Depuis toujours, en un inséparable couple de catégories polaires
fondamentales, le Soleil est lié aux valeurs du jour, comme la Lune l’est
aux valeurs de nuit. C’est là, d’ailleurs, par cette association immédiate
qui s’impose, qu’est la souche de leurs manifestations physiques et
physiologiques : veille-sommeil, extériorisation-intériorisation … ; et
c’est de ces racines que se dresse leur arbre symbolique : masculin-féminin,
logos-psyché, culture-nature …
J’ai consacré un texte au
Soleil à l’Ascendant, parce que c’est la configuration de l’aurore, du lever
du jour, ce départ de la journée vécue étant la coupure d’un recommencement
plus significatif que la simple culmination où l’astre est à son sommet
diurne. Par souci de symétrie, il eut fallu adopter le coucher de la Lune,
mais ce n’est pas elle qui inaugure la nuit lorsqu’elle franchit le
Descendant. S’il faut lui assigner un siège à sa convenance dans le parcours
journalier, c’est au Fond-du-ciel qu’il faut la placer : si le soleil de
midi est le plein du jour, maximum de lumière et de chaleur ainsi qu’apogée
du clair Yang, c’est le cœur de la nuit qui va à la Lune du Fond du ciel, où
elle passe à son plein lorsque le Soleil culmine, et où
se loge l’apogée de l’obscur Yin. Cette incitation de localisation est
d’ailleurs encouragée par le jumelé des douze signes et maisons, où le
quatrième secteur est adjugé au FC, lequel a son parallèle avec le quatrième
signe où la Lune est domiciliée : le Cancer.
Ce sujet a déjà été abordé
au chapitre « MC-FC : paternel-maternel » du texte ici-présent de « Saturne
et l’orphelinat », auquel on peut revenir. Il n’y a pas plus pur alignement
symbolique que cet ensemble : Lune-Cancer-FC comme constellation
psychologique du principe matriciel, en un vaste continuum où l’un fait écho
à l’autre.
Point de la course
planétaire horaire au lieu le plus bas sous nos pieds, le FC acquiert la
note initiale de racine, de souche, de fondement, de creuset des origines :
c’est là que passe le soleil à minuit, 0 heure, temps premier recommençant
le cycle de la journée. Si, du centre où nous sommes, le MC nous tend vers
un devenir ascensionnel et érige notre accomplissement, le FC approfondit
nos assises, nous ramène à nos origines, au berceau natal, à la maison de
l’enfance et au patrimoine. Il rejoint la symbolique lunaire de la graine,
de l’œuf, du ventre, de la grotte, de la hutte, de la chaumière, du
domicile ; celle aussi du nid-refuge où, dans l’intimité, on dort, on rêve,
on fait retraite en ses souvenirs, on se repose …isomorphie des images de la
profondeur, du voyage dans les tréfonds.
Que la Lune, cette
fontaine de vie et reine de l’accouchement, y soit – surtout si, du même
coup, elle est en Cancer – et nous avons ici notre limon originel, notre
argile maternelle, notre terre première, en un tout où, à partir d’une
relation transitive enfant-mère/enfant-miroir, s’établit une communion
profonde entre l’âme et la nature, notre mère-nature, notre terre
maternelle.
Dans son Edgar Poe,
Marie Bonaparte a, au plus simplifié, livré la filiation psychanalytique de
cette relation. « Pour chacun de nous, la nature n’est qu’un prolongement de
notre narcissisme primitif qui, au début, s’annexa à la mère nourricière et
enveloppante. » Cette nature devient pour l’homme adulte « une mère
immensément élargie, éternelle et projetée dans l’infini ». En particulier,
« la mer est pour tous les hommes l’un des plus grands, des plus constants
symboles maternels » : l’eau berce comme une mère, toute boisson
bienfaitrice est un lait maternel, premier substantif buccal, sans oublier
la venue au monde dans les eaux … et l’on en viendra à son cycle de la
mère-paysage chez le poète américain. Au jeu des citations, nous n’en
finirions pas : « Quant à la mer, son sel doit avoir été dans mon sang dès
avant ma naissance (…). Mon être est rempli de vagues qui roulent et
s’écroulent. » (Swinburne) ; « Tout ce que le cœur désire peut toujours se
réduire à la figure de l’eau. » (Claudel). Cette
maternité des eaux étant sacrée.
C’est précisément cette nature extérieure en notre intérieur qui va nous
être donnée d’observer dans les cas de la Lune au FC. Pour inaugurer notre
panorama d’exemples, introduisons celui d’une conjonction Soleil-Lune-FC,
configuration par excellence d’un commencement, les deux luminaires étant
réunis à ce lieu originel. Tel est le cas d’AMANDINE, le premier « bébé
éprouvette » français (1982), la conjonction étant en Poissons, au trigone
de Jupiter au lever, son carré à Uranus du Sagittaire en I exprimant
l’originalité de sa personne en l’avènement d’un engendrement extra-naturel,
fruit du génie humain. Le premier bébé éprouvette de l’histoire, Louise
BROWN, portait la griffe d’un lever de Lune du Bélier avec Jupiter du Cancer
en IV conjoint au Soleil dans son signe.

