Astrologie Mondiale
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2004 - Une mascarade astrologique

 

On prête à Tristan Bernard ce propos humoristique : « L’auteur écrit une pièce, l’acteur en joue une deuxième et le public en comprend une troisième. » Pareil quiproquo s’insinue entre l’astrologie, l’astrologue et son cobaye. S’il faut du soin pour établir une prévision, il faut aussi de la précaution pour la juger, et surtout de l’honnêteté intellectuelle. Faute de quoi cela peut tourner à la mésaventure d’une trahison. Trahison pouvant aller – perversité de basses œuvres de vulgaire démolisseur – jusqu’à frapper le dos du brave interprète du bâton de l’anti-astrologie.

 

 Car, par  exemple, quand un confrère annonce, aussi clairement et manifestement que possible, seize mois à l’avance, la fin de la guerre d’Algérie, en mettant à contribution une conjonction Soleil-Jupiter dont il a déjà éprouvé prévisionnellement, sur trois cycles antérieurs, son lien avec une négociation franco-algérienne, et qu’un autre « confrère », avec un culot monumental, tente de discréditer cette prouesse prévisionnelle, ce n’est plus seulement nuire intentionnellement à son auteur, pourtant plus courageux et autrement engagé que lui au cœur du savoir astrologique : c’est aussi, du même coup – transgression  indigne – porter atteinte directement à l’astrologie elle-même, en frappant de nullité son œuvre propre à travers une de ses plus belles configurations ! L’histoire s’avance masquée et c’est à nous de la démasquer, en même temps que les singeries qui répudient nos plus authentiques résultats. Est-ce bien clair ? Halte à l’astrologue voyou !

 

Le même quidam s’échine stérilement à déconsidérer mon pronostic d’échéance capitale pour le communisme au tribunal du temps de la conjonction Saturne-Neptune de 1989. Prévision pourtant venue de loin et atteignant un cap historique grandiose. Hautement portée – faut-il le rappeler ? – dans une périodisation cyclique, par le tremplin d’une succession de sauts progressifs : apparition du marxisme à la conjonction de 1847, création du parti russe à la suivante de 1882, prise du pouvoir à l’ultérieure de 1917 et entrée dans l’ère post-stalinienne à la dernière de 1953 ! Fallait-il, avec la suivante de 1989, rester muet, attendre mollement l’arrivée de l’histoire pour se contenter d’engranger un résultat post-eventum, plutôt que de tremper de plus belle la corrélation à l’épreuve répétitive d’un nouveau risque prévisionnel ? Un risque alors devenu obligé en tenant lieu de mission accomplie de l’art d’Uranie. Eh bien ! ce discoureur malsain bafoue cette aventure  en discréditant le résultat. Mais, en tenant à me dessaisir du bénéfice de l’opération, c’est l’astrologie elle-même, en fonction dans une manifestation aussi exemplaire, qu’il dépouille d’un de ses plus beaux témoignages historiques. N’est-ce pas là l’aboutissement pervers d’une obscure démarche à finalité anti-astrologique ? L’astrologie est bonne fille : que, du moins, elle sache l’identité des mauvais coups qu’on lui porte.

 

Dans ce trouble au cœur du milieu astrologique français, c’est aux sources qu’il faut revenir, à l’expérience prévisionnelle elle-même, en traitant directement le produit interprété face à l’histoire. Puisque mes prévisions sur la guerre d’Algérie y sont contestées, qu’on les juge à ce retour à la base. J’en offre la possibilité en se reportant au texte particulier de mon site (WWW.Andrebarbault.com) intitulé : « La conjonction Soleil-Jupiter », où est exposé le bilan de la pratique de cette configuration, étalée sur plus d’un demi-siècle et finissant sur mes récentes applications prévisionnelles aux dernières guerres. Ce qui est la meilleure façon de voir à l’œuvre mes possibilités et mes limites de lecture du calendrier astral de l’histoire. Il n’est pas non plus déplacé, lors d’une telle visite, de se reporter au texte : « Une expérience utile », cette fois à propos de la guerre du Vietnam, ayant sept mois à l’avance (L’Astrologue n° 18) dressé un calendrier de la paix à son sujet, finissant sur l’échéance de la conjonction Soleil-Jupiter du 10 janvier 1973 : c’est au cours des 35 heures de la négociation Kissinger-Le Duc Tho du 8 au 13 janvier 1973 qu’aboutit l’accord de cessez-le-feu américano-nord-vietnamien, annoncé le 23 janvier suivant. Mais ici, mon contradicteur venait de l’autre bord, son refus de résultat n’étant pas une démarche dévoyée.

