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RéJOUISSANCES ASTROLOGIQUES

 

D’avoir bourlingué une bonne partie du siècle dernier au sein du microcosme des astrologues européens, foulé des pieds en long et en large ses avenues et ses traverses en me frottant aux uns et aux autres, tout un monde hétéroclite de personnages et d’idées, il n’y a rien d’étonnant que j’en sois revenu chargé d’impressions fort contrastées.

 

Les meilleurs souvenirs qui me restent – en marge de la passionnante équipe de jeunes désintéressés et gourmands de savoir que nous formions au C.I.A. au milieu du siècle, dont le sommet fut le VIIe Congrès international d’astrologie de Paris, du 28 décembre 1953 au 2 janvier 1954 – sont ceux d’aînés travaillant tranquillement dans leur coin et oeuvrant prudemment au progrès de notre discipline, à la manière des regrettés André Boudineau et Henri Gouchon.

 

Mais, en contrepartie, combien d’innocents, de farfelus, d’illuminés, et, plus simplement, d’amateurs pressés, emportés dans un lyrisme ambulatoire, croyant naïvement acquérir en un tournemain  une connaissance finalement réduite à un jeu au trafic exploitable ? Il ne faut pas s’étonner qu’un domaine aussi hétérodoxe et mystérieux que l’astrologie, ait pu attirer, tels les papillons de nuit autour d’une lampe, une faune d’égarés, débiteurs de balivernes, fantasmant d’autant plus facilement devant un savoir en chantier,  rendu ainsi plus ou moins à l’état de pétaudière, de chienlit. Ce qu’on ne peut que ressentir entre colère et fou rire.

 

J’exagère ?

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, j’ai fréquenté un éminent avocat du barreau de Paris, dont la marotte consistait à dénicher dans des manuscrits de la Bibliothèque Nationale l’aphorisme oublié ou perdu, « bidule » permettant de découvrir dans la carte du ciel si le natif appartenait au sexe masculin ou féminin. Impossible de faire admettre à ce couillon qu’à la minute même où il m’en parlait, il naissait ensemble filles et garçons dans nos cliniques parisiennes.

 

Tenez ! Une vedette du milieu d’avant-guerre, Tinia Faery, publie en 1976 aux Editions Traditionnelles une Suite à l’Interprétation rationnelle de l’Astrologie. J’y lis, à la page 151, après une application de « la clé cabalistique des nombres » au signe natal, ce qui suit : « Ce qui donne une preuve de plus que LE NOM (de la personne) SE TROUVE DEJA INSCRIT DANS L’HOROSCOPE DE NAISSANCE (majuscules respectées) !

 

Et cette dame qui ne doute de rien expose (pp. 228 /230)  trois thèmes (le premier, celui des Etats-Unis du 4 juillet 1776), qu’elle accompagne de ces lignes savoureuses : «Voilà trois thèmes d’astrologie mondiale qui sont tellement clairs et tellement éloquents en eux-mêmes, que nous laissons à nos lecteurs étudiants et initiés le soin de les lire eux-mêmes… Tant le déroulement de tout ce qui s’est passé depuis le temps donné de leur érection, a correspondu avec CE QUI EST ECRIT (majuscules respectées). Et ce n’est pas fini… ».. On pourrait déjà reprendre la formule consacrée : après cela, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle !

Encore en rajoute-t-elle dans sa table des matières se rapportant à ce texte : «Quel dommage que Notre Maître Nostradamus, dont nous sommes l’humble élève, nous ait bien fait promettre « la plus grande réserve, quoi qu’il arrive ». Car vraiment, il y aurait tellement mieux à faire que de vous présenter seulement, chers amis lecteurs, CES TROIS THEMES, sans nous permettre AUCUN COMMENTAIRE (majuscules respectées) ! Comme chef d’oeuvre de filouterie, il fallait le faire …

 

Et plus récemment, il est jusqu’à la brave Germaine Holley qui nous débarrasse de nos dissonances d’un coup de cuiller à pot interprétatif. Dans L’Astrologie à la recherche des clés de la destinée (Le Rocher, 1986), en une véritable révolution astrothérapeutique, après avoir pertinemment relevé, avec Pluton, « le côté le plus sombre, le plus obscur, le plus animal de nous-même (…) état primitif de l’évolution de l’être », elle déclare, fruit de la consultation : « Et lorsque nous en avons pris conscience, relativement parlant, il n’y a plus de Pluton, nous en sommes devenu maître … » (p. 183). Mais, qui ne s’est pas trompé ?

 

C’est donc, en quelque sorte, un tour d’horizon de nos errements que je voudrais faire ici, non pour me moquer de malheureux confrères – j’aurai aussi, ici, l’occasion de cibler la maison Barbault – mais dans le but d’extirper la mauvaise herbe du jardin astrologique. Est-on si loin, aujourd’hui, de cette image d’Epinal d’astrologue du XIXe siècle ?

 

 

Il y a tellement de chemin à faire, de domaines à débroussailler, de points obscurs à éclaircir, qu’il faudrait passer beaucoup de temps à voir tour à tour les bévues de toutes sortes qui ont été commises et qui, justement, une fois dénoncées ou dévoilées, devraient être dorénavant  évitées. C’est, en l’occurrence, un travail d’auto-critique constructif auquel j’entends me livrer. Commençons par le sujet, particulièrement scabreux, de la prévision d’astrologie mondiale, où le praticien engage gravement la réputation de notre art.

