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la lune au fond-du-ciel


La Lune, XVe siècle, xylographie, Graz, Steiermärkische Landesbibliothek.

Depuis toujours, en un inséparable couple de catégories polaires fondamentales, le Soleil est lié aux valeurs du jour, comme la Lune l’est aux valeurs de nuit. C’est là, d’ailleurs, par cette association immédiate qui s’impose, qu’est la souche de leurs manifestations physiques et physiologiques : veille-sommeil, extériorisation-intériorisation … ; et c’est de ces racines que se dresse leur arbre symbolique : masculin-féminin, logos-psyché, culture-nature …

 

J’ai consacré un texte au Soleil à l’Ascendant, parce que c’est la configuration de l’aurore, du lever du jour, ce départ de la journée vécue étant la coupure d’un recommencement plus significatif que la simple culmination où l’astre est à son sommet diurne. Par souci de symétrie, il eut fallu adopter le coucher de la Lune, mais ce n’est pas elle qui inaugure la nuit lorsqu’elle franchit le Descendant. S’il faut lui assigner un siège à sa convenance dans le parcours journalier, c’est au Fond-du-ciel qu’il faut la placer : si le soleil de midi est le plein du jour, maximum de lumière et de chaleur ainsi qu’apogée du clair Yang, c’est le cœur de la nuit qui va à la Lune du Fond du ciel, où elle passe à  son plein lorsque le Soleil culmine, et où se loge l’apogée de l’obscur Yin. Cette incitation de localisation est d’ailleurs encouragée par le jumelé des douze signes et maisons, où le quatrième secteur est adjugé au FC, lequel a son parallèle avec le quatrième signe où la Lune est domiciliée : le Cancer.

 

Ce sujet a déjà été abordé au chapitre « MC-FC : paternel-maternel » du texte ici-présent de « Saturne et l’orphelinat », auquel on peut revenir. Il n’y a pas plus pur alignement symbolique que cet ensemble : Lune-Cancer-FC comme constellation psychologique du principe matriciel, en un vaste continuum où l’un fait écho à l’autre.

 

Point de la course planétaire horaire au lieu le plus bas sous nos pieds, le FC acquiert la note initiale de racine, de souche, de fondement, de creuset des origines : c’est là que passe le soleil à minuit, 0 heure, temps premier recommençant le cycle de la journée. Si, du centre où nous sommes, le MC nous tend vers un devenir ascensionnel et érige notre accomplissement, le FC approfondit nos assises, nous ramène à nos origines, au berceau natal, à la maison de l’enfance et au patrimoine. Il rejoint la symbolique lunaire de la graine, de l’œuf, du ventre, de la grotte, de la hutte, de la chaumière, du domicile ; celle aussi du nid-refuge où, dans l’intimité, on dort, on rêve, on fait retraite en ses souvenirs, on se repose …isomorphie des images de la profondeur, du voyage dans les tréfonds.

 

Que la Lune, cette fontaine de vie et reine de l’accouchement, y soit – surtout si, du même coup, elle est en Cancer – et nous avons ici notre limon originel, notre argile maternelle, notre terre première, en un tout où, à partir d’une relation transitive enfant-mère/enfant-miroir, s’établit une communion profonde entre l’âme et la nature, notre mère-nature, notre terre maternelle.

 

Dans son Edgar Poe, Marie Bonaparte a, au plus simplifié, livré la filiation psychanalytique de cette relation. « Pour chacun de nous, la nature n’est qu’un prolongement de notre narcissisme primitif qui, au début, s’annexa à la mère nourricière et enveloppante. » Cette nature devient pour l’homme adulte « une mère immensément élargie, éternelle et projetée dans l’infini ». En particulier, « la mer est pour tous les hommes l’un des plus grands, des plus constants symboles maternels » : l’eau berce comme une mère, toute boisson bienfaitrice est un lait maternel, premier substantif buccal, sans oublier la venue au monde dans les eaux … et l’on en viendra à son cycle de la mère-paysage chez le poète américain. Au jeu des citations, nous n’en finirions pas : « Quant à la mer, son sel doit avoir été dans mon sang dès avant ma naissance (…). Mon être est rempli de vagues qui roulent et s’écroulent. » (Swinburne) ; « Tout ce que le cœur désire peut toujours se réduire à la figure de l’eau. » (Claudel).  Cette maternité des eaux étant sacrée.

 

C’est précisément cette nature extérieure en notre intérieur qui va nous être donnée d’observer dans les cas de la Lune au FC. Pour inaugurer notre panorama d’exemples, introduisons celui d’une conjonction Soleil-Lune-FC, configuration par excellence d’un commencement, les deux luminaires étant réunis à ce lieu originel. Tel est le cas d’AMANDINE, le premier « bébé éprouvette » français (1982), la conjonction étant en Poissons, au trigone de Jupiter au lever, son carré à Uranus du Sagittaire en I exprimant l’originalité de sa personne en l’avènement d’un engendrement extra-naturel, fruit du génie humain. Le premier bébé éprouvette de l’histoire, Louise BROWN, portait la griffe d’un lever de Lune du Bélier avec Jupiter du Cancer en IV conjoint au Soleil dans son signe.

