Astrologie Individuelle
(Théorie)

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pot pourri

 

En feuilletant une pile de vieux papiers livrés à la poubelle, un coup d’œil sur quelques-uns m’a incité à retenir plusieurs d’entre eux : article, conférence, interview, compte-rendu de livre, pour l’intérêt que cet échantillon peut revêtir, notamment, comme témoignages d’un état d’esprit vécu jadis. Pour amateur de curiosité historique.

 

Destin de « l’Astrologue »
(Texte de Trigone n° 1 -Jacques Berthon- de mai 1972).


Le Pronostic expérimental en astrologie (Payot, 1973).
Compte-rendu de Maurice Calais dans Astral, octobre 1973.


Connaissance de l’astrologie (Le Seuil, 1975).
Interview de Maurice Calais dans Astral de mars 1975.
(Ouvrage devenu L’Astrologie certifiée).


L’Astrologie mondiale  (Fayard, 1979).
Interview de Maurice Calais dans Astral de juin 1979.


Prologue à l’astrologie psychologique
(conférence faite à Grenoble le 24 novembre 1979).


Interview d’Yves Lenoble pour le site « Astroflash »
(mai 2001)


Astrologie causale ou ésotérique ?
(Réponse à un texte de Suzel Fuzeau-Braesch, ainsi intitulé,
dans un texte paru le n° 10 des « Cahiers du RAMS » de mars 2002).

 


 

Destin de « l’Astrologue »

(Texte de Trigone n° 1 -Jacques Berthon- de mai 1972).

 

J’ai la chance d’avoir parfois des idées fortes qui me tirent du sommeil en pleine nuit ou avant l’aube. Ce fut le cas à l’aurore du 23 juillet 1967. Il était même précisément 5 h 10 m et c’était à Ribeauvillé où je passais des vacances alsaciennes.

 

Oui, ça y était, et c’était venu d’un seul coup avec le réveil, apporté par lui : il fallait appeler la revue L’ASTROLOGUE. Il n’y avait pas d’autre titre qui puisse prendre la place de celui-là en fonction de l’idée que je me faisais d’une revue astrologique : apporter le témoignage dans les temps présents d’une astrologie vivante, vécue, incarnée, bien réelle, en un mot une astrologie faite astrologue, de chair, de muscle autant que d’esprit. Le mot était venu comme une naissance. Et d’ailleurs, si ma mémoire ne me trahit pas, les idées venant me tirèrent du lit et je pris la plume pour brouillonner les premières lignes qui sortirent à l’impression dans la présentation du premier numéro …

 

Est-ce là le réel acte de naissance de la revue ? N’est-ce pas seulement un acte de baptême ? Il est difficile d’être sûr du moment déterminant qui fixe la naissance d’une société, d’un organisme, d’une revue. L’avantage dont bénéficie la découverte « chaude » du titre vient surtout qu’aucun moment de la longue histoire qui avait précédé cet aboutissement n’avait frappé l’attention. Il y avait eu déjà une longue crise dans les relations entre le C.I.A. (Centre International d’Astrologie) et les C.A. (Cahiers astrologiques) ; vînt la rupture de cette collaboration, suivie de la prise de conscience qu’il fallait un organe d’expression libre pour la société. La recherche de celui-ci est déjà une autre étape, marquée de rencontres et coups de fil. Le fait déterminant aura été l’entente conclue entre le président Henri J. Gouchon  et André Villain, patron des Editions Traditionnelles. Démissionné de la société par les critiques que je subissais à l’époque en raison de mon engagement à Astroflash, tout cela se passa en dehors de moi. C’est un jour que l’ami Gouchon, se jugeant trop âgé, vînt me proposer de prendre en main la revue, mais c’est ce matin du 23 juillet, sous un Saturne culminant au trigone de Jupiter à l’approche du lever, que « l’astrologue » voyait vraiment le jour.

 

L’une des premières idées qui s’imposait, ce fut de donner la première page de chaque numéro à une personnalité de notre temps : une figure représentative des sciences, des lettres ou des arts ; ceci afin qu’elle témoigne de ses opinions sur l’astrologie. Ce souhait répondait à de multiples besoins. Avouerai-je que je recherchais quelque panache : une revue d’astrologues au travail dans laquelle accepteraient  de témoigner maints personnages de la vie intellectuelle, cela avait de l’allure et ne s’était jamais vu. Des membres de l’Académie française, du Collège de France,, des professeurs de la Sorbonne, des écrivains, des peintres … inaugurent chaque numéro, apportant un écho personnel, généralement favorable, toujours original, en faveur de notre cause. C’est un soutien de prestige que je voulais pour la revue. En haut lieu, il est des gens qui pensent que l’idée astrologique mérite de l’intérêt et qui estiment ceux qui lui consacrent leur vie. Du même coup, cela est aussi un camouflet pour les cuistres de l’anti-astrologie donnant dans le méprisable, ce « chapeau » de notabilités imposant la dignité, le respect.

Sur le chapitre du programme général du numéro, dès le départ, j’ai pris le parti opposé à la formule des « Cahiers astrologiques ». La politique adoptée par Alexandre Volguine a été une formule libérale d’ouverture, d’accueil : il « prend » ce qu’on lui propose, à l’exception de ce qu’il refuse. Si le numéro des C.A. est bon ou mauvais, Volguine n’y est pour rien, le mérite ou la déconsidération en incombant aux collaborateurs. Si « l’astrologue » qui sort est mauvais, c’est moi qu’il faut critiquer, compte-tenu de ma formule « dirigiste » avec, derrière l’interview, sept à huit rubriques différentes dont le tout couvre l’ensemble du vécu astrologique.

 

On trouve d’abord l’article de « l’investigateur » dont je me charge. Après avoir traité en  les approfondissant les quatre grands thèmes de la pratique (aspects, dominante, maîtrise et présence), j’ai entrepris une série sur le thème de l’amour. Investigation faite sous un jour nouveau, appuyée sur le contrôle des cas historiques les plus illustres, visant au perfectionnement de la pratique. Cette série est étendue, car chargée de vérifications et formulations, mais au bout de laquelle on saura mieux explorer l’univers amoureux d’un thème.

 

La page du « technicien » est régulièrement tenue par Henri Gouchon où il s’exerce à sa solide pratique des directions primaires à travers diverses enquêtes. L’usage de ce procédé se perd, alors qu’il trônait quand les transits, eux, faisaient figure de parent pauvre. La facilité de l’usage de ces derniers ne doit pas faire oublier que les primaires sont le système le plus sélectif qui soit. On reviendra au père Gouchon et à ses applications.

 

Le coin de « l’interprète », c’est la rubrique des pleins feux jetés sur les astralités d’une vedette de l’actualité  (ou à défaut d’un cas intéressant), sous les éclairages de divers auteurs. Quatorze d’entre eux ont déjà livré des interprétations de thèmes différents. Avant-guerre, la revue de Brahy, « Demain », donnait presque à chaque numéro l’exposé d’un thème de notabilité. Or, on n’en trouve pas tant dans les 150 numéros parus des C.A. où cela manque. Finalement, pour des exemples d’interprétation, il faut renvoyer l’intéressé aux livres de ma collection « Zodiaque » du Seuil, à mes « Femmes illustres »… C’est pourtant « sur le métier » qu’il faut voir l’astrologue à l’œuvre.

 

L’article de « l’historien » est moins demandé, mais il est une matière culturelle qui nourrit aussi le praticien. Les textes de Fortin sur l’astrologie égyptienne, les études du Dr. Koch sur Kepler comme celles de Frisoni sur Galilée (j’ai des collaborateurs étrangers), apportent quelque chose, non ? Mon souhait eut été de présenter des études semblables sur Newton dont ce que nous savons ne sort pas d’un état de légende, sur Tycho-Brahé, Cardan… Je suis aussi à la veille d’être en panne.