Ces deux premiers cas
particuliers de Lune angulaire illustrent l’ancrage de l’enfance en l’être,
rejoignant la division traditionnelle des chronocratories, lesquelles
échelonnent un patronage astral sur le parcours de l’existence, de la Lune
chronocrator de l’enfance à Saturne qui l’est de la vieillesse, le tout en
un croisement d’âge psychologique et de psychologie d’âge, instituant une
caractérologie du septénaire planétaire.
A la Lune est donc imparti
le temps premier de l’enfance. Plus spécifiquement celui de la vie
végétative du nourrisson – l’infans ( in fans : qui ne parle pas) des
psychanalystes – au sein maternel et à ses soins. Lune humide de l’âge des
langes, de l’allaitement, des bouillies, pour reprendre Ptolémée, et règne
du dormir-téter-brailler. Champ lunaire d’une bulle anticipant la
distinction dedans-dehors, sujet-objet qu’apportera
l’appropriation de son image spéculaire. Mais élargi déjà au « bain sonore
de parole » maternelle in utero et étendu jusqu’à
l’entrée de la période de latence mercurienne, où la cérébralité gagne au
détriment de l’imaginaire, acquisition de « l’âge de raison » (7 ans) où le
principe de plaisir s’efface devant la venue du principe de réalité : adieu
père Noël et contes de fées ...

Dessin de Maurice
Munzinger
Soleil et Lune en astrologie
Revenons
à ce principe matriciel. Choisissons de commencer par les musiciens,
l’audition étant une entrée de l’univers en soi, réception sonore du monde
jusqu’à la profondeur du silence intérieur.
Wolfgang Amadeus MOZART :
Lune du Sagittaire au FC, carré à l’AS, conjonction de Pluton et sextil de
Jupiter. Voici, justement, l’archétype de l’enfant prodige, à l’enfance
baignée de musique, bien vite en pleine possession de son génie. Fils de
musiciens, dès l’âge de trois ans, Wolfgang manifeste d’exceptionnelles
dispositions musicales, assistant aux leçons de sa sœur aînée et en montrant
déjà son instinct musical au clavecin ; si bien que son père, Léopold,
sévèrement (conjonction Soleil-Saturne), se consacre à sa formation. A six
ans, il improvise déjà de petites pièces. Et dès cet âge, il est exhibé, sa
sœur avec lui, dans des tournées à travers l’Europe (Sagittaire) : Munich,
Vienne, Paris, Londres …, adulé dans les salons par les têtes couronnées et
la noblesse. Et il est déjà lui-même. Son génie est qu’il est la musique en
soi, muant tout ce qu’il touche en musicalité. Naturellement, cette
incarnation passe par la spiritualité du Verseau, puisque c’est l’étoffe
même de son être « azuréen », et s’il « fait de la musique dans une sorte
d’omniscience, en partant d’un centre mystérieux » (Karl Barth), celui-ci
est simplement la nature qui parle en lui, en magicien dont une sorte de
babillage sonore prend aussitôt le charme d’un état de grâce, en un chant de
l’âme au sentiment féerique. Le Mozart céleste. A propos, avec la
conjonction Lune-Pluton, sa source de vie est teintée d’un certain
démonisme : c’est le Mozart hanté par l’idée de la mort, qu’il finit, en bon
Verseau, par apprivoiser « comme une véritable et parfaite amie de
l’homme ».
Karl Maria von WEBER :
(Eutin, All., 18 novembre 1786, 22 h 30, selon l’acte de baptême du 20
suivant ; établi par le Bulletin n° 11/13 de la Société américaine de
musicologie, section de la Nouvelle Angleterre, 1945). Voici une Lune du
Scorpion au FC - signe qu’occupe en IV une conjonction Soleil-Mars, avec en
plus Mercure en IV – au carré d’une conjonction Saturne-Pluton du Verseau au
DS Weber est aussi, comme Mozart, un enfant prodige,
mais d’une toute autre étoffe. Le conflit luni-saturnien angulaire, sur fond
de conjonction martienne du Scorpion, se résume en un être chétif, malingre,
un peu mal fichu, qui chante des prouesses d’armes beaucoup trop lourdes
pour ses frêles épaules, parti musicalement pour les emportements fougueux
de chevauchées romantiques. La mère-nature luni-saturnienne en climat
Scorpion qui l’habite fait de lui un être pétri du romantisme des légendes
d’un monde nocturne peuplé d’histoires fantastiques, de fées, de lutins, de
personnages s’identifiant pleinement avec l’âme de la nature. Un véritable
plongeon dans la magie, le merveilleux du monde. Son Freischütz
est l’histoire d’un chasseur qui, pour s’assurer la
victoire d’un concours de tir, dont une belle Agathe est le prix, demande au
démon des balles infaillibles. Sous la condition que la dernière de ces
balles obéisse à la volonté du diable. Comme son Obéron , ce nain,
roi des elfes, qui perce les secrets humains, rien n’exprime mieux, dans
l’effusion lyrique de cette musique, la communion entre l’âme d’un
personnage et l’âme de la nature.
Accordons-nous, ici, la
parenthèse d’une hypothèse. Né à Catane dans la nuit du 2 au 3 novembre
1801, Vincenzo BELLINI devrait ressortir d’une Lune maîtresse d’AS au
FC, à l’entrée de la Balance. Lui aussi, ce fils d’un organiste a un don de
l’enfance et à sept ans il entreprend déjà ses premières compositions. Ce
garçon de beauté efféminée est un délicat, agrémenté de fraîcheur d’âme. Sa
source créatrice, toute en pureté mélodique et en richesse lyrique, lui vaut
de revenir à l’affiche des opéras pour deux de ses mélodrames : La
Somnambule et Norma. Le beau chant : tendresse languissante,
mélancolie rêveuse, douleur plaintive. Une belle âme qui s’éteint à
trente-quatre ans.
