Astrologie Individuelle
(Théorie)

Présentation Articles Publications Imagerie Liens

 

Sur l'étendue des maisons

 

Un fidèle lecteur d’Outre-Rhin et estimé confrère, Michael Zeder de Cologne, pose un problème particulier qui, pour sa compréhension, requiert de le citer intégralement

           

La règle veut qu’une planète située par exemple en maison XI, mais très proche de la cuspide de la XII, doit être considérée comme appartenant à celle-ci. Sur les détails, les opinions varient. Certains auteurs donnent un orbe de 5° ; Hand par exemple dit que cet orbe dépend de la taille de la maison dans laquelle se trouve la planète (il semble vouloir dire que la 6e part de la maison appartient à la prochaine), et Roscher prétend que cette règle vaut seulement si la planète et la cuspide se trouvent dans le même signe (on retrouve donc le sujet de votre article du n° 105 (« Les aspects dépendent-ils des signes ? »). Or, qu’en est-il vraiment ? Jusqu’à présent, j’ai toujours laissé un certain champ d’incertitude dans ces cas, non pas par conviction, mais parce que je ne sais pas faire autrement.

 

Que je comprends notre ami Allemand ! J’apprécie son « champ d’incertitude » et qui croit détenir de vraies lumières en la matière est un heureux … rêveur. Je pense que c’est une vie entière qu’il faudrait consacrer à la question pour prétendre approcher de quelque vérité.

 

Aussitôt l’on bute à deux problèmes majeurs : 1) la précision de l’heure de naissance qui laisse à désirer, nos thèmes étant généralement approximatifs, à quelques minutes près quand ce n’est pas bien plus, tandis que nos pointes des maisons sont cavaleuses. 2) La pluralité des domifications avec des différences qui sont sensibles de l’une à l’autre pour les cuspides des maisons intermédiaires. Ce sont déjà ces deux handicaps qu’il faut mettre entre parenthèses.

 

Et sur le terrain même du sujet, une question essentielle se pose : faut-il privilégier cette cuspide qui détiendrait les vertus attribuées à la maison, ou respecter l’étymologie de « maison » qui implique la notion d’une étendue, d’un espace, d’une surface intérieure, ne se limitant pas à une porte d’entrée à laquelle s’assimile la cuspide ? Dans ce dernier cas, il n’y aurait nullement lieu d’étendre ses significations au-delà de ses limites. Mais il est vrai que la présence d’une planète se manifeste avec un effet d’orbe et il n’y  pas de raison connue que cet effet ne s’exerce pas en la circonstance. Ce qui justifie la curiosité de Michael Zeder.

 

Mais pour y voir clair, il faut observer ce que disent les thèmes, eux seuls ayant droit à la parole ; or, il faut en explorer suffisamment pour que l’exemple ait force de justification. Tout ce que je puis ici, puisant dans des thèmes de souverains dont on peut supposer les précisions horaires plus convaincantes, c’est  présenter quelques cas d’exemples à traiter.

 

Frédéric II de Prusse  (Berlin, 24/01/1712, 11 h 15 m, Troinski) a Mars à 12° du Verseau, sur la cuspide de XI à 11° du signe. Cas très simple d’une double action, l’astre étant à la fois conjoint au Soleil en X (les éclats guerriers de son règne) et à Mercure en XI (son culte de l’amitié, ses amitiés européennes passionnées et orageuses).

 

Marie-Antoinette (Vienne, 02/11/1755, 19 h 30 m, chronique familiale) a Mars à 16° du Cancer en I et la pointe de II est à 20° du signe. Quand on sait que cette reine se livrait à de folles dépenses et que ses dispendieuses acquisitions (pseudo comprise avec la scandaleuse affaire du collier) ont nui plus que tout à sa popularité (carré à la Lune) et contribué à son sort final (opposition à Saturne du Capricorne en VIII), nul doute que la connexion Mars-II soit à prendre en considération.

 

Napoléon III (Paris, 20/04/1808, 1 h , acte officiel) présente une Xe maison entre 15° du Scorpion et 6° du Sagittaire (exactement comme son fils), qu’occupent Saturne à 20° du Scorpion et Neptune à 4°du Sagittaire. La présence saturnienne près du Milieu du ciel peut déjà suffire à  rendre compte de son élévation et de sa chute. On peut aussi faire état de l’évolution du Second Empire qui connut une première période totalitaire, suivie d’une seconde période dite d’empire libéral. Voilà pour le Neptune en X. Ce qui n’empêche pas que les relations amicales de l’empereur ont toujours été jugées brumeuses, floues, l’homme demeurant assez insaisissable pour ses meilleurs amis (le Sagittaire occupe la XI en entier).

