Astrologie Individuelle
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Parler d'Astrologie

 

Pour commencer, grand merci, cher Charles Ridoux, de nous avoir réunis en ce site merveilleux !

Il faut saluer cette initiative. Connaissez-vous des rencontres culturelles où se joignent des universitaires et des astrologues ?  Ne serait-ce pas là une première en France ? Il y a des fréquentations qui ne se font pas.

 

Dans les années cinquante, rares étaient ceux qui se commettaient en notre compagnie. Je crois avoir inauguré le contact en dotant le VIIe Congrès international d’astrologie, à Paris en 1953, d’un comité de patronage où se distinguaient plusieurs universitaires de renom, dont Mircea Eliade. Depuis, à la revue que je dirige, « L’Astrologue », j’ai recueilli maints témoignages de sympathie, un tout dernier émanant de Thierry de Montbrial. Mais le surmoi de l’exclusion est toujours là.

 

Voici un épisode significatif. A la fin des années cinquante, en compagnie de Françoise Dolto, de Jacques Lacan et du R.P. Bruno chez lequel nous étions  pour un projet de congrès sur le symbolisme, Marcel Griaule nous raconta qu’il avait apporté à André Danjon de l’Institut, alors directeur de l’Observatoire de Paris, plusieurs caisses de documentation témoignant d’une prodigieuse cosmologie, inconnue, des Dogons. Il l’avait rassemblée et fait venir tout droit du Soudan où il avait passé une trentaine d’années de sa vie à étudier la leur ; et, la mine d’un seigneur fastueux heureux de son propre présent, il croyait apporter le Pérou au haut lieu de l’astronomie française. Quelle ne fut pas sa triste surprise – il n’en était pas revenu – de s’entendre déclarer sur le champ par ce grand ponte, que ces documents n’avaient pour lui aucun intérêt. Et de tourner les talons aussitôt en lui disant, en guise de consolation : « Mais vous allez voir mon nouveau télescope » ! Illustration parfaite d’une indifférence ou d’un enfermement, comme s’il y avait un abîme infranchissable entre le ciel et l’homme, alors que la vie est avant tout un phénomène cosmique.

 

Plus que cela même : une aversion. Tenez : en 1974, un astronome américain de Northwestern University, Allen Hynek, se compromet à préfacer un livre du statisticien Michel Gauquelin : « Dossier des influences cosmiques », où il raconte qu’il avait effectué des recherches astrologiques aux résultats négatifs : « le directeur de l’observatoire, dont j’étais à cette époque le collaborateur, me refusa la permission de publier même ce résultat négatif de peur que l’on imagine les astronomes passant une fraction de leur temps, si petite soit-elle, à l’étude d’un tel sujet ! (entre parenthèses, comme s’il était frivole …). Et ce préfacier d’ajouter : « Pour un astronome, avoir affaire, même de loin, avec l’astrologie paraît l’exclure de la communauté scientifique. »

 

Ecoutons, enfin, Rémy Chauvin parler de ses collègues rationalistes, dans la préface de « La Science devant l’étrange «  de Pierre Duval (Denoël, 1973) :

 

« Passons sur le problème de Dieu : il est entendu depuis au moins deux siècles qu’il n’existe pas. Nous voilà soulagés. Mais il reste bien des mauvaises herbes dans le champ du père de famille rationaliste. Par exemple, les planètes. Il ne faut pas parler des planètes ; qui parle de planètes est soupçonné d’être astrologue, surtout s’il insiste qu’elles peuvent avoir une influence quelconque sur quoi que ce soit.  Mais, me direz-vous, la Lune et les marées ? Sans doute, un rationaliste admettra d’assez mauvaise grâce que la Lune n’est peut-être pas tout à fait inutile pour expliquer les marées. Mais tenez-vous-en là ; il serait malsain de vous demander si, parce qu’elle agite la mer, elle ne pourrait pas non plus agiter les pattes d’une mouche (Brown a cru distinguer une certaine influence des phases de la Lune sur le comportement de divers insectes) ; mais ceci constitue une influence des astres sur le plan biologique, et donc de l’astrologie ! Je ne plaisante aucunement ; moi qui suis du métier, je vous jure bien que si un jeune s’avisait de faire une thèse sur l’influence de la Lune sur les végétaux et les animaux, il aurait tout le monde contre lui, et il faudrait que le travail soit diablement bon pour être admis ; et même dans cette hypothèse, je ne suis pas sûr que la thèse passerait. Donc les influences planétaires son exclues.