C’est une Lune des Gémeaux
qui est au FC, à côté d’une conjonction Vénus-Mars, ainsi aromatisée de
volupté capiteuse, et Mercure étant conjoint au Soleil en Taureau, chez
Jules MASSENET. Lui aussi est un précoce : benjamin d’une famille
nombreuse, c’est de sa mère qu’il reçoit ses premières leçons de piano. Prix
de Rome à vingt-et-un ans, sa fécondité le lance dans les opéras
populaires : Manon Lescaut, Werther, Thaïs, Sapho, le Jongleur de
Notre-Dame … Charme, douceur, pâmoisons mélodiques, extases
sentimentales … « Cette musique est secouée de frissons, d’élans,
d’étreintes qui voudraient s’éterniser : les harmonies y ressemblent à des
bras, les mélodies à des nuques. On s’y penche sur le front des femmes pour
savoir à tout prix ce qui se passe derrière … (Debussy). Pour le pire, la
romance de salon. Et pour un analyste, l’attachement à maman.
Avec une Lune du Cancer au
FC, au sextil d’une conjonction Soleil-Mercure-Vénus du Taureau en I,
Gabriel FAURE, sixième enfant de parents étrangers à la musique, doit
tout à lui-même, mais en une découverte précoce de ses dons musicaux, en
apprenant le piano. Douceur, grâce, oasis de calme, dominante nocturne,
l’art fauréen, tout en délicatesse mélodique et en sensibilité poétique,
rappelant Verlaine, ne se découvre qu’à la longue et est la récompense de
l’amateur cultivé. Vladimir Jankélévitch, à propos de l’ineffable de ses
sonorités, évoque son « eau qui va sans qu’on sache où, mais qui va quelque
part », en écoutant « sa nuit qui marche ».
Impossible de ne pas
invoquer, à cette occasion, un face à face : la Lune du Cancer, au MC cette
fois, de Giacomo PUCCINI, fils d’organiste, dont l’art extraverti a
une vocation théâtrale. Toujours le sentiment, l’émotion, faisant baigner
ses personnages dans une ambiance en demi-teinte, fluidité, poésie d’une
certaine langueur : Mimi, Manon, Madame Butterfly, La Bohême…Créatures
de rêve-femme-enfant. Mais, lui aussi, dans un climat musical familial, dès
ses dix ans, il recueille ses premiers lauriers à l’Institut musical de
Lucques : prévalence de l’astre sur l’angle. Néanmoins, cette culmination
luni-cancérienne signifie une carrière toute tracée dès l’enfance, allant
devenir le cinquième organiste de la famille.
Avec une Lune du Verseau
au FC, à 11° de Saturne des Poissons en IV, Manuel de FALLA n’a pas
de parents musiciens, mais il découvre la musique vers
ses huit ans. Et dès ses douze-treize ans, sa source se révèle : avec la
musique de chambre, sa famille spirituelle devient la souche populaire
andalouse, le folklore gitan. Bien que composées à Paris (Sagittaire), ses
Nuits dans les jardins d’Espagne paraissent pénétrées de tous les
parfums et arômes de l’Andalousie, œuvre lourde de nostalgie saturnienne
d’un mal du pays. L’appel de son terroir lui fait ressentir la nécessité
d’avoir un opéra espagnol, et c’est aussi le chant andalou primitif qui
s’élève de La Vie brève, évoquant une pauvre orpheline. A propos de
cette Lune saturnisée, ce musicien était convaincu de la malignité de la
lumière lunaire. Contraste luni-saturnien : parti de l’amour de la mer et du
bain d’une communion folklorique, ce musicien austère et ascétique devait
finir à Grenade, en une vie monacale.
Ne quittons pas cette
famille sans lui joindre le cas voisin de Frédéric CHOPIN, avec sa
conjonction Saturne-Neptune au FC. Lui aussi enfant de la musique, déjà
célèbre à Varsovie, prodige du piano à huit ans. Avec son propre terroir :
le chant de la terre nourricière, la musique populaire polonaise entendue au
berceau et longuement remémorée dans l’exil ; le romantisme introverti d’un
solitaire, la plainte de l’exilé qui pleure sa patrie perdue …Sans oublier
les Nocturnes !
Passons maintenant au
monde de l’écriture.
Deux
âmes, hélas ! habitent ma poitrine
Par la voix de Faust,
GOETHE livre son dualisme interne, avec l’opposition de son Soleil de la
Vierge au MC à sa Lune des Poissons au FC. « J’ai de mon père la stature, la
gravité, l’esprit de conduite », dit-il, lui venant d’un homme strict et
rigide, tout à ses devoirs et responsabilités. Étant femme d’imagination,
« ma mère m’a donné la sérénité de mon âme et le goût des inventions
poétiques. » D’où ce Janus : notable en institution, homme de connaissance,
savant collectionneur, esprit éclairé, en même temps qu’âme pleine de
sensibilité romantique. Autant le premier est un apollinien tourné vers la
lumière et épris de classicisme, autre l’autre, en aventure romantique,
plonge dans sa nuit intérieure, jusqu’au plus profond du tourment de son
âme : la tragédie de Werther et une lunarité qui passe par le
sacrifice de Marguerite pour atteindre la Mater glorioso pleine de
grâce et de miséricorde.