 

Du danger de la prévision mondiale.

 

Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce sujet. J’y ai déjà consacré un chapitre entier (« Les feuilletonistes de l’astrologie ») dans L’Avenir du monde selon l’astrologie, où j’ai exprimé mon dépit d’avoir assisté à la déconfiture prévisionnelle de mes aînés dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale, non prévue par eux.

 

 .

Cette reproduction de première page de journal en témoigne, qui est l’oeuvre de mon frère, Armand Barbault. On peut comprendre le choc monumental d’un tel fiasco sur la passion idéalisée de l’astrologie du jeune garçon que j’étais à l’époque ! Tout était faux, à bazarder, sinon à reprendre à zéro, avec le plus sévère esprit critique. On ne peut comparer l’effet d’un si énorme échec qu’au choc d’une bombe qui vous pète à la gueule. Et il n’y a rien d’aussi salutaire que le souffle coupé d’une telle secousse pour se remettre complètement en question. Car, alors que mon frère et moi croyions naïvement tenir déjà en main le fil de l’histoire, voilà qu’un gouffre béant devant nous nous en dessaisissait à ce grand carrefour historique du destin du monde.. Il nous fallait repartir à zéro, ce que nous fîmes en se cantonnant d’abord exclusivement à l’observation des conjonctions du Soleil avec les planètes au regard du cours de la guerre. Base de départ qui, de fil en aiguille, allait nous hisser à la dimension supérieure, qui nous avait échappée, de l’intercyclicité globale.

 

Mais un tel échec provenait d’une cause certaine, portait un nom : l’improvisation. Quelle prétention que de se jeter tête baissée dans l’interprétation, en cherchant à deviner ce qui va arriver d’une configuration sans s’être préalablement avisé de son comportement dans le passé ! Il faut bien savoir qu’on ne peut vraiment connaître la valeur de celle-ci qu’à la leçon de l’histoire, l’observation historique de ses manifestations dûment établie. Car, il faut bien se dire qu’il y a autant de distance entre la belle rhétorique de nos manuels d’astrologie mondiale et l’aboutissement d’une prévision réussie, qu’entre Le Voyage dans la lune de Jules Verne ou de Georges Méliès et l’odyssée lunaire d’Apollo 11 du 20 juillet 1969 ! Rien moins…

 

Passe, à la rigueur, qu’un astrologue insuffisamment préparé n’ait pas su prévoir la Seconde Guerre mondiale, au déshonneur d’Uranie. Mais il en va tout autrement lorsqu’il s’avise d’annoncer la venue d’une troisième guerre mondiale qui ne se produit pas.

 

 

Ici, on ne saurait trop clamer, au plus haut point, notre indignation devant l’inconséquence lamentable de telle prévision alarmiste, au déplorable effet sur le public et au retentissement catastrophique sur notre discipline, l’astrologie y devenant du coup un enterrement de première classe.

 

Une déconvenue de ce genre est arrivée à l’occasion de la grande conjonction Uranus-Pluton de 1965 qui avait fort inquiété les astrologues de l’époque, et l’un d’eux, nouvellement venu dans le milieu et nullement préparé à ce genre d’aventure, ayant choisi le pseudonyme de Hadès qui devait si bien lui aller, se crut avisé de se lancer dans la pire des prévisions.

 

Il s’était déjà engagé dans un texte du n° 93 (juillet-août 1961) des Cahiers astrologiques, disant sans précaution, dans le ton d’un prévisionniste sûr de lui, que « 1965-1967 verra une passe d’armes meurtrière entre les deux géants du monde blanc, URSS-USA », ajoutant que « la génération née sous ce terrible affrontement est celle destinée par les Dieux aux plus grandes luttes de la fin du siècle ». Et il allait préciser ce qui aurait dû nous arriver, selon lui, dans le n° 95 de la même revue : « Uranus-Pluton (…) signifient les techniques atomiques, bactériologiques, etc., qui ne manqueront pas d’être mises en œuvre.. La stratégie Saturne-Neptune déroulera évidemment  un rouleau compresseur développé à partir de l’Elbe. On peut prévoir une grande bataille près d’un lac (Neptune) sans doute pour la maîtrise d’une deuxième route d’invasion, telle que la Suisse. A mon avis, et jusqu’en 1967, grandes victoires communistes (trigone Saturne-Neptune de 1966). Echapperaient à cette marée l’Espagne retranchée derrière les Pyrénées, et le réduit breton ; deux points d’où s’effectuera la reconquête de l’Europe. Les îles britanniques seront envahies ; le « ventre » de l’Europe, les Balkans, violés (…).  Est-ce donc la guerre pour 1965-1966 ? Oui, à mon point de vue, car l’entreprise favorite communiste cédera le pas au choc sanglant imposé par la fatalité… ».

