Astrologie Mondiale
(Pratique)

Présentation Articles Publications Imagerie Liens

 

Les interférences cycliques

 

En étant allés « au cœur des configurations », nous avons déjà vécu la pratique des interférences cycliques, du fait même d’avoir suivi le déroulement chronologique de diverses tranches d’histoire, leurs épisodes ayant impliqué le concours des astres rapides au sein des lents, sans mettre explicitement en cause les lents entre eux. Naturellement, tout se tient au sein du système solaire où règne souverainement l’interdépendance, rien de plus unitaire étant son édifice. Il faut donc apprendre à traiter ensemble tout le dispositif des configurations d’un même temps.

 

Dans les rapports de ces astres, on croit voir  à l’œuvre la pluralité des instances et tendances de la société, composant une polyphonie du chant du monde. Le pouls de la vie de l’univers bat aux rythmes de ces enchevêtrements et tissages des mouvements planétaires. A tout instant s’entrecroisent les quarante-cinq cycles des astres que nous connaissons et ce sont, précisément, leurs interférences qui composent la « conjoncture » du moment.

 

On y voit se jouer simultanément tous les devenirs et la coupe momentanée de l’ensemble compose les astralités de l’actualité. Certains de ces devenirs sont en phase de silence, d’autres en pleine évolution, progressive ou régressive, sinon en révolution. Il en est qui paraissent en retrait, comme s’ils avaient une vie isolée pendant un temps plus ou moins long. D’autres, par contraste, ont l’air de se rassembler, comme pour jouer une partition en orchestre ; ils semblent, pour ainsi dire, réunis pour vivre un «moment existentiel historique » commun, chacun étant une facette différente de la même histoire. Cela se présente lorsque plusieurs aspects simultanés sont connectés, se groupant pour former une figure particulière, un véritable ensemble constellé. Si l’aspect isolé est assimilable à un simple cours d’eau, ces ensembles sont à l’image d’affluents constituant un fleuve. Telles se présentent les interférences, simultanéité d’aspects composant un assemblage de configurations.

 

On peut ainsi présenter un premier groupe de trois figures qui se succèdent dans le cadre d’une décennie. Leurs compositions de forces donnent la ligne de tendance de la période qui suit la Première Guerre mondiale. Rappelons que celle-ci s’était produite sous un groupe de six grandes conjonctions s’étalant des premiers coups de canon de 1914 à l’établissement d’une paix passagère dans le monde renouvelé de 1921. Or, à l’exception du cycle Jupiter-Uranus de 1914, toutes ces conjonctions « propulsent » la dynamique des phases évolutives de ces divers cycles : l’Europe d’après-guerre va se refaire et sa croissance aboutir à une expansion dans tous les domaines ; puis, à l’arrivée des phases décroissantes, elle va se défaire.

 

 

La constellation de 1924-1925 montre Jupiter allant du trigone évolutif à Neptune au sextil évolutif à Saturne ; faisant aussi un sextil involutif à Uranus, non loin d’une équidistance à un trigone involutif Saturne-Uranus en formation. Quatre harmoniques se concentrent en ces dix huit mois où l’Europe nouvelle prend figure : ère d’entente générale de Locarno, du plan Dawes, du redressement monétaire, du protocole pacifique de Genève (revoir les textes se rapportant à ces événements dans l’étude sur les cycles).

 

La constellation de 1927-1928 présente un Jupiter arrivé au trigone évolutif de Saturne et qui se rencontre avec Uranus, lui-même en plein trigone involutif de Saturne ; passage suivi d’un trigone involutif Jupiter-Neptune et d’un trigone Saturne-Neptune évolutif. On assiste presque à un déplacement du trigone Jupiter-Saturne en liaison avec Uranus (par conjonction de Jupiter), puis avec Neptune (par double trigone). Le monde de 1927-1928 est en plein essor, du capitalisme mondial au communisme soviétique ; la SDN est à l’apogée de son prestige ; le Pacte de Paris inaugure une politique de collaboration et de concorde universelle ; les affaires sont plus prospères que jamais, et l’on s’enrichit dans le sentiment d’être installé dans une paix durable.

 

Puis, en un renversement total, la constellation de 1930-1931 accumule neuf dissonances autour d’une conjonction du même coup négative. Après être passé du sextil au trigone, le cycle Jupiter-Saturne atteint son opposition, en même temps que le cycle Saturne-Pluton, lui étant accolée l’opposition de celui-ci. Et ce triple alignement est au carré d’Uranus en même temps qu’il fait un sesqui-carré et un semi-carré à Neptune, lui-même au sesqui-carré d’Uranus ! Une crise économique sans précédent s’abat sur le monde et détruit l’édifice politique instauré : plan Young, moratoire Hoover, effondrement de l’Europe de Versailles et arrivée du nazisme en Allemagne. Cette figure contient en germes la Seconde Guerre mondiale qui aura lieu au retour de cinq grandes conjonctions de 1940 à 1945.

