Astrologie Individuelle
(Pratique)

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PANORAMA  DE  L’INTROVERSION


 

En hommage à C.G. Jung.

Sur mes vieux jours, me voici revenu à un sujet qui, au fond, ne m’a jamais quitté. Je veux parler de la typologie et sa quaternité, les raisons d’un tel retour ne manquant pas.

En nos temps présents où le désert se fait autour de nous, et en attendant une remontée de fortune comme celle des configurations de 2025, il est bon de rappeler celui où maintes autorités universitaires et médicales travaillaient parallèlement en un concert commun d’investigations psychologiques. Cela était venu un siècle auparavant avec l’intérêt porté à la typologie tempéramentale, Hippocrate et Gallien renaissant de leurs cendres avec Wundt, Paulhan, Fouillée, Malapert, Pavlov ,Pende et bien d’autres. Est venue ensuite la Caractérologie, bien oubliée, de Le Senne, avec Gaston Berger qui y a carrément incorporé les types Vénus et Mars. Outre, issue de la psychanalyse, la participation de Jung. Et, derrière la quête du Professeur Guy Michaud, il n’y a pas si longtemps qu’une autorité de la psychologie comme Hans Eysenck ait relancé publiquement ce débat.

Puis, comme un soufflé tombé ,cette quête d’une valeur typologique par où s’exprime l’archétype s’est évanouie. La meilleure preuve est que des six-cents pages de Recent Advances in Natal Astrology de Geoffrey Dean et Arthur Mather ne lui ont consacré que six misérables pages, outre qu’il n’y a rien à en retenir ! Si ces auteurs se sont montrés ici si pitoyables, il faut en accuser le milieu qui a ignoré que le traitement des éléments est d’abord l’affaire du planétaire, non la substitution d’un mauvais traitement zodiacal : quand les astrologues vont-ils se guérir de cette maladie infantile de l’astrologie consistant à calculer une dominante élémentale d’une répartition astrale en triplicités ? N’allez donc pas croire que ce sujet sur lequel je reviens ici soit dépassé, loin de là.

J’y étais revenu en 1988 en exposant au n° 82 de l’astrologue un premier texte reproduit dans ce site sous le titre : « Typologie jungienne ». Et de là au n°88, j’ai présenté une série d’études de thèmes d’introvertis et d’extravertis les plus caractéristiques, aux données natales connues. Travail regrettablement inachevé. En le complétant ici de thèmes de peintres et de musiciens non publiés, nous aurons ainsi un texte pouvant mériter le titre de : «Panorama de l’introversion ». J’avais désiré faire le même travail avec les extravertis. J’abandonne ce projet à un successeur.

L’intérêt de cette réédition témoigne simplement de la façon dont je traitais la question. Pas de « leçon inaugurale » : il n’est pas dit que ce soit la meilleure façon de s’y prendre pour aboutir au meilleur résultat ; néanmoins, même si le scintillement des étoiles intérieures reste à désirer, la manière employée ici nous libère-t-elle du soliloque d’une illusion. Il ne faut pas prendre ombrage de ces propos désobligeants : mieux vaut être bousculé par le dévoilement de l’erreur, tôt ou tard rencontrée, que de s’y cramponner, quitte à trouver meilleur interprète que je le suis, puis à le devenir soi-même cette réédition y trouvant sa justification.

Ce travail commence par un texte d’introduction aux corrélations de la typologie de Jung. Terrain sur lequel d’incorrigibles confrères continuent toujours de trébucher depuis des décennies. Il fallait pourtant les désabuser de leur erreur, et il est encore temps de vider ce magasin des sottises du siècle dernier. La verve de cette critique qui remonte déjà si loin vient toujours visiter ma mémoire, mais, qu’y puis-je ? N’est-ce pas, d’ailleurs, en permanence qu’il faut percer le masque des illusions pour atteindre les arcanes du confidentiel chuchotement de la nature en nous , et  dans l’amour de notre art ? En une manière aussi de mieux meubler le château intérieur de Dame Uranie …

 

LES  INTROVERTIS  ET  LES  EXTRAVERTIS

 

La démarche première qui s’impose est de revenir aux exemples-types exposés par C.G. Jung lui-même dans ses Types Psychologiques.

Sur ce terrain, hélas, il ne nous a pas gâtés. Insuffisants pour nous sont les personnages qu’il y cite, outre que nous manquent les données natales des plus anciens d’entre eux : Platon et Tertullien pour les introvertis ; Aristote et Origène  pour les extravertis … On en est réduit à ne recenser que huit cas d’introvertis et huit cas d’extravertis.

INTROVERTIS :

Ulrich ZWINGLI : Saint-Gall, Suisse, 1er janvier 1484.

Emmanuel KANT : Koenigsberg, Prusse, 22 avril 1724, 3 h (bapt.).

Frédéric SCHILLER : Marbach, Wurt., 10 novembre 1759, 24 h  (sa soeur).

Arthur SCHOPENHAUER : Dantzig, 22 février 1788, 12 à 14 h (le père).

Michael FARADAY : Londres, 22 septembre 1791.

Robert MAYER :  Heilbronn, Allemagne, 25 novembre 1814.

Friedrich NIETZSCHE : Röcken, All., 15 octobre 1844, 9 h  30 (e.c.). 

Alfred ADLER : Vienne, 7 février 1870, 14 h (e.c.).

 

EXTRAVERTIS :

Martin LUTHER : Eisleben/Thuringe, 10 novembre 1483, 23 h (la mère).

Johann  Wolfgang GOETHE :  Francfort/Main, 28 août 1749, midi (lui-même).

Georges CUVIER : Montbéliard, 23 août 1769,  4 h (e.c.).

Humphry DAVY : Penzance, Cornouailles, 17 décembre 1778.

Justus  von  LIEBIG : Darmstadt, 12 mai 1803, 8 h (e.c.).

Charles DARWIN : Shrewsbury, 12 février 1809, lever du soleil selon W. Knappich.

Karl MARX : Trèves, 5 mai 1818, 2 h (e.c.).

Sigmund FREUD : Freiberg, Moravie, 6 mai 1856, 18 h 30 (bible du père).

 

De ces seize exemples, il manque même quatre données horaires de naissance, outre une imprécision à deux heures près. Bien faible échantillon pour faire apparaître des indices et les rendre crédibles. Néanmoins, une particularité rejoint la corrélation proposée au départ par von Kloeckler : 5 naissances printanières et estivales contre 3 automnales et hivernales se présentent chez les extravertis, tandis que 6 des saisons froides contre 2 chez les introvertis, soit 11 sur 5.

Rien d’autre ne se fait remarquer. Ainsi, Darwin étant un cas limite, les 6 autres extravertis aux horaires connus ont autant de naissances diurnes que nocturnes ; et les 5 introvertis aux horaires connus ont 3 naissances diurnes et 2 nocturnes. De même, Goethe étant à son tour un cas limite, la corrélation Huber ne pointe pas : 4 sur les 6 extravertis ont leur Soleil sur le versant Ascendant, et 2 introvertis sur 2 l’ont sur le versant Descendant (Schiller étant éliminé). Pour ce qui est des répartitions des planètes en signes alternés masculins et féminins, l’on trouve chez les extravertis seulement 35 positions en signes masculins contre 52 en signes féminins, et 42/42 ex æquo du coté des introvertis. En ne retenant que les Ascendants et les luminaires, les résultats sont aussi nuls : 9 masculins et 14 féminins chez les extravertis, contrebalancés par 13 féminins et 7 masculins chez les introvertis. Enfin, un si petit nombre de cas ne se prête pas à un jugement d’angularité planétaire.

Force est de convenir que ce contrôle effectué sur les seuls apports de Jung tourne très court. Il faut se donner un tout autre champ d’observation  en s’adressant aux plus extravertis des extravertis et aux plus introvertis des introvertis et dans la comparaison des contrastes, comme Jung a été soucieux de fonder ses catégories sur des couples dialectiques, tels que Platon et Aristote, Luther et Zwigli,, Goethe et Schiller. Mais on ne saurait dire, par exemple,  que Goethe, en soi, ait valeur d’exemplarité pour l’extraversion. « Nous sommes et devons être obscurs pour nous-mêmes, tournés vers le dehors et travaillant sur le monde qui nous entoure, proclame  l’Olympien  de Weimar, homme d’Etat dont le génie embrasse l’ensemble de la culture. Mais, par la voix de Faust, il nous avoue : Deux âmes, hélas ! habitent ma poitrine … Duo si magistralement symbolisé par l’opposition de son Soleil-Vierge  au MC à la Lune-Poissons au FC. Ici, le monde de Goethe est, entre autre, celui d’une dualité entre l’extraverti prince, homme d’Etat, savant, le classique auteur d’Iphigénie en Tauride, et le poète introverti, le romantique Werther, l’ésotériste.

Il nous appartient d’établir une liste de personnages chez lesquels ressortent le plus fortement l’ensemble des traits spécifiques attribués à chacun de ces deux types.

Il semble à peine besoin de définir l’extraversion et l’introversion, tant l’orientation psychologique de chacune d’elles paraît aller de soi –  simplicité qui en fait sa valeur – la première étant tournée vers le dehors, l’extérieur, et la seconde vers le dedans, l’intérieur. De là à penser qu’il est facile de classer les individus dans un camp ou dans l’autre : adhésion au milieu ou repli sur soi. Toutefois, alors que dans bien des cas, ce soit là une ouverture fameuse pour se représenter en premier lieu le personnage que l’on  a devant soi, déjà identifié en ligne générale, il advient cependant que cette classification ne parle pas, toute typologie ayant cette sorte de défaillance, parce que la note d’orientation générale perçue n’est pas tranchée ou suivant l’échelle de valeurs jugée, outre qu’on est toujours plus ou moins l’introverti d’un extraverti, comme l’extraverti d’un introverti.

Je me suis souvent dit que si j’avais été vraiment extraverti, avec ma signature AS-Verseau/Uranus-Poissons, j’aurais pris goût à la réalité physique du phénomène céleste, au point de me consacrer à l’astronomie ou l’astrophysique, auxquelles je n’ai qu’un intérêt secondaire. Ma passion véritable est l’astronomie intérieure qu’est notre connaissance, outre que mon caractère ordinaire comme ma vie sont ceux d’un introverti. Et pourtant, pour beaucoup de mes lecteurs qui ne me connaissent pas, je suis un astrologue extraverti : épris d’objectivité , d’efficacité positive, de réalité tangible ; distant en cela du spiritualisme d’un Rudhyar introverti. Mais, d’un autre côté, pour avoir fait faire à l’astrologie un retour à l’être par le passage psychanalytique, ne suis-je pas l’introverti d’un Antarès « événementialiste » ? Je suis donc pour l’un ou pour l’autre extraverti ou introverti dans ma sphère d’introversion. Or, il faut retenir la coloration interne, la note en soi, celle du sujet. Encore convient-il de rappeler – sortie du cadre de la typologie et personnalisation que s’offre ici l’astrologie en faisant la part de l’un et de l’autre – que, généralement, chaque individu se vit extraverti là où Jupiter domine par sa présence en secteur (dans le travail en VI, dans l’amitié en XI …), comme il s’éprouve introverti dans la localisation de sa position (dans la famille en IV, dans la situation en X), etc …

 

L E S     I N T R O V E R T I S

 

En allant à la rencontre des plus introvertis des introvertis, il vient aussitôt à l’esprit que ces cas les plus représentatifs peuvent se rencontrer surtout dans les sphères elles-mêmes, pourrait-on dire, introverties, de la religion, de la philosophie et de la science.

 

R  E L  I  G  I  O  N

 

Il est dommage que la documentation soit manquante concernant certains ordres religieux épris des vœux évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) et recherchant la perfection chrétienne dans une vie monastique contemplative, cloîtrée, hors du monde, dans l’abolition de toute vie de relation, comme de détachement des biens personnels en vue de l’union à Dieu : Ermites, Carmes, Pénitents.

Dans la mesure où l’exercice de piété est concentration, recueillement, méditation, contemplation, voire détachement et ascétisme, la religion est une invitation à accomplir son intériorité, la parcelle de divin qui nous habite ne pouvant être qu’au plus profond de soi.

On peut adopter comme emblèmes les deux plus célèbres carmélites : Sainte THERESE D’AVILA, 28 mars 1515, 5 h 30 m (Edition critique de ses œuvres. P. Selverio de Santa Teresa), réformatrice de l’ordre menant une vie spirituelle des plus intériorisées (son Château intérieur, traité mystique, décrit le cheminement de la grâce dans les sept « demeures » de l’âme). Et Sainte THERESE DE LISIEUX (Alençon, 3 janvier 1873, 23 h 30, e.c. ) : une souffrance de vivre spiritualisée dans la pénitence. Avec la première, Saturne du Sagittaire sort de la culmination (en IX), et avec la seconde domine une conjonction Soleil-Saturne du Capricorne, à l’approche du FC.

C’est aussi plus particulièrement le chemin intérieur de la face cachée de religion qu’emprunte la voie de l’ésotérisme, et l’on a lieu de tenir pour plus introvertis les spiritualistes qui se sont distingués dans la théosophie occidentale.

 

Marcile FICIN / Figline, Toscane, 19 octobre 1433, Saturne à l’AS.

Pic de la MIRANDOLE : domaine de la mirandola, duché de Ferrare, 24  février (julien) 1463, 2 h 42 m de la nuit (soit 19 h 45 TU) selon Junctin.

Johannes ARNDT : Ballenstadt/Anhalt, 27 décembre 1555.

Emmanuel SWEDENBORG : Stockholm, 29 janvier 1688.

Louis Claude DE SAINT-MARTIN : Amboise, 18 janvier 1743.  

Franz VON BAADER : Munich, 27 mars 1765.

Johann Wilhelm RITTER : Samitz près Hanau, 16 décembre 1776.

 

Certes, les dates de quelques-autres  (Maître Eckhart, Nicolas de Cues, Jacob Boehme ) manquent à l’appel, mais celles-ci qui sont connues se localisent entre le Scorpion et l’entrée du Bélier, et font prévaloir nettement les occupations planétaires dans les deux signes saturniens. Outre que Saturne est angulaire chez Ficin, selon l’heure donnée par lui, la source échappant à ma mémoire.

La voie religieuse est aussi plus particulièrement intériorisante lorsque le chrétien s’efface dans sa pratique évangélique. Tels le Père DAMIEN (Tremelo,  3 janvier 1840 : Soleil-Capricorne avec conjonction Lune-Vénus-Saturne en Sagittaire), missionnaire belge qui consacra sa vie au service des lépreux aux îles Sandwich, et Albert SCHWEITZER (Kaysersberg 68, 14 janvier 1875, heure absente sur l’e.c. : Soleil et Mercure Capricorne avec Saturne-Verseau, au FC si est fondée celle qu’on lui prête : peu avant minuit), le médecin de Lambaréné.

Loin d’aboutir pour autant à l’accomplissement ultime de l’idéal de renoncement jusqu’à la mortification, le clergyman est une figure familière atténuée d’introverti. Dans L’Influence des astres (Le Dauphin, 1955), Michel Gauquelin a relève une angularité significative de Saturne dans un groupe de 884 prêtres français (même s’il a obtenu un moindre résultat dans un second groupe). 

 

S  C  I  E  N  C  E  S

La religion n’est pas la seule façon de vivre son intériorité (faire simplement sa prière est un acte d’introversion) ; la science est une autre manière de la meubler. Si la première fait appel à la foi et convoque les vertus de l’âme, la seconde s’adresse à la raison et mobilise les ressources de l’esprit : mais toutes deux portent la pesée d’être du coté de la vie intérieure.

On connaît justement les résultats obtenus par Michel Gauquelin avec l’angularité de Saturne chez 3 305 savants (Les Hommes et les Astres,  Denoël, 1960). Dans La Cosmopsychologie (CEPL, Paris, 1974) , celui-ci déclare à propos du savant classique : « Les travaux des psychologues ont confirmé en grande partie « l’image d’Epinal » que le public se fait  de l’homme de science. C’est un introverti. Il est scrupuleux, appliqué, discret, sans souci des apparences extérieures, modeste, réfléchi, voire renfermé. S’il est ambitieux, il s’agit en général d’une ambition tout intellectuelle. C’est pourquoi nous sommes partis du groupe des hommes de science pour définir la composante Saturne du tempérament. » Ce qui nous renvoie à l’ouvrage du couple Michel et Françoise Gauquelin : Le Tempérament Saturne et les hommes de science (Laboratoire d’étude des relations entre rythmes cosmiques et psychophysiologiques, 1974).  Froid, profond, concentré, réfléchi, méditatif, patient, calme, effacé,  distant, lent, laborieux, prudent, réservé, consciencieux, sérieux, simple, discret, solitaire, studieux, grave, austère, triste …tels sont les mots-clés qui ont statistiquement répondu à la position angulaire de Saturne : traits de caractère communs à l’introverti et au saturnien.

Mais la science est un immense territoire et les comportements humains qu’elle met en œuvre y sont eux-mêmes très diversifiés. L’on peut dire que la science prend un caractère d’autant plus introverti que le savant en repli se détache de l’objet et dépouille sa pensée de la manifestation concrète. Une manière à lui de se dépersonnaliser à mesure que son savoir s’objective. L’abstraction (séparation, isolement) est son règne privilégié, qu’elle se manifeste par l’esprit mathématique, par la pensée axiomatique ou par une manifestation formaliste ou systématique.

C’est encore du côté de l’hémisphère froid du zodiaque que se portent dans l’ensemble les positions astrales mobiles des génies qui, traitant les objets les plus immensément distants de nous, ont  apporté la révolution de l’astronomie moderne : COPERNIC (Thorn, 19 février 1473, 16 h 48 m), TYCHO-BRAHE knudstrup, 13 décembre 1546, 11 h), GALILEE (Pise, 15 février 1564, 15 h 30 m), KEPLER (Weil, 27 décembre 1571, 14 h 30 m), NEWTON (Woolsthorpe, 25 décembre 1642, 1 h). On traitera ultérieurement la part de l’extraversion chez Tycho-Brahé (lever de Jupiter) et chez Galilée (lever de Jupiter avec Saturne).

 

J  o  h  a  n  n  e  s      K  E  P L E  R

 

Avec un AS entre la Lune et Neptune, 4 astres (Soleil, Mercure maître d’AS, Vénus avec Uranus) sont en conjonction en Capricorne, et au sextil de Saturne en Scorpion (thème communiqué par lui-même).

Kepler est essentiellement un esprit passionné, concentré et sur-secondaire, fait avant tout pour se plonger dans l’étude. L’esprit d’un savant de l’effort prolongé, patient et obstiné dans ses desseins, d’une ténacité dans la recherche, à l’abri de tout découragement. Cet homme qui va poursuivre une aventure exceptionnelle de recherche fondamentale dans une solitude intellectuelle totale, est aussi un être de longues maturations. Ses convictions profondes sont lentes à se faire jour, et plus tardivement encore à devenir certitudes. Pensons que le calcul de l’orbe de Mars, qu’il fonde sur des résolutions de triangles – il travaillera constamment sur l’articulation de figures géométriques – ce n’est rien moins que soixante-dix fois qu’il devra le recommencer avant d’arriver à sa solution !

Tant d’efforts prodigués pour des résultats aussi lointains n’usent pas la persévérance de cet esprit systématiquement (Saturne-Uranus) fixé à ses objectifs et axé sur des lignes directrices ou principes de raison bien arrêtés, pour tenter de dégager la rationalité des choses. Enfin, tout cet investissement d’énergie (la conjonction du Capricorne est aussi stimulée par carré de Mars et sextil de Jupiter) est concentré sur des études abstraites qui le font passer, baissé sur ses chiffres et ses figures,, par « le bagne des calculs mathématiques ».

Son histoire commence par sa rencontre avec Tycho-Brahé(Soleil-Capricorne, conjoint à Mercure et Saturne du Sagittaire près du MC), dont la collaboration le conduit  à se charger du calcul des fameuses éphémérides Rudolphines, œuvre de longue haleine commencée en 1601 et achevée en 1624.. Le Danois n’avait pas son pareil pour observer le ciel, et à sa mort, il lui lègue (fortune d’un Soleil en VIII) un véritable journal continu des phénomènes astronomiques de trente années (note saturnienne) de relevés célestes.

C’est en dépouillant cette masse prodigieuse de positions que Kepler va découvrir les trois grandes lois astronomiques qui immortalisent son nom. La première nous apprend que chaque planète décrit une ellipse autour du Soleil ; la deuxième qu’elle va sur cette ellipse d’autant plus vite qu’elle est plus rapprochée du Soleil ; la troisième – à elle-seule, un bilan de dix-sept années d’efforts – nous enseigne à calculer (les carrés proportionnels aux cubes)  sa distance en fonction de la durée de sa  révolution. Ce qui est révélé là, c’est notre monde gouverné par des relations mathématiques : quintessences, dépouillement, réduction à l’essentiel, ces lois des mouvements célestes permettent enfin de calculer les positions des planètes à partir de leurs causes, l’astronomie devenant une physique céleste. Kepler peut ainsi déclarer : « Chronos, le dieu du temps, a trouvé son nouveau maître, horloger. »

Ces lois devaient contribuer à l’édification du monument de l’astronomie moderne. Il manquait encore le suprême architecte pour en donner la clé. Ce génie fut Isaac Newton né à deux jours de l’anniversaire de Kepler (lequel était né à 14 jours de celui de Tycho-Brahé) , avec un Soleil capricornien au même endroit et au sextil de Saturne, comme chez l’astronome wurtembourgeois. C’est précisément en se consacrant à l’étude des lois des mouvements des planètes de celui-ci que Newton fut amené à l’énoncé de la loi unificatrice de la gravitation universelle qui régit notre monde solaire.

Ainsi a-t-on assisté à un admirable enchaînement des apports de ces génies à la fondation de l’astronomie moderne, Kepler ayant réalisé son œuvre grâce à celle de Tycho-Brahé, comme Newton grâce à la sienne : sous une triple signature de conjonction capricornienne. Ces aristocrates du savoir auront finalement doté l’humanité d’une œuvre saturnienne grandiose tenant en quelques équations : même si leur édifice scientifique a été largement dépassé, il reste que leurs lois impérissables défient le temps, gagnées qu’elles sont à l’éternité.

Sous le buste du génie, l’homme Kepler était si manifestement saturnien introverti (à l’image plus particulière du besogneux et obscur Saturne-Scorpion en VI) qu’il est devenu une légende : celle du malheureux savant à la vie misérable. Il naît avant terme, chétif, mal soigné dans sa prime enfance, puis délaissé par ses parents. « Toute sa vie poursuivi par une malchance tenace, courant continuellement après un écu, voyant ses enfants mourir, sa femme tomber épileptique, sa mère menacée du bûcher comme sorcière, chassé lui-même de province en province à cause de ses opinions religieuses et ne parvenant pas à se faire payer ses appointements … » (Pierre Rousseau :  Histoire de la science , Fayard, 1945).

Ainsi se représente-t-on le pauvre astronome continuant de s’enfoncer dans la détresse jusqu’à la misère la plus profonde. Il meurt dans une chambre d’auberge après avoir épuisé le reste de ses forces à réclamer en vain le paiement d’un arriéré de travail, tandis que le jupitérien Tycho-Brahé avait succombé à un festin trop copieux, et que le jupitérien Galilée s’affrontera non sans provocation au pouvoir religieux..

 

I  s  a  a  c      N  E  W  T  O  N

 

Différent de Kepler, derrière lequel il continue à découvrir les lois du monde cachées dans les chiffres, Newton n’en est pas moins un introverti typique d’un autre genre.

Dans son thème (Urania, Jan-Sep. 1880, A.J. Pearce), le Soleil du Capricorne, sortant du FC, est centralement triangulé par sextils au trigone d’une conjonction Jupiter-Saturne en Poissons à Uranus du Scorpion entrant en I, Saturne faisant au surplus trigone au MC, quinconce à l’AS et carré à Mercure en III. ; outre que, au plus haut de son plein, la Lune du Cancer sort de sa culmination.

Cet homme ne vécut que pour calculer et penser, au point d’en oublier ses repas … s’entendent à répéter ses biographes. Avec lui, une autre légende d’homme de science fait son apparition : celle du savant saturno-lunaire dénué de sens pratique et perpétuellement « dans la lune ». Les moindres choses, les plus humbles phénomènes de la vie quotidienne l’entraînent dans la songerie du schizoïde. C’est un rêveur qui se plonge dans les méditations les plus profondes, hors du monde extérieur. Ses besoins corporels constamment oubliés ne pouvaient le distraire. C’est, répète-t-on,, la vue de la chute d’une pomme qui entraîne ce songeur sur la piste de l’attraction universelle dont il découvre la loi au bout d’une quinzaine d’années.

Newton est en même temps un homme simple, tranquille, modeste, timide, réservé, craintif, continuellement plongé dans ses pensées, parlant peu et mal, s’intéressant médiocrement à ses interlocuteurs. Ce qui, par compensation,, suscitera le soupçon et les réactions coléreuses d’un Mars du Taureau en VII opposé à Uranus qui lui vaudra bien des querelles. Solitaire, célibataire, ce taciturne enseigne pendant trente ans à Cambridge sans y former un disciple digne de lui. Il lui arrive même de n’avoir pas un seul auditeur à son cours, ce qui le ravit. Député presque malgré lui, à la Chambre des Communes,, il y est absolument muet, assistant scrupuleusement au séances sans y ouvrir la bouche. Il fera aussi un fonctionnaire consciencieux, l’homme étant au surplus très pieux et très austère. La fortune et les honneurs n’eurent sur son caractère aucune influence, et malgré la grandeur de son œuvre, jamais il n’eut la pensée de se croire exceptionnel : « J’ignore ce que le monde pensera de mes œuvres, mais il me semble que j’ai été comme un enfant jouant au bord de la mer, trouvant ici un galet mieux poli, là une coquille plus agréablement nacrée, tandis que l’océan infini de vérité m’offrait son immensité inexplorée.