 

Ces deux premiers cas particuliers de Lune angulaire illustrent l’ancrage de l’enfance en l’être, rejoignant la division traditionnelle des chronocratories, lesquelles échelonnent un patronage astral sur le parcours de l’existence, de la Lune chronocrator de l’enfance à Saturne qui l’est de la vieillesse, le tout en un croisement d’âge psychologique et de psychologie d’âge, instituant une caractérologie du septénaire planétaire.

A la Lune est donc imparti  le temps premier de l’enfance. Plus spécifiquement celui de la vie végétative du nourrisson – l’infans ( in fans : qui ne parle pas) des psychanalystes – au sein maternel et à ses soins. Lune humide de l’âge des langes, de l’allaitement, des bouillies, pour reprendre Ptolémée, et règne du dormir-téter-brailler. Champ lunaire d’une bulle anticipant la distinction dedans-dehors, sujet-objet qu’apportera  l’appropriation de son image spéculaire. Mais élargi déjà au « bain sonore de parole » maternelle in utero  et étendu jusqu’à l’entrée de la période de latence mercurienne, où la cérébralité gagne au détriment de l’imaginaire, acquisition de « l’âge de raison » (7 ans) où le principe de plaisir s’efface devant la venue du principe de réalité : adieu père Noël et contes de fées ...

Dessin de Maurice Munzinger
Soleil et Lune en astrologie

 

 Revenons à ce principe matriciel. Choisissons de commencer par les musiciens, l’audition étant une entrée de l’univers en soi, réception sonore du monde jusqu’à la profondeur du silence intérieur.

 

Wolfgang Amadeus MOZART : Lune du Sagittaire au FC, carré à l’AS, conjonction de Pluton et sextil de Jupiter. Voici, justement, l’archétype de l’enfant prodige, à l’enfance baignée de musique, bien vite en pleine possession de son génie. Fils de musiciens, dès l’âge de trois ans, Wolfgang manifeste d’exceptionnelles dispositions musicales, assistant aux leçons de sa sœur aînée et en montrant déjà son instinct musical au clavecin ; si bien que son père, Léopold, sévèrement (conjonction Soleil-Saturne), se consacre à sa formation. A six ans, il improvise déjà de petites pièces. Et dès cet âge, il est exhibé, sa sœur avec lui, dans des tournées à travers l’Europe (Sagittaire) : Munich, Vienne, Paris, Londres …, adulé dans les salons par les têtes couronnées et la noblesse. Et il est déjà lui-même. Son génie est qu’il est la musique en soi, muant tout ce qu’il touche en musicalité. Naturellement, cette incarnation passe par la spiritualité du Verseau, puisque c’est l’étoffe même de son être « azuréen », et s’il « fait de la musique dans une sorte d’omniscience, en partant d’un centre mystérieux » (Karl Barth), celui-ci est simplement la nature qui parle en lui, en magicien dont une sorte de babillage sonore prend aussitôt le charme d’un état de grâce, en un chant de l’âme au sentiment féerique. Le Mozart céleste. A propos, avec la conjonction Lune-Pluton, sa source de vie est teintée d’un certain démonisme : c’est le Mozart hanté par l’idée de la mort, qu’il finit, en bon Verseau, par apprivoiser « comme une véritable et parfaite amie de l’homme ».

 

Karl Maria von WEBER : (Eutin, All., 18 novembre 1786, 22 h 30, selon l’acte de baptême du 20 suivant ; établi par le Bulletin n° 11/13 de la Société américaine de musicologie, section de la Nouvelle Angleterre, 1945). Voici une Lune du Scorpion au FC - signe qu’occupe en IV une conjonction Soleil-Mars, avec en plus Mercure en IV – au carré d’une conjonction Saturne-Pluton du Verseau au DS  Weber est aussi, comme Mozart, un enfant prodige, mais d’une toute autre étoffe. Le conflit luni-saturnien angulaire, sur fond de conjonction martienne du Scorpion, se résume en un être chétif, malingre, un peu mal fichu, qui chante des prouesses d’armes beaucoup trop lourdes pour ses frêles épaules, parti musicalement pour les emportements fougueux de chevauchées romantiques. La mère-nature luni-saturnienne en climat Scorpion qui l’habite fait de lui un être pétri du romantisme des légendes d’un monde nocturne peuplé d’histoires fantastiques, de fées, de lutins, de personnages s’identifiant pleinement avec l’âme de la nature. Un véritable plongeon dans la magie, le merveilleux du monde. Son Freischütz  est l’histoire d’un chasseur qui, pour s’assurer la victoire d’un concours de tir, dont une belle Agathe est le prix, demande au démon des balles infaillibles. Sous la condition que la dernière de ces balles obéisse à la volonté du diable. Comme son Obéron , ce nain, roi des elfes, qui perce les secrets humains, rien n’exprime mieux, dans l’effusion lyrique de cette musique, la communion entre l’âme d’un personnage et l’âme de la nature.