 

L’ « invité d’honneur » de cette « mascarade » a, lui aussi, dénigré mes résultats concernant la guerre d’Algérie. Mais il a fait mieux encore en prenant pour cible mon premier livre prévisionnel de 1963 : La Crise mondiale de 1965. Nous allons voir ce que devient cet ouvrage entre ses mains et de quelle façon élégante il s’en débarrasse. A l’autel de la vérité, la pièce vaut le détour. Il s’agit de Jacques REVERCHON avec sa : Valeur des jugements et pronostics astrologiques. Brochure de 1971, de 13 pages, cartonnée, sur papier glacé, en double version franco-anglaise, alors gratuitement distribuée dans le milieu astrologique : que d’honneur pour sa cible ! Je n’avais pas pris cette critique au sérieux et ne lui avais pas répondu. Indulgence ou négligence, erreur en tout cas, car le site de Patrice Guinard, le CURA, la diffuse encore, ce qui me résigne enfin à donner ma version qui apporte une vérité d’un tout autre ordre, cette fois au bénéfice de l’astrologie, l’essentiel étant là.

 

Dans cette étude, prétextant une méthode de contrôle, Reverchon entreprend mes pronostics concernant la guerre d’Algérie, et surtout ceux de cet ouvrage évoqué à l’instant. Comparant mes textes à un recensement des événements de cette année-là, selon Spectacle du Monde, 1966, et après avoir procédé par classement de résultats, non-résultats et contre-résultats, il termine ainsi sur ce verdict impitoyable : Si aucune divination ne s’est réellement exercée, on doit trouver sensiblement autant d’affinités directes, inverses et de « coups nuls ». C’est bien ce qu’on constate : 6 (+), 4 (-), 5 (0). En toute objectivité, ce qui ressort le plus sûrement de cette discussion, c’est la parfaite inanité de l’entreprise astrologique en l’occurrence. Le pronostiqueur, avec ses déclarations dramatiques, semble constamment en dehors du problème, quand il n’est pas d’aventure aux antipodes de la réalité. Son travail (221 pages) est littéralement »bon à mettre au cabinet ». Et voilà !

 

Présentons d’abord la pièce, qui remonte à une quarantaine d’années, sur laquelle s’abat une si déshonorante condamnation, affectant de  scandaliser dans le milieu d’Uranie. Puis, entrons dans le vif du sujet.

 

Quittons aussitôt la procédure biaisée de comptabilité d’apothicaire que trafique Reverchon en s’en prenant  au surplus au menu de mes textes  - une manière de voir les choses par le petit bout de la lorgnette -  et venons-en franchement au plan général d’une confrontation en direct. Annonce est faite de la venue d’une « crise mondiale de 1965 ». S’en est-il présenté une, oui ou non, et laquelle ? Tout est là ! A entendre mon critique, c’est carrément non ; il n’en est rien, absolument. Ainsi, dit-il, 1965 aura été une année banale (c’est lui qui souligne), une année « que n’a marqué aucun événement grave ». Et d’ajouter : « Aucun n’atteint la dimension d’un fait de grande portée : en tous domaines on observe (re-souligné par lui) la continuité ou le conservatisme, rien qui évoque une nouvelle crise mondiale, une grande flambée ou un bouleversement universel se déroulant à partir du printemps 1965. »

 

