Astrologie Individuelle
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Ce qu'il faut penser des réceptions mutuelles

 

Je ne m’attendais pas à ce qu’une fidèle abonnée, qui préfère garder l’anonymat, formule une telle demande : « Que faut-il penser de la réception mutuelle ? ». C’est là un thème bien sagement rangé dans son coin, qui ne fait jamais parler de lui et qui ne m’a d’ailleurs jamais beaucoup trotté dans la tête. N’y aurait-il rien de spécial à en dire ?

 

Il figure naturellement parmi les titres qu’un dictionnaire est chargé de définir. Reportons-nous au Gouchon : « Deux planètes sont en « réception » lorsqu’il y a échange de domicile ; elle est simple ou réciproque. Si Vénus est en Sagittaire, on dira qu’elle est « reçue » par Jupiter ; si, de plus, Jupiter est en Balance, on dira qu’il y a « réception réciproque ». En guise de signification, l’auteur reste laconique : « La réception accroît l’importance des deux planètes, soit en bien, soit en mal, suivant leur nature et leurs configurations. »

 

Avec elle, nous sommes en présence d’un cas de figure particulier de configuration relevant de l’ordre des maîtrises. La réception mutuelle (RM) met en jeu les rouages de deux planètes et de deux signes dans un chassé-croisé où chaque planète est dans le domicile de l’autre, constituant ainsi un jumelage, un entrecroisement, un entrelacement. Ordinairement, toute planète renvoie à la planète maîtresse du signe qu’elle occupe, celle-ci lui étant antérieure comme base ou comme souche ; de là la notion de « chaîne de dominante » (terme mal choisi), cette chaîne, ici, s’immobilisant sur un circuit bouclé, en un croisement planétaire à effet miroir, chaque astre renvoyant à l’autre dans une résonance amplificatrice commune.

 

En fait, notre bien sympathique abonnée nous rend un grand service car il suffit d’une brève incursion dans le monde des RM pour constater qu’elles sont à prendre davantage en considération, étant des configurations à part entière promises à la valorisation jusqu’au sommet de la dominante.

 

La RM est un combiné de nature voisine de l’aspect planétaire, puisque établissant un lien et un échange entre deux astres, la différence avec l’aspect étant qu’il s’agit d’une relation interplanétaire neutre, simple, sans qualification harmonique ou dissonante. Naturellement, si à ce duo astral par maîtrise vient se joindre le rapport d’aspect, la note de cette duplice s’en trouve renforcée, en une orientation positive ou négative.

 

Le répertoire des RM s’étend à tout le clavier interplanétaire, du couple Soleil-Lune au couple Neptune-Pluton.

 

On n’a pas assez songé qu’il existait des générations caractéristiques de RM. Ainsi, celle des natifs de la fin du XVIIIe et de l’entrée du XIXe siècle ayant Neptune en Scorpion et Pluton en Poissons. On n’est pas étonné qu’il s’agisse de la génération des romantiques : Hugo, Balzac, Dumas, Sand, Sainte-Beuve, Michelet, Berlioz, Bellini, Delacroix … Tandis que les Lumières et la déesse Raison de leurs prédécesseurs avaient terrassé l’irrationnel avec ses nocturnes monstres intérieurs, le frisson romantique apporte un retour en force du songe, du sentiment et de la passion. Mieux même, de l’incontrôlé dans un appel au dépaysement, à l’étrange, à l’inconnu, au mystère, au fantastique, au merveilleux, comme dans une aspiration vers un au-delà, un infini.

 

En un moment de l’histoire des idées humaines où personne ne croyait plus aux grands dragons mythiques de la préhistoire, Richard Owen (Lancaster, 20/07/1804) découvre et recompose l’univers fantastique des dinosaures ; peut-être en avait-il rêvé dans son enfance, les deux astres aspectant son Soleil cancérien en un retour au plus reculé de la vie sur cette Terre. Et qui peut mieux illustrer cette RM qu’Allan Kardec (Lyon, 03/10/1804, 19 h, EC.), l’homme de l’au-delà d’outre-tombe, considéré comme le pape du spiritisme, invocateur de l’esprit des défunts, et dont la tombe, pèlerinage des médiums et voyantes, est la plus fleurie du cimetière parisien du Père Lachaise ? Dans son thème, Neptune du Scorpion est au DS (le monde auquel il s’adresse), en aspect d’une conjonction des luminaires entourés de Mercure, Saturne et Uranus , concentration représentative d’un jusqu’au boutisme de la pensée, d’un extrémisme de l’esprit entendant faire parler les morts, dont la motivation affective nous ramène à une RM Soleil-Balance/Vénus-Lion (maîtresse d’AS en V) : le fait spirite comme pratique du cœur à s’accrocher à ses chers disparus.

