Astrologie Individuelle
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Il y a cinq siècles naissait Martin Luther

 

Martin Luther a eu le privilège – hélas pas si rare – de se voir décerné plusieurs horoscopes. Si bien que ses données de naissance ont fait l’objet d’une soigneuse mise au point par Guy Fradin dans le n° de mars 1951 du bulletin mensuel du C.I.A. (Centre international d’astrologie). Voici la reproduction de son texte :

 

« Après les savants travaux de Seckendorf, de J. Möller et de Kostein, il n’est plus permis d’en douter : Luther est né le 10 novembre 1483. Les souvenirs de sa famille étaient fort imprécis. Luther lui-même n’était pas très fixé sur l’année où il vînt au monde. Philippe Mélanchton, son ami et son premier disciple, qui s’adonnait à l’Astrologie (il a donné une édition de l’Almageste) et en prenait conseil, penchait pour l’année 1484. On a la preuve que Luther s’était rangé à son avis dans une espèce de chronologie écrite de la main du réformateur : « Je suis né -  lit-on aux dernières pages - 16 ans avant Charles-Quint, l’an du monde 5427, l’an de grâce 1484. » Mais il semble avoir été par la suite d’un autre sentiment, car on relève sur un psautier hébreu annoté par lui cette inscription manuscrite : Anno 1483 creatus ergo.

 

Une tradition familiale voulait en effet qu’il fût né cette année-là, mais sa propre mère n’en était pas autrement sûre. « Je lui ai souvent demandé, raconte Mélanchton, quand était venu au monde Martin. Elle se rappelait bien le jour et l’heure de la naissance, mais l’année, elle l’avait oubliée. Elle disait qu’elle était accouchée le 10 novembre, la nuit à 11 heures ; qu’on avait baptisé l’enfant le lendemain et qu’on lui avait donné le nom du saint dont la fête tombait en ce jour » (Hist. de vita et actis M. Lutheri, 1546). Il ne paraît pas que le père ait montré une mémoire plus heureuse.

 

Quoi qu’il en soit, les recherches modernes ont permis d’identifier avec certitude l’année de la naissance ; la mère pouvait en certifier le jour et l’heure ; c’est tout ce qu’il faut pour édifier le thème astrologique. Un seul auteur en a donné la figure correcte : on trouve le thème de Martin Luther, né à Eisleben, dans la Thuringe, le 10 novembre 1483 (style julien) à 11 heures ½ du soir, en exemple de la Pratique abrégée des jugements astronomiques (1717) du comte de Boulainviller.

 

L’incertitude où l’on fut longtemps de la naissance du réformateur, explique la diversité des thèmes qui ont circulé sous son nom et qui, malheureusement, circulent encore. Pour Junctin (Speculum Astrologiae, 1583), il était né le 22 octobre 1483, opinion partagée par Cardan (Opera, V, 1663). Seulement, alors que Junctin met l’ascendant à 135° (ce qui correspond à 23 h 36 comme heure de naissance), Cardan le trouve à 126° ; c’est ce que ce dernier affirme être la géniture authentique de Luther. Florimond de Rémond, un des premiers historiens de la Réforme, ne s’en règle pas moins sur Junctin : « Et encore – dit-il – qu’il y ait quelque diversité entre ces deux astrologues, si est ce qu’elle est si petite qu’elle ne mérite être considérée. Car en l’une et en l’autre, les planètes demeurent aux mêmes maisons :la Lune en toutes deux se trouve en la douzième, Jupiter, Vénus et Mars en la troisième, le Soleil, Saturne et Mercure en la quatrième (Histoire de l’hérésie de ce siècle, 1605). La version de Junctin a été combattue par un certain Isaac Malleolus, professeur de mathématiques à Strasbourg, qui composa tout exprès pour la réfuter une dissertation imprimée à Strasbourg en 1617, opuscule si rare qu’il a échappé à tous les bibliographes.

  

  

Gauric (Tractatus astrologico …, 1552) faisait naître Luther le 22 octobre 1484, à une heure et dix minutes après-midi ; c’est le même thème que John Gadbury a repris dans sa collection genitu rarum (1662). Il y a donc entre la version de Junctin-Cardan et celle de Gauric-Gadbury l’espace d’une année tout entière. C’est certainement à ce fâcheux désaccord que Pingré fait allusion dans une note de sa traduction française de Manilius : « Un astrologue avait tiré l’horoscope de Luther ; il avait trouvé toutes les circonstances de sa vie écrites au ciel ; elles lui étaient connues, Luther ayant fini sa carrière. Il publia l’horoscope et l’on s’aperçut, à la très grande honte de l’astrologue et de l’Astrologie, qu’il s’était trompé d’un an entier sur le temps de la naissance de cet hérésiarque » (Manilii Astronomicon, cum interpretatione gallica, 1786). A la vérité, Gauric n’avait fait qu’adopter une opinion accréditée par Luther lui-même. On peut seulement le soupçonner de n’avoir pas accueilli sans complaisance un horoscope qui lui fournit tant d’occasions de diffamer le moine rebelle et le charger de turpitudes. Gauric était catholique et il était prélat.

 

Cette mésaventure n’entama pas la fidélité des purs. Pierre Petit, par exemple, n’en était nullement embarrassé (Dissertation sur la nature des comètes, 1665). Il trouvait comme une chose toute naturelle que les astrologues, d’après trois thèmes différents, se fussent aussi bien rencontrés sur le général et le particulier. Il voyait même d’après cela une preuve de la solidité des principes astrologiques. N’insistons pas ».