Selon une note émanant de
la Bibliothèque universelle de Genève, rapportée par Paul Roussel (Cahiers
astrologiques n° 77), Maine de BIRAN serait né à 21 h, le 29
novembre 1766 à Bergerac.. Avec une Lune à l’entrée du Scorpion qui applique
à la conjonction du FC et recevant le carré de l’AS, au sein d’une
constellation de dissonances désarticulée. De quel complexe utérin lui vient
son noyau « nombriliste » ? Toujours est-il que son sentiment pénible de
l’existence le confine à une subjectivité envahissante. Ce qui le conduit à
se « regarder au dedans » avec minutie et force détails coenesthésiques.
D’où son Journal intime, écrit pour soi, qui est tout à la fois un
abri pour une sensibilité trop vulnérable, un face-à-face narcissique, une
manière d’être avec soi, de se voir, de se vivre en tête-à-tête, sachant
pourtant que tout travail de l’esprit ne tend qu’à nous dérober à
nous-mêmes. Finissant par « ajouter beaucoup trop d’importance aux petites
choses ». Note aquatique : « Biron est avec Montaigne, Amiel et Proust,
l’écrivain qui a le mieux saisi la fluidité de la vie intérieure. » (Jean
Wald). Expression objective de sa configuration en IV : sa principale
distraction était de recevoir régulièrement dans son salon intime une petite
société philosophique : Royer-Collard, Victor Cousin, Ampère, Cuvier ...
Selon le souvenir du père
(Hans Ritter), c’est entre 12 et 14 heures qu’est né à Dantzig le 22 février
1788, Arthur SCHOPENHAUER. Pour 13 heures passe juste au FC une Lune
de la Vierge en opposition de Mercure des Poissons qui culmine, encore dans
l’orbe d’une conjonction Soleil-Saturne à l’entrée du signe. Une dualité
parlante. On sait que ce philosophe eut une relation forte, fort complexe,
avec sa mère, qui finira par le déshériter. Avant cela, il avait dû la subir
dans une relation d’infériorité, d’infortune, cette position étant son point
de vulnérabilité. Justement, elle représente, précisément, la racine de vie,
la pulpe vitale dévalorisée à laquelle, par son opposition saturnienne, le
philosophe va chercher à s’arracher. Dans Le Monde comme volonté et comme
représentation – où « le monde est ma représentation » - cette valeur
lunaire tient lieu de « représentation », laquelle n’est plus qu’un
« charme », un « voile », une « illusion », un « rêve », le désir qui s’y
associe étant la racine de notre souffrance. D’où la sagesse saturnienne
sacrificielle Poissons du philosophe : le salut de l’homme est de se
délivrer de la Maya en se détachant du monde, seul but digne du sage..
Dans un contexte
différend, c’est une note voisine qui apparaît chez Heinrich PESTALOZZI
(Zurich, 12 janvier 1746, 16 h ; Biog.
« H.P.” Ch.
Fisher, N.Y. 1912),
avec une Lune maîtresse d’AS en Vierge au FC, Saturne étant en IV au carré
du Soleil en Capricorne, mais sa motivation lui venant d’une conjonction
Mercure-Uranus en Verseau. Avec lui, on a affaire à un pédagogue. Ce
disciple de Rousseau formule les principes d’un enseignement nouveau,
consacrant sa vie à fonder et diriger des écoles pour enfants pauvres en
milieu rural, fondant même une institution pour orphelins abandonnés. Lui,
en quelque sorte, est une mère (au surplus, son Neptune maître du MC est à
l’AS-Cancer) et sa pédagogie se veut enfantement, en développant la force de
se faire pour advenir à soi-même. Il est, en quelque sorte, un accoucheur de
l’être. Cas voisin de Maria MONTESSORI, avec sa Lune du Scorpion au FC, qui
est, de son côté, une grande accoucheuse de l’âme enfantine..
Avec Hans Christian
ANDERSEN (2 avril 1805, 1 h ; registre de l’église Saint-Hans à Odense,
Danemark, selon Edouard Sanchez), une Lune du Taureau en IV approche de la
conjonction du FC, en écho de Vénus-Poissons trigone Neptune, cette Vénus en
III en compagnie d’une conjonction Soleil-Mercure du Bélier. Le pouvoir
impératif de s’exprimer de cet écrivain, parmi les plus lus dans le monde,
lui vint, justement, d’une communion profonde avec la nature. Evoquant ses
origines, il retient : « Je suis une plante des marais ». « Il rappelait
Orphée, ce poète, si bien que non seulement les bêtes, les plantes et les
pierres écoutaient, émues, mais aussi les jouets prenaient vie. »
(Strindberg), le génie populaire nordique, à travers lui, faisant de ses
Contes pour les enfants un émerveillement universel. La petite sirène,
la marchande d’allumettes, le vilain petit canard, l’intrépide soldat de
plomb, le briquet du soldat, la princesse aux petit pois … éblouissant
tourbillon de 156 contes de ce génial Elfe fabuliste.
