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Napoléon - Archétype astrologique

 

 

En abordant la galaxie Napoléon, l'étonnement nous envahit : comment se fait-il que ce personnage démesuré de l'histoire et auréolé d'une légende sans pareille, ait si peu captivé les astrologues ?

 

Songeons au destin fabuleux de ce cadet de petite noblesse pauvre de Corse, officier à seize ans, général à vingt-cinq ans, chef de l'État français à trente ans, empereur à trente-cinq ans,

éblouissant le monde par son génie militaire, son éclatante Grande Armée mettant l'Europe à ses pieds, non moins grandiose aussi étant l'homme d'État instituant une société moderne, tel un nouveau Charlemagne ! Outre diverses péripéties : son sacre couronné par un pape à Paris, son second mariage avec une descendante de Charles-Quint... Il en est jusqu'à sa chute qui frappe les imaginations en grandissant son épopée. Scènes toutes faites pour la gravure et la postérité : le vol glorieux de l'aigle échappé de l'île d'Elbe, "de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame", l'apothéose funèbre de Waterloo et la mise au ban de l'Europe. Pour couronner le tout, l'exil de l'empereur déchu, cloué sur son lointain rocher et enchaîné à son geôlier, la palme du martyre tenant plus que jamais l'affiche avec le couronnement du Mémorial, les jeunes romantiques, assoiffés d'héroïsme, ne tardant pas à en faire un dieu vivant ! Et depuis lors, toujours autant admiré que détesté, vénéré qu'exécré (d'aucuns aimant Bonaparte et rejetant Napoléon), la passion continuant de s'élever au pied de sa statue. Que l'on songe seulement aux œuvres qui lui sont consacrées : films innombrables, pièce musicales de Beethoven à Schôenberg, tableaux multiples (au Louvre, le Sacre est la toile la plus regardée après la Joconde) et "il a été publié plus de livres sur Napoléon qu'il ne s'est écoulé de jours depuis sa mort" (Jean Tulard)...

 

Pour peu que la curiosité intellectuelle ait incité l'astrologue à visiter une figure astrale, quelle meilleure tentation que la sienne, en appel de révélation ? A telle enseigne que sa seule banalité eut suffit à ruiner l'astrologie, plus que jamais devant ici s'imposer l'impératif: à personnage et destin d'exception, configuration astrale exceptionnelle. Or, une telle attente n'est nullement déçue, au point même - tant s'impose son monument cosmographique -qu'à lui seul le thème de Napoléon devient un modèle exemplaire du fait astrologique, élevé au rang d'un archétype.

 

Plus saillant est l'individu et plus forte est la valeur indicielle qui l'accompagne, le filtrage de la contiguïté du signifiant et du signifié rendant d'autant plus pure l'empreinte astrale du personnage. Dans ce "Napoléon aux mains des dieux", ne fuyons pas la rhétorique napoléonienne conventionnelle, car cette réversibilité y bénéficie des apprêts métaphoriques de l'image. Tel l'empereur nouveau Phoebus conduisant le char du soleil dans sa course d'ouest en est : avec l'astre dans son signe et à sa culmination, Napoléon est là, comme sous nos yeux !

 

S'il espère réussir ce voyage initiatique comme un vivant témoignage de la réalité de l'art d'Uranie, l'interprète ne peut cependant guère échapper au reproche d'une lecture partisane, surtout avec un tel personnage. Pas question toutefois de minéraliser une image d'homo napoléonicus, il est vrai, devant être perçue du centre de sa carte du ciel ; acceptons, après tout, les compositions héroïsantes emphatiques qui ont aussi leur part, à côté des mines désenchantées, chacun s'en tenant à sa propre estimation napoléonienne. Mais, comme en convient Georges Blond, "les taches solaires n'empêchent pas l'astre de briller".


 

 

LA NAISSANCE DE BUONAPARTE

ET L'APPROCHE ASTROLOGIQUE

 

Commençons maintenant par nous assurer d'un bon départ en nous donnant une base indiscutable : que savons-nous de sa naissance et en connaissons-nous le moment ?

 

Il faut nous attarder à cette question capitale, car la solution de ce problème fut lente à émerger et a mis à l'épreuve la quête des astrologues, justifiant ainsi qu'aucune interprétation de fond de son thème n'ait été tentée. C'est que la légende elle-même s'est emparée de sa naissance. Jusqu'aux divagations d'origines diverses : grecque, écossaise, bretonne, et, bien sûr, celle d'une souche princière (un héritier des Bourbons)... Le fantasme le plus persistant est d'en avoir fait le fils adultérin du comte de Marbeuf, représentant du roi en Corse, né le 5 janvier 1768 dans la propriété de ce gouverneur, en Bretagne près de Ploërmel. Dans les numéros 27 et 28 de Sous le Ciel, l'astrologue Gilbert de Chambertrand est tombé dans ce panneau, qui croit reconnaître le personnage dans ce ciel égaré. Admiratif du spectacle du soleil qui "se couche dans l'Arc de Triomphe" à chaque anniversaire de la mort de l'empereur, Dom Néroman s'est laissé abuser par son collaborateur en redonnant cette version dans Grandeur et pitié de l'Astrologie (Femand Sorlot, 1940). La démarche interprétative en était encore au tâtonnement, et ici à peine esquissée.

 

Buonaparte a ouvert les yeux à la lumière à Ajaccio le 15 août 1769. Sa naissance est consignée dans le Livre des dépenses de son père, Charles Bonaparte. Son acte de baptême, rédigé en italien, conservé aux archives de la cathédrale de cette ville, la mentionne, sans en préciser l'heure.

 

Aujourd'hui, cette vérité est si parfaitement établie que le volumineux Dictionnaire Napoléon, sous la direction de Jean Tulard, lequel ne laisse rien passer, ne se donne nullement la peine de débattre de sa naissance.

 

Demeure le problème de la version horaire, précision sur laquelle ont trébuché les astrologues français de la première génération du siècle finissant. Dans son Traité d'astrologie pratique (Chacomac, 1912), Julevno fourvoie ses confrères en le déclarant né "à dix heures moins le quart comme l'établissement les Mémoires de Bourrienne...", reconnaissant toutefois que celui-ci "n'était pas d'une fiabilité à toute épreuve". C'est cette même version qui a gagné la Grande-Bretagne par le canal des 1001 Notables Nativities d'Alan Léo, du Text Book of Astrology d'Alfred J. Pearce, avec Modem Astrology, Coming Events et Thé Horoscope.

 


photo Tomasi
Acte de baptême de Napoléon Bonaparte. Archives d'Ajaccio

 

Se référant à une biographie sans préciser laquelle, c'est 9 h 50 du matin que transmet Paul Choisnard dans son Langage astral (Chacomac, 1902), alors qu'il présente un thème pour 10 h 00 dans le n° 4 (juillet 1913) à'Influence Astrale, sans en ébaucher l'interprétation. Faute de se tenir au courant des travaux de leurs confrères, on verra encore quelques auteurs s'attarder à reproduire cette erreur inexcusable et en y trouvant pourtant leur compte      (J. Dorsan, Retour au zodiaque des étoiles, Dervy, 1980 ; Maurice Nouvel, Mercure et Vénus démasqués, Pardès, 1991)...

 

Si, dans son Encyclopédie astrologique française (Niclaus,1936), Janduz est encore dupe de cette présentation, ce "problème Napoléon" est déjà soulevé par Eudes Picard dans son Astrologie judiciaire (Leymarie, 1932) où il introduit un débat :

"Espérons que cette heure-là : 9 h 45 du matin, ne figure pas parmi les 'Erreurs' de Bourrienne. Il faut reconnaître pourtant que l'orientation du thème ainsi calculé ne reflète pas l'éclat extraordinaire émanant de la prodigieuse figure de Napoléon."  Suit une version qu'il attribue à Alvidas, vol. II, Keyof Life : "L'heure prise par Alvidas (11 h 31) semble plus conforme à la destinée de l'Empereur. Elle se rapproche de midi, l'heure des rois et selon toute vraisemblance, elle ne s'en approcherait même pas assez." D'où une troisième figure dressée pour 11 h 57... Malgré encore l'absence de justification, la raison astrologique enhardie l'emportera avec la version de 11 h 30 présentée par H. Béer dans son Introduction à l'astrologie (Payot, 1939).

 

Une clarification a été apportée par Guy Fradin dans un article ; "La naissance de Napoléon", paru dans Astrologie moderne n° 13 (1er trimestre 1955), revue du Centre International d'Astrologie, Paris. Apres avoir éliminé les fausses pistes, il revient à l'acte baptismal et préconise "vers les onze heures du matin" en s'en tenant à une convergence de témoignages, dont un document du conseiller T. Nasica, magistrat à Ajaccio de 1821 à 1829 : Mémoires sur l'enfance et la jeunesse de  Napoléon jusqu 'à l'âge de 23 ans ; précédé d'une notice historique sur son père ; Paris, 1852.

En réalité, il est plus exact de dire : "dans la onzième heure". Ceci pour se rapprocher de la source "officieuse" du Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases, bénéficiant des souvenirs du pittoresque anecdotique de son accouchement. Voici ce qu'il y est dit en date du dimanche 27 au jeudi 31 août 1815 :   

"Napoléon est né le 15 août 1769, jour de l'Assomption, vers midi. Sa mère, femme forte au moral et au physique, qui avait fait la guerre grosse de lui, voulut aller à la messe à cause de la solennité du jour ; elle fut obligée de revenir en toute hâte, ne put atteindre sa chambre à coucher, et déposa son enfant sur un de ces vieux tapis antiques à grandes figures, de ces héros de la fable ou de l'Iliade peut-être : c'était Napoléon."

 

La mère, Letizia, a fait justice du décor romanesque : "C'est une fable de le faire naître sur la tête de César ; il n'avait pas besoin de cela. Nous n'avions point de tapis dans nos maisons de Corse..." Mais le reste demeure. "Arrivée chez elle - il est près  de midi - le temps lui manque pour monter jusqu'à son lit (...) pour y accoucher presque aussitôt..." redit André Castelot dans son Bonaparte (Librairie académique Perrin, 1967). Et même avons-nous encore d'autres précisions sur cette naissance : "Aidée par sa belle-sœur Gertruda Paravicini - la sœur de son mari - elle regagne rapidement sa maison de la rue Malerba. Arrivée chez elle, le temps lui manque pour monter jusqu'à sa chambre : elle se dirige vers le salon et s'étend sur un canapé vert pour y accoucher presque aussitôt assistée de sa belle-sœur qui fait office de sage-femme. Il est environ midi..." (André Castelot : "Madame Mère" dans son Histoire insolite (Librairie académique Perrin, 1982).

 

Finalement, on peut estimer le moment de la naissance autour de 11 h 30, avec une approximation d'un quart d'heure, ce qui n'est pas trop imprécis. Telle est la version horaire que j'avais préconisée dans le Lion de la collection zodiaque des Éditions du Seuil (1958) et dans mon Traité pratique d'astrologie (Le Seuil, 1961).

 

Hors de France, on est passé par le même laborieux cheminement. En Belgique, Charles de Herbais de Thun en est le témoignage qui reprend dans ses archives la version de 9 h 30 et donne 9 h 50 dans sa Synthèse de l'Interprétation astrologique (Demain, 1937), tout en rappelant Julevno, Picard, Choisnard (version de 10 h 00 à'Influence astrale n° 4), Jany Bessière dénichant même dans ses archives une formule de 11 h 50 (sans nulle justification) donnée par Eugène Casiant dans l’Almanach Chacomac 1933.

 

 

En Italie, derrière l'adoption de l'heure de Choisnard préconisée par Grazia Bordoni (Date di Nascita interressanti...), plusieurs versions sont parues dans Linguaggio Astrale : 11 h 00 avec Natale Maione (n° 97) et Davide Ferrero avec Franco Orlandi (n° 105) ; et 11 h 30 avec D. Valente, C. Cannistra, M. Malagoli (n° 78), et Rocco Pinneri (n° 103).

 

En Allemagne, l'embarras apparaît aussitôt. Dès juillet 1910 dans Zodiakus, Albert Kniepf se plaint de cette incertitude horaire qui le fait s'interroger sur la date du 5 février 1768 donnée par Bonaparte pour son contrat de mariage; ce qui a également tracassé Reinhold Ebertin, revenu plusieurs fois sur la question (Meridian 1982/1), tout en ayant, dans Kosmischer Beobachter (annexe à Kosmobiologie), présenté un thème rapproché avec Ascendant à 18° du Scorpion sans nulle justification. Bref, formule Henri Latou, l'incertitude de la date natale de Napoléon a découragé nos confrères d'outre-Rhin. Dans le 3e volume de son Horoskope Lexikon (1992), Hans-Hinrich Taeger, peu soucieux de ses sources, présente finalement une version de thème pour 11 h 30 sans non plus de justification de choix par rapport aux autres heures fournies.

 

Enfin, aux USA, Stephen Erlewine adopte 9 h 45 dans Thé Circle Book ofCharts (1972), tandis que 11 h 30 est préféré par Lois M. Rodden dans Thé American Book ofCharts (1980).

 

Une conclusion s'impose : le dossier embrouillé de la naissance de Bonaparte a retenu la plume des astrologues, aucun texte conséquent d'interprétation s'y rapportant n'étant vraiment à retenir. Tout au plus peut-on évoquer quelques balbutiements et en finale quelques approches comme les menues pages grand public du "petit dictionnaire des gens du Lion" de la collection "Zodiaque" du Seuil. Il restait à entreprendre une véritable interprétation du thème de Napoléon, à l'ampleur du personnage. C'est cette "première" qui est tentée ici en espérant rejoindre la dimension transcendantale d'une figure archétypique.

 

Cette étude est une introduction qui annonce un ouvrage général entrepris avec Didier Geslain, où nous souhaitons faire revivre l'histoire à travers le microcosme des grands personnages de la Révolution française et de l'Empire.

 

 

UNE FIGURE ASTRALE MAGISTRALE

 

Selon les critères fondamentaux de l'astrologie et au regard du personnage d'exception qui se présente à nous, la figure astrale de Napoléon est tout à fait de nature à combler l'espérance. La délectation en quelque sorte apologétique qu'elle procure nous vient de tous côtés, mais surtout de la rencontre d'une double stature : la convergence d'une "toile de fond" exceptionnelle, milieu porteur inouï, et d'une "signature" quasi omnipotente, concentré ultime d'instant-lieu.

  

UNE GÉNÉRATION PRODIGIEUSE

 

A la souche de ses astralités, surgissement originel constituant les basses de son orchestration intérieure, se dresse d'une façon déjà prestigieuse comme un couronnement, un triple trigone des trois astres les plus lents : le triangle équilatéral Uranus-Neptune-Pluton, ce phénomène unique du millénaire tenant lieu d'une apothéose.

 

 

 

Croisée des chemins décisive de l'histoire : c'est au temps même de la précédente triple conjonction Uranus-Neptune-Pluton des années 575 avant J.-C. que remonte l'accouchement de notre humanité avec l'apparition des grands prophètes (Zara-thoustra, Deutéro-Isaïe, Pythagore, Bouddha et Confucius), c'est-à-dire l'avènement des religions orientales dont la foi alors naissante est toujours vivante dans la plus vaste population d'aujourd'hui ; et également, avec les philosophes des cités ioniennes (Thaïes de Milet...), celui du rationalisme grec, germe de notre civilisation moderne, véritable aube du savoir de l'homme.

 

Dans le processus du déroulement cyclique qu'engendre la conjonction, la phase première de celle-ci (0°) est à celle du trigone (120°) ce qu'est le départ de l'élan vital à un plein déploiement de vie, si bien que la convergence triangulaire des trois trigones de ce trio astral constitue une phase ultime d'épanouissement de société, plénitude d'être nécessairement porteuse d'un grand tournant historique. Il y a là comme le suprême accomplissement d'un âge d'or.

