffrer.

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