Sa découverte est prodigieuse. Tous les corps, et les astres en particulier, révèle-t-il, s’attirent proportionnellement à leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. D’un coup, il déduit mathématiquement  les lois planétaires que Kepler avait trouvées empiriquement ; il calcule la masse du Soleil, celles de la Terre et de certaines planètes ; il explique la précession des équinoxes, annonce l’aplatissement du globe aux pôles, reconnaît les irrégularités du mouvement de la Lune, expose le mécanisme des marées, dépouille de son obscurité la course des comètes et amorce la mécanique céleste.

Comment êtes-vous parvenu à vos découvertes, lui a-ton demandé ?  En y pensant toujours. Je tiens le sujet de ma recherche constamment devant moi et j’attends que les premières lueurs commencent à s’ouvrir lentement et peu à peu, jusqu’à se changer en une clarté pleine et entière.

 

U r  b  a  i  n      L  e     V  E  R  R  I  E  R

A sa naissance,  Saturne se couche, à la fois au sextil de Mercure en Verseau, maître d’AS, et au carré du Soleil, la Lune elle-même sortant de son carré (Saint-Lô, 11 mars 1811, 10 h, e.c.).

Il est le type même de l’astronome mathématicien. C’est un matheux de première force, un « calculateur-né, qui n’adorait rien tant que ces formules longues d’une lieue, hérissées de logarithmes à treize décimales, dont la seule vue donne le vertige aux non-initiés .» (Pierre Rousseau, idem). Le meilleur de ses loisirs est de se plonger dans la mécanique céleste et de rédiger des mémoires sur le mouvement de Mercure (qu’il a près du MC), sur celui des comètes …, ce qui lui ouvre les portes de l’Académie des sciences à trente-quatre ans.

Les astronomes avaient remarqué que la marche d’Uranus ne répondait pas exactement à la prévision  du calcul, s’avisant que ces perturbations devaient venir d’une planète au-delà de l’astre encore à découvrir. C’est à l’étude de cette irrégularité que, sur la recommandation d’Arago, allait se consacrer Le Verrier.

Après avoir accouché d’une montagne de chiffres couvrant des piles de feuilles, c’est au bout de sa plume, par la seule puissance du calcul, triomphe de l’abstraction, qu’il détermine la position et la grandeur approximative d’un corps céleste gravitant au-delà d’Uranus, à plus de quatre milliards de kilomètres de notre Terre, absolument invisible à l’œil  nu ! Il annonce sa découverte théorique de l’astre à l’Académie le 31 août 1846. Le 18 septembre, il envoie une lettre à J. G. Galle, patron de l’Observatoire de Berlin, lui signalant sa position à 325° de longitude. Quelques jours plus tard, celui-ci découvrait à l’endroit fixé la planète Neptune au bout de son télescope.

Mais , n’est-ce pas aussi, avec Saturne, la planète co-dominante du thème de Le Verrier ? Ces deux astres sont de part et d’autre du DS. Si l’AS est lieu de l’être, du moi pour soi, c’est du moi pour autrui qu’est celui du DS, lieu d’objet (« ce qui est placé devant » ou en face) : Neptune fut l’objet essentiel de sa vie. En plus de son angularité à l’horizon et de son sextil au MC, n’a-t-il pas aussi sa maîtrise sur le Soleil et le maître d’AS ?

Si l’on en croit la légende, ce cérébral schizoïde n’eut jamais la curiosité de reluquer « sa » planète au bout du télescope. Quand il fut nommé Directeur de l’Observatoire de Paris, il ne mit jamais l’œil à une lunette. Et même qu’il était solitaire, affligé d’un caractère épouvantable (s’étant mis « à dos » ses confrères de l’Observatoire), il avait une manifestation d’extraversion négative à vouloir briguer des titres un peu partout, par quoi l’on peut reconnaître son Mercure en X au carré de son opposition Mars-Jupiter.

Observation d’astrologie mondiale des années 1821-1834 de traversée du couple Uranus-Neptune en Capricorne : Laplace y achève son œuvre magistrale : La Mécanique céleste,  la plus complète expression de l’astronomie mathématique. Ainsi  assiste-ton à l’élaboration et au perfectionnement des méthodes et des grands principes théoriques, grâce auxquels se constituent les différentes sciences modernes : dorénavant, chaque science tend à se constituer et à s’exprimer en langage mathématique qui devient le moteur du progrès scientifique.

Avant de quitter le monde astronomique, offrons-nous un dernier portrait de mathématicien.

 

H  e  n  r  i       P  O  I  N  C  A   R   E

Naissance à Nancy le 29 avril 1854 à 1 h (e.c.) : Maître d’AS et à son trigone, Saturne est au FC, conjoint à la Lune, au voisinage d’une conjonction Soleil-Uranus en III. Voici ce que dit le même Pierre Rousseau de ce barbu à binocle aux quinze-cents mémoires qu’on a appelé le « prince de l’abstraction : « Si Poincaré fut et demeure pour le commun des mortels le type du mathématicien par excellence, distrait, toujours « dans la lune », et continuellement plongé dans des méditations dont une demi-douzaine de confrères sont à peine en état de comprendre la portée, il représente pour l’historien de la science, une étape sur la route des mathématiques. Poincaré, c’est, en effet, le couronnement de tous les efforts mathématiques du XIXe siècle : c’est la solution de tous les problèmes au bout desquels Laplace, Gauss, Cauchy, Weierstrass, Hermite avaient laissé un point d’interrogation ; c’est le mot Fin écrit au bas des questions fondamentales d’analyse et de mécanique. ». Outre qu’au XXe siècle, son nom est revenu à l’origine de la « théorie du chaos » (conjonction Soleil-Pluton).

A sa présentation au concours de Polytechnique, il fut d’une nullité invraisemblable en gymnastique et reçut un zéro en dessin : il fallut le changer en 0,1 pour qu’il soit reçu premier.  Plus tard, devenu professeur à Polytechnique, ses élèves jubilaient à le voir si maladroit à manipuler avec crainte et étonnement les instruments de ses démonstrations, l’expérimentateur étant nul. Ainsi que dans la vie pratique où sa concentration d’esprit l’absorbe au point d’apparaître comme un fantôme, absent, ahuri, sans oublier de fameuses distractions, rentrant par exemple de mission à l’étranger en rapportant dans sa valise un drap de lit à la place de sa chemise …

Avant de mourir à cinquante-huit ans, à l’image, cette fois, de Jupiter du Capricorne à l’AS, occupant magistralement la scène de la science, membre des académies et couronné par le Nobel, génie populaire tenu pour le géant de la pensée de son temps. Telle fut la part de son extraversion, conséquence et couronnement du génie de sa pure introversion.  Quittons maintenant les mathématiciens.

 

L  o  u  i  s      P A S T E U R

 

Avec cinq positions astrales rassemblées sur une trentaine de degrés, Poincaré pouvait apparaître  comme un « concentré », puissant réservoir de forces de l’esprit ; Que dire de Louis Pasteur qui en a six sur moins de 25° ?

Il naît à Dôle, Jura, le 27 décembre 1822, à 2 h (e.c.), au carrefour d’un renouvellement de quinze cycles planétaires. Ce Christophe Colomb du monde des microbes est, en effet, la charnière de deux mondes dans l’histoire de l’humanité : « Avant lui, les problèmes de la structure moléculaire des corps, de l’origine de la vie, du cycle éternel de la vie et de la mort dans la nature, étaient enveloppés du plus profond mystère. L’homme regardait sans les comprendre les phénomènes de fermentation et de putréfaction.  Il était impuissant à se préserver des maladies contagieuses, ne sachant ni leurs causes ni leur mode de propagation. Les chirurgiens n’osaient plus opérer, la moindre incision pouvant être une porte ouverte à la mort. L’infection puerpérale était la terreur des maternités. Industries des fermentations, médecine humaine et médecine vétérinaire, chirurgie obstétrique et hygiène furent transformées par ses découvertes. » (Pasteur Valllery-Radot). Telle fut, en effet, l’immense révolution pasteurienne.

Saturne pouvait-il mieux dominer à sa naissance ? Tout à la fois posé au DS, en même temps qu’au carré du MC et recevant les trigones de Soleil-Mercure-Vénus, ainsi que le semi-carré de la Lune ; au surplus maître des six astres du Capricorne ! Il est significatif qu’un tel cumul de déterminations saturniennes accompagne ce savant qui s’est acquis une gloire universelle et immortelle.

Comme concentré, peut-on trouver mieux ?  Ses biographes insistent d’abord sur la puissance d’un esprit froid, d’une implacable logique, d’une profondeur de réflexion s’appliquant au respect absolu des faits. Il est le chercheur-né, fait pour trouver ce qui est, même avec l’arme du scepticisme. C’est un travailleur infatigable, d’une inlassable patience, acharné à pénétrer au cœur de ce qu’il explore, d’une ténacité sans relâche, mettant au besoin des années à aboutir. Il est, au surplus, le personnage du pur savant : sérieux, pensif jusqu’à la morosité, distant, grave, intègre,  d’un total désintéressement, pour qui la science  est la plus exigeante des maîtresses.

Pasteur n’est toutefois pas qu’un introverti : le savant silencieusement penché sur son microscope, enfermé dans son laboratoire, n’entendant pas son épouse lui rappeler que le repas est prêt. Il est aussi un savant concret et positif, qui travaille sur le terrain, enquêtant sur l’épidémie des vers à soie ou celle des moutons atteints de la maladie du charbon, expérimentant à pleins bras pour atteindre son but. C’est que derrière Saturne, d’ailleurs en Taureau, intervient Mars, à la fois au FC et au carré de l’AS. Pasteur, doublement passionné (à froid et à chaud)  est aussi un intense qui vit dans l’ardeur, l’enthousiasme, et ne dédaigne pas de se battre en allant droit au fait. Sa vie aura d’ailleurs été un combat continuel pour imposer ses découvertes : un géant  de la pensée et de l’action, a-t-on dit de lui.

Consécration des analogies : la pasteurisation, c’est à la fois l’asepsie purificatrice à valeur de froid capricornien, et la conservation des liquides fermentescibles ainsi que des aliments que ne peut mieux symboliser Saturne en Taureau.

Offrons-nous pour finir le tableau des savants dans la lignée de Pasteur, deux autres figures également d’introvertis, afin d’en saisir la diversité d’expression.

 

E  m  i  l  e      R   O   U   X

Confolens, Charente, le 17 décembre 1853 à 22 h (e.c.). Saturne est au MC, aspecté du Soleil et de Mercure maître d’AS-Vierge.

Voici la silhouette que profile le Dr. D. Jonas (Cent portraits de médecins illustres, Académie, Gand, 1960) du premier directeur de l’Institut Pasteur après la mort de son fondateur, où il inaugure l’ère de la sérothérapie :

« Vivant comme un moine, au troisième étage de l’Institut Pasteur, ,dans une chambre d’interne, son pigeonnier, il ne s’est jamais marié ; il a eu une amie à qui il est resté fidèle jusque dans sa grande vieillesse. Il n’a jamais quitté ses manières de provincial à Paris. Dans les académies dont il était membre, rien ne l’intéressait que la science ; il détestait les réceptions, les dîners ; il n’aimait pas la musique, encore moins le théâtre. Il ne lisait que livres et rapports de science, sauf peut-être du Racine. Sa barbe était aussi inculte que sa chevelure ; il se faisait tondre comme une brebis au printemps ; jamais il ne se faisait coiffer. Quand la cinquantaine approchante l’eut rendu presbyte, il porta un pince-nez en fer blanc retenu par une ficelle derrière l’oreille comme on en vendait au Bon Marché. Il prenait toujours le métro et la seule lutte qu’il n’a jamais gagnée contre ses assistants a été celle de la voiture qu’on lui a imposée de force. Il estimait que c’était du gaspillage d’argent … Jamais Roux n’a abandonné sa pingrerie étriquée de petit rentier de faubourg quand il s’agissait de sa personne et de son confort ; dans son appartement régnait une pauvreté de franciscain ; il se contentait du peu dont son organisme avait besoin pour vivre et penser. L’homme le plus mal habillé et au pantalon le plus démodé parmi les habitants de l’Institut Pasteur était le directeur. Mais son œuvre fut capitale. C’est lui qui mit au point les sérums antitétanique, anticholérique et bien d’autres ». Et il refusa l’Académie française qui lui fut proposée à deux reprises. Dans tout ce tableau se révèle « l‘étroit »  (au sens caractérologique du terme) d’un Saturne bloqué par un sesqui-carré de Mars en Vierge au lever, dans la tonalité d’un anal retenu (au sens psychanalytique).

 

H  y  a  c  i  n  t  h  e       V  I  N  C  E  N  T

 

Bordeaux, 22 décembre 1862, 6 h (e.c.). Maître des luminaires et de Mercure-Vénus en Capricorne, Saturne-Balance culmine, au carré de la conjonction Soleil-Mercure-Vénus.

Voici le portrait qu’en trace son biographe Georges Guillain (« Notice sur la vie et l’œuvre du Prof. Hyacinthe Vincent, Académie des sciences, Paris, 1950).

« Il marchait lentement très digne, avait une attitude plutôt froide. Sous cette apparence de froideur se dissimulait une réelle bonté ; il était accueillant et courtois envers ceux qui venaient lui demander un conseil scientifique ou un avis sur leur carrière. Dans les réunions de savants, qu’il fréquentait, le professeur Vincent, lorsqu’il venait à la tribune faire une communication, parlait ou lisait lentement, très simplement, sans geste, donnant l’impression d’être assuré de ce qu’il avançait et de vouloir convaincre. Dans les discussions, si quelques objections lui étaient faites, il répondait toujours avec le même calme, la même dignité, n’élevant jamais la voix, conservant une entière maîtrise de lui-même. Son style était par sa simplicité, sa rigueur, son élégance, le reflet exact de son caractère et de sa mentalité … Aux séances de l’Académie de Médecine, il conserva toujours la même dignité, la même simplicité, la même courtoisie. Jamais il ne manifestait le moindre orgueil … Je suis convaincu toutefois qu’il n’ignorait pas la valeur de ses travaux, qu’il en avait une légitime fierté que jamais il extériorisait. (…) Le professeur Vincent détestait la vie mondaine ; il avait le culte de la famille (…) il possédait une riche bibliothèque de livres anciens et modernes. Il avait aussi réuni des faïences, des céramiques, des poteries dans des vitrines qu’il rangeait toujours lui-même ».

Tel était le savant qui découvrit les vaccins contre  la typhoïde et le tétanos, saturnien de sous-dominante vénusienne. A ces divers savants saturniens peut se joindre un petit nombre de ceux qui, parmi les grands, sont nés entre mi-décembre et mi-février : La Condamine, B. Franklin, Watt, Lagrange, Volta, Lacépède, Ampère, Darwin, Joule, Fabre, Ribot, Edison,  Becquerel, Hertz, Langevin …

Après un contrôle de Cattell en 1903, portant sur les mille plus grands génies de l’humanité (selon son jugement) et concluant à une prédominance de naissances à la saison froide, Pinter en 1933 pointait le mois natal de 1347 savants figurant dans l’American Men of science et confirmait un maximum de naissances en hiver. Ce sont ces natifs qui feraient la compagnie des savants introvertis. « Ce sont bien les savants les plus introvertis qui sont le plus souvent saturniens » conclut Michel Gauquelin. Sans doute en observerait-on aussi bien chez les ronds-de-cuir du CNRS …

 

 

P  H  I   L  O  S  O  P  H  I  E

 

La philosophie (« amour de la sagesse » impliquant savoir et vertu) se présente comme un vaste horizon ouvert à l’élévation de la conscience humaine entre les empires de la science et de la religion, dont elle a longtemps servi de trait d’union.

La pensée, en quête de connaissance supérieure, y exerce la réflexion désintéressée d’un esprit spéculatif , cherchant à comprendre l’univers et à ordonner la conduite humaine. D’abord confondue avec la science,, elle s’est dégagée d’elle comme savoir spécifique, fût-ce pour penser la valeur de la connaissance scientifique. De  même qu’elle voisine  avec le monde religieux par sa fréquentation des hautes sphères du spirituel, dans sa quête des causes premières et finales.

En abordant les philosophes, nous ne pouvons que rencontrer une élite de l’esprit dans l’ordre des méditatifs, tout en profondeur de pensée, absorbés dans leurs réflexions de longue haleine, confondus avec leurs systèmes, typiquement introvertis. Tels sont du moins la plupart – car le philosophe extraverti existe aussi, à la manière de quelques Encyclopédistes utilitaristes, dont Diderot – qui ont jalonné l’histoire de cette société spirituelle : Montaigne, Descartes, Pascal,  Locke,  Spinoza, Malebranche, Rousseau, Condillac, Kant, Maine de Biran,  Schopenhauer, Kierkegaard, Nietzsche … Contentons-nous d’aborder les plus typiques d’entre eux.

 

M i c h e l    d e    M O NT A I G N E

 

« Je nasquis entre onze heures et midi, le dernier jour de février mil cinq cens trente-trois »,  ainsi s’annonce l’intéressé qui, bientôt, se déclare être « ondoyant et divers ». Pas étonnant, puisqu’il présente quatre astres aux angles du ciel. Saturne n’en détient pas moins la préséance : il est à la fois conjoint à l’AS à l’entrée du Cancer, au trigone du MC et de Mercure, au sextil de la Lune maîtresse de l’AS, tout en étant dispositeur de quatre astres en Verseau.

Certes, le Jupiter du Sagittaire au DS, qui fait face à Saturne, et au sextil de Mercure, évoque le jeune homme en extravertion par sa tournée voyageuse de quelques années, exerçant quelques fonctions publiques (maire de Bordeaux), mais en un départ qui tourne court. Ses biographes donnent de lui le portrait d’un gentilhomme provincial qui, à trente-huit ans, se retire sur ses terres dans son château périgourdin, se réfugiant (complicité adjointe  du Cancer et des Poissons) plus particulièrement dans sa « librairie » du troisième étage de sa tour, en une vie recluse qu’il mène pour lire et méditer. C’est là qu’il y écrit ses Essais, commencés sans autre dessein que de noter ses pensées, afin d’y réfléchir. Cela devient un livre de confessions, de confidences, où l’auteur propose d’exposer son « moi » et se révèle de plus en plus à lui-même dans un tête-à-tête’ intime permanent.

 

Ainsi, lecteur, je suis moy-mesme la matière de mon livre.

 

Exigence de la raison jusqu’à la véracité (trigone Mercure-Saturne de MC à AS), ce cancérien contemplatif s’auto-analyse, tout lui étant prétexte pour revenir à soi, son jugement étant de prendre la mesure de son ignorance, de son incertitude ou de son doute (toile de fond Poissons-Neptune sur fond saturnien).

Je peins principalement mes cogitations, subject informe (…) Je m’estalle entier … Ce sont mes gestes que j’écris, c’est moy, c’est mon essence (…) Je m’estudie plus qu’aucun subjet (…) Toute cette fricassée que je barbouille icy n’est qu’un registre des essais de ma vie (…) Je mz gouste … Je me roulle en moy-mesme

C’est naturellement la part du Cancer avec une Lune au double sextil du trigone Saturne-AS/Mercure-MC qui se signale dans le règne narcissique de cette contemplation de soi, surtout lorsqu’il n’oublie aucun détail sur les variations de sa santé. Mais Montaigne dépasse l’égo lorsque, dégagé de son horizontalité saturnienne, son regard s’élève à la culmination de Mercure du Verseau qui le porte vers la sagesse d’un art de vivre.

 

C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir de son être.

 

Apprendre à se connaître, à être soi-même, au meilleur de son moi pour bien vivre selon soi et bien mourir, en harmonie  avec l’existence.

 

B  a  r  u  c  h     S  P  I  N  O  Z  A

 

Reconnaissons la légèreté du témoignage d’un cas sans heure natale connue. Si j’y recours, néanmoins, c’est que, de toute façon, nous sommes en présence d’une toile de fond qui tonalise la carte du ciel. Ainsi pour Spinoza né à Amsterdam le 24 novembre 1632. Saturne y constitue de toute façon la composante dominante d’un noyau central où il est conjoint à 1° du Soleil à l’entrée du Sagittaire et à 10° de Mercure en Scorpion. Configuration sur laquelle s’aligne aussitôt ce personnage de faible constitution, maladif, vivant de régime et d’une extrême sobriété, qu’accompagne un grand désintéressement personnel. C’est un contemplatif qui incline à la solitude et à le retraite, étant peu fait pour la vie du monde comme de ses réalités matérielles. Son esprit méditatif le confine tout entier, à part le polissage de verres d’optique, à la réflexion philosophique, à la poursuite de déductions métaphysiques exprimées au surplus en une pensée géométrisée. Moyen par lequel il vise à s’élever à la connaissance intuitive de l’essence des choses et à accéder à l’amour spirituel de Dieu. Ainsi tente-t-il un salut  individuel où, en une œuvre sévère, il unit en un pont  - saut sagittarien - la lucidité rigoureuse du rationalisme à  la profondeur de l’idéal mystique. Cela lui vaudra la persécution. Jusqu’à sa mort, ce solitaire aura vécu dans la grande pauvreté, voué uniquement à l’étude.

On trouve autant d’introversion chez son « jumeau astral » Jean MABILLON , né la veille à Saint-Pierremont/Ardennes : bénédictin qui, malgré ses pérégrinations consacrées à collectionner les manuscrits, passa sa vie à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés en travaux d’érudition.

 

N  i  c  o  l  a  s     M  A  L  E  B  R  A  N  C  H  E

 

Chez Malebranche également, né à Paris le  6 août 1638, se dégage de sa morphologie planétaire un axe oppositionnel, probablement angulaire, alignant  Saturne à 4° Verseau face au Soleil à 13° Lion et à Mercure à 27° Cancer. Ici, c’est la faible constitution d’un maigre longiligne à la douce mélancolie et au goût prononcé de la retraite. A vingt-et-un ans, Mallebrache épouse  l’état ecclésiastique pour se consacrer à sa vie intérieure. Il va passer son existence dans une étroite cellule de l’Oratoire Saint-Honoré à Paris, volets clos, pour une recherche de silence, d’obscurité et de solitude. Ses contemporains l’ont appelé le Méditatif. Sa concentration d’esprit ne le conduit pas seulement à la grandeur de la méditation ; elle rend sa pensée avide d’abstraction, de déductions métaphysiques, pour prendre d’autant plus de distance avec la vie corporelle, animale. Son paysage est le dépouillement d’un saturnien tendu (opposition), cherchant son idéal dans un accord de la raison et de la foi : la religion devient philosophie et les devoirs envers soi-même se résument à travailler pour sa perfection solaire.

 

J e a n – J a c q u e s     R O U S S E A U

 

Genève, 28 juin 1712 (acte de baptême sans heure). Soleil-Cancer sextil à conjonction Lune-Neptune-Taureau, laquelle est au carré de Saturne en Lion. Conjugaison de valeurs d’introversion.

 

Je naquis infirme et malade, je coûtai la vie à ma mère.

 

D’emblée, nous sommes dans l’entre du carré Lune-Saturne,, celui-ci probablement angulaire. Encore un chétif, dominé par sa maigreur et sa fragilité.

Je suis né avec un amour naturel pour la solitude (…) Tout ce qui m’est extérieur m’est étranger désormais … mon entier renoncement au monde …

Cet être de l’intériorité est celui d’une âme inquiète qui se replie sur elle-même, s’isole d’un monde dont elle se sent étrangère jusqu’à s’enfermer dans la solitude. Non sans l’accompagnement d’un penchant invincible à la mélancolie.

C’est au fond de son cœur que Jean-Jacques va chercher sa vérité, sur le chemin de la subjectivité égocentrique où se complait un narcissisme quelque peu masochiste. L’abandon à son rêve méditatif le conduit à se donner à soi-même, à ses émotions, sentiments et sensations. Voire jusqu’à faire quelque régression vers un passé imaginaire idyllique, vers le paradis perdu de l’enfance.

De là la quête autobiographique de son œuvre : Confessions, Dialogues (Rousseau juge de Jean-Jacques), Rêveries du promeneur solitaire … En contraste se présentent – dualité de Saturne-Lion en opposition de Jupiter-Verseau) – L’Emile, Le Contrat social, soit l’auteur des « Droits de l’Homme », l’apôtre du socialisme : liberté, égalité, fraternité. Contraste saisissant avec sa propre condition de misanthrope persécuté, le citoyen de Genève ayant vainement rêvé de séjourner en quelque tiède asile clos, peuplé d’ »êtres selon son cœur ».

Par le détour de l’intérêt de sa personne, Rousseau n’en aura pas moins fait entendre le langage perdu de la (mère) nature et invité l’homme moderne à explorer l’univers mystérieux qu’il porte  en lui.

 

E t i e n n e    d e     C O N D I L L A C

 

Encore un Saturne en position universelle couronnée le 30 septembre 1715 avec ce grenoblois, l’astre à 28° de la Vierge n’étant rien moins que conjoint au Soleil, à Mercure et à Vénus. Là aussi, une constitution fragile au départ. Une prêtrise non exercée mais donnant le ton d’une nature sérieuse et laborieuse. Une vie retirée. L’existence sage et réglée d’un homme simple, qui n’aime que le travail solitaire et la méditation, et dont la vie n’est guère que celle des idées, son tempérament de logicien l’intéressant plus particulièrement au fonctionnement de l’esprit humain.