 

Il faut aussi laisser sa place au « novateur » : une revue se doit d’ouvrir ses colonnes à toute nouveauté en matière de recherche, même si l’exposé peut paraître aride. Il n’est pas dit qu’une relecture de «Nombres et formes du cosmos » de Nicola, par exemple, ne vous ouvre l’horizon qui, jusque là, vous était bouché. Donnons-nous toujours du recul.

 

Il y a également le coin de « l’informateur » : j’ai fait de Colombet, dans ses vertus Gémeaux, notre chroniqueur échotier qui, régulièrement, nous tient au courant de tout ce qui se passe dans la petite république des astrologues, en France et dans le monde. C’est le coin des variétés, des nouvelles, du courrier des lecteurs, des réclamations et recommandations. C’est autour de lui que se rassemble une précieuse collaboration qui a permis de livrer une abondante moisson de dates de naissance (plus d’un demi-millier à ce numéro). Avec lui, vous savez tout, et croyez bien que sa petite chronique sera épluchée par les historiens de l’avenir.

 

Impossible d’avoir une revue trimestrielle d’astrologues qui font de l’astrologie une réalité vivante sans avoir une autre chronique, celle qui suit les phénomènes célestes et tente de les interpréter dans leur signification mondiale. Autrefois, un bulletin était comme un almanach : il se devait de présenter un véritable calendrier astronomique : éphémérides, aspectarium, périgées, périhélie, éclipses, etc. Aujourd’hui nous avons cela dans nos éphémérides annuelles. Ce qui manquait, par contre, c’est une chronique d’astrologie mondiale tentant de suivre l’histoire au fur et à mesure du déroulement des phénomènes sidéraux pour s’instruire de ce qui se passe et tirer la leçon des événements. Certes, ce n’est qu’une approche de cet ambitieux programme qui est tentée, mais c’est déjà quelque chose. Dans cette chronique, j’expérimente des données de base : conjonctions solaires, configurations, en une approche prévisionnelle des cycles planétaires qui tend à porter ses fruits.

 

Enfin, la page du lecteur, c’est le coin de la critique des livres. Nous sommes plusieurs à tenir cette rubrique, prise fort au sérieux, car ce n’est pas parce que leurs lignes sont à la queue des textes de chaque numéro qu’elles doivent être négligées, et l’on y passe le temps qu’il faut pour éclairer de notre mieux l’ouvrage de l’auteur.

 

Derrière La Science astrale de Barlet, le Déterminisme astral  de Selva, Influence astrale de Choisnard, Demain de Brahy, Le Grand Nostradamus  de Privat, Le Chariot de Muchery, Astrologie de Boudineau, Sous le ciel de Néroman et les Cahiers astrologiques de Volguine, tel est devenu l’astrologue.  

 

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Le Pronostic expérimental en astrologie (Payot, 1973).
Compte-rendu de Maurice Calais dans Astral, octobre 1973
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Chapeau ! Enfin, foin de la creuse littérature astrologique qui nous inonde : un livre qui donne à l’astrologie son couronnement d’efficacité publique par le témoignage de tout un bilan prévisionnel, le premier qui ait été publié dans le monde à ce jour par un astrologue.

 

Peut-être est-ce aux défauts mêmes de son auteur que nous devons cette œuvre forte. Barbault dont on n’apprécie pas toujours le caractère autoritaire et exigeant, n’a jamais aimé qu’on assimile l’astrologue au « beau parleur », au rhétoricien , au casuiste, bref au moulin à mots … Il entendait arriver un jour à tenir l’adversaire en respect sur le terrain même du résultat pratique le moins contestable : la prévision. On voit à l’œuvre, derrière cette suprême ambition, l’orgueil de vouloir se décerner un brevet de haute compétence astrologique, que confirme d’ailleurs, en dépit d’une humilité scientifique véritable, le goût de présenter ses prévisions réussies comme un joli « tableau de chasse ».

 

On peut lui tolérer ce péché solaire car le « tableau de chasse » existe bel et bien en véritable trophée ! Certes, tout astrologue exercé au noble art de la prévision aboutit forcément à des résultats plus ou moins heureux et notre auteur n’est sans doute pas l’astrologue au monde qui a fait le plus de prévisions réussies (aucun contrôle n’a jamais été fait en ce sens et ce genre de prétention relèverait de l’enfantillage) mais, nous dit-il – et le langage est nouveau – ce ne sont pas des tombereaux de prévisions réussies qui pèsent dans le plateau de ce qui importe : ce sont des prévisions bien faites, propres à nous sortir du jeu du hasard, du pile ou face, du fortuit, de la pêche en eau trouble.

 

Une prévision isolée ne veut rien dire : elle n’a de signification que placée aux côtés de l’ensemble des prévisions faites par le même opérateur. Au surplus, il fait expérimenter l’opération elle-même qui a conduit à la prévision : c’est la prise en considération  de la façon dont le pronostic a été réalisé ainsi que de la possibilité de remettre à l’épreuve l’indice sur lequel il a reposé dans la formulation de nouvelles prévisions du même type qui en constitue l’intérêt scientifique. En un mot, il ne s’agit pas de réussir une seule prévision par le moyen d’un phénomène astronomique donné : il s’agit de répéter en série continue cette réussite avec la reproduction régulière de ce même phénomène ! Du moins en simplifié.

 

Voilà ce que – pour la première fois – Barbault a fait dans une démonstration prévisionnelle que l’on peut qualifier exemplaire. Si un astrologue déclare (ce qu’avait observé Barbault en faisant ses recherches historiques, en confirmation de la tradition) qu’au moment où les guerres éclatent on ne trouve pas beaucoup de conjonctions Soleil-Jupiter, alors qu’elles apparaissent en surabondance quand arrivent les cessez-le-feu, on sourit… Mais s’il annonce des semaines, des mois et même des années à l’avance, l’apparition d’un cessez-le-feu avec la reproduction de telle, puis de telle autre conjonction Soleil-Jupiter, on ne sourit plus …

 

Or, en se référant exclusivement à cet unique phénomène astronomique qui se reproduit tous les 13 mois, Barbault peut se glorifier d’avoir déjà prévu 4 cessez-le-feu, dûment annoncés et réalisés dans une marge d’une à deux semaines près. 16 mois à l’avance, il fixe l’échéance du cessez-le-feu en Algérie (accords d’Evian de février 1962). 5 ans à l’avance, il annonce un cessez-le-feu pour la conjonction du 10 novembre 1970, qui tombe à 5 jours d’un cessez-le-feu au Moyen-Orient. Il croyait que cela concernerait la guerre du Vietnam. Il reformule aussitôt le même pronostic pour celle-ci, alors qu’à la conjonction suivante, ce sera, à une semaine près, un cessez-le-feu indo-pakistanais. Enfin, 8 mois à l’avance, il annonce comme possible le cessez-le-feu vietnamien à la dernière conjonction Soleil-Jupiter du 10 janvier 1973, tombant juste sur l’accord d’armistice entre Washington et Hanoï. Certes, la guerre du Vietnam n’a pas fini sous la conjonction Soleil-Jupiter de novembre 1970 comme il l’avait pensé 5 ans à l’avance, mais un cessez-le-feu pour une autre guerre eut lieu a ce moment-là et c’est quand même sous une autre semblable conjonction qu’elle se termina (du moins pour les Américains), outre qu’il y eut trois cessez-le-feu successifs, annoncés par lui, aux trois dernière conjonctions de novembre 1970, de décembre 1971 et de janvier 1973 ! Il fallait le faire…

 

Attaqué de tous côtés, par des collègues qui ne l’aiment pas aussi bien que par des adversaires de l’astrologie, Barbault se permet donc d’avoir le verbe haut : il leur donne rendez-vous à la prochaine échéance pacifique de la conjonction nouvelle du 13 février 1974...