Une autre génération intéressante est celle des années1834/1843, pendant lesquelles Uranus est en Poissons et Neptune en Verseau, les deux planètes évoluant autour du semi-sextil évolutif de leur cycle commencé à la conjonction de 1821.

 

C’est le temps fort de la grande révolution industrielle qui met en place notre monde moderne, et sa génération est symbolisée par Nietzsche dont le génie se fait le prophète des temps nouveaux, un centenaire de ces années traversant de son vivant les trajets du téléphone à la radio, du vélo à l’avion, comme de deux guerres mondiales.

 

Dans notre pratique, nous sommes accoutumés à rencontrer les RM Mercure-Vénus qui sont les plus familières. D’une part, Mercure-Taureau/Vénus-Gémeaux : Ph. De Champaigne, Gainsborough, Th. Rousseau ; Massenet, R. Strauss, E. Satie ; Tieck, A. France ; Arletty, Dutronc … D’autre part, Mercure-Balance/Vénus-Vierge : Rameau, Bruckner, J. Strauss fils ; Millet ; Puget ; Locke, Bossuet, Nietzsche ; Delon, Iglesias … Communion de l’esprit et du cœur, mariage de l’intelligence et de la sensibilité, ici printanière et là automnale, le goût esthétique ou le ton artistique dominant.

 

Le contraste est aussitôt frappant avec le groupe de RM Mercure-Scorpion/Mars-Vierge : Schiller, Hogarth, Villiers de l’Isle Adam, Marcelin Berthelot, G. Brassens … Même si nous avons encore des artistes, ils n’appartiennent pas à la même famille : Les Brigands, le graveur satirique à l’humour féroce, les Contes cruels, la verve caustique de Georges faisant ricaner la mort dans ses chansons ; puis, sur un autre registre, le génie de la chimie de synthèse énonçant les lois de l’énergétique animale ; à quoi l’on pourrait encore ajouter l’esprit d’intrigue d’une Pauline Borghèse … Il est clair que parle ici un esprit de feu de caractère anal.

 

Même esprit de feu, à ceci près qu’il est oral, avec la RM Mercure-Bélier/Mars-Gémeaux. Perceptible dans la tension spirituelle purifiante de Thérèse d’Avila, dans la passion révolutionnaire d’Olympe de Gouges (la « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne »), dans l’art alerte, tout vibrant de mouvement, de Carpeaux ; comme chez Mary Pickford qui, derrière son art plutôt lunaire, se découvre une avisée femme d’affaires. La Primarité caractérologique y est à l’honneur.

 

Puisque nous sommes dans le Feu, convenons que c’est aussitôt cet élément qui nous inspire dans toute sa pureté avec la RM Soleil-Scorpion/Mars-Lion. Quelques cas illustratifs : Spontini dans son caractère vindicatif, dictatorial et d’un orgueil extravagant. Danton, le flamboyant leader de la Révolution française (Mars conjonction Neptune : la flamme de la révolution). Dostoïevsky, le supplicié auteur de Crime et châtiment. Max Stirner, la révolte qui s’érige en anarchie absolue. Bizet : Carmen, l’amour aux prises avec la mort. A. David-Neel, la terrible exploratrice. En exception, un tranquille Vuillard (mais ne peut-on pas soupçonner un foyer névrotique chez ce silencieux ?).

 

Autre RM de Feu, le couple Soleil-Bélier/Mars-Lion, expressif du superbe élan vital, aussi bien du père de la démocratie américaine, Jefferson, que de la scandaleuse aventurière Madame Steinheil. D’un registre tout proche est l’essor de vie chaude de la RM Soleil-Sagittaire/Jupiter-Lion, qui vise une magnificence, comme tenue morale avec Jeanne d’Albret, comme distinction avec Juliette Récamier, ou comme essor physique avec les statues équestres de l’animalier Frémier.

