Astrologie Individuelle
(Théorie)

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grandeur et misère des astrologues

Après vous avoir lu au n° 48 de La Lettre des Astrologues, je suis désolé, mon cher Président, de vous avoir troublé à mon sujet, d’autant que sa  raison m’échappe, car mon parcours est en ligne droite et à ciel ouvert. Je n’ai pas cessé de lier psychologie et prévision en individuelle, tout en m’expérimentant à la prévision mondiale. Et quand vous me citez en référence à un ouvrage datant d’un demi-siècle, sachez que mon dernier en est l’aboutissement.

 

 Ce qui motive notre désaccord est cette « relégation » au son funèbre que vous infligez à la prévision  - finalité supérieure de notre art, j’insiste - qui, convenez-en, s’assimile, en voulant aussi congédier nos titres, à un deuil de l’astrologie, où je reconnais la manifestation d’une signature scorpio-plutonienne. Même si vous prenez des gants en entendant malgré tout pianoter quelques transits, ce climat endeuillé n’en est pas moins là, ce qui appelle la vindicte.

 

Je vous avoue de mon côté ne pas beaucoup aimer la justification que vous donnez, Serge Bret Morel et vous, à la réticence que vous rencontrez en prétextant qu’elle est le fait d’attardés, fixés à la tradition et aveugles et sourds à la modernité …Permettez-moi de vous rappeler – vous paraissez l’ignorer -  que la « modernité » astrologique est venue au milieu du siècle dernier en France  du Centre International d’Astrologie dans le sillage de ma De la psychanalyse à l’astrologie,, au contact du milieu psychanalytique français (analysé personnellement, j’ai même exposé un thème de Freud dans le n° 107 de la revue Psyché qui lui était consacré, texte en annexe à celui-ci paraissant dans mon site), comme de Mircea Eliade et de Jung, avec des conférences faites au Cercle Jung de Paris, ainsi que par lecture de  Gaston Berger pour la caractérologie. Antérieurement, de Choisnard à Gouchon, l’astrologie était portée par des ingénieurs, à peine intéressés à brosser quelques traits de caractère, leur objectif central étant d’ajuster l’alignement des directions primaires au déroulement  de l’existence. De leurs mains, elle est passée à celles des psychologues, s’engageant en astropsychologie. Faut-il aussi rappeler qu’il y eut un numéro spécial universitaire de l’Astrologue  n° 45-46, dont la seconde page de chaque couverture montre nos liens culturels. Et puis, je trouve bien légère la critique que fait Serge de la tradition qui mérite encore un grand intérêt, en lecture au second degré, et à qui, de toute façon, nous devons l’essentiel, le fondamental de notre nature anthropocosmologique  et de son code de lecture. Sans ces fonts baptismaux, qu’eussions-nous devenus ? Au surplus, s’il est naturel  de prendre en défaut le praticien qui se trompe, le théoricien qui plane au-dessus des choses dans un discours vide n’échappe pas au malaise ressenti. Si Serge excelle dans la logique, personne n’étant infaillible, ses broderies  épistémologiques ont parfois leur errance, faute d’adhésion à la phénoménologie du sujet ;  et quand il s’en approche, il lui arrive que sa démarche soit négligente, comme celle-ci que je veux bien croire hâtive, surtout  après avoir estimé qu’en se confrontant à sa difficulté «la prévision n’est pas honorable en soi »    : «De même, les conjonctions Soleil-Jupiter durent 30 jours par an, soit 1 jour sur 12, et l’ajout des sextiles et trigones rapproche la présence annuelle de telles configurations d’un lancé de dés … Que peut-on vraiment en tirer ? ».

 

Que voila bien là un petit chef d’œuvre de nébuleuse noyant le poisson, où s’oublie la rythmique de la cyclicité à l’œuvre et à  trop évidente finalité démissionniste qui sent la dérobade ou le refus, vouée ainsi à la poubelle de l’arnaque antiastrologique ! Afin d’en juger, cessons la parlotte pour descendre sur le terrain des faits.