 

Cette expérience n’est qu’un exemple : c’est tout une fresque de l’histoire de notre siècle qu’embrasse dans son livre le rédacteur en chef de « l’Astrologue », avec, pour chaque étape de son investigation de mondiale, trois phases d’interprétation : l’observation des corrélations dans le passé, les prévisions déjà réalisées sur la base de ces mêmes corrélations et leur utilisation pour de nouveaux pronostics, occasion pour lui de brosser une vision synoptique de la fin de notre siècle.

 

Mais si Barbault a la puissance de conviction pour dire, à travers ses résultats, ce que l’astrologie a de positif, de solide, de sûr, il ne craint ni de parler de ses échecs, ni de préciser où s’arrête le savoir astrologique actuel et peut-être l’astrologie elle-même. Ce vieux routier a le souffle de pouvoir imposer le sens de ces limites, que ses vieux compagnons comme moi partagent aussi. Il n’en fait ainsi que plus de la prévision l’arme de persuasion au sommet de l’astrologie.

 

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Connaissance de l’astrologie (Le Seuil, 1975).
Interview de Maurice Calais dans Astral de mars 1975.
(Ouvrage devenu
L’Astrologie certifiée).

 

M.C. André Barbault, vous fêtez vos 40 années de vie astrologique en sortant au Seuil « Connaissance de l’astrologie », qui, à vous entendre, constitue la « somme » de votre savoir. Vous avez pourtant derrière vous passablement d’ouvrages : pourquoi ce privilège accordé à ce dernier né ?

A.B. L’astrologie n’est pas, comme on le croit couramment, vous le savez vous-même, seulement une pratique consistant uniquement à interpréter une carte du ciel de naissance, soit comme mode de connaissance psychologique, soit comme procédé d’art divinatoire. Cet exercice utilitaire immédiat n’est guère que la fleur d’un arbre ; c’est le tout de celui-ci, des racines aux fruits, qu’il faut voir. C’est cette totalité, c’est-à-dire l’intégralité de l’univers d’Uranie que j’ai choisi d’embrasser.

 

M.C. : Vous voulez dire que vous avez brossé un panorama général de tout ce qui est astrologique.

A.B. : Oui, car on ne peut comprendre  l’astrologie qu’en en saisissant simultanément tous ses aspects. C’est la seule façon de découvrir sa véritable identité qui nous est encore masquée. Ainsi, elle a commencé par être créée par l’homme ; elle est donc, à l’origine, un phénomène de la vie psychique. Elle vient de très loin et a façonné le monde des sociétés anciennes ; elle est donc également un foyer de pensée dans le monde. Cette « idée-force » qui l’anime touche la sensibilité profonde des humains ; de là cette « foi » en l’astrologie, millénaire et universelle, que nous connaissons comme courant d’astrologie populaire, certes, véhicule de préjugés et superstitions, mais qui a mission de nourrir le lien de la créature humaine et de l’univers. ; elle est donc encore la fascination obscure d’une vérité profonde. Sans parler de ses autres aspects. Pour tout dire, il y a un mystère de l’astrologie, comme il y a un mystère de l’homme et de la vie, et c’est à la quête de ce mystère que je suis allé.

 

M.C. : Si j’ai bien compris, vous le situez essentiellement dans les tréfonds de l’être humain.

A.B. : Oui, les noces du Ciel et de la Terre  sont inscrites dans le cœur de l’Homme. Il existe un « destin » de l’astrologie qui lui est propre, qui se situe tant au cours de l’histoire humaine que parmi la diversité des humains d’une même époque, et ce « destin » est lié aux puissances mêmes du psychisme humain. C’est là qu’est le fond de la thèse que développe cet ouvrage ; ceci en suivant parallèlement la longue et passionnante histoire de l’astrologie, de ses origines connues à nos jours, en se plongeant dans les sources de la tradition savante pour en livrer la pensée première, et en tentant de la restituer face aux connaissances actuelles et à la pensée moderne.

 

M.C. : Et aussi en la faisant reposer sur les deux piliers de la statistique et de la psychanalyse.

A.B. : Assurément. D’une part, les bilans statistiques réalisés depuis une vingtaine d’années par Michel Gauquelin constituent une véritable révolution qui, au-delà de la consternation jetée dans les rangs de nos adversaires, nous éclaire maintenant d’une façon décisive sur les grandes directions de l’espace astrologique intérieur. D’autre part, l’exploration de l’inconscient par les diverses écoles psychanalytiques nous ouvre définitivement à l’intelligibilité du champ sémantique du phénomène astral. On peut enfin comprendre ce que l’on fait en traduisant le langage d’une carte céleste. Nous avons maintenant une sémiologie astrologique éclairée. Naturellement, ces apports ne ferment nullement la porte à d’autres approches et ne peuvent que mieux nous situer par rapport à d’autres horizons.

 

M.C. : Ce qui ne m’a pas déplu, c’est que vous liez étroitement l’intelligence qu’il faut avoir d’un thème et l’idée générale qui émane de l’ensemble du « destin » de l’astrologie.

A.B. : Bien sûr. La fleur est ce que la fait l’arbre qui la porte. Tout se tient, nous disons-nous. Cette unité existe aussi à l’intérieur même de l’astrologie. Elle lie en un tout la création psychique de celle-ci, son pouvoir universel et éternel sur l’âme populaire, l’édifice de sa théorie philosophique intégratrice de l’homme au cosmos, ainsi que le corps de sa pratique dans le double aspect de son code d’interprétation et de la « substance » de l’humain interprétée ; autant que, par ailleurs, le mode de son insertion au cours des diverses époques de l’humanité, comme parmi l’ensemble des êtres, diversement concernés.

 

M.C. : C’est ce qui vous a poussé à faire une substantielle étude sur le sujet tant débattu du déterminisme et du libre-arbitre.

A.B. : Parce que nous y voyons enfin plus clair, même si nous sommes encore loin de tout comprendre en cet obscur domaine.

 

M.C. : J’ai vu que la pratique n’avait pas été oubliée dans ce livre.

A.B. : On ne peut encore moins séparer l’astrologie de l’astrologue. Alors, la nature en moi parlant, je me suis offert une démonstration pratique en traitant le thème des quatre éléments dans la peinture : l’illustration des grands peintres du Feu et de l’Eau, de la Terre et de l’Air, ainsi que les manifestations picturales du chaud et du froid, de l’humide et du sec. Et j’estime que c’est la meilleure voie pour une initiation à cet art. En outre, je crois avoir dévoilé le « mystère Picasso ».

 

M. C. : Dans le milieu astrologique, vous êtes certainement l’astrologue à la fois le plus suivi et le plus contesté. Que cela vous fait-il ?

A.B. : J’ai assurément plaisir à voir que la majorité des astrologues interprètent maintenant les thèmes dans l’esprit de ce que j’ai conçu. Je me réjouis d’avoir été suivi, mais aussi de voir maints collègues interpréter différemment et excellemment. Je ne représente qu’un courant de l’astrologie. Celle-ci est et restera notre maîtresse : qui pourrait s’en prétendre le maître ? Quant à la contestation, il n’y a pas de meilleure école. Quand vous avez des adversaires qui vous épient, prêts à sauter sur vos fautes, cela vous oblige à vous tenir droit et à vous secouer pour faire mieux : je leur dois beaucoup. Pour le reste, je laisse à chacun l’illusion de croire qu’il me dépasse, sinon l’avantage réel qu’il y soit parvenu. Uranie a autre chose à faire qu’à compter les coups de dérisoire vanité des uns et des autres.