Reste le Soleil. Ce n’est pas une planète mais il a tout de même un passé chargé du côté astrologique. Il n’est pas dépourvu de toute influence sur la terre ; on ne peut pas le nier, il est trop gros. Mais, s’il vous plait, pas de recherches malsaines sur l’influence du Soleil en biologie ! Les taches solaires et leurs variations ? Oui, peut-être ; enfin il est admis qu’elles « font quelque chose » à la Terre. Mais des travaux là-dessus ne sont que modérément recommandés. Il y a tant de belles choses à faire, disent les rationalistes ; pourquoi vous exciter justement là-dessus ? N’auriez-vous pas par hasard des tendances mystiques refoulées et, pour tout dire, astrologiques, embusquées dans votre inconscient ? »

 

Ce savoureux brocard de Chauvin montre à l’œuvre le refoulement dont l’astrologie est l’objet. Le savant bien pensant de la communauté scientifique la récuse comme une connaissance périmée, laissée depuis trois siècles sur le bas côté du chemin du savoir établi ; illusion collective abandonnée par l’homme et reléguée au musée des antiquités.  Si bien que sa survivance ou persistance est ressentie comme une maladie honteuse de la pensée, reste de gourme moyenâgeuse de mentalité magique à décrasser, de parasite de mentalité primitive à éradiquer, un esprit adulte et éclairé par le progrès des sciences se tenant délivré d’une telle superstition.

 

Mais, n’est-ce pas là un dangereux conformisme ? De plus en plus d’hommes de science, reprenant contact avec l’astrologie, révisent un tel jugement. Faute de passer par là et d’en venir à sa propre édification, c’est naturellement sous l’avis du jugement général du milieu scientifique que se range l’intellectuel. S’en tenir à une idée reçue n’en est pas moins un pur acte de foi, tributaire des métamorphoses d’une conscience collective fluctuante.

 

Jadis régnait une adhésion, l’univers collant à l’homme comme une tunique de Nessus. Le doute est venu d’une distanciation où celui-ci, s’affranchissant de la nature dans un dégagement de son milieu, croit se découvrir un être parfaitement libre. Cette désertion de son climat cosmologique lui fait voir la vieille astrologie comme une branche morte du tronc du savoir humain, son support lui ayant fait défaut. L’esprit rationnel met bon ordre à la connaissance, au prix d’un évident refoulement. Ce n’est pas par hasard si la nouvelle vague porteuse actuelle accompagne l’état nouveau d’un homme que l’univers interpelle, ainsi que ses ténèbres intérieures, découvrant du même coup l’illusion de sa liberté. Depuis plusieurs décennies, n’est-on pas engagé dans une gigantesque mutation collective qui refaçonne la vision du monde à la faveur de bien des reconsidérations ?

Rien n'est plus expressif de la mutation de l'astrologie que le contraste de ces deux représentations d'astrologues. Au XVIe siècle, Hans Holbein souligne la solennité de doctes personnages interrogeant le mystère du monde étoilé...

...Tandis qu’au XIX siècle, Her Tripa (le savant Agrippa de Nettesheim) moqué par Rabelais dans son pantagruel, Gustave Doré nous gratifie d’une pittoresque ruine humaine engloutie dans un abîme répugnant. Ainsi semblait être devenue l'astrologie.

 

De toute façon se reposait le problème de la manière expéditive dont on a cru bon de se débarrasser  de l’astrologie. Certes, si un « déterminisme astral » avait régné souverainement, jamais elle n’aurait pu être contestée. Qu’elle l’ait été est bien significatif d’une problématique de sa réalité à la lisière  du vrai et du faux.

 

 De tout temps, d’ailleurs, elle a eu ses partisans et ses détracteurs. Cela témoigne de l’évidence d’une subtilité du fait astrologique. Ce qui m’a fait dire que son paradoxe était qu’elle avait besoin du libre-arbitre pour être sauvée. A ce compte, on peut comprendre que ce soit seulement un état d’esprit qui ait décidé de son sort. Oui, son rejet n’a tenu qu’à la simple conviction d’un bon sens d’une mentalité collective critique. Nulle vérification n’a été entreprise pour valider cet abandon. Ainsi, se dispensant de démonstration, s’est-on contenté d’une justification a priori. « Cette prétendue science n’a pas été réfutée ; elle est tombée en désuétude » considère Pierre Thuillier (D’Archimède à Einstein), comme une flamme qui a vacillé dans le climat de désaffection de l’époque, sans toutefois s’éteindre.

 

Quant au rejet, il est des plus laconiques, Laplace se suffisant de dire que l’astrologie s’était « maintenue jusqu’à la fin de l’avant-dernier siècle (le XVIIe s’entend), époque à laquelle la connaissance généralement répandue du vrai système du monde l’avait détruite sans retour ». Mais cela appelle une démonstration qui n’a jamais été faite.

 

L’astrologie annulée par l’abandon du système de Ptolémée au profit du système de Copernic ? Qu’est-ce que cela change, quant aux configurations, que la Terre tourne autour du Soleil plutôt que le Soleil autour de la Terre ? Les fondateurs de l’astronomie moderne :

 

Copernic, Tycho-Brahé, Kepler et Galilée, ont-ils pour autant abandonné leur pratique astrologique, et la révolution copernicienne n’est-elle pas surtout le fait d’astrologues ? Kepler et Galilée ont insisté sur la non-conséquence de ce changement. Et quand on sait que la configuration astrologique la plus importante est le lever et la culmination d’une planète, comme le soleil à l’aurore et à midi, on peut affirmer le contraire : à savoir que l’astrologie repose entièrement sur l’uranographie de notre globe, fondée qu’elle est sur les mouvements de la Terre, et par suite sur les phénomènes célestes d’expression terrestre, l’astre du ciel étant mis en cause par rapport à nous, Terriens, au lieu où nous sommes. Aujourd’hui, d’ailleurs, cet a priori se fait silencieux.

