Astrologie Mondiale
(Pratique)

Présentation Articles Publications Imagerie Liens

 

Le destin de l'Europe

L’Europe a-t-elle un destin qui lui soit propre, et, en l’occurrence, lequel ?

 

Ce petit continent désigné par ce nom, apparaissant sur la mappemonde comme l’appendice extrême-occidental de la masse géante de l’Asie, se meut à travers une histoire si complexe et si décousue que, même en nos jours où il se dote d’institutions unificatrices, entière demeure l’interrogation sur son identité. Est-il ressortissant d’un régime configurationnel spécifique ?

 

On a coutume de le percevoir comme une étendue géographique peuplée de nations différentes, mais l’historien nous rappelle que le sentiment national des habitants de chaque pays est encore inexistant vers l’an mil. On se sent chrétien bien plus que Français, Allemand ou Anglais. Les « nations », au sens moderne du terme, ne sont pas encore nettement différenciées les unes des autres. Elles se fondent toutes dans une entité plus vaste : la chrétienté, avec les figures régnantes d’un pape et d’un empereur. Et le latin est la langue commune de l’église et des universités. Quand le Moyen Age fait place aux temps modernes avec la Renaissance qui diffuse des idées nouvelles, avec l’élan des Européens à la conquête du monde, ce climat d’unité chrétienne s’efface, proportionnellement d’ailleurs à l’affaiblissement de la papauté et du christianisme lui-même, la laïcisation des arts étant une de ses diverses expressions.

 

L’histoire évolue – cycliquement entre le retour à l’unité de la conjonction et la division de l’opposition – à travers un mouvement pendulaire qui fait osciller le monde entre des courants unificateurs qui mêlent, mélangent, fusionnent, uniformisent, homogénéisent, et des courants différenciateurs qui diversifient, distinguent, séparent, fragmentent.

 

On reconnaît ici plus particulièrement le jeu alterné d’un pôle neptunien jupitérisé, face à un pôle uranien saturnisé. L’Humide et le Sec, le Large et l’Etroit..

 

C’est un neptunien-jupitérien caractérisé, Victor Hugo, qui, dans un frisson lyrique, prononça ce discours en 1849 : Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces se sont fondues dans la France. Un jour viendra il n’y aura d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. (…). Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu !

 

Affaire de conjoncture. Tantôt prime l’égo réductif « patriotique », avec l’attachement à son clocher dans l’amour de sa province. Tantôt déborde la marée neptunienne qui fait alors ressortir une Europe des Croisades, une Europe de l’esprit des Lumières, une Europe du Romantisme, une Europe révolutionnaire de 1848 … Notre Europe a connu aux XIXe et XXe siècles un développement nationaliste sans précédent, jusqu’à se durcir dans ses entités régionalistes intransigeantes. Depuis l’effondrement du communisme rassembleur à l’Est, l’on a assisté à un sursaut furieux d’ultra-nationalisme démembrant deux Etats d’Europe centrale, tandis que l’appel de Maastricht tente de rassembler diverses nations en une suprême patrie européenne.

 

Naturellement, pareillement placée comme elle est sous la calotte des cieux, l’Europe n’a pas le privilège de détenir davantage ou de meilleures configurations que les autres continents. Néanmoins, comme elle a pris depuis cinq siècles, grâce à la révolution scientifique et technique et face à une majorité de sociétés « froides » immobilisées dans leurs traditions, la tête de la marche de l’histoire, elle est devenue l’épicentre de la grande aventure de l’humanité moderne, de sorte que c’est sur elle que s’est focalisée la configuration générale du cosmos.

 

Rendons-nous maintenant à l’interrogation de Clio : c’est à l’histoire de tout nous apprendre en confrontant ses manifestations en mouvement dans le temps et l’espace à un cosmos qui participe de l’universel et de l’éternel, champ en mesure de lui conférer son intelligibilité supérieure en révélant la source commune et le cercle infini des choses.

 

Du berceau sumérien de la civilisation à l’humanité présente et d’un lieu à l’autre du globe se succèdent les accouchements et les trépas de l’histoire. Se reproduisant tous les 171 ans, les conjonctions Uranus-Neptune, récemment éclairées par San Miguel de Pablos, sont,à cet égard, un important point de repaire. Si, par exemple, la conjonction de 453 accompagne l’effondrement de l’empire romain, puis celle de 624 la naissance de l’Islam, les deux suivantes de 793 et de 965 concernent notre continent.

C’est au jour de Noël de l’an 800 que Charlemagne se fait couronner empereur, après avoir réunifié un empire romain d’occident étendu des Pyrénées à l’Elbe et du Tibre à la mer du Nord. Une manière d’instaurer, dans une unité Etat-Eglise, une autorité œcuménique sur les Etats morcelés de la chrétienté occidentale. On reconnaît ici la valeur réunificatrice de l’état de conjonction. Cet empire carolingien est ensuite démembré au traité de Verdun de 843 – nous sommes sous le carré Uranus-Neptune - , base des futurs Etats de la France, de l’Allemagne et de l’Italie.

 

La puissance unificatrice de ce même rapprochement astral se manifeste également lorsqu’en 962 un nouveau Charlemagne, Otton le grand, se fait couronner empereur à Rome : c’est la naissance du Saint-Empire. Assaillie par les étrangers, l’Europe se retrempe dans le combat ; le christianisme y prend pied et une civilisation se met à fleurir. Elan qui se poursuivra, malgré le « grand schisme » survenu à l’opposition de 1050 : brisure en 1054 du catholicisme en deux églises, la romaine et l’orthodoxe de Byzance.

 

En fait, les deux cycles des conjonctions de 965 et de 1136 nous situent à l’âge féodal européen, monde médiéval unifié par le christianisme au temps fort de la construction de ses prodigieuses cathédrales. A la conjonction de 1307, la page se tourne sur la « Captivité d’Avignon » (1309) qui prépare un déclin. La nomination par Philippe le Bel du pape Clément V, qui s’installe à Avignon, est un coup très grave aux prétentions des papes à dominer les rois, l’indépendance de ceux-ci s’établissant définitivement. C’est d’ailleurs à l’opposition de 1392 qu’a lieu le « grand schisme d’Occident », offrant le spectacle d’une Eglise à deux souverains pontifes qui s’excommunient respectivement. Ce cycle est celui d’une déchristianisation et quand arrive la conjonction suivante de 1478, l’Europe bascule dans un monde nouveau, celui de nos temps modernes.

 

 

LA CIVILISATION DE LA CHRETIENTE OCCIDENTALE

 

Pour saisir la véritable mutation mondiale qui s’effectue au tournant de la seconde moitié du XVe siècle (la fin du Moyen Age pour les historiens), il faut interroger, par-delà la seule cyclicité Uranus-Neptune, la recomposition d’ensemble du système solaire, parvenu à un renouveau cyclique général. C’est une « mini-Grande Année » semi-millénaire qui repart, ponctuée par une extrême concentration (rapprochement de l’état de conjonction du systême solaire) due à un nouveau rassemblement des super-grandes conjonctions Neptune-Pluton de 1399, Uranus-Pluton de 1456 et Uranus-Neptune de 1478.(le phénomène précédent ayant accompagné l’effondrement de l’empire romain d’occident).

 

Pendant que s’éteint une civilisation (l’empire romain d’orient avec la chute de Constantinople en 1453), une autre prend la relève. C’est l’élan créateur de l’Italie du XIVe et du Xve siècles qui donne le branle à ce mouvement civilisationnel avec la « Renaissance ».

 

La grande révolution du temps – signature d’une conjonction Neptune-Pluton en Gémeaux -  est l’apparition de l’imprimerie de Gutenberg : toute première, la Bible paraît à Mayence au milieu du siècle. Cinquante ans plus tard, on imprime dans deux cents villes de l’Europe, avec le bouleversement culturel qui en découle : accession à la connaissance et à une liberté de l’esprit, brassage de tout une intelligentsia européenne. Là véritablement est l’entrée dans les temps modernes. Mais aussi, voici venu le temps des Argonautes, de la grande navigation. Les Portugais atteignent l’équateur en 1471, le fleuve Congo en 1484 ; Dias double le cap de Bonne Espérance en 1488 et Christophe Colomb pose le pied sur le continent du Nouveau Monde en 1492, tandis qu’en 1498,Vasco de Gama aborde l’Inde …De ce pas et tout au long du cycle Uranus-Neptune – ses conjonctions successives de 1478 et 1650 se font en Sagittaire – les voiliers perfectionnés des pays côtiers du continent s’aventurent sur tous les océans et prennent pied sur les autres continents. Cette expansion progressive de la chrétienté, de caractère finalement colonialiste, aboutira à la suprématie universelle de l’Europe, à une domination technologique occidentalisant, partiellement ou totalement, le reste du monde

 

 

LE  DEFILE  DES  PUISSANCES  EUROPEENNES

 

L’année même de la conjonction Uranus-Neptune, 1479, s’accomplit la fusion de la Castille et de l’Aragon, réalisant l’unité de l’Espagne. A la tête des nations, celle-ci se donne un grand empire colonial et devient, par la dynastie des Habsbourg, la première puissance européenne.

 

A l’opposition de 1563, la communauté chrétienne occidentale est doublement éprouvée : de l’intérieur avec le début des guerres de religion entre Catholiques et Protestants (église nouvelle apparue au carré précédent) ; et de l’extérieur avec l’avance des Turcs Ottomans, qui seront arrêtés en 1571 en Méditerranée à la bataille de Lépante.

 

Nous arrivons à la conjonction de 1649. L’année d’avant marque une grande coupure de l’histoire européenne avec une nouvelle redistribution des cartes. C’est le Traité de Westphalie, suivi de la Paix des Pyrénées. La suprématie des Habsbourg est brisée avec l’effacement de l’Espagne. La Hollande et la Suède s’élèvent au rang de grandes puissances, tandis que la France devient la première nation d’Europe. A l’arrière se prépare l’avenir de l’Angleterre avec, en 1651, l’Acte de Navigation, Cromwell donnant une impulsion nouvelle à son commerce et à sa puissance navale.

 

Déjà, autour de la conjonction Saturne-Uranus de 1624, la France s’affirme comme une puissance politique et économique dominante du continent (la Guerre de Trente ans, commencée en 1618, ravage l’Europe centrale). 1624 est d’ailleurs l’année de l’arrivée au pouvoir de Richelieu qui prépare la consécration du règne de Louis XIV. L’expansionnisme royal de celui-ci se manifeste particulièrement sur la phase ascendante du cycle Saturne-Uranus qui va de la conjonction de 1671 à l’opposition de 1691. Les défaites du règne commencent à partir de 1695, mettant un frein à cette expansion au Traité de Ryswick (20 septembre 1697). Cette domination française se poursuit toutefois jusqu’à la conjonction Saturne-Uranus de 1714 avec les Traités d’Utrecht et de Rastatt (1713-1714) : la France cède les abords du Canada à l’Angleterre qui s’installe aussi à Gibraltar et commence à affirmer sa prépondérance maritime et coloniale.

 

On peut étaler l’hégémonie européenne de la France sur toute l’étendue de la phase évolutive du cycle Uranus-Neptune, de la conjonction de 1649 à l’opposition (des Gémeaux au Sagittaire) de 1734.Le propre de cette dissonance est le temps fort de l’affrontement  impérialiste, maritime et colonial, que se livrent Anglais et Français ; ceci, à travers les guerres européennes de succession de Pologne (1733-1738) et de succession d’Autriche (1740-1748). La conclusion se présente à la fin de la Guerre de Sept ans (1756-1762), sous la conjonction Saturne-Uranus suivante de 1761, avec le Traité de Paris (10 février 1763) : c’est la fin de l’empire colonial français de l’Amérique du Nord et des Indes. Tandis que la Prusse devient une grande puissance, l’Angleterre accède à l’hégémonie économique, maritime et coloniale.