 

Accordons-nous, ici, la parenthèse d’une hypothèse. Né à Catane dans la nuit du 2 au 3 novembre 1801, Vincenzo BELLINI devrait ressortir d’une Lune maîtresse d’AS au FC, à l’entrée de la Balance. Lui aussi, ce fils d’un organiste a un don de l’enfance et à sept ans il entreprend déjà ses premières compositions. Ce garçon de beauté efféminée est un délicat, agrémenté de fraîcheur d’âme. Sa source créatrice, toute en pureté mélodique et en richesse lyrique, lui vaut de revenir à l’affiche des opéras pour deux de ses mélodrames : La Somnambule et Norma. Le beau chant : tendresse languissante, mélancolie rêveuse, douleur plaintive. Une belle âme qui s’éteint à trente-quatre ans.

 

C’est une Lune des Gémeaux qui est au FC, à côté d’une conjonction Vénus-Mars, ainsi aromatisée de volupté capiteuse, et Mercure étant conjoint au Soleil en Taureau, chez Jules MASSENET. Lui aussi est un précoce : benjamin d’une famille nombreuse, c’est de sa mère qu’il reçoit ses premières leçons de piano. Prix de Rome à vingt-et-un ans, sa fécondité le lance dans les opéras populaires : Manon Lescaut, Werther, Thaïs, Sapho, le Jongleur de Notre-Dame … Charme, douceur, pâmoisons mélodiques, extases sentimentales … « Cette musique est secouée de frissons, d’élans, d’étreintes qui voudraient s’éterniser : les harmonies y ressemblent à des bras, les mélodies à des nuques. On s’y penche sur le front des femmes pour savoir à tout prix ce qui se passe derrière … (Debussy). Pour le pire, la romance de salon. Et pour un analyste, l’attachement à maman.

 

Avec une Lune du Cancer au FC, au sextil d’une conjonction Soleil-Mercure-Vénus du Taureau en I, Gabriel FAURE, sixième enfant de parents étrangers à la musique, doit tout à lui-même, mais en une découverte précoce de ses dons musicaux, en apprenant le piano. Douceur, grâce, oasis de calme, dominante nocturne, l’art fauréen, tout en délicatesse mélodique et en sensibilité poétique, rappelant Verlaine, ne se découvre qu’à la longue et est la récompense de l’amateur cultivé. Vladimir Jankélévitch, à propos de l’ineffable de ses sonorités, évoque son « eau qui va sans qu’on sache où, mais qui va quelque part », en écoutant « sa nuit qui marche ».

 

Impossible de ne pas invoquer, à cette occasion, un face à face : la Lune du Cancer, au MC cette fois, de Giacomo PUCCINI, fils d’organiste, dont l’art extraverti a une vocation théâtrale. Toujours le sentiment, l’émotion, faisant baigner ses personnages dans une ambiance en demi-teinte, fluidité, poésie d’une certaine langueur : Mimi, Manon, Madame Butterfly, La Bohême…Créatures de rêve-femme-enfant. Mais, lui aussi, dans un climat musical familial, dès ses dix ans, il recueille ses premiers lauriers à l’Institut musical de Lucques : prévalence de l’astre sur l’angle. Néanmoins, cette culmination luni-cancérienne signifie une carrière toute tracée dès l’enfance, allant devenir le cinquième organiste de la famille.

 

Avec une Lune du Verseau au FC, à 11° de Saturne des Poissons en IV, Manuel de FALLA n’a pas de  parents musiciens, mais il découvre la musique vers ses huit ans. Et dès ses douze-treize ans, sa source se révèle : avec la musique de chambre, sa famille spirituelle devient la souche populaire andalouse, le folklore gitan. Bien que composées à Paris (Sagittaire), ses Nuits dans les jardins d’Espagne paraissent pénétrées de tous les parfums et arômes de l’Andalousie, œuvre lourde de nostalgie saturnienne d’un mal du pays. L’appel de son terroir lui fait ressentir la nécessité d’avoir un opéra espagnol, et c’est aussi le chant andalou primitif qui s’élève de La Vie brève, évoquant une pauvre orpheline. A propos de cette Lune saturnisée, ce musicien était convaincu de la malignité de la lumière lunaire. Contraste luni-saturnien : parti de l’amour de la mer et du bain d’une communion folklorique, ce musicien austère et ascétique devait finir à Grenade, en une vie monacale.

 

Ne quittons pas cette famille sans lui joindre le cas voisin de Frédéric CHOPIN, avec sa conjonction Saturne-Neptune au FC. Lui aussi enfant de la musique, déjà célèbre à Varsovie, prodige du piano à huit ans. Avec son propre terroir : le chant de la terre nourricière, la musique populaire polonaise entendue au berceau et longuement remémorée dans l’exil ; le romantisme introverti d’un solitaire, la plainte de l’exilé qui pleure sa patrie perdue …Sans oublier les Nocturnes !

 

Passons maintenant au monde de l’écriture.

Deux âmes, hélas ! habitent ma poitrine

Par la voix de Faust, GOETHE livre son dualisme interne, avec l’opposition de son Soleil de la Vierge au MC à sa Lune des Poissons au FC. « J’ai de mon père la stature, la gravité, l’esprit de conduite », dit-il, lui venant d’un homme strict et rigide, tout à ses devoirs et responsabilités. Étant femme d’imagination, « ma mère m’a donné la sérénité de mon âme et le goût des inventions poétiques. » D’où ce Janus : notable en institution, homme de connaissance, savant collectionneur, esprit éclairé, en même temps qu’âme pleine de sensibilité romantique. Autant le premier est un apollinien tourné vers la lumière et épris de classicisme, autre l’autre, en aventure romantique, plonge dans sa nuit intérieure, jusqu’au plus profond du tourment de son âme : la tragédie de Werther et une lunarité qui passe par le sacrifice de Marguerite pour atteindre la Mater glorioso pleine de grâce et de miséricorde.