Reverchon s’est piégé ou trahi  en puisant  ses références historiques dans une publication qui brille par sa mondanité. Voici, en tout cas, le relevé du sérieux Monde diplomatique de janvier 1966. En gros caractères, il est titré : « De l’Amérique latine à l’Asie, 1965 a vu se multiplier les crises et se développer un inquiétant climat de tension. » Vient en sous-titre : « 1965 laisse dans l’histoire le souvenir d’une année particulièrement agitée, d’une année où les crises, tant internes qu’externes, se sont non seulement suivies mais ajoutées les unes aux autres, pour aboutir à créer un climat de tension, de remise en question générale (…). Peu de pays auront échappé, au cours des douze mois qui viennent de s’écouler, à l’agitation politique et sociale et aux coups de théâtre. ». Vient ensuite un défilé d’événements traités : Trois guerres : engagement militaire américain au Viêt-nam, intervention armée USA à Saint-Domingue et guerre indo-pakistanaise du Cachemire. Un record séculaire de coups d’Etat : Algérie, Congo, Soudan, Dahomey, République Centrafricaine, Irak, Ghana, Indonésie (conduisant à une guerre civile qui fera un demi-million de victimes). A quoi s’ajoutent une effervescence inédite du Tiers-Monde (les guérillas de la « tricontinentale » de Che Guévara), de violents troubles raciaux aux U.S.A. (venue derrière Martin Luther King, de Stokeley Carmichael et de Malcolm X) ou commence une agitation du monde étudiant, ainsi qu’une panne annuelle unique de la croissance économique sur la longue durée des « trente glorieuses ». Outre que de Gaulle prépare le retrait de la France de l’OTAN, crise de l’Alliance Atlantique qui aura lieu quelques mois plus tard. Ouf !

 

Ainsi donc, année banale, « marquée (d’)aucun événement grave » …Mon critique me paraît loin du compte. Mais encore, année où « on observe la continuité ou le conservatisme, rien qui évoque une nouvelle crise mondiale. » Bien ?

 

 

Allons voir : il suffit seulement d’un immédiat regard jeté sur le présent indice de la fécondité en France pour constater, au contraire, qu’il s’est passé quelque chose de capital, fondamentalement dramatique, à ce tournant de 1965, trace très visible d’une coupure historique de premier plan. Voyons, en dessous, une courbe entre 1950 et 1980 (de L’Expansion du 19/10/1979) qui montre l’élargissement d’un dépeuplement à l’ensemble des pays industrialisés de l’Occident, le Canada étant également touché. Partout, la natalité a commencé à baisser en 1965 même, pour atteindre un creux une vingtaine d’années plus tard. La fécondité de 1964, commune à tous ces pays, de 2,9 enfants par femme, a déjà régressé en 1978 à 1,8 en France, 1,4 en Allemagne, 1,5 en Suisse. Or, le renouvellement des générations n’est assuré qu’à partir de 2,1 ;  un non-remplacement  qui signifie la dénatalité d’une Europe dont la population vieillit. Aux Etats-Unis, moins touchés, le taux de fécondité moyen a, néanmoins, commencé à fléchir à ce même tournant. De 4 millions de naissances annuelles enregistrées entre 1954 et 1964, on est passé à 3,5 en 1970, puis à 3,1 au milieu des années 1970 (Ramsès, 2003). Et en Union Soviétique, tandis que les « Européens » de l’Ouest s’épuisent également, les Orientaux des républiques musulmanes prolifèrent. Ce recul général de la population blanche du globe prend toute sa dimension au regard d’une réaction démographique inverse des autres populations du monde. Depuis lors, le nombre des femmes en âge de procréer dans le Tiers Monde a doublé, dépassant le milliard, tandis que c’est par millions que disparaissent les Européens à chaque génération, et l’on sait le poids lourd que représente la dynamique démographique dans l’histoire D’une immense portée est donc ce tournant  historique de l’humanité amorcé en 1965, justifiant pleinement et à lui seul le titre de mon livre. D’autant que ce phénomène décèle un état général de société en crise qui s’installe, comme nous allons le voir.

 

Naturellement, ce fait démographique, en tant que tel, n’était pas un article de matière prévisionnelle. N’empêche, c’est tout de même le thème du « déclin de l’Occident » qui fait le propos dominant du chapitre général consacré à « Une nouvelle ère révolutionnaire », les années 1965-1970 y étant présentées comme « le point de la plus haute tension de ce déclin de l’Occident » ; non sans avoir rappelé la citation de Paul Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

 

Ayant traité essentiellement le thème des répartitions des grandes conjonctions et des cycles planétaires, je ne pouvais qu’aboutir à cette conclusion globale : « La période générale de 1964 à 1971 se présente astralement comme une nouvelle étape critique et importante de l’histoire mondiale. Cette crise tend à surgir autour de 1965, en se présentant alors comme le commencement d’un processus radicalement transformateur de notre société, dont le plein des effets se localiserait autour des années 1968 et 1969. » ( triple conjonction Jupiter-Uranus-Pluton).