 

Le fruit de cette graine est la venue des philosophes "des lumières". Avec eux surgissent les grandes aspirations libératrices qui conduisent à vider le monde de la présence de Dieu pour mieux y installer l'humain, celui-ci prenant une part plus active au gouvernement de sa destinée. Cet humanisme s'en donne les moyens avec l'apparition des progrès techniques des sciences, lesquels vont conduire à la maîtrise de l'homme sur la matière (les trois astres sont en triplicité de signes de Terre : Taureau-Vierge-Capricorne). Ainsi, sous cet ornement, démarre la révolution industrielle avec ses créations instrumentales qui révolutionnent l'existence, contribuant à un changement des mentalités. Ce que concrétise le Congrès de Philadelphie de 1774, prologue à l'indépendance américaine, où s'impose une déclaration des droits selon les principes des philosophes français : l'humanité entre dans les temps modernes, où le matérialisme va s'imposer avec la Déesse-Raison. Non, il est vrai, sans l'accompagnement du meilleur et du pire.

Il est donc naturel que la génération, à la charnière de deux mondes à ce tournant de civilisation, puisse sortir des rangs et enfanter des géants. Napoléon s'y trouvant en compagnie de Hegel, de Beethoven, de Cuvier, de Chateaubriant... Et avec l'empereur et ses adversaires : Mettemich et Wellington, la légion étincelante de ses généraux et maréchaux : Bertrand, Bessières, Caulaincourt, Davout, Desaix, Duroc, Drouot, Hoche, Junot, Lannes, Marmont, Molitor, Murât, Ney, Rapp, Soult... C'est autour de cette prestigieuse génération que les hommes de cette époque vont devoir vivre l'étonnante épopée de l'empire napoléonien. Une génération ensemencée de graines de héros romantiques, à l'instar de ce soldat de la Grande Armée : "Notre but, alors, c'était la gloire. Il était vaste, ce but, comme l'époque immense à laquelle vivait notre jeunesse." ... Génération, aussi, faisant la transition entre l'Ancien régime et les temps nouveaux.

 

LE SOCLE NEPTUNIEN

D'une initiale centralisation triangulaire des trois astres les plus lents, nous passons à un polygone à cinq côtés avec l'immixtion de la coupe transversale d'un nouvel aspect par deux autres planètes ; coupe perpendiculaire à l'axe Uranus-Pluton qui se positionne comme base, et du même coup à équidistance de Neptune érigé en sommet. Chapiteau de pentagone composé d'un quadrilatère surmonté d'un triangle isocèle.

 

Cette diagonale si parfaitement enchâssée y intercale un magnifique trigone Vénus-Jupiter.

 

Voilà, du coup, les particules fondamentales du noyau triangulaire chauffées, dilatées, amplifiées par le souffle aérien de ce duo planétaire lui-même en sa phase de pleine expansivité. C'est tout le dynamisme foncier qui s'étoffe et s'ébranle, tendances lourdes prenant un essor prometteur en manifestations spectaculaires, dans la magnificence de leur épanouissement.

 

Dans le chapelet en sextils de la succession Uranus-Vénus-Neptune-Jupiter-Pluton s'est dessinée la composition d'ensemble d'un triangle isocèle Vénus-Neptune-Jupiter surplombant un grand rectangle Uranus-Vénus-Jupiter-Pluton.

 

Au sein de ce somptueux édifice, la position centrale est occupée par Neptune en Vierge qui, avec ses ramifications au tout, est le grand collecteur des composantes de cette configuration. En lui peut se percevoir un plasma humain chargé d'un grand rêve commun, évasion collective d'âmes portées par une haute marée passionnelle, emportées dans le tourbillon d'une grandiose aventure historique.

 

LE DOME MARSIEN

 

Or, Mars vient coiffer la voûte de ce temple.

 

Avant de le considérer seul, percevons globalement l'actualisation du triangle des transatumiennes qu'apporte en un tout le triangle isocèle Vénus-Mars-Jupiter. Rien de mieux que le chaud concours de ce trio "charnel" pour en animer le tellurisme et l'incarner dans un summum d'existence. Il ne pouvait y avoir plus riche encadrement porteur pour faire "chanter" la prodigieuse génération du super-trigone Uranus-Neptune-Pluton.

 

La cime de l'édifice n'en est pas moins Mars. Prenant appui sur Neptune dans un champ harmonique, il occupe une position centrale à équidistance de sextils du trigone Vénus-Jupiter - le

plus "bénéfique" des aspects qui soit, au sens de la facilité, du propice, voire du reçu naturel d'un concours de circonstances favorables - et de trigones du trigone Uranus-Pluton. Ce foyer n'est rien moins que la convergence de douze harmoniques majeures, parmi lesquelles cinq marsiennes ! Il n'est pas abusif d'évaluer ce dispositif comme un record : la configuration marsienne de Napoléon est pratiquement unique en son genre et se hisse à un sommet.

 

  

Dès lors que Bonaparte ait d'instinct répondu à cette suprême signature en entrant en 1784 à l'école militaire de Paris, toute conjoncture marsienne épousée, faut-il maintenant s'étonner que son génie en ait fait l'émule d'Alexandre, d'Hannibal, de César, le plus grand capitaine de tous les temps ? Car, en dépit du réalisme choquant des horreurs de la guerre, l'on ne peut s'empêcher de saisir l'histoire de la Grande Armée, parcourant l'Europe en tous sens, comme la plus étourdissante, la plus prodigieuse des chansons de geste.

 

L'éblouissement de ce piédestal ne doit nullement nous dispenser d'un jugement de réalité sur le terrain en comparant le Mars napoléonien aux Mars de l'ensemble des grands militaires de l'histoire. Car l'idée va tellement de soi qu'elle s'impose : le signifiant de la configuration marsienne du soldat est réflecteur de l'aventure militaire de celui-ci, dans le cadre que lui assigne le contexte général de son thème. La meilleure façon d'en juger est de se référer à des modèles historiques exemplaires en se livrant aux comparaisons les plus contrastées, des victoires éclatantes aux défaites désastreuses, des lauriers de la gloire à la déchéance militaire.

 

Le travail entrepris avec Didier Geslain m'a permis un tel contrôle où la pratique confirme la théorie. Ceci sur l'aperçu des données natales de cent maréchaux de France et d'Empire, de l'ensemble des grands généraux de cette époque, y compris les chefs militaires adversaires de l'empereur. Le résultat est frappant : aucun d'eux n'a une position marsienne qui puisse se comparer à la sienne ! Les mieux lotis parmi les plus grands n'ont que trois harmoniques majeures, quatre exceptionnellement, comme par exemple le grand maréchal de Luxembourg. Par comparaison, le contraste est total entre ces concentrés harmoniques et le concentré des dissonances marsiennes de l'amiral François-Paul de Brueys qui meurt dans la défaite de sa flotte à Aboukir ; de l'amiral Pierre-Charles de Villeneuve, fait prisonnier dans la défaite de sa flotte à Trafalgar ; et plus encore (4 dissonances majeures à MC-Soleil-Jupiter-Uranus) du maréchal François-Achille Bazaine qui capitule sans combattre en rase campagne à Metz en 1870, condamné à la dégradation militaire et à la peine de mort, la plus illustre opprobre militaire française.

UNE SIGNATURE EN APOTHÉOSE

 

Nous n'avons pas seulement une toile de fond qui prône un Mars monumental : avec la monture, il y a aussi le cavalier. La signature que, de son côté, stylise l'intersection du temps et de l'espace d'un ici-maintenant natal s'apparente également au gigantisme.

 

Au lieu et au moment de la naissance converge, en effet, un dispositif maximum relevant de l'ultime. Tout à la fois, Jupiter du Scorpion se lève, le Soleil du Lion culmine et Uranus du Taureau se couche - collusion des trois astres les plus "puissants" et des trois signes les plus "forts" - liés au surplus les uns aux autres en une ramification au Milieu du ciel, que Mercure du Lion occupe également. Assemblage qui implique quatre conjonctions angulaires et cinq carrées dans un triangle rectangle reposant sur la base d'une opposition Jupiter-Uranus. Il faut encore ajouter à cette condensation serrée une Lune en Capricorne. Difficile de faire plus !

 

Comment ne pas voir dans cette concentration souveraine un homme à l'ego surdimensionné, d'une débordante volonté de puissance, dévoré par le démon de l'ambition, envoûté par le pouvoir, tendu à l'extrême vers l'autorité, la suprématie, le prestige, la grandeur, le colossal, l'épopée ?

 

 

 

Quel souffle pour exploiter les ressources du socle marsien ! Celui d'un géant largement pourvu en moyens réalisateurs et porté par une conviction profonde. Comment un tel homme n'aurait-il pas une foi immense en ce qu'il appelle son "étoile", parce que se sentant "fils du ciel" investi d'une sorte de mission comme d'un suprême sacerdoce ? Si Mars est le pourvoyeur du destin, nul doute que c'est au regard et en fonction de sa signature hypertrophiée soli-jovi-uranienne qu'il boit avidement à la coupe enivrante de la Fortune : la politique, le grand ressort de la tragédie moderne. Ce qui hissera son destin à des sommets vertigineux.

 

II n'y a pas moins lieu de se demander pourquoi, avec ce Mars colossal, l'épopée napoléonienne a si tragiquement finie. La réponse à cette question est dans l'interrogation des autres composantes de son thème, laquelle conduit à la conclusion que c'est l'homme d'État (chargé de dissonances) et non le militaire qui est responsable de sa chute.

 

La grandeur du chef de guerre s'observe d'un bout à l'autre de son itinéraire. Si Napoléon perd finalement la partie à Leipzig, ce n'est pas la conséquence d'une faute commise ; c'est tout simplement qu'il n'a plus les moyens de combattre devant une coalition militaire européenne, la plus grande que la France ait jamais eu à affronter. D'un avis unanime des spécialistes en la matière, la campagne de France en 1814 apparaît même comme un chef-d'œuvre de l'art militaire. Malgré l'amenuisement de ses ressources - un soldat contre quatre du continent en armes - il trouve encore les moyens de battre séparément le feld-maréchal autrichien Schwarzenberg, le général prussien Blùcher, les cosaques de Platov, les Wurtembergois (neuf victoires en quarante-cinq jours). Les Alliés doutent même un instant de l'emporter et l'empereur, reparti dans sa présomption, s'estime plus près de Vienne que l'empereur d'Autriche de Paris... Mais la partie est par trop inégale, outre que les Saxons font défection, et surtout, que ses compagnons d'armes l'abandonnent.

 

Nulle défaillance non plus de sa part à Waterloo où la défaite (de justesse) est due surtout à la non-participation du corps de Grouchy dans la bataille. Il fallait bien qu'il y eut tôt ou tard un raté quelque part pour en finir une fois pour toutes avec cet homme d'État envahissant rejeté par les souverains des dynasties régnantes, décidés à faire rentrer la France dans les rangs. C'est d'ailleurs en se mettant à son école que ses adversaires militaires se sont employés à le battre : attentifs avant tout, sur la recommandation de Bemadotte, ennemi suédois supplémentaire, à se dérober systématiquement devant son commandement et à ne livrer bataille qu'à ses lieutenants. Le prestige du chef de la Grande Armée reste donc intact, aussi bien pour le populaire qui retient surtout le panache de ses éclatantes victoires que pour les experts militaires qui le tiennent toujours pour le plus grand capitaine de l'histoire. La geste napoléonienne en impose toujours à la postérité.

 

 

L'HÉRITIER

DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

 

 

Que nous dit d'abord la pièce maîtresse qu'est la conjonction Mars-Neptune ?

 

Un sens initial s'en dégage au regard du cadre historique, dans la mesure où nous rencontrons la même conjonction chez les trois leaders de la Révolution française : Danton, Robespierre et Saint-Just ; filiation confortée par une répétition, le même indice apparaissant à la Révolution bolchevique chez Lénine, Trotsky et Staline. Ce tronc commun est comme une souche qui s'élargit à la sphère des maréchaux d'empire : Augereau et Masséna, qui font déjà les victoires de 1796 1797 ; Pérignon, noble dévoué à la République, et surtout Kellermann, l'homme de Valmy, symbole du triomphe des armées républicaines.

 

Le tissu de l'histoire est d'ailleurs fait du cycle Mars-Neptune qui scande le règne de la Commune insurrectionnelle, de la conjonction présente au 10 août 1792 quand le roi Louis XVI est détrôné, à la suivante qui accompagne le 9 Thermidor (27 juillet 1794) alors que Robespierre est renversé. Pour la troisième fois revient cette même conjonction Mars-Neptune au 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), c'est-à-dire au coup d'État qui met fin au Directoire et installe au pouvoir Bonaparte, Premier Consul.

 

- Je suis la Révolution française.

 

Sous ce courant cyclique qui se renouvelle, Bonaparte se sent être un continuateur, mais à travers l'incarnation renouvelante de sa génération, à la manière d'un brassage de société ou vont se fondre les hommes de l'ancien régime et les fils des temps nouveaux. Avec sa conjonction en signe double de la Vierge, il part nourri du terreau de la secousse populaire, avec même ses accents "sans culottistes", contribuant à faire le soldat de l'an II, refondu au feu du creuset révolutionnaire et portant au-delà des frontières les torches du nouvel esprit, tout en fermant les écluses du flot national d'une France régicide qui s'était perdue dans le chaos et la tragédie. Fin de la tourbe : avec lui, l'ordre règne.

 

La transfusion de signe double s'opère même de Bonaparte à Napoléon. Toujours à travers l'empereur se poursuit l’œuvre de la Révolution, au point que, pour les nations européennes, "son passage marqua comme une nuit du 4 août" (Georges Lefebvre), ayant introduit le Code civil dans tous les pays annexés et les royaumes vassaux de son vaste empire.

 

Cette Révolution avait détruit le vieux monde. L'empereur fonde le monde nouveau, l'âge présent datant de lui. Mais il rebâtit selon les principes et les droits de la Révolution qui vont pénétrer partout et faire le tour du monde, notamment à travers ce Code civil, donnant pour longtemps à la France un rayonnement universel. Grandes et belles vérités désormais immortelles.

 

- Elles seront la foi, la religion, la morale de tous les peuples, et cette ère mémorable se rattachera, quoi qu 'on ait voulu dire, à ma personne, parce qu'après tout j'ai fait briller le flambeau, consacré les principes et qu'aujourd'hui la persécution achève de m'en rendre le messie (Mémorial).

 

Ultime contradiction. La fanfare grandiloquente de l'empire, tout en couvrant les lamentations des désastres de la guerre, ne fait pas pour autant oublier que l'héritier de la Révolution française n'en est pas moins un souverain tyrannique, dictatorial, animé d'un "insatiable besoin d'être le centre de tout" (Mollien), faisant tout plier devant lui :

 

-          Il n'y a qu'un secret pour mener le monde, c'est d'être fort, parce qu'il y a dans la force ni erreur ni illusion ; c'est le vrai mis à nu.

 

Piège dangereux lorsque la force est aveuglée par une excessive confiance en soi aspirée par une ambition infinie.

 

-          La véritable gloire consiste à se mettre au-dessus de son état.

 

La gloire fascinante de Napoléon, trahi par l'éblouissement de sa puissance, se réduit finalement à un syncrétisme où se côtoient les justifications du pour et du contre.

 

LE GRAND CAPITAINE

 

 

Signalétique initiale de la conjonction Mars-Neptune : cherchant sa voie à l'école de Brienne, le jeune Bonaparte se voit d'abord en futur capitaine de frégate royale de quarante canons, projet aussitôt déjoué par la madré, inquiète à l'idée de voir son cher Nabulio courir les mers. Représentation d'avenir fugace, bien vite dépassée par l'histoire lorsque sa toile de fond marsienne rejoint sa signature.

 

Jugeons d'abord l'entrée en matière de ce tout frais commandant en chef de l'armée d'Italie de vingt-six ans, petit, maigre, pâle, sec, au teint bilieux jaunâtre, général Vendémiaire reçu par ses aînés déjà consacrés. Un Augereau, un Massena, un Sérurier, généraux de fortune sortis du rang et ayant largement fait leurs preuves, grands gaillards froids, grossiers, méprisants, le toisant rudement. Mais ce gringalet a un regard qui en impose, qui fait presque peur à ces durs à cuire. Et tout de suite, en mots tranchants, il expose ses plans, donne ses ordres d'un ton impérieux et les congédie. S'il a déjà parlé en maître aux chefs, c'est pareillement qu'il prend en main sa troupe indisciplinée de va-nu-pieds faméliques et loqueteux, livrée au désordre. Aussitôt il faut l'entendre mobiliser ses soldats à la conquête de l'Italie, sa proclamation célèbre claquant comme un drapeau. Le charisme qui émane de sa personne est déjà là et il fera de lui le plus extraordinaire meneur d'hommes depuis Alexandre.

