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Les fondateurs de l'Astronomie moderne

 

Sur le long trajet historique de l’acquisition du savoir moderne, jalonné de farandoles d’ombres projetées par les astres sur les murs de la caverne de Platon, se présente un tournant ultime : il s’agit du cap décisif où la pensée universelle s’est emparée d’une réalité essentielle du monde.

 

C’est ainsi, en effet, que peut être considéré le passage de la vision aristotélicienne-ptoléméenne du cosmos à son édification newtonienne, physicienne : métamorphose radicale au cours de laquelle l’homo sapiens a trouvé sa place dans l’espace en se donnant une nouvelle vision de l’Homme sur la Terre.

 

Ce haut plateau de la conquête de la connaissance de l’univers est compris dans une tranche de temps traversée par six générations où se succèdent Copernic, Tycho-Brahé, Kepler, Galilée et Newton. Ce qui tombe sur un découpage cyclique significatif : le premier est né à 5 ans de la conjonction Uranus-Neptune de 1478 et le dernier à 6 ans de la suivante de 1649, tandis qu’au mi-temps de leur opposition de 1563 se logent les naissances de Kepler et de Galilée. On peut même accompagner ce parcours cyclique d’une révolution zodiacale de Neptune allant du Bélier aux Poissons, ponctuée au départ par la parution des Révolutions de Copernic (1543) et à l’arrivée par celle des Principes de Newton (1687).

 

En une telle matière se saisit une opportunité exceptionnelle : les données de naissance de ces lointains fondateurs de l’astronomie moderne nous sont à peu près connues ! Ce serait une indignité que de ne pas profiter de ces précieuses ressources. Plus que jamais avec ces personnages, faisons-nous chasseurs de corrélations, cuisiniers de configurations, butinant en épicuriens curieux les astralités du monde à travers la grandiose histoire qu’ils ont vécue. Surtout que – on entendra parler du Soleil – les corps célestes y seront présents à la fois comme signifiants et signifiés, l’objet état en même temps le sujet : un tête-à-tête direct du semblable entre microcosme et macrocosme.

 


Le roi Soleil entouré de ses fils planétaires, 1676

 

NICOLAS  COPERNIC

 

C’est dans l’éclat de la célébration du cinq-centième anniversaire de la naissance de Copernic, dernier de quatre enfants d’une famille modeste, que l’on s’est remémoré l’instant natal du célèbre astronome. Evénement qui fut même illustré au numéro d’avril 1973 du Courrier de l’Unesco par le témoignage d’un ancien thème le concernant ; lequel a été reproduit par Paul Colombet dans son article du n° 23 de L’Astrologue (3e trimestre 1973).

 

Il y était rappelé que Copernic était né le 19 février 1473 à 16 h 48 à Torum (Thorn en allemand) sur la Vistule en Pologne. Heure inscrite à l’intérieur du carré central du thème dessiné à l’ancienne , figure horoscopique établie en Allemagne peu de temps avant sa mort. Mais la pièce au Milieu du ciel à 23° des Gémeaux fait penser à un thème rectifié. En effet, la même donnée horaire, 16 h 48, est répétée dans le milieu astrologique de l’époque : par Paul Eber, ami de Mélanchton (Calendarium Astronomicum, 1571) ; par Kaspar Pencer, gendre de Mélanchton, en rapport étroit avec Rhéticus, collaborateur de Copernic ; par Michel Maestlin, maître de Kepler ; y-compris par Jean-Baptiste Riccioli, le jésuite anti-copernicien. Et Junctin a relayé la même version dans son Speculum Astrologiae. Naturellement, la minute n’est pas à prendre au pied du chiffre, compte-tenu des moyens chronométriques de l’époque …

 

Avec recul, le temps de cette naissance est celui d’un grand carrefour planétaire : la sortie de Jupiter d’une conjonction Uranus-Neptune en formation. Quand s’opère l’accouchement, c’est ce trio qui passe au Fond du ciel et que la Lune vient de traverser.

 

Il y a là comme une forte charge tellurique qui fait primer en l’être ce qui se passe au plus profond de sa nuit intérieure, siège d’une puissante marée d’inconscient collectif, dont le contenu de renouvellement, de révolution spirituelle, relève du couple Uranus-Neptune sortant du Fond du ciel. Le creuset de cette grande conjonction qui va se produire en 1479 à 29° du Scorpion est celui d’une génération qui va commencer à ruiner le système cosmologique existant, assis sur l’autorité d’une haute tradition et reposant sur le bon sens commun : notre Terre immobile au centre de l’univers. Remise en question radicale de la vision du monde, détrônant de sa position centrale un globe terrestre pivotant sur lui-même en même temps que tournant autour du Soleil !

 

Si les racines de la génération à laquelle Copernic appartient  sont en lui un soubassement aussi important, au point de le privilégier jusqu’à le missionner en devenant la souche de cette révolution cosmologique, c’est que cette conjonction du Scorpion sort du Fond du ciel en même qu’elle est au trigone du Soleil qui se couche, et que ces deux planètes sont maîtresses du trio Mars-Soleil-Mercure en Verseau-Poissons. On peut comprendre qu’il ait pu donner le branle au départ de l’héliocentrisme. Et, nous le savons déjà, Neptune est en Bélier lorsque paraît en 1543 son livre De Revolutionibus Orbium Coelestium, conduisant à la création de l’astronomie moderne.

 

Les temps sont à la révision des valeurs établies. Si Copernic est de 1473, Christophe Colomb est né une vingtaine d’années plus tôt et Martin Luther, lui, de 1483, a également la grande conjonction au Fond du ciel et entourée du Soleil et de Mercure. L’un pose le pied sur le nouveau monde et l’autre remet en question la foi religieuse en se donnant la liberté d’une lecture directe de la Bible. On en est vraiment à un nouveau décryptage du monde.

 

Mais qui est l’homme Copernic ? Un intrépide et glorieux héros révolutionnaire de la science ? Qu’on est loin du compte …

 

Son thème dégage une épine dorsale avec l’axe d’un trigone angulaire : celui que fait le Soleil des Poissons au Descendant avec Uranus et Neptune du Scorpion, cette dernière planète étant près du Fond du ciel, sa position proche de l’axe des nœuds pouvant amplifier sa résonance. Nul doute en tout cas que prime le registre Neptune-Poissons.

 

C’est d’ailleurs sur cet axe fondateur que vient s’aligner le couple des luminaires de l’unique disciple de Copernic, grâce auquel celui-ci put enfin accoucher de son œuvre. Il s’agit de Georg Joachim Rhéticus, né à Feldkirchen dans le Tirol, le 15 février 1514 (dictionnaires biographiques), avec un Soleil à 6° des Poissons et une Lune superposée à son Neptune. Indice supplémentaire : Saturne à 25° du Scorpion se juxtapose à la conjonction Uranus-Neptune ; la semence Copernic se met à pousser sur le terrain d’une génération mûre et l’on verra cet indice réapparaître chez Kepler. Avec au surplus Uranus en Bélier, Rhéticus se fait le détonateur d’une révolution qu’il tend à faire éclater au grand jour. Tout en « neptunité », quant à lui, par ce qu’il ressent sous ses semelles, son maître est de l’espèce des « somnambules » que se plait à évoquer Arthur Koestler : état étrange d’un être inspiré, possédé par une obscure puissance intérieure, propulsé vers un ailleurs, comme hanté par l’appel d’un grand inconnu, le visionnaire petit chanoine apparaissant en sourdine comme une ombre gigantesque projetée sur le devenir de l’astronomie.

 

 

 

Cette signature s’incorpore à la toile de fond d’une figure quasi en croix qui instaure le règne des signes doubles. Quadruplice où le Soleil des Poissons fait face à l’Ascendant avec Pluton en Vierge, axe qui s’entrecroise avec la conjonction Lune-Jupiter du Sagittaire en bas et Saturne des Gémeaux en haut. Cette dissonance générale assombrit l’être qui tend à se vivre parcellisé, tissé de contradictions, se débattant dans le doute, l’incertitude, l’ambiguïté, l’obscurité ; bref, c’est un inquiet, ténébreux et enténébré.

 

Quel contraste en lui, déjà, que sa dialectique Vierge-Poissons, en valeurs de petitesse et de grandeur, de réduction et dilatation ! D’une part, un style de saturnien virginisé : un chanoine timide, craintif, quasi-insignifiant, petit bonhomme aux épaules tombantes devenu un frêle vieillard, effacé, terne, méfiant, que l’on sent morose et las. Mais qui, d’autre part, sur le versant jupitérisé des Poissons, n’en est pas moins, tel Atlas portant le monde, habité par une vaste vision de l’univers. D’un côté, une petite vie bien rangée, tranquille, sans histoire un chanoine à la cathédrale de Frauenberg qu’on dépeint méthodique, méticuleux, économe sinon pingre, sans fréquentation, hormis un ami chanoine. De l’autre, où Mercure maître d’Ascendant en Poissons a aussi sa part, l’homme de la pensée, enivré d’évasion, dont la méditation est lancée dans un vertige cosmique.

 

Une peinture sur bois, appartenant à l’Observatoire de Paris, qui le représente vers l’âge de 35 ans, rend surtout le flou d’un être songeur au regard lointain, présence évasive, impression presque morne. Il y a manifestement du sphinx insaisissable en ce personnage aux signes doubles, en climat neptuno-saturnien Eau-Terre.

 

 

A ce portrait répond la grisaille d’un être tissé de ses états divergents qui se neutralisent et comme laissé en suspens dans l’incertitude et l’irrésolution, ne sachant pas vraiment ce qu’il est. Est-il originellement Polonais ou Allemand ? La question a été débattue et il serait en partie l’un, en partie l’autre. De même, ce contemporain de Christophe Colomb est à la charnière du Moyen-âge et de la Renaissance, avec un pied dans l’un en tant qu’il s’attarde à l’aristotélisme, et un pied dans l’autre en avançant la réforme de l’édifice cosmologique. De même qu’il est un chanoine qui n’a jamais été prêtre et qu’il exerce la médecine pour ses proches sans diplôme véritable. Outre que l’ambiguïté est au cœur de son œuvre. On estime que sa motivation première n’a pas été de réformer mais seulement de restaurer le système de Ptolémée, pour le rendre plus conforme aux principes aristotéliciens, et c’est en souhaitant le préserver qu’il en est venu à le renverser. Mais c’est un retour au passé que sa tentative de conformer le système héliocentrique à la physique d’Aristote, ce qui le conduit à besogner sur un bataclan d’épicycles et de déférents. C’est finalement une œuvre inachevée dont il ne fait d’ailleurs qu’entrouvrir la voie vers l’héliocentrisme.

 

En fait, cet audacieux timoré prend déjà racine chez le petit garçon de dix ans affecté par le décès de son père (Saturne en X) mais avantageusement sauvé par son oncle, l’évêque Lucas, qui le prend sous sa protection (conjonction Lune-Jupiter en IV). Une contradiction supplémentaire.

 

Le prélat impérieux décide d’introduire son neveu, ce jeune garçon pâle qui ne sait que faire, dans le giron de l’Eglise. Une ordination mineure à vingt-quatre ans (retour jupitérien de la IV) lui vaut d’être nommé chanoine à la cathédrale de Frauenburg. Autre marginalité : sans jamais entrer dans les ordres ; outre que ce n’est que quinze ans plus tard, à quarante ans, que cet être évasif prend tranquillement ses fonctions qui lui assurent sa subsistance.

 

De  vingt-deux à trente-deux ans se place un long séjour en Italie. Aux universités de Bologne et de Padoue, il apprend un peu de tout, se donnant en particulier une formation médicale, à quoi peut aspirer son axe Vierge-Poissons. A trente-trois ans, docteur en droit canon, il rentre en Prusse et passe six ans chez son oncle où il fait le médecin et le diplomate. Il est en quelque sorte en congé indéterminé, jusqu’au décès de l’oncle en 1512. Finie l’esquive : il prend ses fonctions de chanoine.

 

L’astronomie : pendant longtemps, elle ne l’intéresse qu’à ses moments perdus. A Frauenburg, il se fait bâtir devant sa petite maison une tour d’observation. Mais Copernic est un introverti tourné vers l’abstraction, un mathématicus des cieux davantage fait pour regarder les astres avec les yeux de l’esprit. A peine d’ailleurs dénomme-t-il sa tour un observatoire et ses instruments sont fort rudimentaires. Sa vie durant, c’est tout juste s’il fait quelques dizaines d’observations et on n’en relève que vingt-sept étalées sur trente-deux ans dans son ouvrage ; il s’était aveuglément fié à celles de ses prédécesseurs, en dépit du risque d’erreur de copistes.

 

Plutôt que d’observer les astres, Copernic préfère se pencher sur les œuvres des anciens astronomes. Son royaume de l’esprit est livresque, et ici nous pointons son Saturne des Gémeaux en X, troisième signe en écho à sa conjonction Uranus-Neptune en III ; avec également une résonance de la Lune en IV. Son véritable univers est le passé, l’histoire du sujet, d’où son penchant pour les œuvres anciennes :

 

Je pris donc la peine de relire tous les livres des philosophes que je pus trouver pour voir si quelque auteur n’avait pensé qu’il existât des mouvements des corps célestes autres que les suppositions de ceux qui enseignaient les mathématiques dans les écoles.

 

C’est ainsi qu’en lisant Cicéron et Plutarque, il apprend que Philolaos ( - Ve av. J.-C.), Héraclite, ainsi que Aristarque de Samos, avaient admis le mouvement de la Terre, et ce sont leurs arguments ensevelis depuis deux millénaires qu’il ressuscite. La grande conjonction du Scorpion au Fond du ciel est à l’œuvre.

 

L’idée était dans l’air. Un siècle plus tôt, Nicola de Cusa l’avait déjà remise à l’honneur, ainsi que Régiomontanus, intéressé au système d’Aristarque. Elle avait ses partisans en Italie aussi, où il avait baigné dans un climat de renouveau pythagoricien. Néanmoins, le mérite particulier de Copernic est de s’être entièrement consacré au sujet en produisant une œuvre cristallisatrice.

 

« Quand il rencontra l’univers héliocentrique selon Aristarque, il s’y accrocha et ne le lâcha plus. Pendant trente-six ans, d’après son propre témoignage, il pressa anxieusement sur son cœur cette théorie, et ne consentit, après bien des hésitations, à en divulguer le secret qu’au seuil de la mort. » (Arthur Koestler).

 

Ainsi en venons-nous à la pièce maîtresse de son thème : l’astre solaire situé au lieu le plus approprié de la domification.

 

Le Soleil au Descendant, n’est-ce pas l’endroit idéal pour que l’astre solaire soit l’objet essentiel de sa vie ? En effet, l’Ascendant est signifiant du Moi en tant qu’instance d’ »être pour soi » : ce qui est senti en nous de l’intérieur, à travers un sentiment de sa personne par une présence à soi-même. Du même coup, à la valeur de sujet de l’Ascendant répond en face la valeur d’objet du Descendant (objectum, ce qui est jeté devant ; objacet, ce qui se présente en face de moi, hors de moi, distinct de moi, ce que je ne puis voir qu’en m’en séparant). Manifestement, le Soleil devient pour l’astronome Copernic le point de focalisation de tous ses affects, le « personnage » du cosmos qu’il sacralise en lui restituant sa souveraine position au cœur de la ronde des planètes.

 


Le système de Copernic tel que celui-ci l’a présenté dans son ouvrage de 1543.

 

On ne peut s’empêcher de voir une antinomie radicale dans l’opposition des extrêmes de ce Soleil à Pluton en I : face au corps glorieux du grand luminaire se présente comme une mortification de l’homme détrôné, l’humaine condition étant déchue. Et Copernic aurait pu avoir ressenti cette dissonance en angoisse existentielle, sa fin de vie étant un peu celle d’un homme aigri et tourmenté.

 

Dans ses Etudes d’histoire de la pensée scientifique, Alexandre Koyré livre la gestation de l’inspiration apollinienne du chanoine : « Copernic est arrivé à sa conception pour des raisons d’esthétique ou de métaphysique, pour des considérations d’harmonie. Le soleil étant la source de la lumière et la lumière étant ce qu’il y a de plus beau et de meilleur dans le monde, il lui semblait conforme à la raison qu’il gouverne le monde et que ce luminaire soit placé au centre de l’univers qu’il est chargé d’éclairer. » Et de tracer l’impressionnante empreinte de ce foyer lumineux : « Les vieilles traditions, la tradition de la Métaphysique de la Lumière (…), réminiscence platonicienne et renaissance néo-platonicienne et néo-pythagoricienne (le Soleil visible représentant le soleil invisible, le soleil maître et roi du monde visible et donc un symbole de Dieu, conception dont Marsilo Ficino nous donne, dans son hymne au soleil, une expression si parfaite) peuvent seules expliquer l’émotion avec laquelle Copernic parle du Soleil. Il l’adore et presque le divinise. Ceux qui, comme Digby et Kepler et bien d’autres encore, ont associé l’astronomie copernicienne à une sorte d’héliolâtrie en la liant d’ailleurs au christianisme, n’étaient nullement infidèles à l’inspiration du grand penseur polonais. » (R.A.).

 

Le mystique n’en est pas moins trahi par le copernicien aristotélicien lorsque celui-ci élève autour de l’astre central les orbes qui portent les planètes, enchâssées en eux comme des joyaux sertis dans leur monture, tout cela matériellement suspendu dans le ciel avec quarante-huit épicycles ! On est encore loin de notre pur système solaire. On a estimé que cette pâtisserie céleste avait pu, par son baroque, ébranler sa foi novatrice. Peu importe la raison : avec son face-à-face Soleil-Pluton, l’homme ne pouvait qu’être écartelé entre le créateur et le négateur, à mi-chemin de la lumière et des ténèbres.

 

Son ami, l’évêque Giese, met quinze ans à le persuader de publier ses vues rénovatrices, mais, malgré cet encouragement, c’est laborieusement qu’il se contente d’un minimum en faisant d’abord circuler en sous-main peu d’exemplaires d’un manuscrit, une première ébauche de son système : le Commentariolus (1510-1514). C’est de la sorte, à la manière Neptune-Poissons, que l’idée copernicienne se répand comme une rumeur, « par évaporation en quelque sorte, ou par osmose » (A. Koestler). Cet homme refuse de se dévoiler, demeure mystérieux et sa réputation repose sur des on-dit plus que sur des preuves dont nul ne connaît le contenu précis. Le chanoine n’a pourtant nulle crainte religieuse ; dans l’ entourage du pape Léon X, on accueille ses idées avec faveur et un cardinal proche de celui-ci l’engage de façon pressante à communiquer ses vues nouvelles au monde savant. Mais, en dépit de ces incitations, Copernic hésite encore des années avant de faire imprimer son livre.

 

Et lorsque parut la première version du système de Copernic, « ce fut un comble de biaisement copernicien » (A.K.) : l’ouvrage n’était ni écrit ni signé par lui, mais par son disciple. Et pour sortir Narratio prima (1540), Rhéticus lui avait presque arraché des mains ses feuilles manuscrites ! Avec une conjonction Mercure-Neptune en Verseau au double sextil d’un trigone de Mars du Sagittaire à Uranus du Bélier, ce dernier vit, pour sa part, la théorie nouvelle comme une flamboyante révolution de pionnier. S’il croit pleinement au système copernicien avec le courage des convictions et la conscience d’une mission, son maître continue de n’y croire qu’à moitié, comme un prophète allant à reculons !

 

Il faudra lui livrer assaut de tous côtés pour que le manuscrit des Révolutions, sous clé dans sa tour, sorte enfin de l’ombre, non sans avoir écarté sans cesse de nouvelles dérobades, surmonté maints subterfuges pour échapper à une parution définitive. Sa crainte est virginienne : le sentiment de petitesse de sa personne, comme écrasée par l’immensité du sujet. Il n’a nullement lieu de redouter le martyre : l’ouvrage est dédié au pape Paul III et le Vatican de Clément VII avait témoigné un intérêt bienveillant pour son œuvre. Reste tout simplement la peur Pluton-Vierge d’un être susceptible, craignant banalement la moquerie, le ridicule. Même en échappant à la critique, l’homme en sort comme meurtri, comme si l’opposition solaire signifiait une auto-meurtrissure par sa propre œuvre.