 

On peut estimer l’étalement de cette prépondérance britannique sur la durée d’un cycle Uranus-Neptune, mais de l’opposition de 1734 où la partie est gagnée contre la France, à l’opposition suivante de 1906, c’est-à-dire à la veille de la Première Guerre mondiale, son temps fort se répartissant sur la phase évolutive du cycle allant de la conjonction de 1821 à cette dernière opposition. Berceau de la révolution industrielle de l’entrée du XIXe siècle, l’Angleterre exploite ses techniques de production et ses ressources minières qui donnent à son commerce international une impulsion incomparable ; premier port et première place financière du monde, Londres devient le cœur économique de la planète. C’est le Middle Victoria Age, éclat souverain de la puissance et du prestige de l’Angleterre libérale et de sa livre sterling. Cet essor était déjà apparu à la conjonction Saturne-Uranus de 1852. A la suivante de 1897, le panbritannisme aboutit à l’achèvement de la conquête de l’immense empire anglais de 33 millions de kilomètres et peuplé de 450 millions d’habitants ! C’est l’apogée de la Grande-Bretagne.

 

L’opposition de 1906 annonce le déclin avec la grande division de l’Europe en deux blocs  : Triple Alliance face à Triple Entente, qui débouche en 1914 sur la Première Guerre mondiale. La fin de cette tragédie – 1918-1920 – avec accompagnement d’opposition Saturne-Uranus,  installe le déclin de l’Europe. Le centre de gravité de la puissance économique mondiale se déplace de celle-ci aux Etats-Unis, lesquels, de débiteurs, deviennent le grand pays créditeur, banquier du monde, le dollar commençant à faire la loi. L’Europe voit lui échapper la direction économique de la planète et sa représentation politique passe au rôle secondaire que lui assignent ses véritables dimensions.

 

Plus significatif encore est le déclin qui s’opère sous la conjonction Saturne-Uranus de 1942 : entrant en piste dans la Seconde Guerre mondiale avec une représentation de 40 % de l’économie mondiale, les U.S.A. déploient toute leur puissance, sous l’aile protectrice desquels se réfugient les pays démocratiques de notre continent ; et à la fin de cette guerre, c’en est fini de toute domination coloniale, celui-ci se trouvant revenu à sa condition première, réduit à ses propres proportions, comme il y a cinq siècles.

 

 

CHRONOLOGIE  DES  RYTHMES  NATIONAUX

 

Tout au long de ce parcours, on assiste au cheminement de divers destins nationaux qui exécutent leurs propres figures de ballet historiques, au rythme de cycles et de phases cycliques où se perçoivent les couples Uranus-Neptune et Saturne-Uranus, ce dernier étant expressif d’ambition nationale, voire de volonté de puissance impérialiste. On peut ainsi directement leur calquer ces mesures astrales sans trop encourir le risque de découpage abusif.

 

On peur ainsi aisément cadrer l’Europe espagnole aux normes du cycle Uranus-Neptune de 1479-1650, avec la ponctuation de quatre cycles Saturne-Uranus. A la grande conjonction émerge la péninsule ibérique avec ses décisives découvertes géographiques, expéditions maritimes conduisant à l’essor de Lisbonne et de Séville. De la conjonction Saturne-Uranus de 1489 (Dias vient de franchir la pointer sud de l’Afrique et Christophe Colomb prépare son grand voyage) à la suivante de 1533 (Pizarre conquiert l’empire inca du Pérou) et sur la phase ascendante du cycle suivant, l’Espagne se crée un immense empire, étendant sa domination sur le Mexique, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, Brésil excepté. S’appropriant les ressources (métaux précieux et autres) de ces pays, elle vit ainsi un essor économique sans précédent sur toute la première moitié du XVIe siècle (phase ascendante du cycle Uranus-Neptune).

 

A la conjonction Saturne-Uranus suivante de 1580, Philippe II annexe le Portugal et place son pays au faîte de sa puissance, déjà assise à la Paix de Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) au plein du cycle Uranus-Neptune. A leur sesquicarré involutif a lieu le désastre de l’invincible Armada (juillet 1588) : les flottes d’Elisabeth d’Angleterre vont jusqu’en Amérique insulter les possessions espagnoles.

 

A la nouvelle conjonction Saturne-Uranus de 1624, Richelieu engage la France dans la lutte contre la Maison d’Autriche. Leur opposition tombe en 1648, année même des Traités de Munster (30 janvier) et de Westphalie (24 octobre) qui sonnent le glas de la puissance espagnole.

 

Nous arrivons aussi à la fin du cycle Uranus-Neptune (nouvelle conjonction en 1650). Quant au cycle Saturne-Uranus, il se poursuit avec le carré involutif qui tombe sur le dévalorisant Traité des Pyrénées (7 novembre 1659), et se termine à la conjonction nouvelle de 1670, dans son orbe se concluant le Traité de Lisbonne (13 février 1668), par lequel l’Espagne reconnaît l’indépendance du Portugal.

 

L’Europe française, quant à elle, a pris le relais avec le nouveau cycle Uranus-Neptune commençant en 1650 : Traités de Munster et de Westphalie de 1648. Sa domination va suivre parallèlement  la phase montante de ce cycle, de 1650 à 1734, et va se rythmer sur trois cycles Saturne-Uranus.

 

Déjà avait eu lieu l’avènement de Richelieu, départ du règne de la toute puissante autorité royale, à leur conjonction de 1624, pour contrer la domination de la Maison d’Autriche. C’est dans l’orbe de la suivante de 1670 qu’est signé le Traité d’Aix-la-Chapelle (2 mai 1668), paix conclue entre l’Espagne et Louis XIV  sous la pression de la Triple-Alliance. Impérialisme français qui engendre la Grande-Alliance de La Haye (1673), coalition européenne contre le roi-soleil, produisant le renversement complet de la situation diplomatique crée par Richelieu et Mazarin. C’est surtout à leur opposition de 1690 que la France fait face à l’Europe entière avec la Guerre de la Ligue d’Augsbourg commencée en 1689. A la conjonction de 1714 tombe l’échéance du désastreux Traité d’Utrecht (11 avril 1713), comme à la suivante de 1761, le coup de grâce final du Traité de Paris (10 février 1763). On ne saurait avoir plus purs alignements des plus grands carrefours de l’histoire avec les découpages de deux des plus grands cycles planétaires.

 

N’oublions pas la part prise par la Hollande dont le règne européen s’est présenté également sur l’écoulement de trois cycles Saturne-Uranus.

 

La naissance de la République des Provinces Unies est du 23 janvier 1579, le Soleil se présentant entre Saturne et Uranus en approche de conjonction. On assiste vite à l’essor commercial de l’Escaut et Anvers devient un grand port international. En 1602 est créée la Compagnie des Indes orientales qui se lance (l’opposition est de 1600) à la conquête d’un empire.. A l’opposition suivante (Traité de Westphalie du 24 octobre 1648), la Hollande est élevée au rang de grande puissance. L’apogée des Provinces Unies se déroule sous le règne de Jean Witt (1653-1672) : la plus grande flotte commerciale du monde (une flotte qui, alliée à la France, force en juin 1667 la Tamise et détruit la Royal Navy !), une banque d’Amsterdam devenue la plus grande place financière de l’Europe, et une terre de liberté avec un épanouissement culturel. Une puissance qui joue sa chance entre la France et l’Angleterre. Au Traité de Ryswick (20 septembre 1697), Anglais et Hollandais stoppent l’expansion française, tandis que le Traité d’Utrecht du 11 avril 1713 est une double défaite française et hollandaise. A cette échéance (conjonction en 1714), le rôle de grande puissance de la Hollande est terminé : Londres détrône Amsterdam et devient la première place financière, le centre économique du continent (ce qu’avait déjà préparé l’union Angleterre-Ecosse de 1707, fondant le royaume de la Grande-Bretagne). Cette grande histoire des Pays-Bas aura ainsi duré les 134 années de trois cycles Saturne-Uranus entiers. L’empire colonial néerlandais s’effondrera, avec les empires britannique et français, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

 

On peut différemment estimer la durée de la grande aventure mondiale de l’Angleterre : le plus largement, sept cycles Saturne-Uranus si l’on va de la conjonction de 1624, début de l’émigration et du peuplement de la Nouvelle-Angleterre (le May flower), à celle de 1942, temps tragique de la Seconde Guerre mondiale ; ou plus étroitement, la moitié de ce parcours avec les trois cycles et demi allant de la conjonction de 1761 (Traité de Paris) à l’opposition de 1919, l’épuisement de la Première Guerre mondiale. Ce qui n’est pas loin d’emboîter la mesure d’un cycle Uranus-Neptune entier : de l’opposition de 1734, entrée dans le grand affrontement impérialiste franco-anglais, à celle du début du XXe siècle, entrée dans la grande confrontation des impérialismes européens de la Première guerre mondiale.

 

C’est entre l’opposition Saturne-Uranus de 1919 et la conjonction Saturne-Uranus de 1942 que l’Europe perd l’hégémonie œcuménique de la société mondiale, le rôle principal passant aux U.S.A.. Lesquels – un pas de plus – à la conjonction suivante de 1988 (le bloc communiste de l’Union Soviétique disparaissant l’année suivante) font figure d’unique leadership mondial.

 

Pour ce qui est, par ailleurs, du devenir national allemand, une rythmicité globale est assez parlante. Ainsi, c’est sous une conjonction Jupiter-Saturne-Uranus (Traité de Paris de 1763) que la Prusse devient une grande puissance et c’est sous la suivante triple conjonction des mêmes, de 1940-1942, que l’Allemagne du IIIe Reich domine le continent. Entre ces deux bornes géantes, le cycle Saturne-Uranus jalonne de précises séquences historiques : départ du grand essor économique des pays germaniques (derrière l’Angleterre et la France) à la conjonction de 1852 ; constitution de l’unité allemande du Second Reich à l’opposition de 1873 (20° d’orbe) ; apparition de l’expansionnisme pangermanique à la conjonction de 1897 ; défaite du Traité de Versailles à l’opposition de 1919, la conjonction suivante de 1940-1942 en étant la revanche.

 

Il faut se garder de croire que seuls les deux cycles traités jusqu’ici suffisent à rendre compte du destin européen qu’a façonné la configuration entière du système solaire. Ils ne nous en donnent que certains angles de vues. Les cycles Saturne-Neptune ont aussi leur part en nous présentant une autre face de notre histoire. Il suffit de rappeler la série de leurs dernières conjonctions avec la naissance du marxisme et la révolution européenne de février 1848 (1846), la constitution des divers partis socialistes révolutionnaires qui en font une force politique (1882), une prise du pouvoir avec la révolution russe (1917), le mouvement révolutionnaire du Tiers monde avec l’ère post-stalinienne (1953) et la mort du communisme qu’accompagne la disparition de l’empire soviétique (1989). Même un cycle comme celui d’Uranus-Pluton – qui paraît plus particulièrement affecté au devenir japonais et extrême-oriental – a ses propres incidences. C’est sa conjonction qui était au cœur de l’extrême concentration planétaire de 1347, quand la « peste noire » a décimé notre continent ; et sa dernière de 1965 n’est pas pour rien dans ce qu’on appelle la « crise de l’Occident » (ou dans l’accentuation de cette « crise de civilisation ») ressemblant de plus en plus à une débâcle spirituelle. Mais une mention particulière revient au cycle Jupiter-Saturne que je n’ai pas craint d’affecter à notre continent (même s’il peut se manifester ailleurs), tant il constitue un rythme spécifiquement européen.