 

L’auteur ne devait pas en rester là. J’avais, entre-temps, formulé ma version prévisionnelle d’un danger d’affrontement sino-américain (par juxtaposition d’oppositions Saturne-Pluton et Saturne-Uranus), la guerre du Vietnam en ayant été un par intermédiaire, mais, en revanche, le sextil Uranus-Neptune me faisait prévoir ce qu’allait devenir la « coexistence pacifique ». Réaction de notre auteur, cette fois, dans le n° 103 (mars-avril 1963), qui se demande si je ne cherche pas à abuser les autres ! Son texte réaffirme « une guerre atomique », le « choc terrifiant », « une guerre féroce, un long martyrologue ». « Dans les cartes que j’examine journellement, il faut bien avouer que nombreux sont les thèmes qui finissent tragiquement vers 65-66. » ! Et ce sinistre jusqu’auboutiste en arrive aux conclusions suivantes : « A l’heure actuelle, les astrologues doivent nettement prendre parti ou alors l’astrologie n’offre aucune utilité prévisionnelle. Dans toutes – je dis bien toutes – les cartes du ciel d’enfants que j’analyse à l’heure actuelle, je vois le grand drame, inscrit d’une façon sanglante, indélébile. » … « Aux abonnés de 67 – si nous sommes encore là ! – de voir qui aura vu juste. J’avoue que j’aimerais m’être trompé. » Comme numéro de cirque (funèbre), on est servi …

 

Accordons à ce jeune imprudent que la leçon lui servit : s’il s’est notamment « commis » à publier un ouvrage d’astrologie mondiale, dont l’exercice de rhétorique est anodin, du moins s’est-il bien gardé d’en appliquer les recettes au dévoilement du futur. Mais il eut été bien difficile de remonter la pente après un tel suicide… Tant mieux, du moins, pour son silence et qu’une si immense déroute prévisionnelle serve d’exemple instructif pour freiner l’ardeur intempestive de nouveaux prévisionnistes en herbe. La prévision est l’art le plus difficile, faut-il le rappeler ? Pour ne pas dire périlleux.

 

On s’en est encore rendu compte, d’une façon non moins calamiteuse, à l’occasion de la venue de l’éclipse solaire du 11 août 1999, que certains ont mis en relation avec un quatrain de Nostradamus (72-X), à propos de laquelle s’est exhibée fâcheusement une vedette française : « …éclipse (…) stupéfiante de dissonances tous azimuts et donc terriblement inquiétante pour notre monde. Troisième Guerre mondiale ou renversement des pôles, invasion d’extraterrestres, pollution étouffante de notre globe privé d’eau pure, famine, guerre ou épidémies, on a malheureusement le choix des calamités qui peuvent s’abattre sur l’aube de ce XXIe siècle. (…) Espérons que cette année (1999), des plus préoccupantes pour le monde, ne lui vaudra pas un troisième conflit mondial. »

 

Non loin de là, dans Astrospirale, une collègue canadienne n’y va pas de main morte, elle non plus, pour déchiffrer nos configurations. L’éclipse en question est « la carte la plus dysharmonique que les astrologues aient vue depuis des siècles ». D’où en cascade : « …les valeurs en bourse comme celles en banque sauteront (…) réaction en chaîne « redonnant sa valeur à l’or » … « toute autre monnaie aura dévalué, effet d’un krach boursier systématique. Il va sans dire que cela générera des conflits, beaucoup de violence (…). Des guerres aussi au Moyen-Orient, en Europe et en Russie tout au moins. Face à cet éclatement systématique de la finance mondiale (…) les églises et les organisations de bienfaisance s’occuperont des pauvres (…) peut-être à cause de la vacillation de l’axe des pôles de 11° ou de 23° (…) entraînant des tremblements de terre, éruptions volcaniques, raz de marées et cyclones (…). …le Québec … subira des dégâts d’eau et hydro-électriques, quoique moindres. Surveiller le fleuve et les barrages ! (…) Il faudra éviter de prendre l’avion … Il faudra aussi éviter les foules, … les villes, les capitales, surtout à cause des émeutes (…) Paris … lieu incendiaire  (…) … chute des rois, des chefs d’Etat et de la haute finance … multiplication des maladies cardiaques et cardio-vasculaires … (Volume 14 – N° 2). Bref, un début d’apocalypse (d’ailleurs, en fin d’article, il est question « que le Christ reviendra »)! Et l’auteur remet ça avec la doriphorie 2000 : rekrach, paniques de masses, effondrement du système monétaire … « Certains ont prédit une 3e guerre mondiale, nucléaire, d’autres une chute totale de la technologie à cause des bouleversements telluriques d’une grande ampleur. Nostradamus a prédit que l’Europe gélerait (in Centurie 10, 67). Tout est possible, l’un entraînant l’autre. A vous de décider ! » (Volume 15 – N° 1).

 

Comment l’astrologie ne serait-elle pas discréditée par de telles interprétations publiques aussi délirantes ? Pour échapper à un jugement qui recueille une condamnation unanime, c’est avant de publier ses élucubrations qu’il faut y penser. Si un pronostic réussi est une manière de célébration de l’art d’Uranie, tout autant, un raté prévisionnel est un deuil de l’astrologie. Si vous aimez vraiment celle-ci, votre devoir le plus élémentaire est de ne pas lui nuire, en vous taisant !

 

Autrement, par un détour obscur ignoré de l’intéressé, complicité d’une perversion inconsciente (que, pourtant, l’astrologue devrait dénicher dans son thème), nous serions en présence de cas particuliers à verser au dossier d’une sorte de charlatanisme involontaire, l’ambivalence de l’astrologue anti-astrologique étant un travers que, pour ma part, j’ai déjà dénoncé («  Une mascarade astrologique »). Voyons ici le charlatanisme à ciel ouvert.

 

Le charlatanisme.