 

Selon une note émanant de la Bibliothèque universelle de Genève, rapportée par Paul Roussel (Cahiers astrologiques n° 77), Maine de BIRAN serait né à 21 h, le 29 novembre 1766 à Bergerac.. Avec une Lune à l’entrée du Scorpion qui applique à la conjonction du FC et recevant le carré de l’AS, au sein d’une constellation de dissonances désarticulée. De quel complexe utérin lui vient son noyau « nombriliste » ? Toujours est-il que son sentiment pénible de l’existence le confine à une subjectivité envahissante. Ce qui le conduit à se « regarder au dedans » avec minutie et force détails coenesthésiques. D’où son Journal intime, écrit pour soi, qui est tout à la fois un abri pour une sensibilité trop vulnérable, un face-à-face narcissique, une manière d’être avec soi, de se voir, de se vivre en tête-à-tête, sachant pourtant que tout travail de l’esprit ne tend qu’à nous dérober à nous-mêmes. Finissant par « ajouter beaucoup trop d’importance aux petites choses ». Note aquatique : « Biron est avec Montaigne, Amiel et Proust, l’écrivain qui a le mieux saisi la fluidité de la vie intérieure. » (Jean Wald). Expression objective de sa configuration en IV : sa principale distraction était de recevoir régulièrement dans son salon intime une petite société philosophique : Royer-Collard, Victor Cousin, Ampère, Cuvier ...

 

Selon le souvenir du père (Hans Ritter), c’est entre 12 et 14 heures qu’est né à Dantzig le 22 février 1788, Arthur SCHOPENHAUER. Pour 13 heures passe juste au FC une Lune de la Vierge en opposition de Mercure des Poissons qui culmine, encore dans l’orbe d’une conjonction Soleil-Saturne à l’entrée du signe. Une dualité parlante. On sait que ce philosophe eut une relation forte, fort complexe, avec sa mère, qui finira par le déshériter. Avant cela, il avait dû la subir dans une relation d’infériorité, d’infortune, cette position étant son point de vulnérabilité. Justement, elle représente, précisément, la racine de vie, la pulpe vitale dévalorisée à laquelle, par son opposition saturnienne, le philosophe va chercher à s’arracher. Dans Le Monde comme volonté et comme représentation – où « le monde est ma représentation » - cette valeur lunaire tient lieu de « représentation », laquelle n’est plus qu’un « charme », un « voile », une « illusion », un « rêve », le désir qui s’y associe étant la racine de notre souffrance. D’où la sagesse saturnienne sacrificielle Poissons du philosophe : le salut de l’homme est de se délivrer de la Maya en se détachant du monde, seul but digne du sage..

 

Dans un contexte différend, c’est une note voisine qui apparaît chez Heinrich PESTALOZZI (Zurich, 12 janvier 1746, 16 h ; Biog. « H.P.” Ch. Fisher, N.Y. 1912), avec une Lune maîtresse d’AS en Vierge au FC, Saturne étant en IV au carré du Soleil en Capricorne, mais sa motivation lui venant d’une conjonction Mercure-Uranus en Verseau. Avec lui, on a affaire à un pédagogue. Ce disciple de Rousseau formule les principes d’un enseignement nouveau, consacrant sa vie à fonder et diriger des écoles pour enfants pauvres en milieu rural, fondant même une institution pour orphelins abandonnés. Lui, en quelque sorte, est une mère (au surplus, son Neptune maître du MC est à l’AS-Cancer) et sa pédagogie se veut enfantement, en développant la force de se faire pour advenir à soi-même. Il est, en quelque sorte, un accoucheur de l’être. Cas voisin de Maria MONTESSORI, avec sa Lune du Scorpion au FC, qui est, de son côté, une grande accoucheuse de l’âme enfantine..

 

Avec Hans Christian ANDERSEN (2 avril 1805, 1 h ; registre de l’église Saint-Hans à Odense, Danemark, selon Edouard Sanchez), une Lune du Taureau en IV approche de la conjonction du FC, en écho de Vénus-Poissons trigone Neptune, cette Vénus en III en compagnie d’une conjonction Soleil-Mercure du Bélier. Le pouvoir impératif de s’exprimer de cet écrivain, parmi les plus lus dans le monde, lui vint, justement, d’une communion profonde avec la nature. Evoquant ses origines, il retient : « Je suis une plante des marais ». « Il rappelait Orphée, ce poète, si bien que non seulement les bêtes, les plantes et les pierres écoutaient, émues, mais aussi les jouets prenaient vie. » (Strindberg), le génie populaire nordique, à travers lui, faisant de ses Contes pour les enfants un émerveillement universel. La petite sirène, la marchande d’allumettes, le vilain petit canard, l’intrépide soldat de plomb, le briquet du soldat, la princesse aux petit pois … éblouissant tourbillon de 156 contes de ce génial Elfe fabuliste.