 

N’empêche que ce refus est devenu un dogme du milieu astronomique international : l’astrologie est morte et à tout jamais enterrée ; elle n’appartient plus qu’à l’histoire et est reléguée au musée. Mais il n’est pas cadavre plus insurrectionnel ! C’est que, depuis un demi-siècle, non seulement la momie étiquetée pour l’éternité s’est mise à bouger, mais encore, désertant le musée, elle est descendue dans la rue et est devenue un phénomène de société !

 

Du coup, ce regain d’intérêt a suscité la curiosité. Il devait bien arriver qu’un jour quelqu’un s’avisât de revenir sur le dossier de la condamnation pour en avoir le cœur net. C’était bien beau de rejeter en théorie, de nier par principe, mais que vaut ce refus a priori ? Une vérification s’imposait tôt ou tard. Si possible, un contrôle statistique, pour faire impartialement parler les chiffres. Avec, cette fois, le seul valable résultat a posteriori, le permis d’inhumer véritablement rationnel de l’astrologie allait-il enfin être délivré ? Car même si l’astrologie est fausse, le fait de pouvoir le prouver ne peut manquer d’intérêt.

 

Là se place l’aventure du couple Michel et Françoise Gauquelin qui ont consacré leur vie à la question, adversaires résolus finissant crypto-astrologues, après plusieurs séries d’enquêtes portant sur une centaine de milliers de naissances. Exemples de résultat : Mars se lève et culmine de façon significative à la naissance de 2088 champions sportifs européens, et il en est de même avec 3142 chefs militaires ; pareillement avec Saturne chez 3647 savants de diverses académies ; Jupiter chez 993 politiques notables ; la Lune chez 1352 écrivains ; Vénus chez 5100 artistes, etc.

 

Avec un résultat d’ensemble sur 25.000 naissances dépassant cinq fois l’écart probable, outre que, chaque fois, c’est l’astre prévisible qui est apparu aux deux mêmes lieux où on l’attendait selon la doctrine astrologique !  Autre résultat : sur 2 groupes de chaque fois 30.000 naissances, il est apparu, d’une façon non moins significative, que l’enfant avait tendance à naître en répétant un lever ou une culmination de la même planète observé déjà à la naissance de l’un de ses parents, cet effet d’hérédité astrale s’intensifiant avec le même phénomène observé à la fois chez la mère et le père.

 

« Si maintenant la statistique se met à prouver l’astrologie, alors je ne crois plus à la statistique », avait rageusement dit Jean Rostand en apprenant, dans les années soixante, le résultat d’une vérification effectuée par une équipe du milieu de l’Union rationaliste sur Mars et les champions sportifs, résultat aussitôt fourré au placard. L’affrontement s’est poursuivi aux USA, à la revue rationaliste The Humanist, qui a mené un combat acharné en vue de refuser les résultats obtenus ; épisode dont a rendu compte avec honnêteté Ethnologie française dans son numéro 23 de septembre 1993

L’adversaire se cramponne, au point même de se livrer à un véritable trafic de chiffres et de populations testées, hommage involontairement rendu à celle qui le défie. Mais, le pourra-t-il longtemps ?

 

On peut en douter avec ce dernier test. Il s’agit d’une enquête effectuée par Didier Castille qui travaille à l’INSEE. Elle porte sur une population de 6.498.320 mariages, somme des unions conclues en France de 1976 à 1997. La vérification traite des positions en longitude du Soleil de l’époux et du Soleil de l’épouse, comptabilisées l’une par rapport à l’autre en écart angulaire au long du zodiaque, cet écart allant de 0° - conjonction qui se produit lorsque les deux conjoints ont le même anniversaire – à 180° d’un côté et de l’autre, les anniversaires en question se présentant aux antipodes, à six mois de distance. La figure que vous avez sous les yeux montre d’une façon éclatante une forte attirance masculine-féminine autour d’un commun anniversaire, le sommet du maximum d’unions étant atteint sur les 10 jours (10° d’orbe) des plus proches anniversaires conjugaux.

 

Déjà, une semblable enquête, effectuée par une équipe commanditée par Gunter Sachs, portant sur les 358.763 mariages conclus en Suisse de 1987 à 1994, avait donné exactement le même résultat. Devant pareil bilan, on peut s’interroger s’il n’existerait pas un phénomène d’attraction psychique parallèle à l’effet physique de l’attraction universelle ?

 

N’empêche que l’astrologie est en train d’acquérir un statut probabiliste, et, en 1980, nos coriaces adversaires, Michel et Françoise Gauquelin, en ont convenu ainsi : « Pour la première fois, la preuve scientifique de l’existence d’une certaine réalité astrologique, les symboles planétaires, est clairement donnée. Le symbolisme planétaire fermement ancré dans nos esprits, déjà décrit il y a vingt siècles par Claude Ptolémée, est plus qu’une image : une réalité ; les gens nés sous Saturne sont réellement saturniens ; sous Mars, réellement marsiens ; sous Jupiter, réellement jupitériens. » Ainsi, le scriptural astral est un fait !