J’ai déjà traité largement
le cas de Edgar POE (ainsi que ceux de Fauré, Puccini, Falla) dans
L’Univers astrologique des quatre Éléments, en référence à l’Eau, avec
Marie Bonaparte et Gaston Bachelard.. Avec la Lune
(maîtresse de VIII) en conjonction de Vénus et Pluton dans les Poissons,
arrivant au FC, outre un AS en Scorpion. La mort de sa
mère phtisique à laquelle assiste Edgar à ses deux ans laisse en lui un
souvenir qui ne cesse de le hanter. Et son deuil s’étend à la nature
entière : femmes blafardes et moribondes de sa vie et de son œuvre, tours
solitaires, châteaux en ruines, tombeaux, manoirs qui s’écroulent dans des
étangs croupis, eaux funéraires dormantes, mers qui se figent dans les
glaces du pôle ; autant de signes macabres qui le ramènent à la beauté
funèbre initiale en laquelle s’accouplent l’amour et la mort. Et s’il est
fondu dans cette atmosphère générale, il est aussi tiré par son quartette de
la IV en une plongée dans les profondeurs: « Ces ombres de souvenirs me
présentent très indistinctement de grandes figures qui m’enlevaient, et
silencieusement me transportaient en bas – et encore en bas – toujours en
bas – jusqu’au moment où un vertige horrible m’oppresse à la simple idée de
l’infini de la descente … »
Georges RODENBACH
est aussi une figure emblématique en raison de ce que sa Lune du Lion au FC
est relayée par le Soleil et Mercure en Cancer, outre que Saturne est à
l’AS. A tel point que, pour cet être « plein de rêves crépusculaires (…),
resté fidèle aux voix d’autrefois, aux horizons plaqués sur les yeux de son
enfance » (Gustave Kahn), le sujet et personnage unique de son œuvre est sa
ville natale :Bruges-la-Morte. Chantre de la terre natale, avec son
âme contemplative, il n’a écrit que pour elle, attaché qu’il lui était, à
travers ses eaux dormantes, par un lien maternel. « Rodenbach trouva dans la
cité glauque l’exact prolongement de son hérédité et de ses rêves. Il y
trouva tout ce qu’il aimait, tout ce qu’il était né pour exprimer : les eaux
silencieusement frissonnantes, les vieilles murailles usées comme des
visages, les souvenirs d’une gloire évanouie au fond des siècles (…). La
cristallisation de l’âme endormie (…), la suave taciturnité qui laisse
s’élever la mélodie intérieure. » (C. Mauclair). Bruges
n’est pas loin, avec sa mélodie qui se déroule au gré de son rêve et
s’enroule en miroir voilé, d’être pour ce poète l’œuf d’une vie enclose .
Pour Jules ROMAINS, la Lune des Poissons en IV, conjointe au FC avec
Neptune au DS, chez un type de conjonction Soleil-Jupiter-Mercure de la
Vierge au MC, répond pleinement à son « unanimisme »
unissant les humains ; mais ici, c’est à un bain de foules auquel elle nous
convie. Les 27 volumes des Hommes de bonne volonté composent une
fresque de la vie nationale française de la première partie du XXe siècle.
C’est, précisément, une œuvre polyphonique où le créateur plonge à même au
cœur d’une foule de personnages, évoquant par le souffle de sa sensibilité
« la rumeur de la vie collective, le bruissement d’une époque, les tumultes,
les fêtes et le mouvement lent de la vie quotidienne » (R.M. Albérès). Notre
bonhomme fait devant nous bouger de vastes foules et même des villes
entières, nous faisant assister, notamment, au lever du jour de Paris, être
vivant de la France entière. On a, ici, basculé vers l’extraversion, en y
vivant au plus large, dans une communion avec l’humanité, cette autre mère
du monde.
Pour mieux identifier les valeurs du secteur IV, sortons du cadre purement
lunaire afin de percevoir des parallèles planétaires. J’ai déjà évoqué la
conjonction Saturne-Neptune au FC de CHOPIN, « ondine de la Vistule », quant
à lui habité par une sorte de cellule folklorique inspirant ses Polonaises
et Mazurkas, identifié à sa Pologne martyre. Jetons un bref regard sur
quelques cas intéressants.
Victor HUGO, avec une triple conjonction Soleil-Vénus-Pluton des
Poissons en IV, aspectant l’AS-Scorpion. Ce n’est pas seulement l’homme qui
satellise le monde littéraire autour de sa personne chez lui, le cénacle
romantique s’étant tenu dans son salon rouge, rue Notre-Dame des champs.
C’est aussi son tellurisme des profondeurs. Dans La Terre et les rêveries
du repos, Bachelard évoque de nombreux exemples d’une « noire vision des
antres et des cavernes de Hugo », avec les variations du thème de l’égout
comparé à l’intestin , complexe anal manifeste, dit-il lui-même.
Avec son amas Saturne-Neptune-Jupiter-Pluton autour du FC, James JOYCE
(Dublin, 2 février 1882, 6 h ; renseignement personnel fourni à Hans
Ritter), est un cas ambivalent. L’enfant mis à 6 ans en
pension chez les jésuites va vite rejeter ses racines : « Je ne veux pas
servir ce à quoi je ne crois plus, que cela s’appelle mon foyer, ma patrie
ou mon église. ». Ce Verseau libéré s’exile et erre de part le monde, dans
un certain cosmopolitisme, comme s’il avait voulu se donner une patrie
universelle. Une trentaine d’années plus tard, revenu en Irlande, il devient
l’écrivain d’une ville prise pour thème et cadre unique : Dublin, sa ville
natale, siège d’une comédie humaine qu’il métamorphose – chaos de
conjonction – en labyrinthe, en nébuleuse, livrée à la paralysie, au
cauchemar, à une agonie.