 

Léopold II de Belgique (Bruxelles, 09/04/1835, 22 h 15 m, e.c.) a Saturne à 20° de la Balance, juste sur la pointe de XI, en opposition du Soleil à 19° du Bélier, à 1° de la pointe de V. On peut y lire son climat paternel : le décès de son fils unique, puis de son neveu adopté comme son fils, dont il avait fait son héritier ; plus la brouille avec ses deux filles qu’il a plus ou moins reniées. On voit mal une répercussion négative de Saturne sur la X chez ce roi prodigieux qui fait de la Belgique un grand Etat colonialiste et économique. On peut invoquer, certes, sa vie amoureuse quelque peu scandaleuse, qui a nui à son prestige royal, mais il ne devait pas beaucoup en souffrir, outre que sa conjonction Vénus-Uranus dissonée suffit à justifier cette situation.

 

La tsarine Alexandra, épouse de Nicolas II (Darmstadt, 06/06/1872, 3 h ¾, e.c.) présente Saturne à 20° du Capricorne, juste sur la pointe de IX , la VIII étant entre 2° et 20° du Capricorne. Il va de soi que c’est la VIII qui est concernée avec la mort tragique qu’elle a subi avec toute sa famille. On pourrait aussi invoquer, relevant de la IX, sa sottise spirituelle (Raspoutine …), mais son enténèbrement s’explique déjà suffisamment avec une éclipse de Soleil sur son Ascendant.

 

Albert 1er de Belgique (Bruxelles, 08/04/1875, 16 h 50 m, e.c.) a le Soleil à 18° du Bélier contre la pointe de VIII à 23° du signe. Dans la mesure où Mars est en Sagittaire en III, formant trois dissonances, ce Soleil ne rend-il pas compte de l’éclat provoqué par sa mort accidentelle, le crane fracassé au pied d’une falaise au bord de la Meuse ? Je ne connais pas assez sa vie de couple pour témoigner de la présence en VII.

 

Alphonse XIII d’Espagne (Madrid, 17/05/1886, 12 h 30, documents biographiques) a Saturne à 6° du Cancer en fin de X, la pointe de XI étant à 9° du même signe. Certes, Pluton fait une double conjonction au MC et au Soleil, ce qui peut suffire à justifier un renoncement au trône. Mais il faut convenir que l’apport saturnien sur la X ne s’accorde que mieux avec ce roi qui finit sa vie en exil. Je ne connais pas assez sa vie amicale pour juger d’une corrélation avec la XI.

 

Léopold III de Belgique (Bruxelles, 03/11/1901, 15 h 05 m, e.c.) a une conjonction Mars-Uranus à 14-15° du Sagittaire sur la pointe de IX, à l’opposition de Pluton en III, laquelle conjonction frappe Vénus maîtresse de VII à 25° du Sagittaire. N’y a-t-il pas là un condensé VIII-IX pouvant rejoindre le tragique accident d’auto en Suisse, qui coûta la vie à la reine Astrid ?

 

Constantin II de Grèce (Palais de Psychico, près d’Athènes, 02/06/1940, 17 h 45 m, pièce ministérielle)  a Neptune à 22° de la Vierge, près de la pointe de XI à 26°, le signe étant presque en totalité contenu en X. Ce Neptune de X au sextil de l’Ascendant, n’est-ce pas essentiellement la médaille d’or nautique remportée par ce roi aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 ? Je ne connais pas assez sa vie amicale pour juger de la XI.

 

On le voit, cette douzaine d’exemples n’est nullement en mesure d’apporter les éclaircissements que Michael Zeder attendait. J’ai seulement voulu montrer comment s’y prendre pour parvenir à des conclusions significatives. En fait, en bien des domaines, le « champ astrologique » demeure encore un « champ d’incertitude ». Bien sûr, on peut toujours y aller de son petit couplet théorique ; il n’est pas mauvais, après tout, de se donner quelques principes. Mais le dernier mot doit revenir à ce que nos observations nous enseignent, sachant pourtant qu’il faut bien connaître l’existence de la personne étudiée, et qu’on n’échappe pas aux jugements personnels, c’est-à-dire à des interprétations différentes. Mais, qui vous a dit que l’astrologie, c’était si facile que cela ?

 

L’ASTROLOGUE  n° 107, été 1994.

haut de page