 

 

LA  RYTHMICITE  DU  CYCLE  JUPITER – SATURNE

 

Son rythme bidécennal est déjà là avec le sacre français d’Hugues Capet le Parisien en 987 et le couronnement anglais de Guillaume le conquérant en 1066. Bornons-nous à un relevé sommaire pour les XVIIe et XVIIIe siècles : 1603, union des couronnes d’Angleterre et d’Ecosse avec l’avènement de Jacques 1er ; 1623, arrivée de Richelieu ; 1643, arrivée de Mazarin avec l’avènement de Louis XIV ; 1663, gouvernement de Louis XIV et souveraineté de la Prusse avec l’avènement de Frédéric-Guillaume Ier ; 1683 : arrêt de l’avance des Turcs Ottomans devant Vienne. 1701, début de la guerre de la succession d’Espagne et Frédéric 1er, premier Hohenzollern roi de Prusse ; 1721, Traité de Nystadt qui consacre l’hégémonie de la Russie de Pierre le Grand en Europe septentrionale, et Walpole au pouvoir en Angleterre de 1721 à 1742 ; 1741, début de la guerre de la succession d’Autriche ; 1762, le Traité de Paris, comme 1782, celui de Versailles.

 

A partir du XIXe siècle, je me suis livré à une exploration historique plus approfondie en suivant l’évolution du processus historique dans le cadre de chaque cycle. Ce travail ayant été déjà publié dans Les Astres et l’Histoire (Pauvert, 1967), ouvrage épuisé, je ne puis mieux faire que d’en reproduire ici le texte consacré aux cycles allant de la conjonction de 1802 à celle de 1940. J’y joins toutefois, résultat d’une recherche qui ne s’est pas arrêtée, un texte nouveau relatif au cycle 1881-1901, consacré au « Partage et conquête de l’Afrique ». Occasion d’observer l’interférence de ce cycle européen avec ce continent ; laquelle se répétera avec le gros de la décolonisation africaine autour de la conjonction de 1961.

 


Figure du Mysterium cosmographicum de Kepler représentant la
Succession des conjonctions Jupiter-Saturne.

 

 

CYCLE 1802-1821 : De Napoléon à la Sainte-Alliance.

 

Ce n’est pas seulement ce cycle mais un groupe de quatre cycles assemblés (d’où une convergence de courants diversifiés) qui synchronise la grande aventure napoléonienne. De 1802 à 1805 se succèdent les conjonctions Jupiter-Saturne, Jupiter-Uranus, Jupiter-Neptune et Saturne-Uranus. Consul à vie en 1802 puis empereur en 1804, Napoléon ne cesse d’affirmer sa puissance et son expansion en Europe au cours de la phase ascendante des trois cycles jupitériens, et forme un nouvel empire d’Occident.

 

Son apogée et son déclin tombent précisément  dans les trois années qui correspondent aux oppositions de ces cycles : oppositions Jupiter-Neptune et Jupiter-Uranus en 1810-1811, puis opposition Jupiter-Saturne en 1811-1812, le carré Saturne-Uranus ayant échéance en 1816.. Ces dissonances vont de la retraite de Russie (hiver 1812) à la capitulation définitive suivie de l’exil à Sainte-Hélène (juillet 1815).

 

A dater de l’opposition Jupiter-Saturne de 1811-1812, les souverains européens victorieux, en réaction contre le courant de la Révolution française dont Napoléon était le prolongateur, s’efforcent de revenir au passé en restaurant partout l’Ancien Régime. Ce courant contre-révolutionnaire s’affirme particulièrement à la signature du premier traité de Sainte Alliance qui groupe l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie, le 26 septembre 1815 (sous le trigone), puis à la convention d’Aix-la-Chapelle du 1er novembre 1818 (sous le sextil), où la France entre dans le groupe des Quatre.

 

Cycle 1821-1841 : De la Sainte-Alliance au Libéralisme

 

A la conjonction, par l’application des programmes établis aux congrès de Troppau (octobre/décembre 1820) de Laibach (janvier/mai 1821) et de Vérone (octobre 1822), la Sainte-Alliance fait souverainement la loi à l’Europe par l’unité d’action des cinq monarchies. En 1824 (semi-carré), un esprit nouveau surgit qui va miner cette politique : Canning opère un retrait de l’Angleterre et se rapproche des Etats-Unis, dont le message du 2 décembre 1823 (doctrine Monroe) est le premier défi jeté à la Sainte-Alliance : reconnaissance des nouveaux Etats de l’Amérique latine. La contre-révolution se trouve toutefois renforcée au sextil (1824-1825) avec l’avènement de Charles X en France (septembre 1824). Le carré de 1827 accompagne un temps de fragilité (chute de Villèle en France) nécessitant de nouvelles adaptations au trigone de 1828 (ordonnances, réforme de Martignac en France).

 

On ne peut guère séparer l’opposition de 1831-1832 des conjonctions Jupiter-Neptune et Jupiter-Uranus de 1830-1831. L’Europe a basculé du côté de l’opposition avec le mouvement révolutionnaire européen de 1830-1831. Années de changements considérables affirmant le libéralisme et la nationalisme. Après l’indépendance de la Grèce, qui avait entrepris sa guerre de libération en mars 1821, et l’autonomie de la Serbie (février 1830),en janvier 1831 est consacrée la neutralité de la Belgique. Le Portugal, l ‘Espagne, la Suisse s’émancipent à leur tour. Sous cette opposition, l’Europe se partage entre la réaction et le libéralisme.

 

A la conjonction de 1841, les cinq grandes puissances européennes se retrouvent à la signature de la convention des Détroits qui règle la crise orientale.

 

Cycle 1841-1861 : La victoire du libéralisme

 

Le mouvement libéral, amorcé au cours du cycle précédent, va triompher sur une partie de l’Europe, créant une solidarité des Etats européens de l’Ouest, avec l’avènement de l’Italie.

 

L’année 1840 voit Frédéric-Guillaume IV accéder au pouvoir en Prusse et Guizot stabiliser l’autorité en France. Des mouvements nationaux se font jour. A partir de 1839 se réunissent en Italie des congrès scientifiques qui prennent un caractère national et donnent le branle à un éveil patriotique. 1840 apporte aussi un grand élan national dans les petits Etats allemands et ce germanisme suscite de son côté une animation scandinave. La Pologne elle-même se réveille à partir de 1842 . Un esprit d’opposition apparaît en Prusse, encouragé par les promesses du nouveau roi. En Autriche, une opposition clandestine commence à se faire jour à partir de 1843.

 

Si, à cette conjonction le principal groupement des puissances européennes est celui des trois Etats absolutistes : Russie, Prusse et Autriche, on voit cependant le libéralisme (qui n’était encore qu’aspirations nationales intérieures au cycle précédent) devenir groupement d’Etats et se constituer en front diplomatique. Au sextil de 1844-1845 naît « l’entente cordiale » franco-anglaise. Elle est détruite au carré de 1846 par une affaire de mariages espagnols ; mais, par-delà les brouilles, certains intérêts rapprochent la France et l’Angleterre dans cette Europe où s’affirment de tous côtés des courants nationaux, notamment en 1848, sous le trigone.

 

A l’opposition qui a lieu de novembre 1850 à septembre 1852, les puissances associées de l’Ancien Régime retriomphent , comme en réaction à la marche de l’histoire, mais l’Europe est déjà profondément transformée. De nouveaux personnages apparaissent qui vont servir la cause des mouvements nationaux : arrivé au pouvoir (2 décembre 1851), Napoléon III, s’appuyant sur l’Entente cordiale, va affirmer ce courant européen. Victor-Emmanuel II accède aussi au pouvoir (mars 1849) et fait de Cavour son ministre (octobre 1850) puis son président du Conseil (novembre 1852) : tous deux élèvent le Piémont au rang de puissance et posent d’emblée la politique de l’unité italienne. Au surplus, un conflit nouveau surgit en Europe : Prusse et Autriche rivalisent d’influence sur les Etats allemands. Frédéric-Guillaume IV, élu empereur en 1849, refuse la couronne que lui offre le Parlement de Francfort, et en août 1851, la Diète de la Confédération germanique reprend ses séances sous la présidence du délégué autrichien. Les Etats allemands posent le grand problème de leur réunification. Dès février 1853 se produit le renversement décisif : le gouvernement prussien signe avec l’Empire un traité de commerce et le Zollverein se renouvelle sans l’Autriche. C’est l’amorce d’une naissance de l’Allemagne sous l’égide de la Prusse.

 

Sous le trigone de 1855, la dynamique européenne gravite autour de l’Entente cordiale : la solidarité franco-britannique s’affirme aux grandes assises européennes du congrès de Paris (février 1856). Le libéralisme gagne les pays balkaniques, la Turquie, la Grèce et l’Egypte. La France soutient la cause italienne par un premier accord (janvier 1855).Puis, au sextil de 1858, par une alliance (traité de Plombières en juillet 1858) ; bien que Napoléon III fasse un retrait au semi-carré du printemps 1859.

 

A la conjonction, l’Italie est faite : elle a son parlement et son roi (janvier à mars 1861). Quant au sort de l’Allemagne, il est définitivement pris en main par la Prusse avec l’avènement de Guillaume 1er (janvier 1861) et l’accès au pouvoir de Bismarck (septembre 1862). Le libéralisme a gain de cause un peu partout, politiquement et économiquement. Un traité de commerce franco-anglais (janvier 1860) est le point de départ d’importants échanges commerciaux ainsi que d’une vingtaine de conventions analogues (de 1860 à 1863) qui règlent sur des bases libérales (au cloisonnement se substitue un régime total ou partiel des échanges) les relations des Etats de l’Europe occidentale et centrale. Parti de la Grande-Bretagne puis de la France, le libre-échange va dominer en Europe pendant les vingt années du cycle suivant.

 

CYCLE I861-1881 : LA NAISSANCE DE L’Allemagne

 

A cette conjonction, ce n’est pas seulement la Prusse qui part à la conquête définitive de l’Allemagne, alors que la France a une position prééminente en Europe et que, sous l’impulsion de l’Angleterre, l’Europe est gagnée au libre-échange. C’est aussi le libéralisme politique qui gagne la plupart des Etats. En Angleterre, en Belgique et en Italie, la monarchie parlementaire s’oriente vers une forme plus démocratique ; en France, l’empire autoritaire a cessé d’être et fait place à une constitution libérale (avril 1861). A partir de mars 1860, l’Autriche où s’effondre le régime centraliste entre dans une ère constitutionnelle. L’Espagne s’entrouve à l’Europe, tandis que l’autocratie russe réalise l’abolition du servage (mars 1861).

 

Cette Europe en pleine évolution connaît une première crise, dans l’orbe du carré, avec la guerre austro-prussienne et Sadowa (juin-juillet 1866).

 

Mais la grande crise de ce cycle se présente sous l’opposition qui va d’août 1870 à juin 1871. C’est la guerre franco-allemande qui éclate en juillet 1870 et qui aboutit au couronnement de Versailles : un second Empire allemand est né (janvier 1871). L’année 1870 marque aussi la défaite des libéraux en Belgique, tandis que Bismarck engage le « Kulturkampf ».