 

La magie neptunienne de son génie militaire, c'est que, d'instinct, il sait ce qu'est un homme de troupe, il sait ce qu'il pense et ce qu'il aime, ce qu'il faut lui dire et comment lui parler. Très vite s'installe une étonnante communion avec ses hommes qui relève d'une véritable participation mystique, la silhouette légendaire du "petit caporal" à la redingote grise, au chapeau bicorne et à la main au gilet se découpant sur l'ombre des combattants. Rien ne livre mieux la profondeur de cette communion intime que cette réflexion venue après une de ses familières tournées d'inspection au bivouac :

 

- Je fais mes plans de bataille avec les rêves de mes soldats endormis.

 

Fascinés par le génie de leur chef - brasseur de rêves rêvé par eux à l'image du frémissant Bonaparte franchissant les Alpes (1800) de Jacques-Louis David - ceux-ci sont gagnés par une ivresse générale, au point de le vénérer et de le servir comme s'il n'y avait pas pour eux de plus grand bonheur. Il peut leur demander des prodiges de courage, de résistance, d'héroïsme et de sacrifice ; à la sortie du camp de Boulogne-sur-Mer en 1803, emportés par une ardeur inexprimable, ils sont prêts à le suivre au bout du monde. Il ne fait qu'un avec eux et c'est une armée invincible qui s'engage dans le sillage de ce géant et de son envolée impériale, le "grognard" et "son" empereur, le "petit tondu" lui servant même de fétiche. Il est vrai que Napoléon ne craint pas de s'exposer au feu de l'ennemi ; sur le terrain des combats, il risque sa vie lui-même : une dizaine de chevaux seront tués sous lui. Bref, il est des leurs.

 

- Mes soldats étaient fort à leur aise, très libres avec moi ; j'en ai vu souvent me tutoyer. Je passais pour un homme terrible parmi les officiers et peut-être parmi les généraux, mais nullement parmi les soldats. Ils avaient l'instinct de la vérité et de la sympathie, ils me savaient leur protecteur et, au besoin même, leur vengeur... (à Las Cases).

- Jamais on a vu tant de dévouement de la part de soldats que de la part des miens. Dans tous mes malheurs, jamais le soldat, même expirant, ne s'est plaint de moi ; jamais homme n 'a été servi plus fidèlement par ses troupes. La dernière goutte de sang sortait de leur veine avec le cri de : "Vivre l'Empereur" (à O'Meara).

 

Exagération, comme toujours, avec cet homme qui a oublié qu'il se faisait détester aux pires moments des combats où il demandait l'impossible à ses soldats. Ce n'en est pas moins vrai, pour l'essentiel et jusqu'au bout de son aventure.

 

S'il "électrise" à ce point ses soldats, objets d'une sorte d'envoûtement, c'est qu'il est sous haute tension, soulevé lui-même par une grandiose histoire. Dès qu'il paraît sur un champ de bataille, la victoire accourt au-devant de lui et pendant une décennie, il sera invincible. Ainsi, en un style brillant qui frappe les imaginations, verrons-nous le vol de l'aigle de victoire en victoire, d'une capitale à l'autre de l'Europe, entre Lisbonne et Moscou, du tambour d'Arcole au glas de Waterloo.

 

Au passage, relevons la note neptunienne d'un stratège illusionniste, expert à mystifier l'adversaire, artiste des ruses en écrans de fumée, comme lorsqu'il fait grand tapage de ses batteries de tambour pour impressionner ou fait diversion en attisant les feux des bivouacs, manœuvrant notamment l'ennemi pour qu'il déplace son dispositif afin de mieux le faire tomber dans son piège.

 

Une autre part revient aux ressources de l'opposition Jupiter-Uranus triangulant la conjonction marsienne. C'est elle qui donne à ce génie tumultueux des audaces inouïes qui dépassent l'entendement de ses ennemis. Ainsi déjà en est-il de la prouesse de Bonaparte faisant franchir à son armée d'Italie le col du Grand-Saint-Bemard, terrible expédition, aventure titanesque !

 

Génie militaire du Feu, il "vole comme l'éclair et frappe comme la foudre", déclare déjà Le Courrier de l'armée d'Italie du 23 octobre 1797. Sa qualité maîtresse de stratège est de bousculer l'ordre établi en inaugurant le style (uranien) de la guerre-éclair, convenant si bien à son coup d'œil fulgurant. Dans les annales militaires de tous les temps, il n'est pas de pages plus brillantes que ses campagnes qui ont pour résultat une capitulation de l'adversaire sur-le-champ, et rien n'égale le faste guerrier éblouissant d'Austerlitz. Commencée vers sept heures du matin le 14 juin 1800, avec un ennemi largement supérieur en nombre, la bataille de Marengo s'achève brillamment vers vingt heures. AAusterlitz, avec un Français contre deux austro-russes, la partie du 2 décembre 1805 engagée sur les 7 h 00, se termine vers 17 h 00 par une victoire totale avec une charge de la Garde légendaire. Sans oublier deux victoires en un seul jour, à léna et Auerstàdt le14 octobre 1806, où la Prusse s'effondre, ni la victoire remportée en deux heures contre les Russes à Friediand le 14 juin 1807...

 

-          Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l'orgueil de nos ennemis !

 

Tout le style (Soleil-Jupiter-Uranus) du personnage est là. Comme il est dans la totalité de conviction de l'empereur des grands jours :

 

- Avant demain soir, cette armée est à moi ! (à la veille d'Austerlitz).

 

- Je les tiens donc ! Dans un mois nous serons à Vienne !

(il y sera trois semaines plus tard).

 

Et dans les mauvais jours, le même état d'esprit tourne à la présomption, excès de confiance contribuant à le perdre.

 

Son rythme d'ultra-chaud est celui d'une troupe qui se déplace à marches forcées. Le grognard fait la guerre avec ses jambes - jusqu'à cinquante kilomètres par jour, en avant, toujours plus vite - de même que ses coursiers brûlent les chemins et qu'il est lui-même toujours en haleine, inlassable, partout.

 

Un engagé de 1803 estimera avoir couvert à pied en dix années trente-six mille kilomètres. L'ampleur géographique des campagnes napoléoniennes est sans pareille : elle couvre toute l'Europe du Portugal à la Russie. Ce brassage continental que vivent les grognards - plus âgés que leur chef - répond à une génération particulière concernée par les passages d'Uranus en Poissons (1752-1759) et en Bélier (1760-1767).

 

La valorisation uranienne des Poissons a départagé deux populations en raison du caractère double du signe. D'un côté, celle de l'extrême resserrement de l'être, pleinement vécu au temps tragique de la Révolution française : détention, captivité, prison (la Tour du Temple, la Conciergerie, Sainte-Pélagie, le Luxembourg) outre l'exil des émigrés, tenant aussi de l'autre bord. Celui de l'extrême dilatation de l'être à valeur de cosmopolitisme, s'exprimant, après l'entreprise américaine de La Fayette et des Lameth, par cette fulgurante trajectoire militaire mélangeant pendant quelques années une dizaine de populations différentes. A la fin, on parle toutes les langues dans la Grande Armée.

 

La part en revient aussi grandement et même plus encore à Uranus en Bélier - signature de la moitié des maréchaux de l'Empire - composante spécifique d'une génération qui, du plus profond de ses entrailles, libère et fait gicler une pulsion explosive trouvant naturellement son climat favori dans l'aventure risquée, les exploits, le paroxysme, le jusqu'au-boutisme périlleux. En quelque sorte, une génération de têtes fortes et aussi de têtes folles, sinon de têtes brûlées.

 

Le grand capitaine avait eu aussi ses défaillances : il n'avait pas cherché à perfectionner les armes héritées de l'Ancien Régi me, il n'avait pas utilisé les ballons d'observation des aérostiers... Mais le sort de son règne se jouait ailleurs :

 

- II n'y a que deux puissances au monde, le sabre et l'esprit. A la longue le sabre est toujours battu par l'esprit.

 

Hélas, le souverain n'eut pas toujours l'esprit de son côté.


 

 

L'HOMME D'ÉTAT

 

En guise d'introduction, commençons par une comparaison.

 

Parmi les deux cents monarques européens dont nous ayons les données de naissance, celui qui ressemble le plus astrologiquement à Napoléon, partageant deux positions majeures communes, est Louis XIV, dont il était d'ailleurs un fervent admirateur :

 

- Depuis Charlemagne, quel est le roi de France qu'on puisse lui comparer sous toutes les faces ?

 

Tous deux ont Jupiter du Scorpion conjoint à l'Ascendant et le Soleil en secteur X conjoint au Milieu du ciel, Jupiter aspectant celui-ci ; et si chez le Bourbon, le luminaire diurne est en Vierge, du moins a-t-il la Lune et Vénus en Lion. Ne sont-ils pas les deux sommités françaises du pouvoir absolu ? Et encore, le roi-soleil n'avait-il pas déjà le sceptre dans son berceau ?

 

Chez l'empereur, le dispositif louis-quatorziste Jupiter-Soleil s'élargit à l'architecture d'un triumvirat complété par Uranus, ces trois composantes constituant le pilier de son édifice interne. Chacun des trois prête main-forte aux deux autres pour converger sur un centre où la totalité de l'être impose sa passion : élixir enivrant de puissance, extase du pouvoir, ivresse de gloire. Car la vraie passion de Napoléon n'est pas la guerre et, pour un temps du moins, le souverain civil en lui est plus grand encore que le capitaine.

 

Puisque le mot clé de passion est lâché, rappelons que dans son Traité de Caractérologie (PUF, 1945), René Le Senne fait de Napoléon un Passionné (Emotif-Actif-Secondaire). "L'État c'est moi" est la devise de ce type, "homme de la plus haute tension", parce que poussant toujours "le plus à fond la mobilisation de ses forces intimes" et remplaçant "les passions par une passion qui est l'âme de sa vie" ; passion maîtresse pouvant conduire aux excès, à la témérité, à l'hypertrophie tyrannique de la volonté... Totalité concentrée dont nous retrouvons les facettes à travers ses trois personnages intérieurs.

 

A la souche de Jupiter du Scorpion qui se lève se dégage une vigoureuse vitalité animale ; tempérament exubérant aux désirs impérieux, aux aspirations exigeantes, affirmant pleinement son souffle vital. Il y a là comme une forte présence physique, au magnétisme personnel attractif, dont la pression égocentrique, l'autorité naturelle et la puissance de conviction exercent un ascendant plus ou moins envoûtant sur autrui. C'est déjà cela qui est ressenti chez le jeune Bonaparte que l'on s'est plu à assimiler à une puissance d'aigle. Impression morphologique, d'ailleurs, quelque peu perçue par certains portraitistes (Guérin, musée de Versailles ; Horace Vemet, Tate Gallery, Londres) : visage anguleux avec, croisant un regard aux yeux fixes plein d'éclairs, une arête nasale soulignée par des joues creuses et des pommettes saillantes, bref un masque d'oiseau de proie. Droit au but !

 

-  Il ne faut pas de si, ni de mais, il faut réussir.

- Pour moi, je n 'ai qu 'un besoin, c 'est celui de réussir.

 

La culmination du Soleil en Lion, quant à elle, spécifie plus particulièrement la tension verticale ascensionnelle d'un moi en aspiration de grandeur. L'ego, qui se veut lumineux, est essentiellement en quête d'autorité, de suprématie, de noblesse, de prestige, d'éclat, d'opulence, jusqu'au risque du théâtral. L'aigle désire planer dans toute sa majesté, en se couvrant de gloire.

 

- Ce que je cherche avant tout, c'est la grandeur : ce qui est grand est toujours beau (à Denon).

- Un gouvernement nouveau-né doit éblouir.

 

L'air qu'on respire ici est héroïque, évoquant l'Antiquité gréco-romaine. On songe aussi au prestige de la pompe officielle de l'Empire, à l'éblouissement du luxe de la Cour, qui dépasse les splendeurs de Versailles. Non seulement, grand maître dans l'art de conduire les hommes, Napoléon est un merveilleux comédien, mais il est encore plus le grand metteur en scène de l'histoire d'un temps prestigieux.

 

- Je suis né d'une famille pauvre et j'occupe le premier trône du monde. J'ai fait la loi à l'Europe. J'ai distribué des couronnes. J'ai donné des millions...

- Je suis tellement identifié avec nos prodiges, nos monuments, nos institutions, tous nos actes nationaux qu 'on ne saurait plus m'en séparer sans faire injure à la France.

 

Pour ce qui est d'Uranus du Taureau qui se couche, se fait entendre en lui l'appel d'une transcendance où puisse s'affirmer un totalitarisme de la passion passant par l'individualisme pour le dépasser.

 

- L'homme supérieur n 'est sur le chemin de personne.

- Je ne veux naître de personne... (refusant le titre de roi).

 

En une conscience tendue, son esprit "concentrationniste" se ramasse tout entier sur le point où il vit ; démarche quasi paranoïaque ou obsessionnelle de l'inventeur qui oublie tout, femme, enfants, situation sociale, pour ne penser qu'à son invention et qui y pense constamment et exclusivement, comme Kepler aux orbites planétaires. D'où, d'autant plus, son évidence, sa persuasion, sa percussion. Également cette haute tension d'un homme incandescent, conduit à la frénésie, voué au vertige de la démesure, au rythme d'une vie exténuante qui le condamne à une usure rapide, tel un météore flamboyant éphémère.

 

Naturellement, tout cela en fait un suractif infatigable qui remplit des journées d'occupation de dix-huit heures, épuisant tous ses collaborateurs.

 

- Le travail est mon élément, je suis né et construit pour le travail. J'ai connu les limites de mes jambes, j'ai connu les limites de mes yeux ; je n 'ai jamais pu connaître celles de mon travail. (...) Je travaille beaucoup, en dînant, au théâtre ; la nuit je me réveille pour travailler... (...) C'est la volonté, le caractère, l'application et l'audace qui m'ont fait ce que je suis.

 

Sans oublier, bien entendu, que cette motricité d'athlète est coiffée par un immense esprit, à la dimension d'un démiurge politique. A ce couronnement entre en scène l'agent unificateur de notre triplice de géants ; Mercure du Lion au chapiteau du thème. Nous reviendrons sur les facultés intellectuelles de l'homme.

 

En attendant, c'est à cette donnée mercurienne majeure que se rapporte la mobilité de l'être, car son personnage a considérablement varié sur le parcours de son existence pourtant courte. On est même étonné de la métamorphose qui s'opère en lui au cours de sa trajectoire de vie, sa mutation répondant au déplacement du centre de gravité d'un pôle à l'autre de sa triade. Certes, son évolution eut pu suivre le rythme diurne du lever, de la culmination et du coucher en faisant passer Jupiter avant le Soleil, mais ici prévaut l'ordre chronocratorique archétypique qui assimile le Soleil à l'accès à la majorité du jeune homme, apollinien en verticale tenue d'esthète idéaliste, et Jupiter à l'homme mûr, maturité avantageuse et épanouie, en horizontal étalement réaliste.

 

"Le roi est un soleil" : ainsi parle le cardinal de Bérulle à propos de Louis XIV, et François Bluche comptabilise dix-sept médailles le rattachant à Apollon, dont celle bien connue des astrologues, que fit frapper Morin de Villefranche à sa naissance, en y reproduisant son thème ; médaille toujours disponible à la Monnaie de Paris. Mais le roi-soleil avait des devanciers : l'astre diurne était un des emblèmes de Charles VII, et Charles VIII est explicitement assimilé à Phébus dans un manuscrit ayant appartenu à Louis XII. Et bien avant, on avait déjà assisté à l'éclosion d'une théologie solaire des empereurs romains.

 

En entrant dans la symbolique astrologique du Soleil, cet astre se présente comme une surdétermination des valeurs fondamentales de Dieu, du père et du roi ; chaîne analogique où se condensent également l'État, la chevalerie, les héros, les honneurs, l'or, toute perfection à l'image de son idéogramme, cercle entouré de son point central, évocateur de la couronne royale. Dans l'inconscient collectif, un lien existe entre ces entités : Dieu le père, le Christ-roi, le roi père des peuples, l'autorité étant le dénominateur commun de cette triade. L'Egypte a son pharaon-soleil et dans l'empire des Incas, le souverain s'appelle "Fils du soleil". C'est d'ailleurs le Soleil qui, astrologiquement, confère son charisme au souverain, équivalent psychique de son blason ou de ses armoiries.