 

M.C. : Alors, Barbault, après les »  révolutions » psychanalytique et électronique avec « Astroflash », « l’enfant terrible » de l’astrologie va-t-il se ranger avec la sortie de ce livre ?

A.B. : Je vous promets encore des surprises, et pour bientôt !

 

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L’Astrologie mondiale  (Fayard, 1979).
Interview de Maurice Calais dans Astral de juin 1979.

 

M. C. : André Barbault, tu viens de sortir un copieux ouvrage de 333 pages intitulé : « L’Astrologie mondiale » et sous-titré : « Le grand déséquilibre planétaire de 1982-1983 ». Compte-tenu de la recherche que tu ne cesses de poursuivre, toujours féconde et ici particulièrement,  ce livre me paraît être un véritable événement astrologique.

A.B. : Merci, mais c’est presque par la force des choses. Je collectionne déjà plus de 40 années de recherche appliquée et mon effort passionné en matière de mondiale ne s’est jamais relâché. Ce dernier volume est le quatrième que je publie sur ce sujet et marque une ultime étape après des approches successives. « Les Astres et l’Histoire » chez Pauvert en 1967 exposaient l’examen et le traitement de tout une matière historique. : Le ¨Pronostic expérimental en astrologie », chez Payot en 1973, constituait une mise en équation de la prévision. Il manquait pourtant encore l’essentiel. C’est enfin seulement que je suis arrivé à pouvoir aborder le sujet dans sa totalité et dans toute son ampleur ; l’exposé mérite son titre : pour la première fois, l’astrologie mondiale est là !

 

M.C. : Il existait pourtant déjà de bons ouvrages d’astrologie mondiale. Pourquoi un nouveau, un autre, un de plus ? Estimes-tu apporter vraiment quelque chose de neuf qui le justifie ?

A.B. : Il n’existe aucune ressemblance entre ces ouvrages dont tu me parles – aussi respectables qu’ils soient – et ce que je viens de sortir. Pour du nouveau, on est servi … Et ce n’est pas là désir uranien de faire à tout prix de l’inédit : c’est par aboutissement naturel d’un effort de recherche portant ce qui me dépasse qui m’a poussé au-delà de tout ce que j’attendais ; de là une œuvre entièrement originale.

 

M.C. : En quoi te distingues-tu de tes confrères en mondiologie ?

A.B. : Je pourrais presque dire en tout. Mais, d’abord, dans ma façon de me situer vis-à-vis du sujet et au départ dans ma vigoureuse volonté de prévoir juste. Mes confrères disaient Amen à tout ce qui a été transmis par  la tradition, parce que nous croyons en elle, ainsi qu’au recopiage d’un compilateur à l’autre, vous administrant de la sorte des significations toutes faites à la carte, faisant croire qu’il ne suffit plus que de tourner une manivelle pour obtenir des prévisions automatiquement justes ! Après avoir présenté d’abord une histoire inédite de l’astrologie mondiale qui va des origines babyloniennes au pseudo-cas Hitler, j’ai entrepris une étude critique de chacun des domaines de sa pratique, en me référant aux textes traditionnels eux-mêmes, oubliés ou inconnus, pour ensuite les soumettre à l’épreuve de la vérification la plus poussée. Il ne fallait pas laisser la critique de ce savoir déposé à la merci d’adversaires malveillants. C’est à nous de faire le ménage.

 

M.C. : Est-ce à dire que la tradition y laisse des plumes ?

A.B. : Oui, certaines. J’en arrive à des conclusions qui ne feront pas plaisir aux praticiens ancrés dans les sacro-saintes habitudes d’une interprétation classique des thèmes annuel, trimestriel et mensuel. Au passage, j’apprécie ta femme, Geneviève, qui se contente généralement d’interpréter pour les lecteurs d’Astral les aspects des cycles planétaires ; elle est gagnante parce qu’elle traite là la seule données sérieuse qui soit au point dans l’état actuel de notre savoir.

 

M.C. : Merci pour elle, mais en arrives-tu à remettre en question beaucoup de choses ?

A.B. : Nullement pour l’essentiel duquel nous allons parler. Mais en dehors des cycles planétaires avec les séries d’aspects qui en caractérisent le cours, tout est à reprendre, à édifier. Je plains l’astrologue qui se lance dans la prévision en se mettant à interpréter le thème d’une lunaison, d’un ingrès ; je préfère ne pas parler des éclipses qui sont un véritable « casse-gueule ». Quant à la chorographie zodiacale qui associe un signe à un pays, le Lion à la France par exemple, c’est une sottise qui me fait avoir honte quand j’entends un collègue en user. Bref, il ne faut pas lésiner sur le coup de balai si l’on veut faire de la prévision fondée sur d’authentiques corrélations.

 

M. C. : Diable ! mais que reste-t-il après ça ?

A.B. : Tout, sinon l’essentiel ! D’abord, je n’élimine pas pour autant les pièces rejetées ; je déclare seulement que la façon dont on interprète les lunaisons et ingrès comme les éclipses, est à revoir ; il faut leur trouver ce à quoi elles peuvent correspondre. En ce domaine, j’ai cherché mais n’ai rien trouvé. En revanche, c’est toute leur mesure qu’il faut donner aux révolutions planétaires et à leurs polycyclicités, et pour un vaste univers, c’en est un !

 

M.C. : Tu reviens donc en renfort sur le monde des aspects interplanétaires, des configurations de planète à planète et des assemblages de cycle en cycle.  

A.B. : Eh oui ! Comment ne serais-je d’ailleurs pas fidèle à ce qui m’a permis de réussir mes prévisions ? Pour moi, rien ne vaut plus que la réussite d’une prévision, résultat d’une corrélation cyclique bien assise. C’est un fruit du savoir que je place au-dessus de la plus belle théorie ou de la plus brillante spéculation de l’esprit qui soit. Et en traitant les pièces astrales de la cyclicité, je me situe dans le droit fil de la pensée de la plus haute tradition. Enfin, c’est de m’être concentré depuis quatre décennies sur les cycles planétaires que je suis parvenu à des résultats décisifs : établissement de corrélations historiques cycle par cycle et en série d’aspects successifs. Ainsi, je suis à l’aise pour dire que les carrés Saturne-Neptune et Jupiter-Neptune de l’année prochaine annoncent des crises de régime pour l’Union Soviétique et la Ve République  (la première commettra la faute d’intervenir en Afghanistan et la seconde basculera à gauche avec la présidence de François Mitterrand).

 

M.C. : Mais je ne dévoile pas tellement ton livre en disant que tu y fais aussi, en exploitant cette voie, ta petite révolution intellectuelle.

A.B. : L’étude du cycle en soi m’a conduit à celle des rapports intercycles. Je suis allé de la cellule de base – le simple aspect - prise comme pièce isolée à l’organisme entier qu’est la composition de l’ensemble du système solaire. C’est sur ce chemin que j’ai rencontré l’indice de concentration planétaire de notre regretté ami Gouchon, que lui-même avait abandonné dans un coin (il ne lui parlait pas cycliquement). Après l’avoir restitué à sa valeur réelle, je l’ai, pour ainsi dire, dépassé (sans l’annuler) avec l’indice cyclique et les enfants auxquels il a donné naissance. Nous sommes tout un noyau de chercheurs à avoir ainsi édifié la matière première d’une nouvelle syntaxe de la mondiologie. Le grain a conduit à la grappe et la grappe a finalement fait surgir la vigne elle-même. Du rapport premier d’un aspect avec un autre aspect faisant interférer trois cycles à l’intrication des aspects de divers cycles, il fallait bien, en effet, remonter au sommet, saisir le tout et découvrir puis créer une théorie générale qui s’imposât à mon esprit.