 

Si l’astrologie revient en force – il est vrai, aussi négativement en effet charlatanesque déplorable pour le grand public, qu’en effet positif de nouveau sujet de connaissance – n’est-ce pas qu’en fait, à quelque éclipse accidentelle près, il existe une pérennité du vieil art d’Uranie, parce que celui-ci porte en lui une véritable « idée-force « ?

 

Tapie dans l’inconscient collectif, qui est le siège central de notre cosmicité, cette « idée-force » de l’astrologie, en frisson de vie universelle, est justement dans sa manière même de s’imposer jusqu’à se rendre transhistorique, poursuivant son histoire de civilisation en civilisation comme le fil d’un collier de perle en perle, pour reprendre l’image de Gilbert Durand. Car l’homme – ce petit vivant de rien du tout dans l’immensité du cosmos – est habité par elle : c’est précisément parce qu’il vit obscurément le phénomène astrologique que celle-ci est née et renaît périodiquement en lui. La puissance de cohésion du souffle spirituel qui la porte vient simplement de ce que l’âme humaine est d’essence anthropocosmique : sa pérennité et son universalité ont leur siège au cœur de chacun de nous, où se célèbrent les noces de l’homme et du ciel. Quand l’astrophysicien Hubert Reeves en arrive à dire que « tout l’univers est mystérieusement présent à chaque endroit et à chaque instant du monde », ce qui est pour lui aboutissement de réflexion scientifique est en réalité vécu quotidiennement depuis toujours par l’astrologue qui reçoit l’être humain naissant comme un condensé d’univers.

 

Ne nous méprenons  pas sur la valeur indifférenciée de cette « idée force », source de « foi » astrologique que l’âme susurre et que l’esprit suspecte, l’une croyant et l’autre doutant. Cette foi alimente les traditions populaires, les croyances naïves, et remplit les baraques foraines de la bonne aventure. Certes, mais c’est d’elle aussi ou de son intuition qu’est venue l’étincelle première des rencontres entre le signifiant astral et le signifié humain, le premier répondant au second, précisément au niveau du battement de cœur. C’est à son flair que nous devons l’essentiel du langage astral : la révélation prémonitoire  du symbolisme planétaire et de la façon dont nous sommes astralisés ; bref, les racines du savoir de l’être verbal qu’est le thème natal lu.

 

Ici, il faut s’en tenir à une invitation à la connaissance, à un appétit d’apprendre sur une démarche intuitive initiale qui fait penser à la Fortune aux yeux bandés avançant à tâtons, au savoir seulement proposé, suggéré tout au plus, celui-ci n’étant pas forcément parole de vérité et ayant besoin d’être assis dans la réalité. C’est tout le chemin qui sépare la « foi » astrologique du « fait » astrologique, accession à une authenticité de connaissance acquise expérimentalement.

 

Il faut ajouter que l’idée-force en question a le support de la plus grandiose intuition philosophique qui soit : l’astrologie expression de l’unité du monde et de l’interdépendance de ses constituants, une structure étant ressentie commune aux astres et aux hommes afin que l’Un soit lié au Tout. Avant de devenir fille folle de l’astronomie, Uranie avait été alors à la fois déesse spirituelle nourrissant la sagesse antique et reine des sciences, interrogeant le mystère du monde. Or, si entre-temps, elle est apparue comme un monstre épistémologique, il n’en est pas moins vrai que, depuis plusieurs décennies, nous assistons à un chambardement de valeurs qui fait tomber les barrières les unes derrière les autres en rapprochant de plus en plus la spéculation égarée d’un champ de savoir ouvert à la scientificité.

 

Par exemple, au plus grossier des jugements empiriques, c’était une litanie d’invoquer l’immensité de l’éloignement des astres dans  l’espace. Or, cet argument de la séparation spatiale a perdu toute sa valeur avec la révolution astronautique, maintenant que la Lune n’est plus qu’à trois jours de la Terre et que Mars est atteint au bout de neuf mois.

 

Il n’y a pas si longtemps, aussi grossièrement, dans son « Que sais-je ? » sur l’astrologie, l’astronome Paul Couderc ravalait Mars à un simple et vulgaire « caillou ». Quelle blague lui auriez-vous faite si vous aviez pu lui dire que les planètes, desquelles il croyait tout savoir, avaient des anneaux, des queues magnétiques, des émissions radio, que sais-je encore ? …

Or, sur ce chemin, c’est tout à la fois l’homme qui s’approche du ciel et le ciel qui s’approche de l’homme, dans une même pensée unitaire du biologiste et de l’astrophysicien.

 

Pour le premier, tout apparaît de plus en plus continu dans la nature, le monde des êtres vivants formant la trame ininterrompue d’un vaste système qui englobe toute la terre. Selon François Jacob, « la cellule est à la molécule ce que la molécule est à l’atome : un niveau supérieur d’intégration. Des particules à l’homme se rencontrent toute une série d’intégrations, de niveaux, de discontinuités. Mais aucune rupture, ni dans la composition des objets, ni dans les relations qui s’y déroulent. Aucun changement d’essence. » C’est ainsi que l’analyse des molécules et des organites cellulaires est maintenant devenue l’affaire des physiciens. C’est par la cristallographie, l’ultracentrifugation, la résonance magnétique nucléaire, la fluorescence, etc, que se précisent désormais les détails de la structure.