COLETTE n’a pas moins des luminaires et d’une conjonction
Mercure-Saturne en IV. Tout au long de son œuvre, elle va chercher ses
racines, le secret de son sang et la saveur inoubliée de son enfance :
Sido (sa mère), La Maison de Claudine, Claudine à l’école,
Claudine s’en va …Et son superbe sentiment intimiste de la nature :
« Tout ce qui bourdonne, court, se faufile, vole, rampe, transporte pollen
et suc des fleurs, et fore le sol, tout ce qui porte cornes et carapaces,
tout ce qui se vêt, nuptialement ou par mimétisme, de gaze, de bronze,
d’émail ou de soie, j’en sus le nom ; et le nom aussi des papillons balancés
par la chaleur et le vent sur le colza, le sarrasin, le trèfle et la
luzerne, ou sur les terres pauvres, mangées de fétuques, ou sur les haies de
lissier, ou sur les buissons de budleyas dont les longs thyrses violets,
amis de la guêpe, prolongent jusqu’aux arrière-confins de l’été le souvenir
délicieux des lilas. » … Sans oublier ses plus belles pages consacrées aux
bêtes : insectes et familiers, papillons, araignées, mouettes, écureuils,,
et, bien sûr, ses inséparables chattes et chiens. Le
bestiaire enchanté de sa Vénus des Poissons en VI.
Vapeurs d’automne rhénan et brouillards londoniens de « La Chanson du Mal
Aimé », autant que mélodie nostalgique du « Pont
Mirabeau » où coule la Seine … (« Le fleuve est pareil à ma peine, il
s’écoule … »), Guillaume APOLLINAIRE ne saurait renier l’encens
vaporeux de sa conjonction luni-neptunienne, laquelle est toutefois au MC,
mais donnant la priorité au lieu du méridien opposé, son point d’élection.
En
passant au monde pictural, je tombe, d’abord sur une Lune du Lion au FC chez
Adolphe BOUGUEREAU, et je ne connais de lui – en marge d’une
opposition Mercure-Saturne dans un cadre de Jupiter en Vierge rendant si
bien compte de son conformisme académique de bourgeois de son temps qui le
déconsidère tant aujourd’hui – que ses compositions allégoriques ou
mythologiques de nus féminins aux chairs pâles et lisses.
De
la grande aventure de Georges BRAQUE, sa Lune du Bélier au FC n’a
qu’une part limitée. Mais son intérêt pictural prend du moins sa source de
bonne heure, auprès d’un père peintre amateur. Et sa Lune, en position
topocentrique, est superposée au Soleil-FC de Picasso. Lequel ressentit ce
couplage en déclarant que s’il était le père du cubisme, Braque en était la
mère. L’art de celui-ci contraste, face à l’hypervirilité flamboyante du
grand Espagnol, par une tonalité intérieure : art détendu, paisible,
silencieux, quasi-intimiste, aux tons atténués, onctueux, en lumière
argentée, qui perdent en éclat ce qu’ils gagnent en résonance mystérieuse
dans le monde musical de ses natures mortes : table, vase, cruche, pichet,
compotier, instrument de musique …
Avec sa Lune du Verseau au FC, Paul KLEE est, dès quatre ans, initié
au pastel par une enchanteresse grand-mère, jusqu’à en arriver à ce que la
couleur et lui ne fassent plus qu’un, se sentant à l’intérieur de
l’inépuisable création de formes de son imaginaire.
Avec un lever de Neptune, une Lune maîtresse d’AS en conjonction de Vénus en
Lion au FC, au carré toute deux d’une conjonction Saturne-Uranus en
Scorpion, telle est la signature de Paul DELVAUX, dont le monde
pictural étrange est occupé par la femme. « Toujours la même » (A. Breton)
multipliée, duplication indéfinie comme en écho, dans une sorte de galerie
des glaces. Généralement nue, dans le climat lunaire d’une atmosphère
crépusculaire ou nocturne, ressortissant d’autant plus dans un espace vide
ou sobrement occupé. Absorbée dans son rêve, somnambule ou dans un ailleurs.
Obsession d’une déesse hiératique de marbre blanc.
La
Lune du Verseau au FC du roi du pop art, Andy WARHOL, c’est maman
dans tout son état. Une mère qui, tout petit déjà, le lance dans le dessin
et la peinture, lui fait croire a son destin, le soutient à fond, participe
à son action et contribue à sa réussite. La boite de soupe Campbell’s,
multipliée sur ses toiles, symbole fétiche de son œuvre, est la réminiscence
d’un souvenir d’enfance. Outre que cette position lunaire évoque aussi son
atelier – la Factory – où il s’est passé tant de choses …
Même quand ce n’est pas la Lune elle-même qui est au FC, la présence astrale
en ce lieu est « maternante », que cela vienne de la mère ou du père. Avec
son Soleil-FC, le panthéon pictural de Mary CASSATT est la
multiplication du thème de la maternité avec ses innombrables enlacements. A
plus forte raison avec Vénus en compagnie de Neptune et Saturne chez Eugène
CARRIERE qui ne se lasse pas de peindre la mère et son petit. Sans compter
les poètes de Barbizon en communion symphonique avec la nature : Théodore
ROUSSEAU, Henri HARPIGNIES, Charles François DAUBIGNY … Voire, de Constant
TROYON à. DUNOYER DE SEGONZAC, en passant par Paul CÉZANNE, si attaché à son
terroir …
Il
y a, d’ailleurs, d’autres manières de communier avec la nature. Tel est le
cas de l’entomologiste Jean-Henri FABRE qui, avec sa Lune au FC, tout
petit déjà, s’absorbe entièrement, fasciné, dans l’univers fabuleux des
insectes. Et la nature s’étend à l’infini.