 

Comment, avec son Soleil du Lion culminant, notre souverain n'aurait-il pas eu droit à sa hiérophanie ?

 

C'est un lion - pur attribut solaire - qui est l'emblème du Consulat, Bonaparte s'étant rallié à "un lion étendu sur la carte de France, la patte prête à dépasser le Rhin...", et lui-même s'assimile au félin :

 

- Soldats, le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnements par l'armée russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion...

 

- Je suppose que vous n'êtes pas de ceux qui pensent que le Lion est mort (à Murât en 1814).

 

           

 

- Vous vous êtes battus comme des lions... (aux adieux de Fontainebleau à sa Garde).

 

On peut même évoquer les pieds "à griffes de lion" de fauteuils et meubles de style Empire.

 

- Je suis tantôt renard, tantôt lion. Tout le secret du gouvernement consiste à savoir quand il faut être l'un ou l'autre (au Conseil d'Etat, mars 1806).

 

Le premier "entre en malice" tandis que le second se montre au grand jour, et quant au premier, l'évocation de dard enveloppé de soie fait naturellement penser au Scorpion, auquel s'assimile l'aigle placé au sommet de la hampe des drapeaux, les ailes légèrement éployées, la tête tournée vers la droite, la serre gauche tenant un fuseau de Jupiter sans éclairs.

 

C'est d'ailleurs en parfait solarien, au masque romain, que se découpe la silhouette du jeune Bonaparte. Plusieurs de ses bustes (Corbet, Iselin, Houdon, Canova) ont fière allure avec un regard droit comme une épée, pur comme l'or, et un profil d'airain. Et très apollinien est le portrait d'Edouard Détaille (Musée de l'armée), celui de Philippoteaux (Musée de Versailles) ou de Gérard (Musée de Chantilly). Quand ce n'est pas un fiévreux portrait au regard fauve et au profil d'aigle (Boilly, Gros, David). En tout cas, ce dont rêve le soldat lui-même, c'est de l'apollinien, héros romantique auréolé de légende, à l'image aussi bien du Bonaparte au pont d'Arcole de Gros, à l'allure cambrée, cheveux au vent, franchissant l'obstacle sabre dans une main et drapeau dans l'autre, que du Bonaparte franchissant les Alpes de David, frémissant sur son fougueux cheval tout cabré, port de tête dominateur, traçant d'un bras tendu vers le sommet un en-avant irrésistible.

Bonaparte se drape si bien dans son Olympe, dressé superbement sur son char de triomphe, que l'identification s'approche de la perfection : c'est même un feu d'artifice ! Dans ses souvenirs de jeunesse. Marmont l'assimile carrément à l'astre : "il était le soleil levant...". Plus tard, les Polonais de Cracovie le verront encore tel : "Ô Seigneur !... nous vous voyons semblable au soleil qui brille au firmament..." Et il n'est pas étonnant que sa victoire suprême se soit confondue avec le soleil d'Austerlitz.

 

- Les grands hommes sont des météores destinés à brûler la terre.

 

II n'est pas de type de Feu plus flamboyant et d'une flamme aussi pure.

 

En avril 1807, du château de Finckenstein en Prusse où il est, il écrit à Talleyrand :

- C'est un très beau château où j'ai beaucoup de cheminées, ce qui m'est fort agréable, me levant la nuit J'aime à voir le feu.

 

Même au figuré. A Montholon, admirant rétrospectivement Murât à la charge et ses autres maréchaux à l'oeuvre, il déclare :

- Ils étaient bien beaux au feu !

 

Et, par-dessus tout, n'est-ce pas un énorme embrasement que le grand fracas de l'épopée napoléonienne ?

 

Mais le feu sacré de la légion épique des maréchaux de l'Empire va s'éteindre.

 

En Napoléon, le solarien cède progressivement la place au jupitérien, et si l'empereur fait toujours claquer dans l'air les oriflammes de l'aigle impérial, sa puissance finit par s'amollir. A la naissance de son fils, le roi de Rome, on est fort loin du Bonaparte longiligne et fuselé de Marengo ! Héros domptant le destin avant d'être vaincu par lui, l'homme s'est empâté, le dieu lumineux est devenu déjà une masse bedonnante. C'est le Napoléon à l'épaisse silhouette, alourdi sur sa monture, vu par Meissonier en 1813 (Musée de la Légion d'Honneur), et plus encore celui de Paul Delaroche de 1814 (Musée de l'armée), obèse accablé, comme effondré sur sa chaise, à l'heure de l'abdication.

 

Arrive en dernière séquence l'astre qui se couche, sans trace morphologique. C'est l'uranien qui se présente dans une transfiguration au-delà du jupitérien détrôné, en lui tournant le dos (opposition). L'aigle abattu, voici Prométhée enchaîné sur son rocher, se découvrant une puissance nouvelle, brandissant même un pouvoir transcendant. Le temps oublieux ayant effacé les mauvais souvenirs de la tourmente de l'empire, les peuples, re soumis à l'absolutisme de rois passéistes, décantent son image pour ne retenir de l'empereur que la noble figure du "fils de la Révolution". D'une Révolution française elle-même purgée des saturnales de l'échafaud, épurée à son idéal libérateur. C'est l'esprit moderne civilisateur qu'avait véhiculé dans son souffle tricolore la Grande Armée en marche sur le continent ; du moins, tant qu'elle ne heurtera pas le nationalisme des peuples. Aux Cent Jours, l'empereur arbore les trois couleurs, se veut souverain constitutionnel et tient parole. Finalement, nouvelle figure de progrès et chargé de promesses d'avenir, le captif est redevenu pour la légende des chaumières un soldat de la liberté, l'évangile de Sainte-Hélène annonçant la venue de l'émancipation des nations qui va ébranler les trônes.


 

 

 

Merveille de la représentation astrologique qu'est l'opposition faisant cohabiter en l'être deux individualités contraires, il n'est pas déplaisant de voir comment Michelet se représente l'antinomie de ce Janus Jupiter-Uranus : "Par une maladresse insigne, on le logea à Sainte-Hélène, de manière que, de ses tréteaux si haut placés, le fourbe pût faire un Caucase." Laboratoire de légendes, fabrique de faux...

 

Unité au-delà de la discontinuité dans une ultime métamorphose, Napoléon savait qu'il allait devenir prophète annonciateur de temps nouveaux :

-          Nouveau Prométhée, je suis cloué à un roc où un vautour me ronge. Oui, j'avais dérobé le feu du ciel pour en doter la France, le feu est remonté à sa source et me voilà !

-         

Phénix revenu de son feu uranien, le proscrit, débarrassé de son trône jupitérien non désavoué, fait oublier le César en confisquant à son profit l'esprit démocratique du Napoléon du peuple.

 

Revenons à ce Mercure du Lion culminant au point nonagésime

- Mon grand talent, c'est de voir clair. C'est la perpendiculaire, plus courte que l'oblique (à Gourgaud à Sainte-Hélène).

 

Un Mercure épaulé à Saturne, lui-même en sortie de culmination. Dès l'école de Brienne, le jeune Bonaparte s'intéresse aux mathématiques et à l'École militaire de Paris, il se fait remarquer par son goût des sciences. Il est allé jusqu'à dire à Laplace qu'il s'affligeait - on ne peut être partout - de ce que la force des circonstances l'eut dirigé vers une autre carrière le tenant éloigné des sciences.

 

Mais cette intelligence qui est reine en sa personne, surtout réaliste, est vaste et puissante, d'une large vision synthétique en même temps que très appliquée concrètement. Très tôt, son esprit s'est abreuvé de lectures mémorisées, embrassant tous les domaines, au point de devenir éblouissant de connaissances, avec des idées nettes, fortes, profondes, répondant à son souci d'ordre qu'il met en toutes choses.

 

Ne nous étonnons pas de voir - il n'a que vingt-huit ans – ce tout frais général de 1796 en Italie, qui, non content d'avoir vaincu, négocie avec l'ennemi par-dessus les autorités parisiennes, s'installe en prince à Milan au palais Serbelloni, reçoit les ambassadeurs et crée les rouages de l'État nouveau en déjà véritable homme d'État. Représentons-nous-le aussi, trois ans plus tard, assisté de Cambacères, de Daunou... (il sait à cette époque là choisir ses collaborateurs et les écouter), dictant le texte de la Constitution du 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799), rédaction des projets de loi et des règlements d'administration publique. Laquelle institue, en son article 52, le Conseil d'État, suprême instance juridique qui constitue aujourd'hui le système administratif d'une trentaine de pays. Son activité s'appliquant à tout, et souvent dans le même temps, les idées ne lui manquent pas, au vol, comme, par exemple, en voyageant dans sa berline, simplement, de décider de faire planter des platanes le long des routes pour éviter l'éblouissement des chevaux par le soleil...

 

Cet homme d'action tout tourné vers l'efficacité de ses efforts, n'en a pas moins une grande vie de l'esprit. En témoigne, avant tout, sa fringale de lecture. Cette passion du livre a commencé très tôt avec les ouvrages de son père. Sous-lieutenant en garnison à Valence, il dévore la bibliothèque d'un libraire, prenant notes de ses lectures. Devenu général, il constitue à Paris sa première bibliothèque. Quand il part pour l'Italie, il a soin de se faire accompagner de livres, et plus encore pour son expédition d'Egypte. A son retour, sa bibliothèque de la Malmaison rassemble six mille volumes. Il intervient pour la bibliothèque du Conseil d'État, et c'est sur son ordre que sont constituées des bibliothèques aux Tuileries, à Saint-Cloud, à Trianon, à Fontainebleau, à Compiègne, à Rambouillet. Ses lectures de choix sont naturellement l'histoire, mais aussi la géographie, le droit, la religion, sans pour autant négliger le théâtre, la poésie et même le roman dont il fait une consommation surprenante. En campagne, il se fait emporter des centaines d'ouvrages qu'il lit dans sa berline. A Schônbrunn même, ne trouvant pas lecture à son goût, il prescrit la constitution d'une bibliothèque de trois mille livres (comme s'il devait y être souvent), projet qui n'eut pas de suite. A son départ pour l'île d'Elbe, il ne manque pas de s'équiper en puisant dans la bibliothèque de Fontainebleau, et après Waterloo, son bibliothécaire particulier sera chargé de lui composer une bibliothèque d'au moins dix mille volumes, projet contrarié par l'hostilité du stupide Blûcher.

 

Toujours Mercure satumisé à l'honneur, jamais, au surplus, nous n'aurons vu un chef d'Etat aussi près des grands esprits de son temps. Pour être en compagnie des savants, il se fait admettre à l'Institut, à la section Arts mécaniques des Sciences physiques et mathématiques, assistant aussi souvent que possible aux séances. Déjà, à sa campagne d'Egypte, il s'était fait accompagner d'une pléiade de savants et d'artistes, ce qui permit notamment à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes. Il assiste à la séance de l'Institut du 7 novembre 1801 pour écouter le Milanais Volta sur l'électricité et lui décerne une médaille d'or pour sa pile, décidant de créer un prix dans le but as fixer l'attention des physiciens sur cette partie de la physique qui est à mon sens le chemin des grandes découvertes ! Il s'adresse sans exclusive à tous les savants d'Europe et couronnera des chercheurs de Berlin, de Londres, de Paris. Berthollet, Corvisart, Cuvier, Daubenton, Fourcroy, Jussieu, Lacepède, Lagrange, Laplace, Monge, Montgolfier, Volney... sont récompensés et même couverts d'honneurs pour leurs entretiens dont certains lui sont familiers.

 

- C'est moi qui ai créé l'industrie en France.

 

Ayant compris les formidables potentialités du machinisme naissant, il contribue à son développement, créant les écoles des Arts et Métiers derrière l'École Polytechnique et l'École Normale Supérieure venues de la Révolution française, et étendant les prix aux inventeurs de machines et fondateurs d'établissements visités par lui. Il a inauguré l'ère de la science contemporaine.

 

Dans un tout autre registre de l'activité de l'esprit se présente son œuvre personnelle, qui est un certain monument en lui-même : le Code civil qui porte son nom. Ouvrage collectif, certes, avec ses 2 281 articles, mais, ayant participé à 57 des 102 séances de sa rédaction, Bonaparte en plus de l'instigateur en a été le principal auteur, mercurien du Lion organisateur et administrateur. Puis encore, voici le mercurien de la communication

- Du haut de ces pyramides...

 

Par ses bulletins et ses proclamations, chefs-d'œuvre de l'art oratoire (Mercure-Lion), et mettant à profit la presse et l'image, Napoléon s'est forgé sa légende de son vivant, que viendront compléter les gravures, les figures et les mots apocryphes. Il a su parler à l'imagination des peuples, et le Mémorial de Sainte-Hélène achèvera le culte napoléonien.

 

Enfin, par sa présence en IX et en opposition de la Lune, sur le fond de quatre occupations de l'axe voyageur III-IX, ce même Mercure présente une autre face du personnage : l'itinérant. L'homme est constamment sur les routes, sillonnant provinces et pays, devenant même un des grands voyageurs de son temps. Sa berline avait fini par devenir un véritable bureau ambulant, aménagé de tiroirs et de compartiments, où il traitait toutes sortes de dossiers et d'où il réglait à distance les affaires de l'État.

 

En fin de compte, ce qui est le plus difficilement niable, pour ne pas dire le plus évident, c'est l'envergure exceptionnelle du personnage, et il ne fait aucun doute que cette démesure, face à ses adversaires, est ce qui lui a été le moins pardonné. D'autant que cette grandeur avait sa contrepartie négative et devait finir sur l'un des plus grands désastres de notre histoire nationale, dont l'ampleur même a en définitive servi sa légende

-          La fortune m'a ébloui (à Decrès).

 

 

LE DEMON INTERIEUR

 

Pour tant de hauteur déchue jusqu'au fond de l'abîme, il fallait bien qu'il y eut en Napoléon quelque chose de terriblement dangereux.

 

Cette quadruplice angulaire concentrée sur les deux plans de l'horizon et du méridien, outre la Lune en Capricorne étudiée plus loin, tant et tant d'indices poussant dans le même sens jusqu'au colossal, cela ne risquait-il pas de conduire à l'excès d'une hypertrophie, jusqu'à ce que l'ambition devienne fatale ?

 

Mieux ou pire, l'axe horizontal est tenu par la configuration la plus expansionniste qui soit : l'opposition Jupiter-Uranus ; à la fois ultime distance angulaire tendant la relation astrale au maximum, et concours des deux planètes les plus expansives. Que cette configuration soit explosive, il suffit, pour s'en rendre compte, de signaler qu'elle se trouve au méridien chez Nicolas Sadi Camot, père de la thermodynamique moderne (avec sa machine à feu, le concept d'énergie prend naissance en science expérimentale) et chez Albert Einstein, amené malgré lui à la création de la première bombe atomique.

 

Napoléon vit la sienne en horizontale comme une fusée intérieure qui le propulse aux confins de lui-même. L'homme est mû par une irrésistible poussée de dilatation d'être, et l'on peut croire que ce besoin de toujours plus l'a conduit à ne plus savoir où il allait, parce qu'il est allé toujours plus loin, et finalement trop loin, la tyrannie de son impérialisme interne se retournant contre lui.

 

Ce n'est rien moins que Charlemagne sa référence, car ce qui l'habite, c'est le rêve européen :

- Charlemagne, mon auguste prédécesseur.

- Mon fils doit être l'homme des idées nouvelles et de la cause que j'ai fait triompher partout... réunir l'Europe dans les liens fédératifs indissolubles. Ma destinée n'est pas accomplie ; je veux achever ce qui n 'est qu 'ébauché ; il me faut un code européen, une cour de cassation européenne, une même monnaie, les mêmes poids et mesures, les même lois ; il faut que je fasse de tous les peuples de l'Europe un même peuple et de Paris la capitale du Monde.