 

E  m  m  a  n  u  e  l       K  A  N  T

 

Longtemps j’ai traîné  la version d’un thème  (dans Jupiter § Saturne)  de Kant : celui de Modern Astrology reproduit dans le Book of Notable Nativities d’Alan Leo, qui le faisait naître à Koenigsberg le 22 avril 1724 (ancien style) à 5 h, horaire plaçant un superbe Saturne du Capricorne  au MC Nous savons depuis que l’acte de baptême le fait naître à 3 h, alors que Jupiter culmine.

Cela peut déranger, en première impression quand on connaît le personnage, de voir, au contraire, se lever un Jupiter, il est vrai du Verseau et harmonique, mais cette signature n’en illustre pas moins le « sage de Königsberg »: homme de société : « chantre de la loi morale » adulé par la jeunesse allemande qui recueille les paroles du maître ; personnage public même puisque hommes d’Etat et diplomates les plus célèbres l’honorent  en le considérant comme le grand esprit éclairé de l’Allemagne de son temps et en lui rendant visite dans sa profonde retraite.

Cela n’empêche pas que l’individu Kant est d’une facture particulière d’introverti qui se détecte à travers deux triangles dissonants, l’AS recevant le carré Lune-Saturne et le MC le semi-carré et le sesqui-carré d’une opposition Soleil-Uranus maître d’AS.

Au lieu de vivre son carré Lune-Saturne momentanément valorisé en profondeur et pesanteur d’âme comme Rousseau, sans doute parce qu’il touche l’AS, Kant le ressent organiquement. C’est un homme de petite taille et maigre (un squelette quand il mourra), qui se laisse absorber, avant de se propulser vers les cimes de l’entendement, par les tracas que lui cause son corps : des troubles digestifs précisément

(complexe de mère-nourriture) ; sa constipation, son premier souci, pour laquelle il prend sa dose matinale d’aloès, et ses embarras gastriques. Une manière quelque peu hypocondriaque de vivre un narcissisme pensant, surcompensé par une vie sèche, étroite, austère, peu tracassée par le cœur ni par la fesse, une uniforme et glaciale existence (à la sécheresse en fixité et raideur saturno-uranienne participe la secondarité Taureau).

Sa vie s’est passée tout entière dans son cabinet – à peine même est-il sorti de sa ville natale – comme celle d’un observateur tout à ses études et méditations. Dans une rectitude de conduite tracée au cordeau , avec des manières frileuses comme de toujours fermer les fenêtres de sa chambre été comme hiver, avec des rideaux  empêchant la lumière d’y pénétrer. H. Heine a évoqué la ponctuation de vie de ce bonhomme vêtu de son habit gris, sa canne à la main, sortant de chez lui pour se diriger vers la petite allée de tilleuls, ne croyant pas « que la grande horloge de la cathédrale de Koenigsberg ait accompli sa tâche avec plus de régularité que son compatriote Kant ». Et écoutons son traducteur Picavet : « … l’ordre était le principe de sa conduite, qu’il raisonnait jusqu’aux moindres actions de sa journée, se faisait surtout des maximes et s’y conformait si invariablement qu’elles semblaient faire partie de sa nature même.  Eveillé cinq minutes avant  cinq heures du matin, il était assis à sa table à cinq heures, prenait, seul, une ou deux tasses de thé, fumait une pipe, repassait par ce qu’il avait fait la veille, donnait ses leçons, puis de retour chez lui travaillait jusqu’à midi trois quarts, se levait de son bureau, prenait un verre de vin de Hongrie, du Rhin ou de Bischoff, s’habillait et à une heure se mettait à table. L’après-midi, il faisait  ces promenades célèbres dans lesquelles on le vit à peine deux fois en quarante ans dépasser la limite où il s’arrêtait d’ordinaire, pour avoir plus tôt un ouvrage de Rousseau ou des nouvelles de la Révolution française ; il les faisait seul parce qu’il respirait d’après des règles qu’il s’était faites, comme il s’en était fait sur la manière d’attacher ses bas. Rentré chez lui, il lisait les journaux, puis s’installait à six heures pour le travail du soir dans son cabinet où il entretenait constamment une température de 15°, s’asseyant en hiver et en été auprès du poêle de manière à voir les tours du vieux château, et il ne pouvait continuer ses méditations quand les arbres, par suite de leur croissance, lui en cachaient la vue. Puis vers dix heures, un quart d’heure après qu’il avait cessé de penser, il se couchait dans une chambre sans feu, dont les fenêtres étaient fermées toute l’année, se déshabillait avec méthode et se couvrait dans son lit  avec une habileté particulière. »

On n’est pas loin d’une automatisation d’insecte. L’inhibition de l’affectivité jusqu’à la vie naturelle de l’animalité (en quoi Uranus prête main-forte à Saturne dans leurs dissonances aux luminaires et aux angles), à la limite de l’automate, y apparaît comme un facteur majeur, ainsi que le révèle l’épisode du décès de sa compagne : « La malade avait à peine rendu le dernier soupir qu’il s’était remis dans son lit, toujours dans la même alcôve. Il ne tarda pas à s’y endormir et ronfla paisiblement jusqu’au lendemain matin, heure ordinaire. » (J.B. Descuret). C’est dans un ordre parfait et dans le même calme qu’il mourut.  La conjonction de cette répression du sensible et d’une forte cérébralité de secondaire, tel est le paysage introverti de Kant.

 

M   A   I   N   E       D  E      B   I   R  A   N

 

Bergerac, 29 novembre 1766,  21 h  (données de Naville, Bibliothèque universitaire de Genève (com. Pierre Roussel, Cahiers astrologiques, n° 77).

Jusqu’à maintenant, nous avons relevé angularités de Saturne, aspects de celui-ci, surtout aux luminaires et présence des signes saturniens, voire accompagnement lunaire ou neptunien. Cette fois, une autre cause de l’introversion se découvre.

Nous sommes ici au règne d’un champ de dissonances : trois oppositions outre deux de Saturne avec carré en croix … Cela rejoint cette définition que Jung fait de l’introverti : « Chez lui, il se glisse entre la perception de l’objet et sa propre action une opinion personnelle qui empêche l’action de prendre un caractère correspondant à la donnée objective. La réaction habituelle de l’introverti est une réaction d’arrêt, de critique, de retour sur soi-même. » Il faut voir là un effet de conflit qui, ici, est l’expression de la dissonance., au point d’avancer cette généralisation : les thèmes à dominante harmonique penchent vers l’extraversion, comme ceux à dominante dissonante inclinent vers l’introversion.

Or, dans ce genre réactionnel, le conflit est d’autant plus sensible que le champ de dissonance confronte le trio Soleil-Lune-Mercure, centres vitaux, au duo Saturne-Uranus, expression de valeurs de surmoi à tendance répressive. On remarquera un parallélisme d’aspects chez Kant et chez Maine de Biran, et il s’agit là de natures bloquées, d’êtres noués, leur introversion étant typiquement le produit de conflits intérieurs. La tension du conflit chez Maine de Biran est celle d’une croix dans la quaternité des signes doubles (outre le carré Lune-AS et le sesqui-carré Soleil-MC) suggérant l’impression d’un être dissocié, dispersé, émietté, livré à tous les vents.

Rien qu’à la forme de son oeuvre, il est aisé de s’en apercevoir. Maine de Biran n’a presque rien publié de son vivant, alors qu’il a constamment écrit, et l’histoire de ses manuscrits est tout un poème. C’est que l’écrivain tourne en rond autour de ses mêmes pensées, surcharge ses textes de répétitions et redites, efface le lendemain ce qu’il a écrit la veille, laissant des textes inachevés, des papiers d’un désordre extrême et si indéchiffrables qu’il a fallu plus d’une trentaine d’années pour les mettre à jour.

Ce qui le sauve de son chaos intérieur, c’est la prononciation centralisatrice de la configuration nombriliste du carré de son AS à sa Lune en IV, puisant ainsi dans la source de sa condition subjective, le sentiment du « moi » au centre de sa réflexion allant nourrir pendant plus de trente années son célèbre Journal intime.

Quand on a peu de vie, on est plus porté à observer les phénomènes intérieurs.

Avec  son complexe dissonant et cette note lunaire de la IV, on comprend que Maine de Biran ait eu une santé délicate le rendant sensible à sa cénesthésie, dont il fait dépendre son « sentiment de l’existence ». Personne n’a été aussi sensible que lui à la subordination de ses états organiques, aux influences des variations du temps sur sa vulnérabilité, aux caprices de l’humeur.. Dès qu’il commence en 1794 son Journal, il note les impressions fugitives de son âme. Aux premières pages, après une description à la manière de Rousseau, il écrit ces phrases significatives :

Ainsi cette malheureuse existence n’est qu’une suite de moments hétérogènes qui n’ont aucune stabilité. Ils vont flottant, fuyant rapidement, sans qu’il soit jamais en notre pouvoir de les fixer. Tout influe sur nous, et nous changeons sans cesse avec ce qui nous environne. Je m’amuse souvent à voir couler les diverses situations de mon âme ; elles sont comme les flots d’une rivière, tantôt calmes, tantôt agitées, mais toujours se succédant sans aucune permanence (…) Je m’évanouis dans les songes de chaque jour …

Si l’on peut ridiculiser les raideurs jusqu’à la fixité de Kant, c’est la fluidité évanescente qui n’en finit pas ici, à la limite de l’obsession (Lune en Scorpion), détresse dont l’introspection devient douloureuse. C’est sur une vision dramatique de soi que débouche finalement son auto-exploration : Je suis un homme déplacé et manqué, je ne me trouve en harmonie ni avec les choses ni avec moi-même ‘…) J’assiste à ma mort avec les forces entières de la vie (…). Dès l’enfance, je me souviens que je m’étonnais de me sentir exister : j’étais déjà porté, comme par instinct, à me regarder en dedans pour savoir comment je pouvais vivre et être moi. » Ce psychasthénique ne se doutait pas  qu’à force de plonger dans son être et d’y trouver un grand vide, un fonds stérile et froid,, son âme désemparée finirait par chercher refuge dans la religion. Mais il n’en aurait pas moins contribué à réhabiliter une psychologie de la subjectivité.

 

A  r  t  h  u  r       S  C  H  O  P  E  N  H  A  U  E  R

 

Dantzig le 22 février 1788 entre 12 et 14 heures, selon le souvenir du père. En adoptant le mi-temps, Saturne sort de la culmination ; un Saturne puissamment escorté des conjonctions du Soleil et de Mercure en Poissons.  Avec lui prime la Lune en Vierge, maîtresse de l’AS au FC, tandis que Mars et Uranus sont de part et d’autre de l’AS.

C’est d’ailleurs du pôle saturnien de  sa nature que Schopenhauer va prendre le plus rapidement  conscience. Cela à l’occasion d’un voyage familial en Europe occidentale effectué à ses 14-15 ans (conjonction en IX). Déjà, ce jeune garçon se met à tenir quotidiennement un   Journal de voyage  (qui remplira trois gros cahiers) pour y noter ses réflexions. Ce qu’il va en retenir, notamment d’un spectacle de galériens à Toulon, c’est l’impression d’une souffrance du monde dans la vie quotidienne. Quand, dix ans plus tard, il reverra ses notes pour rédiger son  Monde comme volonté et comme représentation, il en arrivera à se demander si nous ne sommes pas tous compagnons de souffrance d’une colonie pénitencière (Saturne-Poissons). Ces impressions de voyage ont définitivement cristallisé le pessimisme schopenhauerien : A dix-sept ans, alors que je n’avais reçu qu’une formation scolaire des plus médiocres, je fus saisi par la détresse de la vie, comme le fut Bouddha dans sa jeunesse lorsqu’il découvrit l’existence de la maladie, de la vieillesse et de la mort.

Si la joie dilate avec l’étalement de l’extraversion, la douleur contracte et creuse dans les plis de l’introversion. Il ne faut donc pas tellement s’étonner que les extravertis soient plutôt généralement gais et les introvertis à prédominance d’humeur morose ou triste. Or, d’un pessimisme féroce (en intensité martienne) érigé en métaphysique (cérébralisation uranienne), Schopenhauer ne voit que le mal en ce monde : la douleur y est partout, la vie devenant une horreur.

L’opposition du trio des Poissons à la Lune est révélatrice d’un déchirement entre les deux pôles de son être : l’esprit et l’instinct, la connaissance et la nature. Il n’y a pas mieux qu’une Lune au FC (à plus forte raison, maîtresse de l’AS) pour symboliser l’avènement de la vie, l’incarnation, la racine du vouloir-vivre. C’est justement à cela que s’oppose l’instance saturnienne, comme une pensée déconnectée de cette souche vitale. Sous un tel regard, ce vouloir-vivre est la mère de tous les maux : nous sommes emprisonnés dans un cycle où au désir succède le mal de vivre, le champ du bien-être et du bonheur étant étouffé par le jeu envahissant de l’ennui alternant avec la souffrance.

Au plan des relations immédiates, cette même opposition situe notre saturnien en antagonisme avec sa mère, après avoir été sans doute si près d’elle dans son enfance. C’est en tout cas elle le symbole de cette incarnation qui va devenir à ses yeux une véritable chute. Il finira par se brouiller avec cette mère qui le déshéritera. Sa misogynie vient de là : on connaît la peinture féroce du monde féminin que ce célibataire endurci fait dans son Essai sur les femmes . Avec elles,, ses relations ne pourront qu’être désagréables, sarcastiques, contrebalançant mal son sentiment d’insécurité ; des rapports sexuels dépourvus de sentiment (carré Vénus-Mars) avec un manque affectif reporté sur sa sœur Adèle à qui il écrit de tendres lettres (Lune en III) ; bref, solitude affective. 

Le conflit s’intensifie du fait que Mars du Cancer au lever fait un carré à Vénus du Bélier à l’approche de la culmination. Entendant fouler aux pieds sa libido dans un parti-pris de répression, toute sa vie il va se plaindre de la tension érotique de sa chienne de sexualité, la traitant en  ennemie personnelle ainsi que la femme, cet instrumentum diabolique (Mars en XII). S’il reprend la boutade de Byron (« Plus je vois les hommes, moins je les aime ; si je pouvais en dire autant des femmes, tout serait pour le mieux »), ce célibataire misogyne  n‘en est pas moins payé de retour (débilités du couple Vénus-Mars), les femmes ne voulant pas de lui. Aussi conçoit-t-on que le philosophe fasse du désir, manifestation passionnelle du vouloir-vivre, la racine de la souffrance.

Mais pour un être dont la dissociation affectivité-cérébralité est si prononcée, une telle tension intérieure ne va pas sans retournement névrotique. On connaît ses états phobiques : peur de la contagion, de l’incendie, de l‘agression nocturne, de l’indiscrétion (Lune-Vierge sous dissonance saturnienne). Manifestations particulières  de l’introversion conduisant à un comportement d’auto-protection.

Son inadaptation est d’ailleurs générale. C’est l’échec dans sa carrière professionnelle à Berlin ; en peu de temps, son auditoire baisse et il finit par parler devant une salle vide ; outre des démêlés orageux avec l’entourage féminin de l’établissement. Déboires universitaires et juridiques qu’aggrave une mévente considérable de son livre. Professeur sans élèves et écrivain sans lecteurs, ce solitaire s’enferme dans sa chambre et rumine sa doctrine dans le dégoût mélancolique  de son échec.

Il est naturel que cette doctrine portât la marque de cet état dépressif qui fait le fond de sa nature saturnienne. Ainsi, lorsqu’il fait de l’ennui le fond même de l’affectivité humaine et, du même coup, le problème spécifique de sa vision philosophique : l’ennui n’est autre qu’un bas régime de vivre, un creux, un vide, une panne, voire un temps mort ; mais non pour autant une note suprême. Malgré la compensation de son carré Lune-Jupiter qui en fait un gourmand, client assidu des bons restaurants, composante qui ne suffit toutefois pas à relever sa faiblesse intérieure motivant sa métaphysique de l’ennui.

Typiquement saturnienne et plus spécifiquement « Saturne-Poissons »  est sa doctrine de libération : si le désir est la racine de la souffrance,, c’est son extinction qui est la délivrance. Contre le mal de vivre, le remède est la négation du Vouloir-vivre : il faut, grâce à la contemplation,  se dégager, soit renoncer au monde et se déprendre de la vie.  Ainsi, Schopenhauer est-il devenu une grande source du nihilisme de l’Europe de nos temps.

Après avoir créé dans une flambée de jeunesse intense (Mars –Uranus) l’œuvre de sa vie à trente ans (retour saturnien) et être ensuite resté dans un long désert de vie monotone, de relative stérilité,  d’ignorance publique et de solitude, Schopenhauer devait connaître sur ses vieux jours un début de gloire fort appréciée, satisfait enfin – retour luni-cancérien -  de passer à répétition par le daguerréotype et de se laisser dessiner par les artistes.

 

S  ö  r  e  n      K  I  E  R  K  E  G  A  A  R  D

 

L’heure natale n’est pas mentionnée sur l’acte de baptême de Sören Kierkegaard qui le déclare né le 5 mai 1813 à Copenhague. Ne serait-ce pas né au lever du jour, alors que culmine Saturne en Capricorne ? Peu importe, cette planète est le foyer d’une configuration générale par le faisceau centralisateur de ses aspects, allant, depuis sa conjonction à Mars opposé Jupiter,  du trigone solaire à l’opposition lunaire en passant par le carré à Mercure, outre ses sextils à Uranus et Pluton, l’opposition luni-saturnienne apparaissant comme majeure..

Les signes saturniens sont immédiats : il naît chétif et malingre et sera fluet, de petite taille avec un dos voûté et une mauvaise santé. Au surplus pèse immédiatement sur lui la lourde tutelle d’un vieux père dépressif, grave vieillard d’allure patriarcale : enfant, ô folie !, je reçus le costume d’un mélancolique vieillard. Terrible situation ! dont il subira une sombre et austère éducation.

Sa condition première est du même coup de se plonger dans ses pensées : Je n’ai pas connu l’immédiateté, par suite à un point de vue purement et simplement humain. Je n’ai pas vécu ; j’ai tout de suite commencé par la réflexion. Je n’ai pas acquis un peu de réflexion avec l’âge Je suis, à vrai dire, réflexion du commencement jusqu’à la fin. Dès l’enfance solitaire, renfermé, recueilli.

L’existence silencieuse et obscure qu’il mène va justement trouver sa justification dans le besoin fondamental de cultiver sa subjectivité. Devenir subjectif est la plus haute tâche assignée à chaque homme ; de même que la plus haute récompense, une béatitude éternelle, n’existe que pour l’homme subjectif … C’est dans le débat permanent avec lui-même, et au-delà avec Dieu, qu’il cherche le sens de sa destinée. Ici, sa mélancolie elle-même œuvre à son devenir spirituel, au profit il est vrai d’une religiosité de la souffrance. Mais cette recherche, cette culture de l’intériorité, est son plus constant souci, afin qu’il soit « l’Individu » dans l’incarnation de sa foi. C’est le sujet, et lui seul, dans son univers intérieur, qui a la plus grande importance.

Comme Montaigne, il est lui-même la matière de ses livres, même hors de son Journal. L’événement majeur de sa vie est l’épisode des fiançailles, engagées puis rompues avec Régine Olsen (23 janvier 1823 : carré Soleil-Saturne), pour renoncer à jamais au mariage. On ne peut pas lire un livre de lui sans retrouver la présence directe ou indirecte de la fiancée perdue, à laquelle d’ailleurs l’ensemble de l’œuvre est dédiée (conjonction Soleil-Vénus). La fréquentation n’a duré que quelques mois, sa passion lui étant devenue aussitôt prétexte à des méditations sans fin sur l’amour et le mariage. Mais la rupture des fiançailles provoquées par lui, loin d’avoir été une fin, est devenue un grand commencement intérieur où sa conjonction Soleil-Vénus rejoint son opposition luni-saturnienne. C’est éloigné d’elle, condamné à un remord permanent, qu’il poursuit d’autant mieux le dialogue intérieur  avec l’immortelle bien-aîmée. Au fond de son cœur aura toujours plané l’ombre de Régine, qui aura été pour lui un amour abstrait.

Le côte-à-côte des oppositions Mars-Jupiter et Lune-Saturne dresse la force de son idéal d’individu chrétien à travers toute son existence. Mais  cette coalescence des contraires rend compte non moins de la terrible ambivalence qui ne cesse de le poursuivre ; Ainsi de l’angoisse comme de beaucoup de situations, qui est une antipathie sympathique doublée d’une sympathie antipathique. Sans oublier chez lui l’ironie, faite d’un cocktail de plaisanterie et de sérieux  …

Finissons sur ces deux citations encourageant à admettre l’orientation horaire suggérée ici

Je me suis jeté dans la vie avec une voie d’eau dans la cale dès le début et à cet effort pour me maintenir à flots à coup de pompe, je dois d’avoir développé une existence spirituelle hors de pair (…° Toi ? « Régina », souveraine de mon cœur, cachée dans la plus profonde retraite de mon cœur. (Lune-Cancer-FC).

Ma peine est mon château seigneurial, perché là-haut comme un nid d’aigle sur le faîte des montagnes. (Saturne-Capricorne-MC).

 

F  r  é  d  é  r  i   c      N  I  E  T  Z  S  C  H  E

 

“Kierkegaard est resté sa vie durant aussi seul que Jonas dans sa baleine » (Georges Gusdorf). Et Nietzsche, condamné par son génie à la plus terrible des solitudes ? Sa naissance survient à Röcken, Saxe, le 15 octobre 1844, à 9 h 30 mn selon l’acte de baptême inscrit des mains mêmes de son père le pasteur. Sa formule astrale est un tissage de dissonances où règne surtout l’opposition. Non seulement il s’en présente cinq, mais surtout il s’y dresse le face à face de deux conjonctions à l’approche du méridien – axe vertical centralisateur – outre que, tout à côté, c’est au Soleil qu’est opposé le maître d’AS Pluton, les deux astres extrêmes du système solaire.

On conçoit ainsi que, être essentiellement de division, de dualité, de tension, Nietzsche soit d’abord – Soleil, Mars, Uranus et Pluton étant des astres de Feu – un brasier d’hyper-excitation de vie intérieure :

L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l’abîme … Il est dangereux de passer de l’autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière – frisson – arrêt également dangereux.

De là les innombrables expressions de sa grandiose bipolarité : apollinien et dionysiaque, ultra-wagnérien et anti-wagnérien, misérable et surhomme, antéchrist et crucifié, , génie et fou … Son tiraillement intérieur aussi gigantesque en est venu à faire résonner en lui, dans une puissance fulgurante qui utilise ici les armes de l’extraversion, un souffle d’abîme venu du plus lointain des profondeurs, ressenti au dehors comme une grande secousse cosmique.

Si sa dualité le tourne vers le monde avec fracas en même temps que s’anime son intense vie intérieure, et s’il vit de ces conflits, s’en exalte et les exalte,  ce foyer d’incendie le consume autour d’une fragilité première. On a tout lieu de croire que la mort accidentelle de son père dans sa cinquième année (opposition Soleil-Pluton chargée perpendiculairement par les semi et sesqui-carrés  du carré Lune-Vénus), avec une Lune maîtresse de VIII en I)  l’a marqué à tout jamais. Et c’est à cette même configuration – déplacement solaire du père géniteur au Père sacré -  qu’il faut attribuer sa célèbre apostrophe qui sonne le glas de tout un monde dans lequel la croyance tombe en désuétude : « Dieu est mort ! » La Sainte Ecriture ne dit-elle pas, en divers endroits, que Dieu habite dans le Soleil, qu’il y a posé son tabernacle ?

De cette source de nihilisme vient son ultime intériorisation. Très tôt, Nietzsche s’est préoccupé de soi : Que suis-je ? est le problème capital de l’adolescent secret, replié sur lui, jusqu’à souffrir de la solitude., se  sentant en parenté intime avec le Manfred de Byron : Tous les gouffres de son âme, je les ai trouvés au fond de moi-même. Manfred, mais aussi Hamlet, son héros préféré : Comprend-on Hamlet ? Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. Mais, pour sentir ainsi, il faut être profond, il faut avoir un abîme en soi.

Blessé révolté, non conformiste en rejet de valeurs de bien-être, prophète inquiétant livré à une dénonciation de la tragédie de l’existence, apologiste de la dureté et de l’effort d’accession à une surhumanité, misogyne  noué au surplus, il est homme des sentiers abrupts et des sommets dénudés peu fréquentés. Dans son rapport à autrui, il a le sentiment d’être enveloppé de glace (note additive d’un MC au sesqui-carré de Saturne du Verseau), si bien que son contact est crispé. La solitude est là, qu’il recherche presque par défi, mais en même temps qu’il fuit. Elle va s’épaissir de plus en plus autour de lui.

Après dix années de professorat relativement médiocre, Nietzsche abandonne l’enseignement et cesse toute activité professionnelle à trente-quatre ans, pour raison de santé,, convaincu que la mort le guette à trente-six ans, âge du décès de son père. Désormais, suprématie générale de ses dissonances, il sera toujours maladif, tourmenté par des souffrances, presque aveugle, plus ou moins en état de réclusion, qu’il se terre auprès de sa mère ou s’abandonne à une vie errante. D’autant que le succès se fait attendre, ses livres ne se vendant pas, la quatrième partie de Ainsi parlait Zarathoustra n’ayant pu être tirée qu’à quarante exemplaires faute d’éditeur … A l’exception d’un ou deux, ses amis aussi l’abandonneront.