 

On était  alors en 1963 …Or, qui peut nier que « 68 » fut un cap critique historique, un grand tournant du siècle, avec – séisme sociopolitique -  la déferlante révolte de la jeunesse occidentale en rejet de nos valeurs ? La dénatalité occidentale observée a ses racines dans une crise morale profonde, qu’accompagne notamment un effondrement familial sans précédent : les divorces sur notre continent doublent entre 1960 et 1973 ! Il n’est pas étonnant que les adolescents, ainsi fragilisés, cherchent refuge dans la drogue qui, en ces mêmes années, commence à déferler sur le monde, source de marginalité, de délinquance, de terrorisme naissant. Sans oublier une révolution des mœurs très déstabilisante  C’est en même temps que

 

1900-1913 : 14 années durant avec seulement 2 groupes espacés de 2 conjonctions. Puis, soudain, 6 en 5 années de 1914 à 1921, dont 4 au cours de la Première Guerre mondiale. Ensuite, le vide, ou presque, dans les 17 années de 1922 à 1939 (3 conjonctions dispersées). Retour d’une concentration de 5 conjonctions dans les 6 années 1940-1945 de la Seconde Guerre mondiale. Leur succèdent 6 conjonctions non groupées au cours des 19 années allant de 1946 à 1964. « Nous arrivons maintenant à une étape concentrée avec 4 conjonctions comprises entre 1965 et 1971 … ». Avec cette incursion première du chapitre inaugural : « Vers une nouvelle crise mondiale », une telle introduction de l’ouvrage incriminé n’est-elle pas, déjà, la  lecture astrologique la plus appropriée ?

 

Nous prenons conscience d’une destruction du milieu vivant avec l’apparition d’une pollution de l’air, de l’eau, du sol. Bref, qu’on est loin d’une tranquille « continuité » … Disons plutôt même qu’on bascule carrément dans un tout autre monde.

 

Reverchon aurait-il eu globalement tout faux ? Il n’est que de poursuivre l’inventaire de mon expérience pour savoir si, vraiment, j’aurais été, comme il le prétend, « constamment en dehors du problème » et même « d’aventure aux antipodes de la réalité ».

 

A l’époque, la configuration de la couverture du livre fiche une véritable »pétoche » aux collègues de la « mondiale ». Déjà, dans son texte du printemps 1939 de L’Avenir du monde où mon frère Armand Barbault déclare que « La guerre n’aura pas lieu », celui-ci ajoute : « Mais nous ne perdons rien pour attendre car la grande guerre européenne se produira vers 1965 … ». Mais son erreur de 1939 imposait une révision de son jugement et c’était bien loin. Tandis que nous sommes à la veille de la configuration ultra-critique : la vedette de l’époque, Jean Viaud, Volguine, Hadès (n° 93 & 95 des Cahiers astrologiques), tous annoncent carrément une troisième guerre mondiale. Or, c’est un tout autre son de cloche que je fais entendre, non loin pourtant de l’alerte des fusées de Cuba, rappelant le climat inquiétant dans lequel nous vivions, justifiant la crainte de mes confrères. Ayant retenu du trigone Uranus-Neptune le double temps du pacte germano-soviétique et de l’union anglo-américano-soviétique de guerre, puis de son carré l’épisode de la »guerre froide », de son sextil, j’annonce une détente Est-Ouest qui allait devenir la coexistence pacifique américano-soviétique. C’est ailleurs que résidait un danger, alors inattendu à l’époque. Une épreuve de force risquait de surgir du choc de deux autres cycles : la juxtaposition des oppositions Saturne-Uranus et Saturne-Pluton. D’où mon annonce d’une confrontation possible sino-américaine, limitée, par pays interposés en Asie , ce qu’allait devenir la guerre du Vietnam.