 

Au second carré de 1875-1876 se présente « l’alerte de 1875 » où commence à s’affirmer l’hégémonie bismarckienne, avec la guerre russo-turque des Balkans (1876-1877) ; tandis qu’au sextil (1878), le Congrès de Berlin (juillet 1878) règle les différentes questions européennes (indépendance de la Serbie, réintégration de la France dans le concert diplomatique, etc.).

 

La conjonction voit la nouvelle Allemagne siéger au centre de l’Europe.


 

 

CYCLE 1881-1901 : LA PREPONDERANCE ALLEMANDE

 

A cette conjonction, l’Allemagne fait sentir partout son hégémonie : l’Europe s’incline devant le Reich de Bismarck qui occupe le devant de la scène. Le chancelier de fer qui, au congrès de Berlin, a déjà affirmé cette prépondérance, fait triompher la pax germanica : l’Europe est portée par un formidable élan capitaliste qui transforme le monde. Le 3 octobre 1879, Bismarck réalise l’alliance austro-allemande qui sera près de quarante ans la pièce maîtresse de l’édifice diplomatique européen. En juin 1881, il édifie l’alliance des trois empereurs (Allemagne, Autriche, Russie), et c’est enfin la Triple-Alliance (Allemagne-Autriche-Italie) qui voit le jour le 20 mai 1882. Ce bloc va attirer à lui la Roumanie, la Serbie, la Grèce, voire la Turquie, l’Espagne et la Suède. Toute la diplomatie européenne est dans le sillage de Berlin. Autre fait majeur : en 1881, l’entreprise française en Tunisie ouvre pour l’Europe continentale l’ère des conquêtes coloniales.

 

Semi-carré (août 1883) : premiers malaises

 

L’occupation de l’Egypte par l’Angleterre en septembre 1882 (qui complète sa victoire en écartant la France de la Vallée du Nil) brouille les relations de l’Angleterre avec l’Allemagne et la France ; la tension bat son plein de 1883.

 

Sextil (septembre 1884, proche en avril 1885) : L’Acte de Berlin

 

En avril 1884, Bismarck inaugure la politique coloniale de l’Empire en plaçant sous protectorat allemand des  territoires d’Afrique sud-occidentale. Début 1885, les Anglais acceptent une conférence pour régler la question du canal de Suez. Convoquée en novembre 1884, la conférence aboutit à l’acte de Berlin du 26 février 1885, prescrivant les droits des concurrents en matière de partage international de l’Afrique noire. Parallèlement se développe la législation en Allemagne.

 

Carré (janvier 1886 – août 1887) : Crise européenne

 

L’année 1887 est la plus critique des années que l’Europe ait connue depuis la guerre franco-allemande. A partir de l’été 1886, une crise bulgare tend à l’extrême les rapports de la Russie et de l’Autriche, celle-ci s’opposant à la prolongation de l’alliance des trois empereurs qui se réduit en juin 1887 à un « traité de contre-assurance » russo-allemand. Le général « La Revanche », en France, fait éclater la fièvre du « boulangisme » ; dès le printemps 1886, on parle de guerre pour l’été et en avril 1887 un incident de frontière fait frissonner l’Europe, montrant à quel point critique en sont les relations franco-allemandes. Parallèlement se dégradent les relations franco-italiennes : le gouvernement Crispi dénonce en octobre 1887 le traité de commerce des deux pays  Bismarck lui-même connaît des difficultés intérieures et dissout le Reichstag en janvier 1887.

 

Trigone (janvier-décembre 1888 et proche en octobre 1889) : Détente

 

En décembre 1887, une « triplice méditerranéenne » unit pour cinq ans, sous le signe du statu quo oriental, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie. Tout en renforçant sa Triple-Alliance, Bismarck se rapproche de l’Angleterre, au point d’offrir à Salisbury, en janvier 1889, une alliance dirigée contre la France où le calme est revenu (relève de Boulanger en mars 1888). Autre signe de temps heureux : A Paris, 1889 est l’année d’une brillante exposition universelle.

 

Opposition (avril 1891 – mars 1892) : La duplice franco-russe et la Weltpolitik

 

En 1891, des négociations amorcent un rapprochement franco-russe, la Russie ayant dénoncé l’année précédente le traité de contre assurance russo-allemand. Un accord de principe consacrant ce renversement d’alliance est conclu en août 1891 et la duplice franco-russe est signée en août 1892. Cet accord arrache le continent à l’hégémonie germanique et jette les bases d’un nouvel équilibre européen. Cette duplice – l’un des événements diplomatiques européens les plus considérables depuis 1871, opposition du cycle précédent – fait contrepoids à la Triple-Alliance née à la conjonction . Autre événement capital : venu au pouvoir à la conjonction précédente, Bismarck est renvoyé en mars 1890, laissant une Allemagne à l’apogée de son expansion économique et de son prestige politique. A sa politique européenne succède la Weltpolitik qui lance son pays sur les routes du monde, à la merci de tous les dangers.

 

Sesqui-carré (juin 1893 – mai 1894) 

 

L’année 1893 est dominée par une tension franco-anglaise au sujet des sphères d’influence au Siam.

 

Trigone (juin 1894 – mai 1895) : Essor des impérialismes

 

En Angleterre, les élections de juillet 1895 ouvrent une période d’expansion conquérante et d’orgueil impérial avec Joseph Chamberlain (prise de l’Afrique australe). L’empire des Tsars, où l’avènement de Nicolas II prélude à la politique intérieure de russification, affirme son expansion en Chine. En 1895, la Wilhelmstrasse prend contact avec la Russie pour intervenir en Extrême-Orient, et la convention de Pékin (novembre 1895) accorde l’Allemagne, la Russie, la France et le Japon sur le dos de la Chine. Après le partage de l’Afrique, celui de l’Asie s’esquisse.

 

Carré (juillet 1896 et proche en avril 1897) : Rivalités diverses

 

Nouveaux conflits en Orient. Guerre gréco-turque en avril 1897. En mars 1896, l’Italie s’attaque à l’Abyssinie et essuie la défaite d’Adoua ; le rêve d’un grand empire colonial italien s’évanouit. Le même mois, l’Angleterre se décide à la conquête du Soudan au moment où le capitaine français Marchand, quittant le Congo français en juillet suivant, a la mission de devancer les Anglais sur le haut Nil. Cette rivalité coloniale franco-anglaise conduira l’année suivante à l’affaire de Fachoda.

 

Sextil (octobre 1897 – août 1898) : Rapprochement anglo-allemand

 

1898 marque la première tentative de rapprochement anglo-allemand ; un accord est conclu en août 1898 au sujet des colonies portugaises. De son côté, l’anglophobie de la crise de Fachoda apporte une détente dans les relations franco-allemandes. Du reste, la détente est dans l’air : le 24 août 1898, la Russie invite les puissances européennes à une conférence internationale en vue de mettre un terme à la course aux armements.

 

Semi-carré (novembre 1898 – août 1899) : Les Boers et Fachoda

 

Elan pacifique vite tombé. Groupant vingt-six gouvernements, cette « première conférence de la paix », à La Haye de mai à juillet 1899, n’atteint pas le but pour lequel elle avait été convoquée. D’ailleurs, dès juin éclate l’affaire des Boers, qui conduira en octobre à la longue guerre du Transvaal. Le 27 novembre 1898, Marchand reçoit l’ordre d’évacuer Fachoda, ultime tension franco-britannique, une convention de mars 1899 marquant pour la France la perte de tout le bassin du Nil.

 

Conjonction (novembre 1901) : Déclin de l’hégémonie allemande

 

La révolte des Boxers, au printemps 1900, amène les troupes allemandes, françaises, russes et anglaises, à se battre côte à côte, l’Europe imposant à la Chine le protocole du 7 septembre 1901, neutralisant les intérêts contradictoire des participants.. Un acte néanmoins globalement européen vis-à-vis d’un pays d’un autre continent. L’Allemagne exerce toujours son hégémonie, mais la Triple-Alliance, née à la conjonction précédente, moins unie que naguère, connaît un fléchissement (difficultés internes de l’Autriche-Hongrie, accord secret franco-italien de décembre 1900, visite officielle d’une escadre italienne à Toulon en avril 1901).

 

PARTAGE ET CONQUETE DE L’AFRIQUE (1882 – 1902)

 

Tel est le titre même d’un chapitre de l’Histoire de l’Afrique de R. & M. Cornevin (Payot, 1964). Et c’est ainsi qu’il commence :

 

« Ce chapitre pourrait également être intitulé : « Les vingt ans qui ont fait l’Afrique d’aujourd’hui », car la nouvelle carte de l’Afrique qu’on pouvait dessiner dès 1902 était totalement différente de celle de 1882. Au lieu d’une frange côtière à peine occupée par les Européens sauf en Afrique du Sud et en Algérie, elle montrait la totalité du continent coloriée en taches de diverses couleurs représentant des possessions coloniales de huit puissances européennes : Angleterre, France, Allemagne, Portugal, Belgique (ou plutôt Léopold II), Italie, Turquie, Espagne, ces trois derniers n’occupant d’ailleurs qu’une surface restreinte. En 1902, trois pays d’Afrique seulement étaient encore indépendants : le Maroc, mais pour dix ans seulement, l’Ethiopie, mais après un « protectorat » italien théorique de sept années (1889-1896) et le Libéria. Cette carte est restée semblable à elle-même jusqu’à la Première Guerre mondiale où les quatre colonies allemandes (Togo, Cameroun, Sud-Ouest et Est africain) ont passé aux couleurs anglaises, françaises et belges. Elle n’a changé qu’à partir de 1956, année de l’indépendance du Soudan, de la Tunisie et du Maroc ; elle est aujourd’hui (1964) bariolée de nombreuses couleurs maintenant « africaines » pour trente-trois Etats indépendants, encore « européennes »  pour seize pays. »

 

Le branle de ce mouvement de colonisation est donné (conjonction) avec le protectorat français imposé à la Tunisie (12 mai 1881), qui entraîne l’installation « provisoire » des Anglais en Egypte (13 septembre 1982), France et Belgique répliquant par une « chasse gardée » sur le Congo. Ce qui ébranle les autres Etats, toute l’année 1883 étant faite de tractations diverses, et le 24 avril 1884, Bismarck plaçant d’autorité « sous la protection du Reich » la côte située entre la Counene et l’Orange. Ainsi en arrivons-nous au concert européen du Congrès de Berlin au temps du sextil que souligne un trigone Uranus-Neptune. La Conférence de Berlin réunit les délégués de quatorze nations du 15 novembre 1884 au 27 février 1885 et aboutit à la promulgation de l’Acte général de ce congrès. »Parade d’une piraterie gigantesque, grand jeu diplomatique d’un dépeçage en coupe réglée de cette immense Afrique – continent quinze fois plus étendu que le territoire total des six nations conquérantes – dépeuplée par trois siècles de traite atlantique et jugée terre vacante et sans maîtres. » Au lendemain du congrès, c’est le déferlement brutal des impérialismes coloniaux, ce scramble (mêlée) européen fondant sur ce continent, une grande ruée multiple vers son centre à partir  des zones côtières précédemment occupées, Anglais et Français s’adjugeant la plus grande part.