 

Nul doute que les plus mauvais coups portés à l’astrologie émanent  de sa propre écurie, de pernicieux qui la déshonorent ou de débiles serviteurs. Ce qui n’absout nullement le délit flagrant du charlatanisme.

 


Le fakir Birman

 

Avec l’apparition de la presse astrologique des années trente s’est bien vite répandu un abject trafic des étoiles. On a vu sortir du bois tout un gibier de « Professeurs » : Elroy, Roxcroy, Djemaro, Omar Khan, Valentino, Novaro, Hammon, Khaloum … Chacun offrant un horoscope gratuit, naturellement une feuille ronéotypée, avec sa tartine anodine et flatteuse, mais habilement assortie de son amorce : votre cas particulier m’intéresse … J’ai décidé de vous donner un tour de faveur … Il y va du bonheur de votre vie … La chance est à saisir qui ne se renouvellera pas … Je ne puis, pour l’instant, en dire davantage … un travail conséquent … puis l’appel au peuple ; et avec quel acharnement à « piquer le fric » !

 

Le cas le plus spectaculaire fut celui d’un industriel de l’horoscope : le « fakir Birman », devenu un véritable trust, à coup de grands placards de publicité dans les plus grands quotidiens. En 1938, ses cinquante secrétaires brassaient un demi-million de fiches de clients, chaque matin, deux voitures postales apportant vingt à trente sacs de lettres, dont la moitié contenaient des timbres-poste ou des mandats. L’affaire finit en 1939 devant les tribunaux, mais, en 1946, le fameux fakir, bien que condamné, s’offrit le luxe de publier ses Mémoires qui eurent un grand succès.

  

 

Aujourd’hui, la gangrène du charlatanisme se confidentialise à travers une nuée de petites annonces où la référence zodiacale patauge dans un bain de pratiques divinatoires en compagnie de la boule de cristal, des cartes, etc. Si bien qu’un astrologue professionnel qui se respecte se fait généralement un devoir, comme tout médecin ou tout avocat, de mériter sa clientèle par la voie discrète de la boule de neige, le client gagnant à ne pas se laisser prendre aux toiles d’araignées des petites annonces …

 

Il resterait encore à élucider ce qui peut prendre, plus ou moins insidieusement, un caractère charlatanesque dans la pratique individuelle de la carte du ciel. Non sans inquiétude, j’observe que, de plus en plus, certains astrologues adjoignent à leur art interprétatif une prétention psychothérapique – quelle que soit la formule employée – qui les dépasse et n’est pas de leur ressort, sauf formation diplômée autorisée. On ne bricole pas avec la santé des autres. Le charlatanisme n’est pas seulement une affaire extérieure à notre pratique, avec nos brebis galeuses, qu’on y songe bien !

 

                        La pitrerie : le cas de Edouard VIII.

 

Quand ce sont les astrologues eux-mêmes qui portent atteinte au prestige de l’art qu’ils pratiquent en massacrant leur œuvre jusqu’à la bouffonnerie, c’est toujours l’astrologie qui trinque, et la corporation ne manque pas de bluffeurs, de guignols qui ne doutent de rien.

 

  

Evitons d’impliquer des collègues contemporains et attachons-nous au cas du prince de Galles, devenu roi Edouard VIII en accédant au trône à la mort de son père, George V, le 20 janvier 1936 à 23 h 55 mn (sous une opposition Soleil-Pluton au méridien), et qui abdiqua la couronne d’Angleterre le 10 décembre 1936 pour l’amour de Wallis Simpson.

Edouard VIII est né à White Lodge, Richmond, le 23 juin 1894 à 22 heures. Quant à Mrs Simpson, elle est native de Baltimore le 19 juin 1896, entre 5 h 30 et 6 h, selon elle-même. Dans un texte intitulé : « Le véritable horoscope de Mrs Simpson », paru dans la revue Demain de juin 1937, R.S. Gleadow précise : « Nous devons cet horoscope aux soins d’un astrologue anglais, M. Edgar Bray. Ayant imaginé que Mrs Simpson était née à 5 h ½ du matin, il lui écrivit personnellement et elle répondit qu’elle était née entre 5 h 30 et 6 h. » Or, ajoute-t-il, « tout astrologue averti sait que quand on dit « entre 5 h 30 et 6 h », l’heure véritable est le plus souvent entre 5 h 30 et 5 h 40 ». De là sortant une version de thème avec un AS à 9° du Cancer et un MC à 18° des Poissons. Mais quelle crédit faut-il accorder à une pareille démarche ?

Venons-en, maintenant, aux inepties débitées à l’époque.

Dans Les Etudes mystérieuses n° 5 (1936), Tinia Feary, que nous connaissons déjà, déclare  (« Le thème du Roi Edouard VIII ») : « Il semble bien que si le roi aime l’histoire, l’occasion lui sera donnée d’y ajouter quelques pages.(…) Son influence aboutira à la naissance d’une nouvelle Angleterre, telle qu’on ne l’a pas encore soupçonnée. » Et d’ajouter : « La « Part Royale » en trigone exact avec la « Part des œuvres » du règne et en conjonction avec la Lune, souligne encore le rôle de ce roi. » !

