Astrologie Individuelle
(Théorie)

 

l'imagier astrologique

 

L’Astrologie est héritière d’un dépôt civilisationnel prodigieux qui lui vient de sa souche mythologique, mythologie et religion ayant été, de l’antiquité à l’âge classique, les deux sources principales de la culture.

 

Avec les décorations monumentales, la statuaire, l’art graphique, on ne regarde plus l’album des dieux des anciens que d’un œil touristique, retenant seulement l’intérêt artistique du motif. Un regard profane, purement formel, qui fait le deuil de la valeur foncière de l’œuvre.

 

L’iconographie des dieux planétaires mérite plus que son seul aspect d’illustration ou son charme décoratif. Son langage est aussi celui d’une écriture « nocturne » qui en fait un document à part entière. Au-delà de la gratuité de la forme, de son agrément esthétique, se saisit le fond d’un contenu informationnel. Leurs figures sont des livres d’images qui enseignent le savoir astrologique, au même titre que les meilleurs textes traditionnels.

 

 

Je saisis l’occasion de l’intervention de notre amie italienne Grazia Mirti pour montrer à quel point un retour à quelques figures peut nous ouvrir les yeux sur des réalités essentielles qui échappent à beaucoup. Ce qui me fait revenir sur la fâcheuse ignorance actuelle – tenant  du fondamental, pourtant – quant à la nature élémentale des planètes, celle-ci étant évacuée au profit exclusif des triplicités zodiacales.

 

Il n’y a pas si longtemps, une consœur bien connue, estimable en son genre mais majorette astrologique en la circonstance, traitant le thème d’Edouard Baladur, lui octroyait une signature jupitérienne (en quoi on ne pouvait que la louer), mais enchaînait aussitôt pour nous en faire un type Terre-Feu ! « C’est carnaval ou quoi ? » , m’étais-je interrogé. En effet, ou le sujet est jupitérien et, du même coup, il est un type d’Air, ou bien, si le même se voit gratifié d’une autre nature, son Jupiter n’est plus qu’un pion bon tout juste pour la figuration. Dès lors, pourquoi recourir aux planètes si on les prive de leur fonction ?

 

Cet exemple est typique de ce qui, trop souvent, s’enseigne et se pratique encore à l’heure actuelle. Oubli du b-a-ba traditionnel, d’un fondement de notre savoir, dont le manquement est fort préjudiciable. Raison pour laquelle il est bon de revenir à quelques figures qui, mieux que tout discours, mettent les points sur les « i ».

 

Venons-en, justement, à quelques figures du dieu Jupiter et voyons à quel point s’impose dans ses diverses  représentations son appartenance élémentale, et avec quel degré d’insistance, à travers la personnification de l’aigle.

 

 

 

Dans la première figure (extraîte de La Loi des Etoiles, de Maurice Privat, Grasset, 1937), l’animal est comme un gardien aux pieds du dieu, épaulant le sceptre que celui-ci tient du haut de son bras gauche.

 

Dans la seconde (extraite de L’Astrologie scientifique à la portée de tous, de Maurice Privat, Grasset, 1935), de source ignorée, l’animal est devant le dieu et le regarde de face ; Jupiter porte dans sa main droite une sphère, symbole de son pouvoir sur le monde ; sphère tenue au-dessus de la tête de l’aigle, comme si celui-ci en était l’élément fondateur.

 

La troisième figure est la version du char tiré par deux aigles, de Léopold d’Autriche : De Astrorum scientia (Augsbourg, 1489).

 

 

 

 

Naturellement, chaque fois que le dieu est posé sur son char, les roues – allusion au mouvement  circulaire de l’astre dans le zodiaque – portent l’estampille de ses domiciliations : ici, les maîtrises du Sagittaire et des Poissons. Ce Jupiter étoilé reçoit l’offrande (oralité) d’un serveur, tandis que son char est tiré par des cavaliers aériens.

 

Avec la quatrième (de Roger-Jean Ségalat, Encyclopédie de la Divination, Tchou, 1965), nous avons la représentation de la statue d’un dieu carrément monté sur l’animal, comme si son pouvoir était assis sur la puissance de l’aigle, relevait du souffle aérien.

 

Dans la cinquième (de Joannes de Monte-Snyders : Chymica Vannus, 1666), reproduite  notamment par Le Jeu d’or de Stanislas Klossowski, Thames et Hudson, 1997), cette fois, l’aigle, portant le dieu dans tous ses attraits, prend son envol.

 

 

 

 

 

Quant aux deux dernières – documents de la Bibliothèque nationale reproduits, le premier dans Galilée, le message des dieux de Jean-Pierre Maury, Découverte Gallimard ; et le second dans le Sagittaire du Seuil, dernière édition – elles composent un magnifique centaure aérien, le couple aigle-Zeus dans tout son élan ascensionnel à travers l’espace.

 

Comment Jupiter, apparenté à l’élément Air, pouvait-il, parmi les espèces de la création, être mieux accouplé emblématiquement  qu’avec le roi des oiseaux, le souverain volatile aux ailes déployées, planant majestueusement, son vol sur les cimes embrassant la plus vaste étendue aérienne dans une plénitude d’essor spatial ? Le processus jupitérien est essentiellement, dans son élan vital, dilatation, expansion, épanchement, diffusion, épanouissement, essor, plénitude. Dans la dialectique du couple Jupiter-Saturne, le premier symbolise autant l’espace que le second le temps.

 

En passant du macrocosme au microcosme, en une semblable association animal-astre, nous tombons sur le cas historique exemplaire de Napoléon. Son Jupiter est monumental. C’est un Jupiter du Scorpion – à ce signe de la quadruplice des fixes revient d’ailleurs l’aigle dans le tétramorphe des symboles évangéliques qui orne le tympan du portail d’entrée de maintes cathédrales – qui est conjoint à l’Ascendant et très aspecté, notamment du Milieu du ciel et du Soleil, voire de la Lune par quintile. Quant à l’aigle, il est l’emblème même de son empire, la signature de ses drapeaux, étendards et fanions. « L’aigle placée au sommet de la hampe des drapeaux, suivant les dispositions de la lettre de l’empereur à Berthier, est une aigle au naturel, les ailes légèrement déployées, la tête tournée vers la droite, la serre gauche tenant un fuseau de Jupiter sans éclairs … » (Dictionnaire Napoléon de Jean Tulard, Fayard 1987). A  ces aigles impériales, célébrées par David avec sa Distribution des Aigles (Versailles, 1810), répond l’illustre « vol de l’aigle » que fut l’épopée européenne de la Grande Armée, et notamment la reconquête des Cent Jours avec le discours mémorable : « Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef (…). La victoire marchera au pas de charge : l’aigle avec les couleurs nationales volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame … ». Sans oublier le fils de l’empereur, l’Aiglon ! Et tout cela – suprême leçon – sans qu’aucune planète n’occupe la triplicité zodiacale de l’Air …

 

L’ASTROLOGUE n° 135, 3e trimestre 2001.

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