 

En cette année 1810 où il parle, après tout, la Suède ne lui demande-t-elle pas pour roi un de ses lieutenants, Bemadotte ? En réalité, il s'agit là, ni plus ni moins, d'un rêve d'empereur d'Occident ! Avant même que notre continent se soit constitué en nationalités tournant le dos à cette aspiration unitaire, seulement réalisable en partie et laborieusement de nos jours... On mesure l'énormité de ce rêve utopique ! Bref, il voyait trop grand pour son temps, beaucoup trop grand même et sur un lointain encore à venir.

 

Ce qu'il vivait, en tout cas, c'est le sentiment de l'immensité de sa grandeur ; il était "fils du soleil", habité pleinement par son irrépressible puissance d'expansion. Jugeons de la totalité et de la perfection de son identification au pouvoir, sa "maîtresse" :

- Moi, je n'ai point d'ambition ou, si j'en ai, elle m'est si naturelle, et m'est tellement innée, elle est si bien attachée à mon existence qu 'elle est comme le sang qui coule dans mes veines, comme l'air que je respire... (à Roederer, 1804).

 

Il ne s'en plaint pas et même s'en flatte :

- Enfin, serait-ce mon ambition ? ah ! sans doute, on m'en trouvera, et beaucoup ; mais de la plus grande et de la plus haute qui fût peut-être jamais.

 

Il n'en est que plus conscient que le pouvoir dont il est détenteur est une force qui lui est en quelque sorte seulement déléguée, quelque chose comme un prêt, rien de plus :

- Une puissance supérieure me pousse à un but que j'ignore ; tant qu'il ne sera pas atteint, je serai invulnérable ; dès que je ne serai plus nécessaire, une mouche suffira pour me renverser.

 

Si bien que le pressentiment n'est pas loin :

- Du triomphe à la chute, il n'y a qu 'un pas. J'ai vu dans les plus grandes circonstances qu 'un rien à toujours décidé des plus grands événements.

 

Wellington et Blùcher ne se seraient pas rejoints si la bataille de Waterloo avait eu lieu vingt-quatre heures plus tôt...

 

Cet homme qui mène le monde sait que, missionné, il ne le sera pas toujours. En attendant, rien ne peut arrêter sa course, proprement vertigineuse, comme s'il était le champion d'une cause qui l'entraîne à repousser toujours plus loin les frontières de son influence, à dompter l'histoire jusqu'à l'épuisement de l'empire dont il est l'incarnation. Ainsi, dans une désastreuse inflation de son personnage, en arrive-t-il à excéder les bornes de sa force et de son succès, où trop n'est jamais trop.

- Les grands pouvoirs meurent d'indigestion...

 

Un carré Soleil-Jupiter angulaire (angularité faisant tolérer la largeur de l'orbe) sous tension uranienne, on ne saurait mieux rendre compte de la démesure, de l'exorbitant de ce "trop loin". L'empire est devenu monstrueusement colossal, allant de l'Espagne au Niémen, dilatant à l'excès une présence française extrême, trop vaste et trop écrasante pour ne pas engendrer les réactions hostiles des autres États. C'était lui le plus fort et le reproche lui est fait d'en avoir abusé. Mais avant d'en arriver là, la responsabilité de la situation provoquant ce débordement est- elle à mettre entièrement sur le compte de l'empereur ? Car, la légende noire du Corse conquérant assoiffé de sang est pour le moins trop facile, astrologiquement parlant.

 

De même que les grands militaires ont surtout Mars saillant aux angles du ciel, la même position se donne rendez-vous chez les souverains et les hommes d'État lorsqu'ils se font la guerre.

 

Or, c'est un tel alignement marsien général qui s'observe à l'occasion de cette longue guerre de la Révolution française et de l'Empire, les personnages impliqués y portant cette signature comme s'ils étaient à la parade d'une cérémonie militaire.

 

C'est le Français Louis XVI, si débonnaire pourtant, qui ouvre le bal le 20 avril 1792 en déclarant la guerre à l'Autriche, dans le secret espoir de briser la révolution en cours : Mars à l'Ascendant. En face, François II, neveu de Marie-Antoinette et père de Marie-Louise, qui répète les déclarations de guerre à trois reprises et deviendra un inflexible bastion réactionnaire de la future Sainte-Alliance : Mars à l'Ascendant. C'est le tour de la Prusse avec Frédéric-Guillaume III : Mars au Milieu du ciel, et de son épouse, la belliciste reine Louise : Mars à l'Ascendant ; agresseurs, la foudre militaire s'abattant sur leur tête. Puis voici la Russie avec, d'abord, Paul Ier, basculant d'un camp à l'autre de la confrontation : Mars au Milieu du ciel ; et ensuite Alexandre Ier, meneur continental de la coalition européenne avant de devenir l'inspirateur de la politique de la Sainte-Alliance : Mars à l'Ascendant. Enfin, reste l'Angleterre, foyer permanent du combat, avec Georges III, commençant sa maladie cyclique où il voit dans les arbres de son parc le roi de Prusse : Mars-Bélier au Milieu du ciel. Le tableau marsien est donc complet pour les souverains, à défaut de pouvoir contrôler leurs Premiers ministres dont (à l'exception de Mettemich qui a Mars culminant) les heures natales sont ignorées. Nous avons là une condensation de tendance guerrière difficile à nier, qui les responsabilise, cette auguste compagnie dégageant une forte odeur de poudre à canon.

 

Or, le problème se pose avant que l'Europe en ait eu assez de la domination napoléonienne. Napoléon est le premier à savoir que seule la paix peut asseoir son règne et cela suffit pour qu'il la désire vraiment. Vainqueur à la guerre, qu'il s'efforce de faire convenablement, il se veut magnanime avec l'adversaire qu'il ménage pour se le concilier. Le 25 mars 1802 (conjonction Soleil-Vénus) la paix d'Amiens est signée entre l'Angleterre et la France. Après un demi-siècle de guerres colonialistes, ces deux pays voisins, aussi ambitieux et impérialistes l'un que l'autre, ne peuvent-ils pas trouver une solution diplomatique à leur rivalité ? On débat sur le sort de Malte... Aux Communes, Fox s'indigne de la mauvaise volonté des autorités de son pays : "Pourquoi faire à l'ennemi qui nous offre la paix une réponse évasive, indigne d'un gouvernement qui doit avoir le sentiment de sa force ou de son honneur ?" Mais, incarnation du patriotisme anglais, Pitt tient tête à l'esprit diplomatique. C'est en vain que Napoléon envoie à George III une longue lettre, le 2 janvier 1805, conjurant sa Majesté de ne pas se refuser au bonheur de donner elle-même la paix au monde :

- Votre Majesté a plus gagné, depuis dix ans, en territoires et en richesses que l'Europe n 'a d'étendue : sa nation est au plus haut point de prospérité : que peut-elle espérer de la guerre ?

 

La corde de la négociation s'est cassée : allez savoir qui a tiré le plus fort ?... Ce sont en tout cas les Anglais qui prennent l'initiative de la rupture. L'hostilité à la France est évidente, qui va se poursuivre, alimentée d'un bout à l'autre par "l'or de Pitt" (Napoléon). La paix, l'empereur, qui n'est pas encore encombrant, ne cesse de la réclamer. Il se bat pour l'obtenir et quand on la rompt, il frappe un grand coup, croyant toujours que ce sera le dernier. Ainsi, par vaine poursuite d'une paix qui lui échappe, une campagne succède à l'autre, jusqu'à l'enlisement de la Grande Armée au plus profond des plaines enneigées de Russie.

 

Pitt meurt au lendemain d'Austerlitz, et Fox qui lui succède, avec qui l'entente eut été possible, disparaît à son tour. L'équipe Castlereagh-Canning qui le remplace mènera la lutte jusqu'au bout, bureaucratiquement, "subissant les déconvenues avec flegme, répétant sans lassitude les mêmes procédés, ceux d'une grande maison de commerce d'autant plus résolue à abattre le rival qu'elle a engagé dans la lutte plus de capitaux et dont il serait fou d'attendre un mouvement de sensibilité, aussi fou que de l'espérer d'un syndicat ou d'un trust". (...) "A la fin, l'impassibilité du cabinet de Londres a quelque chose de fascinant. Le roi est fou, le régent sans autorité. Le gouvernement composé d'hommes sans prestige, n'est qu'un conseil d'administration. C'est une machine à calculer, et, parce qu'elle est insensible, d'autant plus opiniâtre. Rien ne lui fait." (Jacques Bainville).

 

C'est l'Autriche qui attaque à la troisième coalition en 1805, défaite en quatorze jours à Ulm. A la veille d'Austerlitz, Napoléon écrit à Talleyrand :

- Il y aura probablement demain une bataille fort sérieuse avec les Russes ; j'ai beaucoup fait pour l'éviter, car c'est du sang répandu inutilement.

 

C'est la Prusse qui se lance ensuite (quatrième coalition) dans la guerre en 1806. Quand Napoléon quitte Paris pour la campagne, il déclare à ses ministres :

- Je suis innocent de cette guerre ; je ne l'ai provoquée en rien, elle n'est point entrée dans mes calculs ; que je sois battu si elle est mon fait.

 

Puis il s'adresse au roi de Prusse :

- Le succès de mes armes n 'est point incertain ; vos troupes seront battues mais il en coûtera le sang de mes enfants ; s'il pouvait être épargné par quelque arrangement compatible avec l'honneur de ma couronne, il n'y a rien que je ne fisse pour épargner un sang si précieux.

 

A la bataille d'EyIau le 8 février 1807, devant la plaine jonchée de milliers de cadavres, il s'exprime, écœuré :

- Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre.

 

Au lendemain de cette tuerie, la médiation autrichienne qu'il fait adresser en commun à la Russie est repoussée par le tsar, aussitôt remis en place à Friediand.

 

En 1809, les Autrichiens remettent cela (cinquième coalition) et Napoléon refait une guerre imposée, après avoir tout fait pour l'éviter ; et une fois de plus après Wagram, la paix de Vienne est vaine. Puis ils re-déclareront la guerre en 1813.

 

A Joséphine qui l'interpelle : "Tu ne cesseras donc pas de faire la guerre ?", il répond :

- Est-ce que tu crois que ça m'amuse ? Va, je sais faire autre chose que la guerre, mais je me dois à la nécessité et ce n'est pas moi qui dispose des événements : j'y obéis.

 

 

Il finira par lâcher cette pensée désabusée :

- Ils se sont tous donnés rendez-vous sur ma tombe.

 

Ce n'est pourtant pas faute d'efforts généreux. Au lendemain de Friediand, c'est l'accolade que chaleureusement il donne à Alexandre Ier à Tilsit. Le tsar, qui avait craint le pire, exulte ; "Dieu nous a sauvés. Au lieu de sacrifices, nous sortons de la lutte avec une sorte de lustre", écrit-il à sa sœur Catherine. Une amitié s'esquisse, tandis que Canning repousse dédaigneusement l'offre de paix adressée conjointement par la France et la Russie.

 

L'intégration du Corse, empereur parvenu, dans la famille des rois par son mariage avec Marie-Louise, ne va rien changer et l'amitié du tsar, ténébreux ambivalent passant d'un "enchantement" à une obscure vengeance, tourne court, ne résistant pas à l'épreuve du blocus continental.

 

Aussi paradoxal que cela soit, c'est dans l'espoir de forcer l'amitié d'Alexandre Ier que l'empereur entreprend la campagne de Russie en 1812, libellée de ce message :

- Si la fortune devait encore favoriser mes armes. Votre Majesté me trouvera, comme à Tilsitt et à Erfurt, plein d'amitié et d'estime.

 

On ne pouvait être mieux pris à son propre piège...

 

Son ennemi intérieur a pris le dessus : despotisme impérial au service de ses intérêts dynastiques, fermeture aux conseils, surdité aux avertissements, erreurs d'appréciation par excès de confiance, extravagance d'un impérialisme sans frein...

 

- J'eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nations... (à Sainte-Hélène).

 

Sans doute, derrière tout cela, grisé par sa gloire et atteint de mégalomanie. Napoléon avait-il misé trop haut. Sa trempe d'empereur européen ne pouvait que se briser à ce continent qui, loin encore de se percevoir un avenir commun, commençait seulement à se constituer en mosaïques de nationalités, aspirations allant d'ailleurs ultérieurement jeter bas, à son tour, le despotisme terne et vieillot des médiocres souverains de la "Sainte Alliance".

 

Finalement, cet empereur éclaboussant de grandeur et aux sommets vertigineux sombre dans une chute, aussi épique et fracassante, qu'énorme avait été sa gloire. Son ciel natal eut-il pu nous en avertir ?

 

On peut d'abord ressentir une inquiétude à l'évocation de l'inconfort d'une situation tendue à l'extrême. En effet, sur la base de l'opposition Jupiter-Uranus à l'horizon se dressent perpendiculairement leurs dissonances par carrés au Milieu du ciel et au Soleil. L'image qui s'en dégage est vraiment celle d'un empereur éclaté, écartelé, soutenant son édifice démesuré à bouts de bras, comme Atlas portant le monde, s'épuisant jusqu'à son dernier souffle.

- L'étoile pâlissait ; je sentais les rênes m'échapper et je n 'y pouvais rien...

 

Mais si la fortune l'abandonne tout à fait, c'est qu'au-delà se présente la sortie de culmination de Saturne, éloigné du méridien d'une vingtaine de degrés ; un Saturne au surplus particulièrement dissonant. Position peut-être éminente pour un savant mais critique pour un souverain.

 

A 15° d'orbe du Milieu du ciel, ce Saturne apparaît quatre fois plus souvent que selon son passage ordinaire chez 47 souverains détrônés parmi 197 têtes couronnées. Rappelons-nous seulement quelques cas évocateurs. Pour la France, Charles X, Louis-Philippe et Napoléon III ; pour l'Autriche, Charles Ier ; pour la Bulgarie, Siméon II ; pour l'Italie Umberto II, et pour la Belgique, Léopold III.

 

Ce Saturne de la treizième heure de son parcours diurne, atteignant finalement Mars par son semi-carré, que renforce le sesquicarré de la Lune, a sans doute été la goutte d'eau..., disons plutôt, pour le respect de la symbolique des éléments, le grain de sable qui a enrayé le jeu du destin de l'empire.

 

On connaît la tragédie de l'effondrement final : un souverain délesté des puissances de l'histoire, homme en mauvaise santé, abandonné par un pays épuisé et surtout lâché par ceux qui l'entourent, en premier lieu ses maréchaux ; homme seul résigné à signer son abdication. "Qu'un mortel s'emploie à sa perte, les dieux viennent l'y aider." (Eschyle.)

-          Je crois que la nature m'avait calculé pour les grands revers.


 

LE VENTRE MOU

 

Si avec Napoléon l'apothéose est une finalité première inspirant le sublime, au point de susciter la divinisation, tant de lumière fait d'autant plus contraster l'ombre, le jaillissement d'une cime creusant à ses côtés le gouffre le plus profond.

 

On ne peut s'étonner que dans sa corbeille de configurations il recueille l'une de celles que la tradition astrologique estime parmi les plus négatives : une opposition de la Lune en "exil" en Capricorne en secteur III, à Saturne en "exil" en Cancer, en secteur IX ; une Lune sortant au surplus d'une conjonction de Pluton. Ce sur-solarien est en même temps sous-lunarisé, habité qu'il est par tout un paysage de désolation lunaire.

 

Saisissons d'abord cette Lune satumisée du Capricorne, que satumise de plus belle l'opposition de l'astre. Dans ce signe, le luminaire nocturne tend à se dépouiller de sa vie animale, instinctuelle, instinctive, affective, à se réduire dans sa subjectivité, à se dépersonnaliser, l'accent vital se déplaçant au profit d'une distanciation de sa personne, se sublimant dans l'ambition. C'est la position de Charlemagne (selon la date natale admise), de Charles Quint, de Monroë, de Bismarck, de Lénine, d'Hitler ; et de Charlotte Corday, de Manon Roland et de Thérèse Tallien, parmi les femmes proches de notre personnage.

 

A sa manière, Napoléon est un ascète. Il fuit le sommeil, la table et la femme (Lune). Il dort quatre heures par nuit et cela lui suffit. Ses repas sont expédiés en un quart d'heure ; il mange peu, plutôt des nourritures simples de paysan, de soldat, buvant peu de son chambertin coupé d'eau. Combien d'invités à sa table impériale n'ont pu avaler que la moitié de l'assiette de potage quand le maître se lève de table ? Il charge Cambacérès et Talleyrand de la mission gastronomique des grandes réceptions diplomatiques.