 

 

Un phénomène d’évolution assez semblable à ce parcours de la décennie des années vingt s’observera à la suite de la Seconde Guerre mondiale. La plupart de ces grandes conjonctions engageront leur parcours en phase évolutive à l’armistice de 1945 et, malgré la formation des deux blocs de l’Est et de l’Ouest, l’Europe se reconstruira, surtout autour d’une constellation de 1948 présentant simultanément un trigone Jupiter-Saturne, un sextil Jupiter-Neptune et un sextil Saturne-Uranus.

La constellation d’ensemble qui se présentera ensuite, entre 1950 et 1952, fera jouer simultanément les oppositions Jupiter-Saturne et Jupiter-Neptune, dans un alignement au carré d’Uranus. Nous sommes alors au temps chaud de la « guerre froide » où la Corée est un dangereux et ravageur champ de bataille opposant l’Est et l’Ouest à la limite du possible.

 

La considération de ces interférences a la vertu d’intégrer toute composante dans le contexte de l’état céleste du moment. Elle permet de comprendre, par exemple, que la conjonction Jupiter-Uranus de 1927-1928, située dans un champ d’harmoniques, ne pouvait prendre le caractère explosif des deux précédentes de 1900, en opposition de Pluton, et de 1914, en opposition de Neptune ; ou encore de la suivant de 1941, escortée d’une conjonction Saturne-Uranus.

 

De même, cette application dégage les facettes d’une situation générale à travers la convergence des cycles qui s’y impliquent. On a vu la crise marocaine de 1905-1906 procéder d’un carré Jupiter-Saturne européen impliqué dans l’opposition Uranus-Neptune. La crise bosniaque de 1908-1909 mettre en jeu le double carré de Saturne à cette grande opposition, avec même le concours de dissonances secondaires de Jupiter. Ne parlons pas de la crise économique de 1930-1931 qui fait jouer les dix dissonances des cinq planètes lentes : tous les milieux et tous les domaines sont touchés : le capitalisme, la démocratie, les mouvements révolutionnaires, l’Europe, les Etats-Unis, l’Extrême-Orient, bref, le monde entier. On sait que le trigone Uranus-Neptune du Taureau à la Vierge a rapproché un temps le IIIe Reich et l’URSS. Ce pacte germano-soviétique se faisait aussi, alors, sous un trigone Jupiter-Pluton servant la cause du IIIe Reich. Et quand se produira l’alliance anglo-américano-soviétique, le trigone Uranus-Neptune des Gémeaux à la Balance (en un basculement du jeu des maitrises) sera escorté, simultanément, par un trigone Saturne-Neptune confortant l’Union soviétique et par un trigone Jupiter-Neptune, accordé au cycle de l’expérience Roosevelt et positif pour la démocratie.

 

 Autres exemples : la piteuse intervention franco-anglaise de Suez en 1956 est signée d’une convergence de carré Jupiter-Saturne (crise européenne), de semi-carré Jupiter-Neptune (crise pour la IVe République, davantage impliquée) et de semi-carré Jupiter-Uranus (tension des nationalismes). On verra la coexistence pacifique commencer à pointer en 1959 quand, parallèlement, s’observent un sextil Saturne-Neptune et un trigone Jupiter-Uranus, et devenir plus évidente dans les années 1965, quand un trigone Saturne-Neptune accompagne le sextil Uranus-Neptune. En 1966, Jupiter entre lui-même dans la partie en formant un grand triangle avec le trigone Saturne-Neptune, lorsque de Gaulle célèbre en Union Soviétique « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » , Kossyguine visite la France et qu’est signé (en janvier 1967) par 107 nations le Traité universel sur la démilitarisation de l’espace. Le 22 janvier 1963, de Gaulle et Adenauer avaient signé le Traité franco-allemand dans un jumelé de trigone Jupiter-Neptune et de quinconce Saturne-Pluton. La guerre du Vietnam commencée en 1965 juxtaposait les oppositions des cycles Saturne-Uranus (USA) et Saturne-Pluton (Chine) et c’est à leurs trigones qu’elle s’est terminée dans un rapprochement sino-américain. Et si le Pacte sino-soviétique du 14 février 1950 est signé sous la double participation d’un alignement Pluton (16° Lion)-Saturne (17° Vierge)-Neptune (17° Balance), il n’est pas étonnant que le schisme Moscou-Pékin se soit produit en 1962-1963, entre un sesqui-carré Saturne-Pluton et un carré Saturne-Neptune. Le Pacte Atlantique du 4 avril 1949 avait été la convergence d’un sextil évolutif Saturne-Uranus, posant la puissance américaine, épaulé d’un quinconce Jupiter-Saturne et au détriment d’un semi-carré involutif Saturne-Neptune. Et quand se font côte à côte les conjonctions Jupiter-Uranus et Jupiter-Neptune en 1997, l’OTAN et la Russie signent un accord, ne se considérant plus comme adversaires…