En
quittant les arts et les lettres, remontons à Nicolas COPERNIC , avec
sa Lune du Sagittaire entrant en conjonction du FC, lequel est escorté par
Jupiter, Uranus et Neptune. Comme habité par une charge d’ancestralité au
plus profond de son être, sa haute marée le fait se retourner vers le passé
pour revenir aux sources de l’astronomie. Plus qu’un observateur du ciel, ce
sont les œuvres des anciens qui l’intéressent : « Je pris donc la peine de
relire tous les livres des philosophes que je pus trouver pour voir si
quelque auteur n’avait pensé qu’il existât des mouvements des corps célestes
autres que les suppositions de ceux qui enseignaient les mathématiques dans
les écoles. » Et ce sont les arguments ensevelis depuis deux millénaires,
aux temps premiers de notre civilisation, qu’il ressuscite en mettant à
l’honneur l’héliocentrisme de Philolaos, Héraclite et Aristarque de Samos.
Il est vrai que, sans la Lune, avec
Jupiter-Pluton-Saturne autour du FC, la même charge d’ancestralité d’Auguste
MARIETTE fait de lui le grand archéologue qui, au milieu du XIXe siècle,
déblaie des sables tant de monuments prestigieux de l’ancienne Égypte. Mais
il n’en est pas moins vrai que l’ultra-cancérien Gaston MASPERO, qui fait
revivre l’Histoire ancienne des peuples d’Orient, a sa conjonction
Saturne-Neptune au MC, laquelle fait prévaloir ses affinités avec le FC.
Profitons de l’occasion pour évoquer le cas de Carl Richard LEPSIUS : sa
Lune du Scorpion au FC rend compte de cet égyptologue qui s’est intéressé
particulièrement aux textes funéraires, jusqu’à publier son
Livre des Morts.
Quant à LOUIS Ier
de BAVIÈRE , sa Lune maîtresse d’AS au FC, trigone à Jupiter du Taureau
et accompagnée de quatre planètes en IV, ne rend-elle pas compte d’une
passion architecturale couvrant Munich de monuments impressionnants, faisant
de sa capitale un joyau touristique ? Suivi qu’il sera pas son petit-fils,
LOUIS II, atteint même de mégalomanie architecturale avec son Soleil
conjoint au FC et la présence d’une conjonction Mercure-Vénus en IV.
Tournons-nous vers une série nouvelle avec ISABELLE DE CASTILLE dont
la Lune en Capricorne au FC, est conjointe à Jupiter du Verseau en IV,
renvoyant à Uranus du Cancer au MC. Non seulement elle est la mater
de l’Espagne qui, par les mariages de ses enfants, étend les branches de
l’arbre espagnol sur toute la chrétienté ; mais encore, c’est à ses pieds
que Christophe Colomb dépose les terres du Nouveau Monde. Avec le
chassé-croisé Lune-Sagittaire en IV/Jupiter-Cancer, MARIE de MEDICIS est
devenue mère et belle-mère de quatre grandes souverainetés, au point d’avoir
été appelée la « mère de l’Europe ». Quant à CATHERINE II de RUSSIE,
avec un FC très entouré, notamment de la Lune, Vénus et Jupiter en IV, sur
fond Taureau, nous avons la passion de la terre russe. Elle parcourt la
vaste étendue de son empire pour, du regard, en prendre une véritable
possession. Son intérêt va naturellement à la rentabilité du sol, aux
produits agricoles et autres ressources du pays, mettant en valeur des
terres incultes et fondant bien des villes. Sa faim géographique s’inscrit
aussi en conquêtes territoriales … Et pour une MARIE-AMÉLIE de BOURBON,
la Lune maîtresse d’AS en IV dans la Balance avec Vénus culminante,
représente le plus simplement du monde la réussite donnée en exemple de
l’heureuse famille du roi Louis-Philippe.
1.

2.