 

Quant à l'amour, sur lequel nous reviendrons, ses étreintes sont expéditives ; il se contente d'un plaisir bref et s'accommode aisément d'en être privé, ses amours d'antichambre comptant si peu pour lui. S'ajoute son insouciance vestimentaire, le style sobre et austère de la redingote grise et du bicorne. Au surplus, la simplicité commande sa vie. Absorbé par le travail, ses distractions sont rares et courtes et il ne s'amuse guère aux fêtes. Son essentiel délassement est la lecture : il lit beaucoup et vite. Il est regardant dans ses habitudes de vie et ses goûts privés, étant personnellement indifférent au luxe et au faste, lesquels ne doivent servir que l'éclat du trône et le prestige de la couronne. Le contraste est total entre la parcimonie de ses dépenses personnelles et sa générosité de grand seigneur, distribuant des fortunes à ses maréchaux, ses ministres, sa famille, répandant une corne d'abondance de cadeaux royaux...

 

Cette sorte d'ascétisme lui vient de l'enfance et a comme accompagnement, sinon comme fondement, une sensibilité gelée. Il déclare à Mole à propos de celle-ci :

- Dès ma première enfance, je me suis appliqué à rendre muette cette corde qui, chez moi, ne rend plus aucun son.

 

Cette insensibilité foncière est assurément un grand atout pour le politique au service de la froide raison d'État. Il dira à l'occasion de son divorce :

- La politique n 'a pas de cœur, elle n 'a que de la tête.

 

Dans les circonstances les plus dures, les plus tragiques de la guerre, alors que tout le monde autour de lui perd pied, il est le seul à rester calme, ce qui lui permet de redresser des situations extrêmes. Une manière radicale de s'abstraire. Il y a aussi ce cynisme qui lui fait dire devant les victimes allongées sur un champ de bataille :

- Bah ! une nuit de Paris réparera tout cela.

 

Monstruosité non dépourvue d'objectivité, puisque, malgré les victimes du combat, la population de la France passera de 27 millions d'habitants en 1801 à 29 en 1814. Il est vrai aussi que sa sensibilité n'est pas réductible à cette seule composante de personnalité. Avec sa Vénus du Cancer, il n'est pas qu'inhumain. Il aime individuellement ses soldats qui lui sont chers. Après chaque bataille, il parcourt lui-même le terrain pour s'assurer que tous les blessés ont été relevés ; s'il en aperçoit encore, il leur parle et les fait secourir. Il n'y aura pas pour lui de plus grandes douleurs que de perdre au combat, sous ses yeux, ses maréchaux qui lui sont les plus chers, comme Lannes en 1809.

 

Venons-en maintenant à l'opposition Lune-Satume qui dévoile la composante infantile du personnage, par où s'installe en l'être faiblesse, infériorité, vulnérabilité, bref son "ventre mou".

 

Dans sa Psychopathologie de l'échec, se référant aux meilleurs historiens, le psychanalyste René Laforgue est remonté à la source : "II est probable que Napoléon a été un enfant prématuré et exposé à de nombreux traumatismes (...). La mère n'a pas pu nourrir l'enfant. Nous ne connaissons pas les petits drames auxquels a pu donner lieu cette constatation, étant donné surtout que l'enfant prématuré déjà difficile à nourrir a besoin de beaucoup de soins. On renonce, par économie, au baptême, car tout le monde croit le nouveau-né perdu. On se contente de l'ondoyer. Je crois que cela nous donne bien la note des circonstances et de l'ambiance dans lesquelles l'enfant est arrivé au monde. On lui trouve une nourrice, mais celle-ci ne triomphe pas aisément des troubles de la digestion qui ont fait leur apparition chez l'enfant. Dans quelles conditions se développe-t-il ? Personne ne le sait exactement. Il grandit mais reste 'souffreteux, fluet, irascible'. La nourrice le protège contre les sévérités de sa mère et de sa grand-mère. Ces dernières auraient-elles été incompréhensives à son égard ? Toute sa vie, Napoléon a témoigné une grande reconnaissance à sa bonne nourrice. Est-ce auprès d'elle qu'il a appris à être heureux dans un milieu simple ? Est-ce contre sa mère, autoritaire et rigide, que se développe cette sourde rancune qui se traduit par ses revendications, son hostilité pour les femmes ?"

 

Si sa mère ne l'alimente pas, il faut se la représenter discutablement mariée à quatorze ans, accablée sous le poids d'incessantes grossesses (treize en dix-neuf ans), enceinte de lui dans la pire période d'une révolte corse où elle participe au combat, couchant dans le maquis, jusqu'à l'épuisement et la maladie ; avec, au surplus, ultérieurement, la main leste et dure, Napoléon gardant un souvenir cuisant de ses corrections...

 

Les troubles nutritifs, de type sevrage, sont la source d'une profonde frustration et du même coup d'une énorme avidité, laquelle - ici prend place la conjonction de Saturne à Mercure - se déplace sur le terrain de l'esprit, se traduisant en particulier par la boulimie de lecture, la fringale de connaissance du personnage. Ce qui peut aussi rejoindre le jusqu'au boutisme de la dangereuse opposition Jupiter-Uranus : l'homme n'en avait jamais assez...

 

Mais cette dissonance se manifeste plus particulièrement en privé, dans le domaine affectif de la vie familiale et de la vie amoureuse

 

Voyons d'abord l'homme en famille.

Venu derrière Joseph, l'aîné né un an et demi plus tôt, c'est lui pourtant qui, tout petit déjà, fait la loi dans la fratrie. "On ne discutait pas avec lui", grognera plus tard Lucien, le troisième fils. Quand Charles Bonaparte, leur père, meurt, le 20 février 1785 (Pluton à 11° du Verseau transite le Fond du ciel et une opposition Lune-Saturne se superpose à la natale, en sens inverse), la madré, Letizia, veuve désargentée, se retrouve à trente-cinq ans avec huit enfants sur les bras. C'est aussitôt sur les épaules du jeune officier de quinze ans, érigé en chef de famille, que va reposer toute la charge matérielle du clan. Il doit donc non sans se priver sévèrement commencer par secourir sa famille dans la misère (conjonction Satume-Pluton à 14° du Verseau en mars 1786).

 

En sera-t-il récompensé ? "Il eut été beaucoup plus heureux pour Bonaparte de n'avoir point de famille" raille Stendhal. Napoléon lui-même jette un "regard triste et profond" sur les misères de sa famille :

-Tous mes soucis de famille ont gâté mes jeunes années et m'ont rendu grave avant l'âge.

 

De là, d'ailleurs, un jeune homme morose, enclin à l'état dépressif.

 

Le marquis de Bonneval est témoin d'une scène où l'empereur s'est emporté devant ses frères et sœurs :

- Je ne crois pas qu 'il existe au monde un homme plus malheureux que moi en famille. Au reste, récapitulons : Lucien est un ingrat, Joseph un Sardanapale, Louis un cul-de-jatte, Jérôme un polisson. Quant à vous, mesdames, vous savez ce que vous êtes !

 

Il reviendra à diverses reprises sur ce sujet, notamment avec Las Cases le 24 septembre 1816 :

- // est sûr que j'ai été peu secondé des miens et qu'ils ont fait bien du mal à moi et à la grande cause. On a souvent vanté la force de mon caractère ; je n 'ai été qu 'une poule mouillée, surtout pour les miens ; et ils le savaient bien : la première bourrade passée, leur persévérance, leur obstination l'emportaient toujours ; et, de guerre lasse, ils ont fait de moi ce qu 'ils ont voulu. J'ai fait là de grandes fautes...

 

Ce souverain dominateur qui faisait trembler tout le monde n'était en face d'eux qu'une chiffe molle (Lune en III). Certes, le soli-jovi-uranien n'a pas désarmé, mais ici, son comportement est dégradé, le despote étant plus tyrannique que jamais, disposant d'eux sans leur avis, les manipulant comme des pions sur l'échiquier de ses ambitions, mariant, couronnant, destituant à sa guise. Avec quelle désinvolture il couronne Murat, son beau-frère ! :

- Je destine le roi de Naples à régner à Madrid. Je veux vous donner le royaume de Naples ou celui du Portugal. Répondez-moi sur-le-champ ce que vous en pensez, car il faut que cela soit fait dans un jour.

 

Cadeau royal, sans doute, mais comme jeté à la figure. Avec un tel comportement, il ne peut donc qu'être encore plus faible. Réclamations, jérémiades, revendications ne vont pas cesser de pleuvoir sur lui, auxquelles il cède toujours en fin de compte. Mais, bien qu'il n'ait pas cessé de leur prodiguer abondance de biens et d'honneurs, cette turbulente famille l'abreuve d'amertume.

 

La coupe sera pleine. L'incurable incompétence du prétentieux Joseph. L'abdication hollandaise de Louis, divorcé d'Hortense de Beauhamais, finissant par écrire trois pesants volumes contre son frère. La fuite de Lucien en Amérique, un moment chez les Anglais. Après mille galipettes, le pitoyable lâchage in extremis de Jérôme. La répugnance à l'obéissance d'Elisa, sur son trône de Florence. Et surtout, la trahison finale de Caroline, à l'ambition effrénée (elle a, comme son frère le grand, une opposition Jupiter-Uranus à l'horizon), passée à l'ennemi pour tenter de sauver sa couronne de Naples. Seules de tous, sa mère et Pauline lui rendront visite à l'île d'Elbe...

 

Napoléon n'est pas un homme de rancune ; lorsqu'il rédigera son testament, il leur accordera un pardon généreux :

- Je remercie ma bonne et très excellente mère, le cardinal, mes frères Joseph, Lucien, Jérôme, Pauline, Caroline, Hortense, Catherine, Eugène, de l'intérêt qu'ils m'ont conservé.

 

Nous pouvons maintenant aborder la sphère lunaire de la relation de Napoléon avec la femme. Une relation très saturnisée.

 

Cela a commencé, on l'a vu, avec le quasi-abandon de la mère. De ce rapport initial négatif, Laforgue dégage un syndrome d'échec prenant la forme spéciale d'une impuissance à s'attacher à la femme et d'une fuite devant l'amour. Adieu, le conquérant...

 

Il faut l'entendre deviser amèrement de l'amour :

- Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes, enfin, je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un bienfait d'une divinité protectrice que de nous en défaire et d'en délivrer le monde.

 

Et puis, il n'y a pas seulement que l'amour est "une sottise faite à deux" ; il y a aussi que la femme l'insécurise et le décontenance, inspirant son super-Soleil à y mettre bon ordre. Le code civil y pourvoit qui entend que la volonté du père soit la base de la cellule familiale :

- Il faut que la femme sache qu'en sortant de la tutelle de sa famille, elle passe sous celle de son mari.

- Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari (article 213).

 

"La politesse avec les femmes n'entrait pas dans le caractère habituel de Bonaparte, dit Bourrienne ; il avait rarement quelque chose d'agréable à leur dire ; souvent même, il leur faisait de mauvais compliments...".

 

-Ce n 'est pas votre faute si vous êtes laide, mais c'est votre faute si vous êtes intrigante... (à Mme de Staël).

 

Quant à sa vie propre, malgré ses passades, la sexualité n'est pas son fort. Il ne fut pas vraiment assujetti à la volupté :

- Les âmes fortes la repoussent comme les navigateurs évitent les écueils.

 

Sa fringale s'éteignait souvent d'elle-même, avant qu'il ait eu le loisir de la satisfaire.

 

Mais l'amour ? C'est sur ce point essentiel que porte le syndrome d'échec évoqué par Laforgue. Peur d'aimer ou impuissance d'aimer que l'on contourne par une illusion de l'amour, conduisant à "l'amour de l'inaccessible, l'amour qui s'épuise en pure perte et qui, pour pouvoir exister, a besoin d'une barrière, d'un échec, d'une trahison. Bonaparte ne se sentait-il en forme que devant une partenaire en fuite devant l'amour" ? Le psychanalyste ira jusqu'à dire qu'il se détourna des femmes qui l'aimaient (Désirée Clary et Marie Walewska) et s'attacha à celles qui ne l'aimaient pas.

 

L'histoire de son couple premier avec Joséphine de Beauharnais est manifestement celle d'une fuite en avant.

 

La signature luni-satumienne est déjà présente sur l'acte du mariage, le 9 mars 1796, où, double tricherie, Joséphine juge bon de se rajeunir et Bonaparte de se vieillir, ce qui n'empêchera pas le clan de la famille corse de l'appeler "la vieille". Veuve au sur-plus et mère de deux enfants.

 

La trentaine passée (déjà un âge à cette époque pour une femme), cette charmeuse qui vit d'expédients est décidée à trouver une issue à sa vie dissolue, sortant d'une liaison avec Barras. Quand le général Vendémiaire entre dans sa vie, c'est amusée tout au plus qu'elle est de cette rencontre, son petit cœur ne ressentant rien, mais l'occasion la décide à "faire une fin". Elle ne l'aime pas et ce sera un amour à sens unique.

-          Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de la délirante soirée d'hier n'ont point laissé de repos à mes sens (...) mio doice amor, reçois un million de baisers, mais ne m'en donne pas, car ils brûlent mon sang.

 

Ce billet de Bonaparte à Joséphine, au lendemain de leur première nuit, témoigne d'une emprise totale de la séduisante créole faisant découvrir l'amour à cet homme qu'elle a d'emblée véritablement envoûté ! Emprise de l'intensité de vie animale d'une brûlante conjonction Soleil-Mars en Cancer, posée sur la Vénus du Corse. Ajoutons à cette superposition le pouvoir de l'amour d'une conjonction Vénus-Jupiter (supposée être en secteur X à l'approche de la culmination) où Vénus trône dans son signe : un vrai diadème astral !

 

Aussitôt est-il parti à la campagne d'Italie - quelques jours seulement après le mariage - et alors qu'il la harcèle de billets enflammés, que - déjà - elle le trompe... Ce sera bientôt une liaison au grand jour, Bonaparte apprenant vite son infortune. Grand éclat à son retour d'Italie, suivi d'une réaction d'homme enfant désarmé par le don étonnant de la comédie larmoyante de Joséphine, convertissant le grand homme qui fera trembler les royaumes en petit garçon. Elle ne cessera de le tromper (sa manière de vivre son opposition Lune-Vénus) au vu de tous, ce mari outrageusement bafoué devenant même la risée de ses ennemis.

 

 

Les Trois-Ilets, Martinique, le 23 juin 1763. L'heure de naissance est inconnue. La version présentée ici - environ 9 heures du matin - considérée comme la plus probable astrologiquement, demeure spéculative

- Dans quelque moment que ce fut, quelque question que je lui fisse, son premier mouvement était la négative, sa première parole, non.

 

Ce refus est dans la note d'un Soleil conjoint à Mars et opposé à Pluton. Ce qui rejoint le jugement de Laforgue : "Tout dans les sentiments de cette femme était faux et destiné à tromper, et c'est peut-être pour cela qu'elle fût une partenaire idéale pour Napoléon, partenaire capable de jouer la comédie de l'amour, sans qu'il soit question d'aimer. Lorsqu'il n'y a de l'amour que l'apparence, inutile de le fuir, car il n'y a aucun danger."

- Mille baisers, aussi brûlants que tu es froide.

 

Napoléon s'offrira jusqu'au bout le luxe d'une telle illusion, disant à Gourgaud, à Sainte-Hélène :

- Joséphine mentait presque toujours, mais avec esprit ; je puis dire que c'est la femme que j'ai le plus aimée.

 

Au fait, qui aimait-elle sinon exclusivement elle-même ?

Avec ses positions cancériennes et sa Lune du Sagittaire à l'opposition de la conjonction Vénus-Jupiter, femme de la plante des pieds aux cheveux dans la grâce d'un plein épanouissement, Joséphine, c'est Narcisse ! Sa vie est un continuel et prodigieux tête-à-tête devant ses nombreux miroirs, avec ses chiffons et dentelles, plumes et pierreries ; un sempiternel exercice de parure et d'élégance, toujours occupée par ses toilettes pour lesquelles elle dépense des fortunes. Un étonnant art de plaire et de se plaire, dans un charme lunaire en tonalité argentée, en grâce soyeuse, en langueur savante, en voie mélodieuse...