 

Pour la démonstration qui s’impose, je suis tenu de renvoyer le lecteur à mon Astrologie confirmée où j’ai consacré un chapitre intitulé : « Le fait astrologique prévisionnel », au cours duquel est présentée la matière des conjonctions Soleil-Jupiter du dernier demi-siècle et des événements mondiaux qui s’y sont déroulés, faisant défiler du même coup les épisodes de détente les plus représentatifs de notre histoire. Avec l’accompagnement  d’engagements prévisionnels en série.  Au surplus s’y ajoute l’expérimentation prévisionnelle effectuée sur les guerres importantes :  Algérie, Vietnam, Golfe, Kossovo, Afghanistan, Irak. Le lecteur jugera ce bilan. Il n’a jamais été prétendu que l’on pouvait  annoncer la fin d’une guerre commençante ; tout au plus peut-on signaler la venue de courants de détente, plus ou moins forts, pouvant y conduire. Dans son temps anti-astrologique, Gauquelin a fait des gorges chaudes de m’y être repris plusieurs fois pour tomber sur la fin de la guerre d’Algérie, s’étant gardé de dire que les  échéances précédentes (notamment trois conjonctions Soleil-Jupiter successives) étaient tombées sur les  avancées principales vers la paix et que la quatrième dernière, décisive, anticipait l’événement, tout de même, de seize mois. Pareillement avec la guerre du Vietnam, mais, en finale, la conjonction Soleil-Jupiter du 10 janvier 1973, annoncée sept mois plus tôt comme échéance pacifique possible, allait tombée sur les trente-cinq heures de la négociation Kissinger-Le Duc Tho du 8 au 13 janvier arrachant  l’armistice, signé le 23 janvier suivant.

 

Mais puisque nous sortons de la dernière conjonction Soleil-Jupiter du 23 décembre 2007, parlons-en, en poursuivant notre même exploration.

 

Il y a  trois ans  en janvier 2005, je publiais dans mon site, en communion avec Gérard Laffont, un texte intitulé : «Vers la paix au Moyen-Orient ? », obligé naturellement étant le point d’interrogation. Traitant la conjoncture Jupiter-Saturne-Pluton, j’y formulais notamment une relance de la tendance pacifique concernant Israël et les Palestiniens, en particulier à la conjonction Soleil-Jupiter du 21 novembre 2006, puis à la suivante du mois dernier. Or, après la guerre Israël-Hezbollah de l’été 2006 qui engendra un climat guerrier entre les deux pays, un cessez-le-feu israélo-palestinien fut signé le 26 novembre 2006, et le lendemain, le Premier ministre d’Israël relançait le projet d’un « accord de paix entre Israël et un Etat palestinien indépendant … ». De là date l’ouverture de négociations qui, malgré le choc de la prise de Gaza par le Hamas à l’opposition soli-jovienne de juin, prirent forme au trigone de début août, ce que Le Monde du 10 août salua d’un titre de première page en gros caractères : « Proche-Orient : la confiance renaît ». Processus qui se poursuivit jusqu’à l’arrivée de notre dernière conjonction. Et quelques jours avant celle-ci, le 17 décembre, Paris réunissait en conférence 90 délégations venues assister économiquement l’Autorité palestinienne pour édifier l’Etat souverain qui, selon les vœux des Américains à la Conférence d’Annapolis de novembre, devrait être créé avant la fin de 2008.

 

Certes, on a le droit de bouder à contre-cœur ces deux résultats successifs, mais ce n’en est pas moins là une manière de cracher dans la soupe, ce qui n’empêche pas qu’ils sont bien là. Dans mon texte du 4 janvier 2007 : « Le ballet diplomatique  de 2007 », je déclarais que si la partie n’était pas encore jouée en cette fin d’année (elle est loin de l’être tant immense est le bouleversement à affronter), elle aurait des chances de se conclure au passage d’une conjonction Soleil-Vénus au trigone de Jupiter du  12 au 19 mai 2008 (au moment où j’écris, j’apprends que le président américain, G. Bush, qui est au Moyen-Orient, vient d’annoncer qu’il y reviendra en mai prochain : il pourrait s’y passer quelque chose d’important). J’avais présenté cette prévision dans Le Nouvel Observateur du 3 janvier 2007 en précisant qu’il s’agissait d’une chance de conclusion  pacifique, sans savoir pour autant si elle aboutirait. Mais n’est-ce pas déjà quelque chose de significatif d’avoir prévu cette vague pacifique deux à trois ans à l’avance ?