Mais qui pouvait le suivre jusqu’au bout de sa suprême aventure, surtout lorsqu’à l’incompréhension du génie s’ajoute la démence ? A l’entrée de 1889, c’est l’effondrement mental : une paralysie générale, d’origine syphilitique, qui l’isolera cette fois dans une nuit presque totale, jusqu’à sa mort survenue onze ans plus tard.

 

 

L  I  T  T  E  R  A  T  U  R  E

 

En abordant la littérature, c’est toute une population d’auteurs qu’il faudrait prendre en charge ; résignons-nous à ne présenter que  quelques-uns des plus représentatifs d’entre eux.

« La Lune est souvent en zone de forte intensité à la naissance des écrivains. Le tempérament Lune est donc dominant dans ce groupe »  répète Michel Gauquelin. A ce tempérament répond un portrait-type d’écrivain : beau parleur, spirituel, rêveur, sensible, doux, subtil, nonchalant, impressionnable, les traits introvertis y étant prédominants, précise-t-il, d’autant que nous sommes dans le règne de l’imaginaire.

Si l’écrivain extraverti est surtout fait pour le récit objectif, pour rendre la vie du monde : romancier réaliste, poète descriptif …, l’écrivain introverti, lui, exprime la réalité qui sommeille dans les profondeurs de son être. On connaît la fameuse révélation de Gustave Flaubert à la Lune au MC : Madame Bovary, c’est moi !. Le romancier introverti est avant tout à l’écoute de son âme et il ne peut donner vie aux personnages de son roman qu’en faisant parler ses voix intérieures. De même que nous avons ici le poète intimiste qui livre son cœur, le poète de l’âme, de la réalité intérieure, captant le chant subtil venu des profondeurs de la vie psychique.

Et l’écrivain du Journal intime ? Dans sa Caractérologie, René Le Senne a soin de différencier ce genre particulier du carnet de notes, de la chronique ou des mémoires. « Non seulement le rédacteur du Journal écrit pour lui-même, mais ce qui l’intéresse, ce n’est pas la matière objective des événements qui provoque sa méditation, c’est la manière dont ces évènements l’affectent lui-même. Ce qu’il analyse, ce n’est pas eux (…) Par la composition d’un journal intime, le Sentimental - Emotif – non-Actif   Secondaire – satisfait son goût de la solitude, son besoin de méditation morale, la curiosité pour lui-même, son attachement à son passé, sa prudence, son souci de l’idéal. Ce sont toutes ces tendances qui se composent dans son introversion. » Ces auteurs de Journaux intimes, chroniqueurs de leur âme, sont assurément les plus introvertis des introvertis, leur œuvre étant vouée à eux-mêmes où ils s’étudient, se parlent, se jugent et s’enferment en leur êgo. Nous avons déjà fait connaissance avec Montaigne, Rousseau, Maine de Biran, Kierkegaard ; vont suivre Sénancourt, Vigny, Thoreau, Amiel …

L’introversion arrive en renfort dans la littérature avec le Romantisme où y fait irruption une libération personnelle, l’épanouissement de l’âme ; outre qu’elle domine plus encore dans le Symbolisme où l’écriture devient une aventure spirituelle. Je ne saurais trop remercier Guy Michaud, Professeur de l’Université Paris X, pour les nombreux emprunts qu’il m’autorise à faire ici concernant divers auteurs, de son œuvre magistrale : Message poétique du Symbolisme  (Nizet, 1947).

 

F  r  i  e  d  r  i  c  h       S  C  H  I  L  L E  R

 

Marbach, 10 novembre 1759, 24 h (déclaration de sa soeur). Mieux vaut renoncer à traiter Schiller, pourtant cité par Jung, comparativement à Goethe – Soleil de midi de l’un face au Soleil de minuit de l’autre ? - car son thème présente l’imbroglio de nombreuses angularités.

 

F  r  i  e  d  r  i  c  h       H  O  L  D  E  R  L  I  N

 

Laufen:Neckar, 20 mars 1770 (pas d’heure sur l’acte de baptême). Dans Meridian 1987/5, une version horaire natale de 16 h 43 m est proposée, plaçant un Saturne du Cancer en IV, allant au devant de son traumatisme premier : la mort de son père dans sa seconde année. La dissonance générale du thème rend compte d’une introversion de type Poissons-XII-Neptune. L’esprit solitaire de cet inquiet le porte, en une indistinction vie-rêve-poésie, à la mysticité  du chant religieux où le poète est un missionnaire aux dons prophétiques. L’idéalisation illuminatrice d’un amour s’évapore dans une communion extatique avec la vie divine de la nature et ses éléments sacrés : l’éther, le soleil, l’océan, la terre, les fleuves …, forces fabuleuses dont lui, le poète, se croit le messager et le prophète. Délire spirituel avant de sombrer dans la nuit de sa démence où il finira les trente-sept dernières années de sa vie.

 

E t i e n n e   P i v e r t     d e     S E N A N C O U R

 

L’état civil fait naître Sénancour à Paris le 6 novembre 1770, sans mention d’heure.. Mais les astralités de ce jour sont suffisamment éloquentes en elles-mêmes pour se prêter à un témoignage de ce personnage si typique.. Car il appartient à la famille des introvertis par surcharge de dissonances : entre 4 et 6 oppositions, outre 2 carrés, avec un jeu de semi-carrés et de sesquicarrés. Ici également compte le couple Saturne-Uranus à valeur de surmoi surchargé, dont le carré frappe le Soleil dans son semi-carré à Vénus. C’est un être en dislocation.

Une enfance maladive dans une atmosphère casanière et étriquée de parents âgés et désaccordés, ainsi s’engage l’existence de Sénancour. Très tôt, la mélancolie le gagne, ainsi que le besoin de solitude. Découvrant Rousseau, très vite, il emboîte le pas au promeneur solitaire, méditant en errant à travers bois, prairies et montagnes. Il se laisse marier par raison et ne tarde pas à s’en repentir, son union malheureuse renforçant sa misanthropie et son isolement.

Ce contemplatif ermite va confier son désenchantement à l’écriture : Rêveries sur la nature primitive de l’homme, De l’amour (plaidoirie pour le divorce), Libres méditations d’un solitaire inconnu sur le détachement du monde … outre ce goût particulier de se cacher sous divers pseudonymes, comme pour creuser la distance entre son lecteur et lui.

C’est au comble de l’amertume et de la désespérance qu’il rédige son chef d’œuvre : Oberman : un journal intime, en quelque sorte, en l’espèce de quatre-vingt-neuf lettres que l’auteur s’envoie à lui-même pour confesser son étrangeté et sa désolation. Il s’y présente en personnage qui ne sait ce qu’il est, ce qu’il aime, ce qu’il veut, qui gémit sans cause, qui désire sans objet et qui ne voit rien sinon qu’il n’est pas à  sa place ; enfin qui se traîne dans le vide et dans un infini désordre d’ennui. Etranger au monde et à lui-même, héros d’une incurable tristesse, goûtant la volupté de la mélancolie,  (…), sur les sommets de gravité et d’austérité  qu’il a gravis., Oberon n’a trouvé que les places perpétuelles, une neige(…) encroûtée que les étés n’ont jamais fondue ; cœur glacé par le raisonnement depuis longtemps devenu son impuissance de vivre, à l’image de la paralysie dans laquelle il finira.

 

N     O     V     A     L     I     S

 

Weissenfels/Prusse, 2 mai 1772, 2 h (acte de baptême). AS mi-Verseau avec Saturne à 23° du Lion qui se couche, alignement au double carré d’une conjonction Soleil-Uranus, avec aspects neptuniens.

 

Le chemin mystérieux va vers l’intérieur …, telle est la voie de l’idéalisme angélique du grand mystique du Romantisme. La nature méditative de Novalis le conduit à se consacrer à une intuition capable de restituer la réalité fondamentale de la vie. Cette voie spirituelle est celle du Dieu caché au fond du cœur, le but essentiel étant d’approcher de ce centre divin de l’âme. Ainsi, à travers la nature et l’amour, ne va-t-il pas cesser de nouer alliance avec les puissances de la nuit, jusqu’à sa mort survenue dans sa vingt-huitième année.

 

H  e  i  n  r  i  c  h     v  o  n      K  L  E  I   S  T

 

Francfort-sur-l’Oder, 18 octobre 1777, 1 h (bapt.).Lune, Jupiter et Saturne angulaires, ce dernier dominant toutefois, au point de composer le personnage central de son univers intérieur, ce Saturne en Scorpion étant à la fois conjoint au Soleil et à Mercure, opposé à la Lune et au double semi-carré d’un carré Vénus-Mars. Le von Kleist de la postérité va se présenter, en effet, comme un « Saturnien de minuit à une heure de culmination lunaire et au plus bas d’un Soleil d’automne ».

Ainsi peut-on passer très vite sur ce lunaire que la tradition aristocratique familiale destinait à l’armée et sur le jupitérien qui , bravant l’indignation des siens, a la force de faire craquer le vieil uniforme prussien ; un Jupiter du Lion qui, par ailleurs, le poussa à une hypertrophie du moi dans la pose la plus avantageuse, la plus spectaculaire : l’ambition, la passion de la gloire. Mais cette grandeur dont il a soif, c’est précisément en direction des tendances du couple luni-saturnien du méridien qu’il la cherche, après avoir dû renoncer aussi aux déceptions amoureuses d’une Vénus de la Vierge dissonée par Mars, Saturne et Uranus.

Nous en arrivons ainsi à l’introverti, tout chez lui le déterminant à une intériorisation de plus en plus poussée, à un enfermement dans les profondeurs de sa subjectivité. Ce schizothyme caractérisé est un égocentrique schizoïde qui va montrer une grande répugnance à se plier à la vie sociale  pour s’enfermer dans une solitude où il s’abandonne à son monde imaginaire avec ses extravagances pulsionnelles.

Ainsi se présente l’exaltation romantique du poète, entré dans une « saison en enfer », livré à son démon intérieur. Rien ne peut mieux l’exprimer que sa première grande œuvre  dramatique : Penthésilée, cette guerrière antique qui s’abandonne à la sauvagerie, à une folie carnassière démoniaque (Chronos), régression au primitif qui s’accompagne d’un désespoir de vivre et d’un goût Saturne-Scorpion de l’anéantissement. Tout se ferme autour de lui, famille, public, patrie, venant ensuite la misère et la maladie.

Cette solitude ne pouvait que susciter sa hantise du suicide (Saturne-Scorpion). Il avait déjà proposé à sa cousine Marie, dont il avait été fort amoureux, de se supprimer avec elle, destin tragique qu’elle déclina. En lui, la femme, l’amour et la mort se tenaient compagnie : liens respectifs de ce Saturne avec la Lune et Vénus, elle-même conjointe à Neptune maître de VIII. C’est un suicide à deux qu’il devait finalement accomplir avec la dernière femme aimée, Henriette Vogel, à trente-quatre ans au lac de Wannsee.

 

F r a n z     G R I L L P A R Z E R

 

Vienne,15 janvier 1791, 10 h 30 m (déclaration de sa mère). Saturne à l’AS, carré au MC, double sextil à la Lune et au Soleil-Capricorne, outre Mercure-Mars en Verseau.

Pessimisme et tragédie. Une seule phrase de Lionello Vincenti suffit à le situer : « Dans les notes  des innombrables « Journaux » dans lesquels Grillparzer s’observait et s’étudiait avec une implacable sévérité, se manifestent une instabilité tourmentée et un déséquilibre profond : son unique refuge était la poésie. »

Dualité du personnage : au Saturne-AS fait face un Jupiter-DS, pôle de son coin d’extraversion. Ici se présente le Directeur d’un service d’archives ministérielles (Saturne) ; mais l’un nuisant à l’autre, cela devait donner à la fois un inadapté à sa carrière de rond de cuir et un auteur critiqué jusqu’à être oublié.

 

A  l  f  r  e  d     d  e      V  I  G  N  Y

 

Loches/Indre-et-Loire, 27 mars 1797, 22 h (e.c.). On attendait du Saturne : il se fait tirer l’oreille … Non angulaire, sans maîtrise, il ne fait qu’un carré à Vénus ; faut-il quêter un quintile au MC et un bi-quintile à l’AS ? La Lune ne le repêche pas, qui ne fait qu’un sesquicarré à l’AS. Mais Neptune vient en renfort par sa position à l’AS, sa maîtrise sur Mercure-Vénus-Jupiter et son trigone à Mercure. A l’imaginaire de Neptune-Scorpion, que chargent en tonalité dramatique Pluton au FC et Saturne en VIII, s’adjoint la forte cérébralité tendue de l’opposition d’Uranus-Vierge du MC à Mercure. Ainsi peut-on ranger, avec Le Senne, Alfred de Vigny « parmi les Sentimentaux introvertis ».

Au départ, néanmoins, son destin se joue sur la dualité de l’opposition  Neptune-Mars de l’AS au DS, le premier s’épaulant sur  le trio planétaire des Poissons et le second sur la présence des luminaires en Bélier.. Or,  fortement influencé par une mère tyrannique, Vigny s’était d’abord destiné à une vocation militaire : Il me pris alors plus que jamais un amour vraiment désordonné pour la gloire des armes (…) Ce ne fut que très tard que je m’aperçu que mes services n’étaient qu’une longue méprise et que j’avais porté dans une vie toute active une nature toute contemplative. Dualité du Feu et de l’Eau. Et Sainte-Beuve de formuler en la circonstance : « Ses deux vocations se tiraient en sens contraire ». Chatterton aura le dernier mot : En toi le rêve a tué l’action .Car le travail du poète, c’est la rêverie. Bonaparte ou Byron, poète ou capitaine. Si Mars ne l’a pas emporté sur Neptune, peut-être faut-il incriminer une constitution physique frêle et souffreteuse, jointe à une hypersensibilité qui en fait un sédentaire ; mais encore et surtout le climat pesant de la maison familiale qui a douloureusement marqué sa première enfance.

Dans sa Caractérologie, Le Senne s’est livré à une longue étude sur ce poète, facilitée par les confidences que Vigny fait dans son Journal d’un poète. Il y parle de « son extrême sensibilité refoulée dès l’enfance ». D’où un caractère vulnérable, réservé, distant, avec quelque raideur. Il se dit né sérieux jusqu’à la tristesse et profondément blessé, mais trop fier pour se plaindre. Le repli sur soi est sa démarche fondamentale ; il appelle ce mouvement : « rentrer dans son silencieux travail ». La plus grande partie de sa vie va se passer dans la méditation de lui-même. La voix de ma pensée se fait entendre si haut que le bruit extérieur ne s’étouffe pas ; le travail de mon âme parle fort et toujours. Jusqu’à un certain « somnambulisme » où le plongent son imagination et sa rêverie. L’objet de cette méditation intime du moi est le moi lui-même. Je suis toujours en conversation avec moi-même. « De Chatterton à Renaud, de Moïse à Samson, c’est de lui-même qu’il parle ou lui-même qu’il chante », convient Le Senne. Il en arrivera finalement à se dire : Je suis fatigué de moi à en mourir.

Cette vie intérieure prend un caractère accusé d’enfermement de typique tonalité Poissons qu’accentue la concentration de cinq astres en IV. Vigny a insisté sur son attachement à la vie solitaire, son refuge. La solitude dans le génie (Moïse), dans le bonheur (La Maison du berger), dans la piété (Eloa), dans l’amour (Samson), comme dans le malheur (La mort du loup). Il finira par quitter Paris pour sa « tour d’ivoire » en Angoumois, tenant à l’honneur de souffrir en silence, mais en finissant par admettre que …l’ennui est la grande maladie de la vie. Les citations les plus amères ne manquent pas sur sa souffrance qu’il se cache : Ma tristesse née avec moi, … Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse …La vérité sur la vie, c’est le désespoir. Il est bon et salutaire de n’avoir aucune espérance … N’est-ce-pas, en fin de compte, la voix nihiliste de Pluton maître d’AS au FC ?

 

G   i  a  c  o  m  o        L  E  O  P  A  R  D  I

 

Recanati, Marches, Italie, 29 juin 1798, 19 h 30 m (e.c.). Saturne s’alloue la préséance par sa position au DS, en conjonction du Soleil en Cancer et sa maîtrise sur l’AS ainsi que sur la Lune en Capricorne.. Disposition mutuelle luni-saturnienne angulaire de dangereux enfermement sur soi, au surplus dans un climat de culmination neptunienne.

Une telle signature reflète bien cet être de santé très délicate, à l’âme tendre vulnérable, dont une précoce avidité de vivre comble dans l’enfance un sentiment de grande solitude et une douloureuse contrainte familiale par une ivresse de lecture et un acharnement à des études folles et désespérées, jusqu’à un accablement où il se retrouvera à vingt-ans dans l’état d’un demi-infirme. La désillusion amoureuse va se joindre à sa détresse physique et morale. Son existence se passera à tenter d’échapper à son milieu familial dont il se sent captif, sans pouvoir sortir des rets  de son enfance, de son entourage, de la maison, de la terre natale, le reste étant errance.

L’inspiration du grand poète romantique italien est partagée entre l’appel de la jeunesse, un désir ardent de vivre dans une joie printanière de bonheur (aspiration  de conjonction Vénus-Jupiter du Taureau au trigone de la Lune) et cet accent de douleur qui est au plus profond de lui. Si bien qu’il chante surtout le thème désespéré du cœur qui bat à vide, du vain désir, de l’espoir enfui ; comme si , avec cette Lune du Capricorne opposée à Saturne, la femme lui était interdite. Plaisirs, fils d’angoisse …tout est vanité, hormis la douleur …

Certes, Léopardi se complait dans l’aggravation de ses souffrances, mais l’hypocondrie le gagne. C’est d’abord l’ennui qui le ronge : « Il en est tout rempli et tout pénétré » (Schopenhauer). Le monde comme la nature fait le  silence autour de lui. Après avoir fui sa campagne natale et s’être enfermé dans sa bibliothèque, puis cherché un impossible refuge dans les souvenirs de son enfance et vers une lointaine histoire,, il fera le grand repli intérieur, ramené à la conscience de soi dans une solitude brûlante et glacée, sans autre écho que sa profonde mélancolie.

 

G  é  r  a  r  d     d  e     N  E R  V  A  L

 

Paris, 22 mai 1808, 20 h (pas d’heure à l’e.c. ; source biographique, acte lu avant l’incendie de l’Hôtel de ville). Si Nerval tente jusqu’au bout l’aventure poétique secrètement enclose dans le mystère intérieur où la poésie fusionne avec la métaphysique et la mystique, c’est qu’il vit le drame d’une recherche de son moi : Je suis l’autre en arrive-t-il à dire pour exprimer la dualité intérieure qu’il ressent (5 astres en face de 3 autres à l’horizon). Cet autre, dont son œuvre porte maints témoignages avec les dédoublements de ses personnages. Ce qui se comprend d’autant mieux avec Neptune à l’AS : l’osmose est permanente entre le rêve et la réalité, ce qu’il appelle l’épanchement du songe dans la vie réelle. De même que son écriture est impressionniste avec des contours estompés et des personnages fondus dans leur atmosphère.

En février 1841, Gérard a sa première crise de folie : la psychose alternante avec agitation maniaque suivie de prostration (opposition Mars-Saturne) sur fond hallucinatoire (Neptune). Encore un double de supra et d’infra, étrange confusion du génie et de la démence dans ce voyage au bout de la nuit.

            Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Biron ? … Ma seule étoile est morte … après s’être scindée, chatoyant d’un double éclat, elle s’est atomisée sur le luth constellé du poète. Ces deux groupes astraux de part et d’autre de l’horizon, n’est-ce pas cette double représentation d’un être écartelé entre la brutalité de la matérialité (Mars-Taureau)  et la fascination de l’imaginaire, condamné à vivre insatisfait de la réalité et à subir l’envoûtement de ses rêves, en lui, folie et génie, déraison et inspiration s’y enchevêtrant ? Voire aussi  succession de crises mentales et de retours à la santé où, la plume à la main, Gérard se remet à vivre son rêve ?

Ce qui le hante, c’est la poursuite de l’image de la femme disparue (opposition Vénus-Saturne-Scorpion  qu’encadrent la Lune maîtresse de VIII et Mars maître de IV) :  « La morte » : Aurélia, l’actrice Jenny Colon,, mais qui se confondra chez cet inconsolé avec Isis, avec la Vierge et sa mère, disparue tôt dans son enfance, en une sorte d’appel de la tombe. Poursuivi par son double, le spectre de la Solitude, désespéré et en plein dénuement, Gérard sera trouvé pendu à l’aube du 26 janvier 1855, rue de la Vieille lanterne à Paris.

 

E d g a r  A l l a n   POE

 

Boston, 19 janvier 1809 vers 2 h (“3 heures après avoir quitté le théâtre », selon sa mère).Calculé pour 2 heures, l’AS se place au milieu du Scorpion et le MC fin Lion. Approximation de déclaration horaire autorisant un ajustement, plus pertinente est la version autour de 2 h 30 qui fait entrer Saturne en orbe de conjonction à l’AS, la conjonction Saturne-Neptune étant particulièremnt valorisée en I et au carré du MC., la Lune étant au surplus en conjonction du FC. La valorisation saturnienne est renforcée par le sextil de l’astre avec la conjonction Soleil-Mercure en Capricorne ; comme celle de Neptune l’est par ses carrés avec Lune-Vénus en Poissons où sont également présents Jupiter et Pluton. Encore une fois, Saturne, Neptune et Lune ont la vedette. Mais à eux se joint Pluton maître d’AS, en conjonction du trio Lune-Vénus-Jupiter et au semi-carré de Soleil-Mercure. Le tout compose plus largement un complexe : Pluton-IV-VIII, la quadruple conjonction étant en IV, la Lune y figurant en maîtresse de VIII.

On connaît l’histoire qui s’attache à cette association : la mère d’Edgar, abandonnée par son mari, meurt de phtisie alors qu’il a deux ans, l’enfant assistant à son décès. Le psychisme du poète en est marqué à tout jamais, qui le pousse au bord de l’abîme.

 

     Je n’ai jamais pu aimer que là où la Mort mêlait son souffle à celui de la Beauté.

 

A quatorze ans, alors qu’il écrit ses premiers vers, il tombe amoureux de la mère de l’un de ses camarades, promise à la folie et à une mort précoce (stance à Hélène). A vingt-six ans, il épouse sa cousine Virginia (Lune-Vénus FC) : le contour du front haut et pâle ,la peau rivalisant avec le plus pur ivoire, et puis cette chevelure d’un noir de corbeau …, lente moribonde qui va disparaître de tuberculose à vingt-cinq ans : « Chaque fois j’éprouvais l’agonie de sa mort et à chaque accès de sa maladie, je la chérissais davantage … Comme il s’éprend de la poétesse Frances Osgood, elle aussi atteinte de phtisie et vouée à la mort quatre ans plus tard. Une répétition sans fin de l’affreux cauchemar faisait revenir le fantôme de sa mère. Etrange Edgar, destiné à revivre les images macabres de son deuil, horribles autant que consolatrices et chères à son cœur. La mort en arrive même à prendre la place de la vie dans son œuvre, au pouvoir vampirisant (Ligeia, Morella…).

Jusqu’où va son introversion ? Une de ses premières poésies de jeunesse s’intitule : Seul. Le sentiment de la solitude est le climat qui s’installe en son âme dès l’enfance, le rendant rêveur, déjà presque visionnaire (Lune-Neptune-Poissons sur fond saturnien). Mais il n’en est pas moins habité par une intensité (Uranus-Scorpion au lever) qui fait de cet indépendant exigeant un passionné, alternant sans cesse entre l’exaltation effrénée et la hantise du suicide (AS entre Uranus et Saturne) sur les frontières du réel et du rêve. Avec la consommation de l’opium, un univers fantastique va hanter ses jours et ses nuits et le plonger dans une mélancolie qui va jusqu’à la désespérance du suicide. En son œuvre, les thèmes extatiques s’unissent aux thèmes de la mort ; ses contes s’emplissent de macabre, d’obsession et d’angoisse. Sans oublier la plongée dans la boisson : ses crises d’éthylisme le font voir par ses contemporains à l’image d’un possédé déambulant dans les rues en une fuite éperdue et finissant en épave. Mais qu’elle œuvre venue du plus profond de lui ?

 

H e n r y    D a v i d    T H O R E A U

 

Concord, Massachusetts, 12 juillet 1817. Pas d’heure déclarée pour le Rousseau américain, mais les astralités du jour natal parlent avec Saturne des Poissons relié par aspects à toutes les planètes, hormis les transaturniennes, en particulier avec le Soleil, Mercure et probablement la Lune en Cancer.

Chez lui, la fixation maternelle, nullement morbide, s’est déplacée en force sur la « mère nature ». De là le rêve d’une vie « naturelle », le bonheur auprès d’un étang et dans les forêts la révélation de l’écologie. Il y a du Robinson et de la retraite religieuse dans cette quête romantique du « bon sauvage ».

Ce rêveur indépendant , qui cherche la tranquillité, la solitude, la sauvagerie de la nature, fuyant du même coup la société des hommes, renonce aux avantages de celle-ci pour trouver dans la seule méditation quotidienne de la nature la matière de son immense Journal  où il inscrit son sentiment et ses émotions de vivre. Ainsi poursuit-il « de 1837 à 1860 dans la solitude, la rédaction quasi-amoureuse de ses « fiançailles » ininterrompues avec les pierres, les plantes, les oiseaux qui sont ses voisins dans le Massachusetts ; cela fait 39 volumes manuscrits où son âme sensible se dépose feuille par feuille ». (Le Senne)

…Ne paya pas l’impôt, n’alla pas à la messe, ne vola pas, ne se maria pas, ne mangea pas de viande, ne buva pas de vin, ne fuma pas  vécu seul …, ainsi se présente dans son Journal intime ce poète naturiste et libertaire en quête du grand Pan, génie saturnien ombrageux en rejet de société, comme clos dans l’œuf cancérien de son monde intime.