 

La conquête est achevée au tournant de l’opposition du cycle et les mêmes historiens donnent le ton de ce que fut son second versant : « C’est, en gros, après 1890 que les puissances coloniales ont installé des postes administratifs pour assurer l’occupation effective des territoires acquis par les « traités indigènes » signés par leurs explorateurs ou bien par les conventions inter-européennes signées en Europe. Cette période a été celle de l’écrasement des principaux mouvements de résistance africaine. »

 

 

CYCLE 1901 – 1921 :  LE REDRESSEMENT FRANCO-ANGLAIS

 

Conjonction (novembre 1901) : Antagonisme anglo-allemand

 

A cette conjonction, l’hégémonie allemande est incontestée. Guillaume II donne le ton ; le successeur de Bismarck, Bülow, chancelier en 1900, est l’arbitre de l’Europe. Mais un grand chanement s’effectue : la mort de la reine Victoria (21 janvier 1901) amène un roi francophile sur le trône d’Angleterre, Edouard VII. En France, Delcassé, au Quai d’Orsay depuis 1898, s’oriente vers un rapprochement avec l’Angleterre ainsi qu’avec l’Italie (accord complété en 1902). Une situation nouvelle se crée, dynamisée par l’entrée en conflit des impérialismes anglais et allemand (les ambitions maritimes du Kaiser …). On assiste à l’aube d’une transformation des alliances qui va progressivement faire graviter l’ordre européen autour de l’axe Londres-Paris. Les dernières tentatives d’entente anglo-allemande  ont lieu à partir de février 1901, mais elles s’évanouissent en octobre à propos de la guerre sud-africaine. A partir de ce tournant, la rivalité coloniale, maritime et économique entre les deux pays s’exaspère et va dominer l’histoire du monde.

 

Semi-carré (juin 1903 – février 1904) : Elimination de la Russie

 

En février 1904, le Japon et la Russie entrent en guerre : la défaite russe éclipse son influence en Europe.

 

Sextil (mai-juin 1904) : L’Entente cordiale

 

Un rapprochement franco-anglais s’engage à partir de la visite d’Edouard VII à Paris en mai 1903, et le 8 avril 1904 est signé un accord colonial qui constitue la base diplomatique de l’Entente cordiale, préliminaire à la prochaine Triple-Entente. L’Europe est déjà quelque peu libérée de l’hégémonie allemande

 

Carré (juillet 1905 – mai 1906) : La crise marocaine

 

A partir de mars 1905, l’Allemagne manifeste avec éclat sa volonté de s’opposer à l’installation de la France dans l’empire chérifien. C’est la crise marocaine qui bat son plein en juin-juillet et qui ne sera résolue qu’à l’acte d’Algésiras du 7 avril 1906. Outre ce climat de guerre, l’Allemagne s’efforce de contrebalancer l’axe Londres-Paris en tentant de détourner la Russie (traité de Björkö de juillet 1905, renié par le Tsar en novembre). Double échec allemand avec les concessions d’Algésiras et l’abandon du projet d’alliance continentale. A cette première tension des chancelleries européennes s’ajoute un conflit entre la Suède et la Norvège qui aboutit en juin 1905 au retrait du trône norvégien au roi de Suède Oscar II.

 

Trigone (septembre 1906 – août 1907) : La Triple-Entente

 

De nouvelles conversations s’engagent entre la France et l’Angleterre du 10au 31 janvier 1906, qui stabilisent l’Entente cordiale. En outre, un rapprochement anglo-russe s’amorce au cours de 1906 qui aboutit à une convention conclue le 31 août 1907. Ces conversations franco-anglaises et ces arrangements anglo-russes aboutissent à la formation d’un nouveau groupement de puissances. En Face de la Triple-Alliance, affaiblie par la politique de « contre-assurance » pratiquée par l’Italie depuis 1902, la Triple-Entente épanouit le nouvel ordre européen en cours.

 

Sesqui-carré (octobre 1907 – août 1908) : La crise bosniaque

 

En été 1908, le gouvernement de Vienne réveille les difficultés balkaniques et le 5 octobre 1908, le gouvernement austro-hongrois annexe la Bosnie-Herzégovine, ce qui provoque une crise européenne qui durera jusqu’en mars 1909.

 

Opposition (novembre 1910 – octobre 1911) : Agadir et la première guerre balkanique

 

En mars 1911 débute une nouvelle crise européenne avec le réveil de l’affaire marocaine, à la suite d’une rébellion dirigée contre le sultan. Elle se cristallise le 4 mai par l’intervention de troupes françaises à Fez. Pendant tout l’été 1911, l’Europe vit en état d’alerte, un navire de guerre allemand croisant devant Agadir depuis le 1er juillet et il faut une longue et laborieuse négociation pour aboutir à un accord le 4 novembre 1911. Tension qui donne le signal d’une prochaine prise d’armes. En outre, du 28 septembre 1911 au 3 décembre 1912 se déroule la première étape des guerres balkaniques, amorcée en Macédoine depuis 1910. . La paix qui en résulte ne donne que des résultats précaires. Les puissances centrales ne voient en elle qu’une trêve et la péninsule balkanique reste le champ clos où s’affrontent les rivalités des grands Etats. L’Europe est divisée en deux groupes opposés, la rivalité de la Triple-Alliance (renouvelée le 5 décembre 1912) et de la Triple-Entente (consolidée par une convention du 16 juillet 1912 et par un accord du 23 novembre suivant) étant plus nette que jamais, et la course aux armements prenant tout son essor. Cette opposition Jupiter-Saturne  compose avec l’opposition Uranus-Neptune en cours.

 

Sesqui-carré (mars-avril 1913) : La deuxième guerre balkanique

 

La crise balkanique s’étend de l’opposition au sesqui-carré, les guerres reprenant le 3 février 1913 et se terminant en août. Les grands Etats se préparent définitivement à la Grande Guerre : lois militaires votées en Allemagne le 3 juillet, lois des trois ans de service militaire en France, proposée en mars et promulguée en août, et réorganisation de l’armée russe fin 1913.

 

Trigone (mars 1914 – janvier 1915) : Résistance de la Triple-Entente

 

Le 5 septembre 1914, la Grande-Bretagne, la France et la Russie signent le pacte de Londres qui définit leurs engagements mutuels. Cette alliance fait bloc contre le formidable assaut des Empires centraux et résiste dans la tourmente.

 

Carré (mars 1916 – janvier 1917) : La défection russe

 

Ce front de la Triple-Entente se brise à l’épreuve. Depuis décembre 1916, la situation politique en Russie est critique. L’émeute du 8 mars 1917 à Petrograd provoque la chute du tsarisme, et si le gouvernement provisoire entend être fidèle à l’alliance, il est réduit à l’impuissance ; d’ailleurs, l’armée russe, gagnée par la propagande et les fraternisations, renonce au combat, en attendant d’être démobilisée à la révolution d’octobre. La carte de guerre est favorable aux puissances centrales tout au long de 1916 : conquête de la Roumanie et de larges territoires économiquement exploités, guerre sous-marine, culminant début 1917, mettant l’Angleterre à deux doigts de la capitulation. Joffre est éliminé en décembre 1916 du commandement des armées, et l’échec de la grande offensive Nivelle qui suit plonge les soldats du front dans la déprime, annonçant les mutineries du printemps 17.

 

Sextil (juin 1917 – avril 1918) : L’intervention des Etats-Unis

 

Les Etats-Unis entrent en guerre le 2 avril 1917, appoint nouveau qui compense la défection russe. C’est une situation décisive mais à longue portée : leurs renforts, qui donneront finalement raison aux deux puissances restantes de la Triple-Entente, n’agiront que progressivement dans la lutte, seulement en 1918.

 

Semi-carré (juillet 1918) : L’offensive allemande

 

Ludendorff, qui a provoqué le départ de Kuhlmann partisan d’une négociation, tente l’ultime essai pour arracher la victoire par les armes Au milieu de juin 1918, après trois victoires locales, le haut commandement allemand entend obtenir le succès final avant la fin de juillet. Pour l’Allemagne, les heures comptent avant le plein des renforts américains ; et pour les Alliés, c’est la redoutable bataille de la Marne qu’ils seront sur le point de perdre avant le ressaisissement décisif.

 

Conjonction (septembre 1921) : L’Europe de Versailles

 

La guerre gagnée et la paix laborieusement établie, les Alliés prennent la direction d’une Europe nouvelle. La suprématie germanique du commencement du cycle est complètement évacuée au profit de l’axe Londres-Paris qui va tenter de faire la loi sur notre continent.

 

 

CYCLE  1921-1941 :  L’ORDRE EUROPEEN DE VERSAILLES

 

Conjonction (septembre 1921) : Le nouveau statut européen

 

De juin 1919 à août 1920 sont conclus les différents traités de Versailles, Saint-Germain, Trianon, Neuilly et Sèvres. Cette organisation européenne, dont le centre est à la fois Londres et Paris, se complète de la formation d’un système d’alliances en Europe centrale, la Petite-Entente (1920-1922) gardienne de l’ordre établi. Née à la conjonction Jupiter-Neptune (janvier 1920), la Société des Nations (S.D.N.) se fait l’instrument de ce nouvel ordre européen, lequel évoluera néanmoins en contradiction avec les principes de Genève (semi-carré de la conjonction Jupiter-Saturne à Neptune).

 

Semi-carré (février-novembre 1924) : Le duel franco-anglais et la Ruhr

 

Les deux volontés constructives ne tardent pas à se heurter, la France désirant appliquer les traités et la Grande-Bretagne les réviser. La conférence interalliée de Paris en janvier 1923 rend déjà flagrant le désaccord. D’autre part, un duel franco-allemand s’engage : la commission des réparations relevant en janvier 1923 un manquement de l’Allemagne pour les livraisons de charbon, la France et la Belgique pénètrent dans la Ruhr avec une mission civile et 45.000 hommes. Occupation suivie de résistance passive, de lock-out, les nazis en herbe faisant une percée aux élections nationale de mai 1924.

 

Sextil (février-octobre 1925) : Locarno et le plan Dawes

 

En 1924, les conservateurs font place aux travaillistes en Angleterre et le Bloc national au Cartel des gauches en France : la collaboration franco-anglaise s’engage. La politique de coercition (la Ruhr) de la France fait place à une politique d’entente. Les relations franco-allemandes aboutissent le 6 octobre 1925 à la conférence de Locarno qui engage les grands Etats dans la voie de l’entente. Locarno ouvre une ère nouvelle où les nations, jadis ennemies, sont sur un pied d’égalité et tentent de vivre en paix. L’année 1924 a vu s’accomplir un redressement monétaire européen (réformes monétaires en Autriche, Hongrie et Pologne), suivi en 1925 du Gold Standard Act qui rétablit l’étalon or en Grande-Bretagne. L’ère meilleure du plan Dawes commence.

 

Carré (avril 1926 – février 1927) : L’Allemagne à la S.D.N. ; Thoiry

 

Le 8 septembre 1926, l’Allemagne entre à la S.D.N., mais elle vient à Genève pour changer les choses, alors que la France y est pour les maintenir. Malgré le duo Briand-Stresemann en l’honneur de la paix éternelle, la France renforce son armée et garde farouchement ses positions stratégiques, incapable de prendre position entre le locarnisme et le système de sécurité. Le même mois a lieu l’entrevue Briand-Stresemann à Thoiry ; le premier, critiqué, bat en retraite, et le second ne donne aucune suite à la rencontre. Aucun règlement n’est possible entre les deux pays. Au surplus, en contradiction avec la politique occidentale de la Petite Entente, l’Italie fasciste et la Hongrie signent un traité d’amitié en avril 1927.

 

Trigone (juin 1927 – avril 1928) : Le Pacte de Paris

 

L’esprit de Locarno revenant, les travaux de la conférence préparatoire au désarmement reprennent. Si bien même, que le 27 août 1928, les délégués de toutes les nations du monde signent à Paris le pacte Briand-Kellogg. La S.D.N. est à l’apogée de son prestige : la guerre est mise hors la loi et le statu quo du monde est maintenu. Symbole d’une politique de collaboration et de paix, ce pacte de renonciation à la guerre soulève une espérance mondiale sans précédent historique.