 

Par contraste, jugeons de la déficience vitale de la RM Soleil-Verseau/Saturne-Lion (surtout avec l’opposition). Anne de Bretagne perd en bas âge les quatre enfants de son premier mariage et deux autres du second, ne lui survivant que deux filles et elle-même mourant à trente-huit ans. Guillaume II est un cas presque pitoyable de surcompensation en rodomontade d’un profond sentiment d’infériorité. Tchekhov exprime dans son théâtre la faillite de la nature humaine dans la civilisation actuelle et plus encore la banqueroute de l’homme cultivé devant la petitesse sordide de la vie de tous les jours. Un cas voisin est la RM Soleil-Capricorne/Saturne-Cancer, observable chez Elisabeth Petrovna de Russie qui n’eut pas d’enfant. A ce train, on ne peut non plus tenir pour bien réjouissante la RM Lune-Capricorne/Saturne-Cancer, source de déficience affective, d’insensibilité ou de détournement en compensation héroïque ou autre : Charlotte Corday, Napoléon, Patton …

 

Sommaire assurément est cette exploration, mais le ton est donné ; elle montre suffisamment l’intérêt que mérite ce combiné qui concentre l’essence de quatre facteurs. Il est des thèmes dont il convient de réajuster la lecture en fonction de cette particularité. On savait, par exemple, celui de Louis XIV fort en raison d’une dominante Soleil-Jupiter ; faut-il pour autant oublier la puissante RM Jupiter-Scorpion/Mars-Sagittaire suractive ? Ne risquons-nous pas de manquer la quintessence incandescente des génies de Wagner et de Verdi sans leur RM Mars-Verseau-MC/ Uranus-Scorpion-DS ? Et l’amplification du « large » vers un infini du génie de Darwin, sans la RM Jupiter-Poissons/Neptune-Sagittaire ?

 

Un cas où une RM paraît bien s’ériger en dominante ou sous-dominante est Johann Joachim Winckelmann (Stendal/Brandebourg, 09/12 /1717), père fondateur de l’archéologie moderne. Chez lui, une RM Vénus-Capricorne/Saturne-Balance est renforcée par un carré à 1° d’orbe, et ce carré fait mi-point à une conjonction Soleil-Mercure en Sagittaire qui renvoie à un Jupiter du Lion. La motivation première de ce passionné : l’amour des objets d’art anciens. Il acquiert une profonde connaissance des œuvres antiques, rendant compte de la découverte des trésors mis à jour à Pompéi et Herculanum, cet historien passant de l’érudition à la connaissance esthétique réelle.

 

Terminons sur une belle illustration concernant le tsar Alexandre 1er (Saint-Petersbourg, 23/12/1777, 11 h, version officielle). Une triple condensation de la mort avec Saturne du Scorpion en VIII renvoie aux deux maîtres de VIII conjoints à l’AS, Mars à 11° du Verseau (au carré) et Pluton à 29° du Capricorne, outre que ce Saturne, maître de X en VIII, dispose du Soleil-Capricorne en X. Ce prince accepta qu’on détrônât son père Paul 1er, mais sans lui faire du mal. Or, on le tua … « On me traitera de parricide ! on m’avait promis de ne pas attenter à sa vie. Ah ! je suis le plus malheureux des hommes. » Le remords va s’infiltrer en lui et devenir une sorte d’obsession funèbre, accompagnant son caractère mélancolique.

 

Il songe à abdiquer : « Je n’aurais pas été fâché de me débarrasser de ce fardeau de la couronne qui me pèse terriblement », et il confie ailleurs que s’il renonçait au trône, il se retirerait dans un monastère. Or, on a contesté sa mort quand, en 1866, Alexandre II fit ouvrir sa tombe et que l’on trouva son cercueil vide. Son décès faussement annoncé, il aurait fini ses jours en Sibérie sous l’apparence d’un ermite, ou dans un couvent de Palestine, pour se consacrer tout entier à la méditation, la prière et l’expiation …

 

L’ASTROLOGUE n° 106, second  trimestre 1994.

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