 

E  m  i  l  y     B  R  O  N  T  E

 

Thornton/Yorks, 30 juillet 1818, 15 h, biograhie. Saturne des Poissons est au FC et en opposition à Vénus et Mars maître d’AS. Privée d’affection et de soins dès la disparition de sa mère à deux ans, puis placée dans un sévère orphelinat, Emily Bronté est un cas exemplaire de saturnienne d’attache FC, dont le paysage intérieur désolé s’entend  avec la solitude désertique des bruyères et des landes duYorkshire où elle vit, livrée à elle-même, son climat psychique s’harmonisant avec les rafales et les tempêtes d’une nature en furie. Saturnienne à l’existence réduite et stoïque qui s’abandonne à la contemplation de la nature et pour qui tout un monde imaginaire constitue la vraie vie. C’est ce monde  âpre et rude de sensibilité dramatique que cette introvertie passionnée livrera dans « Les Hauts de Hurlevent ».

 

C  h  a  r  l  e  s      B  A  U  D  E  L  A  I  R  E

 

Paris, 9 avril 1821, 15 h, e.c.  Figure singulière que le thème de Charles Baudelaire qui concentre 7 astres sur 22°, en rassemblement de conjonctions, avec en plus celle d’Uranus-Neptune de l’année. Avant tout, on est en renouvellements cycliques et il n’est pas étonnant que Baudelaire ait créé un « frisson nouveau » (Hugo), apporté une « nouvelle manière de sentir » et soit considéré comme le précurseur-initiateur de la poésie moderne. C’est lui qui a ouvert l’âge poétique qui est encore aujourd’hui le nôtre.

La juxtaposition de ce stellium (où Vénus et Jupiter côtoient Mars, Saturne et Pluton), majoritairement en Bélier et en VIII, illustre d’une façon éclatante l’explosive ambivalence des instincts de vie et des instincts de mort qui le caractérisent : « Tout enfant, j’ai senti dans mon  cœur deux sentiments contradictoires : l’horreur de la vie et l’extase de la vie ‘…) Il y a en tout homme, à toute heure deux postulations simultanées : l’une vers Dieu, l’autre vers Satan … Dualité de son être déchiré entre sa soif d’une pureté-idéalité et sa fascination des « fleurs du mal », enlisement dans les méandres du néant.

C’est sur cette toile de fond que Saturne est promu au rang de suzerain. Le MC compose un triangle dissonant par ses semi-carrés à un quartier lunaire où la Lune du Cancer en X fait son carré au Soleil, précisément uni à Saturne à 2° d’orbe, lequel est aussi dans  l’orbe de conjonction à Vénus et Jupiter, non loin non plus de Mars et Pluton.

Dans son « Message poétique du symbolisme » (Nizet, 1974), Guy Michaud a relevé cette signature saturnienne : « Baudelaire, comme il l’avait fort bien compris lui-même, est un saturnien. Non seulement il en a la mimique : bouche pincée, nez aux ailes recroquevillées, tempes creusées, yeux enclavés dans l’orbite ; mais il en a aussi les traits psychologiques : vie intérieure intense, sensibilité inquiète et tourmentée, puissance de réflexion et de concentration, goût de la métaphysique et des spéculations abstraites, et surtout ce « sentiment de solitude » et ces « lourdes mélancolies » qu’il éprouvait dès l’enfance (…). Relèvent évidemment de ce « saturnisme » des thèmes comme le spleen, la hantise de la mort et la prédominance du noir qui marque sa poésie… »

On connaît, avec René Laforgue, la version psychanalytique de son traumatisme enfantin, expressif du carré de ses luminaires tendu par le MC : un profond et puissant attachement à sa mère (Lune-Cancer) et le décès à ses cinq ans de son vieux père (conjonction Soleil-Saturne en VIII), avec la haine contre cette mère aimée qui se remarie l’année suivante (carré à cette Lune), l’enfant mis en pension. Telle la chute d’un paradis perdu à tout jamais, Baudelaire se replie sur lui-même et son âme se referme sur une grande tendresse refoulée (conjonction Vénus-Saturne). A dix ans, il se sent seul au monde, mélancolique aspiré par le vide, traînant avec lui l’ennui, le « spleen », un dégoût que Sartre assimile à la nausée en une impuissance de vivre. De là l’évasion dans le rêve, le grand voyage intérieur, en une vocation poétique, non sans l’appel des paradis artificiels :

 

            Chaque jour vers l’Enfer, nous descendons d’un pas.

 

Rien n’évoque mieux l’amas de ses sept astres en VIII que ce que Guy Michaud appelle son « cimetière intérieur » avec ses « Fleurs du mal » où ce chantre des voluptés folles du vin et de l’opium plonge dans un univers macabre où l’être est assoiffé et obsédé de mort.

Malade, muré dans le silence d’une paralysie générale syphilitique (hémiplégie et aphasie), il meurt à 46 ans de congestion cérébrale (conjonctions du Bélier en VIII).

 

H e n r i   F r é d é r i c   A M I E L

 

Genève, 27 septembre 1821, 10 h, e.c. Voisin astral d’un  Maine de Biran et d’un Sénancour, Amiel appartient à la catégorie des introvertis de type dissonant dissocié. Quatre rapides sont en face de trois lentes, formant cinq oppositions, dont la Lune et Mercure avec Saturne, ainsi que le Soleil avec le maître d’AS, Pluton en IV, l’un et l’autre, au surplus, au double carré d’Uranus-Neptune, sans oublier Mars au carré de Jupiter-Saturne.

La pauvre existence qui est la sienne commence  sous le signe de Vénus du Scorpion en XII, maîtresse des luminaires si fortement dissonés : avec le Cancer en VIII, il perd sa mère à ses neuf ans et son père se suicide deux ans plus tard. Ennuyeux professeur, auteur obscur, misanthrope aux rares fréquentations, hormis une poignée d’amis (luminaires en XI), avec ses rêveries solitaires dans la nature, sa vie se passe en nombreuses intrigues féminines, ce vétilleux célibataire – puceau jusqu’à trente-neuf ans – épluchant sans fin et en vain les candidatures de mariage.

Sa vie véritable se passe dans le silence de sa « mansarde », enfermé dans ses lectures et, comblant une insuffisance d’être, la rédaction de son « Journal intime » :40 volumes de 16 840 pages ! Narcissique inlassablement plongé  dans son introspection pendant trente-quatre années, sans jamais rompre le monologue quasi-permanent avec lui-même. Ecartelé comme il l’est par son champ oppositionnel, le barrage à son élan vital le voue au surplace et sa « tendance naturelle est de tout convertir en pensée ». Décortiquant sans cesse son tourbillon de sensations et d’émotions, son « Journal » en arrive  à préserver l’intégrité d’un être qui se sent couler, disparaître, mourir tous les jours, en dépérissement, en évanouissement, et c’est l’encre de sa plume qui devient la plus sûre substance de sa vie.

Son Journal intime est effectivement la confession de soi à soi, Amiel en arrivant, non sans morosité, à ne plus vivre que pour se confier à lui-même dans un parfait confinement égocentrique. Moi que la solitude dévore et détruit, je m’enferme dans la solitude et j’ai l’air de ne me plaire qu’avec moi-même, de me suffire à moi-même. Disposition même au recroquevillement d’un être qui, pattes repliées, vit rentré dans sa coquille, pelottené sous sa carapace. Pureté solitaire : c’est là que « la vie intérieure doit être l’autel de Vesta dont le feu doit brûler nuit et jour. Notre âme est le temple saint dont nous sommes les lévites. Tout doit être apportè sur l’autel éclairé et passé au feu de l’examen, et l’âme se doit la conscience de son action et de sa volonté ». Jusqu’à l’introspection douloureuse et tyrannique, en débats de conscience et scrupules paralysants, d’un bourreau intérieur accusateur face à ses misères, sa mélancolie,, son stérile onanisme intellectuel, son néant vital.

 

E  m  i  l  y    D  I  C  K  I  N  S  O N

 

Amherst, Massachusetts, 10 décembre 1830, 24 h (biog. « E.D. » W. Harrings, 1892). Tandis que passe au FC une conjonction Soleil-Mercure-Vénus du Sagittaire, Saturne en Vierge vient de se lever,  avec l’AS au carré de ce trio planétaire et au semi-carré de la Lune du Scorpion, une Lune relayée à une conjonction Mars-Pluton du Bélier en VII.

Voilà un tempérament exigeant, corseté toutefois dans une austère éducation calviniste et victorienne, qui, à force de repli sur soi, en est arrivé au soliloque tournant au solipsisme.

Un amour malheureux pour un pasteur, auquel elle renonce pour éviter de briser la vie d’une autre femme, est le seul événement fondateur de sa vie.. A l’exception d’un bref séjour à Washington où se noue ce destin, elle passe toute sa vie retirée du monde, cloîtrée dans la maison familiale parmi seulement quelques proches, ne dépassant pas les grilles du jardin et refusant les visites. Pour meubler la solitude de son âme meurtrie, elle écrit secrètement sur les papiers qui traînent, dos d’enveloppe et de factures, des centaines de lettres, en particulier des poèmes, dont seulement trois ou quatre seront publiés de son vivant.

Ce qu’elle écrit en une incisive passion d’introspection évoque son Sagittaire spiritualisé : désir romantique d’identification panthéiste au Tout, ressenti dans une passion mystique, mais que stoppe le Saturne virginien : expression lyrique d’une conscience angoissée, au paysage intérieur hanté où la mort plus que l’amour est le thème dominant. « Elle mourut toute sa vie et sonda la mort tous les jours » (Aiken). « Les vers d’Emily dégagent une odeur de prison, mais ils sont illuminés de pensée » (Régis Michaud). Saisissant est le contraste Vierge-Sagittaire renforcé par le jeu planétaire, avec cette frêle vieille fille habitée par le grandiose, entre scepticisme et révolte, juxtaposant le quotidien et le sacré, le trivial et le sublime, et finissant par s’élever jusqu’à la transcendance.

 

S  t  é  p  h  a  n  e      M  A  L  L  A  R  M  E

 

Paris, 18 mars 1842, 7 h; e.c. Du lever à la culmination se détachent Saturne du Capricorne au MC, au quintile d’une conjonction Soleil-Uranus en Poissons et en XII, où est également Mercure, ainsi qu’une conjonction Mars-Pluton du Bélier à l’AS, laquelle faisant un carré à Jupiter conjoint à Saturne.

La personne et l’existence de Mallarmé prennent de bonne heure l’accent saturno-capricornien de la culmination (opposition au FC). Sa mère meurt accidentellement à ses cinq ans ; son père remarié le place en pension à dix ans, outre que cinq ans plus tard meurt sa sœur cadette. L’enfant s’est replié sur lui-même, cherchant d’abord un refuge dans la religion, puis se découvrant une passion pour la poésie : « âme lamartinienne », se présente-t-il, aussitôt inspiré par Hugo et Baudelaire, dont les Soleils sont voisins du sien, puis par Poe.

« Il s’apprêtait à entrer en art comme on entre en religion » (Michel Mourre). A peine âgé de vingt ans,  il proclame déjà la conception religieuse de l’art, le poète devant en arriver à être un prêtre, un initié. C’est un rêve qui l’habite, qui le conduit à sacraliser l’œuvre, mais en plaçant si haut son idéal littéraire que cette soif d’infini et d’absolu poétique l’écrase dans un douloureux sentiment d’impuissance. Cela le conduit à une vie tout entière de méditation, à penser sa pensée, et de dépouillement, mais aussi de solitude, de lourde lassitude, au point de se traîner comme un vieillard frileux, tout en étant détaché de soi et du monde dans son ascension intérieure au royaume de la poésie, au point de s’oublier lui-même.

Certes, le carré de la conjonction brûlante Mars-Pluton du Bélier à la glacée de Saturne du Capricorne se retrouve dans le dualisme de « L’après-midi d’un faune », « fils de l’été », en appel d’hédonisme, et d’Igitur, avec Hérodiade, fille de l’hiver, symbole  de la nudité glacée, de la blanche pureté, de l’azur inaccessible. En fait, un absolu qui est désincarnation jusqu’au suicide moral, expérience intime de la mort d’un être prisonnier de son monologue intérieur jusqu’au plus profond de soi. Poésie ayant conduit à la plus entière crise dépressive, chargée d’initiation métaphysique.

Après avoir vécu à l’écart des lettres, loin du monde, cet homme réservé et intimiste finira par sortir de sa prison intérieure, si bien convenue avec ce Saturne au complexe Poissons-XII. Sur le tard avec les fameux « Mardis »  de la rue de Rome à Paris, où dans son petit logis se groupent autour de lui ses amis poètes, les symbolistes surtout, dont il est la grande figure, sur lesquels rayonne un charme mystérieux de sa personne, revenue de si loin (Neptune du Verseau en XI). Comme son langage poétique, pour la plupart hermétique – Poissons-XII – jusqu’à l’ineffable.

 

P  a  u  l      V  E  R  L  A  I  N  E

 

Metz, 30 mars 1844, 21 h , e.c. Cet auteur n’est certes pas aussi pleinement introverti que les personnages précédents, mais son contraste luni-martien donne l’occasion de voir à l’œuvre la coexistence des contraires.

 

C’est à cause du clair de lune

Que j’assume ce masque nocturne

Et de Saturne penchant son urne.

                        …

A Paul Verlaine revient d’autorité la signature lunaire : l’astre en Lion culmine.  D’autant plus lymphatique à la morphologie arrondie et poète de l’Eau que Neptune l’accompagne par son opposition au FC. Un carré à l’AS de Saturne du Verseau non loin de Neptune, et au sextil du Soleil, achève les données d’introversion avec une pointe de nerveux. Cet axe luni-neptunien  au méridien fait double carré à une conjonction Vénus-Mars en Taureau, ce dernier s’imposant fortement, à la fois par son approche du DS et par sa maîtrise sur Mercure-Uranus-Soleil-Pluton conjoints en Bélier, ainsi que sur l’AS-Scorpion.

La primeur lunaire vient au départ d’une enfance malingre et mélancolique, cajolée, choyée, couvée par sa mère,  conséquence de la faiblesse de caractère d’un être qui s’abandonnera aux désordres du triangle dissonant de son opposition luni-neptunienne : dès sa sortie du lycée, il se met à boire … Mais quel charme l’habite ! Il écrit des vers en poète inspiré. Et surtout, son âme se lamente en vague-au-cœur, pluie, lune morte : « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville … ». Cette poésie, en sanglots longs, le ramène à la conscience de soi ; cette âme enfantine est toujours en quête d’elle-même, en « style rêveur » de poète suggérant par sa mélodie et par ses nuances subtiles une intime communion avec les êtres et les choses.

Mais sa faiblesse est rédhibitoire et rien n’est plus édifiant que l’antithèse haut-bas symbolisée par cette Lune du Lion en culmination supérieure, portée par un Soleil incandescent, face à ce Neptune du Verseau saturnisé au FC, que perturbe la conjonction  Vénus-Mars. En haut, le poète des riches sonorités musicales et du don de l‘âme en nostalgie de tendresse des Fêtes galantes, de La Bonne Chanson, des Romances sans paroles, et qui nous fait rêver. Et en bas, l’auteur des Poèmes saturniens, l’être attiré par le gouffre des bas-fonds, la dépravation : l’ivrogne querelleur, qui frappe sa femme et brise son foyer pour vivre une folle aventure avec le « compagnon d’enfer » Rimbaud qu’il blesse de deux coups de révolter. Ainsi écartelé entre douceur et violence, pureté et saleté, idéalité et lubricité, finissant sa vie en clochard, de café en café, de garni en garni, d’hôpital en hôpital, rongé par la boisson et la misère.

 

G  e  o  r  g  e  s      R  O  D  E  N  B  A   C  H

 

Tournai, Hainaut, 16 juillet 1855, 2 h, e.c. Un Saturne fin-Gémeaux, maître de VIII à l’AS, en conjonction du Soleil en Cancer, avec la Lune au FC : telle est la signature luni-saturnienne de ce mélancolique nonchalant, à l’écoute de sa musique intérieure, aux rêveries alimentées par les souvenirs languissants de sa brumeuse Belgique.

« Dans le monde, on s’apercevait mal de sa tristesse native ; mais au fond de lui-même, il était plein de rêves crépusculaires, d’images de prières, de maladie et de douleur » (Camille Mauclair). Il était resté fidèle aux voix d’autrefois, aux horizons plaqués sur les yeux de son enfance » (Gustave Khan). « Rodenbach est le chantre de la terre natale, ou plutôt de la ville natale, et cette ville est une ville du passé : Bruges-la-Morte, sujet et personnage unique de son œuvre. Il n’a écrit que pour elle, comme s’il lui fut attaché par des liens invisibles ». Et c’était vrai. Comme le précise Mauclair : «Rodenbach trouva dans la cité glauque l’exact prolongement de son hérédité et de ses rêves. Il y trouva tout ce qu’il aimait, tout ce qu’il était né pour exprimer : les eaux silencieuses, frissonnantes, les vieilles murailles usées comme des visages, les souvenirs d’une gloire évanouie au fond des siècles, la tristesse, la beauté, l’automne perpétuel, les lumières voilées, la piété douce, l’isolement, la mort harmonieuse, les cloîtres, les canaux, l’idée d’exil mêlée à l’idée de prière et, par-dessus tout,  le silence, la cristallisation de l’âme endormie loin de l’époque dans la paix, le saint silence, père des songes, la suave taciturnité qui laisse s’élever la mélodie intérieure. »

Règne du silence d’une âme sœur, Lune au Fond du ciel.en émanation d’un Soleil du Cancer en I.

 

L  u  i  g  i     P  I  R  A  N  D  E  L  L  O

 

Girgenti, Agrigente, 28 juin I867, 3 h 15 mn, e. c. En position de lever astral : Lune en Taureau à l’opposition de Saturne et Vénus en Gémeaux..

Lettre à celle qui allait devenir sa femme : “En moi, il y a deux personnes en puissance, deux hommes ; le premier est taciturne et continuellement absorbé dans ses pensées ; le second parle avec facilité, il plaisante et il ne manque pas de rire et de faire rire ; le premier personnage, c’est le grand moi, le second, le petit moi … ».  En bas de page, Luigi Pirandello marque la primauté en lui du grand moi qui est le repli sur soi, être renfermé sur lui-même, lequel renvoie aux personnages du théâtre pirandellien.

Toute l’œuvre du grand auteur sicilien, en jetant la suspicion sur notre réalité intérieure, pose la question sur notre identité et exprime la difficulté dramatique d’être en une tragédie de vivre. En pareille condition, qui ne serait pas confronté à ses songes, confiné dans la solitude de soi-même, ramené à son angoisse existentielle ?

 

M  a  r  c  e  l      P  R  O  U  S  T

 

Paris, 10 juillet 1871, 23 h 30 mn, e.c. Si l’on devait douter de l’astrologie, le thème de Marcel Proust achèverait de nous convaincre. Saturne du Capricorne est en pleine culmination, en face d’un quartet  Soleil-Mercure-Jupiter-Uranus en Cancer et en IV, tandis que la Lune s’apprête à se lever en compagnie de Neptune.

Nous sommes donc ici en plein complexe luni-cancérien de la IV, coiffé par Saturne. Marcel naît si débile que ses parents craignent de le perdre et l’entourent d’autant plus de soins qu’il donne des signes d’intelligence et de sensibilité précoce. A neuf ans, ce petit garçon fait ses premières crises d’asthme dont il sera affligé toute sa vie, redoublant la sollicitude familiale. Un album livre l’un de ses aveux sous forme de questionnaire : « Quel est pour vous le comble de la misère ? : « Etre séparé de maman », répond-il dans la fixation d’un passion exclusive.

Mais il est aussi victime d’un amour maternel excessif, au point d’être « un enfant qui n’a pas cessé de naître, toujours revenant à la pulpe maternelle » (Alain). Du même coup, à l’image de l’homme-œuf de Salvador Dali, blotti dans sa coquille et centré sur lui-même, il multiplie les barrières protectrices de son monde fermé : gilets, mitaines, pelisse, plastron, taxis sur vitres baissées, chambres soigneusement isolées, politesses distanciatrices, cachotteries … Mais sa principal carapace cancérienne est son domicile (IV) : sa chambre de malade où il va s’enfermer, après un temps bref de vie mondaine. Lieu où il s’enferme dans un isolement de plus en plus profond, de la pièce tapissée de liège du Boulevard Haussmann à l’âtre noir (F. Mauriac) de la rue Hamelin à Paris. C’est cloîtré dans ces pièces sinistres, aux rideaux épais toujours tirés et aux fenêtres toujours fermées, que, dans une solitude totale, il va se consacrer à son œuvre qu’il nourrir de sa substance la plus profonde.

Dans une psychologie de féerie, ce vieil enfant manie la lanterne magique dans sa chambre noire pour y projeter les images du monde de son passé, pour revivre son enfance, se retrouver en compagnie de sa mère et sa grand-mère, penchées sur son berceau, créatures principales d’ »A la recherche du temps perdu ».

Il faut effectivement une longue descente en soi-même pour remonter le temps au tréfonds de son être et retrouver la grande nuit de son âme. Cette réalité psychique, c’est la réminiscence d’un lointain souvenir par la vibration analogique d’une sensation actuelle, le passé transparaissant sous le présent. Ainsi l’épisode lointainement enfoui et aboli émergeant, telle la reviviscence d’une même sensation d’un peu de madeleine trempée dans du thé … Une manière, en fait, de retrouver son âme d’enfant. Ce qui n’est pas loin de rejoindre, parmi d’autres versions psychologiques, cette citation de Maurice Sachs : « Il croyait en un paradis qui se vivait dans le ventre de la mère et jusqu’au sortir de l’enfance, car les délices pour lui n’étaient pas dans une vie à venir, mais dans une vie qui avait été et qui ne pouvait plus être jamais. »

 

oOo

 

Arrêtons-nous là. Nous n’en finirions pas de traiter l’ensemble des écrivains introvertis, dont pour la plupart les heures natales font défaut. Sans parler des introvertis à forte composante extravertie, comme Chateaubriand, Lamartine et tant d’autres. Poursuivons  notre exploration dans de nouvelles sphères de la culture.

 

 

P   E   I   N   T   U   R   E

 

De même que le peintre extraverti, ouvert au spectacle du monde, est plus près de la vie concrète, du réalisme, de la représentation, de la figuration, le peintre introverti penche  davantage vers une interprétation de l’objet jusqu’à s’en abstraire, en favorisant sa subjectivité ou en usant de l’artifice pictural.

On ne saurait mieux camper le contraste de l’un et de l’autre qu’en confrontant le monde pictural d’un Rubens, personnage seigneurial unissant spectaculairement « les splendeurs de la vie extérieure aux images splendides qu’il s’en faisait » (Elie Faure), à celui du ténébreux Rembrandt pour qui l’objet, approfondi en silence, est « élément de sa vision jusqu’à l’extrémité de l’invisible » (même auteur). Et il y a bien des manières d’épanouir son extraversion. Avec le prodigieux souffle créateur qu’en fait le (pourtant) saturnien Michel-Ange, emporté dans le flot d’une décoration de grandioses personnages peuplant la voûte de la chapelle Sixtine du plus vaste ensemble décoré du monde. Plus modestement, avec la luxuriance vénitienne d’un Titien, la truculence d’un Jordaens, le lyrisme scénique d’un David, la polissonnerie d’un Fragonard, la convulsion d’un Van Gogh, ou encore le réalisme d’un Courbet … On verra même un Edouard Detaille – conjonction Soleil-Mars en bandoulière -  si pénétré de sa mission de peintre de batailles que, pour composer ses scènes de guerre, il revêt même la tenue militaire, entouré d’un fourgon d’instruments d’artillerie  … « On se sert des couleurs, mais on peint avec le sentiment » (Chardin). Tout le discret passage de l’extraversion à l’introversion est là, non sans la subtilité d’une telle métamorphose … Retenons ici quelques-uns des peintres qui nous semblent les plus introvertis.

 

W i l l i a m     B  L  A  K  E

 

William Blake vient à propos nous rappeler que la lecture d’un thème n’est pas toujours gagnée à l’avance. Il est né à Londres le 28 novembre 1757 à 19 h 30 (autobiographie transmise par Alan Leo dans Urania n° 1, 1825)., avec trois principales composantes fortement contrastées, aisément identifiables, mais dont les rapports composent un cas de figure qui réclame l’assistance du personnage lui-même.

La Lune se lève dans son propre signe, le Cancer à l’AS, au trigone d’Uranus des Poissons qui culmine en IX, outre qu’elle rejoint par aspects mineurs une opposition Saturne-Neptune et un Mercure-Scorpion ; lequel à son tour compose une triple rencontre avec une conjonction Soleil-Jupiter à l’entrée du Sagittaire et en plein trigone de l’AS et du MC. Bref, signature luni-urano-jupitérienne. 