 

Opposition (juillet 1930 – juin 1931) : Evacuation de la Rhénanie, plan Young, moratoire Hoover, suspension des paiements. Le nazisme gagne l’Allemagne

 

La question des réparations de guerre auxquelles l’Allemagne est condamnée est soumise en 1929 à une révision pour aboutir au plan Young qui, déjà, diminue l’annuité exigible et limite sensiblement la dette de guerre allemande. Les garanties fournies par ce pays conduisent  à l’évacuation complète du territoire allemand : le 30 juin 1930, le dernier soldat français quitte celui-ci. La vie du plan Young est brève : devant l’effondrement financier allemand, le président américain Hoover prononce le 20 juin 1931 la suspension pour un an de tous les paiements intergouvernementaux. Les nazis s’approchent du pouvoir en Allemagne.

 

Dans les vingt années de cette Europe de Versailles, la coupure est faite, l’étape capitale franchie. Les dix premières années de la phase ascendante de ce cycle étaient consacrées à l’exécution des traités ; maintenant, c’est la fin de leur application. L’ère nouvelle qui commence pour s’étaler sur les dix années suivantes va se caractériser par l’abandon des réparations, l’échec du désarmement et le renversement progressif des forces européennes au profit de l’Allemagne.

 

Le moratoire Hoover arrivé à son terme, l’Allemagne refuse de reprendre les paiements et la conférence de Lausanne de 1932 doit annuler la dette des réparations, moyennant un paiement  qui ne sera d’ailleurs pas exécuté. L’édifice de la Petite Entente est aussi ébranlé par la conclusion en mars 1931 d’un projet d’union douanière austro-allemande, qu’annulera aussitôt le tribunal de La Haye. Et la crise économique déferle sur l’Europe.

 

Sesqui-carré (octobre 1932 – septembre 1933) : La venue d’Hitler et le réarmement allemand

 

La conférence du désarmement, qui s’ouvre en février 1932, s’éternise, sans résultat. Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933 et en octobre, l’Allemagne se retire de la S.D.N., s’engageant quelques mois plus tard sur la voie d’un réarmement illimité.

 

Trigone (octobre 1933 – septembre 1934 : Le front de Stresa

 

L’attitude allemande suscite un réflexe défensif de sécurité de la France, organisant un système d’alliances. Les accords de Rome de janvier 1935 sont suivis, en avril, de la conférence de Stresa, réunissant la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’U.R.S.S. et la Petite Entente, pour la répudiation de la politique allemande et la réaffirmation des obligations de Locarno.

 

Carré (novembre 1935 – septembre 1936) : De la guerre italo-éthiopienne à la réoccupation de la Rhénanie

 

Le 3 octobre 1935, l’Italie attaque l’Ethiopie, guerre qui bouleverse la diplomatie en brisant le front de Stresa, la politique des sanctions de l’O.N.U. détournant l’Italie du couple franco-britannique et aboutissant à la création de l’ »axe Rome-Berlin » (septembre-novembre 1936). Ce renversement diplomatique permet à Hitler de réoccuper la zône rhénane démilitarisée en mars 1936 : la pièce maîtresse du traité de Versailles est détruite et dans le duel franco-allemand, le rapport des forces est renversé.

 

 

 

Sextil (décembre 1937- mai 1938) : Munich et le rapprochement franco-britannique

 

Les accords de Munich (septembre 1938) ne sont qu’un simulacre et ne font que reculer l’échéance de la guerre, mais les agressions hitlériennes contre l’Autriche et la Tchécoslovaquie  engagent la France et l’Angleterre dans une entente de plus en plus étroite.

 

Semi-carré (mai à décembre 1938) : Les dernières crises avant la tempête

 

La Tchécoslovaquie, Memel, l’Albanie, la menace contre la Pologne …On est à la veille de l’épreuve de force, d’autant que l’axe Rome-Berlin devient en mai 1939 le Pacte d’acier.

 

Conjonction (août 1940 – février 1941) : Le « nouvel ordre européen ».

 

L’Europe est aux mains de l’Axe. Les victoires et conquêtes militaires amènent le IIIe Reich à contrôler le continent depuis la Russie jusqu’à l’Espagne et à étendre son influence directe sur les Balkans. A l’Europe franco-britannique de Versailles fait place le « nouvel ordre européen ».

 

 

CYCLE 1941-1961 : VERS UNE COMMUNAUTE EUROPEENNE.

 

Conjonction (août 1940 – février 1941) : Hitler et la Résistance

 

Cette conjonction qui se forme en triple conjonction avec Uranus, c’est la victoire du totalitarisme nazi qui s’abat sur l’Europe. De même qu’avec le carré (avec orbe) de Pluton à celle-ci  s’exprime une révolte sous-jacente : des mouvements de résistance s’organisent partout dans les territoires occupés par les armées allemandes, courant qui va finir par s’imposer, cette Résistance devenant la racine du nouveau cycle.

 

Semi-carré (novembre 1942 – août 1943) : Crises

 

 Stalingrad et la fin de Mussolini sonnent le glas de l’hitlérisme. Mais aussi, les forces liguées pour le détruire sont éprouvées. Le premier semestre 1943 est la période où les Anglo-Saxons et les Russes s’entendent le plus mal, et la Résistance française est au bord de la scission, le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942 provoquant le conflit de Gaulle-Giraud.

 

Sextil (novembre 1943 – septembre 1944) : La Libération.

 

A l’automne 1944, la plus grande partie de l’Europe est libérée de l’occupation allemande et les forces de la Résistance s’emparent du pouvoir dans chaque pays. Parallèlement se mettent en place les premiers éléments institutionnels de réorganisation internationale, enfantés sous la conjonction lors des rencontres Churchill-Roosevelt (Charte de l’Atlantique du 14 août 1941) et complétés par les conférences ultérieures (Dumbarton  Oaks, Yalta).

 

Carré (décembre 1945 – novembre 1946) : La division Est-Ouest

 

Les premiers conflits ouverts entre les Alliés surgissent au long de l’année 1946 avec les troubles de Grèce, d’Azerbaïdjan, les querelles au Conseil de sécurité et l’apparition de la guerre d’Indochine. La coupure des deux Europe de l’Ouest et de l’Est devient un fait définitif en mars 1947 avec la doctrine Truman, les alliés d’hier devenant des ennemis. Les mouvements de la Résistance entrent eux-même en crise, de Gaulle en France quittant le pouvoir en janvier 1946.

 

Trigone (janvier – décembre 1948) : Le Conseil de l’Europe

 

Le 17 mars 1948 est signé le Traité de Bruxelles entre la France, le Royaume-Uni et le Bénélux. Du 7 au 10 mai suivant se tient à La Haye le congrès d’un « Mouvement européen », avec Churchill, Blum, Spaak et de Gaspéri, qui propose de créer une union européenne, son comité de liaison en soutenant le projet aux membres du pacte de Bruxelles. Ainsi s’engage une négociation aboutissant à la création du « Conseil de l’Europe » le 28 janvier 1949, signé au quinconce le 5 mai suivant. Début de l’époque des « européens » : de Gasperi, Schuman, Adenauer.

 

Opposition (avril 1951 – février 1952) : La C.E.D. et la C.E.C.A

Le retour de l’Allemagne dans le concert européen pose des problèmes, sous l’aspect d’un conflit franco-allemand à l’admission de ce pays au Conseil de l’Europe avec la « Communauté européenne de Défense » (février 1951 àmai 1952), le réarmement qu’elle implique étant rejeté par la France. A ce mi-temps du cycle, un cap nouveau est néanmoins franchi avec la signature du traité de Paris (18 avril 1951) instituant la « Communauté européenne du charbon et de l’acier » (C.E.C.A.), première ébauche d’union européenne.

 

Trigone (juin 1954 – avril 1955) : L’Union de l’Europe Occidentale (U.E.O)

 

Une solution à cette intégration se dégage à la conférence de Londres de l’entrée d’octobre 1954, conduisant aux Accords de Paris du 23 octobre suivant : le pacte de Bruxelles élargi à l’Allemagne et à l’Italie devenant l’Union de l’Europe Occidentale (U.E.O.). Au surplus, les négociations européennes engagées à la conférence des Quatre de Berlin (février 1954) conduisent au traité d’Etat autrichien (15 mai 1955) et suscitent un nouvel « esprit de Genève ». Le 1er juin 1955 est conclu à Messine le projet d’un marché commun, un comité se chargeant d’en rédiger le rapport.

 

Carré (août 1955 – juin 1956) : La crise de Suez

 

Les espérances de la conférence de Genève s’évanouissent, la suivante de l’automne n’aboutissant à aucun résultat. Par contre, la nationalisation du canal de Suez en juillet 1956 par Nasser précipite la France et l’Angleterre dans une intervention militaire contre l’Egypte le 30 octobre, condamnée le 5 novembre par Moscou et Washington. Fiasco dévalorisant qui élimine l’influence européenne au Moyen-Orient.

 

Sextil (septembre 1957 – juin 1958) : La Communauté Economique Européenne (C.E.E.)

 

Le 25 mars 1957 sont signés à Rome les traités qui instituent le Marché commun et l’Euratom, contribuant à une unification économique. Il s’agit de la « Communauté économique européenne » (C.E.E.) à « six », devant entrer en vigueur le 1er janvier 1958.

 

 

CYCLE 1961-1981 : L’EUROPE DU MARCHE COMMUN

 

Conjonction (février 1961) : L’installation du Marché commun

 

Les institutions de ce traité de Rome sont mises en place à l’entrée de 1958 afin d’ouvrir le Marché commun à l’entrée de 1959. C’est à partir de cette date qu’entrent en vigueur les baisses douanières par tranches successives, en trois étapes allant de 1959 à 1963, soit autour de la conjonction. Ainsi est constituée l’union douanière de la communauté européenne (O.C.D.E..) C’est par cinq que vont se multiplier les échanges commerciaux intercommunautaires des six pays au long de la phase évolutive de ce cycle. Depuis novembre 1960, cette Europe des Six, quasi-définitivement constituée, entre en négociations pour l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun.

 

Semi-carré (mai 1963) : Premiers conflits

 

Le 14 janvier 1963, de Gaulle se prononce contre une prochaine adhésion des Britanniques à celui-ci et dès mai se produit une détérioration des relations franco-allemandes.

 

 

Sextil (avril 1964) : La fusion des communautés européennes

 

Du début de 1964 au début de 1965, évolution vers une unification économique conduisant à la fusion des exécutifs des trois institutions européennes : C.E.C.A., C.E.E. et EURATUM (traité du 8 avril 1965).

 

Carré (juillet 1965) : La crise agricole

 

Le 30 juin 1965, rupture à Bruxelles des négociations sur le financement du Marché commun agricole, crise la plus grave que la communauté ait eu à affronter. Le 1er juillet, la France gaulliste décide de boycotter le projet de la commission Hallstein d’institutions communautaires. Coup de frein, crise politique majeure étendue sur une année.

 

Trigone (septembre 1966 – juillet 1967) : Détente diplomatique et Marché commun agricole

 

De juillet à novembre 1966 a lieu un chassé-croisé de Gaulle à Moscou / Kossyguine à Paris qui contribue au dégel entre l’Est et l’Ouest, rapprochement inter-européen appelé à porter ses fruits à l’opposition. En outre, le 1er juillet 1967 est mis définitivement en place le Marché commun agricole.