 

De Revolutionibus paraît en première édition à Nuremberg en 1543. Et l’ambiguïté continue. Rhéticus ayant dû au dernier moment se décharger de l’impression, l’ambivalence du Janus Soleil-Pluton réapparaît sous un autre jour. Sous l’angle d’une préface improvisée du prêtre luthérien Andréas Osiander, intervenant à l’insu de l’auteur tout en devenant son complice inavoué. Car ce présentateur pressent la réticence intérieure de Copernic, au point de laisser entendre qu’il ne faut pas trop s’arrêter à l’idée porteuse du livre : «  … point n’est besoin que ces hypothèses soient vraies, ni même vraisemblables ; si les chiffres auxquels elles aboutissent s’avèrent conformes aux observations, cela seul est suffisant ! ». Ce qui fait dire à Arthur Koestler : « Il y a un parallèle, une étrange ressemblance entre le caractère de Copernic et l’humble manière dont la révolution copernicienne fait son entrée en rasant les murs, par la petite porte de l’histoire, précédée d’excuses : De grâce, ne me prenez pas au sérieux ; c’est pour rire … ». Certains ont protesté en accusant cette préface d’être une falsification éhontée de l’œuvre, mais elle est alignée sur le climat intérieur de ce révolutionnaire malgré lui.

 

Le 24 mai 1543, Copernic recevait le premier exemplaire de son ouvrage. Ce serait trop dire qu’entre ses mains son œuvre l’acheva, car, malade, il était déjà au lit ; mais ce jour même, il disparaissait terrassé par une hémorragie cérébrale. Alors que le Soleil à 11° des Gémeaux entre en conjonction de Saturne, Uranus (26° du Lion), Saturne (15° du Scorpion) et Pluton (18° du Verseau) frappent son carré natal Neptune-Mars maître de VIII.

 

Cet homme qui aura gardé ses idées près d’un demi-siècle avant de les publier, en évitant le plus possible d’attirer l’attention sur lui, ignorera que son livre va passer quasi inaperçu, sa première édition, d’un milieu d’exemplaires, restant inépuisée, Galilée étant même soupçonné de ne pas l’avoir lu. C’est l’incubation d’une révélation trouvant encore peu d’approbateurs et une majorité d’indifférents.

 

Il faudra attendre le début du siècle suivant pour qu’éclate à la conscience publique la plus grande révolution de la pensée humaine depuis l’âge héroïque de la Grèce. L’an 1600 est le cap d’une conjonction Uranus-Pluton en Bélier, au trigone de Neptune en Lion, signant l’avènement de la science instrumentale.

 

73 ans après sa parution, en 1616, le livre des Révolutions  allait être mis à l’index. Cette année-là, on en était à un carré Uranus-Neptune que renforçait une double dissonance majeure de Jupiter : la doctrine héliocentrique était devenue hérétique pour l’Eglise catholique.

 

 

Copernic, l’héliocentrisme et l’astrologie

 

Au milieu du siècle dernier, le professeur L. A. Birkenmejer, de l’université de Cracovie, a établi définitivement que Copernic fut toute sa vie acquis à l’astrologie, la pratiquant en « amateur éclairé ». C’est en cette ville qu’il aborda cette connaissance auprès de Jean de Glogau et d’Albert Brudzewski, astronomes-astrologues, et c’est à eux qu’il doit sa formation. On a retrouvé un thème tracé de sa main, dressé par le 15 avril 1517, présumé de destination familiale.

 

Notre discipline est d’ailleurs convenablement évoquée dans son ouvrage : « …c’est pourquoi, si la dignité des arts était évaluée d’après les matières dont ils traitent, celui que certains appellent astronomie, d’autres astrologie, d’autres enfin, parmi les anciens, l’achèvement des mathématiques, serait de beaucoup le plus haut ».

 

L’astrologie n’est d’ailleurs pas absente de l’élaboration de son œuvre. Au chapitre X de l’ouvrage, Copernic n’hésite pas, Hermès Trismégiste cité à l’appui, à recourir à la symbolique astrologique en rappelant que le clavier solaire lie étroitement l’astre au souverain, au roi, au cœur, ce qui n’a pas manqué de l’influencer. Ajoutons que dans sa Narratio prima, Rhéticus avait fait une allusion à l’astrologie mondiale en décrivant le mouvement de l’apogée du Soleil et en liant l’avènement et la chute des empires romain et musulman aux changements d’excentricité de l’orbite terrestre ; ce qu’il n’aurait pas pu dire sans l’assentiment de son maître.

 

Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que les astrologues sont les plus fervents partisans de cette révolution héliocentrique. En bon premier, c’est Rhéticus astrologue qui la prend en main, en contraignant presque son maître à se faire publier. C’est ensuite à un autre astrologue, Johannes Praetorius, que l’on doit le premier exposé sur le nouveau système, en 1558 à Nuremberg, l’astrologue V. Steinmetz l’ayant déjà présenté dans ses Prédictions de 1552. Au delà, derrière la parenthèse Tycho-Brahé, viennent les ultimes renforts de Kepler – plus copernicien que Copernic lui-même – et de Galilée ; eux aussi astrologues, proclamant hautement l’un et l’autre que l’héliocentrisme ne remet nullement en question les fondements de l’astrologie.

 

Le rejet du géocentrisme n’en a pas moins été le prétexte  invoqué de la condamnation de l’astrologie. Dans son Exposition du Système du Monde (2e éd., an VII, p. 292), Laplace se contente de déclarer qu’ « … elle (l’astrologie) s’est maintenue jusqu’à la fin de l’avant-dernier siècle, époque à laquelle la connaissance généralement répandue du vrai système du monde l’a détruite sans retour ». Mais le savant se devait d’en donner la raison, d’expliquer, d’argumenter son rejet.

 

La superbe démonstration, c’est A.Bouché-Leclercq qui nous l’assène à la première page de son Astrologie grecque (Leroux, 1899, Paris) : « … attaquée même comme science, proscrite comme divination et aussi comme magie, anathémisée comme religion ou comme négation de religion, l’astrologie avait résisté à tout, aux arguments, aux édits, aux anathèmes ; elle était même en train de refleurir à la Renaissance, accommodée – dernière preuve de souplesse – aux dogmes existants, lorsque la terre, on peut le dire à la lettre, se déroba sous elle ; le mouvement de la Terre, réduite à l’état de planète, a été la secousse qui a fait crouler l’échafaudage astrologique, ne laissant plus debout que l’astronomie, enfin mise hors de tutelle et de servante devenue maîtresse. (…) Une fois la Terre réduite à l’état de planète et lancée dans l’espace, la base se dérobant, tout l’échafaudage croula du même coup. Il n’y a d’incompatible avec l’astrologie que le système proposé jadis par Aristarque de Samos, repris et démontré depuis par Copernic. L’incompatibilité est telle qu’elle n’a pas besoin d’être mise en forme logique. Elle se sent mieux encore qu’elle ne se comprend. Le mouvement de la Terre a rompu comme fils d’araignée tous les liens imaginaires qui la rattachaient aux astres – des astres tout occupés d’elle – et ce qui en reste, le concept général de l’attraction, ne suffirait pas au sophiste le plus intrépide pour les renouer  (p. 626).

 

Il faut convenir que nous avons là une déclamation d’une grande envolée. Mais que vaut ce chef-d’œuvre anti-astrologique qui se veut être une justification scientifique en se dispensant d’une démonstration, parce que « la chose » est mieux sentie qu’elle ne peut être comprise ? Ce n’en est pas moins ce refrain qui ne va pas cessé d’être rabâché.

 

Citons l’astronome Paul Couderc dans L’Astrologie de l’ex « Que sais-je ? » des PUF : « L’astrologie porte la marque des siècles où la Terre passait pour le centre de l’univers, où l’homme croyait les astres créés à son intention et disposés à son usage, où il les tenait pour des dieux présidant à sa naissance et préposés à son destin. »

 

Cette formule a du moins le mérite de toucher la souche initiale d’où s’est élevée la pensée astrologique, en impliquant la mentalité magique en jeu au plus profond de l’anthropomorphisme. Ce qui motive une réflexion épistémologique.

 

Au temple de la science, c’est précisément cet anthropomorphisme qui est l’ennemi numéro un du savant, parce que sa condition lui fait tourner le dos à la réalité qu’il cherche, celui-ci se voulant objectif et ne parvenant à atteindre la connaissance de l’objet qu’en s’effaçant devant lui. Mais, ce faisant, il met sa vie propre en suspens. Car, n’est-il pas d’abord un sujet, un être pour soi ? Et n’est-ce pas sa condition existentielle avant tout ? A tel point que chacun peut reprendre à son compte cette impression première ressentie par un personnage d’Anatole France : « Elle était toute petite ma vie, mais c’était une vie, c’est-à-dire le centre des choses, le milieu du monde. ». Tel est le fondement même de notre existence, un fondement précisément anthropocentrique, qui rejoint la condition astrologique initiale d’un natif au centre de sa carte du ciel et entouré de ses configurations, celles-ci devant rendre compte, justement, de sa subjectivité, l’astrologie entendant être, avant tout et finalement, une connaissance du Sujet. Réalité non moins évidente que tout objet, et , ô combien, sacrée !

 

Face à cet être humain restitué dans toute sa valeur intrinsèque se présente l’existentialité du phénomène astronomique : l’héliocentrisme empêche-t-il le soleil de se lever le matin, de culminer à midi et de se coucher le soir ; et nous de le suivre plus ou moins dans la succession de la veille et du sommeil ?

 

Bouché-Leclercq ne s’est-il pas jeté dans la gueule du loup ? Car, ce que Choisnard appelait le « déterminisme astral » (sans préjuger de sa nature) repose entièrement, en fin de compte, sur l’uranographie de notre globe, l’astrologie fonctionnant essentiellement sur la base des mouvements de la Terre, en référence à sa position au sein du système solaire. Preuve en est que le constat statistique le plus observé est l’effet d’angularité : passage planétaire au lever ou à la culmination pour un moment et un lieu de la mappemonde, impact local et fugitif d’un horizon et d’un méridien : fait astral vécu par l’homme. Si bien que l’astrologie repose sur le ciel de l’homme tel que le lui fait sa Terre.

 

 

 

T  Y C H O    B R A H E

 

Trois ans après le décès de Copernic naissait un homme dont les travaux devaient servir de soubassement à la grande révolution astronomique en cours. C’est au Danemark, dans la petite ville de Knudstrup, que la noble famille des Brahé entendit les premiers vagissements d’un nouveau-né prénommé Tycho. Ceci se passait le 13 décembre 1546 à 22 h 47, soit le 14/24 décembre à 10 h ¾ du matin. Donnée qui émane du British Museum MS sloane 1683, selon Maurice Wemyss dans More Notable Nativities, et qu’on a tout lieu de supposer venue du milieu astronomico-astrologique de l’époque, comme pour Copernic. Il existe une version voisine qui se réfère au sérieux historien astronome J.L.E. Dreyer dans son Tycho Brahé (1890) : « he was born between  nine and ten o’clock … » ; laquelle a été reprise par David Plant dans « Tycho Brahé, A King amongst Astronomers » (The Traditional Astrologer n° 8, printemps 1995), avec une domification reculée seulement de quelques degrés.

 

Aussitôt sa naissance se distingue son Saturne en X, fortement souligné par sa double conjonction au Soleil et à Mercure, en valeur de séparation parentale : l’oncle paternel, qui n’a pas d’enfant alors que les géniteurs en ont déjà dix, se propose de l’élever et l’arrache à ses parents qui n’y consentent qu’à regret ; et c’est ensuite le décès de ce père adoptif à ses neuf ans. Double trace d’une vulnérabilité de l’être, enclin à forcer sa mesure.

 

Tycho Brahé est le modèle exemplaire du personnage de composition hybride jupitéro-saturnienne.

 

La cohabitation au sein de sa personnalité de ces deux composantes majeures, entrecroisées dans une réception mutuelle, rappelle La Rochefoucault disant de l’amour-propre qu’il « se partage en plusieurs ou se ramasse en un ». D’un côté, il y a loin du jupitérien  grand seigneur fastueux et absolu, homme de festins copieux, menant superbe train de vie et couvert de dettes malgré ses revenus considérables … au saturnien, authentique grand savant travailleur. Cependant, de l’autre côté, on perçoit un jupitérien saturnisé négativement par l’excès même à aller jusqu’au bout de ses penchants, comme pour compenser une frustration profonde, tandis que le savant saturnien est positivement jupitérisé dans sa manière concrète de vivre sa science.

 

                                               Il était prêtre de Bacchus,

                                               Il l’était aussi de Vénus.

 

On peut concevoir que cette épigramme lui ait été consacrée puisqu’il a Jupiter et Vénus en conjonction de l’Ascendant, le premier étant au surplus « chauffé » par un sextil de Mars du Bélier en I , qui fait trigone au Milieu du ciel. Certains ont cru le résumer en disant qu’il était buveur, coureur et querelleur ; aperçu sommaire, certes, livrant le plus voyant du personnage.

 

 

Le portrait réalisé en 1586 et conservé au Musée des Arts décoratifs de Prague, pose cet homme de la quarantaine dans l’encadrement d’une arcade décorée d’armoiries et en accoutrement seigneurial ; trapu avec une tête pleine que dilatent encore un collier de barbe et des moustaches en phoque ; outre ses mains bien potelées, l’une tenant des gants comme l’on tient une bourse, l’autre bien posée sur une table.

 

On est en présence d’un tempérament sanguin (Jupiter-Vénus-AS), très sensoriel, pleinement extraverti. Le personnage vire même à l’extravagance. Tout jeune, au cours d’un duel avec un camarade, un coup d’épée lui tranche le nez ; il en portera un argenté (Pluton et Mars du Bélier en I).

 

Tout autant, Saturne a-t-il de son côté, valorisation de dominante, arrivant à une dizaine de degrés du Milieu du ciel et étant en conjonction du Soleil et de Mercure en Capricorne, outre l’occupation du Verseau. On ne s’étonne donc pas d’avoir aussi affaire à un savant. Mais, justement, un homme de science jupitérisé : d’esprit sensoriel, concret, positif, extraverti.

 

 

Dans la lignée de la tradition familiale, il étudie la rhétorique et la philosophie à l’université de Copenhague. Mais à treize ans, un phénomène céleste décide de sa vocation : une éclipse partielle de soleil le 21 août 1560. Son trigone Saturne-Neptune reçoit alors l’impact d’un trigone de Jupiter (24° Bélier) à Vénus-Mars (26°-28° Lion). Il est frappé d’émerveillement « que les hommes puissent connaître si exactement les mouvements des astres, qu’ils soient capables longtemps d’avance de prédire leurs emplacements et leurs positions respectives ». C’est donc surtout le résultat prévisionnel impeccable qui l’impressionne. Dès lors, il se met à lire des ouvrages d’astronomie, à commencer par Ptolémée à quatorze ans. Et à dix-sept ans, il fait sa première observation céleste. Sa voie est toute tracée et il la suivra jusqu’au bout, et avec quels résultats !

 

Ce positif est fasciné par le fait : l’exactitude du rendez-vous en son temps et en son lieu de l’événement céleste au regard du calcul qui en annonçait la venue. Ne serait-ce pas en compensation d’un trouble de son déracinement natal, laissant l’impression d’un doute initial qui appelle une certitude ? En tout cas, son esprit de type Terre a besoin de solide : il lui faut du sûr, de l’avéré (Soleil-Mercure en Capricorne et conjoints à Saturne). Avec lui, pas de vue spéculative ni d’évasion métaphysique. Il tranche assurément sur le chanoine de Thorn, cloîtré dans l’élaboration secrète de sa pensée cosmologique, comme sur son futur collaborateur, Kepler, vivant le cosmos du fond de son esprit. Sensoriel extraverti, Tycho Brahé est un homme du regard, un visuel dont les yeux vont se braquer sur le ciel, tout à sa passion de l’observation, d’une observation capricornienne assidue et de longue durée, et ayant fondé le premier véritable observatoire astronomique des temps modernes.

 

 

Pour l’arracher  à l’existence futile de la noblesse danoise de son milieu, l’astronomie est sans doute aussi venue à lui, plutôt qu’à un autre champ d’exploration, par le canal du trigone de Saturne du Sagittaire à Neptune du Bélier, ce voyageur en chambre vivant l’aventure du grand large sur la voûte étoilée, captant et emmagasinant nuit après nuit le cours des astres. Car, savant signé d’une concentration à l’entrée du Capricorne comme eux, Tycho n’est pas un Henri Fabre rivé à son monde des insectes, ni un Pasteur fixé à l’infiniment petit des microbes ; il lui fallait une matière spectaculaire et son envolée céleste devait aussi convenir à l’aspect Verseau de son personnage.

 

Dans un souci de modernité, il poursuit ses études jusqu’à vingt-six ans, de Wittenberg à Augsburg en passant par Rostock et Bâle ; parallèlement à cet enseignement, il rassemble et construit des appareils qu’il ne cesse de perfectionner pour observer les planètes. Ce grand spectateur du ciel devient ainsi le premier astronome « instrumentaliste » en se dotant d’engins fabuleux, le jupitérien y faisant éclater ses aspirations de géant, à l’exemple d’un énorme quadrant en bronze et bois de chêne de douze mètres et demi de diamètre, manœuvré à l’aide de quatre poignées et nécessitant tout un personnel !

 

Aussi est-il considéré comme le père de l’astronomie d’observation moderne, et c’est à partir de lui que sont consignées des positions astrales précises et continues. Cet homme du fait visible aboutit au culte de la mesure chiffrée, recherchant l’exactitude de la position astrale avec rigueur, jusqu’à la méticulosité : au Capricorne se joint sa conjonction de la Vierge. D’où cette insistance à fabriquer des outils de plus en plus performants, tels que le monde n’en avait jamais connus !

 

L’apparition soudaine à son regard de cyclope, dans la nuit du 11 novembre 1572, d’une étoile plus brillante que Vénus au nord-ouest de Cassiopée, en un endroit où il n’y avait aucun astre la veille ni les nuits d’avant, lui donne l’occasion de faire ses preuves. « Il venait de terminer  un nouvel appareil : un sextant à bras d’un mètre soixante-dix avec charnière de bronze, muni d’un rapporteur en métal gradué en minutes, et, grande nouveauté, un tableau chiffré destiné à corriger les erreurs de l’instrument. C’était un vrai canon, comparé aux frondes et aux catapultes de ses confrères. Le résultat de ses observations était sans équivoque : « l’étoile était immobile. » (. A. Koestler). Il en portera témoignage l’année suivante avec son ouvrage De Nova Stella, cette nova, ou supernova, étant un phénomène inédit ébranlant déjà l’univers établi des anciens : les cieux n’étaient pas immuables.

 

Quelques années plus tard, il donne l’estocade à la cosmologie aristotélicienne en prouvant que la grande comète de 1577 n’est nullement un phénomène sublunaire comme on le croyait, cheminant seulement entre notre satellite et la Terre, sa trajectoire devant être « au  moins six fois celle de la Lune ». Cet exploit d’observation impliquait la découverte d’un parcours « en profondeur », pouvant  franchir des orbites planétaires successives. Révélation remettant en question les orbes corporels. Car, avant de penser que les planètes pouvaient se mouvoir librement dans l’espace, comme suspendues dans le vide, on les supposaient jusque-là mues par des orbes porteurs, peu importe la corporéité solide, liquide ou fluide de ces sphères. Ce n’est qu’avec Kepler que l’astronomie se donnera le concept moderne d’orbite. En attendant, la perception de la trajectoire des comètes traversant sans encombre les orbites planétaires, prouvant la disponibilité du champ spatial, balayait le ciel en le vidant de la carcasse du fourbi des orbes (revoir l’avant-dernière figure). Un acquis astronomique capital réalisé alors que Saturne revenait sur sa position natale.