 

Je me devais de prendre le risque d’une confirmation de cette conclusion dans Les Astres et l’Histoire (J.-J. Pauvert, 1967) : « … s’il fallait encore douter de la signification de cette interprétation, n’est-ce pas sur le doute même que se déplacerait le point d’interrogation si se trouve confirmé, comme nous le croyons, l’indice d’une détente Washington-Pékin, voire d’un certain accord entre les Etats-Unis et la Chine, avec les trigones Saturne-Uranus et Saturne-Pluton de 1971-1972 ? » (…)  « … les Etats-Unis consentant, par exemple, à leur retrait militaire et politique du Sud-Est asiatique, et la Chine se rendant, en l’occurrence, à la politique de coexistence pacifique. » Pronostic très risqué à l’époque où le monde vivait avec une idée reçue, dans une certitude ancrée : aucune conciliation n’était possible entre les U.S.A. « gendarmes du monde capitaliste » et la Mecque du communisme, en pleine « révolution culturelle » avec ses Gardes rouges enragés. Or, le monde entier a été sidéré par la poignée de mains de Nixon et Mao Zedong en février 1972 à Pékin, début d’un dégel conduisant au retrait américain de la guerre du Vietnam et à l’entrée de la Chine communiste à l’ONU. Ainsi évolue la conjoncture d’une phase à l’autre du même cycle planétaire.

 

Ce n’est pas tout. Entrons dans le détail du calendrier, et, pour se contenter de l’essentiel, retenons seulement les trois passages – recours aux conjonctions solaires aux planètes lentes -  annoncés comme les plus critiques de cette année 1965. 1) Entre les derniers jours de février et le milieu de mars : c’est dans la seconde quinzaine de février que commencent les bombardements aériens U.S.A. sur le Nord-Viêtnam. 2) Fin-mai, début-juin : le 5 juin, un porte-parole du Département d’Etat américain reconnaît que des militaires participent au combat terrestre, leur intervention au Viêt-nam devenant totale. 3) Première quinzaine de septembre : la guerre indo-pakistanaise du Cachemire, du 6 au 18 septembre, avec ultimatum chinois à l’Inde et menace de représailles atomiques américaines sur la Chine.

 

Faut-il encore m’étendre pour défendre mon travail ? Ce tournant de 65-70 est considérable, parce que généralisé aux divers aspects de la société mondiale. En voici un nouvel aperçu avec ce tableau de L’Expansion d’octobre 1983, qui montre un autre angle du déclin de l’Occident. On y voit la percée nippone dans la technologie de pointe, l’Europe ratant le train de la nouvelle révolution industrielle, les lignes Japon-Europe se croisant autour de 1968, les U.S.A. étant eux-mêmes dépassés quelques années plus tard. Outre qu’en 1969, le terrorisme d’Etat fait son apparition avec la venue au pouvoir de Kadhafi en Libye. Sans oublier le lancement des « dragons » asiatiques sur le marché mondial, avec la naissance d’un OPEP qui va bientôt (1er choc pétrolier de 1973) mettre l’Occident économique à genoux. De 1965 à 1971, c’est toute la société qui chavire en direction du monde renouvelé de la fin du siècle.

 

 

L’échappée économique nippone ne fut pas tout à fait une surprise. J’étais déjà sur la piste d’un parallélisme de l’histoire de ce pays et du cycle Uranus-Pluton, et en 1962, je m’étais interrogé : « Le Japon pourrait-il connaître un nouveau réveil spectaculaire en 1965-1966 ? ». Ici, pour une meilleure information, je renvoie chacun au chapitre : «Bilan historique de la conjonction Uranus-Pluton », ainsi que pour l’explication du réveil  - inattendu celui-là - de l’Islam qui commence alors, en devenant un avènement historique. 

 

Je  dois aussi rappeler avoir déchiffré une positivité de la conjonction Uranus-Pluton sous l’aspect d’un triomphe prométhéen. Estimant que l’on devrait avoir une nouvelle poussée de croissance technologique comparable en importance à la révolution technique industrielle qui s’était produite sous la conjonction Uranus-Neptune du XIXe siècle : « … il est certain que l’on va vers une seconde révolution industrielle » (sans avoir pu préciser qu’elle serait électronique, l’ordinateur commençant seulement à faire son apparition publique).