 

 

Nous venons de voir les interférences comme phénomène de coexistence, les configurations convergeant dans la composition de forces d’une même période. Or, il faut aussi les concevoir en tant que phénomène de succession, comme relation en chaîne d’une composition de forces qui se déroule dans le temps.

 

On le comprendra sans mal en examinant les deux figures symétriques qui suivent. L’une et l’autre représentent un cycle Jupiter-Neptune par rapport à Uranus.. Dans la première, c’est le cycle qui s’est déroulé pendant l’opposition Uranus-Neptune. A la conjonction de 1907 se forme, face au bloc de la Triple-Alliance, celui de la Triple-Entente, l’Europe  étant divisée en deux camps, en position de se combattre. A l’opposition de 1914 – qui est en même temps conjonction Jupiter-Uranus – éclate l’affrontement militaire de ces deux blocs. Et à la conjonction suivante de 1919, c’est ce qui subsiste de la Triple-Entente qui sort partie gagnante de cette épreuve de forces.

 

 

Dans le second tableau, c’est le cycle qui s’est fait lors du trigone involutif  Uranus-Neptune. A la conjonction de 1932, l’échec de la conférence du désarmement et les retraits du Japon et de l’Allemagne de la SDN constituent l’échec irréparable de cet organisme international et de la sécurité collective, mais polarise (avec bientôt l’entrée des Soviets à la société de Genève) un courant européen dans une défense commune contre l’Allemagne hitlérienne. A l’opposition de 1939, la guerre éclate (dans un épisode de pacte germano-soviétique), mais celle-ci ne prend son caractère mondial qu’à la conjonction Jupiter-Uranus de 1941. A la conjonction nouvelle de 1945, ceux qui, en 1932, avaient formé un front anti-germanique, gagnent la guerre, tandis que la SDN ressuscite en l’ONU.

 

Dans les deux situations, nous sommes mis en présence d’un même rythme ternaire qui s’assimile à la dialectique thèse-antithèse-synthèse. Néanmoins, les conditions de cette évolution diffèrent. Dans le premier cycle, du fait qu’Uranus et Neptune sont en opposition, les choses sont nettes, car ce qui est pour Neptune une série conjonction-opposition-conjonction est simultanément pour Uranus une série opposition-conjonction-opposition. L’affrontement des deux blocs est immédiat et définitif, et il est sans équivoque : celui des empires centraux conservateurs et des démocraties occidentales plus libérales. Dans le second cycle, par contre, l’affrontement commence à l’opposition du cycle et ne prend son caractère total qu’à la conjonction Jupiter-Uranus et sous les trigones involutifs Jupiter-Neptune et Saturne-Neptune, à vertu défensive, servant la cause des Alliés. Outre qu’avec le trigone Uranus-Neptune, passant de signes Vénus-Mercure à signes Mercure-Vénus, la conjoncture a basculé d’un pacte germano-soviétique à une coalition anglo-américano-soviétique. En fin de compte, s’il existe une manifeste similitude des deux cycles de 1907-1919 et de 1932-1945, les modalités du processus différent toutefois du fait d’un rapport particulier de chacun de ces cycles avec Uranus.

 

 

Ce schéma illustre différemment le jeu des interférences associant le temps à l’espace. C’est là une figure que j’avais déjà présentée dans L’Astrologie mondiale (1979). Elle pose autour de la ligne centrale du grand cycle Uranus-Neptune celles des quatre derniers cycles Saturne-Neptune et des trois derniers Saturne-Uranus, en des cheminements qui les conduisent à se rencontrer au point unique du cap de 1990. Le commentaire que j’en avais donné était le suivant : « Quand on sait que le cycle Uranus-Neptune en cours évolue parallèlement aux fortunes et infortunes de notre société dite capitaliste, de même que les cycles Saturne-Uranus scandent les temps caractéristiques du pôle de la « droite » de cette société : impérialisme, totalitarisme, fascisme, comme les cycles Saturne-Neptune les phases spécifiques du pôle de la « gauche » : syndicalisme, socialisme, communisme, on peut concevoir que la fusion en un même moment et en un même lieu de ces trois cycles puisse représenter un temps capital du renouvellement du monde actuel. »