 Tycho Brahé dans son observatoire en 1587 ; Nuremberg, 1602.

Février 1576 : l’astre est revenu sur le trio Soleil-Mercure-Saturne. Le roi Frédéric II du Danemark lui offre l’île de Hveen pour y bâtir un observatoire avec les ressources qui font de lui l’un des hommes les plus riches du pays. Sa triplice du Capricorne en X fait penser à un trône pour un savant jupitérien. Il va se construire le fabuleux Uraniborg,  bâtiment extravagant aux tours féodales, château-observatoire-imprimerie-laboratoire d’alchimie, où, installé en grand seigneur, il va passer vingt ans de sa vie « à enseigner au monde les méthodes d’observation exacte », avant l’ère de la lunette astronomique. « Sa vie à Uraniborg n’était pas exactement celle qu’on imagine au logis d’un mathématicien ; c’était plutôt celle d’une cour de la Renaissance. On offrait chaque jour aux hôtes de marque des banquets que présidait le maître infatigable, grand buveur, gargantuesque, qui discourait des variations de l’excentricité de Mars en passant de l’onguent sur son nez d’argent et jetait quelques bons morceaux à un nain assis à ses pieds, sous la table … » (A. K.). Nous sommes, assurément, avec ce jovi-vénusien, aux antipodes du pathétique saturnien Kepler, sombre génie tourmenté de la science, buvant, lui, la coupe amère de la vie jusqu’à la lie.

 

Dans ce temple de l’astronomie, assisté par tout un état-major de calculateurs et de collaborateurs, ce géant de l’observation vit entouré d’instruments gigantesques : globe céleste d’un mètre soixante de diamètre, sur lequel il grave une à une les étoiles fixes, au fur et à mesure qu’il en précise les positions ; quadrant de quatre mètres soixante de diamètre, sextants, octants, sphères armillaires. Aidé de ses assistants, il les utilise avec un luxe de précautions étonnant. Il contrôle minutieusement leur calage à l’aide de tout un réseau de fils de plomb, vérifie qu’ils ne se déforment pas sous leur propre poids et en fait même descendre certains dans des pièces souterraines pour les mettre à l’abri du vent, de la trépidation. « Ce qu’il accumule pendant trente ans de veilles adroites et savantes, c’est donc une sorte de journal continu des phénomènes astronomiques, dans lequel on peut sélectionner le type d’information répondant au problème qu’on a à résoudre. Kepler saura  admirablement utiliser cette possibilité consciemment ménagée par le maître danois qui lui laisse ses archives » (Gérard Simon).

 

En 1598 paraît son Astronomiae instauratae mechanica (la gravure de son observatoire en émanant), genre entièrement nouveau d’une œuvre répondant à la naissance de la démarche instrumentale en physique, en cette entrée du XVIIe siècle, temps d’une conjonction Uranus-Pluton du Bélier au trigone de Neptune du Lion. Il y décrit les outils dont il fait usage pour le perfectionnement de sa pratique : sextants, quadrants, cercles, demi-cercles, armilles équatoriales et solsticiales, règles parallactiques, astrolabes, globes, horloges, cadrans solaires. Ici, nous voyons manifestement à l ‘œuvre ce qui relève d’Uranus en Vierge, que valorise la conjonction lunaire. Et ceci n’est pas sans nous rappeler le propre Uranus en Vierge (au surplus en renouvellement de conjonction à Pluton au bout du cycle commencé en 1597) de Diderot, lui qui a, plus que tout autre, glorifié le génie créatif des arts mécaniques et de la production technique avec son immense Encyclopédie !

 

Cette conjonction Uranus-Pluton de 1597 à 17° du Bélier sortait du transit à son Mars, tandis que Saturne appliquait à sa conjonction virginienne, lorsqu’à Pâques de cette année, Tycho quittait son royaume d’Hveen, en étant chassé. Conséquence d’un caractère de jupitérien gâté par l’inhumanité saturnienne. On se le représente en hobereau régnant sur son île comme un despote oriental. Alors qu’il est si délicat pour ses instruments, il est d’une dureté extrême avec les hommes, au point de finir par devenir le personnage le plus détesté du pays. Son arrogance vis-à-vis du nouveau roi, le jeune Christian IV, laissé sans réponse à son courrier, frise la mégalomanie. Autant dire, bien qu’il ait pris les devants, qu’il se fait expulser, ce qui ressemble fort à une chute dans la manière d’un Saturne en X.

 

On retrouve l’exilé, accompagné d’une imposante caravane, traversant l’Allemagne, rendant visite à Henri Rantzau, et atteignant Prague où réside l’empereur alchimiste-astrologue Rodolphe II, lequel le nomme aussitôt mathematicus impérial. En août 1599 (Uranus transite son Neptune), il s’installe au château de Benatek, non loin de Prague, où il décide de bâtir un nouveau Uraniborg dans le même goût de la démesure. Mais il n’aura pas le temps de l’achever.

 

L’essentiel de ce qui lui reste à vivre se rapporte à sa rencontre historique. C’est sous le transit de Neptune à son Descendant que s’engage son association avec le plus grand astronome de son temps, Johannes Kepler.

 

Depuis deux ans, les deux hommes étaient déjà entrés dans une fréquentation épistolaire qui ne s’était pas déroulée dans la clarté et rien n’était plus opposé que leurs milieux et surtout leurs tempéraments. Au surplus, alors que Kepler était acquis dès sa jeunesse et pour toujours à l’héliocentrisme, Tycho tenait ferme à son système personnel : un agencement hybride, compromis entre Ptolémée et Copernic, où la Terre demeure le centre du monde et où tourne autour d’elle un Soleil centre des orbites planétaires. Et son espoir secret était de mettre à contribution le génie de Kepler au service de  s o n  système, tandis que son associé, quant à lui, s’était programmé pour une confirmation du système solaire.

 

Chassé de Gratz par la persécution religieuse, l’infortuné Kepler se réfugie à Prague en janvier 1600, où il fait appel à Tycho. Koestler ironise sur leur rencontre du 4 février, quand ils « se virent face à face et s’embrassèrent, nez d’argent contre joue creuse. Tycho avait cinquante-trois ans, Kepler vingt-neuf ; Tycho était un aristocrate, un Crésus, Kepler un roturier misérable. Ils s’opposaient en toutes choses, sauf une : ils étaient aussi irritables, aussi coléreux l’un que l’autre. Il en résultera des frictions constantes, parfois des querelles enflammées qui se calmaient sur de demi-réconciliations ». Et d’imaginer « les grands gros bras de Tycho pétrissant les maigres épaules du Prodige » …

 

Ce qui nous renvoie au Mars de l’un à 10° du Bélier à l’opposition du Mars de l’autre à 8° de la Balance. . Néanmoins, au-dessus du choc des humeurs se joue entre eux le sort d’un relais d’une immense portée, ces deux êtres complémentaires devant, à travers leur passion commune, se prolonger en donnant un élan décisif à cette révolution astronomique en cours.. Et pour l’astrologue, il n’y a rien de mieux en cela que la quasi-superposition (une dizaine de degrés seulement sépare l’une de l’autre) capricornienne de la triple conjonction solaire’ de l’aîné avec la quadruple du cadet (voir son thème un peu plus loin). Véritable courte-échelle d’une génération à une autre (leurs Saturne ne sont éloignés que d’un signe et demi).

 

Au contraire de Tycho, on le verra, Kepler est un pur introverti. Cosmologue en chambre méditatif, guère plus qu’astronome amateur à peine pourvu des plus grossiers instruments, il est ébloui de découvrir à quel point son collègue a poussé le génie créateur pour scruter les astres. Lui, par contre, est fait pour travailler le système solaire de l’intérieur, pour en interroger la structure. Contraste qu’accentue l’écart des âges. « Dans leurs rapports sociaux, Tycho était le vieux sage, Kepler l’adolescent pleurnicheur et malappris. Mais Kepler était le magicien dont Tycho espérait la solution de ses problèmes, le salut » (A.K.).

 

Dans l’équipe du patron, le chef-assistant, Longomontanus, défaillant dans sa tâche, cède vite la place à Kepler qui se voit chargé de l’étude systématique de l’orbite de Mars. Mais s’il a carte blanche, encore faut-il lui en donner les moyens. Or, on a l’impression que Tycho prend un malin plaisir à le tenir en laisse. Ce n’est que parcimonieusement qu’il lui dévoile ce qu’il a acquis, faisant languir son collaborateur dans sa recherche. Une collaboration qui, interrompue par le décès du plus âgé, ne dure en tout que dix-huit mois, et avec des absences dont une de huit mois due à un accablement d’existence du plu jeune.

 

La mort de Tycho est toute à l’image du personnage. Kepler note dans son Journal des observations : « Le 13 octobre (1601), Tycho Brahé, en compagnie de maître Minkowitz, dîna à la table de l’illustre Rosenberg, et retint son eau plus que ne l’exige la politesse. Comme il but encore, il sentit augmenter la tension de sa vessie, mais il préféra la politesse à la santé. En revenant à la maison, il put à peine uriner. Au commencement de sa maladie, la Lune était en opposition avec Saturne … ». Cette rétention urinaire ( Lune conjointe à Uranus en Vierge et carré à Saturne) lui fut fatale le 24 suivant. Venu de l’Ascendant, Pluton à 24° du Bélier atteint Neptune dans l’axe II-VIII, lequel reçoit un sesqui-carré de lui-même.

 

Il laissait donc une mine d’une immense valeur : le dépôt capricornien du journal continu des phénomènes astronomiques s’étalant sur près d’une trentaine d’années. Une fortune inédite qui, échouant aux mains de Kepler, sera le chaînon décisif de la révolution de l’astronomie moderne.

 

Note marginale méritant l’observation : avec sa Lune en Vierge conjointe à Uranus en VII, ce grand seigneur orgueilleux avait fait en 1573 un humble mariage en épousant la ravissante fille d’un simple paysan, bravant l’offense faite à l’aristocratie danoise, les nobles ne lui pardonnant pas d’avoir dérogé à son rang.

 

 

Tycho Brahé  et  l’astrologie

 

« Il fut lui aussi astrologue et perdit beaucoup de temps à faire des horoscopes de ses clients et de ses amis ; lui aussi n’en pensait pas moins, méprisait les astrologues et les traitait de charlatans, tout en restant profondément convaincu que les astres influencent le caractère et la destinée des hommes, sans que l’on sache bien comment. Mais à la différence de Kepler, sa croyance à l’astrologie ne venait pas du mysticisme (son orgueilleuse nature était bien étrangère à la mystique), mais tout simplement de la superstition. » (A. K.).

 

-          L’homme renferme en lui une influence bien plus grande que celle des astres ; il surmontera les influences s’il vit selon la justice, mais s’il suit ses aveugles penchants, s’il descend à la classe des brutes et des animaux en vivant comme eux, le roi de la nature ne commande plus, il est commandé par la nature.

 

Avec cette déclaration faite à son cours public d’astronomie à Copenhague, Tycho Brahé s’aligne pleinement sur la vision traditionnelle rejointe par la pensée moderne : ceci en plaçant le configuré au-dessus de sa configuration ; un configuré chez qui le Moi est maître d’œuvre prenant sa vie en main, portant en soi une finalité à diriger son propre univers, tout en n’étant pas moins agi par les puissances de son monde intérieur, les forces obscures de son inconscient par le jeu desquelles s’expriment nos configurations.

 

Nous savons par Wilhelm Knappich qu’il apprit la technique horoscopique à Lauingen  auprès de Leowitz (Leovitius) et qu’il rédigea des études astrologiques pour le roi Frédéric II du Danemark : « Il fit en particulier les horoscopes des trois fils du souverain. Ces études ont été conservées, et d’après Troels-Lund, celle qui concerne le deuxième fils serait assez juste, les deux autres l’étant moins. » On sait qu’il fut ensuite le conseiller astrologue de l’empereur Rodolphe II, sur la recommandation duquel il fit calculer les Tables rudolphiques pour une meilleure pratique de l’astrologie.

 

« Avec tous les grands astrologues – redit Knappich dans son Histoire de l’Astrologie – il blâmait avec force et constance le peu de fiabilité des pronostics astrologiques et les abus des faiseurs d’horoscopes qui entretenaient le fatalisme astral. Il n’en fut pas moins un adepte fidèle d’une véritable astrologie sous-tendue par le sentiment religieux. Dans le discours souvent cité qu’il prononça à l’université de Copenhague : Sur les sciences mathématiques, il critiquait les nombreuses erreurs que l’on trouvait dans les tables planétaires et l’incertitude de la chronologie. Pour la correction des horoscopes, il proposait une méthode supérieure à celles habituellement utilisées. Il prenait également la défense de l’astrologie savante contre les attaques des physiciens et des théologiens. Il expliquait que l’homme porte en lui quelque chose qui est au-dessus des astres. Il peut surmonter les mauvaises influences astrales, dans la mesure où il accepte de se conformer au modèle de l’homme véritable. »

 

J O H A N N E S     K E P L E R

 

 

C’est un véritable roman astrologique que le personnage, la vie et l’oeuvre de Johannes Kepler ! Un roman pittoresque, assisté au surplus d’un précieux témoignage autobiographique, tant ce génie s’est confessé, en évoquant son propre thème et sa constellation familiale, au regard de lui-même, à propos de son existence, et plus encore en traçant le cheminement heuristique de son aventure de l’esprit qui ressemble à une grandiose odyssée.

 

L’entrée en matière est déjà tout un poème :

 

… »Sur la naissance de Johannes Kepler. Je me suis enquis de ma conception qui eut lieu l’an 1571, 16 mai à 4 h 37 du matin ( !). Ma faiblesse à la naissance écarte le soupçon que ma mère fût déjà enceinte lors de son mariage du 15 mai. Ainsi suis-je né prématurément à trente-deux semaines, après deux cent vingt-quatre jours dix heures ». Cela le conduisant à  se déclarer mis au monde le jeudi 27 décembre à 2  h 30 de l’après-midi, à Magstatt, hameau voisin de Weil, dans le Wurtemberg.

 

Il naît donc frêle, menu, dans une famille nombreuse misérable : père soudard mercenaire, mère fille de cabaretier, parents défaillants et négligents, étant quasi abandonné dans son enfance … Quand à vingt-six ans, il dresse son arbre généalogique astrologique où figurent les membres de sa famille, il y parle de son père, Heinrich, né le 19 janvier 1547, avec Saturne en VII, y voyant une source d’inimitiés et d’infortune conjugale ; il le fait d’ailleurs quitter le foyer en 1589. L’hérédité n’est sans doute pas non plus très bonne : trois de ses frères et sœurs meurent en bas âge et son frère cadet, Heinrich, est épileptique. En tout cas, il est un enfant maladif et c’est, avec le chaos du milieu familial, ainsi que commence le long palmarès des épreuves saturniennes de son existence. Avec une vue défectueuse, il souffre plus ou moins continuellement de troubles divers.

 

Lui-même en fait une énumération sommaire : « En 1575, je faillis mourir de la variole, fus très malade, les mains paralysées. En 1577, pour mon anniversaire, je perdis une dent, en l’arrachant avec une ficelle que je tirai moi-même. 1585-1586 : pendant ces deux années, je souffris continuellement de maladies de peau, souvent de graves abcès, souvent des croûtes de plaies putrides chroniques aux pieds, qui guérissaient mal et se rouvraient. Au majeur de la main droite, j’eux un ver, à la main gauche un gros abcès. 1587 : le 4 avril, j’eus une attaque de fièvre. 1589 : je me mis à souffrir de terribles maux de tête et de troubles dans les membres. La gale s’empara de moi. Puis ce fut un mal sec … ». Etc …

 

La succession de tels troubles, tendant plus ou moins à traîner jusqu’à prendre un caractère chronique, ne pouvait qu’incliner le pauvre à une certaine hypocondrie, tableau général assurément bien saturnien.

 

Mais c’est aussi sa faiblesse organique qui le sauve : après un apprentissage chez un drapier, puis chez un boulanger, et un passage à la ferme, sa défaillance physique le rend inapte au travail manuel. Le salut passe ainsi par un séjour dans un séminaire luthérien de treize à dix-sept ans. Ce qui change du tout au tout, car son esprit s’ouvre immédiatement aux sujets élevés de la théologie et du savoir. Il se rappelle une comète aperçue en 1577 et une éclipse de lune qui l’a impressionné à neuf ans, mais sa vocation cosmologique est encore loin d’être née.

 

Venons-en à son ciel natal.

 

Sa signature saturnienne saute aux yeux si, du moins, l’on prend en considération la maîtrise, car l’astre n’est pas angulaire, ni même en aspect des angles. En revanche, il est maître d’une quadruple conjonction Soleil-Mercure-Vénus-Uranus en Capricorne, dont les maîtres de l’Ascendant et du Milieu du ciel, outre qu’il est au sextil de la conjonction capricornienne.

 

 

Il n’est que de regarder ses portraits pour être aussitôt édifié sur cette tonalité saturnienne, de tempérament nerveux maigre. On a de lui la décorative gravure de Jacob von Heyden, sur laquelle la moustache et la barbe accentuent la longilignité d’un visage grave, sombre, morose, presque sinistre ; reproduite à la page 192 de notre numéro 56. Il vaut de la comparer à la présente gravure de M. Dietz, exécutée vers 1620 (il a la cinquantaine), conservée dans la salle du chapitre de l’église de Saint-Thomas à Strasbourg. La même tonalité sourde y apparaît chez cet être concentré dont les prunelles scintillent d’une passion profonde. Il existe aussi une toile de Hans von Aachen, au château Rychnov nad Kneznou, en Bohème, où l’homme est moins distant, mais toujours sérieux et sévère, emprunt d’une sorte d’inquiétude douloureuse.

 

En plus, pour cette signature saturnienne, témoignent ses écrits, tant par le graphisme que par la matière, avec les brouillons que l’on a conservé de lui : neuf cents feuillets de calculs, écrits d’une fine et nerveuse écriture, véritable montagne de chiffres ; prouvant combien son génie, tout tourné vers l’abstraction mathématique et l’ordre structural des choses, fut une longue patiente !