De son côté, l’astronautique a conduit l’astrophysicien à reléguer la notion de « vide interstellaire » au stock des idées périmées. Rien n’était plus terrifiant à l’esprit méditatif que l’impression du timide clignotement des étoiles au-dessus de nos têtes qu’un vide spatial immense et absolu séparait de nos personnes, le hiatus paraissant total et définitif entre elles et nous. Or, cette inoccupation de l’espace n’était qu’une apparence.

 

D’une part, l’atmosphère qui entoure notre globe dans ses couches les plus larges (troposphère, stratosphère, ionosphère et magnétosphère) est devenue partie intégrante de la Terre.

 

D’autre part, l’atmosphère du Soleil, quant à elle, se prolonge jusqu’à notre globe ; notre magnétosphère y baigne, considérée comme une simple extension de la couronne solaire.

 

Au vide interplanétaire font place les émissions de protons et d’électrons du « vent solaire », les sillages des « chevelures » ou « queues magnétiques » des planètes, soit tout un champ interplanétaire. Au vide intersidéral considéré comme tel se substitue maintenant un immense nuage de matière et d’électrons sous forme de galette centrée sur le Soleil, dans lequel baigne tout le système et dont rendent compte maints phénomènes connus.

 

On en est même arrivé à concevoir que c’est, dans ce milieu du cosmos, la matière interstellaire elle-même qui constitue le matériau fondamental à partir duquel tout l’univers est construit. Et elle est le tissu interstitiel d’une Terre qui se prolonge jusqu’au Soleil, une Terre née d’ailleurs de celui-ci ou d’une agglomération de poussières cosmiques Et sur ce même globe apparaît l’espèce humaine comme une création du milieu cosmique, posant l’homme dans un continuum sur la chaîne du vivant comme une entité indivisée du monde et coextensive à l’univers.

 

Ce n’est pas tout : à son tour, la physique campe l’individu dans la dimension d’une anthropologie cosmique. Dans les années soixante, j’entends encore Jacques Bergier me dire que la physique répudie l’astrologie tant qu’elle en reste au principe de séparabilité, les actions  instantanées à distance étant tenues comme impossibles, seules étant conçues celles qui s’établissent de proche en proche avec une vitesse finie de transmission qui ne peut excéder celle de la lumière, quelque soit le mode ondulatoire ou corpusculaire de transmission. Il y avait déjà des physiciens qui s’émancipaient de cette version, tel Jean Charon, tentant une ouverture vers une première liaison de l’Un avec le Tout en élargissant l’espace des particules élémentaires à leurs champs gravitationnel, électromagnétique, nucléaire, jusqu’à le rendre coextensif à tout l’univers.

 

Or, depuis deux décennies, nous en sommes au principe de non-séparabilité qui consacre l’indivisibilité fondamentale de l’univers. Au point d’en arriver qu’on ne peut séparer le phénomène observé de l’observateur, objet et sujet étant le tout d’un « principe anthropique ». Ce qui a fait dire à Bernard d’Espagnat de Bohr : « Il a replacé l’homme au centre de sa propre représentation de l’Univers d’où Copernic l’avait chassé ». Ce qui est mis en valeur par cette indivisibilité fondamentale, au-delà de la relation causaliste fragmentaire et localisée en succession, est la notion de globalité avec effet de totalité en simultanéité. Dans le champ opératoire d’un système accouplant dans l’espace-temps deux éléments les plus éloignés comme les hommes et les astres, la séparation spatiale des uns et des autres est un verrou qui saute définitivement.

 

Ajoutons encore le concours de la psychologie moderne depuis qu’elle explore l’inconscient. C. G. Jung n’a pas craint de dire que « l’âme pourrait être à la fois un point mathématique et avoir l’immensité d’un monde planétaire ». Et il est encore plus explicite : « En tant que la personnalité est inconsciente, elle ne peut être distinguée de tout ce que ses projections contiennent, c’est-à-dire qu’elle est identique à une partie considérable de son entourage, ce qui correspond à la participation mystique.

 

Cette situation est de la plus haute importance pratique, étant donné qu’elle permet d’expliquer les symboles particuliers par lesquels cet état se traduit dans les rêves. Je veux parler des symboles du monde environnant et des symboles cosmiques. Ces faits constituent le fondement psychologique de la représentation de l’homme comme microcosme, lequel est relié, comme on le sait, au macrocosme par les composantes du caractère formulées en termes astrologiques. »

 

L’astrologie se résume en ces images populaires : l’homme s’astralise par introjection en s’assimilant un corps céleste et humanise l’astre par projection en plaçant au ciel sa propre créature, l’identification de l’âme humaine et de l’univers étant son fondement psychique.