Ce que parachève la grande vedette française de l’époque, Maurice Privat, dans son livre annuel : 1937 (Edition Médicis, 1936), paraissant quelques jours après l’abdication : « Le jeune roi est né sous un ciel magnifique, un des plus harmonieux que nous ayons eu l’occasion d’étudier ; presque aucune dissonance, ce qui est rare (…). Jupiter qui tournait à la vitesse extraordinaire de 15 minutes, ce qui assure une ambition ordonnée, méthodique mais décisive, le sens de l’Empire au plus haut degré ! ». Et, avec Jupiter entre Neptune et le Soleil dans les Gémeaux et en IV, « quelle certitude que le prince exercera son métier de roi avec un éclat fascinant ! » (… ) Edouard VIII se mariera-t-il ? … Il couronnera prochainement une reine digne de lui, rayonnante et aimante, et il aura de très beaux enfants. Le roi la chérira et elle partagera son œuvre et sa gloire. » … Et notre savoureux confrère avait inauguré son texte par cette introduction : « Le thème du roi Edouard VIII assure qu’à la fin de sa vie, ce prince sera l’arbitre du monde. » !!!

L’abdication survenue, voici, maintenant, ce qu’en dit Gabriel Trarieux d’Egmont dans Que sera 1938 ? (Flammarion, 1937) : « Si on observe l’horoscope de S.M. Edouard VIII, né le 23 juin 1894 à Londres, à 21 h 54 m, heure locale, une évidence, dès l’abord, saute aux yeux. La majorité des planètes est au-dessous de l’horizon (dans un renvoi, il est rapporté que, du même indice, Sépharial avait pronostiqué : « Le Kronprinz ne régnera pas. ») C’est le contraire de ce qui a lieu pour tous ceux qui sont appelés à jouer un grand rôle social, quel que soit le jugement que l’on porte sur eux. Napoléon, Mussolini, Hitler ont au zénith la majorité de leurs astres. Le moins qu’on puisse dire de celui-ci, dès l’abord, est que ce n’est pas un horoscope royal. Constatation aggravante : les deux seules planètes au-dessus de l’horizon sont des maléfiques : Saturne et Uranus. La première – qui est en plus rétrograde – se trouve dans le signe de la Balance, qui concerne principalement le mariage. Il n’est pas malaisé d’en conclure qu’un mariage sera funeste à celui dont il est question. Uranus, dans la maison de l’étranger, opposé à Vénus en maison trois, confirme cette indication, en spécifiant que l’épouse à venir sera d’origine étrangère. Enfin, Saturne est en maison huit, qui est « la maison de la mort », et Saturne est le maître du thème. Cela pourrait signifier un suicide, mais il en est de diverses sortes. Une abdication en est une. Elle est clairement indiquée dans le thème de nativité d’Edouard VIII. »

Cette interprétation ne manque pas de charme, certes, mais il vaut la peine de regarder de plus près comment la chose est jugée alors qu’est déjà levé le « rideau de l’histoire ». Que vaut l’argument premier – « une évidence dès l’abord » - de la majorité planétaire sous l’horizon ? Les trois personnages opposés cités à l’appui relèvent de la plus naïve improvisation, car c’est sur un contrôle général des souverains qu’il eut fallu procéder pour se prononcer. Or, en s’en tenant à la collection des deux centaines de ceux que j’ai exposés dans Astres royaux, force est d’admettre que, globalement, l’évidence en question s’évanouit. Et il y a aussi de grands empereurs et monarques du premier groupe : Charles Quint notamment, comme pour la France seulement : Charles V, François 1er, Henri IV, Louis XIII, Napoléon III …

Je voulais faire, ici, le relevé de la tare la plus impitoyable de cette pratique de l’époque : interpréter en improvisant, dans le vide, sans appui, d’après son seul jugement, sans nullement s’aviser de vérifier sur un nombre suffisant de cas antérieurs semblables la valeur de son avis personnel. Mais, aujourd’hui, cela a-t-il tellement changé ? Et tant qu’il en sera ainsi, les astrologues iront à l’abattoir. Dans la même veine du même ouvrage de cet astrologue mondain, pouvait-on lire que « parmi les pays étrangers, le plus bel horoscope d’Europe est celui de M. Mussolini » …

Pour revenir à Edouard VIII, le conflit de l’amour et du pouvoir s’inscrit doublement dans l’opposition de Vénus-Taureau au MC et le carré de Mars, maître du MC, au Soleil, lequel est maître de VII en V. Avec un Jupiter maître de X en « exil » en Gémeaux. Sur la toile de fond d’un thème qui tourne le dos au trône, au profit du privé : deux présences astrales en IV

Tandis que la Lune de ce cancérien, dont le Soleil est en V, est en Poissons en I, sortant du carré du MC. On avait essayé la couronne à ce mercurien lunarisé, en vue du couronnement, provoquant cette réaction anticipée : « Comme elle est lourde ! ».

Il est permis d’accepter l’interprétation de l’étrangère venue d’Uranus en IX, et dans ce cas, l’opposition que Vénus reçoit de cet Uranus du Scorpion peut rendre compte du climat scandaleux, pour le milieu, de cette Américaine, une première fois divorcée, et allant divorcer une seconde fois pour s’unir à ce prince charmant, dominé par cette Vénus souveraine du FC.

La tentative de mariage du jeune roi se heurta au refus de la reine-mère Mary, du Premier Ministre Stanley Baldwin et des Dominions. Il ne restait plus à Edouard VIII que de prononcer devant Buckingham Palace son abdication : « Vous devez me croire quand je vous dis que j’ai trouvé impossible de porter un lourd fardeau de responsabilités et d’assumer mes devoirs de roi sans l’aide et le soutien de la femme que j’aime. » Il convient aussi d’ajouter que son frère cadet, lui, bien qu’ayant aussi son ensemble planétaire sous l’horizon, avait – attendant son heure – un Jupiter du Lion en plein MC, et en réception mutuelle du Soleil en Sagittaire !