 

Je me suis même risqué à une prévision téméraire. J’avais remarqué que c’est dans les années 1954/1956 des relais de Jupiter avec Uranus et Pluton en semi-sextil, qu’avaient été posés les premiers jalons de la conquête de l’espace. Suivis au cours de l’Année Géophysique Internationale 1957-1958 (textiles jupitériens) de ses débuts véritables avec le lancement des premiers satellites artificiels. Tout au long de ce double cycle jupitérien devaient se succéder les réalisations astronautiques : Lunik, Venera, Mariner … Sur une telle lancée, comment ne pas croire que nous devrions connaître un ultime moment de la conquête de l’espace lorsque – pointe aiguë d’un sommet de ces trois cycles – ces trois planètes se réuniraient en 1968-1969 ? J’ignorais qu’à l’époque, un grand ponte était loin de partager cet enthousiasme naïf. En effet, patron de l’astrophysique en France, professeur de physique cosmique au Collège de France, Alexandre Dauvillier écrivait dans la Revue de Synthèse de janvier-mars 1962 : « Il n’est pas question pour un humain de poser le pied sur le sol lunaire … », et il ne se singularisait pas dans son milieu qui laissait ces anticipations à quelques amateurs de merveilleux. Je n’en devais pas moins annoncer : « A quand le premier débarquement humain sur la lune ? Il est pratiquement impossible de le prévoir astrologiquement, tout au moins  précisément, car on peut être assuré que l’alunissage du premier Terrien aura lieu en ces années décisives 1965-1969. » Avec un moindre recul d’années, ce devais-être plus précis dans Les Astres et l’Histoire (1967) t «  … il ne serait donc pas impossible que nous ayons un premier grand fait de la conquête cosmique de l’homme – le débarquement sur la lune – sous la triple rencontre Jupiter-Uranus-Pluton de 1968-1969. » Ce fut le 20 juillet 1969, jour même d’une conjonction Jupiter-Uranus, à laquelle s’était joint notre satellite humainement visité.

 

 

Graphique de l’ouvrage de 1963 présentant, encadrée de celles de Saturne, la traversée par Uranus du champ spatial du cycle Neptune-Pluton. Son entrée dans son sillage appelle la citation de Valéry qui donne le ton de la crise de 1965-1971 : « Cette crise se présente d’abord comme le déclin de l’Occident ou plus exactement comme le point de la plus haute tension de ce déclin de l’Occident … L’Europe – en tant que civilisation et mouvement mondial – n’est plus guère appelée à prendre dans l’histoire que la part que lui assigne son exiguïté géographique : celle d’un petit cap du continent asiatique. C’est la fin de sa suprématie mondiale … ». Depuis la récente conjonction Uranus-Neptune, la mondialisation qui s’installe, en mode de multi-ethnicité, est en train d’effacer la prédominance de la civilisation de la chrétienté occidentale, venue il y a cinq siècles de la précédente conjonction Neptune-Pluton.

 

 

Le fait est que l’ordinateur entre nos mains est le plus parfait symbole du « legs » de cette conjonction Uranus-Pluton, dont l’apport technologique est devenu le formidable levier d’une croissance accrue du progrès matériel, cette avancée ne faisant que contraster avec un déséquilibre mondial qui se creuse de plus en plus. Derrière ces aperçus du déclin de l’Occident devait se profiler une dramaturgie profonde de l’humanité. L’un des premiers à l’avoir pressentie, dès 1965, est François d’Harcourt dans La France, l’Europe, le Monde (Hachette) : « La lutte des classes se transporte sur le plan international pour opposer les pays « nantis » aux pays « prolétaires ». Un jour viendra, peut-être, où les « damnés de la terre » en révolte se précipiteront aux portes des pays riches ; où cette humanité loqueteuse, malade, sous-alimentée, se lancera dans un dernier sursaut d’énergie vers les greniers d’Europe ou d’Amérique. Que feront les Blancs (Russes compris) menacés par les foules grandissantes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique ? » …C’est ce que nous allions connaître ensuite, en moins violent, avec une marée d’immigration européenne sans précédent, affaiblissant plus que jamais l’Occident, en mal d’intégration des populations nouvelles, leur assimilation  étant le problème majeur d’aujourd’hui, non encore résolu.

 

Après ce tour d’horizon, revenons à notre point de départ. Il reste, en effet, à se demander pourquoi tant d’acharnement à nier l’évidence de cette « crise mondiale de 1965 », assez précisément perçue dans sa globalité, jusqu’à dénigrer avec mépris ce malheureux-valeureux bouquin jeté aux latrines.