 

J’ai déjà traité largement le cas de Edgar POE (ainsi que ceux de Fauré, Puccini, Falla) dans L’Univers astrologique des quatre Éléments, en référence à l’Eau, avec Marie Bonaparte et  Gaston Bachelard.. Avec la Lune (maîtresse de VIII) en conjonction de Vénus et Pluton dans les Poissons, arrivant au FC, outre un  AS en Scorpion. La mort de sa mère phtisique à laquelle assiste Edgar à ses deux ans laisse en lui un souvenir qui ne cesse de le hanter. Et son deuil s’étend à la nature entière : femmes blafardes et moribondes de sa vie et de son œuvre, tours solitaires, châteaux en ruines, tombeaux, manoirs qui s’écroulent dans des étangs croupis, eaux funéraires dormantes, mers qui se figent dans les glaces du pôle ; autant de signes macabres qui le ramènent à la beauté funèbre initiale en laquelle s’accouplent l’amour et la mort. Et s’il est fondu dans cette atmosphère générale, il est aussi tiré par son quartette de la IV en une plongée dans les profondeurs: « Ces ombres de souvenirs me présentent très indistinctement de grandes figures qui m’enlevaient, et silencieusement me transportaient en bas – et encore en bas – toujours en bas – jusqu’au moment où un vertige horrible m’oppresse à la simple idée de l’infini de la descente … »

 

Georges RODENBACH est aussi une figure emblématique en raison de ce que sa Lune du Lion au FC est relayée par le Soleil et Mercure en Cancer, outre que Saturne est à l’AS. A tel point que, pour cet être « plein de rêves crépusculaires (…), resté fidèle aux voix d’autrefois, aux horizons plaqués sur les yeux de son enfance » (Gustave Kahn), le sujet et personnage unique de son œuvre est sa ville natale :Bruges-la-Morte. Chantre de la terre natale, avec son âme contemplative, il n’a écrit que pour elle, attaché qu’il lui était, à travers ses eaux dormantes, par un lien maternel. « Rodenbach trouva dans la cité glauque l’exact prolongement de son hérédité et de ses rêves. Il y trouva tout ce qu’il aimait, tout ce qu’il était né pour exprimer : les eaux silencieusement frissonnantes, les vieilles murailles usées comme des visages, les souvenirs d’une gloire évanouie au fond des siècles (…). La cristallisation de l’âme endormie (…), la suave taciturnité qui laisse s’élever la mélodie intérieure. »  (C. Mauclair). Bruges n’est pas loin, avec sa mélodie qui se déroule au gré de son rêve et s’enroule en miroir voilé, d’être pour ce poète l’œuf d’une vie enclose .

 

Pour Jules ROMAINS, la Lune des Poissons en IV, conjointe au FC avec Neptune au DS, chez un type de conjonction Soleil-Jupiter-Mercure de la Vierge au MC, répond pleinement à  son « unanimisme » unissant les humains ; mais ici, c’est à un bain de foules auquel elle nous convie. Les 27 volumes des Hommes de bonne volonté composent une fresque de la vie nationale française de la première partie du XXe siècle. C’est, précisément, une œuvre polyphonique où le créateur plonge à même au cœur d’une foule de personnages, évoquant par le souffle de sa sensibilité « la rumeur de la vie collective, le bruissement d’une époque, les tumultes, les fêtes et le mouvement lent de la vie quotidienne » (R.M. Albérès). Notre bonhomme fait devant nous bouger de vastes foules et même des villes entières, nous faisant assister, notamment, au lever du jour de Paris, être vivant de la France entière. On a, ici, basculé vers l’extraversion, en y vivant au plus large, dans une communion avec l’humanité, cette autre mère du monde.

 

Pour mieux identifier les valeurs du secteur IV, sortons du cadre purement lunaire afin de percevoir des parallèles planétaires. J’ai déjà évoqué la conjonction Saturne-Neptune au FC de CHOPIN, « ondine de la Vistule », quant à lui habité par une sorte de cellule folklorique inspirant ses Polonaises et Mazurkas, identifié à sa Pologne martyre. Jetons un bref regard sur quelques cas intéressants.

 

Victor HUGO, avec une triple conjonction Soleil-Vénus-Pluton des Poissons en IV, aspectant l’AS-Scorpion. Ce n’est pas seulement l’homme qui satellise le monde littéraire autour de sa personne chez lui, le cénacle romantique s’étant tenu dans son salon rouge, rue Notre-Dame des champs. C’est aussi son tellurisme des profondeurs. Dans La Terre et les rêveries du repos, Bachelard évoque de nombreux exemples d’une « noire vision des antres et des cavernes de Hugo », avec les variations du thème de l’égout comparé à l’intestin , complexe anal manifeste, dit-il lui-même.

 

Avec son amas Saturne-Neptune-Jupiter-Pluton autour du FC, James JOYCE (Dublin, 2 février 1882, 6 h ; renseignement personnel fourni à Hans Ritter), est un cas  ambivalent. L’enfant mis à 6 ans en pension chez les jésuites va vite rejeter ses racines : « Je ne veux pas servir ce à quoi je ne crois plus, que cela s’appelle mon foyer, ma patrie ou mon église. ». Ce Verseau libéré s’exile et erre de part le monde, dans un certain cosmopolitisme, comme s’il avait voulu se donner une patrie universelle. Une trentaine d’années plus tard, revenu en Irlande, il devient l’écrivain d’une ville prise pour thème et cadre unique : Dublin, sa ville natale, siège d’une comédie humaine qu’il métamorphose – chaos de conjonction – en labyrinthe, en nébuleuse, livrée à la paralysie, au cauchemar, à une agonie.