 

 

D’une façon plus élaborée se présentent les scénarios incluant des ensembles de déplacements intercycles où une conjonction renvoie à une autre et toutes deux à une troisième, jusqu’à l’approche d’un tout ; ceci linéairement dans la succession du temps comme en simultanéité dans la trame polycyclique. C’est ainsi que l’intéressé peut se reporter à l’Introduction à l’astrologie mondiale pour s’ouvrir à la « mini-Grande Année » que forment les trois grandes conjonctions majeures Neptune-Pluton/Uranus-Neptune/Uranus-Pluton, en un renouvellement semi-millénaire, qu’accompagne l’indicateur de « l’indice cyclique », ainsi que pour la composition présente des configurations de l’approche de la fin du siècle dernier qui constitue une véritable équation de la conjoncture de ces années, semblable à un organigramme.

 

 

Instruisons ce dossier en revenant sur le parcours du cycle Uranus-Neptune qui vient de se terminer et sur celui du cycle Neptune-Pluton qui n’en est qu’à son début, à travers les interférences de Jupiter et de Saturne. Le texte qui le compose est extrait d’un chapitre du Pronostic expérimental en astrologie (1973). Il commence par l’étude du couple Uranus-Neptune :

 

« Le grand cycle bicentenaire de ces deux astres, commencé en 1821 et devant se terminer en 1992, se confond avec la grande histoire de notre société moderne, dite capitaliste.

 

La conjonction Uranus-Neptune s’est étalée sur une vingtaine d’années autour de 1821 (1810-1830), période privilégiée où s’est enfantée une société nouvelle qui a radicalement transformé la face du monde. Un esprit nouveau surgit, l’individualisme, qui donne naissance au Romantisme en même temps qu’il imprime un élan décisif aux inventions techniques, au développement de la mécanique et de la physique, à de multiples découvertes pratiques. C’est l’époque de Watt, Fresnel, Fulton, Stephenson, Ampère, Faraday … De là va naître la « révolution industrielle » qui apporte le plus grand bouleversement économique de l’histoire. Des siècles durant, l’organisation économique avait conservé une certaine immobilité : à la force et à la vitesse de l’outil manuel se substituent celles de la machine à vapeur, en attendant le moteur à explosion et avant qu’apparaisse l’énergie hydro-électrique. Napoléon se déplaçait encore à la même vitesse qu’Alexandre. Les trois premières locomotives font leur apparition entre 1815 et 1817, et la première ligne de chemin de fer (Liverpool-Manchester) en 1830. La navigation à vapeur surgit sur l’océan en 1819 et à partir de 1838, un navire à hélice traverse l’Atlantique en 17 jours.

 

 

De 1825 à 1830 apparaissent la moissonneuse, le métier à broder, la machine à coudre, le premier moteur électrique, qui sera suivi de la première magnéto en 1840. Tout s’enchaîne :  la locomotive et les voies ferrées révolutionnent la technique et l’emploi du fer, de la fonte, de l’acier, ainsi que l’extraction du charbon et des minéraux, etc. Nous assistons à la naissance de la grande industrie, pourvue de nouveaux modes de production, la révolution technique s’accompagnant d’un nouveau régime juridique qui permet le libre jeu de l’initiative individuelle, de méthodes commerciales inédites avec l’apparition du crédit, des banques, des grands marchés … De nouvelles classes sociales font leur apparition : nobles et propriétaires fonciers s’effacent devant industriels et commerçants adaptés à ces premiers temps modernes. Face à cette bourgeoisie des affaires qui deviendra ultérieurement le monde des ententes, des cartels, des trusts, du haut patronat concentrant toute la puissance économique et politique, surgit, dans une nouvelle poussée démographique, un monde ouvrier progressivement aggloméré autour des ateliers et fabriques, le futur prolétariat des complexes usiniers peuplant des cités tentaculaires.

 

Cette société nouvelle prend politiquement naissance avec la révolution de 1830 qui donne le pouvoir à la bourgeoisie dans les premiers pays où s’effectue cette gigantesque mutation (Angleterre, France, Belgique, Etats-Unis). Or, c’est en 1830-1831 que s’effectue la première interférence planétaire depuis la grande conjonction de 1821 : Jupiter passe de Neptune à Uranus (triple conjonction) durant ces deux années. Il se produira une seconde interférence jupitérienne en conjonctions séparées de 1843 (Jupiter-Neptune) à 1845 (Jupiter-Uranus), mais nous ne sommes plus dans le temps naissant de la conjonction des deux planètes lentes, et nous ne sommes pas encore dans celui de leur semi-carré : la société nouvelle précipite sa croissance sans histoire.