 

Opposition (décembre 1969 – octobre 1971) : Renouvellement européen

 

Avec l’accompagnement d’une conjonction Jupiter-Neptune, la détente Est-Ouest amorcée au trigone aboutit à une réconciliation germano-soviétique (12 août 1970) suivie de l’accord sur Berlin entre les quatre Grands et les deux Allemagne (3 septembre et 11 décembre 1971). Le 30 juin 1970 débutent les négociations pour l’élargissement de la communauté à quatre autres pays. La Grande-Bretagne qui avait posé sa candidature sous la conjonction (9 août 1961) y fait son entrée en juin 1971 (intégration chargée de complexité, comme le fut celle de l’Allemagne à l’opposition précédente). Tandis que la conférence de La Haye de décembre 1969 marque le point de départ de la politique monétaire commune, voilà que le système monétaire plonge dans la crise de la « monnaie flottante » du dollar (15 août 1971), moment où, au surplus, notre continent se découvre une grande dépendance énergétique vis-à-vis du front nouveau des Etats producteurs du pétrole (O.P.E.P.). Egalement, les troupes américaines se retirent  du continent.

 

Trigone (février 1974 – janvier 1975) : La détente et le Conseil européen

 

Alors qu’au sesqui-carré de 1973 règne un climat de crise monétaire entre l’Europe et les U.S.A. (les « B-52 lâchés sur Bruxelles ») revient, en pleine offensive de crise pétrolière, l’entente euro-américaine à la conférence de Washington sur l’énergie (11-13 février 1974), confirmée à la conférence d’Ottawa (26 juin 1974). Sous l’élan du sommet de Copenhague (décembre 1973), la coopération politique (envisagée à la conférence de La Haye) est couronnée le 10 décembre 1974 au sommet de Paris par la création du « Conseil européen », avec charge de rédaction d’un rapport sur une union européenne. Rapprochement franco-allemand et confirmation en mars 1975 par un référendum du maintien de la Grande-Bretagne dans la Communauté.

 

Carré (mai 1975 – mars 1976) : Perturbations générales

 

La crise économique perturbe l’édifice des accords américano-européens et le bassin méditerranéen est secoué politiquement : affaire de Chypre, orage politique au Portugal avec le départ de Salazar, départ de Franco et crise espagnole, avance communiste en Italie et union socialo-communiste en France, qui l’emportera à la conjonction. Echec de la réunion du Conseil européen de Luxembourg (1-2 avril 1976) sur l’élection du parlement européen.

 

Sextil (mai 1977 – mars 1978) : L’ E. C. U.

Ressaisissement  de l’unité économique européenne conduisant à l’accord de Brême en juillet 1978. Pour remédier aux trop grandes fluctuations du « serpent monétaire » s’élabore un système monétaire européen (S. M. E.) entré en vigueur en mars 1979. C’est une monnaie européenne – l’Ecu – qui voit le jour. Et l’on s’achemine  vers le Parlement européen (semi-sextil).

 

CYCLE 1981-2000 : VERS UNE UNITE EUROPEENNE PLUS COMPLETE

 

Conjonction (décembre 1980 – juillet 1981) : Entre l’europessimisme et l’éveil d’un continent

 

Le retour à une source que constitue la conjonction pour un cycle est tantôt une véritable coupure du temps par le remodelage de la situation (comme en 1940-1941), tantôt simple recharge du cours de l’histoire en continuité (comme en 1961). L’élan vital du renouveau peut d’ailleurs être – dans un contexte perturbateur – plein d’ambivalence comme ici, ce qui permet difficilement de dégager le sens de l’histoire du nouveau cycle.

 

L’Europe de ce temps – du moins cela est clair – renouvelle son personnel politique avec l’arrivée surprise des socialistes au pouvoir en France et de nouvelles équipes en Allemagne et aux Pays-Bas. Depuis le second choc pétrolier de 1979, elle est plongée dans la seconde grande crise économique mondiale du siècle, avec plus de vingt millions de chômeurs (creux d’indice cyclique), tandis qu’une grave crise politique déstabilise la Pologne, qui tend la relation Est-Ouest. Le monde prend peur au point de redouter une troisième guerre mondiale. De là l’éclatement d’un mouvement de la paix (conjonction en Balance) sans précédent, qui fait défiler des millions d’individus dans toutes les capitales occidentales, au-dessus du ciel européen planant le danger représenté par le déploiement effrayant d’euromissiles SS-20 et de Pershing, de part et d’autre du rideau de fer. Au surplus, la Communauté s’affaiblit en s’élargissant, un moins accompagnant un plus. Les Six de la C.E.E. devenus Neuf depuis sept ans, deviennent Dix avec l’adhésion de la Grèce, avant de devenir Douze avec l’Espagne et le Portugal le 1er janvier 1986. Et cependant, ce n’en est pas moins en cette entrée de décennie que notre institution découvre ce qu’avait pressenti Hermann de Keyserling : « …ce qu’il y a de commun chez tous les Européens prend de plus en plus d’importance par rapport à ce qui les sépare, en face d’une humanité non européenne devenue dangereusement plus proche et bien supérieure en force matérielle ». Une prise de conscience devant un afflux de plus en plus envahissant d’étrangers d’autres continents. Mais on commence à voir émerger sur le nôtre la puissance économique d’un marché de 320 millions de consommateurs en élévation de niveau de vie.

 

Semi-carré (janvier 1984) : Coup d’arrêt

 

Après l’échec complet du 27e Conseil européen d’Athènes du 2 au 6 décembre 1983, veto britannique au rééquilibrage des ressources communautaires au Conseil européen de Bruxelles du 19 mars 1984.

 

Sextil (mai 1984) : L’élan vers Maastricht

 

Règlement de ce problème au Conseil de Fontainebleau du 26 juin 1984. Et au suivant des 3-4 décembre 1985 (le climat du sextil a dominé 1984 et l’on en sort à une dizaine de degrés d’orbe) à Luxembourg, l’accord des Dix converge sur une révision du traité de Rome pour établir, d’ici à la fin de 1992, un « espace économique sans frontières » (circulation libre des personnes, des marchandises et des capitaux). L’acte de ce grand marché intérieur sera signé au sommet européen de Bruxelles des 11-12 février 1986.

 

Carré (mars 1986 avec orbe de 3° en octobre) : Crise transatlantique

 

Outre  des disputes sur la négociation du GATT (règlements de participation au programme de la guerre des étoiles), détérioration des relations euro-américaines jusqu’à un état de guerre commerciale : ombre du protectionnisme, affaire du gazoduc, pénalisation des sociétés européennes.


 

 

Trigone (mai 1987 – mars 1988) : Essor

 

Le 13 juin 1987 à Luxembourg, les Douze décident de libérer complètement par anticipation les mouvements des capitaux au sein de la communauté, prévus pour 1990. Mesure qui dissipe radicalement « l’euro-pessimisme » et qui donne au Sommet des Sept de Toronto en juin 1988 une image nouvelle de la C.E.E., premier acheteur du monde.

 

Opposition (septembre 1989 – juillet 1990) : Le grand tournant de 1989

 

Figure extraite du Pronostic expérimental en Astrologie (Payot, 1973).

 

 

Cette opposition n’est pas comme les autres et est même tout à fait exceptionnelle parce qu’elle se juxtapose à une conjonction Uranus-Neptune. C’est bien pourquoi elle avait fait l’objet de ma part d’un enjeu prévisionnel sans précédent. Présentée ainsi dans Le Pronostic expérimental en astrologie, je l’ai reproduite à répétition au cours de diverses conférences internationales : en octobre 1983 à Stuttgart et à Capri, en mai 1984 à Madrid, en novembre 1985 à Rio de Janeiro, en mai 1987 à Zurich et en septembre 1988 à Vienne. Outre que je lui ai consacré un article et une note dans L’Astrologue n° 84 et 85

 

Il est aisé de comprendre que la présence de l’opposition Jupiter-Saturne au sein de cet ensemble est annonciatrice que l’Europe risque d’être alors le théâtre d’un bouleversement général de société.

 

Cette conclusion de ma communication (« Le destin de l’Europe ») du congrès de Stuttgart, je devais la répéter en des termes divers comme un leitmotiv à toutes mes autres conférences.

 

Le bouleversement qui se produisit devait naturellement relever de la triple conjonction Saturne-Uranus-Neptune et en particulier de l’opposition de Jupiter à la conjonction Saturne-Neptune. Plutôt que de suivre passivement une histoire déjà arrivée, rappelons ce que j’en disais avant que les événements nous aient surpris (« Orages sur 1989-1990 », n° 85, 1er trimeste 1989) :

 

Mais surtout, il faut retenir que Jupiter passera à l’opposition de la conjonction Saturne-Neptune dans cette même période de septembre 1989 à juillet 1990. (…) Cela pourrait signifier un temps d’extraversion de courants révolutionnaires jusqu’à l’éclatement, ce qui promettrait des débordements populaires, massives descentes de rue avec risque de renversements de pouvoir. On songe à la possibilité de coup d’éclat de ce genre pour des pays qui étouffent comme la Roumanie, des pays d’Europe de l’Est maintenus sous le carcan comme la Tchécoslovaquie

 

Revoir mon « Histoire d’une prévision » (n° 89) où je rapporte l’essentiel de ce qui s’est déroulé au cours de l’automne 1989. Je rappellerai seulement  que tout a commencé en septembre, comme une bourrasque qui se lève à la surprise de tous, avec un exode massif et croissant d’Allemands de l’Est à l’Ouest, ceux qui restent descendant dans la rue et défilant pour se faire entendre. Dès lors, la R.D.A. est dans l’œil du cyclone avec manifestations de rue hebdomadaires par demi-millions, à Leipzig, Dresde, Berlin-Est, jusqu’à ce que le régime craque. Eclatement qui éblouit le monde le 9 novembre quand la population force le mur de Berlin. ! Comme une avalanche, l’on assiste en novembre et décembre à l’effondrement en chaîne des régimes communistes d’Allemagne de l’Est, de Hongrie, de Tchécoslovaquie et de Roumanie. Outre qu’en janvier 1990 la Yougoslavie se décommunise, le P. C. lithuanien fait sécession et l’U.R.S.S. elle-même est l’objet de demandes internes d’autonomie !

 

Si le bouleversement radical de ce cap d’opposition s’est réalisé sous la pression insurrectionnelle du complexe Jupiter-Saturne-Neptune et a abouti à la disparition de la société communiste du bloc de l’Est, il a aussi provoqué l’événement majeur de l’Allemagne réunie. A ce propos, je renvoie le lecteur à « La réunification des deux Allemagne » (n° 90). Résumons-en l’explication : l’interférence par opposition et sextil évolutif des cycles Jupiter-Saturne et Saturne-Pluton (ce dernier se rapportant au devenir de la R.F.A. née à leur conjonction de 1947 et liée à ce cycle), phénomène impliqué dans le devenir commun germano-européen que représentait la triple conjonction Jupiter-Saturne-Pluton de 1981-1982.

 

Relevons d’ailleurs la prodigieuse symétrie du rythme du destin de l’Allemagne accordé à la répétition des successives oppositions Jupiter-Saturne. Ainsi, c’est à celle de 1851 que s’engage le débat de la réunification des Etats allemands, et à la suivante de 1871 que se fait l’unité allemande. A celle de 1891, la Pax germanica suscite le contrepoids de l’entente franco-russe qui aboutira à la Triple-Entente. A la suivante de 1911, le pangermanisme, face aux autres impérialismes, met aux Balkans le doigt dans l’engrenage de la Première guerre mondiale. A l’opposition de 1931, l’Allemagne vaincue se libère des chaînes du traité de Versailles, comme à la suivante de 1951, elle effectue sa réintégration européenne. A la précédente de 1971, le problème européen numéro un de Berlin était résolu et vînt en 1990 l’Allemagne réunifiée.