 

Cet aperçu critique d’un ancien compagnon de route, dont je partage la désolation en la circonstance, vaut la relecture en ce mois de novembre 1983 où est effectivement célébrée la naissance de Luther en son cinquième siècle. On trouvera ci-contre les coordonnées de son thème.

 

 La spécificité de sa figure est la concentration planétaire exceptionnelle qui en constitue la base : hormis la Lune qui s’en est échappée, les huit planètes avec le Soleil sont rassemblés en un arc de 65°. Ce phénomène rarissime a quelque chose à voir avec  l’incidence de la rencontre de l’astrologie et de la Réforme que j’ai rappelée dans mon Astrologie mondiale.

 

Avant même les prêches apocalyptiques de Savonarole, maints astrologues avaient annoncé la venue d’un grand hérésiarque de la conjonction Jupiter-Saturne en Scorpion de 1484. Pronostic repris conjointement par l’astrologue de la Maison du pape, Paul de Middelbourg, et celui de la Cour impériale, Jean de Lichtenberg. Au point qu’une réforme de la foi apportée par un homme d’Eglise était attendue, grosse des perturbations qu’elle devait apporter dans la chrétienté. L’édition de Wittenberg 1527 des Prognosticatio de Lichtenberg, allait même être gratifiée d’une préface de Luther : « Les signes, au ciel et sur terre, ne manquent sûrement pas ; ce fut le travail de Dieu et des anges ; ils avertissent et menacent les pays et contrées impies et ont tous une signification. »  Une façon de se reconnaître dans l’autorité religieuse annoncée par les astres. Ce qui ne peut se contester en soi, c’est-à-dire astronomiquement, puisqu’à sa naissance, Jupiter et Saturne, qui vont se rencontrer en Scorpion, ne sont plus qu’à une distance d’une quinzaine de degrés l’un de l’autre, cet orbe de conjonction se justifiant occasionnellement parce que Mars fait un relais par interposition entre le premier et le second dans la constitution d’une triple conjonction Mars-Jupiter-Saturne (comme Mercure avec Uranus et Neptune, le Soleil se plaçant au cœur, de part et d’autre de ces deux trios).

 

Ce que pensaient les astrologues de l’époque dans leur projection prévisionnelle reçoit aujourd’hui un écho plus large, compte-tenu de la dimension renouvelée de notre système solaire. Dans le fil de pensée d’une notion de temps cyclique, ce n’est pas un hasard si Luther est né en ces années où l’indice cyclique fut le plus bas de notre millénaire, ayant atteint la cote minimale de 310° en 1485 (revoir – maintenant – Introduction à l’astrologie mondiale). Cette concentration rarissime sur 65°, où les planètes rapides rejoignent les lentes en une doriphorie record du millénaire,   exprime fondamentalement un maximum de renouvellements cycliques, c’est-à-dire de recommencements astronomiques. Il n’est donc pas étonnant que Luther soit l’ensemencement d’un grand redépart historique, puisqu’il est l’auteur de ce vaste mouvement de religion qu’est la Réforme, le christianisme réformé étant bien implanté et toujours vivant dans le monde.

 

Naturellement, une approche plus précise du personnage relève d’une analyse générale du thème, ce qui n’est pas ici mon propos : signature typique de jupitérien-marsien, procédant de la conjonction des deux astres maîtres de l’ensemble des positions du Sagittaire et du Scorpion et au sextil de l’Ascendant. Exemplarité de la révolte avec la composante Scorpion, éclatant sur le champ Sagittaire de la vie spirituelle, non sans puiser ses ressources dans un refus de frustration affective (conjonction Vénus-Saturne-Scorpion), l’être religieux dans son sacerdoce se voulant homme intégral sur terre, assumant cette condition de pasteur en devenant le père fondateur du temple protestant  (présence du Soleil, sans doute maître de l’AS, au Fond-du-ciel)[1].

 

L’idée première de ce thème ne s’inscrit pas moins dans la figure de la composition apportée par la répartition planétaire en mode de concentration planétaire ; composition exprimant un temps de fins et de débuts de l’ensemble des cycles planétaires, astrologie mondiale et astrologie individuelle se rejoignant en la circonstance.

 

Ce qui nous rappelle qu’un domaine entier de notre savoir est encore à construire : l’interprétation de la morphologie du thème qui passe par sa structure intérieure. C’est précisément par la signification des rassemblements de conjonctions en amas planétaires que doit commencer une investigation bien ordonnée de tous les modèles de figures astrales. A ce nouveau chapitre s’inscrit le thème de Luther comme exemple numéro un de cette première catégorie des grandes familles de configurations générales, typique étant la souche astrale du grand engendrement dont il est l’incarnation.

 

L’astrologue n° 64, 4e trimestre 1983.


 

[1]  Ce thème est un exemple frappant de l’erreur commise par ceux qui assujettissent l’orientation Extraversion-Introversion à la répartition planétaire de part et d’autre de l’horizon. Luther est un extraverti typique, et même flamboyant, comme peut l’être un jupitérien-marsien. A la concentration centrée sur un Soleil de minuit répond une orientation de ce fort tempérament vers le monde intérieur.

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