 

Et puisque je rappelle mon texte du 4 janvier 2007, je profite de cette opportunité pour y ajouter la prévision faite d’une détente venant de la Corée du Nord qui renonça à l’arme atomique et se rapprocha de la Corée du Sud (superposition de la conjoncture Jupiter-Saturne-Pluton de l’année au même trio de leurs Etats) ; de même qu’au lendemain de l’élection présidentielle française , dans « Un nouveau quinquennat », constatant que nous entrions dans le trigone Jupiter-Saturne et que le même aspect existait chez Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, je devais conclure que ceux-ci allaient sortir l’Europe de l’ornière où elle avait plongé depuis le carré précédent (sous la même dernière conjonction Soleil-Jupiter, le Traité de Lisbonne a été signé le  13 décembre, suivi, le 20, de l’ouverture de l’espace Chenguen). Mais n’importe qui, connaissant les cycles planétaires, à l’exemple d’Yves Lenoble qui passa aussi à l’acte, pouvait faire ce pronostic à ma place, sachant le bilan que j’en ai établi sur deux siècles. Et chacun peut relancer un pronostic de retour de crise européenne à la prochaine opposition Jupiter-Saturne de 2011 …

 

Je passe ici par un déballage fort déplaisant qui me met dans la nécessité de m’exhiber en présentant mes résultats. Mais il fallait obligatoirement rendre compte de ceux-ci et c’est ma vie entière que j’ai consacrée à cette expérimentation prévisionnelle au plan macrocosmique. Il est non moins vrai qu’au cours  de ce long parcours, je me suis aussi trompé, et forcément plus que d’autres (notamment à   La Lettre en ayant minimisé le terrorisme, par réaction contre l’obsession d’alors de troisième guerre mondiale) à m’être tant impliqué dans cette nécessité d’aller jusqu’au bout  de la vérification de son savoir, et  j’en reste – parce que je  suis infiniment loin d’avoir tout exploré - à encourir le fiasco prévisionnel, plaie ouverte d’une défaite. Alors que sur le pur terrain astropsychologique, l’erreur se tait  généralement, quand bien même on en prend conscience. Or, je revendique le droit à l’erreur et je crois être en état de me le permettre, compte-tenu d’une somme de résultats généraux qui  devraient honorer l’astrologie (consulter « Un bilan prévisionnel »). Et qu’importe ma personne dans cette histoire, car l’opérateur disparaît  dans la pureté de l’opération,  derrière l’ordonnance sérielle du processus évolutif du cycle planétaire, prodigieux et grandiose outil prévisionnel nous éclairant par notre élévation au-dessus de notre planète. « Et je marche vivant dans mon rêve étoilé » (Victor Hugo) …

 

J’en viens finalement à la question primordiale : pourquoi  insister sur la nécessité de prévoir ?

La critique la plus fondée, essentielle même, qu’encourt l’astrologie et qui la relègue parmi les savoirs suspects sinon inexistants, exprimée par Edgar Morin qui n’a nul préjugé à son égard, est qu’elle souffre d’inconsistance empirique, de carence objective. Son seul espace de pratique psychologique ne suffit pas à combler ce déficit de réalité, car elle s’adresse au Sujet et s’en tient à ce qui, justement, est l’univers intérieur de chacun, livrée donc au jugement personnel. Ce qui la fait tourner en rond, fermée sur elle-même, sans moyens décisifs de certitude, si l’on excepte des échappées de confirmation comme la conjoncture solaire des fondateurs de l’astronomie moderne  (voir mon dernier livre), ou encore le Mars unique de Napoléon (voir bientôt « Le champ de Mars »). Il ne reste donc plus, pour ouvrir  ce cercle d’inter-subjectivité – avec le concours de bilans statistiques dont on se plait à déconsidérer la portée  mais qui nous assistent – que  son pouvoir prévisionnel, en sortie  de « prise d’avenir » qu’il faut faire passer au tribunal de l’histoire avec l’astromondiale, et autant un pronostic raté déconsidère, autant le réussi impressionne, dès lors que, bien formulé, il anticipe l’événement avec un recul qui exclut toute autre intervention que le repère des éphémérides. De cette distance même, nous sommes rendus ici sur un terrain de parfaite objectivité, en mesure de confirmer son efficacité. C’est bien pourquoi, en plus de ce que j’ai déjà dit au « Sacre de l’astrologie », la prévision devient    i n d i s p e n s a b l e  à l’astrologie, venant pour ainsi dire au secours de l’astropsychologie en lui conférant ou confortant sa fiabilité, grâce à la crédibilité que lui acquièrent ses incontestables résultats, l’un n’allant pas sans l’autre. Les rôles ne doivent donc pas être inversés : son fait psychologique a   b e s o i n   du fait prévisionnel, en raison donc de ce que celui-ci  a l’avantage d’être mieux sinon pleinement identifié, parfaitement vérifié. Seul ce dernier  arrachera la reconsidération de notre connaissance, car, à la longue, la répétition de prévisions sérielles réussies et à l’échelle des événements mondiaux finira bien par s’imposer, en rivalisant largement avec les résultats de disciplines consacrées. Et cela, il n’y a nul lieu d’en douter. Si bien qu’en refusant ou rejetant la prévision, l’astrologue se tire une balle dans le pied.