 

Intégrée cette fois au cycle Saturne-Uranus par une opposition commune, cette même configuration a partie liée avec une relance des pulsions nationalistes-impérialistes. Ainsi est apparue la guerre du Golfe (déclenchée sous la conjonction Soleil-Saturne de janvier 1991,  l’annexion du Koweit par l’Irak datant de la conjonction Soleil-Jupiter précédente), suivie de la guerre civile détruisant la Yougoslavie, Mars passant sur l’opposition quand le 25 juin 1991, Slovènes et Croates proclamèrent leur indépendance.

 

 

 

 

 

L’UNION  EUROPEENNE

 

Nous en arrivons ainsi aux accords de Maastricht, aboutissement  d’un projet d’union européenne. Regardez la configuration du vendredi 7 février 1992 lorsqu’ils ont été signés par la C. E.

 

Il est naturel qu’en premier lieu nous tombions sur une belle doriphorie qui rassemble sept astres sur une trentaine de degrés, la Lune en sortant (le plus bas indice cyclique de l’année). C’est, en effet, l’événement d’un renouveau capital, d’un recommencement historique. Il est également significatif d’y trouver une phase de notre cycle : un quinconce (septembre 1991 – août 1992), actualisé par les passages de Soleil et Mercure au pôle saturnien. Mais aussi, il est non moins intéressant d’observer que ce quinconce – en soi négligeable – est épaulé par trigone et semi-sextil en approche à la conjonction Uranus-Neptune, valorisée ici par les passages de Vénus et Mars. Ici donc, l’axe Jupiter-Saturne s’incorpore à cette grande conjonction qui manifeste en sa faveur tout son pouvoir rassembleur et unificateur, évoquant historiquement les ombres de Charlemagne et d’Otton le Grand . En août se reconstituait ce triangle du quinconce à la conjonction : ces accords de Maastricht  devaient être en quelque sorte consacrés par l’épreuve ultime d’une ratification populaire française le 20 septembre 1992 : sous une conjonction Soleil-Jupiter sortant du trigone à la grande conjonction.

 

 

ET MAINTENANT,  QUELLES PREVISIONS ?

 

Avant la prévision pour demain, que soit jugée celle d’hier. Mais, que d’abord soit rappelée ma lointaine approche du sujet. C’est une première que mon premier texte paru en juin 1947 dans le n° 17 de la revue « Destins », intitulé : « Les cycles Jupiter-Saturne : l’évolution de l’Europe » J’y présente cette inédite corrélation avec exposé de la série cyclique depuis 1821, et y aventure mes premières prévisions, en donnant le ton du trigone de 1948, de l’opposition de 1951-1952, jusqu’à une évocation de fin de siècle. Il n’est pas sans intérêt de présenter le final de ce texte qui remonte à quarante-cinq ans, évocateur de la construction européenne :

 

Il est peu probable que l’édifice nouveau prenne cours avant la conjonction de 1961 qui marque la naissance du nouveau cycle Jupiter-Saturne. Un nouvel ordre européen est sans doute appelé à évoluer dans le nouveau cycle de 1961 à 1981. Un autre lui succédera vraisemblablement au cycle suivant de 1981 à l’an 2000.

 

Quand on dispose d’une si explicite corrélation cyclique, il n’y a pas lieu de se priver d’un si précieux atout prévisionnel, car il est facile de poser des jalons, de fixer des repères de l’avenir, du moment qu’on se contente de définir un climat tendanciel, sans pouvoir préciser la nature des événements devant justifier le contenu de cette évolution de tendances.

Si le processus évolutif du cycle détient un sens de l’histoire évident, le bulletin de santé qu’on en peut tirer ne suffit pas à livrer le visage de chacune de nos étapes cycliques. Le meilleur exemple que j’en puisse donner est un échec personnel : mon erreur, double même, à propos de l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun.

 

Dans La Crise mondiale de 1965 (Albin Michel, 1963), j’ai consacré un chapitre à l’Europe où, après un embobinement historique, je débobine les étapes suivantes du cycle :

 

Maintenant, si l’on se contente d’une vision abstraite, il est facile de fixer l’itinéraire qui doit suivre : au sextil de 1964, le train Europe, arrêté dans son fonctionnement intérieur lors de la crise de Bruxelles (semi-carré), va se remettre en marche. Au carré de 1965, ce train arrive à une destination critique. Et il  faut attendre le trigone de 1966-1967 pour que ce train file à toute allure et satisfasse ses voyageurs … Un temps de pleine réalisation, un second de démolition et de révision, puis un troisième de plein essor, tel est bien le schéma évolutif auquel on a affaire.

 

La consultation historique ne dément pas cette triple évolution. Mais l’erreur m’attend aussitôt que je tente de dire comment celle-ci va se traduire dans les faits. Jugez :

 

Ce qu’on retient de la conjonction de 1961, c’est que la Communauté économique européenne prend son départ, encore « petite zone de libre-échange » mais qui tend à s’étendre avec la perspective d’une intégration de la Grande-Bretagne candidate, des Scandinaves … La crise du semi-carré a bien concerné, précisément, ce problème d’intégration. Dès lors, il est permis de considérer qu’avec le prochain sextil du printemps 1964, ce problème revient sur le tapis ; il en découle que le conflit est résolu, l’Angleterre entre dans le Marché commun, participation qui fonde l’unité de la grande Europe.(…) Cette hypothèse ne vaut toutefois que si cette intégration de l’Angleterre s’inscrit en ligne droite dans le devenir de cette Europe en formation, sans en dévier le cours naturel du départ, en l’enrichissant de son apport, comme un affluent qui ne modifie pas la direction du fleuve. Et si tel n’est pas le cas, il y a gros à parier que l’Angleterre fait son entrée dans la Communauté européenne sous le temps du carré du printemps et de l’été 1965. Mais alors, cette intégration est grosse de conséquences : elle déforme, transforme, remodèle, bouleverse en un mot toutes les données du Marché européen. (…) En somme, le même événement est situé par rapport à deux temps différents, suivant la signification que revêt cet événement, car c’est d’une « situation » dont il est question avant tout. (…) L’heure européenne de l’Angleterre sonnera-t-elle au premier aspect ou au second ? Peut-il y avoir encore admission de principe au premier et intégration de fait au second ? Autant d’hypothèses possibles …

 

Ce ne devait être ni l’une ni l’autre puisque ce fut à l’opposition suivante du cycle ; ce qui était bien plus significatif du « gros morceau » à intégrer, semblablement  aux incorporations des oppositions encadrantes de 1951 à 1990. Encore fallait-il détenir le « sens de l’histoire » permettant de le pressentir, ce qui m’a manifestement manqué.

 

Un tel retour en arrière est éclairant. C’est effectivement à deux niveaux d’information que se présente l’apport prévisionnel. Là où l’interprète n’encourt pas de risque (si du moins sa corrélation est fondée), c’est à s’en tenir au premier qui définit en fond tendanciel le maillon d’une chaîne, formule une situation en référence au stade d’évolution d’un circuit historique, sa valeur se situant en comparaison de l’étape qui précède et de celle qui suit. Grand devient pour lui le risque de tenter d’identifier le fait formel, l’événement lui-même, ce passage au second niveau étant semé d’embûches. C’est le saut périlleux de l’analogue à l’identique, du répétitif à l’unique.

 

Abordons maintenant la pratique prévisionnelle. Ce qui nous tombe immédiatement sous la main, c’est le défilé des prochains aspects de notre cycle.

 

Au 1er janvier 1993, jour d’ouverture de l’Union européenne, les deux astres s’approchent du trigone à 3° d’orbe. Voilà qui devrait contribuer à calmer l’appréhension d’impréparation à la situation nouvelle. Ce n’est guère là, toutefois, qu’une courte proximité, alors qu’en fait c’est sous le régime du sesqui-carré que nous sommes depuis septembre 1992 jusqu’en août 1993. A une semaine près, il était déjà là au référendum français : ce n’est seulement qu’à un point de pourcentage que le « oui » à Maastricht l’emportait, exprimant une grande fragilité de l’esprit européen, et cela, par ailleurs, dans un climat de grande tourmente spéculative désaxant les valeurs monétaires. Cet aspect mineur n’est pas anodin car il interfère en triangulation dissonante avec un carré Saturne-Pluton. Plus largement encore, cette triplice dissonante s’insère dans le contexte global d’un indice cyclique qui descend jusqu’en 1996-1997. Le monde entier est en pleine crise. Notre continent lui-même sinon en particulier ; sans doute en raison des efforts d’adaptation et des problèmes nouveaux qu’implique la mise en place de la nouvelle société européenne. Une tension germano-européenne n’est pas exclue du fait des rapports des deux cycles. Des scènes de ménage en perspective.

 

 

Nous passons ensuite au trigone qui s’installe d’octobre 1993 à août 1994. La crise de croissance de l’aspect précédent trouve sa solution et les institutions nouvelles de l’Union européenne commencent à porter leurs fuits ; c’est un certain épanouissement dans une certaine harmonie.

 

Fragile équilibre, toutefois, puisque le carré frôle sur tout le premier trimestre 1995, se forme en novembre mais refrôle en été 1996. On n’a pas fini de débattre de nos difficultés de cohabitation.

 

Arrive enfin la configuration salvatrice. L’année 1997, c’est tout à la fois la remontée de l’indice cyclique[1]et la triple conjonction Jupiter-Uranus-Neptune qu’il faut comprendre comme la jupitérisation des valeurs du nouveau cycle qui nous concerne, nous Européens. C’est ici que l’on peut situer le vrai et le grand démarrage de cette Union européenne. L’Europe est en marche. Nous serons là à un grand carrefour historique avec un renouvellement des valeurs politiques donnant un visage inédit à la société (Jupiter-Uranus-Neptune), de monumentales réalisations et prouesses technologiques (sextil Uranus-Pluton valorisé par Saturne et Jupiter), portées par un bond économique prodigieux (conjonction Jupiter-Uranus sextil à Saturne), l’Europe (sextil) en large intégration de nouvelles composantes nationales, participant activement à cette tranche de destin éclatant.

 

Lorsque le cycle Jupiter-Saturne se boucle le 28 mai 2000 à 22° du Taureau, sa conjonction bute par carré à Uranus et les deux astres passent ensuite en face de Pluton au printemps et en été 2001. Une configuration propre à évoquer une limite atteinte du pouvoir expansif de l’Union européenne, arrivée au seuil de son essor et basculant dans un rapport de forces auquel les U.S.A. pourraient être particulièrement sensibles (cycle Saturne-Uranus), dans le risque soit d’une crise inter-européenne à climat de divorce au sein de la communauté, soit d’une confrontation économique transatlantique sans précédent.

 

L’astrologie ne nous dit pas – sinon c’est nous qui n’avons pas les moyens de le lui faire dire – si ces soubresauts seront dommageables ou profitables à notre continent. Peut-être est-ce là la marge de liberté qui est impartie aux peuples ou allouée au destin des nations. Souhaitons-nous donc infiniment de sagesse.

 

L’Astrologue n° 100, 4e trimestre 1992.

 

NOTA. Je n’ai pas lieu d’être satisfait de ce travail prévisionnel. En revanche, le cap de cette grande conjonction de l’an 2000 en Taureau est éclatant avec la venue sur le continent, le 1er janvier 2001, de la monnaie unique européenne, l’EURO.

 
[1] La crise économique asiatique a fait vivre cette année comme creux de vague.

haut de page