 

En revanche, nous arrivons au semi-carré Uranus-Neptune qui s’effectue entre 1846 et 1849, et c’est l’époque où Saturne accomplit sa première interférence avec le grand cycle : il passe de Neptune en fin 1846 à Uranus en 1851-1852. Après la première interférence de 1830, nous avons là une nouvelle grande étape au cours de laquelle s’effectue la polarisation des forces de la société. La force d’opposition au régime établi se dégage : apparition du Manifeste Communiste, début de la lutte des classes en France, avec l’épidémie révolutionnaire de février 1848, démocratique et prolétaire en Europe occidentale, nationaliste en Europe centrale et orientale. De même, la contradiction se fait jour entre les puissances libérales gagnées à la nouvelle société (Angleterre-France-Belgique) et les Etats d’Europe centrale et orientale qui reviennent à la Sainte-Alliance. Cela finit par la répression des aspirations révolutionnaires par les forces conservatrices, par le triomphe de la réaction. Comme en 1830-1831, le processus va du temps Neptune au temps Uranus.

 

Nous arrivons au sextil Uranus-Neptune qui va de 1853 à 1857 et qu’intensifie la troisième interférence jupitérienne de 1856 à 1858. C’est une pleine phase d’essor pour la société qui se développe à un rythme inégalé : machines-outils de toutes sortes et extension à toutes les industries, concentration des industries en complexes charbonniers, métallurgiques et autres, constitution des réseaux ferrés nationaux, démultiplication du volume du fret mondial et du commerce international avec les messageries et compagnies de transports réguliers, amorce du colonialisme …

 

C’est ensuite le carré Uranus-Neptune qui tombe entre 1867 et 1870, sous un nouveau relais de Jupiter qui rencontre Neptune en 1969 et Uranus en 1972. On voit alors surgir les premiers grands affrontements qui vont bouleverser la physionomie de l’Europe. Alors que l’Angleterre et la France étaient parties premières dans la course à l’essor capitaliste, sans rivalités aiguës, les guerres austro-prussienne (1866) et franco-allemande (1870) font subitement de l’Allemagne une nouvelle donne polarisant l’Europe entre puissances considérées démocratiques et puissances plus conservatrices ; au centre du continent, l’Allemagne va battre tous les records de vitesse dans l’industrialisation, rattrapant son retard, et imposer sa loi. Parallèlement, la lutte des classes se généralise dans le monde avec la naissance de la Première Internationale Communiste (fondée en 1864) qui affirme l’idée révolutionnaire au cours de ses congrès (1866 à 1873), la Commune de Paris (mars à mai 1871) étant la première expérience révolutionnaire de prise du pouvoir.

 

Nous passons au trigone Uranus-Neptune de 1879 à 1883 avec passage de Jupiter qui va de Neptune à Uranus de 1881 à 1886 et passage de Saturne sur Neptune en 1882. Ici, nous avons la physionomie d’une société en plein essor général, dans un maximum d’affirmation industrielle et coloniale, dans un climat de paix et de prospérité. On voit se former les ententes, cartels et trusts internationaux (c’est l’époque de Chamberlain, Ferry, Bismarck) et se constituer le bloc de la Triple-Alliance (Allemagne-Autriche-Italie). Parallèlement, le capital et le travail vivent un répit ; le socialisme s’organise en partis qui font entendre leur voix, la législation sociale prend naissance, le parlementarisme se propage et la démocratisation de la société se fait progressivement.

 

Quand vient le sesqui-carré Uranus-Neptune entre 1886 et 1889, les Etats européens sont agités par des crises intérieures, tandis que 1887 est l’année la plus tendue que l’Europe ait connue depuis la guerre franco-allemande ; une Europe à deux doigts de la guerre avec le Boulangisme en France et la crise bulgare tendant à l’extrême les rapports austro-russes.