Dans l’état actuel où en est notre connaissance, hormis l’argument du bilan solaire obtenu par Didier Castille qui sortira un jour de son silence, le meilleur moyen de toucher celui qui connaît l’histoire de son temps est de lui présenter directement ce tableau d’éphémérides graphiques.

 Cet entrecroisement de lignes expose les plus importantes configurations que nous avons vécues, exception faite de la participation jupitérienne. La priorité du phénomène cyclique revenant à la conjonction elle-même, qui est ici croisement de lignes, on tombe aussitôt sur la conjonction Uranus-Pluton en 1965 : entrée dans l’univers virginien de la miniaturisation apporté par la révolution informatique, outre la venue d’un monde nouveau. Et surtout sur le double croisement réunissant Saturne-Uranus-Neptune de 1989 à 1992, tournant d’une société nouvelle signée de la disparition de l‘empire soviétique et de la venue de la mondialisation, voire d’une nouvelle civilisation. Dans mon « bilan prévisionnel », j’évoque l’intrépide astrologue que j’étais à 25 ans, noircissant en 1947 un papier sur le cycle Uranus-Neptune annonçant la venue d’une nouvelle société mondiale pour cette fin de siècle qui me semblait être alors le bout du monde. Et voyez la double traversée de la ligne Neptune par Saturne, successivement en 1953 et 1989, de la mort de Staline à celle du communisme soviétique : échéance dernière que j’ai tambourinée tout au long de trois décennies (« Histoire d’une prévision ») en ultime risque prévisionnel pour savoir si vraiment l’astrologie avait quelque chose dans le ventre ! Quand on est passé par là, bien légères  paraissent les paroles en l’air. Sachez bien, en tout cas, qu’un tel tableau ne peut pas laisser indifférent un historien, et ajoutez-y, si besoin est, l’indice cyclique du XXe siècle, dont la matière est déjà traitée par les chercheurs en physique du globe. Bref, c’est du plus haut des grandes configurations traitées et au plus ample plan des manifestations de la vie mondiale que l’on peut le mieux frapper l’attention des gens de la culture et c’est ce qui finira inévitablement par aboutir.

 

Mais revenons à l’humain. Vous-même, mon cher Président, vous n’avez pas manqué de vous donner une consultation et sans avoir observé que la conjonction céleste actuelle Jupiter-Pluton allait se faire en double dissonance de votre carré angulaire Jupiter-Pluton : configuration rendant si bien compte de la crise dont vous êtes l’épicentre. Etait-ce la bonne période pour lancer vos réformes ou, ne l’étant pas, n’y avait--il pas une raison  pouvant justifier qu’elle ne le soit pas ? Sinon, n’êtes-vous pas victime vous-même d’un défaut de prévision ?  Preuve présente qu’on ne peut dissocier le potentiel vital de sa mouvance  au fil du temps, conjonction de l’être et du vivre. J’apprends que vous entendez « poser la question de l’éthique de la prévision ». Que voilà bien là une nécessaire initiative que j’approuve  de tout cœur et sans réserve, du moment qu’il ne s’agit pas de conduire la prévision au Père Lachaise …          Trêve de plaisanterie, pour être passé par là, je conviens qu’il n’est pas facile de traiter la société des astrologues.  Uranie est si près d’ Uranus : l’individu alpha et oméga dans  la singularité-unicité de son être. Chaque créature d’Uranie se confectionne la robe étoilée qui convient à  sa  personne, d’ailleurs sans pouvoir y échapper, pour l’honorer ou la desservir. Mais, n’est-ce pas mieux ainsi que la nature parle en nous ? De toute façon, vous n’empêcherez pas chacun de faire à sa guise, pas plus que personne n’a pouvoir d’entraver l’accouchement de la rénovation que vous entendez promouvoir. Il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter bonne chance.

 

Paris le 19 janvier 2008

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