LA LUNE : Corpus iconographicum
de Giordano Bruno:
Pour ce qui est, maintenant, de Martin LUTHER, voyons le secteur IV
chargé de quatre positions , le Soleil, maître d’AS en tête.. Avec,
au surplus, quatre autres astres sortant du FC et des concentrations
planétaires autour de deux grandes conjonctions, on peut s’offrir une image
paternelle instituant une nouvelle religion, celle du pasteur fondateur du
temple protestant. Les cas qui suivent s’alignent sur ce schème. Helena
Petrovna BLAVATSKY est aussi fondatrice d’église, avec sa Lune maîtresse
d’AS au FC. En quête d’une Terre promise, elle trouve en Inde le bagage
spirituel qu’elle recherchait, et son ouvrage : La Doctrine secrète
la consacre comme mère fondatrice de la Société théosophique. Annie
BESANT se jeta à ses pieds en lui disant : « Je me considère désormais
comme votre fille. ». Elle-même, sa continuatrice, avec une Lune du Cancer
au FC conjointe à Jupiter dans le signe, finit sur un air de grand-mère
spirituelle : ayant cru à la révélation de Jésus en la personne de
Krishnamurti, elle se fait « mère Amma » exerçant sa tutelle sur le jeune
messie, cet instructeur du monde l’ayant d’ailleurs appelée « Sainte-Mère »,
jusqu’au renoncement de ce « prophète » à sa mission sacrée. On peut aussi
évoquer Alexandra DAVID-NEEL avec sa propre Lune du Verseau en IV,
maîtresse d’Uranus du Cancer au MC, en quête aussi d’un enracinement
spirituel, à la recherche d’une Terre promise au loin qui s’apparente à un
retour à la mère. Mais, n’est-ce pas aussi une seconde famille que le parti
communiste dans lequel Clara ZETKIN s’est implantée dans tout son
pouvoir douloureux, avec sa triple conjonction Soleil-Mars-Saturne du Cancer
en IV ?
Interpréter n’est assurément pas une opération facile et l’on est forcément
enclin à simplifier. Ainsi, la Lune n’est pas que rêverie, langueur et
paresse, comme la nature silencieuse et paisible qui nous enveloppe, nous
faisant oublier, telles des eaux violentes, ses orages, tempêtes et autres
cataclysmes. Il est bon, ici, de faire le rappel d’une statistique que
Michel Gauquelin a présentée dans Murders an Psychotics (Document n°
9, série D de son « Laboratoire … »). Il s’agit du dépouillement effectué
sur 623 meurtriers, champions de la criminalité française, nés entre 1819 et
1930. Ce qui s’est révélé le plus significatif est le lever de la Lune (69
positions contre seulement 51 attendues !), position qui s’interprète comme
un facteur « lunatique » d’émotivité, laquelle, en climat dissonant, tend à
relever de l’infantilisme ou de l’immaturité, sinon de l’instinctif, voire
de l’animalité. On pense, notamment, à la furie de l’âme en feu d’une Lune
en Bélier sous une salve marsienne. A cette occasion, il faut aussi faire la
part de la douleur violente chez la douce Vénus, logée à la même enseigne.
Choisnard l’avait déjà constaté sur un petit groupe d’ »étoiles du crime ».
Or, Gauquelin relève 145 positions, au lieu de 117, de cet astre autour de
l’AS ! On imagine, naturellement, le crime passionnel, l’amour aboutissant
au drame.
Chaque Lune du FC a naturellement sa destination propre. On peut assurément
comprendre la bénéficité de la Lune des Poissons, au centre d’un hexagramme
en étoile harmonique à six pointes, chez Henri DUNANT, fondateur de la
Croix-Rouge en 1863, le maître lunaire, Neptune, étant conjoint à Mars qu’il
tente d’humaniser. Autre son de cloche : la Lune du Capricorne au FC,
maîtresse du MC du même coup, de l’amiral François DARLAN, n’est pas sans
rapport avec la création, sous son patronage, de la grande flotte moderne
française.
Au
menu populaire, on peut comprendre la Lune des Poissons au FC de MISTINGUETT
quand elle chante : « Je suis née dans l’faubourg Saint-Denis. J’y suis
restée une vraie gosse de Paaaris ». Avec elle, dans un accent faubourien
traînant, c’est la gouaille populaire de Paname, au music-hall du
Moulin-Rouge, des Folies-Bergères, du Casino de Paris. Quant à la Lune du
Verseau au FC d’Elvis PRESLEY, avant sa popularité universelle, c’est le
gosse de treize ans qui offre à sa maman, à un jour de fête des mères, un
disque qu’il vient de faire enregistrer. Ceci – n’ayant jamais appris la
musique - après avoir bu le lait du chant religieux du Negro spiritual.
Outre la finale amollie, affaissée, du personnage ravalé à l’état de
la tourbe.
Comment ne serait-on pas décontenancé au flot, à l’essaim ou à la ruée des
manifestations de cette Lune du FC ? Déjà, au paléolithique, voyons-nous
l’astre ramifié à l’eau, à la naissance, à la femme, à la végétation, à la
fertilité de la terre-mère ; sans parler de sa seule patrie aquatique
d’incarnation de nymphes-naïades, ondines et autres Ophélies, dont on est
loin d’avoir encore fait le tour. Et quel subtil passage s’opère entre
nature et mère ! Voyez comment le ressent François Mauriac, sur ses terres,
dans ce passage de son Journal : « Paysage le plus beau du monde à
mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais, seul à se
souvenir des visages détruits dont je ne parle plus à personne, et dont le
vent, au crépuscule après un jour torride, est le souffle vivant, chaud,
d’une créature de Dieu, comme si ma mère m’embrassait. Ô terre qui
respire ! ». Allez deviner …
En
hommage à la naissance – survenue à Colmar, le 28 septembre 2006, à
5 h 42 m – de mon arrière-petit-fils, TOM, ce petit recueil
d’exemples propre à ventiler le parfum maternel de sa Lune du Fond-du-ciel.
A trois jours des anniversaires communs de l’arrière-grand-père paternel et
de l’arrière-grand-père maternel.
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