 

Sur un point, toutefois, Bonaparte ne s'était pas trompé : avec cette jupitérisation lunaire et vénusienne, il avait senti en elle quelqu'un à la hauteur de son destin. Accouplement impérial militant fortement en faveur d'un Ascendant en Lion, superposé à la conjonction Milieu du ciel-Soleil de l'empereur.

 

Le Consulat, l'Empire, le sacre : pas un instant cette petite créole n'est gauche ni intimidée ; aucun faux-pas, aucun vertige.

 

Les Tuileries, Fontainebleau, la Malmaison..., partout elle est chez elle comme si elle y était née, dans un émerveillement paisible et naturel, en écho, pourrait-on dire, au palais enchanté de son monde intérieur. Avec cela, une élégance d'ancien régime dans l'art de recevoir, de mettre ses invités à l'aise, de les accueillir comme si elle leur appartenait sur-le-champ, se souvenant d'un visage déjà vu, sachant mettre un nom sur une physionomie, ayant de la conversation ; bref, le climat d'une compagnie délicieuse. La vertu même d'une (probable) Lune en IV. Signature, au surplus, de l'ultime accomplissement cancérien de cette femme-enfant : la Malmaison, avec ses fleurs, ses plantes, ses arbres, ses animaux, en évocation de l'opulente nature tropicale de son âme.

 

N'empêche : avec son Uranus en VII, l'empereur qui avait inscrit au Code civil la liberté du divorce, allait s'autoriser ce droit le 14 décembre 1809. Leur histoire commune aura duré un hémicycle saturnien. Effectivement, du mariage (9 mars 1796) à cette séparation, Saturne passait de 7° des Gémeaux (sur la conjonction Vénus-Jupiter) à 8° du Sagittaire (avec Neptune), soit sur la Lune, conformément à la version horaire admise. Au surplus, répudiée par son divorce, Joséphine devenait une impératrice détrônée : Saturne au Milieu du Ciel.

 

Napoléon devait opter pour une nouvelle comédie de l'amour avec Marie-Louise ; comédie jouée jusqu'à sa mort en ayant refusé de voir la réalité, n'ayant jamais convenu qu'elle l'avait abandonné et renié.

 

Avec elle, le style uranien de la VII du personnage est non moins flagrant.

 

Cela commence par le cynisme même du ton de son projet matrimonial en mal de paternité :

- C'est un ventre que j'épouse (à Corvisart).

 

Mais aussi dans son attaque fracassante de sa seconde union.

 

C'est déjà en un tournemain qu'il avait bâclé son mariage avec Joséphine. Il sera encore plus expéditif avec Marie-Louise. C'est d'abord presque sous la forme d'un ultimatum qu'il effectue sa demande (accordée le lendemain !) auprès du paternel souverain autrichien, lequel fait "présent d'une belle génisse au Minotaure" (prince de Ligne). Suit un véritable enlèvement au pas de charge : parti au-devant d'elle, bousculant le protocole et alors qu'elle n'est que promise, il fait de l'oie blanche des Habsbourg sa femme à Compiègne le soir du 27 mars 1810, alors que le mariage ne sera célébré que le 2 avril suivant !

 

Avec Marie-Louise, quel terrible handicap à surmonter !

Depuis qu'elle est toute petite, elle est élevée à la Cour de Vienne dans la haine de "l'ogre corse" qui fait trembler la famille royale, du "Krampus", ainsi que l'on appelle le diable dans son pays ; oui, c'est l'Antéchrist ! Avec son frère, elle joue à la guerre avec des petits soldats de bois pour faire gagner les Autrichiens et aux termes des combats la figurine de Bonaparte est lardée de coups d'épingles et jetée au feu. Rien moins qu'un jeu de sorcellerie ! Quand plus tard, la jeune fille apprend qu'après son divorce Napoléon cherche une nouvelle épouse, non sans l'angoisse que son choix se porte sur elle, elle déclare : "Je plains la malheureuse princesse qu'il choisira." Et d'ajouter : "Je vous assure que voir cette personne me serait un supplice pire

que tous les martyres !" C'est donc à cet homme qu'elle hait le plus au monde depuis toujours que son père la marie et elle se sent livrée à lui - non sans le sentiment d'une souillure - "en holocauste"... Livrée à la politique comme une génisse (Lune du Cancer en X).

 

Certes, elle n'a plus l'âge de brûler ses poupées en disant qu'elle fait "rôtir le Corsicain", comme au lendemain d'Austerlitz, mais rien ne pouvait mieux s'y prêter que cette situation, au point de rendre son cas emblématique : Marie-Louise, c'est l'ambivalence par excellence, portée à l'extrême, et d'une ténébreuse puissance chez cette femme-enfant, bonne fille lunaire sans caractère et docile à son destin. Ainsi se déchiffre le terrible noyau central de son thème : le carré Soleil-Mars angulaire focalisé en double-semi-carré sur Vénus en Scorpion.

 

Cette Vénus est sur l'Ascendant de l'empereur.

 

Quelques nuits suffisent pour que le monstre se métamorphose en amant irrésistible : "Je trouve qu'il gagne beaucoup quand on le connaît de près ; il a quelque chose de très prenant et de très empressé à quoi il est impossible de résister." La sensuelle s'est rendue. A une amie d'enfance qui lui annonce son mariage, elle répond : "Puissiez-vous jouir bientôt d'un bonheur pareil à celui que j'éprouve !" Mais c'est plus l'amour qu'elle aime que l'homme qui le lui donne. Et puis – superposition Lune/Vénus en Cancer - est venu leur fils.

 

Elle est si peu attachée qu'elle se laisse vite délivrer de lui, avec aussitôt le surgissement de son aversion première contre lui. En effet, l'empereur défait, et malgré ses protestations d'amour, à peine est-elle séparée de lui qu'elle tombe dans les bras du comte de Neipperg, son espion. Comble de la trahison : elle le trompe justement avec le geôlier chargé par son père de l'empêcher de rejoindre l'ex-empereur à l'île d'Elbe !

 

Au retour des Cent-Jours, revenue à son état premier, elle se dit "fâchée contre sa personne", ne cache pas sa haine et approuve toutes les mesures qui vont être prises contre lui. Et quand elle apprend la défaite de Waterloo, "hors d'elle de joie", elle "bénit le ciel" ! Non seulement elle l'a abandonné dans l'animosité, mais encore - comble du négatif- elle finit par l'oublier totalement comme s'il n'avait jamais existé.

 

Si l'on ajoute à ce double bilan conjugal l'épreuve d'un père douloureusement séparé de son fils, à tout jamais perdu pour lui, on conviendra que le destin affectif de cet homme à la Lune si dissonée (que renforce l'opposition de Pluton à Vénus) se solde par un naufrage du cœur.

 

En plus de tout cela, comme un signal négatif, l'élément de la Lune lui est fatal : l'eau, c'est-à-dire la mer. Mars est le dôme du grand triangle équilatéral dans la triplicité des signes de Terre.

 

Napoléon est le maître sur le sol du continent. Au camp de Boulogne, il avait fixé son regard sur la côte anglaise de la Manche et rêvé de faire bivouaquer les grenadiers de la Garde devant Westminster. Hélas, ses deux grandes défaites avant sa chute sont maritimes : Aboukir et Trafalgar. Le désastre est sans appel : adieu l'invasion. Il aura toujours ce regret :

- J'ai passé tout mon temps à chercher l'homme de la marine.

 

Ne faut-il pas voir encore le jeu de cette dissonance lunaire dans l'interférence négative des sentiments sur l'homme d'État lui-même ? Par exemple, dans une sorte de goût funeste à s'allier à ce qui lui était contraire, à vouloir se concilier ce qui lui était hostile. La quête de l'amitié du tsar Alexandre Ier ressemble à une poursuite fantomatique, au point de donner l'impression qu'il est victime d'un mirage russe.

- Monsieur Fauché, je devrais vous faire pendre...

 

Et puis, qu'elle insigne faiblesse que de se contenter de soulager sa colère en insultant un Talleyrand ou un Fouché qui vient outrageusement de le trahir... Sans doute a-t-il été aussi un sentimental déçu en politique.

Mais on peut se retourner aussi du côté de ce Saturne en "exil" en IX qui fait face à cette Lune. Bien sûr, il fait aussitôt doublement penser au pire écueil : le froid du général hiver à la campagne de Russie où la Grande Armée s'est engloutie, et au lointain rocher de Sainte-Hélène, abîme de l'empereur déchu, six années de captivité d'une lente agonie dans les tracasseries d'un geôlier, l'ennui, les regrets, la tristesse...

 

Ne nous en contentons pas et revenons à l'autre pôle de faiblesse qui lui vient, cette fois, de l'esprit.

- Ma raison me tient dans l'incrédulité de beaucoup de choses (à Bourrienne).

 

Napoléon, on le sait déjà, est de la génération charnière entre l'ancien monde et le monde moderne. Tout en assistant au départ de la révolution industrielle avec ses progrès techniques qui vont bouleverser la société : machine à vapeur, mongolfière, télégraphe Chappe, pile électrique..., il n'en est pas moins encore condamné à circuler à pied et à l'attelage de bêtes de trait, ni plus ni moins à peu de choses près qu'Alexandre le Grand. L'avenir immédiat était à la révolution des transports. Sa malchance - Saturne dissonant dans l'axe voyageur IX-III - a été son rendez- vous manqué avec Fulton venu lui apporter, avec la navigation à vapeur, l'instrument d'une victoire maritime sur l'Angleterre. Raté dû, malgré l'insistance de l'ingénieur américain jusqu'en 1803 et un rattrapage trop tardif de l'empereur, à l'aveuglement de la commission chargée d'examiner le projet. Peut-être, le scepticisme foncier de celui qui, au dernier moment, décidait de tout, y a-t-il été pour quelque chose. Ainsi pourrait-on aisément invoquer une névrose d'échec. Mais il est toujours facile de justifier l'histoire dès lors qu'elle est déjà connue.

 

LE TEMPS NAPOLÉONIEN

 

Renversant le sablier du temps, il nous reste à reprendre le chemin du destin de notre personnage. Voyons du moins dans les grandes lignes le flux du déroulement de son existence.

 

Mais élevons-nous d'abord au-dessus de son entité pour identifier les puissances du déterminisme de la société, ces forces motrices de l'histoire qui se meuvent à l'ombre du pouvoir, l'homme d'État n'étant qu'un instrument à leur service, porté par elles jusqu'au jour où il ne répond plus à la nécessité de la donne historique.

 

Nulle surprise possible : un gigantesque courant cosmique escorte l'aventure napoléonienne, le phénomène astronomique accompagnateur tenant du record. Comme à tous les grands carrefours de l'humanité, ainsi qu'il en est d'ailleurs avec Alexandre le Grand, cette tranche historique tombe sur une exceptionnelle concentration de planètes où en chapelet se renouvellent six grandes conjonctions en huit ans de 1802 à 1809 !

 

Conjonctions

Oppositions

Jupiter-Saturne

1802

1812

Jupiter-Uranus

1803

1810

Jupiter-Neptune

1804

1811

Jupiter-Pluton

1808

1814

Saturne-Uranus

1805-1806

 

Saturne-Neptune

1809

 

 

A travers ces renouvellements cycliques en succession, c'est le monde qui est en pleine mutation, l'univers qui s'engendre fondamentalement. L'essentiel de ce phénomène astral en tant que cinétique historique est que les quatre grands cycles de Jupiter avec les trans-jupitériennes (Saturne-Uranus-Neptune-Pluton) sont en phase ascendante à partir de 1802 : puissance de croissance expansive ; pour basculer ensuite successivement en phase descendante de 1810 à 1814 : puissance de décroissance régressive. Évolution à laquelle concourt le cycle lent Saturne-Uranus qui entre dans sa phase de première crise de semi-carré (45°) en 1812. Les historiens s'entendent à situer l'apogée de l'Empire en 1810-1811 - un sommet d'indice cyclique, soit une distance inter-planétaire maximale - lorsque Napoléon épouse le 2 avril 1810 Marie-Louise d'Autriche et que naît leurs fils, le roi de Rome, le 20 mars 1811. Peu après, avec la campagne de Russie commencée le 24 juin 1812, c'est le déclin, puis la chute libre.

 

Sur ce canevas va se profiler la conjoncture personnelle de l'empereur, selon le suivi transitaire de ses configurations.

 

 

 

Rien n'est plus clair que son parcours historique. En effet, sa trajectoire s'échelonne tout à la fois sur un hémicycle de Saturne d'un point à un autre du méridien et sur un cycle entier de Jupiter par rapport à son Soleil natal.

 

Au coup d'État du 19 brumaire (10 novembre 1799) qui lui octroie le pouvoir de Premier Consul, Saturne est à 10° du Lion, à quelques degrés près sur son Milieu du ciel, et on le retrouve juste en face, à 11° du Verseau, sur son Fond du ciel, lorsqu'il signe sa seconde abdication le 22 juin 1815.

En outre, le 29 juillet 1802, lorsque le Sénat proclame Bonaparte Premier Consul à vie (sa conquête du pouvoir est définitive), Jupiter à 8° de la Vierge vient de transiter son Soleil (l'astre est à 3° de celui-ci lorsque, le 10 mai précédent, est convenu du plébiscite conduisant à l'événement).

De même qu'il est revenu à 3° de la Vierge lorsqu'il a été battu définitivement à Leipzig, "bataille des nations" du 19 octobre 1813, son pouvoir ayant été brisé.

 

A l'époque du premier transit, le Jupiter natal est lui-même transité par Neptune (18° du Scorpion), déjà à 14° au 19 Brumaire : c'est la corne d'abondance de l'installation au pouvoir. Tout autre est le second transit survenu douze ans plus tard, le fruit jupitérien étant cette fois pourri. En effet, l'astre rejoint un Soleil doublement dissoné par un semi-carré Saturne-Uranus (13° Capricorne-260 Scorpion) que le luminaire diurne reçoit en sesquicarré et en carré, le passage jupitérien jouant ici un rôle amplificateur de crise.

 

C'est ainsi que l'histoire napoléonienne s'encadre parfaitement dans un hémicycle saturnien de la conjonction à l'opposition au Milieu du ciel, et dans un cycle jupitérien d'un départ à un retour au Soleil.

 

Nous pouvons même élargir cette perspective cyclique en liant le commencement du règne napoléonien à la conjonction Jupiter-Saturne de 1802 à 3° de la Vierge, qui sort du passage au Soleil. Configuration au demeurant parfaitement symbolique du Code Napoléon, préparé alors et promulgué en 1804 (après une centaine de séances) : Code civil qui constitue le moule de l'ordre social en fixant les usages, règles et lois de la société moderne, non seulement en France mais en divers pays du monde.

 

C'est à la sortie de la conjonction Jupiter-Uranus de 1803 que Bonaparte devient empereur, le 18 mai 1804 : le premier à 27° de la Balance s'échappe du second à 12° de ce signe. Ainsi, l'impérialiste opposition natale de ces deux astres va pouvoir être à l'oeuvre. Au fameux sacre de Notre-Dame, le 2 décembre suivant, Jupiter vient de repasser sur sa propre position (21° du Scorpion). Nous arrivons d'ailleurs au temps de la conjonction céleste Saturne-Uranus, si propice à sa cause.

 

Effectuons un bref retour arrière. C'est depuis le transit d'Uranus sur son Soleil que se dessine sa carrière, avec le coup d'éclat de la prise de Toulon aux Anglais qui lui donne sa notoriété et le consacre général de brigade (18/22 décembre 1793) : à 28° du Lion, Uranus semble avoir attendu l'appoint d'un trigone de Jupiter (16° Sagittaire) à la conjonction léonienne. Après cette première rencontre avec la fortune, son étoile se met à briller de tous ses feux lorsque Uranus transite sa conjonction Mars-Neptune : commandant en chef de l'armée d'Italie (2 mars 1796), la victoire d'Aréole sur les Autrichiens le 17 novembre 1796 (Uranus à 12° de la Vierge) en fait le héros qui s'impose désormais à tous.