 

COLETTE n’a pas moins des luminaires et d’une conjonction Mercure-Saturne en IV. Tout au long de son œuvre, elle va chercher ses racines, le secret de son sang et la saveur inoubliée de son enfance : Sido (sa mère), La Maison de Claudine, Claudine à l’école, Claudine s’en va …Et son superbe sentiment intimiste de la nature : « Tout ce qui bourdonne, court, se faufile, vole, rampe, transporte pollen et suc des fleurs, et fore le sol, tout ce qui porte cornes et carapaces, tout ce qui se vêt, nuptialement ou par mimétisme, de gaze, de bronze, d’émail ou de soie, j’en sus le nom ; et le nom aussi des papillons balancés par la chaleur et le vent sur le colza, le sarrasin, le trèfle et la luzerne, ou sur les terres pauvres, mangées de fétuques, ou sur les haies de lissier, ou sur les buissons de budleyas dont les longs thyrses violets, amis de la guêpe, prolongent jusqu’aux arrière-confins de l’été le souvenir délicieux des lilas. » … Sans oublier ses plus belles pages consacrées aux bêtes : insectes et familiers, papillons, araignées, mouettes, écureuils,, et, bien sûr, ses inséparables chattes et  chiens. Le bestiaire enchanté de sa Vénus des Poissons en VI.

 

Vapeurs d’automne rhénan et brouillards londoniens de « La Chanson du Mal Aimé », autant que  mélodie nostalgique du « Pont Mirabeau » où coule la Seine … (« Le fleuve est pareil à ma peine, il s’écoule … »), Guillaume APOLLINAIRE ne saurait renier l’encens vaporeux de sa conjonction luni-neptunienne, laquelle est toutefois au MC, mais donnant la priorité au lieu du méridien opposé, son point d’élection.

 

En passant au monde pictural, je tombe, d’abord sur une Lune du Lion au FC chez Adolphe BOUGUEREAU, et je ne connais de lui – en marge d’une opposition Mercure-Saturne dans un cadre de Jupiter en Vierge rendant si bien compte de son conformisme académique de bourgeois de son temps qui le déconsidère tant aujourd’hui – que ses compositions allégoriques ou mythologiques de nus féminins aux chairs pâles et lisses.

 

De la grande aventure de Georges BRAQUE, sa Lune du Bélier au FC n’a qu’une part limitée. Mais son intérêt pictural prend du moins sa source de bonne heure, auprès d’un père peintre amateur. Et sa Lune, en position topocentrique, est superposée au Soleil-FC de Picasso. Lequel ressentit ce couplage en déclarant que s’il était le père du cubisme, Braque en était la mère. L’art de celui-ci contraste, face à l’hypervirilité flamboyante du grand Espagnol, par une tonalité intérieure : art détendu, paisible, silencieux, quasi-intimiste, aux tons atténués, onctueux, en lumière argentée, qui perdent en éclat ce qu’ils gagnent en résonance mystérieuse dans le monde musical de ses natures mortes : table, vase, cruche, pichet, compotier, instrument de musique …

 

Avec sa Lune du Verseau au FC, Paul KLEE est, dès quatre ans, initié au pastel par une enchanteresse grand-mère, jusqu’à en arriver à ce que la couleur et lui ne fassent plus qu’un, se sentant à l’intérieur de l’inépuisable création de formes de son imaginaire.

 

Avec un lever de Neptune, une Lune maîtresse d’AS en conjonction de Vénus en Lion au FC, au carré toute deux d’une conjonction Saturne-Uranus en Scorpion, telle est la signature de Paul DELVAUX, dont le monde pictural étrange est occupé par la femme. « Toujours la même » (A. Breton) multipliée, duplication indéfinie comme en écho, dans une sorte de galerie des glaces. Généralement nue, dans le climat lunaire d’une atmosphère crépusculaire ou nocturne, ressortissant d’autant plus dans un espace vide ou sobrement occupé. Absorbée dans son rêve, somnambule ou dans un ailleurs. Obsession d’une déesse hiératique de marbre blanc.

 

La Lune du Verseau au FC du roi du pop art, Andy WARHOL, c’est maman dans tout son état. Une mère qui, tout petit déjà, le lance dans le dessin et la peinture, lui fait croire a son destin, le soutient à fond, participe à son action et contribue à sa réussite. La boite de soupe Campbell’s, multipliée sur ses toiles, symbole fétiche de son œuvre, est la réminiscence d’un souvenir d’enfance. Outre que cette position lunaire évoque aussi son atelier – la Factory – où il s’est passé tant de choses …

 

Même quand ce n’est pas la Lune elle-même qui est au FC, la présence astrale en ce lieu est « maternante », que cela vienne de la mère ou du père. Avec son Soleil-FC, le panthéon pictural de Mary CASSATT est la multiplication du thème de la maternité avec ses innombrables enlacements. A plus forte raison avec Vénus en compagnie de Neptune et Saturne chez Eugène CARRIERE qui ne se lasse pas de peindre la mère et son petit. Sans compter les poètes de Barbizon en communion symphonique avec la nature : Théodore ROUSSEAU, Henri HARPIGNIES, Charles François DAUBIGNY … Voire, de Constant TROYON à. DUNOYER DE SEGONZAC, en passant par Paul CÉZANNE, si attaché à son terroir …

 

Il y a, d’ailleurs, d’autres manières de communier avec la nature. Tel est le cas de l’entomologiste Jean-Henri FABRE qui, avec sa Lune au FC, tout petit déjà, s’absorbe entièrement, fasciné, dans l’univers fabuleux des insectes. Et la nature s’étend à l’infini.