 

En langage psychanalytique, l’interface entre le macrocosme et le microcosme est une réalité de l’âme inconsciente, cellule de l’univers astrologique. Les liens de l’homme et du ciel y ont comme support la nature affective du coeur humain et comme mode relationnel l’identification en sa double manifestation : la projection qui fait l’homme cosmomorphe et l’introjection qui fait l’astre anthropomorphe. Dans le premier cas, l’être psychique investit le cosmos, démarche extravertie qui le campe à la dimension du vaste univers, ainsi humanisé à son image. Avec le second, en une démarche introvertie d’incorporation du dehors par l’être psychique,  

c’est le monde qui se miniaturise à l’échelle de sa personne, réception d’une condensation astrale. Bref, le cosmos est en nous comme nous sommes dans le cosmos. Lors d’une conversation avec Pierre Teilhard de Chardin, aménagée par Maryse Choisy à la revue « Psyché », ce fut un plaisir pour moi de lui dire que, dans la pensée astrologique, l’enfant qui naît est un instant d’univers localisé qui s’humanise. Allons, dans cette réhabilitation rampante du principe astrologique, l’astrologue redevient une fréquentation de bonne compagnie …

 

Certes, la critique de l’astrologie reste à l’ordre du jour. A condition, toutefois, qu’en face d’une superstition combattue le sceptique mette en question ses propres préjugés. Car on peut mettre dos-à-dos foi et préjugé comme sujets de suspicion : la première est au féminin, à la sphère de la psyché, ce que le second est au masculin, au monde du logos, le préjugé risquant d’être  un procès inconscient fait à l’âme humaine, au point –comme disait en la circonstance Kepler – de « jeter le bébé avec l’eau du bain ».  Il faut savoir naviguer entre l’un et l’autre.

 

On peut d’ailleurs être séduit sans pour autant se sentir gagné à la cause. Non sans raison, il est vrai. Si l’astrologie « marche », comme l’entend  celui qui la pratique, comment marche-t-elle et pourquoi fonctionne-t-elle ? Ici, l’on en reste aux hypothèses.

 

On lui suppute une voie structuraliste , par laquelle peut opérer une homologie de structure entre nature et esprit. Dans l’optique du « principe anthropique », puisque l’homme et le monde sont un et que conscience et objet n’y ont d’existence que l’un par l’autre, le principe de similitude a en soi sa raison d’être. Partant de là, l’astrologie se pose comme grammaire des similitudes fonctionnant sur les claviers des « correspondances universelles », entre l’agent et le patient, l’objet et le sujet,  l’externe astronomique et l’interne humain. Elle est le langage du signe dans une nature qui est en soi activité signifiante conférant aux choses leurs propriétés sémantiques.

 

Le signe est donc une donnée naturelle accédant à l’essence de l’âme humaine à la faveur du rapport d’identité entre le symbole et le symbolisé dans un renvoi du signifiant et du signifié. Il s’agit, en l’occurrence, d’un mode de connaissance réflexive où le monde est miroir de lui-même. De temps immémorial existe la notion de reflet des semblables, dans un renvoi mutuel de leurs images entre le Créateur, la création et la créature humaine, comme entre le macrocosme et le microcosme où l’homme est face à son double cosmique, sa réplique.

 

Nous voici au cœur de ce que les épistémologues appellent l’épistémè de la similitude. Après avoir analysé le mode de fonctionnement de ce type de pensée, ceux-ci n’ont vu dans cette logique du signe qu’une vieille ratio des analogies et signatures relevant d’une pensée sauvage, assurément pré-scientifique.

 

Il est curieux que Gaston Bachelard en soit resté là, lui qui s’est si largement servi de la pensée psychanalytique et dont les ouvrages sur les quatre éléments sont aux portes d’une réhabilitation de la pratique astrologique. Je l’avais incité à s’expliquer là-dessus, le rencontrant à la revue « Psyché », mais il me répondit d’un mot que sa santé ne lui permettait pas de se joindre à mon entretien, et d’ailleurs, il mourut peu après. La configuration épistémologique contemporaine en est restée là, en particulier avec Michel Foucault qui n’a perçu en la similitude qu’une forme révolue d’intellection du monde où l’esprit est tombé, selon lui, dans l’indistinction entre le signe et la chose, le signe et le nom, le nom et le sens. Bref, il n’y aurait guère eu là qu’une manière infantile et périmée de penser, ayant justement conduit à un faux savoir, l’astrologie y prenant place comme savoir fossile.

 

A la parution de son livre : « Les Mots et les choses », je m’étais empressé d’envoyer à Michel Foucault un questionnaire en guise d’interview pour ma revue. Celui-ci ne m’a jamais répondu, alors que, pourtant, mes interrogations soulevaient des problèmes de fond. L’auteur de « La Fondation de l’esprit scientifique » et du « Nouvel esprit scientifique » en était au savoir de son temps, alors que Foucault ne pouvait pas ignorer l’accès de la physique quantique à la non-séparabilité, celle-ci pouvant conduire à une révision de jugement en la matière.