 

            Le thème faux

 

 

 

 Il faut en faire l’aveu délibérément : des thèmes faux – produits de date de naissance erronée, de substitution malencontreuse, d’erreur de calcul … -  sont passés entre nos mains, que nous avons néanmoins interprétés sans même nous être rendu compte de la moindre méprise. En pareille évocation vient aussitôt à l’esprit que si nous n’avons pas été capables de nous en apercevoir, c’est que bien légère devait être l’emprise de notre souffle interprétatif, comme s’il avait voltigé dans le vide, comme des mots pour rien.

 

Passons sur ces innocents qui, de génération en génération, s’attaquent à des personnages anciens dont on ignore même l’année de naissance. Comme encore, il n’y a pas si longtemps, un brave auréolé de son école, ayant lu, impavide, dans un thème de Jeanne d’Arc tout son destin, y-compris ses vies antérieures ! Ben voyons … On pourrait dresser une liste entière de célébrités dont les thèmes faux ont circulé, du Christ à Napoléon en passant par bien d’autres, ce dont s’est gaussé le Père Mersenne à propos de Luther.

 

Notre talon d’Achille est assurément l’heure de naissance sur laquelle trébuche la pratique ; du moins peut-on se repêcher avec la toile de fond du thème. Mais que dire quand rien de vrai ne subsiste avec une date fausse ? Et surtout lorsqu’il s’agit d’un personnage historique dont la carte du ciel est passée dans les mains de tous, sans qu’aucun d’entre nous n’ait eu le réflexe de douter de son authenticité ?

 

Voilà pourtant ce qui est arrivé avec le cas de Joseph Staline. Sa vraie date de naissance (voir « Les hommes d’Etat de la Seconde guerre mondiale ») n’est connue que depuis la parution en 2001 du livre Staline, chez Fayard, de Jean-Jacques Marie, qui a relevé lui-même sa donnée natale sur le registre de l’église de Gori : le 6/18 décembre 1878, et non le 9/21 décembre 1879, outre que les collègues ont pris la date du 21 en calendrier julien en la convertissant en 2 janvier 1880 et en faisant naître l’homme au lever du soleil.

 

On aperçoit ce thème faux en page de couverture du bulletin 71 du « Collège astrologique de France » Sous le Ciel, présenté par Korsabad, l’un des pseudonymes de Don Néroman. Dans la conclusion de celui-ci, il est déclaré, une arithmologie se joignant à l’astrologie, un résultat « si exceptionnel, si fidèlement adapté au personnage, que le doute ne semblait plus permis » (…) « correspondant à Staline aussi parfaitement qu’on peut le souhaiter » !

Ce même thème a circulé, comme pleinement admis, partout dans le monde. Mon frère Armand l’a exposé lui-même dans le n° de novembre 1938 de L’Avenir du monde. Si l’on fait le plus souvent des interprétations fausses de thèmes justes, il arrive qu’on en fasse de bonnes de thèmes faux. Ainsi, dans le numéro suivant de janvier 1939 de la même publication, ayant constaté une dominante de positions planétaires en VII chez Hitler et Mussolini, et en IV chez Staline, mon frère en avait tiré la conclusion que les deux premiers dictateurs risquaient de porter leurs forces à l’extérieur de leurs pays, alors que l’épreuve du dernier se passerait sur son propre sol.

 

Avec ces thèmes inexacts, la plaisanterie facile faite, il est toutefois permis de comprendre que ce genre de substitution puisse arriver lorsque le faux calque plus ou moins sur le vrai. C’est ce qui s’est passé avec Staline dont la signature saturnienne commune a pu donner le change.. Défense très relativement acceptable,  ne devant toutefois pas dissimuler que l’interprétation inachevée plane, en disponibilité – la voltige des mots -, alors que celle qui est aboutie  fusionne avec le sujet.

 

            Les fanfreluches célestes.

 

Notre savoir présente un noyau central plus ou moins dur – autour de la cellule du cosmos astrologique liant planètes-signes-aspects-maisons – entouré de cercles concentriques où il s’amollit jusqu’à son évanouissement, sans connaître de frontière. La pêche en eau trouble y est tentée, en une pétaudière y trônant, parmi tant de tentations, un grand thème de marginalité : brillante comme une étoile de première grandeur, la planète hypothétique. Ah ! le beau serpent de mer …

 

Dans sa jeunesse, en voyant venir une, on se jette dessus comme si c’était le Messie : appétence de la nouveauté. Sans savoir que chaque génération se fabrique sa ribambelle de fantômes en une sarabande qui finit au dépôt d’un monceau de parasites de l’histoire. Au cours du siècle, je n’ai pas cessé de voir défiler un tel carnaval. Voici mon parcours.