 

Accident de parcours : l'attentat contre sa personne, rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800 : Saturne à 23° du Lion, sur le Soleil ; l'homme vit en danger, menacé par une conjuration royaliste. La conspiration revient à l'automne 1803 et c'est ce climat qui conduira à la faute de la tragique exécution du duc d'Enghien le 21 mars 1804.

 

Le grand tournant du règne tombe sur l'hémicycle uranien : l'astre passe à la fois à l'opposition de lui-même en VII et en conjonction de Jupiter en I. C'est le suprême basculement de l'existence avec, tout d'abord, le divorce d'avec Joséphine le 15 décembre 1809 (Uranus à 12° du Scorpion), et ensuite, le mariage avec Marie-Louise le 2 avril 1810 (Uranus à 18° du Scorpion).

En ce printemps matrimonial, c'est même, plus largement encore, une opposition Jupiter-Uranus qui se reconstitue sur l'opposition natale, dans l'inversion des positions. Napoléon croit avoir installé définitivement sa dynastie ; son règne est à son sommet et il le couronne, en quelque sorte, avec la naissance du fils impérial, le roi de Rome, le 20 mars 1811 (Uranus à 18° du Scorpion, Neptune à 11° Sagittaire, trigone au MC, Saturne à 26° du Sagittaire, trigone au Soleil, Vénus à 12° du Verseau, au FC, et la Lune repassant sur elle-même).

 

Au vol, relevons un cycle jupitérien des amours. C'est le 15 octobre 1795 que Bonaparte avait fait la rencontre de Joséphine. Jupiter à 28° du Capricorne transitait sa Lune (il se mettra en ménage au passage de Jupiter au FC). Douze ans plus tard, le 1er janvier 1807, il fait celle de Marie Walewska et Jupiter est à 17° du Capricorne, sur le point de repasser sur son luminaire nocturne (son "épouse polonaise" ayant Vénus à 20/21° du Capricorne).

 

Revenons au grand tournant du règne. Après la série des cinq grandes conjonctions de 1802 à 1809, voilà que derrière la première opposition Jupiter-Uranus de 1810, trois autres se suivent de 1811 à 1814. Et ce grand coup de balancier de la conjoncture historique est accompagné d'un renversement de la conjoncture marsienne de l'empereur.

 

Rappelons qu'Uranus (12° Vierge) avait transité sa prodigieuse conjonction Mars-Neptune à la grandiose victoire d'Arcole consacrant le héros ; transit que qualifie et intensifie au surplus le sextil accompagnateur de Neptune alors à 8° du Scorpion. Depuis 1807-1808, c'est, cette fois, Pluton qui passe à l'opposition de cette même conjonction : demi-victoire laborieuse d'Eylau, intervention malheureuse au Portugal et en Espagne ; déjà apparaissent les signes de vulnérabilité de la Grande Armée. Il convient de préciser aussi qu'après les conjonctions uraniennes, nous sommes passés à la conjonction Saturne-Neptune. Les temps ne sont plus à l'ivresse de la vitesse, du bruit, de la fumée, des roulements de tambour et des éclats de la guerre-éclair, et la Grande Armée, qui avait pu jusque-là se prévaloir d'une mission libératrice (éveil italien, polonais, illyrisme...), se mue comme sournoisement en puissance répressive. Dans une houleuse poussée de flot national, diverses populations arrachées à leur torpeur entrent en résistance contre l'occupation militaire (même si, là-dessus aussi. Napoléon fait de son mieux) d'un conquérant abusif. Dès lors s'élève la clameur sourde de la guérilla ; comme il en est de la guerre sainte d'une Espagne bigote où le crucifix se compromet avec le couteau et le pistolet. Impossible de vaincre un adversaire de francs-tireurs, de partisans qui, en travail de taupe, vous harcèle et vous condamne à l'usure et à l'enlisement. La guerre est devenue nationale en Europe, alors qu'elle a perdu ce caractère en France.

 

Lorsque commence la campagne de Russie, le 24 juin 1812, Neptune à 11° du Sagittaire passe au carré de la conjonction Mars-Neptune qu'a déjà affaiblie l'opposition de Pluton. Et, cette fois, le destin se brouille.

 

- Je bats toujours les Russes et cela ne termine rien.

 

Son entrée à Moscou, le 14 septembre, est une fausse victoire. Jupiter à 1° du Lion est d'ailleurs au semi-carré de la conjonction marsienne, et quel tragique accueil que l'immense incendie de la ville sainte de Russie décrété par le tsar !

- Je fais la guerre à Votre Majesté sans animosité..

 

 

Alexandre Ier ne répondra pas à cet ultime appel du 20 septembre et c'est après une vaine attente que l'empereur ordonnera le départ le 19 octobre. Bientôt, ce sera la Bérézina, le désastre de la retraite, une armée de fantômes qui titube et est décimée.

 

Le coup de grâce sera donné à la "bataille des nations" de Leipzig le 19 octobre 1813, à deux contre un : Pluton est à 18° des Poissons et Neptune à 13° du Sagittaire, annihilant la conjonction Mars-Neptune. S'ajoutent : Saturne à 13° du Capricorne sur Pluton, Mars à 16° du Verseau au Fond du ciel et le Soleil à 25° de la Balance au semi-carré de la conjonction marsienne. L'agonie du règne commence.

 

 

Les astralités de cette ultime défaite doivent être comparées à celles de la proclamation de l'Empire, au regard des cycles planétaires. Pour l'essentiel, celui-ci naît au temps des conjonctions Jupiter-Saturne-Uranus, concentration ressemblant à un ressort tendu, parti pour un grand déploiement. A sa chute se produit le premier triangle dissonant de ces trois planètes, Jupiter, par sesquicarré et carré, venant juste de se trianguler au semi-carré Saturne-Uranus. Tout est dit dans ce rassemblement.

 

Quant au parcours global de l'épisode historique entier de Bonaparte-Napoléon, il s'inscrit dans un cycle entier Jupiter-Uranus, d'un carré involutif au carré involutif suivant.

 

Le 19 Brumaire se fait sous le signe de cet aspect, les deux astres étant angulaires comme à la naissance de celui qui en est l'auteur. Le Consulat s'écoule sur la quatrième phase de ce cycle commencé en 1789, inauguration de la Révolution française. L'Empire qui en prend le relais naît à la conjonction de 1804 et triomphe sur toute la phase ascendante du cycle, jusqu'au sommet-déclin de l'opposition de 1810.

 

 

Ce pouvoir napoléonien - c'est sa principale signature astrale - qui a commencé à décliner depuis celle-ci, s'effondre finalement au carré involutif de ces deux astres.


 

 

C'est cette dissonance qui est spécifiquement confirmée à la première abdication du 6 avril 1814, 19 Brumaire renversé. On y voit s'y insérer, en effet, le jeu d'un semi-carré Soleil-Mars, le premier étant à équidistance par double sesquicarrés de l'un et de l'autre, le second faisant carré à Jupiter et opposition à Uranus. Le tout fait une ultra-dissonance solaire significative d'une autorité brisée ou d'un pouvoir détruit, ce qui est le cas avec la disparition de la scène du monde de ce grandiose personnage de l'histoire. Au 19 Brumaire, en revanche, Jupiter avait reçu un trigone de Mars et de son côté, Uranus un sextil de Soleil et Mercure.

 

 

Pour ce qui est de la conjoncture personnelle de l'empereur, outre le bouclage de la révolution jupitérienne sur le Soleil déjà évoqué, Saturne franchit l'opposition Lune-Saturne, sa dissonance majeure, l'homme étant au tournant d'un cycle et demi de ce Saturne en sortie de culmination.

 

Il est vrai qu'il n'était pas encore arrivé au Fond du ciel, comme si la mesure ne suffisait pas et alors que cette configuration transitaire ressemble plus parfaitement à une fin. A Fontainebleau, le rideau était mal tombé, l'homme devait effectivement rebondir, comme pour aller jusqu'au bout de son destin. Ce fût le supplément des Cent-Jours : l'échappée de l'île d'Elbe du 26 février 1815, le retour aux Tuileries du 20 mars, suivi du désastre de Waterloo (il s'en est pourtant fallut de peu qu'il l'emportât, malgré la supériorité de l'ennemi, mais cela n'eut rien changé au sort de l'histoire) le 18 juin.

 

 

En finale, l'épisode de la seconde abdication du 22 juin 1815, où l'homme se retrouve seul et nu. Temps de la dernière des quatre oppositions jupitériennes. Alors qu'à la première intervenait un semi-carré Soleil-Mars, cette fois, c'est le jeu d'un carré Soleil-Mars qui active cette opposition Jupiter-Pluton, par la charge d'un carré commun du Soleil à l'un et à l'autre et par l'alignement de Mars au pôle plutonien. Configuration qui se regarde également sous l'aspect d'une destructive conjonction Mars-Pluton frappant un carré Soleil-Jupiter, le premier au Milieu du ciel et le second à l'Ascendant, reconstitution de la dominante signature natale napoléonienne, suprême brisure du pouvoir impérial.

 

Se joint à cet ensemble, dissonée par Mars, une opposition Vénus-Saturne (ce dernier stationnaire à 12° du Verseau depuis deux mois) posée sur le méridien de l'empereur déchu, le sesquicarré Soleil-Saturne ayant opéré pendant la bataille de Waterloo. Mercure passe aussi sur Saturne natal, et la Lune s'approche de sa position initiale.

 

Sainte-Hélène...

 

Napoléon y rend son dernier soupir à Longwood le samedi 5 mai 1821 à 5h51 du soir, moment où en ce lieu le soleil s'enfonce dans la mer. La cause avancée du décès est un cancer développé sur un ulcère ancien d'estomac (dissonance luni-cancérienne), mais la thèse d'un empoisonnement, bien que non prise vraiment au sérieux n'est pas entièrement éliminée.

 

Un Soleil du milieu du Taureau, en dissonance d'un carré d'Uranus-Neptune avec Pluton, Vénus s'y associant, c'est tout cet ensemble qui frappe son propre triangle Jupiter-MC-Uranus, au moment d'un retour de la même domification natale.

 

"Vivant, Napoléon a marqué le monde, mort, il le possède." (Chateaubriand.)

 

L'homme a disparu mais la lumière dorée du merveilleux historique commence. Cette transfiguration du mythe attend pour apparaître que les cycles jupitériens en cours aient évacué le scénario bourbonnien de "l'usurpateur", despote assoiffé de sang et sacrifiant la France à son ambition personnelle.

 

Cette page se tourne autour des conjonctions Jupiter-Neptune et Jupiter-Uranus de 1830-1831, tandis que Neptune transite sa Lune natale. La voix de Sainte-Hélène s'élève, l'ombre de l'empereur plane, la légende entreprenant une suprême conquête qui envahit tout le continent :

"... tous les poètes français, anglais, italiens, russes, allemands, Chateaubriand et Victor Hugo, Béranger et Lamartine, Byron et Manzoni, Lermontov et Pouchkine, Stàgemann, Zeddhtz et Henri Heine composent un cortège royal au revenant de Sainte-Hélène, invincible cette fois parce qu'il n'est plus qu'esprit. Napoléon cloué par les rois sur son gibet atlantique apparaît à tous comme un nouveau Prométhée, le fils de la Révolution, le vengeur des peuples, le soldat de la liberté." (Octave Aubry.) On pourrait citer tant d'autres glorificateurs : Nerval, Stendhal, Vigny... tous sensibles à l'image d'un démiurge européen chargé d'avenir. Venant derrière eux les images d'Épinal, les assiettes décorées de sujets napoléoniens, les statuettes...

 

- Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.

 

"Dors, nous t'irons chercher..." prophétisait Hugo, puis le député irlandais O'Connell suivi du ministre britannique des Affaires étrangères Lord Palmerston contribuèrent à l'événement.

 

Déjà, l'arrivée de Louis-Philippe en 1830 inaugure une réhabilitation : restitution de sa statue au sommet de la colonne Vendôme, achèvement de l'Arc de triomphe de l'Étoile. C'est même une résurrection que vécurent les grognards rescapés, veillant son cercueil la nuit du 14 au 15 décembre 1840 et escortant le cortège des Champs-Elysées aux Invalides. C'est le prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe, qui avait été chargé de rapporter les restes de Napoléon de Sainte-Hélène. Filiation astrale parfaite : né à Neuilly le 14 août 1818 à 13 h 40, son Soleil en secteur IX était, à 1° près, superposé à celui de l'empereur ; et ce jour-là, une conjonction Soleil-Saturne à 24° du Sagittaire était au trigone de leur commune position solaire. Quelques jours plus tard se reformait une conjonction Jupiter-Saturne à l'entrée du Capricorne, au trigone de celle qui s'était produite en 1802 à l'entrée de la Vierge. Le mythe Napoléon s'incarnait à tout jamais dans l'histoire.

 

On ne devait pas manquer de s'en apercevoir, cette fois, il est vrai, non sans regrets, avec le coup d'Etat du neveu le 2 décembre 1851, Napoléon III installant le Second Empire. Ici, le saut de l'histoire était celui du cycle Saturne-Uranus, de nature autoritaire : passage de la conjonction de 1805 à la suivante de 1852. D'un Napoléon le grand à un "Napoléon le petit", mais quel roman que la vie du premier !

 

A propos de la naissance de Napoléon

 

Malgré mon souci de documentation relative à la naissance de Napoléon, une information étonnante a échappé à mon attention. Ainsi peut-on lire, page 44, du sérieux ouvrage de Ellie Howe : « le monde étrange des astrologues », paru en 1968 chez Robert Laffont :

 

« Deux études de l’horoscope de Napoléon ont été publiées en 1805, et une autre en 1814. La première, The Nativity of Napoléon Bonaparte fort joliment imprimée à High Wycombe en 1805, a été attribuée, mais vraisemblablement à tort, à son imprimeur, Thomas Orger. Celle de John Worsdale, Napoléon Bonaparts’s Nativity, parue la même année, fut suivie de Destiny of the Europe ! The nativity of Napoléon Bonaparte, Empereur of the French par John Corfield. Personne ne connaissait l’heure de la naissance de Napoléon, et l’on se fia à l’inspiration en faisant appel aux fameuses techniques dites de rectifications”(1)

 

 

 

 

Suit ce renvoi de page :

« 1. Orger, ou celui qui a écrit le livre, proposait 11 h 40 du matin le 15 août 1769. Worsdale préférait 10 h 09 du matin, et Corfiels choisit 11 h 28 du matin. Thomas White, l’astrologue de Bath, qui se référa à l’horoscope dans The Celestial Intelligence, Bath, 1810, suggéra 09 h 41 du matin ».

 

Stupéfiant ! A quelque chose près, il y a convergence sur les deux heures avant midi. Certes, on conçoit la tentante aspiration à affubler le grand ennemi national de la pire des configurations : Saturne au Milieu du ciel. N’empêche : si l’on fait grâce de l’innocente prétention d’épingler la minute même de la naissance, les deux autres versions de 11 h 28 et de 11 h 40 ne méritent-elles pas un grand coup de chapeau ? Au demeurant, n’est-ce pas aussi un hommage rendu à l’astrologie ?


 

 

BIBLIOGRAPHIE

Octave AUBRY : Napoléon, Flammarion, 1936.

Jacques BAINVILLE : Napoléon, Aï-thème Fayard, 1931.

Georges BLOND : La Grande Armée, Perrin, 1985.

José CABANIS : Le Sacre de Napoléon, Gallimard, 1970.

André CASTELOT : Bonaparte, Librairie Académique Perrin,1967.

André CASTELOT : Napoléon, Librairie Académique Perrin,1968.

Michel COVIN : Les mille visages de Napoléon, L'Harmattan,1999.

Jean-Claude DAMAMME : Les Soldats de la Grande Armée,Perrin, 1998.

Max GALLO : Napoléon, Robert Laffont, Pocket, 1998.

Dr. René LAFORGUE : Psychopathologie de l'échec, Payot,1944.

LAS-CASES : Mémorial de Sainte-Hélène, Le Seuil, 1968.

Thierry LENTZ : Napoléon, Découvertes Gallimard.

Jean TULARD : Napoléon, Fayard, 1977.

Jean TULARD : Dictionnaire Napoléon, Fayard, 1987.

Maximilien VOX : Napoléon, Seuil-Microcosme, 1959.

 

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