 

M.C. : Et tu as trouvé, mais en découvrant, stupéfait, que cette théorie générale à fonder existait déjà bel et bien, sans que personne ne le sache ou se soit rendu compte qu’elle nous attendait, en sommeil parce qu’elle n’avait pas eu de résonance en nous, faute de la vivre !

A.B. : Absolument ; fantastique a été pour moi cette aventure qui a jeté le défricheur solitaire que je me trouvais être dans les bras des astrologues de la haute tradition en me dévoilant la cosmologie prodigieuse de anciens.

 

M.C. : Tu veux parler de la « Grande Année ».

A.B. : Exactement, mais il n’est pas question, ici, du cycle de la précession des équinoxes avec la fameuse « ère du Verseau » dont on a tendance à se goberger.

 

M.C. : La « Grande Année » c’est, pour tout dire, la révolution du renouvellement général de tout le système solaire où les astres reviennent aux mêmes positions depuis leur point de départ conçu à une conjonction unique de toutes les planètes, en un commencement commun de tous les cycles planétaires.

A.B. : Oui, c’est cela la « Grande Année ». Unité élémentaire de la vie cosmique, le cycle planétaire est inauguré par une conjonction qui est à la fois fin et commencement, mort et naissance. Il est donc naturel que le renouvellement en commun de tous les cycles soit la configuration primordiale significative de la naissance ou renaissance du ou d’un monde, d’un départ intégral d’une nouvelle vie universelle. De là l’engagement de tout un devenir qui a cours jusqu’à la reconstitution du même grand recommencement du ciel.

 

M.C. : On est étonné d’apprendre que les plus grands esprits de l’antiquité ont prôné ce dogme de la Grande Année.

A.B. :  Mais, précisément, l’héritage de ce patrimoine de la mondiale est fabuleux. Là aussi, c’est une surprise pour l’ensemble des astrologues actuels : nous avons des textes sur la question des pythagoriciens, de Platon, d’Aristote, des Stoïciens, des néoplatoniciens, voire de Pères de l’Eglise, documents que je n’ai pas manqué de reproduire et qui témoignent de l’existence d’une haute tradition, rejointe finalement par ce qu’il y a de plus exigeant  de notre pratique actuelle. Jamais un dogme astrologique n’a reçu un aussi vaste consensus et au niveau d’une aussi haute lignée d’éminents esprits. Or, tu imagines le vieux routier que je suis, arrivé à la recherche d’une théorie générale pouvant fonder l’empirique pratique  en cours, tombant finalement sur le thème de cette Grande Année !

 

M.C. : En somme, tu crois faire une révolution et ta révolution consiste à redécouvrir la tradition ; et en fait, la haute tradition, celle d’avant Ptolémée. Il y a de quoi méditer sur le fait que ce que l’on peut faire de mieux en astrologie mondiale en cette fin du XXe siècle rejoint les plus grands penseurs de tous les temps, unis dans une même vision cosmologique. Mais, est-ce que, au-delà de la beauté, du charme ou de la grandeur de cette rencontre historique, ce schéma archétypique de la Grande Année apporte quelque chose de nouveau au chercheur et se révèle avoir une efficacité pratique ?

A.B. : Mais c’est justement ce qui en fait la valeur. Parce qu’elle est la véritable théorie générale de la mondiologie, elle nous apporte enfin le plan d’ensemble qui permet de dégager l’ordre des configurations du cosmos. Par exemple, de situer la signification de nos indices cycliques, nos meilleurs outils actuels ; de répartir les grands rythmes des configurations qui scandent les grands temps historiques ; de comprendre les doriphories, ces fameuses concentrations planétaires qui ont de tous temps impressionné les astrologues … Et en ce sens, grâce à elle, nous sommes enfin en mesure de pouvoir aborder et déchiffrer les configurations assez exceptionnelles qui vont se produire dans les prochaines années. Mon livre vient à point pour éclairer cette conjoncture qui promet des temps historiques.

 

M.C. : Nous en arrivons finalement à ces grandes conjonctions qui se concentrent sur les années 1982-1983, avec l’extraordinaire rassemblement de tous les astres du système solaire sur une soixantaine de degrés dans les journées du 13 novembre 1982. Sans doute ne tiens-tu pas à déflorer le sujet, mais je te pose quand même la question : qu’en penses-tu ?

A.B. : Ce n’est pas  que je ne veuille pas me dévoiler ici en me réservant à mes lecteurs. C’est surtout qu’il est difficile de répondre à ta demande en si peu de lignes. Sur cette doriphorie, je crois avoir apporté plus de lumière qu’aucun autre, parce que dans ce livre je dispose de toute la place nécessaire pour m’expliquer. Ce qu’il faut savoir essentiellement, c’est que, chaque fois que les planètes se rapprochent les une des autres comme cela va être le cas, nous nous rapprochons du même coup – même si nous en restons très loin – de l’état de la configuration primordiale où toutes les planètes sont en conjonction commune, qui est à la fois une mort et une renaissance du monde. Nous tendons donc à nous rapprocher, en 1982-1983, d’un état maximum faisant prévaloir des valeurs de fin et de renouveau pour notre société actuelle, et il faut remonter à la dernière décennie du XVe siècle pour se retrouver dans une conjoncture semblable, temps même du départ ou commencement de notre civilisation occidentale actuelle.

 

M.C. : Cela fait déjà une dizaine d’années que tu évoques cette conjoncture, en ayant commencé par annoncer l’arrivée d’une nouvelle crise mondiale pour 1975 (ton indice cyclique descendant) : l’apparition de la crise économique actuelle cette année-là t’a donné une fois de plus raison. Alors ? La crise va redoubler de plus belle ?

A.B. : Il est certains que nous sommes en train de nous installer dans l’état d’une « crise de l’énergie » et non moins certain que cette crise va faire tache d’huile en engendrant d’autres crises : politique, révolutionnaire, militaire … Nul doute que nous allons traverser une zone de grande tempête et qu’il faut se préparer à ramer dur dans ce tourbillon vertigineux. Mais n’oublions pas non plus qu’au-delà de ce qui est appelé à périr, c’est une vie neuve qui doit surgir dans une société nouvelle pleine d’espérance.

 

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Prologue à l’astrologie psychologique
(conférence faite à Grenoble le 24 novembre 1979).

 

Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour ouvrir ce congrès sur « l’astrologie psychologique » , dont le thème vous semble aller de soi le plus naturellement du monde. Cette évidence  actuelle qui est la vôtre n’est pourtant que l’instant d’une longue histoire des métamorphoses de l’astrologie dans lesquelles nous nous inscrivons.

 

Figurez-vous que dans les années 1934-1935 où je l’abordais, c’est un tout autre paysage qui se présentait. Disparue depuis longtemps, elle était ignorée du public : « connais pas » vous aurait-on répondu en interrogeant les gens sur elle autour de vous. Pour faire sa connaissance, fallait-il encore dénicher quelque rare bouquin de librairie ignorée. Et pour mettre les pieds sur son sol avec des grimoires d’un autre âge. Je n’exagère pas en disant qu’elle nous mettait en présence d’un art conjectural sans apprêts : c’est l’avenir qu’il s’agissait de dévoiler à coup de règles sommaires, pour savoir si l’on allait faire fortune, être heureux en ménage, etc.

 

 Ce n’est - si l’on n’avait pas lâché entre-temps et en récompense de sa patience -  qu’ensuite qu’on pourrait faire la connaissance d’ouvrages sérieux, en particulier ceux du polytechnicien Paul Choisnard.  Voilà qu’avec son « Essai de psychologie astrale » se profile derrière cette façade d’interrogation divinatoire naïve un savoir humain d’ordre psychologique, son « Langage astral » allant constituer une première ébauche d’astrologie psychologique.