 

Lui-même convient de sa nature saturnienne pour ses goûts essentiels : « Un esprit habitué à la déduction mathématique … (…) Cet homme est né destiné à passer beaucoup de temps aux tâches difficiles qui font reculer les autres … ». Et d’énumérer la longue liste des efforts qu’il se donne, terminant sur un : « il aimait les mathématiques par dessus tout ». Outre qu’il insiste sur sa forte secondarité caractérologique : « résistant très, très longtemps, comme une mule obstinée », devant l’erreur par exemple, « jusqu’à ce que les jurons et les coups l’obligent à mettre le pied dans cette flaque » …

 

Le particularisme saturnien de Kepler est à l’image de Saturne en Scorpion et en VI. L’astre inhibe les pulsions du signe, « virginise » son contenu anal dans un alignement 6e signe-VIe secteur, ce dernier étant sous le poids de la charge du « massif » capricornien (transfert de délégation saturnienne). Il en résulte un ensemble de singularités. C’est d’abord le Kepler de santé fragile, affecté de troubles divers qui se succèdent en installant une précarité de vivre, un sentiment d’insécurité frisant l’hypocondrie. Ce n’en est pas moins, pour autant, le Kepler bûcheur, gagné par une boulimie de travail, passant sa vie à accomplir avec acharnement  la tâche immense qu’il s’est assignée, mené qu’il est par une passion aux objectifs incommensurables. Et c’est aussi un Kepler étrange dans son état névrotique, imprégné d’un énorme sentiment d’infériorité, à tel point qu’il en vient même à s’identifier d’une manière quelque peu obsessionnelle, à un animal (la VI), surtout à une pauvre bête, l’image qu’il finit par se faire de lui-même, non sans délectation et avec insistance, étant celle d’un chien galeux ! Sa confession horoscopique l’amène ainsi à ce singulier autoportrait :

 

 

 

Cet homme a en toutes choses une nature canine. Son apparence est celle d’un petit chien : son corps est agile, nerveux et bien proportionné. Même ses appétits étaient semblables : il aimait ronger les os et les croûtons de pain et il était si glouton qu’il attrapait tout ce qu’il voyait ; cependant, comme les chiens, il boit peu et se contente de la plus simple nourriture. Ses manières étaient semblables. Il recherchait continuellement l’amitié d’autrui, en tout dépendait des autres, se soumettait à leurs désirs, ne s’irritait jamais quand ils le repoussaient, attendant anxieusement de rentrer dans leurs bonnes grâces. Il était sans cesse en mouvement (ici, comme aux notes suivantes, participent l’Ascendant et la Lune des Gémeaux), furetant dans les sciences, la politique et les affaires privées, y compris les plus viles ; toujours suivant quelqu’un, imitant ses actes et ses pensées. La conversation l’ennuie, mais il accueille les visiteurs comme un petit chien ; cependant, quand on lui a ôté la moindre des choses, il élève le museau et gronde. Il poursuit avec ténacité les malfaisants, il leur aboie aux chausses. Il est méchant, il mord les gens avec ses sarcasmes. Il déteste à l’extrême beaucoup de gens, qui l’évitent, mais ses maîtres l’aiment bien. Il a une horreur canine des bains, des parfums et des lotions. Son agitation est sans limites, ce qui est sûrement dû à Mars en quadrature avec Mercure et en trine avec la Lune.

 

Il revient souvent à cette assimilation animale, prouvant en l’occurrence une profonde identification : Mon estomac affamé est comme le petit chien regardant le maître qui autrefois lui donnait à manger.

 

Ainsi est-ce l’image qui lui vient à l’esprit à un moment de misère où il attend le règlement de son traitement qui tarde à venir. Non sans tonalité quelque peu masochiste, il se situe même comme tel face à ses interlocuteurs. Ainsi avec Tycho Brahé qui ne lui dévoile pas ce qu’il sait, ressentant l’impression qu’on lui jette un os par-ci, un autre par-là, en propos de table. Jusqu’à ce que Kepler se lance, selon le dire même de Tycho, « dans une attaque de chien enragé, créature à laquelle il aime tant se comparer ».

 

Il est véritablement un miséreux ! Nul doute que le climat de son enfance a chargé le complexe de Saturne du Scorpion en VI qui fait aussi de lui l’être le plus humble qui soit. Il se voit en savant sérieux dont le dessein est simplement d’exposer les faits obscurs de la nature au grand jour de la science. Au surplus, sans envie ni rancune envers ses collègues, il n’est nullement enclin à se glorifier de ses propres découvertes, à l’inverse des revendications de Galilée et de Newton. Bien que fier des siennes (il y a de quoi !) et conscient de leur immense valeur, il va jusqu’à se prêter à partager ses droits d’auteur sur ses trois lois avec l’affreux héritier de Tycho qui lui a soustrait les fameux instruments de celui-ci dont il ne peut se servir et qui, au surplus, le gruge ! C’est en toute liberté qu’il s’ouvre à ses correspondants qu’il tient au courant de ses recherches, sans être payé de retour. On cherche en vain un encouragement, une aide de ses confrères ; à l’inverse, il est maltraité, à l’exemple de l’accueil nul (de Galilée compris) de son Astronomia Nova qu’il publia laborieusement, faute d’argent, au bout de quatre années.

 

On a même presque l’impression que règne au plus profond de lui, à la manière sourde d’un tropisme, une négativité saturnienne (peut-être aussi le secteur VIII occupé joue-t-il son rôle) qui mine son existence, comme s’il était poursuivi par une malchance tenace.

 

Les occasions ne manquent pas. En 1597, il épouse Barbara, veuve d’un premier mari et divorcée d’un second, dont la dote lui échappe, qui devient épileptique et finira folle. En 1613, hésitant entre diverses candidates, il épouse Suzanne qui n’a ni famille, ni argent, ni possession, laquelle lui donnera sept enfants dont trois mourront en bas âge. Puis voilà sa mère, qui s’était si peu occupée de lui dans l’enfance, menacée du bûcher comme sorcière ; ce fils infortuné mettra le prix qu’il faut d’efforts pour la sauver. On peut parler aussi de persécution religieuse qui le bannit, le chasse de province en province, le réduit à l’état de juif errant. On le voit laissant dans ses déménagements au garde-meuble une part importante de ses biens, livres et instruments ; et la fin de sa vie est presque celle d’un sans domicile fixe. Mais, par-dessus tout pèse sur son destin la misère financière, la pauvreté. Sa vie est une perpétuelle course à l’écu. Quel contraste avec la glorieuse destinée du jupitérien Tycho et ses goûts d’opulence toujours satisfaits dans la faveur des grands ! Ce malheureux ne sait pas se faire payer ses salaires et est toujours à court d’argent (saturnité d’un maître de VIII en VI). Sur la fin de son existence, végétant avec sa famille nombreuse, il touche le fond de la misère. On le croit sauvé un moment, grâce à une proposition amicale d’installation à Strasbourg ; hélas, il doit renoncer à cette offre faute de pouvoir seulement assumer les frais du voyage. Et c’est pour se faire rembourser de 11.817 florins, arriéré que lui devait Rodolphe II depuis des années, que, malade, ce mendiant forcé entreprend un voyage à Ratisbonne dont il ne reviendra pas.

 

Saturne est encore à l’œuvre – pour son bien propre cette fois – quand son destin se noue à la trentaine, tournant où il rencontre Tycho Brahé et, au bénéfice de la postérité, s’empare du trésor des observations de celui-ci – héritage du collaborateur signé de la concentration capricornienne entre VII et VIII – capital d’une trentaine d’années observées. Et c’est au second retour saturnien de la soixantaine qu’il rendra le dernier soupir. Kepler est proche de la perfection de l’archétype saturnien.

 

Et peut-on trouver œuvre plus saturnienne que la sienne ? Plus spécifiquement saturnien le génie de l’astronome wurtembergeois ?

 

Revenons au point de départ. N’en pouvant plus d’épuisement physique, l’adolescent trouve refuge au séminaire local, puis en 1589 à celui de Tubingen, aux frais de l’Etat : études théologiques, leçons d’astronomie de Moestlin. Ensuite, professeur lui-même de mathématique-astronomie à Gratz. L’ouvrage de Copernic – en raison des affinités entre les deux hommes que nous verrons plus tard – va vite fixer son attention, tant spirituellement que scientifiquement. C’est alors que Kepler est révélé à lui-même, mais, pour le suivre dans sa voie, allons au-delà de sa toile de fond saturnienne.

 

 

Passons à son sceau astral qui nous le dévoile dans sa dualité profonde, aperçue par Koyré qui le qualifie de Janus bifronts. Comme Galilée, Kepler appartient à la génération de l’opposition Uranus-Neptune. Configuration majeure dans son cas, et même ô combien !, puisque , d’une part, il est né au triple renouvellement cyclique solaire, mercurien et vénusien d’Uranus, et que, d’autre part, Neptune est à l’Ascendant en Gémeaux où la Lune vient de se lever (malgré sa condition saturnienne, il se plaindra de son inconstance, son étourderie, son agitation mentale, son tumulte d’images troublant sa mémoire). Si chez l’extraverti Galilée, cette forte opposition se manifeste au grand jour en éclatant extérieurement en schisme de la foi et de la raison, c’est tout intérieurement qu’elle est vécue chez notre introverti, tendu entre les extrêmes de la physique céleste et de la métaphysique des cieux, et son génie est fait de ce contraste aux furieux écarts de pensée. Mais c’est ce qui n’en fait que davantage encore un fils d’Uranie intégral, célébrant les grandes noces de l’astronomie et de l’astrologie.

 

 

Au pôle uranien-capricornien est l’empirique rationnel qui, assisté du froid Saturne, s’appesantit avec une patience infinie sur des figures abstraites, infiniment calculées et recalculées ; essais inédits abandonnés, repris, retravaillés, , longtemps médités avant d’aboutir à une construction géométrique. Il est déjà un savant moderne, un pionnier qui révolutionne son savoir. C’est lui qui débarrasse peu à peu l’astronomie de tout le chargement des croyances anciennes, qui la déblaye de tout un fatras accumulé depuis Ptolémée, dans un superbe dépouillement.

 

Au pôle neptunien lunarisé est l’inspiré, l’intuitif du génie visionnaire, ce « somnambule » qui fait une série de fautes qui eussent pu être fatales mais qui s’annulent, ne se rendant compte qu’au dernier moment qu’il tient la bonne solution, quand il n’est pas un Christophe Colomb se croyant sur la route des Indes et découvrant l’Amérique..

 

Et c’est dans une passion mystico-mathématique où se rejoignent ces deux pôles qu’œuvre Kepler, destiné à faire de la musique des sphères une divinité rationnelle ayant la beauté d’un théorème. Car, à l’écoute du souffle harmonique de la Création et emporté dans une grande aventure de symphoniste de l’univers – Jupiter des Poissons, en approche de culmination, recueillant la brassée du sextil de Saturne à la conjonction capricornienne – nous revient plus que jamais Kepler saturnien, mais au sommet de son accomplissement : le créateur au génie structuraliste, recomposant le monde par son esprit géométrique, avec les êtres mathématiques, causes premières des réalités naturelles.

 

 

Au retour jupitérien de ses vingt-quatre ans, il croit détenir la clé des secrets de la création : l’univers est construit sur l’assemblage de figures symétriques. Pourquoi y a-t-il six planètes, s’interroge-t-il, et pourquoi leurs vitesses et leurs distances sont-elles ce que nous en savons ? Ainsi débute son voyage au cœur du système solaire où il pense résoudre le mystère de l’univers. C’est là même le propos de son Mysterium cosmographicum  (1596).

 

En traçant les orbites respectives de Jupiter et de Saturne, il commence par constater qu’il peut intercaler entre les deux cercles un triangle qui les réunit. Il observe ensuite que c’est un carré qui s’inscrit dans l’intervalle suivant entre Jupiter et Mars ; puis il relève un pentagone entre Mars et la Terre, un hexagone entre la Terre et Vénus, et enfin un octaèdre entre Vénus et Mercure. Ensuite, passant au plan spatial à trois dimensions, il constate également que les cinq solides symétriques s’intercalent dans les cinq intervalles interplanétaires : précisément, le cube va à Saturne comme à Jupiter la pyramide, à Mars le dodécaèdre, à Vénus l’icosaèdre et à Mercure l’octaèdre ! N’est-il pas sur les traces du Grand  Architecte ?

 

Or, ce sont là des proportions qui s’accordent avec les orbites telles qu’elles sont perçues du Soleil ! Du même coup, pour ce pythagoricien, c’est le Soleil qui doit être le centre de l’univers. Il y a droit aussi comme symbole de Dieu le père, comme source de lumière et de chaleur, et même comme générateur de la force mouvant les planètes sur leurs orbites, cette approche physicienne, qu’accompagne une juste interprétation de l’effet soli-lunaire sur les marées, faisant pressentir l’attraction universelle..

 

Et ce jeune Prométhée uranien pense audacieusement : si Dieu créa le monde d’après un modèle géométrique, et s’il dota l’homme d’une intelligence géométrique, il devient possible de déduire le plan de l’univers entier en raisonnant a priori, en lisant, pour ainsi dire, les pensées du Créateur, l’astronome devenant – sur le versant neptunien – un prêtre de Dieu appelé à interpréter son œuvre, le livre de la Nature ! Comment s’étonner que – ultime révélation saturnienne – personne n’ait pu suivre ce chercheur solitaire ? Il était bien seul au monde avec ses pensées …

 

Mais en s’attaquant aux fondements de ce qu’offre le spectacle du monde, en en recherchant les principes, il ne pouvait qu’être sur la voie le conduisant à la découverte des lois fondamentales de l’astronomie, joyaux saturniens par excellence.

 

Il est déjà en quête d’établir un rapport mathématique entre la distance d’une planète au Soleil et la longueur de son « année », sa révolution tropique, quand il rejoint Tycho Brahé à Prague en février 1600, et qu’il devient son principal collaborateur.

 

C’est là qu’il s’attaque à l’orbite de Mars, en un véritable combat : son carré Soleil-Mars. Une guerre effective : dans sa dédicace à Rodolphe, il dit l’avoir commencée sous le commandement suprême de Tycho, puis patiemment poursuivie, malgré toutes sortes de périls, jusqu’au triomphe lorsqu’il traîne à son char l’ennemi captif et le livre à l’empereur ! Terrifiant parcours, il est vrai, de huit années de travail où il dût s’y prendre à soixante-dix reprises pour établir l’ellipse de la planète.

 

La loi qu’il en tire, rendant compte de la vraie structure des mouvements des planètes, est le premier des trois piliers qui soutiennent l’édifice de la cosmologie moderne : les orbites de toutes les planètes sont des ellipses dont le Soleil occupe l’un des foyers. De là il est conduit à la seconde loi qui lui était déjà venue à l’esprit : la planète se meut sur son orbite d’autant plus vite qu’elle est rapprochée du Soleil, le rayon vecteur qui joint celui-ci à l’astre balayant des aires égales en des temps égaux, équivalence observée à quelque distance que ce soit de l’astre central. Mais il lui faudra encore deux décennies de recherches pour aboutir à la troisième loi qui couronne cet édifice : les carrés des temps des révolutions des planètes sont entre eux comme les cubes de leurs distances moyennes au Soleil. Ultime aboutissement révélé le 8 mars 1618, que Kepler présente comme le plus grand jour de sa vie : fruit suprême de son savoir offert à la plus haute marée jupitérienne de son existence : Mercure, le Soleil et Mars, à 16°, 18° et 22° des Poissons, transitent son Jupiter sous le sextil de Saturne à 19° du Taureau et le trigone d’Uranus à 15° du Cancer, tandis que Jupiter céleste à 22° du Verseau culmine.

 

Son Harmonie du Monde (1619) est plus que jamais une œuvre pythagoricienne fusionnant l’inspiration mystique et l’expérimentation technique, où son génie s’élève à l’étendue Jupiter-Poissons de la plus vaste synthèse qui soit, temple où s’unissent la géométrie, l’astronomie, l’astrologie et la musique. Ce myope à la vue perturbée se donne aussi une compensation en fondant l’optique moderne, son télescope reléguant la lunette de Galilée parmi les objets périmés. En outre, ce n’est pas une moindre signature capricornienne-saturnienne que ses tables calculées pour la première fois selon ses lois :

 

Les Tables Rodolphines engendrées par Tycho Brahé, je les ai portées vingt-deux ans semblables à la semence qui croît peu à peu dans le sein d’une mère. A présent, je suis tourmenté des douleurs de l’enfantement.

 

 

Kepler fait ici allusion aux épreuves insensées pour parvenir à leur publication : quatre années éprouvantes, faisant penser, dira-t-il, « aux dix plaies d’Egypte », s’en sortant torturé d’une crise de furonculose. Et tout est encore loin d’être dit des idées originales et des aperçus d’esprit de ce personnage extraordinaire.

 

C’est un homme accablé de misère qui entre à Ratisbonne le 2 novembre 1630 pour y chercher l’argent qu’on lui doit et dont il a le plus grand besoin. Epuisé, malade, puis terrassé par la fièvre, il rend le dernier soupir  le 15 novembre suivant. Saturne à 9° du Scorpion est revenu à sa base, position natale que depuis le début du mois ont transité le Soleil, Mercure et Mars.

 

Mais quel suprême aboutissement saturnien ! Il savait qu’il avait découvert les fondations de notre univers, qu’il avait ancré, avec une certitude sans appel, son savoir dans le roc de l’éternité, et il en avait l’assurance tranquille, recueillie, inébranlable ; révélation le consolant de ses malheurs, de l’accumulation interminable de ses épreuves personnelles. Il pouvait s’offrir le luxe de préfacer un de ses ouvrages : J’écris mon livre ; il sera lu par l’âge présent ou par la postérité, peu importe, il pourra attendre son lecteur …

 

Et composer ainsi son épitaphe : Je mesurais les cieux, je mesure à présent les ombres de la terre. L’esprit était céleste, ci-gît l’ombre du corps.

 

Car sa gloire saturnienne défie le temps, étant mêlée au ciel à l’éternelle ronde des astres.

 

Kepler  et  l’Astrologie

 

De tous les grands auteurs de la tradition astrologique, Kepler est, de beaucoup, celui qui nous a le plus intéressé : aucun autre n’a, autant que lui, été pris en considération, comme en témoigne le nombre étonnant des études qui lui ont été consacrées. Ce vedettariat repose sur une raison bien simple : si l’on excepte son contemporain, Morin de Villefranche, qui a introduit une nouvelle discipline dans l’interprétation du thème, les ouvrages qui se sont succédés de siècle en siècle, non d’ailleurs sans déposer maintes scories, n’ont guère été, à peu de choses près, qu’un savoir qui tourne en rond, qu’une incessante répétition du Tetrabiblos ptoléméen.

 


Calendrier prévisionnel de Kepler pour l’an 1597

 

 

Mais avec Kepler, c’est tout autre chose : c’est une révolution ! Et une grande, à tel point qu’elle est un monde que nous sommes loin d’avoir encore intégré. Il n’est pas étonnant que des écoles modernes, comme la conditionaliste et la structuraliste, veuillent l’annexer ; mais d’autres, comme la symbolique ou la psychanalytique, peuvent aussi bien s’y référer, et, en fin de compte, l’astrologie keplérienne les dépasse toutes.

 

Cet énorme prestige résulte d’une réalité première : Kepler a été un astrologue complet d’un bout à l’autre de sa vie, porté par un génie au langage nouveau, chez qui le neptunien inspiré, revenu à la grande vision pythagoricienne d’un métaphysicien, a fait cause commune avec l’uranien du Capricorne , homme de terrain engagé, frotté au réel, confronté à l’expérience avec les exigences d’un praticien froidement réaliste.

 

Combien de thèmes Ptolémée a-t-il fait ? La question est capitale. A en juger par le contenu didactique du Tétrabiblos et son questionnement phénoménologique, on ne peut croire qu’il ait été, même moindrement, un homme de l’art : tout donne à penser qu’il s’est contenté de transcrire un savoir en tentant de le présenter de son mieux. Or, selon Milan Spürek, les manuscrits posthumes de Kepler totalisent quelque huit cents horoscopes. Lui, quand il parle, sait ce qu’il dit , parce qu’il est un homme de la vérification, de la mise à l’épreuve du savoir, honnête et lucide. Il sera d’ailleurs un critique de l’astrologie, se définissant « astrologue luthérien », mais son astrologie réformée, il y tiendra par-dessus tout parce qu’il la saura vraie.

 

Calendrier prévisionnel de Kepler pour l’an 1598.

 

 

C’est ainsi – en cette entrée du XVIIe siècle où la pensée collective fait une mutation qui la détourne de l’astrologie – qu’il se réfère essentiellement à son expérience personnelle pour

s’en faire le défenseur avisé :

 

-          Un avertissement  à certains théologiens, physiciens et philosophes (…) qui, tout en rejetant à juste titre les superstitions des astrologues, ne devraient pas jeter l’enfant avec l’eau du bain (devise du Tertius interveniens).

-          La croyance aux effets des constellations dérive d’abord de l’expérience, qui est si convaincante qu’elle ne peut être niée que par les gens qui ne l’ont pas examinée (De Stella nova).