 

A la fin du XIXe siècle, on voit déjà Charubel (l’auteur des degrés zodiacaux révélés par voyance !) prôner deux transneptuniennes. A l’entrée du XXe siècle, le Britannique George Sutcliffe propose rien moins que deux intra-mercuriennes, Vulcain et Adonis, et quatre transneptuniennes : Isis, Osiris I, II et III, dont les positions célestes sont, s’il vous plait, calculées à la seconde ! L’Américain L.H. Weston se met de la partie avec au-delà de Pluton

 

 

 

Morya et Lion, et un ouvrage paru en 1920 : The Planet Vulcan. Pour son Vulcain, Leverrier avait admis une révolution héliocentrique de 19 jours, 17 heures ; Weston la détermine à 18 j. 14 h.. 1 mn ; alors qu’un astronome allemand, Walz, la fixe à 17 j. 13 h. Il faut dire qu’à la base de ces divagations réside un état d’esprit astronomique de l’époque : les savants admettent des planètes inconnues, l’Américain Pickering en concevant quatre au-delà de Neptune et Gaillot en France en cherchant deux, que Caslant va nommer Pluton et Proserpine.

 

Derrière ce courant anglo-saxon vient en force un courant germanique. Dans Astrologische Blätter de juillet 1923, Alfred Witte publiait un article intitulé : « Cupidon, première transneptunienne ? ». C’était le départ de la grande aventure de l’école de Hambourg. Witte allait en « découvrir » quatre : Cupidon, Hadès, Zeus et Chronos ; son élève, Friedrich Sieggrün, en rajoutant rien moins que quatre autres : Apollon, Admète, Vulcain et Poséidon. Tout ce beau monde naturellement calculé au poil. C’est, proclame Ludwig Rudolph, grâce à Zeus et Cronos que l’école de Hambourg a prédit la Seconde Guerre mondiale. Ce qui me rappelle Coluche racontant qu’un de ses copains avait attrapé la myxomatose parce qu’il avait couché avec une frangine qu’avait un bec-de-lièvre …

 

La contagion gagnant, c’est Alexandre Volguine qui se fait en France l’apôtre des planètes nouvelles. A la suite d’articles précédents de Tamos et de Patrice Genty parus dans Le Voile d’Isis, le troisième numéro spécial Astrologie, 1927, de cette revue publiait de lui un texte sur « La nouvelle planète Vulcain » : aux 12 signes devaient logiquement répondre 12 corps célestes, Vulcain se plaçant entre le Soleil et Mercure, Pluton devant faire suite à Neptune, suivi de Proserpine, l’un et l’autre baptisés différemment.

 

Ah oui ! si seulement un Mendeleieff de l’art d’Uranie avait à l’avance pointé une présence astrale encore inconnue autour du 17e degré du Cancer pour la période de mars 1930, alors que l’on y découvre Pluton, en l’ayant au surplus fait mouvoir à la vitesse approximative de celui-ci ! Hélas, aucune de toutes les positions fictives avancées par nos anticipateurs, de Charubel au dernier en date, ne se trouvait à cet emplacement plutonien. Il y avait déjà là de quoi être vacciné contre la vanité de ces spéculations.

 

Il fallait avoir de l’estomac pour continuer. Cela n’a pas empêché Volguine de ressortir périodiquement ce poisson d’avril : dans le n°3 (mai-juin 1938, première série) de ses Cahiers astrologiques, avec débat de Raoul Fructus et éphémérides de F. Ransan ; et dans le n° 25 (février-mars 1950) où la découverte de l’astre est officiellement annoncée. De même qu’il annoncera dans le n° 93 (juillet-août 1961) que « notre Terre possède trois satellites » : outre la Lune, Lilith et Lulu ! Comment ne pas passer pour des Gugusses ? Sans parler de Pan de Charles A Muses, de Koré de Robert Ambelain, de Minos d’André Pélardy, dont le n° 103 (mars 1963) des C.A. livre de singulières éphémérides, de Kaïd, de Rex … On est en présence d’une véritable fuite en avant, dans une répétition d’inepties que rien n’arrête. Le n° spécial sur les planètes inconnues des C.A. n° 74 (mai-juin 1958) prétendait livrer « tous les éléments pour le calcul des 17 planètes hypothétiques » ! Il faut être d’une naïveté invraisemblable pour avaler autant de stupidités.

 

Il était moins spéculatif de se rabattre sur les astéroïdes entre Mars et Jupiter qui ont, eux, le mérite d’exister, et l’on s’y est intéressé dans les années 70. Dans son CAO Times, Al. H. Morrison a présenté en novembre 1980 des éphémérides de Sappho, Eros, Hidalgo, Toro, Icarus et Lilith (rien à voir avec la française). En France, on s’est rabattu sur les 4 principaux : Cérès, Pallas, Junon et Vesta, mais pourquoi 4 seulement et pas davantage ; et pourquoi Psyché plutôt que Achille, Hermès ou Nénette ? L’unité du système solaire est partie pour s’éparpiller et s’émietter dans un évanouissement de matière poussiéreuse.

 

Il n’est pas inutile de jeter un bref coup d’œil sur le présent tableau des astéroïdes et objets de Kuiper, de Francis Santoni. Quand on voit la barre de l’infiniment petite mesure de nos 1000 kilomètres, qui nous rappelle la dimension de notre hexagone national, et que l’on voit, par exemple, le rond minuscule de Chiron, se baladant entre Saturne et Uranus, qu’est-ce qu’on peut vraiment en escompter ? Je me rappelle que ce nabot venait à peine d’être découvert que, déjà, un auteur américain nous débitait ses significations en long et en large (Zane  B. Stein, sur 283 pages, en 1990 !). Filouterie ou naïveté ? D’autres ont suivi …

Aujourd’hui, dans la foi d’un climat soporifique, j’entends quelques jeunes collègues miser sur cet astricule, c’est-à-dire l’interpréter, mais encore là, quelle innocence ! Que je sache, personne ne s’est donné la peine d’entreprendre une recherche véritable pour vérifier le bien-fondé de  sa moindre signification, alors qu’elle s’impose. Car ce ne sont pas les acrobaties de quelques rencontres d’occasion qui méritent d’être retenues. On est en présence, une fois de plus, d’une pure improvisation, source fatale d’une farandole de discours vides, de bafouilles.  Mais qu’est-ce qu’on a donc dans les mirettes !