 

En fait, c’était déjà là le cas du temps de Ptolémée. Mais la tradition nous est venue abâtardie, amalgamée à une conscience obscure tenant de la mentalité magique qui subsiste en chacun de nous. Ce que j’ai appelé le »surmoi du chapeau pointu », auquel chacun de nous doit se confronter après en avoir pris conscience. Du fait de se trouver sur le champ d’une connaissance à la fois trop vielle et trop jeune, l’ancienne, tenant du monde de pensée antique, gardant quelque chose de divinatoire, dont l’état d’esprit n’est pas foncièrement différent de la pratique des tarots, l’astrologie demeurant ici une mancie où Jupiter est logé à la même enseigne que le roi de trèfle, de cœur ou de carreau de la tireuse de bonne aventure. Et tant qu’il en est ainsi, il s’agit d’un produit sous-développé de notre art, d’une paresseuse pratique d’astrologie « sauvage ».

 

Il y a là un problème de conquête de l’esprit : l’astrologie détient un authentique pouvoir cognitif, mais c’est en l’exerçant convenablement qu’elle confère sa vertu cognitive. Or, la nature de son information est d’ordre précisément psychologique. Aussi étonnant que cela soit, on peut dire que, comme Monsieur Jourdin faisant de la prose sans le savoir, aussitôt qu’il se met à faire parler un thème, l’astrologue « psychologise », livre l’état psychologique de la personne. Mais si son esprit fonctionne psychologiquement, c’est que le « Sujet » est l’objet même de sa connaissance, le ciel natal étant une représentation macrocosmique du microcosme humain. En fait, l’astrologie est la première « science humaine » des anciens au sens où on l’entend aujourd’hui, suivant l’heureuse formule de Jung. Ptolémée ne boucle pas pour rien son Tétrabiblos sur une phrase finale qui marie « la cause mathématique des astres » avec « le  tempérament », cette psychologie astrale prenant l’individu en soi comme objet de connaissance et champ de sa destinée : « tel caractère, tel destin ». On a bel et bien là affaire à la voie royale d’une connaissance humaine instituant une science de l’Individu.

 

Mais, dès lors que l’on est en astrologie psychologique, c’est sur un double terrain qu’il convient de se former. Il est dommage de se contenter d’œuvrer par le seul moyen de l’exercice de sa psychologie personnelle, laquelle entraîne sur la pente de la pratique « sauvage ». Certes, il n’est pas interdit de flirter avec Uranie, mais mieux vaut un beau mariage d’amour en se formant à une discipline psychologique, dans une prise de conscience de soi pour échapper aux projections personnelles en croyant lire un thème sans se rendre compte qu’on y parle inconsciemment de soi. D’ailleurs, les anciens ont donné l’exemple en puisant leurs références dans les catégories fondamentales de la nature avec le chaud et le froid, l’humide et le sec, se fondant sur les tempéraments hippocratiques, tremplin typologique qu’une statistique de Gauquelin a confirmé avec le lunaire lymphatique (Eau, le jupitérien sanguin (Air), le martien bilieux (Feu) et le saturnien nerveux (Terre). Outre l’usage d’une doctrine des « signatures » dans un esprit de synthèse où la signature de dominante du thème rencontre un écho dans le corps, le visage, la main, voir l’écriture, en concertation avec la morphopsychologie, la chirologie, la graphologie ; une manière de se vouloir psychologue jusqu’au bout des ongles. C’est à tort qu’on est enclin à délaisser cet héritage traditionnel dans la tentation d’une substitution de  la modernité, alors que le nouveau ne peut que prolonger l’ancien qui en est le support naturel, la meilleure base..

 

Et large est l’éventail qui s’ouvre devant vous. Entre une bondieuserie traditionaliste figée, tournant en rond sur son immobilisme -  la tradition devant être vivante en s’incorporant aux valeurs mobiles du temps – et l’innocence du mirliflore aux idées super-chouettes, boy-scout qui, les mains dans les poches, vous improvise n’importe quoi dans la foi naïve du dévot ou du bateleur, il y a place à bien des attitudes et l’on apprend qu’il ne suffit pas que l’idée aille au réel : encore faut-il que le réel réponde à l’idée. Sans doute, faisant ses classes, devons-nous  passer par la rhétorique du  savoir des anciens – en fille ou fils  préférentiellement reconnaissant plutôt qu’ingrat -  pour mieux se donner l’élan grâce auquel on s’en affranchit pour personnaliser sa connaissance.

 

Si nous en sommes aujourd’hui à « l’astropsychologie », c’est que nous sommes portés par la dynamique actuelle de la psychologie moderne avec surtout la révélation de l’inconscient par la psychanalyse qui révolutionne la connaissance astrologique, et cette effervescence éclate en un pluralisme d’expressions : derrière les astrologies chinoise, hindoue, occidentale,  cette dernière se cherche en humaniste d’inspiration jungienne, en psychanalytique d’inspiration freudienne, en conditionaliste, structuraliste, culturaliste, etc. La diversité des épithètes témoigne que le « langage astral » n’est pas inféodé à un seul angle de vue, mais, au contraire, appelle une variété de regards. D’où le recours aux écoles, mais, pour moi, une école est un art de styliser le savoir au détriment de son universelle intégralité, son utilité étant de souligner un aspect de la réalité ou de promouvoir une vision neuve de cette réalité, mais sa vérité prend place sur le cercle et non au centre du cercle, étant l’astrologie de l’Astrologie.

 

Il n’en demeure pas moins que l’on gagne à se former en passant par l’une ou l’autre de ces écoles et surtout à découvrir celle avec laquelle l’on se trouve le plus en affinité personnelle, car chacun voit le soleil de sa fenêtre et mieux vaut un rapprochement des regards entre enseignant et enseigné. Et, en sortie de scolarité, on devient adulte en la matière lorsque l’on parvient à se libérer de son enseignement, en laisser parler son interprétation personnelle. Assimilation qui n’est pas sans rappeler cette fameuse définition culturelle de Edouard Herriot : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. ». Le vrai savoir est celui qu’on s’est donné à soi-même par la réussite de ses interprétations.

 

Songez en tout cas qu’en vous donnant à l’astrologie, vous avez un bel avenir d’acquisition de l’esprit devant vous ! Bonne chance …

 

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Interview d’Yves Lenoble pour le site « Astroflash »
(mai 2001)

 

Y.L. : Quelle est l’utilité de l’astrologie ?

A.B. : A quoi sert-elle ? Ce qui vient à l’esprit, c’est avant tout qu’elle est un art conjectural. Parce que le cours des astres est connu à l’avance, ce moyen astronomique lui est donné de penser le futur, lui octroyant du moins la ressource de formuler des informations prévisionnelles. Ceci en partant de l’être humain, de ses valeurs, pour le suivre dans le déroulement de son devenir. Au départ, ce n’en est pas moins la nature humaine elle-même qui est son objet spécifique : la connaissance psychologique du sujet. Son utilité a donc une raison socratique : la carte du ciel est un miroir qui renvoie les potentialités de notre image, outil idéal pour la connaissance de soi.

 

Y.L. :  Jusqu’à quel point sommes-nous déterminés par notre thème ?

A.B. :  Croyez-vous que les enfants qui naissent en même temps et au même lieu ont la même personnalité et le même destin ?  Si un tel nivellement s’était imposé, jamais l’astrologie  n’aurait été contestée. Et si elle l’est, c’est bien parce que la « détermination astrale » qu’elle évoque est d’un ordre subtil, avant elle primant l’influence immédiate du milieu et des circonstances. Les promesses d’avenir d’un bon Jupiter au Milieu du ciel ne partent pas du même niveau de possibilité de réussite pour un fils de grande famille que pour celui d’un milieu de gens nécessiteux. C’est à un second degré que la note astrale est perceptible, et d’ailleurs, elle est plus ou moins ressentie d’une personne à une autre.