-          Je peux me vanter d’avoir expérimenté cette vérité …

-          J’ai de quoi me glorifier à peu de frais et en toute sincérité de mon expérience personnelle de trente années …

-          Etc …

 

Et quand il avance un argument probant, il est le résultat de son observation, comme lorsqu’il énonce clairement et même impérativement sa découverte de l’hérédité astrale : Il est un argument tout à fait clair et au-delà de toute exception en faveur de l’authenticité de l’astrologie : c’est la communauté des thèmes natals entre parents et enfants.

 

Son effort de praticien est ininterrompu. De bonne heure, il fait œuvre d’astrologie mondiale en tenant un journal météorologique pendant plus de vingt ans, ne séparant pas ses observations du mouvement lunaire et des aspects planétaires. Ses citations donnent le ton de conviction du praticien ancré dans son solide tempérament capricornien :

 

Quant à la Nature qui commande aux éléments, et que je désigne par l’épithète usuelle de sublunaire, cela fait vingt ans déjà que je n’ai pas changé d’avis sur elle ; et j’y ai été conduit non par la lecture et l’admiration des platoniciens, mais par la seule et unique observation des changements de temps, et la  contemplation des aspects qui les provoquent.

J’ai vu en effet qu’avec une grande constance l’état de l’air était perturbé chaque fois que des planètes entraient en  conjonction ou figuraient l’un des aspects si communément connus des astrologues ; j’ai vu que l’air restait la plupart du temps calme s’il ne s’en produisait pas, ou peu, ou s’ils se formaient et se défaisaient avec rapidité (L’Harmonie du Monde).

 

Entre 1594 et 1623, il compose rien moins que dix-sept almanachs. Chacun de ces calendriers est assorti de prévisions soigneusement établies, dans la conscience de ses responsabilités, connaissant les réactions subjectives q’elles peuvent provoquer : Les pronostics ne doivent être lus que par des gens érudits, intelligents et calmes.

 

On a fait état de diverses prévisions réussies par ses soins, un contrôle restant à faire entre ses succès et ses échecs. Rappelons du moins sa prévision historique du calendrier de l’année 1618 :

 

… A cette époque, le ciel se fait utiliser et mal utiliser : chaque pouvoir, chaque particulier doit faire très attention, à pareille époque, pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. Que ce soit en cas de légitime défense ou que ce soit par orgueil, tous les potentats et tous les empires, et plus particulièrement  ceux qui ont sous leur souveraineté de grandes villes peuplées, doivent se montrer d’une extrême vigilance et faire en sorte de ne pas être irréfléchis et imprudents. Sinon le mois de mai ne se passera pas sans calamités.

 

Le 23 mai 1618 eut lieu la défenestration de Prague qui fut le déclic du déclenchement de la terrible Guerre de Trente ans. On sait aussi les prévisions faites par Kepler au héros de cette guerre, Wallenstein, dont il avait fait un premier thème en 1608, lui annonçant qu’il se ferait porter à la tête d’une bande mécontents, et rappelant dans son second thème rédigé en 1625, ce qu’il avait déjà énoncé dans le premier au sujet de ses configurations de 1634 :: Toutes sortes de troubles cruels et effroyables. Année où il fut assassiné.

 

Ajoutons que sa spéculation relative à la naissance de Jésus-Christ, qu’il faisait naître 4 ou 5 ans avant l’an 0 de notre ère, en se reposant sur la conjonction Jupiter-Saturne des Poissons, est une version généralement adoptée par les historiens.

 

 

 

   En astrologie individuelle, ce pragmatique soucieux d’accorder théorie et pratique dans une obstination à construire son édifice, n’utilise que ce qui a résisté à l’épreuve de sa vérification. Grosso modo, il retient les piliers essentiels. Le clavier symbolique du planétaire demeure la pièce fondamentale qui ne souffre pas de révision. Mars continue d’être torride et dévastateur, Saturne d’être glacé et anémiant. Il est également bien acquis que le passage de l’astre aux angles du ciel, principalement au lever et à la culmination, est primordial quant à l’intensification de son effet. Et s’il dévalorise les signes et les maisons, en revanche, il survalorise les aspects., ajoutant le quintile à la liste  en usage de ceux-ci.

 

Il avait pris l’habitude de faire son thème annuel à chacun de ses anniversaires. La soixantième fait exception : il était noté que les positions des planètes étaient cette fois presque identiques à celles du jour de sa naissance ; ce que Koestler interprète comme un pressentiment, sa mort étant survenue cette année-là.

 

Mais ce que l’on peut apprécier plus que tout, c’est que, pour la première fois à notre connaissance, Kepler a recours à un jugement de comparaison d’un thème à un autre qui lui ressemble, pour identifier le semblable et relever les différences. Occasion de révéler la relativité de la donnée astrologique, de second plan, dépassée par le conditionnement d’ensemble du milieu extérieur, de l’environnement familial, social … Et il se donne en exemple :

 

Je connais une femme née presque sous les mêmes aspects que moi, certes d’une même humeur des plus inquiètes, mais à qui cela ne sert à rien pour l’étude et même perturbe son ménage, et fait d’elle-même l’auteur de ses déplorables malheurs. Il s’ajoute donc aux aspects des planètes l’imagination éveillée de ma mère quand elle me portait (…) ; il s’ajoute encore que je suis né homme et non femme (car c’est en vain que les astrologues cherchent à distinguer le sexe dans le ciel) ; en troisième lieu, je tiens de ma mère son tempérament physique, plus apte à l’étude qu’à tout autre genre de vie ; et quatrièmement, mes parents n’étaient pas riches, n’avaient pas de terre à laquelle j’ai pu me destiner ; cinquièmement, il y avait des écoles avec la libéralité de magistrats en faveur d’enfants doués pour les études. » (Harmonices Mundi)

 

On pouvait avoir comme lui une conjonction Soleil-Mercure en Capricorne, au sextil de Saturne et au carré de Mars, et ne pas être pour autant un esprit éveillé en état de s’intéresser à des choses supérieures, au point de pouvoir devenir un grand savant. Bref, il importe que « l’acquis » vienne en écho de « l’inné » pour que celui-ci se révèle, comme la plante qui a besoin du sol le plus approprié à sa nature pour pousser de son mieux. Le « déterminisme astral » du champ intérieur apparaît en sous-main, bien subtil et latent, mais n’en est pas moins opérant, au point d’autoriser la prévision par les directions et transits.

 

La pratique astrologique du Mathématicien impérial n’est que la face émergée d’un iceberg dont la partie immergée est l’assise où l’astrologie est le double structurel de l’astronomie, dans une fusion grandiose  de la physique céleste et de la métaphysique des cieux, la première étant au matériel ce que la seconde est au spirituel, comme le corps et l’âme de l’univers.

 

Toute l’originalité de la théorie astrologique keplérienne est là qui nous passionne, fondée métaphysiquement dans une démarche spéculative de style transcendantal. Avec lui, notre connaissance retrouve ses sources sacrées dans un retour à la plus haute tradition hermétique (Neptune), tout en rejoignant la modernité par le traitement rationnel d’un modèle architectural (Uranus-Capricorne).

 

Recueillant l’héritage hermétique pythagoricien et platonicien, Kepler adosse son système à une similitude répétée au sein d’une unité, où l’homme est une copie du monde qui est lui-même une copie de Dieu. De là une recherche visant à situer l’agencement divin du cosmos. C’est donc doublement en physicien et en métaphysicien qu’il part à la découverte des rapports significatifs par lesquels le Créateur a signé son œuvre, la pensée d’une Création faite à l’image du Créateur lui servant de garant. Son ambition s’attache à construire un modèle architectonique qui permette de retrouver le plan de la Création en recherchant au-delà des signes, les causes des rapports qui se nouent entre les choses créées. Naturellement, ce sont  les principes de la géométrie qui, seuls, peuvent livrer ce secret architechtonique, cette langue mathématique – langue universelle constituant la commune essence des hommes, des astres et de Dieu – devant révéler la réalisation spatiale de l’archétype divin.

 

Kepler fait retour à la sphérique pythagoricienne : la sphère et ses polyèdres, ainsi que le cercle et les polygones, constituent la matière première du Créateur fondant sa Création. Le cercle est à l’homme, dans la hiérarchie des choses créées, ce que la sphère – volume parfait – est à Dieu. C’est ainsi qu’il met au point un système conceptuel propre à conférer une dignité ontologique aux êtres mathématiques tenus comme fondamentaux : centre, rayon, arc, angle …, investis de propriétés intrinsèques spécifiques, à partir du cercle, schème fondamental de l’être servant d’archétype de toutes choses. La valeur ontologique qu’il accorde à la sphère et au cercle, matrices des rapports mathématiques, causes et modèles premiers de la Nature, autant que figuration de l’âme humaine, constitue un opérateur universel qui, par identité du symbole et du symbolisé, lui permet de remonter à Dieu, cause formelle et finale, ultime donateur de sens. C’est l’analyse syntaxique de la Monade et de ses engendrements : dyade, triade, tétrade, pentade, hexade …qui constitue le registre essentiel de cette sémiologie astrologique ; ce qui explique la place privilégiée occupée par la théorie keplérienne des aspects – ces êtres relationnels – avec son introduction du quintile.

 

Un tel champ sémantique se prête à la formulation de l’âme humaine, en quelque sorte spatialisée dans la configuration de la circularité et de ses entités géométriques. A travers l’harmonie archétypale qui l’habite, l’homme a une perception innée plus ou moins sensible de ces relations mathématiques, ce qui lui permet de se guider intuitivement vers ce qui tend à les rendre significatives. L’éclairage astrologique, en les chargeant de sens, montre l’univers à l’œuvre en sa personne, interprétation devenant une saisie par l’âme de sa propre essence.

 

Qui peut croire que Kepler soit un astrologue du passé ? Ne serait-il pas plutôt celui qui a le plus d’avenir ?

 

 

UN DOUTE SUR L’HEURE NATALE DE KEPLER ?

 

Décidément , même avec Kepler, il sera dit qu’un doute aura pu planer à propos de son heure natale.

 

C’est du moins ce qui ressort de ce commentaire du thème à l’ancienne, avec l’Ascendant à 25° des Gémeaux, présenté par Milan Spürek dans L’Astrologie :

 

« Cet horoscope a été redessiné d’après ses manuscrits posthumes déposés aujourd’hui à Saint-Pétersbourg (auparavant à Pulkovo) et imprimés dans son recueil de travaux (Johannis Kepleri astronomi – Opera omnia V, 476 Notae editoris, Ch. Frisch, Francfort, 1864). La transcription à partir du manuscrit a probablement engendré des erreurs. Ainsi, l’Ascendant est incorrectement situé à 25° des Gémeaux, et les longueurs écliptiques de certaines Maisons opposées ne sont pas identiques, alors qu’elles le devraient. Selon cet horoscope, dont les données natales sont confirmées dans Opera omnia VIII, 672, Kepler serait né le 27 décembre 1571 à 13 h 30 à Magstadt, dans le Wurtemberg. Mais en 1593 , H. Rösslin donnait comme heure de naissance 14 h 30, ce qui diffère d’une heure entière avec la précédente (Kepler, Opera omnia IV, 295). »

 

Soucieux d’une précision documentaire que nous apprécions, notre confrère tchèque, qu’embarrasse un désaccord entre une déclaration d’heure et un thème dressé, devrait, en toute logique, se référer plutôt au calcul final, objet de l’interprétation.

 

Dans son article du n° 5 de L’Astrologue, Walter A. Koch déclare : « Kepler s’est souvent prononcé sur son propre horoscope. C’est ainsi qu’il écrit à propos de la position de ses planètes… (…) où il énumère ses propres configurations, et qui se termine par : L’Ascendant est à 25°des Gémeaux et le Milieu du ciel à 22° du Verseau ». Si lui-même le dit … Et le dessin de son thème, dressé par lui-même selon ces positions, a été reproduit par Wilhelm Knappich à la page 144 de son traité : L’Etre humain dans l’Horoscope. N’est-ce pas concluant ?

 

 

 

G   A   L   I   L   E   E

 

 

Trois  jours différents ont circulé à propos de la naissance de Galileo  Galilée et c’est justement grâce à l’astrologie que son jour exact est connu.

 

Nous devons à Francesco Frisoni d’avoir débroussaillé ce terrain dans le numéro 1 (premier trimestre 1968) de L’Astrologue, où il fait parler l’élève et ami du grand Pisan, Vincento Viviani : « Nacquit donc, Galilée, notre florentin, le jour 15 février 1564, au style romain, un mardi à Pise, à 22 heures et demie, autrement dit à 3 h 30 après-midi, et fut baptisé le 19 février … ». A l’époque en Toscane où la journée commence au coucher du soleil, soit 17 h 30 ce jour-là, 22 h 30 font 16 heures.

 

Mieux encore, dans le n° 20, il nous présente « le thème de Galilée par lui-même ». Ce sont plus exactement deux figures qui nous viennent de sa propre main, l’une dressée avec un Ascendant à 21° du Lion, correspondant à 16 heures, et une autre avec le même à 14° du signe en question. « On a toutes les raisons de croire – dit notre confrère Italien – que dans l’incertitude du moment précis de sa naissance, il ait voulu confronter ces deux versions et qu’après vérification, il ait procédé à la rectification conduisant à la version de 15 h 30. » En outre, dans un article de Linguaggio Astrale n° 88, 3e trimestre 1992 : « Gli Astrologica Nonulla di Galileo », Serena Foglia et Grazia Mirti reproduisent deux thèmes d’époque qui sont conservés à la Bibliothèque de Florence, l’un avec un Ascendant à 9° du Lion et l’autre qui le place à 5° du signe. Pièces versées au dossier de l’article de Grazia Mirti à notre n° 103. Ce sont là des approches. Je retiendrai la seconde version de Galilée lui-même.

 

 

Sur le fond d’un rassemblement de quatre positions en Poissons, dont celle du Soleil maître d’Ascendant, le lever de Jupiter en Cancer et au carré du Milieu du ciel s’impose. La signature est claire : Galilée est d’abord et manifestement un jupitérien. Sur ce tronc central s’embranchent deux courants généraux. D’un côté, un composé Jupiter-Saturne qui va de soi puisque les deux astres sont en conjonction ; et d’un autre côté, un composé Jupiter-Mars, par sextil du second au premier, un Mars du Taureau qu’amplifie une Lune du Bélier en sortie de culmination et au trigone de l’Ascendant.

 

 

 

Voyons d’abord la morphologie du personnage. Le type Jupiter-Mars se campe devant nous avec la trogne imposante d’un homme corpulent ; dans le style « chaud » d’un être bien vivant, taillé en athlète, avec une santé robuste qu’il gardera jusqu’à sa mort à soixante-dix-huit ans, non sans l’avoir entretenue avec les exercices physiques, en particulier la chasse. Le plus célèbre portrait de lui, celui des Offices à Florence, peint par le Flamand Sustermans, exhibe une face pleine et colorée, enveloppée d’une barbe rousse, autoritaire, gratifiée d’un nez charnu, avec un regard bien planté et un air qui en impose. Koestler accrédite cette signature : « Ses premiers portraits nous montrent un jeune homme roux, sanguin, à gros nez et cou de taureau ; les traits sont rudes, le regard orgueilleux. »

 

Dans son impression première, le caractère s’aligne sur ce registre jovi-marsien. Celui d’un être vif, gai, plein d’entrain, qui aime la plaisanterie, la bonne compagnie et le bon vin ; homme d’humeur, aussi prompt à s’irriter qu’à s’apaiser. Le duo Mars-Taureau/Lune-Bélier est chargé d’une note plutonienne (triple conjonction à Soleil-Mercure-Vénus en VIII) ravageuse : la pulsion agressive règne au plus profond de son être et elle le conduira trop souvent à se rendre détestable. Aspect particulier de sa conjonction Mercure-Pluton, le sarcasme affleure vite son esprit imbu de supériorité jovi-léonienne. Sa température le fait autoritaire, présomptueux, arrogant et méprisant ; il tient à avoir raison à tout prix, ne craignant pas de braver l’opinion, se laissant aller à la controverse sur de simples propos de table ou de vulgaires racontards. Ce chicanier va passer sa vie en futiles et pernicieuses polémiques, s’abaissant à des pamphlets où sa veine plutonienne se livre aux pires injures. On sait que cela lui vaudra beaucoup d’ennemis et le conduira au célèbre procès (conjonction Jupiter-Saturne en XII avec Mars en X).

 

Il n’est pas impossible que, par une avidité dramatisant ce fond d’irritabilité, Saturne ait pu contribuer à ce désordre qui n’est pas sans se rapprocher d’une conduite paranoïaque. Quoi qu’il en soit, sur ce versant du duo jovi-marsien nous apparaît un être qui a magnifié son Saturne à son lever en devenant un savant considérable ; naturellement – ce qui nous rappelle Tycho Brahé – un savant extraverti, sensoriel, concret, réaliste.

 

Il était l’aîné de cinq enfants d’une famille de petite noblesse désargentée et son père voulait l’orienter vers une carrière lucrative. C’était sans compter avec la force de son tempérament jovi-marsien, sur ce fond plutonien. Galilée adolescent suit déjà sa propre voie en fabriquant des instruments, des machines. Et puis – au moins là, son esprit critique fait merveille – ce n’est point un garçon disposé à jurer par la parole d’un maître ; il prend même l’habitude de protester contre ce qu’on lui enseigne et ses professeurs se plaignent de son esprit de contradiction ; en réalité, d’emblée, ce turbulent est en révolte contre l’enseignement scolastique. Mais il s’impose si bien par son savoir-faire qui est celui d’un ingénieur, que, sans diplôme conséquent, il accède à vingt-quatre ans à la chaire de mathématiques de l’université de Pise, puis à vingt-huit ans, à celle de Padoue où il restera durant dix-huit ans. Par sa présence attractive et son contact direct, cet enseignant regorge d’étudiants, et pour se donner de l’espace, il fait ses cours en plein air.

 

Comme Newton avec la chute de la pomme – ils ont l’un et l’autre une Lune sortant de culmination – sa vocation lui vient d’une songerie : à un office de la cathédrale de Pise, son regard s’était laissé aller à suivre les oscillations d’une lampe suspendue à la voûte et il y avait perçu un mouvement ordonné. Ce fut le déclic révélateur de sa vocation de physicien.

 

Avec sa force de caractère et son esprit libre – il va vivre non marié avec une Vénitienne en lui faisant plusieurs enfants naturels ! – il n’accepte pas ce qu’on lui transmet sans preuve et ne craint point de s’affronter aux préjugés de son temps. Nouveauté du genre, on voit ce professeur  traîner à l’Arsenal de Venise, en plein chantier de construction de navires, observant une machine dont le principe relève de ses cours, posant des questions et prenant des notes. C’est un parfait technicien, au savoir concret, pour qui la seule chose vraiment solide est le résultat de l’expérience, pratiquement vérifié.

 

Ce qui l’intéresse avant tout, c’est le mouvement. Or, il présente une configuration générale qui est le plus à même d’en rendre compte. En effet, son Soleil, maître d’Ascendant, est en double carré d’une opposition Uranus-Neptune, ce triangle tensionnel se logeant dans les signes « mobiles ». Bien sûr, ce mouvement d’objets étudiés, c’est de ses propres yeux qu’il veut l’observer pour s’en faire une vérité personnelle.