 

La grande opposition Uranus-Neptune se produit entre 1906 et 1911, mais s’étale avec son orbe au-delà de ces années. Ici, l’Europe est scindée en deux blocs prêts à en venir aux mains : face à la Triple-Alliance se pose la Triple-Entente (Angleterre-France-Russie), constituée à la conjonction Jupiter-Neptune de 1907. Le grand affrontement éclate sous la rencontre suivante Jupiter-Uranus de 1914, et la Première Guerre mondiale se déploie sur le demi-cycle jupitérien qui va de la conjonction à Uranus à la conjonction à Neptune de 1919. C’est en même temps une phase ultime pour la lutte des classes qui commence sous la conjonction de 1907 (grandes grèves, 1ers Mai sanglants, la Douma en Russie), pour aboutir, avec les rencontres Saturne-Neptune et Jupiter-Neptune de 1917/1919, à la révolution russe et à la IIIe Internationale. Le cycle a atteint ici son point culminant et le monde libéral est à son apogée. C’est un reflux qui s’amorce.

 

Le sesqui-carré Uranus-Neptune a lieu en 1933, encadré par un semi-carré Neptune-Pluton et par un carré Uranus-Pluton. Trois dissonances fondues en une unique configuration critique : l’Allemagne nazie marche au pas de l’oie, se retire de la SDN et rétablit le service militaire obligatoire ; la course aux armements est reprise, préfiguration de la Seconde Guerre mondiale.

 

Le trigone Uranus-Neptune se présente de 1939 à 1942. Le contraste est saisissant par rapport au trigone évolutif de 1880 où la société occidentale sur sa lancée constructive s’épanouissait dans l’essor des impérialismes, avec l’accord unitif dans la paix : Triple-Alliance, concentrations économiques, dépeçage diplomatique des territoires coloniaux à l’Acte de Berlin, législation sociale améliorant la vie ouvrière … Ici, sous le trigone involutif, le monde s’est développé sur le régime de la tendance destructive de la configuration critique de l’étape précédente et en subit la loi. Ainsi, les deux pôles idéologiques de la société s’unissent (trigone) mais contre un commun adversaire dans la guerre. Dans le premier temps, c’est le Pacte germano-soviétique (revoir le texte consacré à celui-ci), et dans le second, l’Accord anglo-américano-soviétique.

 

Sous le carré Uranus-Neptune de 1952-1955, on voit s’affronter à nouveau les deux grandes puissances de l’époque, représentées par les deux symboles planétaires : Washington et Moscou. C’est le temps plein de la « guerre froide » qui va de la première guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie en passant, surtout, par la guerre de Corée (1950-1953). La stratégie soviétique mise sur les nationalismes, joue la carte arabe et vise à saper les positions colonialistes des pays capitalistes. L’expansion coloniale avait eu lieu pendant la phase ascendante du cycle, surtout au cours du trigone, et s’était terminée à l’opposition du début du siècle ; ici, c’est la décolonisation et la naissance du Tiers-monde.

 

Avec le sextil Uranus-Neptune de 1965-1968, nous vivons tout simplement la naissance de la « coexistence pacifique ».

 

 

La ligne générale de ce grand cycle moule une certaine courbe historique. On constate que les grandes crises de la société se localisent aux dissonances : 1848 au semi-carré, 1870-71 au carré, 1914 à l’opposition, le trigone involutif de 1940 faisant exception entre les dissonances de 1933 et 1950, sesqui-carré et carré. On remarque aussi que durant la phase ascendante du cycle, les interférences de Jupiter et Saturne passent de Neptune (d’abord) à Uranus (ensuite) : les crises sont au départ révolutionnaires et finissent par des répressions de la réaction ou du conservatisme (1830, 1848, 1871). A partir de l’opposition du début du siècle, les interférences se font dans l’autre sens en allant d’Uranus à Neptune : la première manche est à la droite, à l’impérialisme, et la seconde à la gauche, à la démocratie (de 1914 à 1918 et de 1940 à 1945). On note également une certaine évolution du processus révolutionnaire : au semi-carré surgit la doctrine communiste ; au carré, le communisme s’érige en société internationale et vit sa première expérience avec la Commune de Paris ; à l’opposition, le communisme s’implante dans un grand pays européen ; au dernier quartier, le communisme mondial se pose d’égal à égal en face du monde capitaliste.

 

 Non moins intéressant est de suivre les métamorphoses d’ »objet » de nos deux tendances en jeu. On peut dire que sur le plan social, les pièces sont demeurées les mêmes ; il y a toujours deux classes en présence : la bourgeoisie et le prolétariat ; même si ces deux classes n’ont pas cessé de se transformer (embourgeoisement du prolétariat, etc). De nos jours, la dialectique sociale s’est déplacée sur le plan des rapports entre pays nantis et pays sous-développés, plus chargés de tension révolutionnaire. Sous l’angle des rapports entre puissances, nous avons au départ des affrontements de pays à pays qui conduisent à des guerres nationalistes (1870). Nous voyons ensuite des coalitions qui s’affrontent dans des guerres impérialistes (1914). A un degré de complexité supérieure se présente l’étape de 1939-1945 ; dans cette guerre idéologique s’affrontent le libéralisme, le fascisme et le communisme. Le principe uranien est incarné par la puissance nazie et le principe neptunien par les Alliés. Hitler disparu, une nouvelle polarisation s’opère ; dans cette redistribution des cartes, les Etats-Unis réinvestissent le processus uranien, l’Union Soviétique restant et devenant seul partenaire neptunien. C’est donc essentiellement un duo des deux Grands : USA-URSS, qui s’est présenté dans le carré et le sextil Uranus-Neptune.