 

En quittant les arts et les lettres, remontons à Nicolas COPERNIC , avec sa Lune du Sagittaire entrant en conjonction du FC, lequel est escorté par Jupiter, Uranus et Neptune. Comme habité par une charge d’ancestralité au plus profond de son être, sa haute marée le fait se retourner vers le passé pour revenir aux sources de l’astronomie. Plus qu’un observateur du ciel, ce sont les œuvres des anciens qui l’intéressent : « Je pris donc la peine de relire tous les livres des philosophes que je pus trouver pour voir si quelque auteur n’avait pensé qu’il existât des mouvements des corps célestes autres que les suppositions de ceux qui enseignaient les mathématiques dans les écoles. » Et ce sont les arguments ensevelis depuis deux millénaires, aux temps premiers de notre civilisation, qu’il ressuscite en mettant à l’honneur l’héliocentrisme de Philolaos, Héraclite et Aristarque de Samos.

 

Il est vrai que, sans la Lune, avec Jupiter-Pluton-Saturne autour du FC, la même charge d’ancestralité d’Auguste MARIETTE fait de lui le grand archéologue qui, au milieu du XIXe siècle, déblaie des sables tant de monuments prestigieux de l’ancienne Égypte. Mais il n’en est pas moins vrai que l’ultra-cancérien Gaston MASPERO, qui fait revivre l’Histoire ancienne des peuples d’Orient, a sa conjonction Saturne-Neptune au MC, laquelle fait prévaloir ses affinités avec le FC. Profitons de l’occasion pour évoquer le cas de Carl Richard LEPSIUS : sa Lune du Scorpion au FC rend compte de cet égyptologue qui s’est intéressé particulièrement aux textes funéraires, jusqu’à publier son Livre des Morts.

 

Quant à LOUIS Ier de BAVIÈRE , sa Lune maîtresse d’AS au FC, trigone à Jupiter du Taureau et accompagnée de quatre planètes en IV, ne rend-elle pas compte d’une passion architecturale couvrant Munich de monuments impressionnants, faisant de sa capitale un joyau touristique ? Suivi qu’il sera pas son petit-fils, LOUIS II, atteint même de mégalomanie architecturale avec son Soleil conjoint au FC et la présence d’une conjonction Mercure-Vénus en IV.

 

Tournons-nous vers une série nouvelle avec ISABELLE DE CASTILLE dont la Lune en Capricorne au FC, est conjointe à Jupiter du Verseau en IV, renvoyant à Uranus du Cancer au MC. Non seulement elle est la mater de l’Espagne qui, par les mariages de ses enfants, étend les branches de l’arbre espagnol sur toute la chrétienté ; mais encore, c’est à ses pieds que Christophe Colomb dépose les terres du Nouveau Monde. Avec le chassé-croisé Lune-Sagittaire en IV/Jupiter-Cancer, MARIE de MEDICIS est devenue mère et belle-mère de quatre grandes souverainetés, au point d’avoir été appelée la « mère de l’Europe ». Quant à CATHERINE II de RUSSIE, avec un FC très entouré, notamment de la Lune, Vénus et Jupiter en IV, sur fond Taureau, nous avons la passion de la terre russe. Elle parcourt la vaste étendue de son empire pour, du regard, en prendre une véritable possession. Son intérêt va naturellement à la rentabilité du sol, aux produits agricoles et autres ressources du pays, mettant en valeur des terres incultes et fondant bien des villes. Sa faim géographique s’inscrit aussi en conquêtes territoriales … Et pour une MARIE-AMÉLIE de BOURBON, la Lune maîtresse d’AS en IV dans la Balance avec Vénus culminante, représente le plus simplement du monde la réussite donnée en exemple de l’heureuse famille du roi Louis-Philippe.

1.     