 

En s’attaquant à la chute des corps, il va bien vite remettre en question l’enseignement d’Aristote qui prétendait que la vitesse de leur chute est fonction de leur poids. Faisant tomber en même temps du haut d’une tour un boulet d’une livre et un autre de dix livres aux formes et diamètres semblables, il constate que ceux-ci touchent le sol au même instant ; preuve d’une uniformité de ce mouvement. Il étudie de plus près celui-ci sur des plans inclinés de quatorze mètres de long, en laissant glisser des billes de laiton dans des rainures, mesurant leurs durées de traversée avec une horloge à eau. Il s’attaque ensuite à la balistique pour identifier la trajectoire des protectiles. Les pointeurs savaient déjà qu’il fallait viser haut pour atteindre un but à distance, mais au jugé. Galilée démontre que cette trajectoire est une parabole et il dresse une table de calculs indiquant la hauteur nécessaire en fonction de la distance de l’objectif à atteindre. On ne saurait trop s’étonner de la présence de Mars en secteur X, un Mars bien physique du Taureau. Finalement, avec son dernier livre : Discours sur deux sciences nouvelles (1638), il est le véritable fondateur de la physique expérimentale moderne qu’est la « dynamique », science du mouvement des forces en présence.

 

Il faut voir essentiellement cette créativité à l’image de la configuration de tension ultime que symbolise le triangle rectangle en T où le Soleil (maître d’Ascendant) est, par ses deux carrés, perpendiculaire à l’axe opposition Uranus-Neptune, chargé par l’alignement de Mars, et en lieux de signes mobiles.

 

Ce qui justifie cette interprétation, c’est qu’on retrouve ce genre de configuration dans des cas d’aventures similaires : Denis Papin (Chitenay près de Blois, 22-08-1647, e.c.), dont le Soleil conjoint à Jupiter est en double carré d’une opposition de Saturne-Pluton en Gémeaux à Uranus-Neptune en Sagittaire : il découvre la force élastique de la vapeur d’eau, sa « marmite à vapeur » et le principe d’une « machine à feu », dite atmosphérique, avec le mouvement alternatif de va-et-vient d’un piston dans un cylindre (1687). Thomas Newcomen (Darmouth, 28-02-1663, Enc. Britan.) dont le Soleil conjoint à Vénus est en double carré de Jupiter-Saturne en Sagittaire et de Pluton en Gémeaux : créateur d’une « machine à feu » en 1712, donnant sa forme définitive à la chaudière de la machine à vapeur, devenue fonctionnelle. James Watt (Greenock, Ecosse, 19-01-1736, E.B.), de la génération de la nouvelle opposition Uranus-Neptune du Sagittaire aux Gémeaux, grâce auquel l’appareil passe à l’application industrielle : sa conjonction Soleil-Jupiter du Capricorne, reliée à cette opposition, ne saurait mieux symboliser le « kilowattt ». Et même, au-delà du  grand cycle, Nicolas Léonard Sadi Carnot (Paris, 01-06-1796, 18 h, e.c.), dont le Soleil conjoint à Saturne est une fois de plus en double carré d’une opposition, cette fois de Jupiter des Poissons à Uranus en Vierge : ayant analysé le rôle de la chaleur et la puissance motrice du feu dans les machines à vapeur, il fonde le concept d’énergie et établit un des principes fondamentaux de la thermodynamique. Galilée est de la même famille astrologique que ces divers fondateurs : êtres en état de suprême tension intérieure et parvenant à objectiver ce climat interne d’éclatement en création dynamique.

 

On retient sa grande loi de la chute des corps : vitesse de chute proportionnelle au temps, sa longueur dépendant du carré de sa durée, ce qui fait qu’au bout d’un temps double, le corps a parcouru une distance quadruple. Car, avec lui, la physique se saturnise :

 

Le livre de la Nature est écrit en caractères mathématiques.

 

C’est cette loi, complémentaire à celle de Kepler, qui permettra à Newton d’aboutir à sa grande découverte de l’attraction universelle.

 

Pour l’essentiel, Galilée est donc un jupitérien aux pieds bien plantés au sol, et, disons-le sans dévalorisation, un scientifique bassement occupé de choses matérielles. Il faut se représenter  la quotidienneté de ce terrien confortablement installé dans la pratique de son atelier de mécanique, aidé de bons artisans et entouré d’outils de toutes sortes, inventant et construisant ses instruments : règle à calcul nouvelle, balance hydrostatique, thermoscope préfigurant le thermomètre … Rien ne paraissait le destiner à passer des choses d’ici-bas à celles d’en haut, sauf, toutefois, que sa conjonction planétaire des Poissons pouvait un jour le hisser sur la piste de l’infiniment grand de l’océan cosmique.

 

Il fallut pour cela le truchement d’un instrument inédit : l’entrée fracassante de la lunette grossissante, passage décisif de l’observation du ciel à l’œil nu à son observation instrumentale, de puissance oculaire démultipliée. Or, Galilée était mieux placé que personne pour être le protagoniste de cette révolution. Certes, ce n’est pas lui qui a inventé cette lunette, apparue en 1608 chez le lunetier hollandais Lippershey ; mais, bien vite, cet industrieux s’en construit une d’après le même principe. Le 27 août 1609, il invite les notables du Sénat de Venise en haut du campanile de Saint-Marc à mettre l’œil à son appareil : ceux-ci, ébahis, distinguent les gens de Murano et même aperçoivent  le haut de l’église de Padoue !

 

Naturellement, il ne restait qu’à braquer l’instrument en direction du firmament et rien ne pouvait être plus parfait que les cieux s’approchant du regard de ce visuel ! Lui pour qui « voir de ses propres yeux » est la condition la plus sûre pour atteindre la vérité, va faire soudain une percée sensationnelle.

 

Le premier objet céleste vers lequel il braque sa nouvelle lunette qui grossit vingt fois est, naturellement, la Lune. L’axiome scolastique attribuait aux corps célestes une sphéricité parfaite, devant être une boule lisse, pure,, polie comme du cristal. Surprise première : c’est une lune nouvelle – la sienne, qui culmine, est une nouvelle lune du Bélier – qu’il révèle au monde, l’ayant du premier coup d’œil découverte avec son relief accidenté, ses cratères, vallées et montagnes. Un vrai sacrilège plutonien qui lui va à merveille. Et puis, ce super-Poissons est le premier homme au monde qui a la révélation du foisonnement lumineux du fond étoilé de notre galaxie, ce spectacle des cieux touchant l’insondable.

 

Arrive ensuite le coup de théâtre, venant de sa cinquième lunette qui grossit trente fois : le jupitérien faisant la découverte de sa planète et le ciel devenu son grand spectacle :

 

Le 7 janvier de cette année 1610, à la première heure de la nuit, alors que je regardais les astres à la lunette, Jupiter se présenta à moi ; et comme j’avais mis au point un instrument vraiment excellent, j’aperçus près de la planète trois astres …

 

Le lendemain, il trouve que ces astres ont bougé depuis la veille : ce sont des lunes qui tournent autour de lui et il découvre un quatrième satellite de Jupiter quelques jours plus tard.. Ce fruit grandiose lui arrive alors que Uranus et Jupiter à 9° et 12° des Gémeaux, transitent son Neptune en X, régent de la conjonction solaire des Poissons. Et la percée fantastique de sa longue vue se poursuit avec d’autres surprises : découverte des phases de Vénus, des taches du soleil …

 

En cette entrée du XVIIe siècle, nous sommes à un tournant de la connaissance, marqué par une conjonction Uranus-Pluton en Bélier et au trigone de Neptune en Lion. Le savoir scientifique fait un bond décisif par la mutation d’un esprit nouveau qui se donne des objectifs d’extraversion, le monde étant à conquérir. Avec sa conjonction Soleil-Pluton en VIII, Galilée se plait à ruiner l’autorité des Anciens et à ce que meurent leurs dieux. Sa lunette fait voler en éclats les antiques croyances du visuel, celle d’une astronomie spectatrice où les corps célestes sont vus nus, au regard de ses propres yeux. Ce n’est d’ailleurs, avec Kepler et Galilée, qu’à ce cap du nouveau siècle, que la nouvelle astronomie manifeste tout son pouvoir révolutionnaire, en faisant exploser la révolution copernicienne.

 

Si le livre des Révolutions de Copernic avait fait si peu de bruit et si même la révélation des lois de Kepler n’en avait pas fait davantage, en revanche, le Messager céleste (1610) de Galilée, qui relate ses découvertes en style direct, secoue le monde des savants qui se sentent atteints en pleine poitrine !

 

C’est d’ailleurs – Mars en X, outre les transits évoqués à l’instant qui mettent en branle sa grande opposition – presque aussitôt la guerre sur la question même de savoir si ces satellites jupitériens existent réellement. Tout le monde n’a pas comme lui un œil gaillard bien entraîné. Son rival, Magini, organise à Bologne une soirée de savants où le découvreur est invité à leur faire voir ces phénomènes à sa lunette. Pas un seul des membres de la compagnie ne se déclare convaincu de leur existence. Mémorable nuit où le Père Clavius, patron des astronomes du pape, ne voit rien, Crémonini refusant même de mettre l’œil à l’oculaire. Comme ce dernier mourut peu après, Galilée se fit quelques ennemis de plus en disant, sarcastique, que, n’ayant pas voulu voir ses célestes babioles quand il était sur terre, maintenant qu’il est au ciel, elles ne lui échapperont pas. Le seul qui croit à l’existence de ces satellites dits galiléens, sans pourtant les avoir vus, est Kepler, prenant seul publiquement sa défense.

 

On a l’impression que Galilée profite de la situation pour se faire détester. Si le Poissons saturnisé Copernic est un silencieux réfugié dans l’anonymat, et si le Saturnien de la VI Kepler est un modeste qui ne fait pas de bruit, notre jovi-marsien-léonien à la Lune-Bélier culminante joue les vedettes tapageuses, avec arrogance. Et, curieusement, cet extraverti au complexe spectaculaire n’en passe pas moins par le voilé Poissons et même le secret plutonien, en ayant recours au grimoire de l’anagramme pour masquer ses découvertes, de crainte qu’un collègue puisse le doubler (anagramme de La mère des amours imite les figures de Diane se rapportant à la découverte des phases de Vénus). Et ses premières découvertes faites, tout se passe comme si l’exploitation du ciel à la lunette devenait son domaine réservé, un monopole qui promet assurément des affrontements.

 

Tout comme Neptune, fortuitement perçu par lui à deux reprises, il n‘est pas sûr que Galilée ait été le premier à percevoir ses premières découvertes, mais il est le premier à les faire connaître et à les décrire avec exactitude, sa renommée étant pleinement justifiée. Mais c’est le plus naturellement du monde qu’il va revendiquer la priorité de la découverte des taches du soleil, plus ou moins vues en même temps par Fabricius, Harriot et surtout le Père Scheiner, premier à en rendre compte par courrier à Kepler en 1612. De là une querelle à propos de ces taches solaires qui va engendrer l’hostilité de la compagnie de Jésus. On voit ici à l’œuvre son propre Soleil dissonant.

 

C’est d’ailleurs – venant un quart de siècle derrière Kepler avec son Mysterium (1596) – dans ses Lettres concernant les taches solaires de 1613 que Galilée, enfin, s’engage publiquement en faveur du système de Copernic. Ainsi nous acheminons-nous vers le scandale spectaculaire qu’est le fameux procès de Galilée !

 

Rien ne le symbolise mieux que l’opposition Uranus-Neptune qui, chez l’intéressé lui-même, est fortement valorisée dans le sens du conflit par le double carré du Soleil (maître d’Ascendant) à l’un et l’autre et par la participation de Mars en X, conjoint à l’un et opposé à l’autre.

 

C’est sous le pontificat de Urbain VIII (1623-1644) que sera prononcée la sentence du Saint-Siège. Né à Florence le 5 avril 1568, ce pape est de la même génération de l’opposition Uranus-Neptune que chargent dans son cas particulier les carrés d’une opposition perpendiculaire de Saturne en Vierge et de Pluton en Poissons (outre que son Mars à 1° du Lion tombe sur la conjonction Jupiter-Saturne du savant). Déjà, le 5 mars 1616 – nous sommes sous un carré Uranus-Neptune dissoné par Jupiter – le Saint-Office avait condamné la thèse de Copernic. C’était sous le pontificat de Paul V, né à Rome le 17 septembre 1552, celui-ci étant marqué par une opposition de Saturne du Verseau à l’Ascendant à Jupiter du Lion au Descendant.

 

Habitée par cette grande opposition Uranus-Neptune, cette génération Galilée-Urbain VIII allait vivre la mémorable tranche d’histoire d’un conflit ultime entre la science et la religion, d’un divorce de la « foi aveugle » et des « lumières de la raison ». Schisme grandiose où Galilée élève son destin au pinacle de la légende dorée : pénitent revêtu de la chemise blanche, agenouillé devant ses juges faisant lecture de la sentence et tenu d’abjurer à haute voix le mouvement de la Terre ! Condamnation prononcée le 22 juin 1633, alors que – pouvait-on trouver mieux ? – son opposition natale est visitée par une triple opposition céleste,  Mars, Mercure et Jupiter étant à 5°, 12° et 14° des Gémeaux, en même temps que Saturne à 4°du Sagittaire ; et Pluton à 25° du Taureau joignait son Mars !

 

La scène s’est prêtée à une image d’Epinal historique. Certes, l’Eglise s’est alors enlisée dans un combat d’arrière-garde contre la levée d’une science en marche commençant à ruiner l’image d’un monde ordonné aux vérités de la foi, mais son obscurantisme n’était pas obtus. La Compagnie de Jésus, avant-garde intellectuelle de l’Eglise catholique, s’éloignait d’Aristote et de Ptolémée, commençait à incliner vers le système de Tycho Brahé, et il n’était pas question de condamner le système de Copernic en tant qu’hypothèse. Outre que Paul V reçut en 1616 le grand savant en audience privée, que les jésuites lui firent les honneurs du Collège de Rome, unanimes à saluer ses découvertes. On aurait pu faire le passage d’une acceptation de l’hypothèse héliocentrique à celle de sa réalité, moyennant des preuves étayées et du temps.

 

De son côté, Galilée n’est nullement une Jeanne d’Arc. Si, dans sa lettre de 1597 à Kepler, il se déclare copernicien convaincu depuis sa jeunesse, cela ne l’empêche pas de continuer d’enseigner dans ses cours l’astronomie de Ptolémée, répudiant même expressément Kepler, et cela jusqu’en 1613. Nulle crainte pourtant de l’Eglise qui encourage même de discuter le sujet, à condition de s’en tenir au débat scientifique, sans empiéter sur la théologie. Faut-il croire que, pour cet homme acerbe, la moquerie des autres ait pu suffire à le mettre à ce point en réserve ?

 

Puis, devenu depuis 1610 chef mathématicien et philosophe des Médicis à Florence, l’homme s’enhardit au-delà de sa mesure à prouver formellement le fait héliocentrique. Certes, ses découvertes sont de fortes présomptions en faveur du système de Copernic : les phases de Vénus prouvant que la planète, tantôt devant, tantôt derrière le Soleil, tourne autour de lui ; les satellites de Jupiter et, surtout, grâce à l’observation de ses taches, le mouvement du Soleil entier, tournant sui lui-même à une vitesse uniforme : pourquoi la Terre n’en ferait-elle pas autant ? Mais l’homme s’enferre véritablement à la recherche d’une démonstration plus convaincante qui lui échappe, allant même jusqu’à invoquer une théorie des marées erronée. S’il avait lu suffisamment Kepler, il ne se serait pas égaré à ce point.

 

Malgré ses ressources insuffisantes pour convaincre tout à fait ses adversaires, Galilée est parti en guerre contre eux comme un homme qui en sait supérieurement et entend en imposer orgueilleusement aux autres. Usant du sarcasme, il en vient même à ridiculiser le pape – sinon c’est tout comme – dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (1632). Goutte d’eau faisant déborder le vase : c’est cet orgueil qu’il fallait humilier, afin de montrer que personne, pas même lui, n’avait le droit de bafouer les autorités religieuses. Et quelle suprême mortification pour un homme dont le Soleil maître d’Ascendant est conjoint à Pluton en VIII ! Outre que ce fut un effondrement  bien compréhensible pour cet illustre savant entré dans la vieillesse. Mais, en dépit de la légende, il ne connut pas le cachot et fut bien traité, puis il recouvrit la liberté.

 

Après ce drame, Galilée a encore une décennie à vivre. Il emploiera son temps à parfaire son œuvre de physicien en publiant en 1638 son ouvrage le plus important : Discours sur deux sciences nouvelles. Le vieil homme indomptable sait que les savants de toute l’Europe le lisent. Il sait aussi que ce livre sonne le glas des idées d’Aristote, une victoire finale de sa même conjonction soli-plutonienne en VIII. Victoire d’un être allé jusqu’au bout de lui-même, dépassant même les bornes et subissant les contrecoups de ses excès. Au point que l’on peut se demander si cette même conjonction solaire n’explique pas aussi le Galilée final devenu aveugle, répression et retournement auto-punitif d’un grand esprit ayant bravé la lumière.

 

Il devait mourir d’un accès de fièvre, à Arcetri près de Florence, le 8 janvier 1642 : Saturne à 9° des Poissons transitait sa conjonction solaire en VIII, sous le carré de Mars à 7° du Sagittaire, lui-même sur son Uranus.

 

 

Galilée  et  l’ Astrologie

 

 

Francesco Frisoni a fort bien traité ce sujet dans les numéros 1 et 16 (4e trimestre 1971) de L’Astrologue, au point que nous n’avons pas lieu, ici, de nous y attarder. Il y énumère l’ensemble des indices qui justifient l’attachement de Galilée à sa pratique astrologique : élaborations de thèmes divers, familiaux, amicaux et autres ; soin mis à leur interprétation et recours à des confrères en cas d’embarras ; conservation de ces documents laissés à la postérité ; bibliothèque astrologique pourvue ; énoncé d’arguments théoriques en faveur de notre discipline en plusieurs circonstances.

 

Notamment cet argument galiléen :

 

Mais si quelqu’un voulait se limiter à nier les influx là où la lumière des corps célestes influents n’arrive pas, et donc à dire que le mouvement sans lumière est inefficace, je lui demanderais quelle lumière ont ces lieux du ciel où il n’y a aucune étoile, lieux dénués de lumière comme l’Ascendant, le Milieu du ciel, la Part de Fortune, etc., ainsi que tous les autres lieux que les astrologues déplacent par « direction » et qui, sans nulle étoile, produisent tous des effets.

 


Le thème de Galilée par lui-même.

 

Comme Kepler qui en fournit toutes les raisons dans son Tertius interveniens, thèse 40, Galilée n’est pas le moins du monde troublé dans sa conviction astrologique par le passage du système géocentrique au système héliocentrique, convenant qu’il faut focaliser la configuration astrale à notre lieu existentiel où l’astre n’en continue pas moins de se lever, de culminer ..

 

Mais en bon réaliste, il devait savoir ses limites en la matière, non sans connaître aussi la subtilité du sujet. Aussi n’est-on pas étonné de son jugement vis-à-vis du passionné Morin de Villefranche, avec qui il entretient quelque correspondance :

 

Je suis émerveillé de l’estime vraiment grande en laquelle il tient la Judiciaire et qu’il prétende établir la certitude de l’Astrologie par ses conjectures. Et ce serait une chose vraiment admirable si, avec sa certitude, il arrivait à placer l’Astrologie dans le fauteuil supérieur de la Science, comme il le promet ; et j’attendrai avec grand  intérêt une si merveilleuse nouvelle.

 

N’était-ce pas là un doute raisonnable ? C’est Morin l’excessif qui ne l’était pas, lui qui n’acceptait que le système de Tycho Brahé et qui ose, dans ses partisanes Remarques astrologiques, fustiger « Kepler et autres ignorants des vrais principes de l’astrologie », Kepler qu’il juge au surplus « fort mauvais physicien » …

 

 

 

 

I S A A C     N E W T O N

 

 

Un an après le décès de Galilée naissait en Angleterre, au comté de Lincoln, dans une ferme de Woolsthorpe, Isaac Newton, si débile et si menu, au dire de la mère, qu’il aurait pu tenir dans un pot d’un litre. C’était le 25 décembre 1642, soit dans notre calendrier le dimanche 4 janvier 1643. On ne possède pas la carte du ciel qu’il n’a pas dû manquer de calculer pour lui-même ; document qui a pu disparaître dans l’incendie qui détruisit une partie de ses papiers, qui a pu aussi bien avoir escamoté volontairement par quelque anti-astrologue, ou – qui sait ? – que l’on peut encore retrouver un jour.