 

Que l’épistémè de la similitude ne soit pas la bonne manière de raisonner s’il s’agit de rendre compte de la réalité matérielle du monde va tellement de soi qu’on devrait s’interroger si son mode de penser n’a pas sa propre substance d’investigation qui lui octroie sa raison d’être ? Justement, peut-on se passer de sa démarche spécifique pour explorer l’être humain ? Il ne suffit pas de se contenter d’observer que la pensée analogique de cet  épistémè est un savoir remontant à l’enfance de l’humanité en même temps que l’enfance du savoir, car, avant tout, c’est la nature de l’objet à connaître qui détermine la manière spécifique de connaître ; et ici, justement, nous avons à remonter à la racine des choses qu’est la nuit de l’être humain.

 

Quand Freud interprète un rêve, ânonne-t-il le balbutiement d’un homme des cavernes ou perce-t-il un profond mystère du rêveur ? C’est justement parce qu’il repasse par une enfance du savoir qu’il décrypte le rébus fait, précisément, du savoir de l’enfance. Ici, l’inconscient est à l’œuvre, qui parle la langue maternelle de l’instinct, obéissant à « la loi des structures symboliques » (Lévy-Strauss).

 

Il faut donc percevoir le sujet astrologie en conformité avec l’objet  qui le justifie : l’être humain dans sa condition première anthropocentrique, dans sa subjectivité, dans sa vie intérieure, soit l’infrastructure psychologique de l’âme humaine, c’est-à-dire son monde psychique profond. Car c’est la phénoménologie de l’inconscient qui tient lieu de « matière » à l’union symbolique du signifiant externe astronomique et du signifié interne humain.

 

On peut comprendre qu’on ait pris l’astrologie pour un savoir archaïque sans avoir pensé qu’elle était ce que la faisant notre nature humaine « primitive » dans tout son irrationnel, mais plus largement le comportement archétypal de la psyché avec sa mythologie, les enfantements de l’imaginaire et les visages du battement de cœur. De savoir irrationnel, l’astrologie se mue en connaissance de l’irrationnel et du surrationnel.

 

Il va de soi qu’aujourd’hui la psychanalyse est logée à la même enseigne de l’épistémè de la similitude, son système de décodage étant du même ordre avec de semblables claviers symboliques ; si bien qu’on peut dire que le langage astral relève d’une herméneutique psychanalytique, autonome n’en restant pas moins le contenu sémantique du discours astrologique, avec son verbe sui generis.

 

Si l’on y regarde de plus près, il se révèle d’ailleurs que la nature essentielle de cet épistémè a échappé aux épistémologues qui n’ont perçu que la coquille sans voir le fruit qu’elle abritait. Réel pourtant est celui-ci et s’il est non moins perceptible comme fruit de l’arbre de l’indivisibilité fondamentale, c’est de très haut qu’il faut le quérir pour n’en pas trahir l’essence.

 

Il n’est nullement déplacé d’évoquer à son propos la vision traditionnelle d’un langage sacré du monde à déchiffrer, celui de l’écriture totale du texte du Grand Livre de la Nature, où les signes célestes délivrent un langage divin, ces signes étant porteurs d’un discours initiatique puisant au trésor d’une langue maternelle universelle, discours pénétré du sens caché des choses et révélateur du mystère de la vie.

 

Dans sa plaidoirie de l’astrologie, André Breton célèbre en elle une « langue d’or » de l’analogie, « qui tend à permettre les plus grands échanges entre l’homme et la nature en établissant entre eux tout un réseau de localisations qui se correspondent ». Ici, Baudelaire nous revient à l’esprit :

 

Comme de longs échos qui, de loin, se répondent,

Dans une ténébreuse et vivante unité …

 

Qu’est-ce qu’un poète, disait-il, si ce n’est un défricheur, l’artiste devenant le servant de l’Evangile des correspondances. Tous les auteurs du Mouvement symboliste de la fin du XIXe siècle, avec leurs précurseurs, de Swedenborg à Baudelaire en passant par Nerval, le proclament, pour qui l’acte poétique remonte à l’unité de l’esprit qui restitue l’unité de la création, d’où se déduit l’analogie fondamentale entre l’homme et l’univers.

 

A côté de l’homme de science est aussi l’homme inspiré par la connaissance du cœur. D’où l’on voit que l’art royal des astres est le terrain commun où peuvent se rencontrer la science, la poésie et la religion. Et c’est sans doute à ce carrefour central de la plus entière expérience humaine que l’on mesure toute la richesse du contenu de l’épistémè de la similitude. Finalement, de vieillerie attardée, la configuration épistémologique de la science d’Uranie se métamorphose étrangement en connaissance d’avant garde porteuse d’avenir.

 

En attendant que la vieille dame indigne qui a l’inconvenance de ne pas trépasser soit reconsidérée et intégrée à un nouveau paradigme scientifique, l’actuel qui la refuse n’étant pas éternel,  que notre art d’Uranie veuille bien, de son côté, tout mettre en œuvre pour se faire accepter.

 

Dans une enquête du « Nouvel Observateur », Edgar Morin a reconnu que celui-ci porte en soi les ressources d’un réenfantement qui lui permet une incarnation moderne. Et il lui est venu également de formuler la critique la plus judicieuse qui soit : trop de carence objective, d’inconsistance empirique. Quand on lit maints ouvrages d’astrologie, on ne sent pas assez le passage par l’observation, le frottement au réel. On voudrait plus de substance et moins de vapeur, de flou artistique, de langue de coton ; également moins d’effets de grande envolée qui sentent leurs phrases creuses et plus de vérité simple transmise en direct. Ce n’est pas la frime de l‘effet littéraire qui compte mais le fait astrologique.