L’homme a un coffre jovi-uranien de géant en valeurs Sagittaire-IXe le poussant à s’éclater dans le monde, et son Uranus des Poissons en IX est en résonance avec ce que sera la génération  future de nos premiers cosmonautes du XXe siècle (nés en Uranus en Poissons), outre qu’à la même époque (1920-1926), le Surréalisme se révélait au monde. N’empêche que si, avec lui, nous faisons connaissance d’un étrange personnage voué à franchir le seuil de mondes inconnus, William n’en est pas moins d’abord déjà un enfant « habité », qui a des  visions  : il « voit » Dieu et des anges, converse avec des prophètes et des saints, en un imaginaire magnifié. Ce contact avec un tel au-delà en fait un visionnaire parti pour un long voyage spirituel.

Le monde vertigineux qui l’habite, il ne va justement pas se contenter seulement de le rêver en contemplatif. D’ailleurs, la note jovi-uranienne afflue chez ce garçon de haute taille, aux larges épaules et à la tête puissante, bâti en action pour le grandiose. Il crée des livres qui sortent entièrement de ses mains, gravés, dessinés, coloriés, brochés et reliés par lui. Chants d’innocence, vision du monde d’un regard pur d’enfance, Champs d’expérience, projection ici de l’uranien que les déceptions portent à une aspiration libertaire, la Révolution française l’exaltant  … Mais cet homme fait pour les vertiges de l’au-delà quitte pour toujours le monde visible.

De sa nuit profonde surgit tout un univers fantastique relevant du grandiose de Jupiter-Sagittaire solarisé et de l’épopée cosmique d’Uranus des Poissons culminant. Non sans la note intimiste lunaire du poète qui s’adresse à Dieu, à Adam, à Job, à Satan, aux personnages légendaires de la mythologie et de la religion, dans les cieux et les enfers hors de l’espace et du temps. Tel est, en un souffle tourbillonnaire d’images dantesques, l’ouragan cosmique de ses grandioses œuvres prophétiques, du Livre de Job à la Divine comédie

 

G u s t a v e     M O R EA U

 

Paris, 6 avril 1826, 9 h (e.c.). Saturne des Gémeaux se lève, pas seulement au semi-carré de son maître Mercure, mais aussi au quintile d’une conjonction serrée Lune-Pluton en Bélier près du Soleil et au sesqui-carré de Mars en Scorpion..

« Je ne crois ni à ce que je touche, ni à ce que je vois. Je ne crois qu’à ce que je ne vois pas et uniquement à ce que je sens. Mon cerveau, ma raison me semble éphémère et d’une réalité douteuse. Mon sentiment intérieur seul me paraît éternel et incontestablement certain… ». Peut-on avoir meilleure profession de foi d’introverti, nous rapprochant de l’Intuition introvertie  ?

Certes, Jupiter de la Vierge est en IV près du FC, au trigone de Mercure du Taureau. Ici s’épingle l’aspect immobilier de cet artiste obscur et méconnu, vivant seul auprès de sa mère, sa réussite posthume étant venue de son hôtel particulier (avec ses ateliers) de la rue Rochefoucault à Paris, devenu d’ailleurs le musée Gustave Moreau, assidûment fréquenté.

La visite qu’on y fait souligne l’impression que l’artiste est un saturnien étrange, habité par un profond mystère (note plutonienne-Scorpion que pourrait souligner un AS déjà entré en Cancer) et en artiste difficile à déchiffrer. Jugé démodé par ses pairs et tombé dans l’oubli après sa mort, le Surréalisme trouvera en lui un précurseur de son aventure.

Reconnaissons le Bélier, chargé de quatre positions astrales, chez ce professeur des Beaux-Arts qui tourne le dos à l’enseignement de l’Ecole pour s’aventurer seul en franc-tireur sur des chemins nouveaux et aboutir à un art épique sublimé par un fantastique poétique, dans un rutilement de gemmes, un éclat de somptueuses matières et de lumières étranges. « C’est un autodafé de ciels immenses en ignition, de globes écrasés, de soleils saignants, une hémorragie d’astres croulants en cataractes de pourpre … », s’écriera J. K. Huysmans.

Ce n’est pas seulement que ce Bélier de nouvelle lune soit un illuminé en avance d’un demi-siècle sur son temps. C’est aussi qu’il fasse retour à un commencement ou, ici, le signe communie avec la plongée dans le primitif plutonien : Gustave Moreau est le visionnaire d’un retour aux sources du lointain, en une ré interprétation des mythes portée par une puissante force de symbole.

A travers un langage chargé d’ornements, d’une profusion d’objets baignant dans une atmosphère de rêve et d’idéalité, ce peintre vit son art, ainsi qu’il le dit lui-même, comme « un silence passionné » où il puise la totalité de son inspiration, en vie recluse consacrée à son art. De parcimonieuse fréquentation, obscur et secret, il se voit traité de sorcier, d’alchimiste. Après le décès de sa mère, il ne sortira plus de chez lui, tout le conduisant à devenir le mage démiurge d’un imaginaire mythologique fantastique : Prométhée, Médée et Jason, Œdipe et le Sphinx … « O noble poésie du silence vivant et passionné ! … Un jour viendra où l’on comprendra l’éloquence de cet art muet ; c’est à cette éloquence que j’ai donné tous mes soins, tous mes efforts … ».

Derrière ce silence réside le mystère de la conjonction Lune-Pluton quintile à Saturne, Mars qui en est le maître la troublant de son sesqui-carré. Cet homme sans histoire amoureuse  n’a aimé que sa mère, et ses profondeurs psychiques paraissent habitées par un archétype de féminité inaccessible, sans doute intouchable, interdite. Son œuvre en témoigne qui est largement consacrée à la beauté féminine inaccessible, en un songe des Mille et une Nuits : Salomé, Léda, Pasiphaé, Fée aux Griffons, Chimères, Licornes, héroïnes troublantes, inquiétantes, êtres de hantise …

 

P  a  u  l      C  E  Z  A  N  N  E

 

Aix-en-Provence,  19 janvier 1839, 1 h (e.c.). Tandis que l’AS en Scorpion collecte les aspects du Soleil et de Mercure du Capricorne en III , ainsi que de Vénus et Neptune du Verseau au FC, le MC reçoit ceux d’un carré de Saturne à une conjonction Lune-Uranus des Poissons, son trigone au MC étant aussi porté par son maître Jupiter qui vient de se lever..

Vertu de son secteur III, Cézanne n’a pas cinq ans que déjà il crayonne sur le papier et charbonne sur les murs : c’est cela qu’il a profondément en lui et qui ne le quittera jamais. Mais quel long, laborieux et douloureux parcours que le sien pour en arriver à exprimer le Beau dont il est habité au plus profond de lui-même (sa Vénus du Verseau au FC, entourée du Soleil et de Neptune), ayant fini par avoir raison des inhibitions de son paralysant carré Saturne-Uranus lunarisé et ramifié au MC..

Fils non libéré d’un père craint, ce nerveux inquiet, anxieux, est un rude instinctif qui ronge son frein, violant-timoré travaillant dans la fièvre et le doute, passant le tumulte d’une angoisse exacerbée sur ses toiles, injuriées, déchirées, piétinées. Un être non moins timide, gauche, mal assuré, pudique, aux mœurs rigides, ne manquant pas la messe du dimanche. Avec le blocage lunaire, les femmes lui font peur et, méfiant, renfermé, bourru, sa communication est pénible. Bref, il n’est pas facile à vivre, ce qui gâte ses relations dans le milieu de la peinture, d’autant qu’il s’y sent incompris. Presque jusqu’à la fin de sa vie, il verra son art moqué, bafoué, combattu. Naturellement, il s’aigrit, s’irrite de tout et de rien comme un mauvais coucheur, finissant par s’isoler, s’enfermer sur lui-même, refuge d’une ombrageuse solitude. Bref, longtemps, il passera pour un raté, raison d’autant plus grande de s’interroger sur soi dans la solitude Mais, par-dessus les insultes et hostilités, laborieusement et en bougonnant dans sa retraite, l’hypocondriaque d’Aix suit son chemin en méditations profondes, faisant finalement jaillir en une lente distillation de son art du fond de sa mine la pépite dont il se savait porteur, fruit parvenu tardivement à maturité. « … combat d’une volonté de parvenir jusqu’à lui » (Elie Faure).

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que son trio Soleil-Vénus-Neptune soit au FC. Il n’est pas étonnant qu’il ait dit : « Pour bien peindre un paysage, je dois découvrir d’abord les assises géologiques».  Et Pierre Bonnard de compléter : « Cézanne devant le motif avait une idée solide de ce qu’il voulait faire et ne prenait de la nature que ce qui se rapportait à son idée ». Laquelle, distances prises avec le réel dans une exigence de densité, aboutissait à la perception d’une nature de l’esprit dépouillée, traitée « par le cylindre, la sphère, le cône », seule finissant par compter l’expression plastique pour elle-même, obtenue par géométrisation de ses « petites sensations », élevant l’humble objet de ses natures mortes – bouteille, verre, oignon … -  à un état plus vrai que nature, à la hauteur d’une valeur essentielle : « Avec une pomme, j’étonnerai Paris ! »

 

O d i l o n     R  E  D  O  N

 

Bordeaux, 20 avril 1840, 10 h (e.c.). De prime abord, Vénus culmine  en conjonction de Mercure, l’un et l’autre  au trigone de la Lune maîtresse d’AS, ce qui, chez ce type Taureau, convient à un tempérament artistique. Mais la toile de fond du thème d’Odilon Redon procède d’un axe Saturne-Pluton triangulé en dissonances avec l’AS-Cancer,  le premier étant en conjonction de la Lune et le second en conjonction du Soleil et de Mercure.

Ainsi s’y dessine le profil d’une enfance triste et solitaire. Mondaine et frivole, sa mère ne s’occupe guère de ce fils replié et solitaire, qui prend très tôt le chemin de la rêverie, passant des heures et des jours à regarder, le dos au sol, défiler les nuages au ciel, comme « des apparitions d’êtres bizarres, chimériques et merveilleux ». C’est un imaginatif qui se nourrit de fantasmes, de féeries, de légendes, et pour qui le dessin devient un refuge. Il est encouragé par Bresdin, mais il préfère aller son chemin tout seul, se donnant pour compagnon un journal intime intitulé, Narcisse oblige : « A soi-même ».

Retrait, en solitude ardente dans la demeure provinciale de ce petit personnage renfermé, qui l’aide à manifester son intériorité, porte ouverte sur le mystère, le moindre objet pouvant devenir l’(image d’un monde insoupçonné. Son côté Taureau le fait partir de la réalité extérieure : « Après un effort pour copier minutieusement un caillou, un brun d’herbe, une main, un profil, j’ai besoin de me laisser aller à l’imaginaire. »  Mais, pour mieux incarner dans la chose vécue la chose rêvée et atteindre un monde de féerie. « il faut se sentir vivre en dedans, au milieu des merveilles du monde externe. Je ne vois que cet acte, cette prière. » Ainsi, à l’écoute de son monde obscur, la réalité la plus humble se transfigure en une vertigineuse fantasmagorie d’un extraordinaire pouvoir de suggestion poétique.

On voit son œuvre d’abord nourrie de la veine plutonienne, qui révèle un univers mystérieux, inquiétant et funèbre. Ce sont les « peintures noires » de ses visions démoniaques : araignées, monstres, dragons, chimères, personnages cauchemardesques, maisons hantées, Tentation de Saint-Antoine, Fleurs du mal … On ne sera pas non plus surpris que cet être d’une matinée printanière ait aussi été inspiré par sa Vénus culminante : ainsi de ses Vénus de corail et de nacre, en particulier sa Naissance de Vénus, outre ses véritables illuminations florales, mais pas seulement en simple spectacle.

« Je crois avoir cédé docilement aux lois secrètes qui m’ont conduit à façonner tant bien que mal, comme j’ai pu et selon mon rêve, des choses où je me suis mis tout entier ». Car pour Redon, « Rien ne se fait en art par la volonté seule. Tout se fait par la soumission docile à la venue de l’inconscient. » Les surréalistes lui feront fête.

 

H e n r i    R  O  U  S  S  E  A  U

 

Laval, 21 mai 1844, 1 h (e.c.).  Derrière Saturne du Verseau en sortie de lever, au trigone de Mercure des Gémeaux au FC,  se pointe à l’AS Neptune à la fin du signe, au carré du Soleil, lui aussi en Gémeaux et en III, lequel  dilate d’un sextil Jupiter des Poissons en I, dans la naïveté de cœur d’un semi-carré à une conjonction Lune-Vénus du Cancer en V.

C’est sous ces indices particuliers de neptunien quelque peu illuminé qu’apparaît le « mirifique Rousseau » (Alfred Jarry), « l’ange de Plaisance » (André Salmon), le « gentil douanier» (Apollinaire). Homme étrange d’un autre monde : un « simple » ou un doux innocent, d’une adorable ingénuité. Tête de turc de ses collègues à l’administration de l’Octroi, objet de multiples canulars (il se rendra à l’Elysée sur une fausse invitation de Gauguin), victime d’un abus de confiance et héros d’une incroyable affaire judiciaire, proie hilare des joyeux lurons montmartrois …

C’est sur le tard, sa retraite prise, que – les valeurs Gémeaux-III se révélant à lui - le Douanier Rousseau devient peintre de quartier. Sans doute pour donner un aliment à ses rêves et, notamment, concrétiser une imagination nourrie des récits de ses camarades de régiment retour du Mexique, ainsi que de fréquentes visites au Jardin des plantes, entre serres et cages aux fauves.

Nous parvient ainsi un parfait « peintre naïf », étranger au monde de la peinture, qui peint à sa manière, quelque peu gauche, des tableaux laborieusement traités, mais auxquels il sait donner un style et surtout une émouvante fraîcheur (cancérienne) : art qui restera le même du début à la fin, personne n’ayant eu d’influence sur lui.

Il faut voir – Gémeaux-III - à côté de cartes postales, d’allégories cocasses, d’effigies (il peint d’ailleurs d’après photos), quelle métamorphose il fait de la réalité quand il célèbre, en des compositions dont la banalité se pare d’une attachante poésie, les réunions de famille, cérémonies de baptême, de noce et autres (conjonction cancérienne), ou certaines scènes familières comme la Carriole de M. Junien (Gémeaux-III). Ici, le peintre en reste au rêveur du quotidien.

Mais son merveilleux se surpasse, en quasi-visionnaire, dans un au-delà féerique qu’il emprunte à l’exotisme (passage par le Jupiter-Poissons de la nature cancérienne) avec ses scènes tropicales à l’extravagante luxuriance d’arbres, de feuilles et de fleurs géantes : Le Paradis terrestre, Le Rêve, La Bohémienne endormie … Outre certains de ses personnages campés en une dignité hiératique dont le côté comique n’est pas sans grandeur. Lorsque Elie Faure déclare qu’il était « hanté de paysages tropicaux si drus, si purs, si frais, si plein d’éclat et de fraîcheur, si loin de nous, si proche des paradis imaginaires et des jardins miraculeux que tout pâlit parfois devant leur humilité … », comment ne pas croire, avec son duo Cancer-Verseau,  qu’il était habité par un paradis perdu de l’enfance en attente d’un paradis céleste à venir ?

Quand le fantastique s’emparait de lui, le douanier Rousseau était d’un autre monde. Il croyait d’ailleurs à la réalité magique de ses évocations. Certains de ses proches ont confirmé que, pendant l’exécution de ses chasses au tigre, il éprouvait des terreurs soudaines, et lui-même a déclaré : « Ce n’est pas moi qui teint, mais un autre qui me tient la main. »

Enfant-peintre-médium-visionnaire, tel il fut en fin de compte.

 

E u g è n e     C  A  R  R  I  E  R  E

 

Ce devrait être dans un des familiers brouillards du bord de la Marne de Gournay que vînt au monde ce peintre, le 16 janvier 1849 à 3 heures du matin (e.c.). En tout cas, dans les Poissons, Vénus passe au FC, entouré de Neptune et de Saturne , ce dernier au sextil du Soleil en Capricorne, en triangulation d’aspect avec une Lune en Balance.

Ce qui n’empêche pas un Jupiter du Lion, maître de I, de sortir de culmination. L’aspect d’extraversion d’Eugène Carrière est à l’enseigne de « l’Académie Carrière » que ce peintre ouvrit rue de Rennes à Paris, laquelle compta de brillants élèves : Matisse, Derain, Laprade … Présence qu’accompagne un enseignant libéral, généreux, qui encourage et protège les jeunes artistes du Fauvisme, autant qu’un socialiste fervent qui défendit  courageusement Dreyfus.

Mais le peintre lui-même n’en est pas moins un introverti caractérisé qui, en dehors de ses portraits impressionnistes célèbres (Verlaine,  Mallarmé, Daudet, France …) se cantonne dans le thème de la maternité, ne pouvant mieux faire avec une Vénus des Poissons au FC même, conjointe à Neptune, outre son aspect à la Lune ; maternités traitées sur le mode neptunien et sur fond capricornien-saturnien. Il est, en effet, le peintre de ces Maternités noyées dans un flou terre-d’ombre qui faisait dire à Degas : « On aura encore fumé dans la chambre des enfants ». Clair-obscur sur fond brun-gris d’où ressortent, en courbes sinueuses et continues, visages abandonnés, poitrines offertes, têtes blotties et bras enroulés.

C’est une peinture qui semble sortie du rêve et qui exprime un besoin sentimental confondu avec la sensation esthétique. « Les maternités  avec tous les gestes de tendresse, tous les enveloppements, les attitudes d’espoir, d’inquiétude, l’attendrissement des étreintes : le même tableau, sans cesse refait, sans cesse nouveau puisque jamais ne s’épuise l’émotion avec laquelle l’artiste contemple ses modèles ; les portraits où chaque détail est un reflet de la pensée. Surgis de la pénombre, les visages s’estompent et reçoivent doucement la lumière qui modèle les formes en d’imprécises grisailles. » (Raymond Cogniat). Oeuvre d’un type Sentiment introverti replié sur lui-même, enfermé souvent en de longues rêveries assombries d’une peine de cœur.

 

G e o r g e s      S  E  U  R  A  T

 

Paris, 2 décembre 1859, 1 h (e.c.).  Alors que Neptune en Poissons se couche, au carré du MC et d’une conjonction Mercure-Vénus au FC, Saturne collectionne les aspects, parmi lesquels une opposition à la Lune également en Poissons.

L’introversion de Georges Seurat est bien connue. C’est un homme renfermé, silencieux, taciturne. Il entre dans la peinture comme un croyant au couvent, seul, isolé, sans maître ni ami, y travaillant avec acharnement des journées entières, réfléchi, méditatif, secret. Sa vie se passe dans son atelier (Mercure maître d’AS en IV avec Vénus) ; pour s’aérer, il va peindre de temps en temps en Normandie. Une jeune femme discrète vit auprès de lui, que ses amis connaissent à peine. Son caractère morose, distant et hautain, en fait un inconnu, y-compris de ses plus proches amis. C’est malgré lui que ce solitaire deviendra chef d’école (Jupiter du Cancer en X). Quand il est dans le petit groupe des artistes indépendants, on ne l’entend pas parler ; c’est à peine s’il daigne se confier à ceux qui le côtoient ; on découvrira qu’il s’enferme souvent en de longues rêveries assombries.

L’art de ce peintre est lui-même signé de l’introversion d’un carré où se croisent les oppositions Lune-Saturne et Soleil-Uranus, tendant ici à la rationalisation de l’Impressionnisme neptunien dans lequel il vit. Ses collègues impressionnistes, ayant le culte de la lumière, se fient à leur instinct et s’abandonnent à leur sensibilité pour la capter. La  sienne étant inhibée, c’est à un Néo-impressionnisme auquel il en vient  dans son goût de recomposer la couleur en un art austère  relevant d’une pensée de savant. La Vierge à l’AS signe superbement sa démarche minutieuse de construction plastique par l’infiniment petit du sec « pointillisme » avec la pigmentation de ses « confettis » multicolores. Et il reste le seul à avoir pu mettre ses théories en tableaux, le Sagittaire - triplement occupé par Soleil-Vénus en III ainsi que de Mercure, avec le Jupiter en X - lui ayant donné le souffle de grandes compositions : Dimanche à la Grande Jatte,  Le Cirque, la  Parade, Une baignade, Les Poseuses

 

J a m e s     E  N  S  O  R

 

“Je suis né à Ostende, le 13 avril 1860, un vendredi, jour de Vénus …” et à 4 h 30 mn (e.c.). Sous un composé neptuno-luni-saturnien. accommodé d’une forte participation martienne. Neptune en Poissons est à l’AS, conjoint à Mercure et sextil à la Lune du Capricorne, avec Saturne lié aux angles et au Soleil du Bélier carré à la Lune.

On le représente sous les traits d’un être timide, sur la défensive, solitaire, mais qui tourne vite à l’esprit frondeur et facétieux, mais aussi ombrageux, avec la colère qui vire à la révolte d’un Mercure du Bélier en I au carré de Mars-Capricorne en X. Il trouve sa voie autour de ses quinze ans lorsqu’il se met de lui-même à dessiner, avec ce Mercure en I au sextil d’une conjonction Vénus-Uranus des Gémeaux en pointe de III. En bon solitaire s’écartant des sentiers battus, jusqu’à presque devenir un peintre maudit.

Avec sa position neptunienne, la mer devient naturellement sa grande inspiratrice. « Oui, je lui doit beaucoup …». Et au-delà – Jupiter du Cancer en IV porté par la Lune capricornienne en X  – la boutique de « Souvenirs d’Ostende » de ses parents, capharnaüm ou sont entassés bibelots, jouets de plage, objets exotiques, masques, pacotille hétéroclite aux aspects insolites, dont la fantasmagorie avait fait rêver le petit James. Et avec Soleil et Mercure du Bélier en I ou figure également Pluton, le masque allait devenir un thème de prédilection, traité sous toutes les formes : masques tour à tour blafards ou rougeauds, enluminés, grimaçants, hébétés, hilares ou inquiétants …

La fuite neptunienne derrière le masque va devenir la porte d’entrée d’une dérision – « Roi aimé des sirènes, empereur des coquilles roses, pape des dunes, doge des bassins, dieu des masques mirlitonnés, ange des chats malades – ou le visionnaire fait éclater le feu du complexe Mars-Bélier en un expressionnisme sauvage. Le royaume du masque s’étend à la tête de mort, au squelette, fantômes et larves, démons et diables prenant le relais d’une sarabande où l’homme bafoué est animalisé en libellule, en carapace et pinces, métamorphosé en insecte rampant… On imagine le scandale public d’une telle projection de défoulement de sa nature foncière infernale chez ce peintre Bélier avant-gardiste … Néanmoins, avec ce Jupiter du Cancer en IV, fêté sur la fin de sa vie, on lui fera un enterrement de roi.

 

P i e r r e      B  O  N  N  A  R  D

 

Fontenay-aux-Roses, Seine, 3 octobre 1867, 10 h (e.c.). Saturne en Scorpion est à l’AS, au semi-carré d’une conjonction Soleil-Vénus en Balance, laquelle se triangule avec un trigone Lune-Neptune ramifié au MC.

Aussitôt que l’on prend contact avec le personnage, c’est l’introversion du nerveux saturnien qui vient à nous. L’aspect physique est là qui le souligne : voici un grand maigre, fluet, osseux, aux épaules étroites, avec au surplus des yeux clignotants derrière des lorgnons qui lui donnent un air emprunté, presque penaud. Physique que le moral épouse étroitement : Pierre Bonnard est un homme effacé, timide, méfiant. On a dit de lui qu’il avait porté la discrétion à la hauteur d’une règle de vie. Il parle peu et n’écrit pas, s’expliquer étant même pour lui tout un problème, ce qui fait qu’il se soit peu exprimé sur son art, outre qu’il passe sa vie loin des écoles et si peu intéressé par les modes et les  théories. Et l’on ne possède pas grand chose de lui en matière de documents et de photos. C’est un solitaire adonné à la joie de peindre, à la vie sage et rangée. Vie conjugale paisible jusqu’à un veuvage d’homme désemparé, et la fréquentation de seulement quelques amis, Vuillard et Roussel.  Bref, un bonhomme sans importance, rien d’un artiste.. «Et avec cela, opiniâtre, laborieux et discret, peignant si l’on peut dire « à pas feutrés », dans le silence, le recueillement, la ferveur.. Poussant le scrupule jusqu’à aller en cachette, dans les musées où se trouvent ses toiles, retoucher, avec une boite minuscule, un rose ou un vert. Et les gardiens qui le connaissaient, tournaient le dos. » (Pierre Cabanne).

Avec son Neptune en V au trigone de la Lune en I, si le tableau devenu œuvre achevée se détache de lui comme destination de pièce de musée, il n’est pas sans le ressentir pour autant comme un enfant qui continue de requérir de sa part attention et soin paternel, en tant que type Sentiment introverti rendu à la nature de sa conjonction Soleil-Vénus en Balance . Bonnard est essentiellement un peintre du cœur, du bonheur paisible. De son intériorité profonde émane surtout, en fluidité impressionniste de tons neutres, en une gamme délicate et subtile de vibrations colorées, la ferveur de l’objet en douceur vénusienne. Merveilleuse nature faite pour dévoiler des intérieurs familiers aux lampes discrètes, pièces mi-closes pénétrées d’une lumière tamisée ou pour ensoleiller un petit coin intime d’où se dégage un agrément de bibelots, de fruits, de fleurs, sinon l’ivresse lumineuse discrète  d’un nu féminin.

 

E d o u a r d     V  U  I  L  L  A  R  D

 

Cuiseaux, Saône-et-Loire,  12 novembre 1868, 1 h (e.c.). Au carré de l’AS en Vierge, Saturne passe au FC, harmoniquement quadrangulé par le MC à une opposition Vénus-Jupiter, proche d’une opposition Lune-Neptune de Balance à Bélier, le maître d’AS, Mercure étant en III avec un Soleil en dissonance d’un carré Mars-Pluton.