 

Ce serait sous le coup d’une heure du matin, si l’on s’en tient à la version du Britannique Alfred Pearce (1840-1923), dans sa revue Urania en 1899 ; donnée retransmise par Alan Leo dans ses 1001 Nativities. D’où provient cette précision horaire ? La source (il faut espérer qu’il y en ait une et qui soit sérieuse) s’est volatilisée. Il circule depuis une version proche de deux heures du matin, sans que l’on sache davantage d’où vient cette indication. Avouons, cette fois, la précarité de notre base de travail, mais la règne du jeu de l’interprétation va nous aider à départager sans mal les concurrents, si du moins la naissance est survenue dans l’entrée de cette journée.

 

 

Dans la première version, le Milieu du ciel est à 26° du Cancer, alors qu’il saute à 9° du Lion dans la seconde, l’Ascendant passant de 20° à 29° de la Balance. Rien que de savoir seulement – car le cas est extrême – que Newton resta célibataire et sans aucune vie amoureuse, exclut manu militari le parfait trigone d’un Ascendant-Balance à une Vénus seconde maîtresse de VII en IV ; d’autant que la vie familiale d’enfant eut dû y être heureuse (version seconde de 2 h). Newton n’est assurément pas un vénusien. En revanche, la version première de 1 h capricornise davantage (le Soleil quitte le Fond du ciel) et saturnise fortement l’homme par le trigone de l’astre au Milieu du ciel et son quinconce à l’Ascendant ; outre que le carré de Saturne maître de IV à Mercure maître de VIII convient mieux à son épreuve familiale initiale qui a dû fortement le marquer.

 

Son père mourut trois mois avant sa naissance et, à ses trois ans, sa mère se remaria en larguant son fils à une grand-mère et une tante qui prirent soin de sa faible constitution. Or, le petit Isaac prit ombrage de ce remariage, se souvenant plus tard « d’avoir menacé mon père et ma mère Smith de les brûler vifs, eux et leur maison » ! Cette frustrante exclusion saturnienne a dû l’avoir marqué à tout jamais. Il faut ajouter que la Vénus en IV est triplement dissonée au Soleil, à Neptune et à Pluton en VIII, d’autant que son gérant, Uranus, est en Scorpion en I, opposé à Mars et au sesqui-carré d’une Lune entrant en opposition du Soleil. Veuve une seconde fois avec trois jeunes enfants, la mère reprend son fils à ses onze ans et entend en faire un fermier, mais il lui imposera un retour au collège …

 

 

On a de lui le portrait académique qui figure à l’édition de 1726 de ses Principia. C’est le tableau de John Vanderbank exposé à la National Gallery de Londres. Sexagénaire doctement installé et se tenant droit, la main droite posée sur le bras du fauteuil et la gauche touchant un livre sur sa table, qu’on imagine être son ouvrage. L’homme, de taille moyenne, a acquis de la robustesse ; le teint est coloré et l’expression est faite d’anxiété retenue, de sévérité, de réflexion méditative. On a aussi de lui, reproduit ici,  un autre portrait de G. Kneller, également à la National Gallery, où on le voit attifé d’une perruque envahissante qui rétrécit un visage quasi-crispé, tendu, grinçant, revêche. La note saturnienne est bien là.

 

Ce que l’on sait de son caractère met en valeur l’axe luni-solaire qui paraît bien, en effet, sortir du passage au méridien.

 

D’un côté, c’est une pleine lune du Cancer qui vient de culminer, sur le fond saturnien de l’autre pôle. On nous présente communément Newton comme un homme qui s’évade du milieu immédiat, toujours plus ou moins « dans la lune » ; un schizoïde dépourvu de sens pratique. Les moindres choses, les plus humbles phénomènes de la vie quotidienne ou les circonstances diverses le mettent en état de songerie, de contemplation. A son nom s’associe l’image populaire du jeune homme méditant, assis au pied d’un arbre et assistant à la chute d’une pomme. Le rêve d’une lune saturnisée débouche sur cette méditation : pourquoi la lune ne tombe-t-elle pas comme cette pomme ? Il mettra vingt ans pour trouver la réponse.

 

En face sort du Fond du ciel le Soleil du Capricorne, entrant au sextil (Jupiter fait le relais) de Saturne, lequel est tout à la fois en aspect de l’Ascendant, du Milieu du ciel et de Mercure, le Soleil et Vénus relevant aussi de sa maîtrise. Ce saturnien ne saurait nous échapper. On lui attribue un caractère tranquille mais craintif et soupçonneux. C’est un introverti taciturne, continuellement plongé dans ses pensées, parlant peu et mal, s’intéressant d’ailleurs médiocrement à ses interlocuteurs. Plutôt ours, donc, et assez sombre. L’étudiant qui fut son assistant pendant cinq ans, entre 1685 et 1690, prétendra ne l’avoir entendu rire qu’une seule fois, lorsque quelqu’un lui demanda l’intérêt qu’il pouvait bien avoir à lire Euclide. De plus, l’homme a des goûts simples et est d’une modestie exemplaire

 

            Si j’ai pu voir loin, c’est parce que des géants m’ont porté sur leurs épaules.

 

La fortune et les honneurs n’eurent aucun effet sur son comportement et, malgré une susceptibilité maladive le conduisant à des querelles de préséance, il n’est pas dans sa manière de se croire supérieur aux autres.

 

J’ignore ce que le monde pensera de mes œuvres, mais il me semble que j’ai été comme un petit garçon jouant au bord de la mer, trouvant ici un galet mieux poli, là une coquille plus agréablement nacrée, tandis que l’océan infini de vérité m’offrait son immensité inexplorée.

 

Image lunaire où le vieux penseur n’a rien perdu de la grâce de l’enfance. Au surplus, l’homme est pieux et très austère, foncièrement renonciateur, mettant toutes ses inhibitions à son service. A celui qui lui demanda pourquoi il ne fumait pas, il répondit qu’il ne voulait pas se créer de nouveaux besoins. Démarche réductive, répressive même, d’ascète. Ce qui le conduisit jusqu’à se refuser même une vie amoureuse, le seul contact féminin auquel il fut sensible ayant été son agréable nièce, hôtesse de sa confortable demeure (Vénus en IV).

 

Dans son Traité de Caractérologie (P.U.F., 1945), René Le Senne le classe parmi les Passionnés (Emotif-Actif-Secondaire), en raison de la supérieure ambition intellectuelle qui le porte : état de sommet que nous pouvons mettre sur le compte d’un Soleil exceptionnellement  aspecté avec l’ensemble des planètes, pour peu que l’on accorde un maximum d’orbe, outre son antisce avec Mercure. Ce qui sied idéalement à cet apôtre de la lumière mathématique, ainsi qu’au savant de l’optique qui décomposa et recomposa par le prisme en verre le spectre du rayon lumineux. Mais si le savant en fonction est un Passionné, l’homme lui-même est bien plutôt un Flegmatique (non-Emotif-Actif-Secondaire). Ce « Froid » en a tous les attributs : froideur, persévérance, pondération, sobriété et tempérance, simplicité, vertus objectives, intérêts intellectuels, abaissement des intérêts affectifs et personnels.

 

En introduction, Le Senne insiste sur le calme, le silence de ce type, le plus simple des hommes, qui a si peu de goût pour le monde. On peut proposer divers contenus à cette manière d’être si distant, de se tenir si lointain des autres, la schizoïdie luni-saturnienne y tenant sa place, sans doute. De fait, étranger à autrui sans le vouloir forcément, , Newton ne fut pas d’un comportement  facile. La serviabilité qu’on lui impute n’aurait été qu’une façon de se débarrasser au plus vite de ses visiteurs. A Cambridge où il enseigne pendant trente ans – un cycle saturnien – il n’y a pas affluence à ses cours et il est même ravi lorsque aucun auditeur n’est présent ; outre qu’il sera sans véritable disciple. A un de ses rares amis, il déclare : Gardez-vous de faire connaître mon nom ; cela pourrait augmenter le nombre de mes relations, ce que je tien particulièrement à éviter. Il avait fini par se laisser élire député à la Chambre des Communes, mais s’il assista aux séances en fonctionnaire consciencieux, il y demeura absolument muet.

 

N’empêche : la compression des retenues d’excessives inhibitions devait finir un jour en explosion. Sous cette chape de repli forcené couvait le feu d’une opposition d’Uranus du Scorpion en I à Mars du Taureau en VII, le blocage éclatant en terribles accès de colère.

 

Ce Mars oppositionnel en VII constitue même tout un programme bagarreur de son existence. Newton ne redoute rien tant que de voir ses publications soumises à la critique. Sa vie est, de ce fait, jalonnée de grands combats. Un duel énorme l’opposera à Leibniz (entre eux, il y a oppositions Soleil-Soleil et Mercure-Mercure) pour la priorité de la découverte du calcul infinitésimal. Spectacle du siècle ! Chacun d’eux l’avait découvert à peu près en même temps, mais Newton accuse Leibniz de plagiat dans un véritable acharnement à nuire, tel un adversaire à abattre. Le grand Allemand mourut en 1716, avant que Newton n’ait épuisé sa rage, mais remporta une victoire posthume, puisque ce sont ses symboles ainsi que la dénomination de « calcul intégral » que les savants adoptèrent. En 1686, c’est, cette fois, Robert Hooke (une opposition Lune-Mars de celui-ci se superpose à celle des luminaires de Newton) qui crie au plagiat à la parution de ses Principes, en raison des communications qu’il avait adressées à son collègue une douzaine d’années auparavant, mais sa vérité aperçue n’était toutefois pas une vérité démontrée. Pendant dix-sept années jusqu’à sa mort – un Mars du Taureau ne lâche pas – Hooke restera son grand ennemi et il subira sa hargne. Et puis encore, quelles scènes d’invectives à l’adresse de John Flamsteed (confrontation de carré Mercure-Mars à carré Mercure/Jupiter-Saturne) qu’il couvre d’injures ! Malheureux astronome de la Cour qu’il empêche de publier le fruit de tout une vie de recherches … Le saturnien a laissé la place à un uranien dissoné, ultra-tendu, livré à ses passes d’armes marsiennes.

 

C’est ainsi qu’il est jugé comme Président de la Royal Society, fonction qu’il occupe depuis 1703 et durant vingt-cinq ans. Abandonné à ses querelles acrimonieuses et intrigues vengeresses au sein de cette société de savants, son comportement finit par être celui d’un dictateur. L’homme est comme abîmé par son inadaptation profonde dans sa relation au monde.

 

Cette vulnérabilité de son extériorisation est la rançon d’une grandeur tournée en sens inverse, car Newton est essentiellement un être d’intériorité. Toute la profondeur du personnage tient à ce Soleil du Capricorne sortant du Fond du ciel et ramifié à l’ensemble planétaire. Une profondeur qui s’exprime en une énorme capacité d’intériorisation unifiante. Dans son cas saturnien, en puissance de réflexion dans une extrême concentration de pensée, être tout ramassé par l’absorption de son esprit, au point d’oublier le boire et le manger et jusqu’à tomber de sommeil.

 

-          Comment, lui a-t-on demandé, êtes-vous parvenu à vos découvertes ?

-          En y pensant toujours.

 

Il faut convenir que sa configuration est prodigieuse, avec son Soleil au double sextil d’un trigone d’une conjonction Jupiter-Saturne à Uranus, puissant trigone auquel Mercure participe par son carré à Saturne. Il fallait bien une configuration grandiose de ce genre chez cet homme dont le pouvoir de l’intelligence a abouti à l’immense découverte qui l’immortalise : l’attraction universelle et la fondation scientifique de la cosmologie.

 

Jamais, d’ailleurs, un Soleil en III n’aura été plus brillant : s’il est un livre qui compte dans l’histoire de l’humanité – guide majeur de la pensée scientifique jusqu’au XXe siècle – c’est bien son ouvrage paru en 1687 : Principes de la Philosophie naturelle (Neptune transitait son Jupiter).

 

Ce fruit jupitérien fut chèrement payé. Pendant les deux années consacrées à sa rédaction – au feu du transit d’Uranus sur son Mars - , plongé dans les méditations les plus profondes, Newton ne vécut que pour calculer et penser, vivant dans une extrême tension d’esprit, au détriment de ses besoins corporels et de sa santé, s’effaçant dans le vertige d’une grande lumière spirituelle. Surmenage et compression extrême qui devaient être payés par le choc d’un vide intérieur au transit de Neptune sur son Saturne (il s’agit, plus largement, du passage d’un carré  Saturne-Neptune sur son carré Mercure-Saturne ; peut-être aussi, Pluton à la fin du Cancer, transite-t-il son Milieu du ciel) en 1692-1693. Au cours de cette énorme dépression, il connut même un état de démence. Ici, on pense, naturellement aussi, au balancement des extrêmes, caractéristique de l’opposition angulaire de ses luminaires. Newton se récupéra lentement, mais son génie était amoindri et il ne fit plus de grandes découvertes.

 

 

L’un de ses plus beaux fruits jupitériens (au transit d’Uranus sur Jupiter) avait été sa présentation en janvier 1672, à la Royal Society, du premier télescope. Jusque là, on se servait de lunettes à réfraction munies de lentilles grossissantes ; son appareil préconisait des miroirs concaves plus pratiques et d’une plus grande efficacité, ce premier grossissant 40 fois. Ce sera le point de départ d’un perfectionnement d’appareils géants conduisant à la conquête optique du ciel. Cette ère du télescope naissait au passage d’Uranus en Poissons. Et n’est-ce pas Neptune en Poissons qui allait accompagner la sortie de ses Principes ?

 

Couronnement : Uranus sortait du Milieu du ciel lorsqu’en 1705 à Cambridge, Newton était fait chevalier par la reine Anne. Jamais aucun savant n’avait encore fait l’objet d’une telle distinction. Deux ans plus tôt, il avait été élu Président de la Royal Society, dont il était membre depuis déjà trente ans, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort. On sait déjà les rapports déplorables qu’il eut avec ses collègues, et, à ce propos, on peut aussi s’interroger si une dyspepsie chronique (Lune-Cancer dissonée), transférant ses aigreurs à sa propre humeur, n’a pas joué silencieusement son rôle dans le comportement chagrin qui fut le sien vis-à-vis d’eux.

 

Par le pôle capricornien, cette fois, il était aussi atteint de « la pierre », joli mot saturnien évoquant les arthritiques calculs ( !) biliaires, rénaux et urinaires. Et c’est d’ailleurs de cela qu’il devait mourir, à Kensington près de Londres, le 20/31 mars 1727. A 4° des Gémeaux, Neptune transitait son Pluton en VIII, tandis que se bouclait son année uranienne, l’astre, à 17° du Scorpion, repassant sur lui-même, sous le carré de Saturne à 12° du Verseau.

 

 

Newton  et  l ‘ Astrologie

 

-          Monsieur, je l’ai étudiée, vous pas !

 

C’est ainsi que Newton aurait remis à sa place Halley venant d’exprimer son scepticisme astrologique. Cette anecdote, rapportée par Sépharial et, depuis, ressassée indéfiniment, a longtemps laissé croire qu’il était acquis à l’astrologie. Si une telle conversation eut lieu, comme on le suppose, on présume que cela s’adressait à un sujet d’ordre religieux.

 

Le débat à propos de la relation de Newton avec l’astrologie est loin d’être clos et donne lieu à de périodiques notes d’information dans la presse astrologique britannique. Relevons en particulier deux interventions dans The Astrological Journal, de Nick Kollerstrom (novembre-décembre 1988) et de Nicholas Campion (mars-avril 1989), qui tentent d’éclaircir la question en se référant aux meilleures sources : T. G. Cowling : Isaac Newton and Astrology, Leeds University press, 1977 ; R. S. Westfall : Contemporary/Newtonian Research, Ed. Boydell Press, 1983 ; Patrick Curry : Astrology, Science and Society, Boydell Press, 1987 ; outré A History  of Western de J. Tester.

 

Il est établi qu’à la dernière année de preparation à sa licence en 1660, Newton désirait poursuivre sa formation mathématique pour une compréhension avisée de l’astronomie, et, selon ses propres dires, de l’astrologie elle-même. Quant à savoir ce qui en est advenu, une conclusion claire et décisive est toujours en attente.

 

Pour l’historien scientifique de Cambridge, Patrick Curry, Newton y était hostile, mais ses charges s’adressaient  plus aux astrologues, et quand il l’impliquait elle-même, c’était moins par justification scientifique qu’en raison de ses convictions théologiques. Pour T. G. Cowling, « il n’est pas évident que Newton, à l’âge mûr, ait cru à l’astrologie », et il rapporte que le Dr. Whiteside de Cambridge, qui prétend avoir lu cinquante millions de mots des écrits non publiés du savant, n’y a trouvé aucune référence aux horoscopes. Et Tester aboutit au même résultat : « Nous ne savons rien de son attitude envers l’astrologie. »

 

Néanmoins, on sait la part qu’a occupé l’alchimie dans sa vie : ses copieux manuscrits alchimiques composent 650 000 mots, selon les comptables de son œuvre. Naturellement, il y utilise les idéogrammes planétaires pour ses références aux métaux, le sujet même le faisant baigner dans la pensée astrologique. Et au-delà, à travers l’homme religieux, Wilhelm Knappich nous rappelle que dans sa vieillesse il s’était beaucoup intéressé au symbolisme astral de l’Apocalypse de Saint-Jean. Autant de raisons, peut-être, d’éviter de conclure ; ce qui  légitime Lord Keynes, à son discours pour son tricentenaire à la Société royale, de le célébrer comme « le dernier des Mages ».

 

Sans doute était-il potentiellement astrologue, mais habité par une astrologie en voie d’extinction, au temps même où l’alchimie cédait la place à la naissante chimie moderne.

 

Cette mutation est significative à la fin de sa vie. Tourné désormais vers la religion, il laisse à sa mort des milliers de pages manuscrites sur la théologie et la chronologie. Son intérêt vise à confirmer l’histoire biblique par le biais de l’astronomie, le repaire céleste devant synchroniser les événements des Ecritures et ceux des chroniques des anciens peuples. Retour sur le lointain passé de l’humanité le rapprochant du principe matriciel de sa Lune du Cancer. Sa manière de se servir de l’astronomie – en particulier son recours au calendrier précessionnel – pour dater l’histoire en vue d’établir  une chronologie mondiale – pôle capricornien – n’est plus qu’une utilisation du phénomène céleste comme accompagnateur seulement bon à une datation des époques successives de l’antiquité, l’astrologie mondiale, ici, s’effaçant devant sa passion des prophéties bibliques. Mais, n’est-ce pas, malgré tout, une forme de pratique astrologique passive, inavouée, virtuelle ?

 

UNE  GENEALOGIE  ASTRALE  PRODIGIEUSE

 
Le char du soleil : Coupe de style apulien, Musée du Louvre.

 

 

Il reste à réunir en un tout et à dresser la synthèse de cet ensemble d’informations. En face de l’odyssée intellectuelle qu’est cette grande révolution copernicienne, se campe un édifice corrélationnel qui s’assimile à un véritable monument temporel. Bâtiment qui, en survol, en gros plan, en impose au point que sa composition présente une grandeur équivalente à un panthéon ! Et ce n’est point là jugement excessif …

 

Ce panthéon est le produit d’un enchaînement transgénérationnel d’acquis qui se donnent le relais en chaîne, constituant l’unité d’un arbre généalogique spirituel monumental. A la manière dont s’enfilent les perles d’un collier se rassemblent les principales configurations de chacun de nos cinq protagonistes, en une étonnante partition de tonalité montante. A travers le lignage de leurs interconnexions ou superpositions peut se lire une filiation permettant de suivre les acquis successifs d’un découvreur à l’autre, l’un apportant sa part au suivant, du point de départ au point d’arrivée de cette édification de l’astronomie moderne.