 

Y.L. :  Vous mettez la dernière main à un ouvrage consacré aux trois planètes invisibles : Uranus, Neptune et Pluton. Ces nouvelles planètes ne sont-elles pas des compléments au sept planètes traditionnelles ou bien, nous obligent-elles à reformuler l’astrologie ?

A.B. :  Il n’y a pas de remise en question des fondements de l’astrologie du fait de l’extension du système solaire de sept à dix astres. Seulement l’élargissement d’un clavier de tendances,  celles des trois dernières, longtemps demeurées dans la nuit, se manifestant maintenant au grand jour. C’est un fait éclatant que, depuis les deux siècles de leur découverte, l’humanité est passée par une mutation gigantesque.

 

Y. L. :  On connaît votre passion pour la psychanalyse. Quel peut être l’apport de cette discipline dans l’interprétation d’un thème ?

A.B. :  Au milieu du siècle dernier, nous avons été plusieurs à découvrir ce que, de leur côté, C.G. Jung et le psychanalyste français René Allendy avaient pressenti : à savoir que l’astrologie avait été la première « science humaine » des anciens, c’est-à-dire un vrai savoir psychologique rendant compte des caractères humains. L’apport de la psychanalyse à cette compréhension est d’avoir révélé la nature du « langage astral » en constatant que l’inconscient utilisait le même vocabulaire symbolique avec les processus primaires du psychisme. Ainsi, au-delà de l’apparence d’un simple art divinatoire, d’une pure « mancie », l’astrologie se dévoilait en prise directe avec la langue maternelle de l’instinct, du cœur et de l’âme, bref de l’affectivité, et les processus de la vie psychique inconsciente. De sorte que la lecture d’une carte du ciel devient une plongée dans le mystère de la personne. Naturellement, mieux on connaît le monde de cette nuit intérieure qu’est la vie psychique explorée par la psychologie moderne, mieux la lecture du thème est maîtrisée et éclairante. Mais, bien entendu, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, on fonction autrement à l’instinct, ce qui n’est pas, toutefois, sans s’assimiler à une pratique d’ « astrologie sauvage ».

 

Y.L. :  Vos innovations en astrologie mondiale vous ont rendu célèbre dans le monde entier. Comment l’idée de cette approche vous est-elle venue ?

A.B. :  Très tôt, la politique m’a intéressé et m’a fait aimer l’histoire. La tentation de l’astrologie mondiale devait donc aller de soi. Mon « initiation » en la matière remonte à 1936 quand mon frère aîné, Armand, a mis en relation le Front  Populaire – une haute marée révolutionnaire – avec l’opposition Saturne-Neptune accompagnatrice, parce que s’était produite la conjonction de ces astres à la révolution russe de 1917. Cette manière d’établir une liaison entre ces deux faits renouait avec la conception traditionnelle du phénomène cyclique. C’est cette théorie que j’ai mise à profit en dépouillant l’histoire des XIXe et XXe siècles pour mettre à jour les corrélations des grands cycles planétaires, renouant en cela avec la Grande Année des anciens.

 

Y.L Entre Saturne et Neptune se forme un trigone à partir de juin 2001 jusqu’en avril 2002. Comment l’interpréter ?

A.B. :  Vous savez que j’ai particulièrement travaillé ce grand cycle, pour finir sur la prévision du tournant historique de 1989 concernant le communisme : la chute du mur de Berlin et sa suite (« Histoire d’une prévision »). Or, les anciens pays de l’Union soviétique donnent l’impression d’avoir pris la relève en continuant d’évoluer parallèlement aux phases du même cycle. De sorte que c’est surtout cette Europe de l’Est qui serait plus particulièrement bénéficiaire de ce trigone évolutif. De quoi lui permettre de sortir du chaos, d’aboutir à une normalisation politique et à un essor économique. D’une façon générale, ce sont les classes laborieuses du monde qui bénéficient d’un tel courant.

 

Y.L. :  Après tant d’années passées en compagnie de l’astrologie, quelle définition en donnez-vous ?

A.B. :  L’astrologie tranche sur la science qui est un savoir du général, du générique, traitant de l’objet ; par contraste, je la vois comme une connaissance du particulier, qui donne accès au sujet. Et un sujet en tant que tel : dans la subjectivité de son être et de son vivre, livrant surtout l’affectivité du monde intérieur de l’humain.

 

Y.L. :  Vos ouvrages sur les signes du zodiaque publiés au Seuil se sont vendus à plusieurs millions d’exemplaires. Qu’est-ce qui a pu inciter le Seuil à accepter de lancer cette collection zodiacale ? Comment expliquez-vous le succès ?

A.B. :  Au comité des Editions du Seuil, c’est François-Régis Bastide qui a soumis le projet. Comme il s’était heurté à une accusation d’obscurantisme, le chrétien Albert Béguin eut le dernier mot : « un peu de mystère ne peut pas faire de mal … ». Quant à l’accueil des lecteurs, il faut croire que cette ondée d’élucidation de vie intérieure répondait à une aspiration publique.

 

Y.L. :  Vous avez été un pionnier pour ce qui concerne la rencontre entre l’astrologie et  l’informatique. Commet s’est réalisée cette rencontre et quels en ont été les fruits ?

A.B. :  J’ai tout simplement été contacté par M. Roger Berthier de la Société Berthier-Savéco qui désirait réaliser ce qu’est devenu Astroflash aux Champs Elysées. Je n’avais aucune connaissance de l’informatique, ayant plié à cette technique la matière astrologique. J’ai rédigé l’ensemble des fiches ; textes qui ont été repris derrière moi, ne subsistant de ma participation que l’étude du couple. Cet engagement commercial m’a valu l’hostilité générale du milieu astrologique français, m’accusant, bien sûr, de pervertir  l’astrologie. Par principe, il y a incompatibilité entre la démarche analytique, mécano enfilant le bout-à-bout, et la globalisante visée synthétique que requiert le jugement du thème. Mais l’interprète face à son thème ne procède-t-il pas en passant d’abord par ce b-a-ba si éloigné du but où le thème doit être saisi dans sa totalité ?

 

Y.L. :  Que pensez-vous de l’évolution actuelle de l’astrologie ?

A.B. :  Le monde vogue au gré des vagues d’un inconscient collectif qui fait fluctuer la barque de la conscience publique d’un courant à un autre. Autant le vent de la pensée a congédié l’astrologie au XVIIe siècle où le rationalisme, épurant le savoir, avait besoin de se construire pour donner toute sa mesure, avec les progrès considérables que nous lui devons, autant, maintenant, les temps sont au dépassement de ce rationalisme, en une intégration de plus en plus large de son au-delà. Si bien que notre discipline reçoit un accueil de plus en plus ouvert. Comme si, lentement et silencieusement, se métamorphosait l’idée erronée d’une pseudo-connaissance irrationnelle en celle d’une vraie connaissance de l’irrationnel humain . La croyance de plus en plus dépassée de nos adversaires, selon laquelle nous serions attardés à une fausse science depuis longtemps condamnée, sorte de gourme moyenâgeuse ou de lèpre de l’esprit, relève du discours de plus en plus impuissant d’une fausse lumière de la raison. Car l’astrologie est porteuse d’une « idée-force » qui a son siège au cœur de l’homme, ce lieu où l’être se sait « poussière d’étoile ». Certes, si cette puissance psychique véhicule dans son souffle l’ersatz de religion qu’est la croyance infantile du lecteur à l’horoscope du jour de la presse et prête main forte aux baraques foraines de la bonne aventure, du moins contribue-t-elle à ce que l’homme fasse la lumière sur ses liens avec l’univers, aussi profonds que son monde intérieur. Mais, quant à savoir si l’astrologie a de l’avenir devant nous, disons plutôt qu’elle continue de n’en être encore qu’à son berceau …

 

Y.L. : Quels conseils donneriez-vous à celui qui veut apprendre l’astrologie ?