2.      LA LUNE : Corpus iconographicum de Giordano Bruno:

 

Pour ce qui est, maintenant, de Martin LUTHER, voyons le secteur IV  chargé de quatre positions , le Soleil, maître d’AS en tête.. Avec, au surplus, quatre autres astres sortant du FC et des concentrations planétaires autour de deux grandes conjonctions, on peut s’offrir une image paternelle instituant une nouvelle religion, celle du pasteur fondateur du temple protestant. Les cas qui suivent s’alignent sur ce schème. Helena Petrovna BLAVATSKY est aussi fondatrice d’église, avec sa Lune maîtresse d’AS au FC. En quête d’une Terre promise, elle trouve en Inde le bagage spirituel qu’elle recherchait, et son ouvrage : La Doctrine secrète la consacre comme mère fondatrice de la Société théosophique. Annie BESANT se jeta à ses pieds en lui disant : « Je me considère désormais comme votre fille. ». Elle-même, sa continuatrice, avec une Lune du Cancer au FC conjointe à Jupiter dans le signe, finit sur un air de grand-mère spirituelle : ayant cru à la révélation de Jésus en la personne de Krishnamurti, elle se fait « mère Amma » exerçant sa tutelle sur le jeune messie, cet instructeur du monde l’ayant d’ailleurs appelée « Sainte-Mère », jusqu’au renoncement de ce « prophète » à sa mission sacrée. On peut aussi évoquer Alexandra DAVID-NEEL avec sa propre Lune du Verseau en IV, maîtresse d’Uranus du Cancer au MC, en quête aussi d’un enracinement spirituel, à la recherche d’une Terre promise au loin qui s’apparente à un retour à la mère. Mais, n’est-ce pas aussi une seconde famille que le parti communiste dans lequel Clara ZETKIN s’est implantée dans tout son pouvoir douloureux, avec sa triple conjonction Soleil-Mars-Saturne du Cancer en IV ?

 

Interpréter n’est assurément pas une opération facile et l’on est forcément enclin à simplifier. Ainsi, la Lune n’est pas que rêverie, langueur et paresse, comme la nature silencieuse et paisible qui nous enveloppe, nous faisant oublier, telles des eaux violentes, ses orages, tempêtes et autres cataclysmes. Il est bon, ici, de faire le rappel d’une statistique que Michel Gauquelin a présentée dans Murders an Psychotics (Document n° 9, série D de son « Laboratoire … »). Il s’agit du dépouillement effectué sur 623 meurtriers, champions de la criminalité française, nés entre 1819 et 1930. Ce qui s’est révélé le plus significatif est le lever de la Lune (69 positions contre seulement 51 attendues !), position qui s’interprète comme un facteur « lunatique » d’émotivité, laquelle, en climat dissonant, tend à relever de l’infantilisme ou de l’immaturité, sinon de l’instinctif, voire de l’animalité. On pense, notamment, à la furie de l’âme en feu d’une Lune en Bélier sous une salve marsienne. A cette occasion, il faut aussi faire la part de la douleur violente chez la douce Vénus, logée à la même enseigne. Choisnard l’avait déjà constaté sur un petit groupe d’ »étoiles du crime ». Or, Gauquelin relève 145 positions, au lieu de 117, de cet astre autour de l’AS ! On imagine, naturellement, le crime passionnel, l’amour aboutissant au drame.

 

Chaque Lune du FC a naturellement sa destination propre. On peut assurément comprendre la bénéficité de la Lune des Poissons, au centre d’un hexagramme en étoile harmonique à six pointes, chez Henri DUNANT, fondateur de la Croix-Rouge en 1863, le maître lunaire, Neptune, étant conjoint à Mars qu’il tente d’humaniser. Autre son de cloche : la Lune du Capricorne au FC, maîtresse du MC du même coup, de l’amiral François DARLAN, n’est pas sans rapport avec la création, sous son patronage, de la grande flotte moderne française.

Au menu populaire, on peut comprendre la Lune des Poissons au FC de MISTINGUETT quand elle chante : « Je suis née dans l’faubourg Saint-Denis. J’y suis restée une vraie gosse de Paaaris ». Avec elle, dans un accent faubourien traînant, c’est la gouaille populaire de Paname, au music-hall du Moulin-Rouge, des Folies-Bergères, du Casino de Paris. Quant à la Lune du Verseau au FC d’Elvis PRESLEY, avant sa popularité universelle, c’est le gosse de treize ans qui offre à sa maman, à un jour de fête des mères, un disque qu’il vient de faire enregistrer. Ceci – n’ayant jamais appris la musique - après avoir bu le lait du chant religieux du Negro spiritual. Outre la finale amollie, affaissée, du personnage ravalé à l’état de  la tourbe.

Comment ne serait-on pas décontenancé au flot, à l’essaim ou à la ruée des manifestations de cette Lune du FC ? Déjà, au paléolithique, voyons-nous l’astre ramifié à l’eau, à la naissance, à la femme, à la végétation, à la fertilité de la terre-mère ; sans parler de sa seule patrie aquatique d’incarnation de nymphes-naïades, ondines et autres Ophélies, dont on est loin d’avoir encore fait le tour. Et quel subtil passage s’opère entre nature et mère ! Voyez comment le ressent François Mauriac, sur ses terres, dans ce passage de son Journal : « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais, seul à se souvenir des visages détruits dont je ne parle plus à personne, et dont le vent, au crépuscule après un jour torride, est le souffle vivant, chaud, d’une créature de Dieu, comme si ma mère m’embrassait. Ô terre qui respire ! ». Allez deviner …

En hommage à la naissance – survenue à Colmar, le 28 septembre 2006, à  5 h 42 m – de mon arrière-petit-fils, TOM, ce petit recueil d’exemples propre à ventiler le parfum maternel de sa Lune du Fond-du-ciel. A trois jours des anniversaires communs de l’arrière-grand-père paternel et de l’arrière-grand-père maternel.

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