 

Le destin de notre société moderne est également marqué par le cycle Neptune-Pluton, multi-centenaire, dont la conjonction de 1891-1892, qui s’étire sur vingt-cinq années à la fin du siècle dernier et à l’entrée du nôtre, symbolise le commencement d’une ère nouvelle dont nous ne savons dire si, avec elle, nous allons vers une faillite radicale de notre civilisation ou une fin des temps terrestres, ou si nous n’allons pas plutôt vers une renaissance tumultueuse par laquelle l’humanité se dépouille et se renouvelle dramatiquement. Il s’agit là d’un état général du monde.

 

L’homme du XIXe siècle vivait sous le règne de la déesse Raison et accomplissait grâce à elle la plénitude de l’individu conscient. La science expliquait tout (du moins le croyait-on) et la technique partait, dans un univers qui était ordre, clarté et certitude, pour faire de l’homme un roi tout-puissant sur la terre. Et puis, depuis la dernière décennie de ce siècle et à l’aurore du nôtre, voilà que tout change : les crises s’accumulent et les naufrages se succèdent, le tout donnant ce qu’on a appelé la « crise moderne » ou la « crise de l’Occident ».

 

Alors que le rationalisme entrevoyait déjà son universel triomphe, voilà que la science débouche partout sur les « irrationnels », de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Les conquêtes sont remises en question dans cette mue gigantesque qui fait éclater les cadres d’une intelligence désemparée, obligée de se repenser et de vivre une révolution de la pensée. C’est l’ère de Planck, Bergson, Freud, Heisenberg, Husserl, Einstein … Cette „faillite“ de la raison et de la représentation qu’on se faisait depuis toujours du réel engendre un état d’esprit de dépassement qui féconde l’Impressionnisme et le Symbolisme, renouvelle l’intérêt à l’ésotérisme, et plus tard conduira au dadaïsme et au surréalisme.

 

Cette crise de la conscience va de pair avec l’impression d’une tragédie de la vie. On vivait dans une sécurité morale grandissante et dans le sentiment d’un progrès en extension continuelle. Or, la guerre de 1914, qui suit de près cette étape et n’en est que la prolongation, fait retentir un sinistre craquement dans ce bel édifice rationnel : au cœur de la civilisation la plus avancée d’une Europe devenue la fleur de l’humanité moderne, éclate et triomphe la barbarie la plus effroyable que le monde ait jamais vécue, régression sans précédent de l’homme à une sauvagerie officialisée sur l’autel de laquelle il sacrifie ses plus nobles conquêtes, la science se retournant contre lui pour ne servir qu’à des fins homicides. Ce progrès, dont il croyait qu’il était l’étoffe même de notre devenir, n’était qu’un simulacre, mettant des engins de mort de plus en plus perfectionnés entre les mains de combattants, devenus sourds aux valeurs morales de droit, de justice, de liberté, de patrie, livrés au massacre et ravalés à l’état de bêtes. Apparaît ainsi la figure nouvelle d’une humanité avilie dans un chaos, l’image d’un homme aux ténèbres intérieures se révélant en une levée de forces obscures venues des couches les plus primitives de son être. C’est le règne du sauvage, avec une crise des consciences qui débouche sur de vastes gouffres : psychoses collectives, de la tyrannie paranoïaque persécutrice du dictateur à la révolution qui se perd dans le mythe de Chronos dévorant ses propres enfants, mystiques aberrantes, délires passionnels, sentiment de l’absurde, angoisse, vertige du néant … Ce frisson nouveau de négation avec ses hantises, l’art le sublime avec le surréalisme, l’art nègre, le cubisme,   l’existentialisme, les expressionnismes divers, plus ou moins malsains ou morbides. Dans ce chaos où il n’y a plus de valeurs sûres, l’aboutissement ultime de cette irruption de forces brutes pourrait n’être rien d’autre que l’arme absolue …

 