 

Ici, l’astrologie nous tend les bras pour nous apporter un éclairage édifiant. Simplement en comparant les astralités de Reverchon (Paris, 27-03-1909, 12 h 30) avec les miennes (89, 01-10-1921, 17 h). Aussitôt s’y perçoit une antinomie radicale : une conjonction MC-Soleil-Saturne (6-13° Bélier) face à une conjonction Saturne-Jupiter-Soleil-Lune (29° Vierge/10° Balance) : soit, en orbe élargi, un faisceau alignant 12 oppositions (et davantage encore si l’on ajoute sa Vénus à 28° des Poissons) ! Je devais être pour ce confrère la cible idéale de son humeur atrabilaire, jusqu’à une hostilité aveuglante, peu importent ici les raisons psychologiques de cette détestation.

 

A effet de double nuisance. Offense personnelle à un auteur publiquement discrédité. Ainsi, la condamnation aussi péremptoire de sa plaquette fut telle qu’après sa citation, je disparus totalement des Recent Advances in Natal Astrology de Geoffrey Dean, éclopé de ces « farces et attrapes » passé aux oubliettes. Mais aussi, du même coup, entrave à la communication du savoir. Ainsi, mes recherches sur les cycles planétaires ont été longtemps  ignorées du milieu anglo-saxon qui les a  appréciées tardivement (voir L’Astrologie mondiale de Harvey, Campion, Baigent). N’est-ce pas là un péché contre l’astrologie, qu’on eut attendu seulement d’un anti-astrologue ? Chute disgracieuse d’un Saturne du Bélier au Milieu du ciel lui faisant jouer ici le rôle d’un fossoyeur de l’astrologie. Car, sa « Valeur des jugements et pronostics astrologiques » aboutit à enterrer depuis trois décennies une prévision d’une grande portée : l’annonce d’un tournant crucial de l’histoire du XXe siècle, la conjonction Soleil-Saturne de mon infortuné collègue faisant finalement de lui un alchimiste déchu transmutant l’or en plomb. Alors que, faisant honneur à Uranie, toute réussite prévisionnelle de notre discipline se doit d’être une fête pour  tous les astrologues ! Et si ceux-ci réussissaient brillamment l’ensemble de leurs prévisions, notre discipline serait aujourd’hui autrement considérée …

 

Si l‘on accepte que je n’aie pas démérité d’avoir écrit ce livre pour annoncer ce tournant historique de 1965-1970 de façon aussi claire, finissons sur mes échecs qui n’en sont pas moins réels, mais connaissez-vous un prévisionniste qui ne se trompe pas tôt ou tard ? Certes, le chapitre consacré aux hommes d’Etat a fait les choux gras de mon critique (je n’ai pas prévu le départ précipité de Khrouchtchev, ni l’avenir présidentiel de Georges Pompidou, par exemple, etc). Mais il ne concerne que 9 pages sur les 223 du livre, outre qu’il aurait mérité d’être traité  équitablement, au lieu de faire l’objet d’un tir de foire. Retenons seulement les trois principaux échecs, situés dans leurs contextes.

 

Ma plus grande erreur concerne le devenir de l’U.R.S.S. Percevant avec l’opposition Saturne-Uranus une « grandeur et décadence » des U.S.A. (ils vont perdre la guerre du Vietnam), un trigone Saturne-Neptune envisagé comme un « grand essor » (ce sera le temps de sa plus grande prospérité) de l’U.R.S.S., j’ai cru, alors, que les Soviétiques l’emporteraient sur les Américains dans la grande compétition engagée entre les deux systèmes, les considérant gagnants au cap futur de 1989-1991. Ce n’est qu’au tournant de l’opposition Saturne-Neptune suivante que je corrigerai cette erreur (revoir mon « Histoire d’une prévision »). Ici, c’est moins l’astrologue qui est pris en défaut que l’homme dans son jugement personnel.

 

Ma seconde grande erreur est impliquée dans le titre même du chapitre : « France : la fin du gaullisme ». J’eusse dû dire seulement « le déclin du gaullisme », et sans assigner l’année 1965 même au départ du général de Gaulle. Certes, année d’une opposition Jupiter-Neptune (cycle de la Ve République), 1965 a vu se former un front d’opposition au gaullisme qui a gagné aux élections municipales et mis de Gaulle en ballottage aux élections présidentielles. Un tournant, mais sans plus. En revanche, le texte du même chapitre se termine – ce qui vaut citation – sur la phrase suivante : « Mais le train Ve République ne risque-t-il pas de dérailler avant la fin du cycle (J-N), sous le coup de l’intrusion dans son circuit des facteurs groupés Uranus-Pluton de 1968-1969 ? ». J’ignorais tout à fait le contenu existentiel de cette finale qui portait en elle le choc sociopolitique de  « mai 68 » et la « mort du père » d’avril 1969. Prévision à visage bandé, j’en conviens, mais faite comme annonce de tournant critique 5-6 ans à l’avance : ne corrige-t-elle pas, en partie, l’erreur commise, ne m’étant pas trompé complètement ?