A.B. :  D’abord et avant tout, d’éviter de se coiffer du chapeau pointu d’une vaine divination. Laissez la robe étoilée aux rêveurs ! L’astrologie peut être aussi bien une stupide superstition, un pénible refuge névrotique, un jouet indigne, qu’un vrai savoir à quoi elle est destinée, source de sagesse. En tant que connaissance à acquérir, vous avez un chemin de croix à faire pour trouver l’enseignement qui puisse le mieux convenir à votre personnalité. Sachez quand même qu’il existe une tradition qui est le temple de mémoire d’un savoir passé par l’épreuve des générations ; et bien que le dépôt de ce musée ne soit pas parole d’évangile – il ne faut jamais vous départir de votre esprit critique en ce pays d’utopie – c’est indéniablement d’abord par là que vous avez intérêt à passer, pour pouvoir ensuite mieux dépasser cette tradition afin de personnaliser votre connaissance pour vivre une astrologie du XXIe siècle.

 

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Astrologie causale ou ésotérique ?
(Réponse à un texte de Suzel Fuzeau-Braesch, ainsi intitulé,
dans un texte paru le n° 10 des « Cahiers du RAMS » de mars 2002).

 

Chère Suzel,

 

Comment votre intervention n’eut-elle pas suscité la réaction du « symboliste » ? La mienne tout particulièrement, ayant consacré un chapitre entier à « la symbolique psychique » (« De la Psychanalyse à l’Astrologie »), considérant celle-ci comme un mode de fonctionnement de l’opération astrologique, qui n’a rien d’un « ésotérisme total ». En présentant le symbole d’une façon aussi artificielle, il faut bien le dire, non seulement vous mutilez l’astrologie, mais aussi vous vous coupez du savoir des diverses « sciences humaines » psychologiques qui y ont recours et grâce auxquelles nous est délivrée l’intelligibilité du langage symbolique par lequel nous oeuvrons.

 

En la circonstance, vous me paraissez déroger à un principe fondamental de la recherche scientifique :  c’est la nature de l’objet à connaître qui détermine la manière spécifique de connaître. Car, dans une confusion du sujet et de l’objet, c’est l’astrologie symboliste que vous décriez comme pratique irrationnelle, faute de retenir que, pour l’essentiel, c’est la nature irrationnelle de l’être humain qui nous est rendue par elle, à travers les démarches du psychisme inconscient ; semblablement au rêve livré à la lecture du psychanalyste.

 

Accordez-moi ce récit personnel. Au cours d’une analyse faite après-guerre avec Juliette Boutonier-Favez (Professeur à la Sorbonne, c’est elle qui institua l’enseignement de sa discipline à l’Université), j’ai vécu une anamnèse qui m’a délivré sur le champ d’un pénible sentiment de culpabilité. D’avoir, dans un trouble profond, livré un rêve de la veille de vol aérien (Verseau ailé, je voguais dans les airs), déclenchant la reviviscence d’un souvenir chargé de faute, en exhumant une scène d’enfance enfouie dans mon silence intérieur et soudainement catapultée à ma conscience : le vol – celui-ci – d’un petit enfant chapardant quelques gâteaux chez l’épicier du village. Ainsi vidé de mon poison intérieur, je fus définitivement libéré de mon trouble. Si vous trouvez que cette vertu thérapeutique venue à l’articulation du même mot au double sens est du « purement littéraire » …

 

Dans un autre genre, je vous rappelle cette confidence de E.M. Laperrousaz qu’on peut lire dans votre : « Pour l’Astrologie » : « Il y a des choses bizarres. Ma grand-mère était Gémeaux, ma femme aussi. Elles ne se sont pas connues et il y a des réactions de ma femme qui me rappellent des réactions de ma grand-mère. C’est amusant. Parfois même, j’anticipe les réactions de ma femme … ». On conçoit pareille chose tout à la fois au regard des bilans de Didier Castille sur l’hérédité et les couples, et du jeu d’un évident transfert psychanalytique. Dans son cas comme dans le mien, nous sommes au cœur de phénomènes expressifs de la manifestation de la vie symbolique de notre âme, avec ses transpositions, ses déplacements, ses corrélations analogiques. Notre symbolisme n’en diffère pas ; et pour cause, c’est de la même chose dont il rend compte. Si, en ce sens, l’astrologie est symboliste, c’est parce que l’Homme est un être symbolique (certes, pas seulement, mais aussi). Interpréter un thème, c’est faire fonctionner l’analogie pour identifier du semblable, dans le cadre de nos claviers symboliques. Tout cela n’est pas « de l’imaginaire » comme vous le dites : c’est notre imaginaire – bien réel – qui se rappelle à nous, cette « nature intérieure » dont il serait bon que vous sachiez mieux « ce qu’elle est au juste ».

 

Quelle représentation vous faites-vous de l’objet humain que vous appréhendez lorsque vous interprétez ? Question primordiale ! Vous semblez vous en tenir à son épiderme, en vous cantonnant à une élucidation caractérologique. Notez bien que je ne vous blâme nullement de travailler la typologie (il faut commencer par là), le trait de caractère, le portrait psychologique. Je préfère cela que de voir maints collègues enjamber cette réalité pour rêver avec leurs symboles, et j’estime qu’on n’œuvre pas assez dans ce domaine, que nous ne maîtrisons pas encore, alors qu’il relève de l’indispensable. C’est dire que j’apprécie ce que vous faites. Mais ce n’est pas une raison pour en rester là, car nous avons la ressource de faire le plongeon au cœur de la personne humaine, de dévoiler l’être profond. Mais, là, sans symbolisme, point de salut. A moins de faire comme Monsieur Jourdain avec la prose.

 

Je vous trouve aussi quelque peu rabat-joie quant à la lumière que nous voyons poindre du côté de la physique quantique. S’il vous plait, nous en avons une raison largement suffisante. Faut-il rappeler que le postulat fondamental de l’astrologie – son intuition philosophique – est l’unité du monde dans une interdépendance de ses parties liant l’Un au Tout ? Et voila qu’il ne faudrait pas se réjouir d’apprendre que des physiciens en arrivent au principe de non-séparabilité consacrant l’indivisibilité fondamentale de l’univers ! Soit, il y a encore débat sur la question ? Certes, vous penchez du côté des sceptiques que vous citez. Mais si Bohr, Heisenberg, d’Espagnat, Costa de Beauregard avaient raison ? Restons dans l’expectative sans s’enfermer dans des convictions trop arrêtées.

 

Voici ce que disait à ce propos en 1971, au n° 15 de L’astrologue, Lucien Malavard, physicien de la Sorbonne et de l’Institut : « Qu’il y ait des influences que nous ne connaissons pas, pour ma part, je n’y vois pas d’inconvénient. On peut fort bien imaginer que dans les siècles à venir il sera fait beaucoup d’autres découvertes physiques, puisque depuis trente ans on a fait plus de découvertes en physique et en chimie, qu’on avait pu en faire depuis le début du monde. Peut-être mettra-t-on alors en évidence et démontrera-t-on de telles influences, mais pour l’instant rien n’est encore expliqué. Alors, je demeure envers les interprétations astrologiques dans une attitude d’intérêt et de curiosité. » Sage déclaration d’ouverture pouvant dispenser de s’engager d’une façon trop exclusive  sur le chapitre du mystère numéro un de l’art d’Uranie.

 

Bien cordialement.

 

Juin 2002.

 

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