Edouard Vuillard est orphelin de père à quatorze ans (Saturne-FC). Traumatisme que la dissonance solaire du Scorpion doit charger, car c’est un homme verrouillé, amarré à d’évidents refoulements de tendance castratrice laissant l’impression d’une âme fermée sur un secret. Tout en ayant, ce qui le sauve, les ressources du IIIe secteur : le don de s’exprimer. Mais le complexe anal refoulé du Scorpion est là qui le virginalise d’autant plus. L’homme est retenu, pudique, timide, effacé, avec les gestes empruntés du myope ; casanier, sédentaire, ordonné, méticuleux, confiné dans son petit périmètre montmartrois de Paris, donnant l’impression de vivre sans vrai désir ni grand besoin. Son existence est à l’avenant : son évasion n’excédera jamais chez lui « le voyage autour de ma chambre » et on ne lui connaît qu’une seule passion : sa mère, la grande compagne de sa vie jusqu’à sa disparition à quatre-vingt-dix ans. Une maîtresse-mère ayant travaillé sans relâche pour élever ses trois enfants. On lui prête ensuite une fréquentation féminine à l’ombre vigilante de laquelle il évoluera en bon petit bourgeois.

Mais c’est aussi cette tonalité d’introverti inhibé qui donne le ton de son destin de peintre intimiste à l’art en sourdine. Vuillard est un humble et précautionneux qui n’élève jamais la voix et qui, replié sur ses vertus domestiques, se réfugie dans des « petits sujets » traités en harmonies feutrées et tons neutres : « Je ne suis qu’une petite musique ». Son monde de prédilection pictural est – son Saturne en IV – le logis, nid intime avec la mère. « Ma maman, c’est ma muse ». C’est quotidiennement qu’elle lui sert de modèle et il la représente de multiples façons : cousant, lisant, vaquant aux soins du ménage, préparant le repas, la vieille dame posant souvent les yeux tournés vers son fils. Certes, il peint aussi d’autres intérieurs plus luxueux que le piètre logis parental, mais plus le décor est modeste, plus le peintre nous est sensible, comme s’il trouvait sa richesse dans la pauvreté. Avec lui se présente finalement un poète du monde étroit et quelque peu morne des petites scènes d’intérieur qu’il traite aux tons gris, bleutés ou lilas, en silencieuse musique de chambre.

 

P i e t      M  O  N  D  R  I  A  N

 

Amersfoort, Pays-Bas, 7 mars 1872, 6 h (e.c.). Sur la toile de fond d’une quintuple occupation AS, Soleil, Lune,  Mercure, Saturne en Capricorne-Verseau-Poissons, se lève la Lune du Verseau, au sextil du MC, lui-même recevant le carré d’une conjonction Soleil-Mercure des Poissons en I, au sextil de Saturne du Capricorne.

A une telle signature luni-saturno-neptunienne peut déjà se reconnaître un jeune homme qui songe à se faire pasteur, en crise mystique entre calvinisme et théosophie, avant qu’il ait trouvé son évasion dans la quête artistique – Vénus se lève en conjonction de la Lune – non sans religiosité.

De bonne heure, il avait d’ailleurs pris le crayon en main, et, un premier temps, il avait naturellement été poursuivi par le thème neptunien de l’océan, des dunes, ainsi, bien sûr, que par celui des cathédrales ; comme plus tard, par l’attrait naturaliste de l’arbre, dressé vers le ciel. Et au tournant de 1917, il trouvera sa voie dans le milieu communautaire de De Stiil (Le Style) où il se convertit au Néo-plasticisme.

Exemplaire en son genre, Mondrian devient un peintre abstrait qui, en une soif intense et une poursuite quasi-mystique de l’absolu, va passer la majeure partie de sa vie à faire le même style de toiles. Il y prône l’usage exclusif de l’angle droit en position horizontale-verticale et des trois couleurs élémentaires : éternelles variations de carrés-rectangles blancs, bleus, jaunes, rouges, que délimitent des lignes noires ou grises. Inspiré par Neptune, le pur Saturne du Capricorne est à l’honneur et l’art y devient un culte exigeant : une inflexible rigueur réduit le tableau à un dépouillement géométrique de lignes et de couleurs en vue d’une pureté plastique, restitution d’une image idéale où se dissout la personnalité du peintre, rendu à un Eden esthétique, celui de sa conjonction luni-vénusienne du Verseau.

Comme ses tableaux, l’homme est non moins introverti. Personnage timide, discret, sec, de noir vêtu, d’une certaine impassibilité. Il vit dans la solitude du célibataire, d’une vie austère, ascétique même comme son œuvre, en quête d’absolu. A Montparnasse où il habite, il est retranché du milieu artistique, plongé dans ses recherches et méditations, à son laboratoire sanctuaire, vivant chichement du peu de tableaux si rarement vendus.

Vertu miraculeuse de son opposition Saturne-Jupiter :  sa vie va basculer du premier au second, la froideur cédant à la passion. Cela se passera sur le tard, avec sa venue en Amérique. Le voilà devenu à soixante-dix ans glorieux, fêté et fortuné, fréquentant cette fois artistes, salons et cabarets newyorkais, non sans communier dans la frénésie du boogie-woogie (pôle de la conjonction Jupiter-Uranus du Cancer). Une ultime bouffée d’extraversion de l’artiste après la pureté du saint en appel de divin.

 

A l b e r t    M  A  R  Q  U  E  T

 

L’état civil de Bordeaux fait naître Albert Marquet à 8 heures le 27 mars 1875, mais, sans remettre l’heure en cause, c’est la veille, le 26, qu’il avait vu le jour, selon la déclaration formelle de Marcelle, son épouse biographe.

Une constellation de cinq facteurs s’impose sur la base d’une opposition Pluton-AS/Lune-DS, perpendiculaire à une conjonction Vénus-Saturne du Verseau à l’approche de la culmination ; triangle rectangle ramifié au Soleil du Bélier. S’y distingue la tonalité d’un lunaire saturnisé, l’astre dernier en son signe étant conjoint au maître d’AS et en aspect d’un sesqui-carré des luminaires, le tout en une matinée de printemps chargée d’un tellurisme plutonien. L’animation ignée n’est pas seulement perceptible dans l’épisode  « fauve » du peintre de la première heure, mais aussi dans une certaine pétulance méridionale qui anime son pinceau.

Néanmoins, Marquet est surtout un peintre de l’Eau, un intimiste tout de sensibilité délicate en recherche d’harmonie tonale : paysagiste aux mêmes tons subtils, à la même atmosphère diluée. Parisianisé, Marquet s’installe quai des Grands-Augustins, puis quai Saint-Michel, pour répéter sans cesse les mêmes sujets : outre les ports de Honfleur, de Fécamp, de Hambourg …, la Seine, ses quais, ses remorqueurs, et surtout le Pont-neuf, à toute heure, en toute saison … « D’instinct ce poète a compris l’atmosphère, l’air de Paris et saisi ses nuances délicates ( …), toute une gamme dont il n’élèvera jamais le ton, ne poussera jamais un éclat. Bleu-gris, telle est la dominante de cette harmonie vaporeuse aux subtilités indéfinissables, aux « passages » délicats, comme une mélancolique allégresse, une chaleur confuse. » (Pierre Cabanne). Poésie de la limpidité et de la monotonie, reçue comme une confidence, comme une mélodie en sourdine, celle de l’émotion émerveillée.

L’introversion luni-saturnienne plane et se diffuse au personnage et à ce qui l’entoure. Petit, boiteux avec des lorgnons de myope, Marquet est un homme simple et effacé, l’air souvent embarrassé et comme perdu. Avec cela, pas bavard, discret et pudique à ne jamais parler de son passé ni de lui-même, comme si sa personne était dénuée d’intérêt. Un bonhomme tranquille, attaché à son chez-soi, amoureux de la nature et des bêtes (Lune en VI), outre la promenade pour la flânerie et la rêverie, la peinture étant son bonheur d’exister. Indifférent aux théories comme aux critiques, il l’est non moins vis-à-vis du monde des marchants, collectionneurs et honneurs, disparaissant finalement dans son œuvre, en paix avec lui-même, sur un fond sans doute mélancolisant.

 

M a u r i c e     U  T  R  I  L  L  O

 

Paris, 26 décembre 1883, 13 h (e. c.). Avec Neptune approchant du lever sous sesqui-carré du Soleil, en Capricorne  où Mercure culmine avec Vénus, Saturne, conjoint à Pluton, est au surplus frappé d’une opposition de la Lune, l’un et l’autre unis en dissonance au MC.

Comment ne pas reconnaître  d’emblée cette sombre signature saturnienne neptunisée et plutonisée, à travers un adolescent malingre, paresseux et triste, devenu un vieillard décharné aux épaules voûtées, à l’étroit visage raviné, à la bouche amère et au regard lourd ?

Utrillo n’est pas seulement un bâtard sans père et qui se sent si peu aimé de sa mère ; il est aussi un enfant abandonné à lui-même, qui déserte l’école, traîne,  à l’affût du verre de vin. Bien vite pour lui, la vie c’est la rue, le café, un adolescent livré à l’oisiveté et la beuverie : pauvre bougre, veule et dévoyé ; et au fond de tout cela, gamin solitaire enfermé dans son silence, muet, comme un animal traqué.

 Pour remédier à cette précoce déchéance, sa mère, Suzanne Valadon, lui met un pinceau en main. Maurice au Mercure culminant et conjoint à Vénus au MC y trouve son dérivatif, non sans peine, Roland Dorgelès parlant de lui comme d’un « peintre malgré lui », par besoin pour étancher sa soif, mais non toutefois sans finir par servir son art.

Ce qu’il y apporte, c’est le témoignage saturno-neptunien de sa détresse morale née du malheur, qui renvoie en écho un monde triste et solitaire, ce qu’il peint par goût, puis avec émotion : paysages inhabités aux rues vides, vieilles maisons crasseuses ou lézardées de quartier déshérité, lieu morose sous un ciel plombé, maigre espace sous ciel de tombante soirée  hivernale …

A l’inverse de Jongking, son grand frère en soulographie (même opposition de la Lune à Saturne-Pluton) qui répéta indéfiniment les mêmes tableaux, Utrillo connaîtra sur le tard un renversement de style pictural, significatif de l’opposition de sa Vénus à Jupiter du Lion en IV, passant de « la peinture de la misère à une misère de la peinture ». C’est une vie nouvelle qui commence quand il épouse à la cinquantaine Lucie Valore qui en fait un monsieur rangé : certes, c’en est fini de son inspiration, mais le succès de la célébrité lui arrive. On a dit qu’il était passé du vin à la prière, mais en même temps que sa gorge, son métier s’est desséché, autre versant saturnien. « Ce bâtard qui n’avait jamais été si grand artiste que dans la débauche, le dénuement et l’opprobre, est devenu ce frêle vieillard propre et rangé, bon époux et bon citoyen, ce petit bourgeois craintif  soumis, bigot, le peintre célèbre prisé, décoré, qui ne travaille plus pour créer, mais pour produire. » (Frank Elgar). Néanmoins, diversement, mais ni plus ni moins introverti.

 

B e r n a r d      B  U  F  F  E  T

 

Paris, 10 juillet 1928, 6 h (e.c.). Présence en Cancer de cinq positions dont l’AS et le Soleil, avec la Lune en conjonction du MC ; sur cette toile de fond lunaire s’inscrivant un trinôme Pluton (conjoint à l’AS, le Soleil et Vénus), Uranus (par conjonction au MC et à la Lune) et Saturrne en aspect des deux conjonctions.

Le musée imaginaire de Bernard Buffet a fait irruption d’une façon foudroyante (conjonction luni-uranienne du Bélier au MC) aux ruines encore fumantes de la Seconde Guerre mondiale, l’univers plutonien s’y reconnaissant aussitôt à l’évocation faite alors par Pierre Descargues  rapprochant ses figures impitoyables de La Nausée de Sartre et de L’Etranger de Camus : l’absurdité de notre temps..

Son introduction à la vie publique porte la directe signature cancérienne en s’étant pris lui-même comme modèle : Jeune homme (Prix de la Critique 1948). Portrait où apparaît un garçon de vingt ans misérable, comme abandonné, à la tristesse de laquelle s’ajoute la maigreur : visage étriqué, tête triangulaire  au menton pointu ; regard égaré et sinistre ; assis devant une table au bol et au verre comme au litre vides. Impression appuyée  d’une désespérante mélancolie. C’est ainsi qu’il s’est mis tout entier dans cette toile, en mesure de le résumer.

Vient s’y ajouter la raideur d’un style saturno-uranien sec, dépouillé, longiligne et anguleux, au contour rigide et au trait aigu qui étire, allonge la forme, l’étendant comme pour « squelettiser » ce qu’il traite en une étroitesse d’objet, enfermé d’épais cernes noirs, ce qui accentue d’autant plus ce qu’il touche d’une pauvreté de grimaçante misère.

C’est dans cette facture invariablement ascétique qu’il traite ses divers sujets : paysages désolés, natures mortes livides, nus filiformes aux bras en baguettes, bestiaire aux grands insectes sombres, cirque de clowns sinistres, Passion du Christ avec Flagellation, Crucifixion  … Bref, tout un univers déshumanisé du sordide, de la laideur, de l’angoisse, du tragique, du vide, vertige halluciné du néant, d’un monde spirituellement mort. Comment, dans tout cela, ne pas voir  spécifiquement la signature d’un Pluton conjoint tout à la fois au trio AS-Soleil-Vénus ?

A certains égards, on peut incriminer une part d’extraversion dans l’outrance expressionniste venue du feu d’Uranus du Bélier. Cette intensité d’expression n’annule pas pour autant l’essentiel d’une œuvre, immuablement semblable à elle-même venue d’un auteur cancérien comme enfermé dans une coquille et même pétrifié dans son œuf.

 

 

M   U    S    I    Q    U    E

 

Aspir-expir : c’est autant de l’un que de l’autre dont l’art se nourrit. On peut donc être également musicien extraverti que musicien introverti, en concevant, par exemple, que le premier soit plus porté vers la musique de scène ; drame lyrique, opéra, opérette, ou la musique à programme, descriptive, surtout dans la péroraison  ou le déclamatoire ; comme le second vers la musique de chambre, plus ou moins expressive de l’âme. Pour l’extraversion, cela allant de Haendel aux somptueux oratorios (trigone Soleil-Lune sur trigone Jupiter-Neptune) à Offenbach et ses truculentes opérettes (trigone Mercure-Gémeaux-AS à Jupiter-MC).

Voici quelques-uns des musiciens les plus introvertis.  Offrons-nous le luxe d’une tentative de reconstitution de quelques thèmes inconnus, faute d’ heure natale connue. Dans un cheminement inverse à leur lecture habituelle où l’on descend, pour ainsi dire, des astralités connues à l’interprété à dévoiler, remontons ici de l’humain connu à la configuration ignorée. Ce qui est occasionnellement possible lorsque, du moins, le personnage a une particularité qui s’y prête : c’est d’ailleurs à l’aune d’un tel pouvoir de faire ce chemin inverse que nous mesurons le peu que l’on sait. Ce sont là des cas d’exception et ceux que je prends le risque de livrer ici me paraissent justifiés, bien qu’il ne s’agisse pas moins d’exemples qui demeurent hypothétiques et à adopter comme tels.

 

J e a n – P h i l i p p e     R  A  M  E  A  U

 

“Un introverti dans le plus extraverti des siècles” selon Lucien Rebatet dans Une histoire de la musique (Robert Laffont, 1969). C’est à 16 heures que le Dijonnais Jean-Philippe Rameau a été baptisé le 25 septembre 1683 ; jour unanimement accepté par ses biographes comme celui de sa naissance. L’acte de baptême ne mentionne pas l’heure de celle-ci qu’on a lieu de situer en début de  journée et plutôt de bonne heure.

Il n’est pas plus frappant tempérament nerveux ni type sec plus accusé que lui, et campé tout aussi bien comme introverti : fermé, sévère, chagrin, solitaire. Une humeur d’ours. Un être si avare en confidences (et pas seulement) que la première moitié de sa vie reste obscure. Un homme difficile, si peu porté aux épanchements, qui ne se marie qu’à quarante-trois ans. Fait pour la méditation, ce penseur épris de « connaissance distincte » devient l’auteur du Traité de l’Harmonie qui fonde les règles musicales du classicisme (conjonction Vénus-Jupiter en Vierge, ainsi que Boileau de son côté en littérature). Ce qui fait de lui le musicien le plus savant et le plus grand théoricien de la musique.

Rameau n’en a pas moins un champ d’extraversion en se tournant vers l’opéra à cinquante ans : maîtresse du couple Soleil-Mercure en Balance, Vénus est conjointe à Jupiter, lequel est maître d’une conjonction Lune-Mars en Sagittaire. Avec Les Indes galantes, on fait « le tour du monde parmi les sauvages emplumés, les Barbaresques, les odalisques, les amazones, les panthères de l’imagerie exotique du XVIIIe siècle. »  (L. Rebatet).

Une seule anecdote stigmatise l’intransigeance du personnage : sur son lit de  mort, alors que le curé est en train de lui donner l’absolution, il l’interrompt d’un coup : « Que diable venez-vous me chanter là ; vous avez la voix fausse ! »

Compte-tenu d’en arriver à une telle raideur, on ne peut qu’admettre une l’heure natale plaçant en position angulaire, doublement dominante, le trigone Saturne-Uranus, déjà valorisé par aspects solaire et mercurien. Une possibilité se présentait à l’approche des 10 heures, avec un  MC fin-Lion, près de Saturne et un AS début Scorpion en face d’Uranus. Mais il est plus plausible que Rameau naquit vers les 2 h 30 du matin, autour du lever du premier et de la culmination du second, la Lune, elle aussi, aspectant les deux astres en valorisation maximale.

 

L u d w i g    v a n     B  E  E  T  H  O  V  E  N

 

Ludwig van Beethoven a été baptisé à Bonn le 17 décembre 1770 et il est convenu que c’est la veille de cette journée qu’il y est né, sans précision horaire.

En toile de fond des astralités de celle-ci se caractérise une conjonction Lune-Mercure-Soleil en Sagittaire, elle-même en orbe de conjonction avec Jupiter à l’entrée du Capricorne, outre que le trio premier est en opposition de Mars en Gémeaux.

On a tellement glosé sur les malheurs de Beethoven, génie solitaire, amer, désespéré, tragique, qu’on en a fait une image d’Epinal. Mais le cliché n’en est pas moins le produit d’une douloureuse réalité : la surdité d’un compositeur – rien de plus spécifique comme adversité et l’on pense aussitôt à ce Mars-obstacle, face au trio sagittarien, noyau central du thème – le musicien étant déjà affecté à la trentaine et atteint quasi-totalement sur ses vieux jours. Ce qui justifie le coté pathétique du drame de l’artiste, tout en grandissant celui-ci par l’intensité dramatique de son œuvre, l’être, théâtre interne d’un grand combat, bandant ses énergies à l’extrême, jusqu’à muer en puissance ultime le souffle jupitérien créateur dont il est porteur.

Pour le personnaliser tout à fait, il manque encore un facteur capital que rien d’autre  qu’Uranus ne pouvait spécifier. Ce vertige qui l’imposa si bien que tout le Sturm und Drang de l’école allemande s’inspira de lui, de même que le romantisme musical français remontera à la source beethovénienne. Sa nouveauté romantique est faite d’un génie orageux, tout en éclairs, en paroxysme  : « un monde planétaire en fusion », avait dit Romain Rolland du finale de la Neuvième symphonie. Au-delà du ton impérieux éclate véritablement l’explosion d’un esprit et d’un cœur. D’oû, un idéal en harmonie avec la Révolution française : l’homme libre qui compose Eroïca pour célébrer Bonaparte libérateur des nations européennes ; un génie prométhéen, chantre de la fraternité humaine, l’homme étant un rebelle à toute tyrannie. Et puis encore, ce 26 mars 1827 où il succombe un jour d’orage, pendant une tempête de neige, au milieu des éclats du tonnerre …

Cet Uranus forme un triangle équilatéral avec Neptune et Pluton (la génération Napoléon-Hegel-Cuvier-Beethoven …) et est en Taureau. Qui ne reconnaîtrait pas ce signe dans le croquis caricatural de son physique ? Ce lent bonhomme au front bosselé et à la grosse tête baissée sur un corps trapu, se mouvant pesamment, bourru, ruminant ses pensées. Et les colères de cet ombrageux, ses fureurs pour une paire de chaussettes égarée, ses grossièretés d’ours, outre l’insistance inouïe de certains de ses thèmes musicaux, lourdement martelés, comme ces fameuses notes initiales d’andante (motif des émissions de Radio-Londres pendant la dernières guerre mondiale) « signifiant » le destin qui frappe à la porte : « sol, sol, sol, mi » …

En venir à lui placer l’AS au milieu du Taureau avec le lever d’Uranus (qui transitera le FC en 1787 quand il quitte Bonn pour la première fois et perd sa mère), avec culmination de sa maîtresse Vénus en Capricorne (tendance artistique profonde), est une tentation presque obligée.

Présences et maîtrises convergent : les oppositions de Mars aux luminaires maîtres de IV et V  signent directement son épreuve familiale, avec un père détestable, borné, ivrogne, qui le met au clavecin à 3-4 ans en le brutalisant pour en faire un virtuose, ;et cette mère tuberculeuse décédée à son adolescence.. Outre ce Saturne du Lion participant de IV et V avec Karl, son neveu adopté comme son fils, source de tant de chagrins, Mars en II dissonant nous renvoyant, au surplus, à l’image du Beethoven qui gémit sur sa misère matérielle, se plaignant souvent de ses soucis d’argent, se disant même en 1818 « presque réduit à la mendicité ».

 « Emboîtement » complémentaire : conjoint au Soleil, Jupiter en IX, en sortie de culmination, évoque on ne peut mieux la grandeur de sa réussite : un Beethoven qui se pose lui-même en souverain (Jupiter-Capricorne), tous les princes de l’Europe au Congrès de Vienne en 1814, venant s’incliner devant son génie. Vénus du Capricorne en X incorpore l’amour à la vocation, notre musicien ayant toujours un amour en tête dont il est dramatiquement possédé (conjonction Vénus-Pluton), étant inspiré par ses élèves musiciennes de l’aristocratie. Avec les deux luminaires en opposition de Mars maître de VII (composante de castration), nous pouvons comprendre l’union impossible, le destin sentimental raté de ce cœur meurtri. Enfin, la triple conjonction de VIII peut renvoyer au fameux « testament d’Heiligenstadt » où le jeune Beethoven, hanté dorénavant par l’idée de la mort, fait l’aveu pathétique de sa surdité grandissante. Ici s’introduit le drame de cette infirmité - le Soleil présent donne résonance à la valeur d’exil  : être   sourd - de Saturne en Lion. Le musicien ne pouvait rencontrer plus grand obstacle – oppositions martiennes : son grand combat – à la réalisation de son destin, étant frappé du pire mal qui eut pu l’atteindre. Destin tragique comparé par Wagner à celui du devin Tiresias, le voyant aveugle, soustrait au monde des apparences pour mieux appréhender la réalité profonde d’un au-delà.

Ce qui nous amène précisément à l’introversion. C’est sur le carré antice Uranus-Saturne dont Vénus culminante est le trait d’union (par maîtrise du premier et tutelle du second, lequel renvoie au Soleil et ses conjonctions) que se condense une forte puissance de secondarité caractérologique (outre les apports du Taureau et du Lion). Le génie de Beethoven n’est pas don de l’enfance avec facilité de créativité spontanée à la Mozart, mais plongée intérieure et vertu de maturité. Architectural est son art : sa composition est le fruit de profondes élaborations, brouillons, ratures et retouches ; de là une œuvre peu étendue comparativement à la longueur de sa carrière. Bref, une telle secondarité mobilise tout l’être, et en finale, la surdité le conduira à une totale introversion.

Du Beethoven en mode Sagittaire-Jupiter  marchant plein d’énergie à ,la conquête de l’univers et s’imposant par la puissance de son génie, nous passons à un homme courbé, un temps même enseveli dans sa souffrance, mais qui se relève par un puissant effort pour « saisir le destin à la gueule ». Retiré en lui-même, emmuré dans l’isolement, la solitude et le silence, il se forge de haute lutte à sa table bancale et sur son piano délabré, en être  de tension, véhément, forcené, parvenant à un dépassement de son malheur, en une sorte de joie surhumaine.

On est allé jusqu’à penser que sa surdité le servit au point d’avoir été en connivence avec le destin, comme une providence pour son génie, ce que peut signifier spécifiquement le trigone de ce Saturne en exil à sa conjonction du Sagittaire. Telle l’opinion d’Arthur Honegger : « Sa surdité, en le séparant du monde extérieur, lui permit, si je puis dire, de travailler à l’intérieur de lui-même, et de concevoir ce qu’il n’aurait jamais conçu si son oreille n’avait pas été murée de bonne heure, protégée, par conséquent, contre l’afflux du monde extérieur. »  Et son neveu Karl lui avait assuré que sa surdité, en l’enfermant en lui-même, l’avait mis à l’abri des séductions du monde extérieur. La musique de Beethoven est le fruit douloureux de cette séparation (exil saturnien). De fait, sa personnalité se dessine et se précise au moment où sa surdité le détache du monde sonore, à l’époque de la Symphonie héroïque. Et l’histoire de sa vie - à l’enseigne de ses oppositions martiennes ainsi que de ce Saturne en exil léonien frappé par Uranus - n’est, alors, que celle d’une lutte contre les séductions, incompréhensions et inopportunités du monde extérieur : Vienne qu’il prend en grippe, les femmes qui le trahissent et l’abandonnent, la famille qui le déçoit, le commun des hommes qui ne le comprend pas … Le Beethoven ultime est, finalement, un lyrique qui nous chante le drame de sa propre condition humaine, langage de sa vie intérieure à résonance universelle.