 

Il existe aussi la tentation de compenser ce déficit de réalité par une suspecte spiritualisation, comme si l’on voulait se donner des ailes avant de tenter d’abord de bien se tenir sur ses pieds. Plutôt que de s’asseoir sur un nuage, il faut d’abord se rendre la vérité du fait astrologique palpable. On a déjà évoqué la ténuité de la manifestation astrologique, venant derrière les circonstances du milieu extérieur immédiat qui nous façonnent au premier chef. Les courants intérieurs de nos astres n’ont qu’une influence de seconde main sur notre compte en banque, se contentent plus ou moins de suggérer telle voie professionnelle de préférence à telle autre, et n’assignent pas davantage un rendez-vous précis pour l’échéance matrimoniale …Elles n’en tracent pas moins des lignes de vie intérieure profondes dont la connaissance est précieuse, éclairage de l’essentiel de son être. C’est vers cela qu’il faut tendre.

 

 Il ne faut pas craindre, non plus, de respecter la spécificité du phénomène astrologique en se rappelant que c’est l’être humain naissant qui est au centre de sa carte du ciel, entouré de ses configurations. Ici, l’astrologie tourne le dos à la science qui traite du générique en s’adressant au particulier, comme connaissance de l’individuel, en tant que savoir du singulier. Le ciel astrologique est le fait astral vécu d’un être identifié à un « ici-maintenant » de l’univers, comme si l’homme avait valeur de centre et de but de la création. Nous revoilà en plein humanisme dans une réhabilitation sans pareille de l’être, de la nature humaine sur cette Terre. Ici, le but principal de l’astrologie est de révéler l’être à lui-même, de l’accorder à sa vérité essentielle, la meilleure condition humaine étant obtenue lorsque l’homme épanouit en lui les structures qu’il a en commun avec la nature.

 

Il faut dire aussi qu’on en est à un stade d’évolution du savoir encore provisoire. Certes, celui-ci a un indubitable enracinement. L’astrologue n’a pas inventé son horoscope en une fabrication factice : c’est l’authenticité d’astres donateurs de sens qui est fondatrice  de la pensée astrologique. Mais, tant que la somme de nos « je ne sais pas » occupe une place dominante au sein de l’univers astrologique, la menace qui nous guette consiste à faire de la « récupération » au musée d’une astrologie largement disponible dans son état même d’inconditionné, de non-composé, de non-devenu.

 

Toute substitution, colonisation ou confiscation devient possible, en s’emparant de quelques bonnes idées tout en n’assimilant qu’un simulacre, ou encore, en en déviant le sens pour seulement la mettre à notre portée. La plus vieille connaissance du monde en est encore dans l’enfance. Pitié pour les astrologues … C’est encore par eux que l’institution astrologique est la plus malmenée.

 

Pitié aussi pour leur s adversaires, en particulier leur « ennemi numéro un «  français actuel, l’astrophysicien Jean-Claude Pecker, si assuré de son coup. Dans son livre sur le Soleil, s’adressant au lecteur à propos des orages de Jupiter résultant de l’activité solaire, il ajoute : « …il s’apercevra, sans doute avec quelque stupeur, qu’il n’est pas exclu que les planètes influencent, par un juste retour des choses, l’activité solaire ; mais il ne devra pas pour autant en conclure que l’astrophysique jovienne et solaire donne des armes à l’astrologie dont il n’est pas difficile de montrer l’inanité … ».

 

Ici, nous passons à l’astrologie mondiale où – surprise – celle-ci a son mot à dire en la partie. Il se trouve, précisément, que – héritier du dogme traditionnel de la Grande Année des Pythagore, Platon, Aristote, etc … - l’informateur au sommet de la conjoncture prévisionnelle des tendances lourdes de l’histoire est un « indice cyclique » qui  rend compte des relations des cycles planétaires entre eux. Or, cet indice a effectivement partie liée avec un phénomène de centration-décentration du corps du Soleil par rapport au foyer des diverses orbites du système planétaire ; phénomène retentissant directement sur l’activité solaire, selon l’enseignement d’Alexandre Dauvillier, astrophysicien du Collège de France. Il ne faut donc pas trop s’emballer avec de telles exclusives en un domaine où l’on a encore tout à apprendre.

 

Un domaine que, maintenant, j’abandonne à l’exercice de mes collègues, en particulier à Charles Ridoux qui a un pied en histoire médiévale et un autre en mondiale, au soin pour eux de tisser les liens de l’un à l’autre, pour un surplus de connaissance.

 

J’espère que ce bain d’astrologie inaugural vous donnera l’élan de travailler à une cause commune. Quittons-nous sur ces mots du merveilleux poète de l’univers que fut Camille Flammarion : Nous sommes citoyens du ciel. Que nous le sachions ou que nous l’ignorions, nous vivons en réalité dans les étoiles.

 

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