 

C’est donc Copernic qui ouvre le bal, qui donne le branle en entrouvrant la porte de l’héliocentrisme. Le chanoine visionnaire le fait en prophète annonciateur, dans une tonalité on ne peut plus Poissons. Revenons sur ses deux configurations-clés qui nous interpellent.

 

Son Soleil des Poissons au Descendant est fondateur ; il est le noyau générateur et il représente l’astre en tant que tel, corps céleste. Il a aussi la valeur particulière du signe qu’il occupe, qui est celui de l’infiniment grand, de l’océan cosmique. Cet indice est renforcé par la superposition même du Soleil de Rhéticus, son disciple accoucheur de la révolution copernicienne. Sans doute n’avons-nous pas là des données ayant valeur statistique, mais ce n’est pas une raison de négliger de minimes signes : les 793 astronomes et astrophysiciens du Who’s Who in Science comprennent un maximum de 75 Soleil-Poissons (moyenne de 66), les plus célèbres en comptant proportionnellement davantage. En plus, on relève 11 Soleil-Poissons chez les premiers 58 astronautes de l’Encyclopedia Americana ; outre que la première génération des astronautes est celle d’Uranus en Poissons.

 

 

La seconde pièce maîtresse du thème de Copernic est sa conjonction Uranus-Neptune du Scorpion en formation, sortant du Fond du ciel et à laquelle le Soleil est triangulé. Indice même d’une mutation-rénovation-révolution portant sur le parcours du cycle de ces deux planètes : 1479-1650. Le creuset de cette conjonction en Scorpion est celui d’une génération qui recompose le monde ; qui, ouvrant l’avenir sur une résurrection du passé, va ruiner le système du monde traditionnel, étayé par la vision du sens commun. Ajoutons que la présence en III de ce duo astral, faisant résonance au Saturne des Gémeaux en X, pose le message des Révolutions, ouvrage par lequel s’est opérée cette révolution copernicienne.

 

Le seul chaînon manquant de la série concerne le rapport, précisément carentiel, entre Copernic et Tycho Brahé. On ne saurait dire  qu’il y eut une filiation du premier au second. Il y a même, entre eux, un rapport dysharmonique appuyé : d’une part, le Saturne du premier à 18° des Gémeaux est opposé au Saturne du second à 27° du Sagittaire ; d’autre part, C’est sur le Pluton opposé au Soleil du premier que tombe l’Uranus du second.

 

Tycho Brahé refuse tout bonnement le système héliocentrique. En bon jupitérien dont le Soleil est présent en X, il se fabrique son propre cosmos. En 1582 (Saturne transite le Soleil de Copernic), il imagine un système mixte qui permet de concilier l’observation du ciel dont il est passé maître avec la Bible et l’aristotélisme. J’avoue que les révolutions des cinq planètes s’expliquent aisément par le simple mouvement de la Terre ; que les anciens mathématiciens ont adopté bien des absurdités et des contradictions dont Copernic nous a délivrés, et que même il satisfait un peu plus exactement aux apparences célestes. Mais, s’il a osé scandaliser par son mariage avec son Uranus en VII, il n’est pas un révolutionnaire. Aussi ajoute-t-il que ce système nouveau bute au témoignage de l’Ecriture sainte, si bien qu’il croit contenter tout le monde par un compromis, en faisant tourner autour de la Terre un Soleil centre planétaire. Finalement, bien que son système ne se soit jamais imposé, la révolution copernicienne fut retardée par cet intrus. En revanche, c’est indépendamment de Copernic et comme à son insu que Tycho Brahé fut un maillon indispensable de cette révolution héliocentrique. A propos, la conjonction de Saturne avec son Soleil pouvait-elle l’inciter intérieurement à magnifier l’astre du jour ?

 

En fait, dans le demi-siècle qui suit la publication des Révolutions (1543), aucun astronome n’a repris  les recherches cosmologiques de Copernic, jusqu’à ce que le jeune Kepler sorte son premier ouvrage, le Mysterium cosmographicum en 1596 (sous une triple conjonction Jupiter-Uranus-Pluton en Bélier), où il propose d’établir définitivement la supériorité du système copernicien, le seul s’accordant avec les archétypes dont Dieu a usé pour créer le monde. Et c’est à partir de l’hypothèse de Copernic et grâce aux observations célestes accumulées par Tycho Brahé qu’il va énoncer les trois lois magistrales des mouvements planétaires.

 

C’était la première fois qu’un astronome professionnel publiait une profession de foi lucide et enthousiaste en faveur du nouveau système, sans s’embarrasser de la Bible, alors que son maître, Maestlin, et Galilée, son aîné de six ans, gardaient le silence, ne l’approuvant qu’en privé. Mais ils n’avaient pas, comme lui, une super-puissante conjonction uranienne, au surplus au double sextil d’un trigone Jupiter-Saturne sur Pluton. Une configuration d’ensemble qui sort de l’ordinaire par la composition d’un bel édifice, propre à une grande réalisation. Ici, nous avons affaire à un Kepler uranien révolutionnaire, qui renouvelle le monde de sa passion.

 

Or – justement – c’est ce triangle qui fait une merveilleuse alliance avec la configuration dominante de Copernic, le trigone Jupiter-Saturne que nous venons de voir se greffant sur l’axe trigonal Soleil/Uranus-Neptune du chanoine : voilà un Kepler en prise directe avec l’œuvre de celui-ci. Du côté de Saturne superposé  à Uranus-Neptune – répétition d’un alignement déjà observé chez Rhéticus – c’est comme si se présentait la relève d’une génération, prenant position sans équivoque en faveur du nouveau système, le chanoine, décédé depuis un siècle, entrant dans la légende du triomphe posthume. Du côté de la jonction du Jupiter (Pluton)-Kepler sur le Soleil-Copernic, puissant est le relais qui fera triompher le Soleil copernicien en faisant de son prosélype le législateur du système solaire.

 

Kepler l’uranien tient le flambeau de l’héliocentrisme. L’Epitome (1618) est le traité d’astronomie le plus important depuis l’Almageste, où figure le système solaire tel qu’on le retrouve dans les livres scolaires d’aujourd’hui. Alors que, derrière lui, Maestlin réimprime son livre inspiré de Ptolémée, et que, huit ans plus tard, dans son Dialogue des deux grands systèmes du monde, Galilée garde encore l’édifice désormais révolu des cycles et des épicycles. C’est dire si l’astronome wurtembergeois est encore en avance sur son temps.

 

Puis, au cap de 1600, arrive la rencontre de Kepler et de Tycho-Brahé. Entre ces deux homme s’établit une communication capricornienne  capitale : le noyau uranien du premier s’unit au noyau saturnien du second, les quelques degrés séparant le Soleil de l’un du Mercure de l’autre constituant un champ commun de sept planètes. La nature de leur terrain d’entente relève naturellement des valeurs capricorniennes : la froide vérité, la réalité nue, la réduction à l’essentiel, la quête du fondamental, le dépouillement de la rigueur scientifique. L’exigence de précision dans l’observation de l’extraverti qui, dans la continuité sur la longue durée d’une année saturnienne, a amassé une somme considérable de positions planétaires. L’exigence d’une démarche de l’esprit de l’introverti, remontant à l’abstraction des principes. Bout à bout indispensable des complémentaires : c’est parce qu’il a pu disposer de la somme des positions planétaires collectées par Tycho Brahé que Kepler est parvenu à découvrir ses trois grandes lois astronomiques.

 

 

Une vingtaine d’années séparent  Tycho Brahé de Galilée et le second avait déjà trente-sept ans quand est décédé le premier, mais ils ne se sont pratiquement pas fréquentés. Il n’y a d’ailleurs pas de contact entre le noyau capricornien de l’un et le centre Poissons de l’autre. Et même, le Jupiter de l’un est en opposition du Jupiter de l’autre : ces deux jupitériens se sont comme tournés le dos, alors que ces deux ingénieurs eussent pu s’intéresser à leurs créations techniques respectives : mais l’Uranus-Vierge de Tycho faisait face à l’amas-Poissons de l’autre.

 

Sept ans seulement séparent les naissances de Galilée et de Kepler, l’un et l’autre sous l’opposition Uranus-Neptune. Ce sont eux qui font éclater la révolution héliocentrique qu’avait engendrée Copernic à leur conjonction, Kepler, en en fondant les premières assises, et Galilée en en apportant les premières démonstrations.

 

Nous en arrivons à une greffe à trois partenaires : au Soleil-Poissons de Copernic viennent se superposer le Jupiter de Kepler et le noyau solaire de Galilée. On sait déjà que Kepler jupitérise le Soleil copernicien en le faisant consacrer par l’édification de ses lois des déplacements planétaires. Voilà qu’en plus le trio Soleil-Mercure-Vénus de Galilée vient se joindre à la position solaire du chanoine : cela ressemble à une canalisation conduisant le grand Italien à épouser pleinement la cause du système héliocentrique, jusqu’à en être, en quelque sorte, le héros.

 

On ne peut passer sous silence, toutefois, le comportement navrant de Galilée envers Kepler, qui relève d’un égoïsme monstrueux. Un appel de Kepler du 13 octobre 1597 – il cherche s’il existe un mouvement saisonnier des étoiles fixes qui prouverait le mouvement de la Terre – reste sans réponse. L’envoi de son Mysterium, avec prière de donner son opinion, subit le même sort, et, pareillement avec son Astronomia novia. Galilée se contente de lui envoyer son Messager. Avec ferveur, Kepler se fait le bouclier du professeur contesté dans son pays ; il devrait être bien aise de cette appréciation du Mathematicus impérial, premier astronome d’Europe, et pourtant, il ne le remercie pas. Kepler demande une lunette : Galilée, qui en fabrique dans son atelier et en distribue aux notables, se dérobe. Sous l’affolement de perdre son plus puissant allié, parce qu’il est encore seul à avoir vu les satellites de Jupiter, il le remercie enfin le 19 août 1610 – seconde et dernière lettre de Galilée à Kepler – avec vague promesse quant à la lunette. Et surtout, il ne révèle rien d’une nouvelle découverte, annoncée quinze jours plus tôt à l’ambassadeur de Toscane. La découverte qu’il croit avoir faite sur Saturne (son anneau qu’il prend pour deux lune opposées),c’est à Rodolphe qu’il la livre, de même que celle des phases de Vénus, à l’ambassadeur de Toscane. Kepler est traité par-dessus la jambe. Finalement, la lunette, ce dernier en sera gratifié par le duc de Bavière qui l’avait reçue naturellement du Pisan. Kepler n’en continuera pas moins d’écrire plusieurs lettres, sans jamais recevoir de réponse, sinon indirectement par l’intermédiaire de l’ambassadeur de Toscane. Mais, finalement, Galilée, ce jupitérien léonisé, sera victime d’un égocentrisme satisfait, car il ignorera les grandes découvertes de Kepler, qu’il ne cite pas dans ses œuvres, et il s’attardera jusqu’au bout au système ancien des quarante-huit épicycles, sans oublier le fiasco de sa théorie des marées qu’une lecture plus attentive de l’Allemand lui eut évité …

 

Nous en arrivons au duo Kepler-Newton qui concentre le plus riche clavier de convergences, au point, déjà, que leur seul prodigieux assemblage est digne d’un monument. Les deux hommes ont un quasi-commun anniversaire : Soleil 15° Capricorne sur Soleil 13° Capricorne. Plus largement, c’est le noyau uranien du premier qui se joint au Soleil du second. Connivence capricornienne de deux introvertis épris d’abstraction, remontant aux valeurs essentielles, en quête de lois, de principes. En outre, à partir de ce noyau capricornien commun se ramifie dans les deux cas un triangle isocèle où ces Soleils sont les sommets joignant par deux sextils une base formée par un trigone du Scorpion aux Poissons, Saturne de l’aîné tombant sur l’Uranus du cadet dans le Scorpion, et, dans les Poissons, Jupiter (Pluton) du premier se juxtaposant à la conjonction Jupiter-Saturne du second !

 

Naturellement, c’est sur le propre trigone Soleil-Poissons/Uranus-Scorpion de Copernic que tombent leurs trigones. Nous avons là comme une fusée géante à trois étages, un chef d’œuvre de la nature, un édifice temporel gigantesque qui inspire une admiration comme devant le Panthéon grec ! L’agenouillement s’impose …

 

Rien ne saurait mieux symboliser le couronnement de la révolution héliocentrique que le triple alignement : Soleil-Copernic/Jupiter-Kepler/Jupiter-Saturne-Newton. Dans cette succession, Kepler consacre déjà par ses lois le fonctionnement du système copernicien, et, derrière lui, Newton parachève cette grande œuvre en coiffant l’édifice : grâce à la conjonction Jupiter-Saturne de ce dernier, la cause de Copernic a triomphé en devenant réalité admise, et, avec la même conjonction Jupiter-Saturne sur le Jupiter de Kepler, la gloire de celui-ci apparaît dans toute sa grandeur au fronton de l’attraction universelle.

 

Pour finir, se tient également la relation primordiale entre Galilée et Newton. Ici, le chaînon qui s’impose est la superposition de la quadruplice des Poissons du premier à la grande conjonction du second, outre que Galilée est également l’homme d’une conjonction Jupiter-Saturne, dominante dans son cas, et posés sur le Milieu du ciel de celui qu’il inspire.

 

Le génie newtonien est le fruit du croisement du génie keplérien et de génie galiléen, joignant une moitié de l’un à une moitié de l’autre pour résoudre l’énigme de l’objet terrestre qui tombe à terre et de l’objet céleste qui reste en orbite, une seule et même loi devant expliquer ces deux phénomènes contradictoires.

 

Partant des travaux de Kepler, Newton calcule la force d’attraction de la Terre sur la Lune, et montre que, combinée avec la force centrifuge de notre satellite, ce jeu rendra compte de ses mouvements autour de nous. Sur la même voie, il calcule ensuite l’attraction du Soleil sur les planètes ; c’est ainsi qu’il démontre que l’orbite produite par une attraction diminuant en raison du carré de la distance au Soleil, est une ellipse keplérienne dont celui-ci occupe l’un des foyers ; orbite répondant à une force de gravitation inversement proportionnelle au carré. La seconde loi keplerienne – les aires égales balayées en des temps égaux – s’avérait valable pour toute orbite centrale ; et la troisième loi, mettant la durée des périodes des planètes en rapport avec leurs distances au Soleil, devenait la pierre angulaire du fonctionnement du système solaire.

 

Ayant acquis un résultat quant aux mouvements planétaires, Newton se tourna du côté de la chute des corps sur la terre. C’est là qu’il joignit l’orbite keplérienne de la Lune – importante dans l‘élaboration de son œuvre, à quoi répond la culmination de cet astre dans son thème – à la trajectoire galiléenne d’un projectile lancé de telle sorte qu’il puisse échapper à la chute. Une de ses figures montre, autour d’un globe, une succession de courbes de trajectoires, d’autant plus longues que la vitesse initiale du projectile a été plus forte, jusqu’à même une lancée ultime où celui-ci rejoint son point de départ après un tour complet autour de ce globe représentant la Terre. Ainsi, prenant la Lune à la place d’un tel projectile, après avoir calculé sa force centrifuge et l’attraction terrestre exercée sur elle, parvient-il à établir que l’interaction de ces deux forces produisait une orbite théorique semblable à celle du circuit lunaire.

 

C’est cette démarche qui devait le conduire à la découverte de l’attraction universelle : tous les corps s’attirent  proportionnellement à leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. Théorie coiffant la connaissance du monde physique, tous les mouvements observables de l’univers obéissant aux quatre lois fondamentales d’inertie, d’accélération, d’action et réaction réciproques, et de gravitation. Sur une telle lancée, Newton calcule la masse du Soleil, celle de la Terre et de quelques planètes, comme il explique la précession des équinoxes, annonce l’aplatissement du globe aux pôles, fonde la théorie des marées (attribuant un pouvoir d’attraction océanique de 1 au Soleil et de 2, 17 à la Lune) déjà élaborée par Kepler, et annonce la mécanique céleste, tout le système du monde de ce suprême capricornien se trouvant réuni en une admirable unité.

 

Départ-arrivée : on a vu que la conjonction Jupiter-Saturne de Newton coiffait le Soleil de Copernic, à la manière symbolique d’une consécration. Mais aussi, chez l’un et l’autre, à peu de choses près, Uranus et Neptune se retrouvent à la même place. Le grand cycle de ces deux astres, commencé à la naissance du premier, se referme sur celle du dernier : l’astronomie moderne était fondée.

 

Naturellement, la cosmologie renaissante n’en est pas restée là. Newton a eu des successeurs qui ont développé cette nouvelle vision du monde, jusqu’à l’apparition d’un nouveau saut du savoir cosmologique à la génération de l’opposition Uranus-Neptune suivant

 

C’est William Herschel qui devait principalement l’incarner, vivant sa division intérieure dans la projection d’un système solaire craquant de toutes parts comme une ceinture trop étroite, avec un éclatement du champ spatial. Grand observateur, il est le premier à se pouvoir de télescopes géants, celui qu’il mettra en service en 1789 ayant déjà un miroir de 1.20 m de diamètre et 12 m de distance focale. Avec lui allait s’élargir la famille du système solaire par la venue-surprise d’Uranus le 13 mars 1781. Et puis, l’astronomie stellaire prenait son essor, avec un regard neuf plongeant pour la première fois dans un fourmillement d’univers de l’océan infini de l’espace céleste.

 

 

B  I  B  L  I  O  G   R  A  P  H  I  E

 

F. BOSQUET : Histoire de l’Astronomie ; Payot, 1925.

Pierre ROUSSEAU : Histoire de la Science ; Arthème Fayard, 1945.

Camille FLAMMARION : Astronomie populaire ; Flammarion, 1955.

Arthur KOESTLER : Les Somnambules ; Calmann-Lévy, 1960.

Alexandre KOYRE :Etudes d’histoire de la pensés scientifique ; Gallimard, 1973.

Gérard SIMON : Kepler astronome astrologue ; Gallimard, 1979.

Jean KEPLER : Le Secret du monde ; Gallimard, 1984.

Paul CHATEL : Le Château des étoiles ; Liana Levi, 1985.

Daniel BOORSTIN : Les Découvreurs ; Robert Laffont (Bouquins), 1986.

Wilhelm KNAPPICH : Histoire de l’Astrologie ; Vernal – Ph. Lebaud, 1986.

Jean CHARON : 25 siècles de cosmologie ; Le Rocher, 1989.

Jean-Pierre VERDET : Une Histoire de l’Astronomie ; le Seuil, 1990.

Jean-Pierre MAURY : Galilée, le messager des étoiles ; Gallimard, 1991.

Milan SPUREK : L’Astrologie ; Gründ, 1998.

 

Articles de "L’Astrologue".

 

N° 1   - Francesco Frisoni : Galilée et l’astrologie.

N° 5-6-7-8 : Dr. Walter Koch : Kepler et l’astrologie.

N° 16 – Francesco Frisoni : Galilée astrologue.

N° 20 – Francesco Frisoni : Le thème de Galilée par lui-même.

N° 23 – Paul Colombet : Nicolas Copernic.

N° 52 – N° spécial Kepler (A. Barbault, H. Latou, B. Rossi, Gérard Simon).

N° 53 – Bertrand Rossi : Les almanachs de Kepler.

N° 56 – Bertrand Rossi : Les prévisions de Kepler.

N° 57 – Bertrand Rossi : La Weltanschauung de Kepler.

N° 83 – André Barbault : Les savants introvertis.

N° 103 : Grazia Mirti : Les petits riens astrologiques de Galilée.

N° 116 : André Barbault : Les Maîtrises.

 

 

L’Astrologue n°133, 1er trimestre 2001.

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