Ce cycle se déploie très lentement. Nous avons connu le semi-carré Neptune-Pluton entre 1930 et 1935. Les espoirs qu’avaient fait naître au lendemain de la Première Guerre mondiale la SDN et tout l’appareil de la réorganisation internationale s’effondrent : la grande crise économique brise l’humanité qui se retrouve plus démunie que jamais, et, à travers ses conséquences, dont le triomphe du nazisme en Allemagne, le diable l’emporte, tous les éléments étant déjà réunis pour aboutir à la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Depuis 1950, nous sommes sous un sextil Neptune-Pluton qui s’étale sur l’ensemble de la seconde moitié du XXe siècle. Nous n’avons pas assez de recul pour en saisir la signification. Voyons de toute façon les diverses interférences qui se produisent sur ce cycle super-lent.

 

Les deux premiers passages de Jupiter en 1894, puis en 1905-1906, se confondent avec l’état de conjonction de ces astres. Arrivent ensuite coup sur coup les traversées de Saturne de 1914 (Pluton) à 1917 (Neptune) et de Jupiter, allant de l’un à l’autre en 1918-1919.  La tragédie de la Première Guerre mondiale a manifestement baigné dans le champ de ce grand cycle perturbateur. Jupiter revient dans la zone d’écartement des deux astres en 1931-1932 : second abîme du siècle avec la crise économique. Il y repasse de 1943 à 1945, tombant sur la Seconde Guerre mondiale. Il y reviendra de 1955 à 1958, tranche révisionniste d’un monde en pleine crise de décolonisation. Quant à Saturne, il revient sur Pluton en 1947, alors que l’emporte la révolution communiste chinoise, puis sur Neptune en 1952-1953, alors que le communisme soviétique s’enracine dans le monde afro-asiatique. La dernière interférence est celle de Jupiter qui se produit de 1967 à 1971 – « 1968 » - en même temps qu’Uranus lui-même entre dans le champ de ce sextil, devant passer de la conjonction de Pluton en 1965 à la conjonction de Neptune en 1992 : ici, les deux grands cycles Uranus-Neptune et Neptune-Pluton se fondent l’un dans l’autre, dans une ultime grande pulsion de destruction, de révision et de dépassement de notre vieille civilisation occidentale moderne, le poids d’une telle évolution devant surtout marquer à l’interférence saturnienne de 1982 à 1989 … ».

 

Ce texte est déjà vieux d’une trentaine d’années. En revoyant les deux dernières figures qui, en aperçus linéaires frappants, livrent différemment la triple rencontre Saturne-Uranus-Neptune du cap de 1990, chacun peut évaluer aujourd’hui quelle focalisation d’intérêt pouvait s’être concentrée sur le phénomène et à quel point l’on était dans l’attente d’un considérable renouveau historique. A telle enseigne qu’à l’époque, j’avais déclaré à mes proches que s’il ne devait rien s’y passer d’exceptionnel, tenant alors mes recherches pour une utopie démontrée par l’exemple, j’abandonnerais l’astrologie. Me connaissant, en crève-cœur, j’eusse tenu parole. Toutefois, j’avais beaucoup trop de conviction pour craindre une telle déconfiture. Maintenant, on sait ce qu’il en est. Nul doute qu’avec l’effondrement du  gigantesque empire soviétique – surtout avec la prévision le concernant, tenant au cycle Saturne-Neptune, engagement prévisionnel fait depuis son renouveau précédent de 1953 et répété de décennie en décennie : un voyage au bout du monde … – l’histoire a déjà largement répondu à l’attente qu’avait cristallisé le lointain croisement linéaire en question. Lequel est tombé aussi, ce qui est non moins important, sur la prise de conscience d’une mondialisation en cours que fait alors éclater la généralisation de l’ordinateur, ouvert sur l’Internet : le surgissement d’une nouvelle civilisation ! Certes, il y aura bien encore quelque imbécile – même dans nos rangs – pour refuser de s’incliner devant ce verdict du tribunal du temps. Bah !  quelle insignifiance …

 

Il reste à se pencher sur une nouvelle figure que j’ai déjà présentée dans plusieurs de mes ouvrages, les trajectoires d’évolution de ces réseaux d’interaction étant pleines d’information prévisionnelle. Aux astrologues de l’avenir de les dévoiler.

 

 

 

J’en ai tenté une première ébauche d’interprétation dans le n° spécial 92 (4e trimestre 1990) de L’astrologue, et en ai donné une nouvelle élaboration dans L’Avenir du monde selon l’astrologie (1993), ainsi qu’un aperçu dans Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire (1998). Une invitation à poursuivre …

 

Paris le 1er décembre 2004.

haut de page