 

Mon troisième échec important concerne John F. Kennedy que je reconduisais aux présidentielles de novembre 1964, alors qu’il nous avait déjà quittés à Dallas un an plus tôt. Le contexte accompagnateur mérite toutefois d’être rappelé, car le climat prévisionnel annoncé était inquiétant à son sujet, au point de donner l’impression d’avoir « tourné autour du pot ». J’avais localisé un danger plus tard, à l’éclipse solaire du 30 mai 1965, tombant sur son anniversaire : « Comment, en cet anniversaire, ne pas le voir touché au cœur de sa puissance, de son autorité, de son prestige ? Nous ne pensons pas que ce soit l’individu qui soit concerné, l’homme qui soit menacé (interrogation quand même), mais le représentant des U.S.A. dont il est le symbole solaire. Eclipse, entrée dans les ténèbres, affaissement vital…, ici, le langage métaphorique de l’astrologie n’en dit pas plus. » Mais il n’y avait pas que cette éclipse. Et je finissais ainsi : « Cela dit, il est certain que le ciel de Kennedy, avec une problématique Saturne proche de sa culmination – ce « Saturne en maison X » est la pire des positions qui soient pour un politique : C’est elle que l’on rencontre le plus souvent chez les souverains détrônés et hommes d’Etat qui ont mal fini, de Napoléon III à Hitler en passant par Charles X, Louis-Philippe et Laval – est lourd de  présages inquiétants pour sa carrière propre, sinon pour son pays, lors de son mandat présidentiel. » Il y a là presque un résultat inachevé, rendant l’échec respectable.

 

Au total, je ne crois pas être déshonoré dans mes échecs qui font le secondaire de l’ouvrage. Je paie ici pour mon défaut uranien d’un parler radical  trop fort, mais mieux vaut aller jusqu’au bout de sa pensée et l’exprimer franchement. Néanmoins, pour l’essentiel de ce qu’il y avait à dire de ces années 65-70, j’avoue même que je ne suis pas mécontent de cette expérience publique. A chacun d’en juger …

 

En finale se débat la question de savoir si l’aventure prévisionnelle – dont chaque échec entache gravement l’art d’Uranie – ne serait pas une fréquentation de mauvaise compagnie. Il est naturel que soit mal vu l’aventurisme du débiteur à tout va de prévisions à sensation, avec les misérables moyens du bord qui sont encore les nôtres, condamnant au désastre. Pourtant, il n’en faut pas moins mettre la main à la pâte, sans pouvoir faire l’économie de l’échec, mais dans un esprit de recherche expérimentale où l’on s’exécute « sans filets ». Et là, il faut revendiquer le droit de se tromper – au diable le bavardage des tricheurs ! – parce que l’erreur, reconnue pour être corrigée, est la meilleure leçon que nous ayons à apprendre. C’est pour celui « qui se mouille » une façon d’aller jusqu’au bout de son savoir, d’obtenir la réponse d’un oui ou un non. Il y a là comme un combat qu’il faut mener pour arracher son secret à la configuration, pour lui faire dire sa vérité dans un passage de l’autre côté du miroir. Mieux vaut la lui soustraire par anticipation, plutôt que d’attendre passivement qu’elle se dévoile à sa venue. C’est en tout cas la seule manière d’être intégralement astrologue.

 

Nous ne devons pas nous cacher la principale critique à la merci de laquelle nous sommes : la faiblesse d’une astrologie qui a davantage la tête dans les nuages que les pieds sur terre.. Notre connaissance actuelle, c’est un fait, souffre surtout  d’inconsistance empirique, son défaut majeur étant un déficit de réalité. C’est cette carence qu’il faut combler et ce qui peut le mieux la conforter est encore que son arbre livre ses plus beaux fruits. Sans pour autant minimiser ses autres œuvres, convenons que la prévision est le sommet de son art, ses  lettres de noblesse par excellence.

 

Paris, 6 avril 2004.                                                                           

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