 

K a r l – M a r i a    v o n    W  E  B  E  R

 

Le bulletin de la Société américaine de Musicologie, section de la Nouvelle  Angleterre, 1945, a établi que ce musicien  est né à Eutin le 18 décembre 1786, à 10 h 30 m du soir, selon une note du grand-père. Il est contre-nature de s’en tenir à une uniformité typologique avec une si belle composition de sphinx (Taureau-Lion-Scorpion-Verseau aux angles du ciel). Attendons-nous à une forte mixtion, avec la coexistence d’une saillie d’extraversion et d’une caverne d’introversion. La prédominance de cette dernière se lit à la présence d’une Lune du Scorpion au FC, arrivant au carré de Saturne du Verseau au DS, lui-même en arrivée de carré du MC. Ce qui contraste avec la première : Jupiter-Taureau au MC, au carré de l’AS-Lion et à l’opposition de Mars-Scorpion, en conjonction du Soleil maître de l’AS.

Déjà, sa morphologie est panachée de Saturne-Mars : chétif, maigre, de poitrine étroite, boitillant (tuberculose osseuse d’hérédité maternelle), tout en ayant une certaine vigueur musculaire ; physionomie rétractée, pensive, sinon attristée, avec des pommettes saillantes et un œil vif. Débilité et énergie. Ce n’en est pas moins au fond de sa chambrette que Weber va si magnifiquement décrire musicalement le galop du cheval qu’il ne montera jamais (Jupiter-MC maître de Mercure-Sagittaire) et chanter les succès d’armes (Mars-Scorpion conjonction-Soleil) beaucoup trop lourdes pour ses frêles épaules.

En milieu paternel, il grandit dans les coulisses de théâtre, parmi des décors enchanteurs de costumes royaux, féeriques … Un milieu idéal pour exalter la « mentalité magique » d’une Lune du Scorpion au FC, déjà sensible chez cet enfant naïf qui adore entendre les légendes de son pays natal. Avec, à plus forte raison, trois positions fortes en IV, l’attrait du théâtre allant devenir sa vocation toute tracée.

 

C’est un enfant prodige qui compose déjà vers ses dix ans (Lune-FC) et devient à dix-huit ans chef d’orchestre à l’opéra de Breslau. Déjà là, une première destination d’extraversion. Qu’il devienne ensuite musicien de théâtre en est une autre. Mais encore, à l’exception de Liszt, solarien plus spectaculaire, il devient le plus mondain des musiciens romantiques. Sous la signature, ici, de son Jupiter du Taureau culminant, c’est un élégant,  séducteur, très bien mis, très empressé auprès des comédiennes, cantatrices et danseuses. Il va même mener pendant quelques années une jeunesse fort dissipée qui le conduira à une tentative de suicide. Basculement en face, potion de Lune-Scorpion : il avala la moitié d’une fiole d’eau-forte et fut plusieurs semaines entre la vie et la mort, sans que la prison ne lui fut épargnée … A trente ans – retour saturnien sur la VII - son existence se calme avec son mariage.

On reconnaît, bien sûr, les manifestations d’extériorisation forcenée d’une conjonction Soleil-Mars du Scorpion. On en retrouve aussi la trace dans son œuvre. Dès 1803, Weber mène campagne contre l’opéra italien en des joutes continuelles (la sonorité de sa musique, a dit un critique, fait rêver de chocs d’armes, de tournois, de lances brisées), outre  qu’il publie des critiques musicales très acerbes. Son hostilité constante à l’endroit d’ « il signor Rossini » a pris une valeur symbolique : le combat entre l’opéra allemand et l’opéra italien ». Puis, quand se déchaîne le grand mouvement national du peuple allemand en 1813, lui qui ne peut vraiment se battre compose des chants qui demeurent le type de l’hymne guerrière patriotique.

Malgré déjà tout cela en mode d’extraversion, le génie de Weber est ailleurs : il procède de l’irruption des puissances de son âme tourmentée et inquiète, centrée sur cette Lune du Scorpion au FC. Renouant avec le monde surnaturel de son enfance, ce poète de la nuit fait monter des profondeurs de sa sensibilité première un univers peuplé d’apparitions et d’hallucinations de son âme, en communion avec la nature.

Inspiré d’anciennes traditions, son Freischutz  est le poème de la légende populaire, avec les naïves croyances et les terreurs de la vieille Allemagne, autant qu’il est un hymne exalté à la nature, rendue dans son fantastique mystérieux et menaçant. Si le musicien brode sur le thème de la chasse – retour à Mars – avec son cortège d’émotions, c’est surtout parce que cette chasse met l’homme en communion avec l’intimité de la forêt profonde, du lac au clair de lune, de la rivière sinueuse et de la vaste plaine, vivant de leur propre vie, au point que l’acteur principal de cet opéra est la nature elle-même, ainsi introjectée. Interpellée de la sorte, celle-ci répond à l’homme qui l’évoque par l’organe de l’orchestre et mêle ses murmures aux accents de la passion. Nous baignons en pleine participation magique.

Outre le thème lui-même : le chasseur. Lequel, pour obtenir la main de celle qu’il aime, se procure les faveurs du démon, des balles infaillibles lui étant remises, au prix de la dernière qui doit rester soumise aux volontés du diable. C’est le Malin qui, pointant le coup d’œil du chasseur, en dirige la flèche sur la cible. Sans oublier l’atmosphère du drame : quand le cor du chasseur résonne dans les gorges profondes, ce n’est pas l’écho qui lui répond, mais le chœur des esprits élémentaires ; et quand la biche tombe, frappée de la balle mortelle, l’âme d’une fée s’échappe de la rouge blessure. Nous baignons en pleine magie !

Avec les autres opéras de Weber, nous sortons du fantastique sauvage et infernal du Scorpion. Mais c’est toujours dans le monde enchanté et surnaturel lunaire que le musicien va chercher son inspiration. Euryanthe évolue vers un romantisme chevaleresque populaire, et Oberon change de ton avec le Freischütz : après les apparitions horribles et monstrueuses, tout un peuple d’esprits aériens, sylphes, fées ei ondines ; après les accents d’un emportement inouï, une mélodie impressionniste ; au ton sombre du Scorpion fait place un lumineux Orient, où Weber, enfin, laisse s’exprimer sa composante vénusienne.

Il avait perdu sa mère à onze ans ; il mourra à son tour de la phtisie à quarante ans.

 

F r a n z     S  C  H  U  B  E  R  T

 

Grâce à Wilhelm Knappich dans sa fonction de bibliothécaire viennois, nous savons que Franz Schubert, selon la chronique familiale – le père étant instituteur -  est né à Lichtenthal près de Vienne, le 31 janvier 1797 à 11 h 30 m (heure retransmise dans le  Franz Schubert  de  Brigitte Massin, Fayard, 1977).

Reste la justesse de la pendule familiale, ce que nous savons de Franz faisant penser qu’il aurait pu naître quelques minutes plus tard, alors que l’AS à l’entrée du Cancer et le MC à l’entrée des Poissons formaient un triangle équilatéral avec, en V, Neptune du Scorpion – signature du Romantisme – qu’aspecte le Soleil, et tandis que, dans les Poissons, la Lune en conjonction de Jupiter s’approche de la culmination, sous le carré de Saturne ; lequel, dispositeur de Soleil-Mercure-Vénus,  vient de se lever.

Abondamment, l’Eau est le tissu dominant de cet être, rien d’équivalent ne pouvant mieux le révéler. La tension psychique particulière qui caractérise les romantismes beethovénien, schumannien et wagnérien est complètement absente chez Franz : le génie schubertien, c’est l’abandon à soi-même, la disponibilité, l’insouciance, la nonchalance, le vagabondage, l’errance, la fenêtre ouverte sur l’infini. L’homme est un contemplatif, insouciant de conquête, de victoire ou  simplement de prestige. A-t-il seulement des ambitions en dehors de sa dévotion proprement dite à la musique et de son attachement aux enchantements du rêve ?

C’est que les valeurs Lune-Neptune-Poissons composent avec le Verseau-Capricorne, celles de Saturne. Ecoutant enfant une symphonie de Mozart - en proche anniversaire du sien - il déclare à propos de cette musique : « Elle m’ébranle sans que je sache pourquoi. Son menuet est enthousiasmant et, dans le trio, il me semble que l’on entend des anges chanter avec l’orchestre. ». Comme plus tard, il entendra, émerveillé, Jean-Paul  (Mercure-Poissons, Vénus-Verseau) : « O Musique, écho d’un autre monde, soupir d’un ange qui réside en nous. » Ses biographes s’entendent à dire que sa musique éthérée évoque le ciel, un au-delà d’innocence, de tendresse ; île bienheureuse, havre de délices et de paix ; écho, sans doute aussi, du paradis perdu d’une enfance heureuse, baignée de sonorité  musicale.

Ce qui est le plus cher à cet étranger sur cette terre, c’est le rêve d’une âme douce, affectueuse, traversée d’éclats de gaîté autant qu’abandonnée à la souffrance, ses véritables possessions étant les ruisseaux de la forêt viennoise et les clairs de lune.

En fait, la véritable existence de Schubert aura été sa vie intérieure. L’évasion de son âme ingénue va de pair avec la bohème : en célibataire presque sans foyer reçu chez l’un et chez l’autre, allant de brasserie en auberge. A peine quitte-t-il sa ville natale, le milieu modeste qui est le sien lui est le plus cher. Il est ce familier qui préfère, à ce qui flatte la vanité, l’affection simple et les joies de l’intimité de ses proches. Ce petit bonhomme sans importance, balourd bedonnant, timide et effacé, porte sa grandeur cachée en étant dans les nuages. C’est avec une telle discrétion qu’il vit son génie, sans succès public de son vivant, au point de disparaître sans commentaire de la presse viennoise. Mais rien pour lui n’avait égalé la joie Verseau des récréations musicales passées en compagnie d’intimes et amis dans un lieu privé.

Le cœur de son œuvre, c’est le monde prodigieux de ses lieder, chaque lied étant un poème musical souvent dramatique ; outre sa musique de chambre. Pas de grands cris, aucune  emphase, nulle enflure romantique. Schubert, c’est l’effusion lyrique ingénue et profonde, le simple sentiment naturel ; une musique de retenue, de pudeur, qui murmure des confidences par le charme d’un état d’âme, faite de sourires esquissés, de soupirs plaintifs étouffés, de souffrance suggérée, de nostalgie secrète, de tristesse acceptée … Il faut dire – ici est-ce peut-être quelque cyclothymie de carré Jupiter-Saturne – que le génie de Schubert passe vite de l’insouciance à l’inquiétude, de la gaîté à la mélancolie, du sourire aux larmes.

Quant à la conjonction Lune-Jupiter des Poissons en X, elle livre la fécondité d’une œuvre qui bat tous les records : Frantz fait de la musique comme il respire ; sa production coule à flots, et lui qui ne dépassera pas la trente-deuxième année aura une œuvre prolifique comprenant près d’un millier de numéros d’opus !

Quant à sa part d’extraversion , elle est à l’image de ce Verseau relayé par Mars du Bélier en XI, avec les schubertiades. Ces joyeuses réunions d’amis dont il est à la fois le héros et le boute-en-train, dans un état de légère griserie. C’est au cours de ces parties, sur des tables de guinguette, dans le choc des verres et la fumée des pipes, qu’il improvise à son piano, captant l’émotion à sa source pour la fixer dans l’instant, et à qui nous lui devons maintes mélodies, dont sa célèbre Sérénade.

Quant à son principal foyer d’introversion, il se centralise au Saturne maître de VIII en XII, en dissonance de la Lune maîtresse d’AS. A lui se rattache en particulier, avec les peines du cœur d’une vie amoureuse médiocre, cette syphilis contractée tout jeune, maladie secrète qui mine son moral et détruit sa santé, le glissant dans la neurasthénie et même dans des états voisins de l’hallucination ; lui inspirant néanmoins des pages profondément émouvantes, dont ce si pathétique Voyage d’hiver. Vie courte, pauvre, chargée de douleur, et pourtant si sublime. C’est le 19 novembre 1828 qu’il disparut.

 

F r é d é r i c    C  H  O  P  I  N

 

Selon les registres de la paroisse, Frédéric Chopin est né à Zelazowa-Wola, près de Varsovie, le 22 février 1810 à 18 heures, et c’est sur ces données que je me suis exercé en présentant le thème du musicien dans les Poissons de la collection du Seuil, ainsi que dans le n° 16 de L’Astrologue. Mais, dans le n° 74 de la même revue, Max Duval a – en livrant les justifications qui s’imposaient, depuis la remise en question de cette date natale par les derniers biographes du musicien – dressé son vrai thème pour le 1er mars, date annuelle à laquelle  Frédéric célébra toujours son anniversaire. Si la première version a pu si bien faire illusion, c’est que, d’un thème à l’autre subsiste l’essentiel d’une même domification. Neptune est au FC, conjoint à Saturne, l’un et l’autre maîtres des quatre rapides, de la Lune du Capricorne au Soleil des Poissons  ; outre leurs carrés à l’AS et à Vénus-Soleil des Poissons qui se couchent.

La signature saturnienne saute aux yeux. Son passeport daté de 1837 déclare qu’il pesait 48 kg pour une taille de 1 m 70. C’est un nerveux de nature souffreteuse ; asthénique dont les peines de cœur tournent à la maladie (Vénus dissonante en VI) et que mine bien vite la phtisie qui l’emportera à trente-neuf ans, le 17 octobre 1849.

Fragile incarnation au surplus embrumée par Neptune sur toile de fond des trois derniers signes zodiacaux. L’imagerie populaire évoque «cet ange égaré sur terre », ce « génie-sylphe », « archange aux ailes prismatiques » ; âme sensible si vite blessée que « le pli d’une feuille de rose, l’ombre d’une mouche le faisaient saigner » (George Sand). « Je suis en d’étranges espaces » disait-il pour exprimer son état d’âme autistique d’éloignement du réel et du milieu ambiant. Un choc saturnien, de l’ordre de l’astre en IV et sur toile de fond Poissons, contribue à approfondir cette schizoïdie, avec le départ de Varsovie à vingt ans, sans retour : la séparation de la famille et l’exil de sa patrie natale. Son intériorité se creuse, l’installant dans un sentiment de solitude, l’enfermant dans son repli frileux, le monde extérieur lui parvenant atténué, filtré, lointain.

A son arrivée à Paris, le timide pianiste, triomphant à Pleyel et traité en prince, devient un fier dandy qui prend plaisir à fréquenter la haute société. Mondanité de surface, finalement, qui ne durera que quelques années. Le romantisme de Chopin sera celui d’un solitaire, d’un exilé.

Avec ce duo Neptune-Saturne du FC, au surplus dispositeur du couple des luminaires et de Pluton, se comprend l’influence exercée sur lui par le chant de la terre nourricière : la musique populaire entendue au berceau, transmise par la voix maternelle : richesse du terroir natal longuement remémoré dans l’exil. C’est précisément à ce lyrisme intérieur auquel Chopin le déraciné sera sensible. Au point de demeurer en marge des puissants mouvements artistiques et intellectuels de son temps, jusqu’à être indifférent, voire hostile, à la musique de ses contemporains. Il reviendra sans cesse à la mélodie natale, à l’âme polonaise.

« Le piano est la seule âme que Chopin ait connue » (Pourtalès). Instrument de tous les tête-à-tête narcissiques avec soi-même, Frédéric se confie à lui comme à personne : miroir grâce auquel il s’enferme en lui-même. Outre qu’il n’interprète que ses propres ,œuvres. Pas de symphonie, d’opéra ni de cantate, et peu d’orchestre. « Chopin est tout entier dans cette confidence unique jusqu’à lui : le piano est son double »  (Camille Bourniquel).

A cet art discret répond la discrétion de l’artiste qui n’est pas un homme du grand public. Il ne donnera que dix-neuf concerts en dix-huit années de vie parisienne. A Liszt le solarien superbe il déclare : « Je ne suis pas propre à donner des concerts, moi que le public intimide, qui me sens asphyxié par ces haleines, paralysé par ces regards curieux, muet devant ces visages étrangers. ». Et à Titus : « Tu ne saurais croire quel martyre c’est pour moi, durant trois jours, avant de jouer en public. »

Chopin est fait pour les petits cénacles du crépuscule – le coucher du soleil lui va bien – composés d’amis artistes. « Quand on  éteignait le soir les lampes et qu’il improvisait pendant des heures, n’était-ce pas nécessairement le meilleur de lui-même que cette élite accueillait ? » (C.Bourniquel). Seuls les salons pouvaient lui donner ce besoin de communion, s’accommodant à son art : une musique neptuno-saturnienne presque de recueillement  baignant dans un état d’âme crépusculaire ou nocturne, fait de confidence voilée, de sensibilité diffuse, de nuance indéfinissable, de fluidité évanescente …

 

R o b e r t      S  C  H  U  M  A  N  N

 

Zwickau, Saxe, 8 juin 1810, 21 h 30 m (biog. Heinrich Reimann, Leipzig, 1887), verrsion adoptée par l’Astrologische Gesellschaft Deutschland. En regardant son thème, aussitôt nous saute aux yeux une figure d’éclatement qui fait de Schumann une âme divisée : cinq oppositions dominent, dont deux conjonctions en face-à-face que deux carrés renforcent, outre l’autre qui est angulaire. Et c’est le maître de l’AS – Saturne – qui est le poids lourd de sa grande division pour se trouver, avec Neptune, face à la conjonction Soleil-Mars, terrible étant un tel barrage au libre exercice du moi.

Cette globalité saisie, on ne sait par quel bout ni sous quel angle l’aborder, tant diverse est sa composition. Voyons comment lui-même se dépeint, à la troisième personne : « Son tempérament : mélancolique. Son sens artistique : aptitude à ressentir, beaucoup plus qu’à observer ; aussi, dans ses jugements, dans sa création, est-il plus subjectif qu’objectif. L’émotion lui est plus propre que l’effort ; pour comprendre les choses il préfère s’abandonner à son instinct plutôt que de réfléchir. Son intelligence est plus abstraite que pratique. Son imagination est puissante, tournée vers l’intérieur, mais cherchant bien souvent son inspiration au dehors (…). Le combat lui est étranger, aussi préfère-t-il rêver en silence (…). Il s’abandonne au charme du non-vouloir »

Emotivité, passivité, instinct, imagination , rêve, non-vouloir … il y a là-dedans surtout une ligne générale lunaire procédant des aspects de l’astre virginisé à l’AS et à une artiste conjonction Mercure-Vénus du Cancer au DS. L’introversion prévaut déjà, que renforce l’apport saturnien d’astre frappé d’une opposition solaire : l’humeur taciturne, les papillons noirs de la mélancolie, bref l’état dépressif.

En face se trouve le pôle de la conjonction Soleil-Mars des Gémeaux. Avec lui, c’est d’abord l’excitation, le romantique qui éclate de musique, compose dans la transe, improvise jusqu’à l’épuisement de son élan créateur. Vient ensuite la gémellité des deux faces de son génie : le double amour de la poésie et de la musique, le créateur et le critique. Eusébius, double nocturne sentimental, à la tendresse nostalgique ; et Florentan, double diurne remuant et frondeur, à la fougue fervente, à l’enthousiasme créateur. Puis l’écartement jusqu’à leur scission qui fait son drame : élans et chutes, emportements et tristesses, tourments fébriles et abattements, prostration. Deux mondes vont d’ailleurs se succéder dans sa vie. Avant la tragédie connue règne d’abord  l’heureuse nature tout de bonheur de Robert, exprimée par le Jupiter du Taureau en IV, en résonance avec sa conjonction cancérienne. Telle est la merveilleuse vie familiale à la maison de ce petit bourgeois qui y compose son œuvre dans cette cyclothymie, avant que son regard se perde dans l’obscurité de l’angoisse et du cauchemar.

Ici, le romantisme schumannien est toute intériorité. Robert est un poète qui se raconte en musique, son art puisant directement aux sources les plus profondes de sa sensibilité, tourné vers sa nuit, ses songes, rêves et cauchemars ; et son langage mélodique est tout un lyrisme de l’intimité. Comme Chopin, le piano est son confident depuis l’enfance ; c’est avec ses pièces pour piano et ses lieder qu’il donne le meilleur de lui-même. Ce que la musique de chambre a d’intime lui convient mieux que les grandes formes. Il n’a pas l’instinct théâtral et il n’ira pas au-delà de quelques ouvertures pour ses tentatives d’opéra. Pas plus que, venu trop tard au pupitre, il n’a été un chef d’orchestre idéal à Dusseldorf.

A mesure qu’il se sent mal, Robert s’isole, se fait silencieux et recherche le refuge champêtre. La maladie qui le gagne et dans laquelle il se replie lui condamne le monde extérieur. D’ailleurs, dans ses crises, la parole se fait rare, embarrassée, comme au service de son enfermement. Tandis qu’il est de plus en plus interpellé par ses mystérieux et sombres abîmes (Manfred, Faust). Ainsi, de plus en plus éloigné du monde jusqu’à l’internement, il finira par s’effacer de l’univers des vivants quand – écrasé par ses dissonances – il aura sombré dans sa folie hallucinatoire, n’étant plus que le champ de bataille de ses anges et de ses démons, jusque’à sa disparition.

 

M a n u e l     d  e     F  A  L  L  A

 

Cadix, 23 novembre 1876, 6 h (e.c.). Comme avec Schumann, l’introversion de Manuel de Falla est, en grande partie, celle d’un homme de grands conflits intérieurs reflétés par une forte dominante de dissonances : cinq oppositions et huit carrés. Mais encore, Saturne des Poissons est au FC, conjoint à la Lune en Verseau et carré au Soleil. La conjonction Lune-Saturne est au surplus en opposition d’Uranus au MC, également au carré de l’AS et de Mercure. Trio formant finalement une croix en carrés avec Pluton au DS !

Tout petit, Manolo est un enfant chétif, d’une santé délicate. Mais il est non moins déjà un être silencieux,, solitaire, taciturne, quelque peu sauvage, parfois absent de la réalité. Le petit garçon se plait à s’enfermer dans sa chambre pour y vivre d’imaginaires épopées, rêves qu’il fait accompagner de musique. Vers huit ans, il découvre le piano et il donnera un premier concert vers douze ans. Comme chez Mozart, Weber et tant d’autres, son génie musical prend sa source à la Lune du FC, c’est-à-dire ici dans le chant andalou primitif, l’essence de la Castille, le sang de la chaude Espagne. Musique de feu brulante de passion interne.

Mais cet homme émacié, au regard vif et au visage tendu, donne l’impression de se dissimuler derrière ses moustaches fournies. Timide, pudique, la parole rare, silencieux même, le ton feutré avec une noble réserve, il reste quelque peu mystérieux, non sans un air de sacristain.  Sombre, il porte le plus couramment complet et cravate noirs, contribuant à le plonger dans l’austérité et l’ascétisme. Comme s’il avait à payer une dette, sa vie est solitaire, retirée : répulsion de la mondanité, amitiés limitées, pas de vie amoureuse. C’est qu’au fond de lui se combattent une terrible tentation et une forte charge d’interdits – axe Pluton-Scorpion contre axe Saturne-Uranus – convertis en soif de sainteté, l’âme mystique lui imposant une farouche chasteté au prix d’un épuisement nerveux ; crucifixion morale évoquée par la croix du carré  qui domine le thème. On s’interroge s’il n’est pas resté vierge jusqu’à sa mort à soixante-dix ans. Refoulement libéré en partie en sublimation artistique grâce à quelques-uns de ses rythmes musicaux les plus charnels, de ses inflexions les plus voluptueuses. Ici, naturellement, parle sa triomphante conjonction Soleil-Jupiter du Sagittaire à l’approche du lever.

C’est une vie monacale qu’il va finir par mener dans sa retraite de Grenade puis dans sa thébaïde d’Alta Gracia. La vie dépouillée et purifiée d’un homme décharné, épuisé par la méticulosité de son travail. Névrose obsessionnelle typique allant presque jusqu’à refaire dix fois la même page ; manie de  révision pathologique comme de la répétition détaillée de chaque geste quotidien ; et non moins par la crise religieuse elle-même, sous la domination infernale de la crainte de la colère divine.

 

 

C  O  N  C  L  U  S  I  O  N

 

Clôturons ce voyage au pays des Introvertis sans trop nous demander quel intérêt ce parcours peut bien susciter de nos jours où la recherche astrologique ronfle d’un profond sommeil. Dieu sait pourtant si Jung a magistralement mis le doigt sur la plus spectaculaire classification psychologique qui soit, et ce n’est point par hasard si elle rejoint idéalement l’évidente dialectique Jupiter-Saturne.

 

Naturellement, l’exploration des grands personnages extravertis de l’histoire figurait au programme de recherche que je m’étais fixé, pour témoigner de visu du contraste de ces deux catégories humaines. Mais l’âge venu, il est trop tard pour me lancer dans ce volumineux projet . Peut-être toutefois arrivera-t-il  un jour qu’un successeur dresse cette parité. Quoi qu’il en soit, on ne perd pas son temps à travailler ce couple humain complémentaire aussi évident que sont le jour et la nuit, au point de mieux devenir citoyen d’honneur d’une astrologie dans tous ses états.

 

Paris le 18 octobre 2011

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