 

Au surplus, rien ne dit qu’on ne découvrira pas une ribambelle d’astricules du même genre, d’une planète à une autre : quel sarabande astrale cela nous promet-il, occasion de claquer son talent dans une jonglerie de flonflons interprétatifs où se volatilise le système solaire !

 

Réaction de vieux ? Oui, mais qu’on ne s’y trompe pas. Si je suis blasé de la débauche de sottises que j’ai vu défiler au long de sept décennies, je garde la ferveur de l’inédit. Nous sommes loin d’avoir épuisé les ressources de notre art et il faut rester ouvert à tout ce qui peut l’enrichir, mais à condition de garder son esprit critique, l’astrologie continuant d’être, hélas, un pays d’utopie.

 

 

 

 

Avec le dernier avorton – Sedna – apparu le 14 novembre 2003 dans le contraste désobligeant d’un volume lilliputien  en orbite immensément lointaine, laissez venir, mais, ne doutez pas que, bientôt, quelque farfadet nous en fera des miracles …

 

            La Lune noire

 

Ah ! la Lune noire … L’exhalation envoûtante d’un musc, la merveille du dévoilement des secrets de l’âme !

 

Mais, d’abord, quelle est-elle et où se loge-t-elle ? Elle est une donnée de l’agencement de la trajectoire ultra-ouvragée de la Lune, et la position de ce phénomène est si difficile à cerner qu’au cours des dernières décennies, il a fallu passer de une à deux, puis à trois versions, sans encore être sûr qu’il ne faille pas corriger ou revoir cette dernière, une 20e de degrés pouvant différer d’une position à une autre. Double fragilité d’un « bidule » à l’emplacement incertain, qui contraste avec l’évidence, ô combien saisissante à notre regard, du bel astre des nuits.

 

Revenons à son histoire qui est encore toute fraîche.. Le premier qui ait fait état d’une « lune noire », bien vite appelée « Lilith », est Don Néroman. Cet auteur brillant aimait à sortir des sentiers battus, jusqu’à s’être mis à mal le milieu astrologique francophone, en s’attribuant, sous des jargons nouveaux, des données classiques, son domigraphe, par exemple, étant censé ne rien devoir à l’astrolabe. Il lui avait plu de sortir de son chapeau ce facteur insolite qu’il tenta de déchiffrer sans trop, d’ailleurs, s’étendre sur la question, la psychologie n’étant pas son fort, et plus intéressé qu’il était de démonter en ingénieur l’horlogerie de notre luminaire.

 

La chose en serait sans doute restée là si Jean Carteret n’avait pas pris la relève. En bon Bélier neptuno-plutonien, type Intuition introvertie caractérisé, il lui fallait du nouveau. De là sa prise en charge de la Lune noire, d’un Soleil noir et des hypothétiques que traitait déjà Léon Lasson : Vulcain et Proserpine ; se risquant à les positionner dans les thèmes, notamment dans plusieurs de mes cahiers, celui des philosophes notamment. Cette aventure téméraire laisse un goût de cendres refroidies.

 

Reste la Lune noire. Avec son Soleil en XI, Jean satellisait autour de lui l’amitié d’admirateurs empressés à recueillir sa précieuse parole, la vérité de son enseignement allant de soi, tant intense était sa parole. Celle de la Lune noire nous vint de Jacqueline Aimé et de Joëlle de Gravelaine, comme une onde d’imagination créatrice convaincante, mais dispensée de l’épreuve d’un contrôle approfondi, la conviction de sa pratique personnelle,  mue par sa propre foi, n’étant pas pour autrui une preuve en soi.

 

Celui qui est porté par la foi du mythe doit admettre que l’on puisse douter, de crainte de gamberger dans le vide. En notre pays d’utopie si fertile en projections fantasmées, cette Lune noire est le grimoire illuminé par excellence qui peut le mieux nous piéger en la matière : et si elle n’était qu’une fabrique de rêves ? Je veux bien admettre que c’est l’imaginaire même de l’être qui se lit le plus dans notre cosmos intérieur, mais il est tangible, au point de descendre sur le sol du vivant. Pas besoin, donc, de déambuler dans des cogitations inconsistantes. Pour entraîner l’adhésion, peu importe que l’astrologie parte du haut ou du bas, pourvu que du ciel elle descende sur terre et que de cette terre elle monte au ciel. Elle est ce passage obligé, la réussite de ce parcours bouclé, alors qu’ici, trop souvent, le voyage est inachevé, en suspens, dans l’impression d’être dupe de soi. Il convient qu’un jour un effort soit fait pour sortir cette Lune noire d’une telle incertitude. Plus on a la tête dans les nuages, mieux  il convient d’avoir les pieds sur terre.

 

            Les « machins » …

 

Il est permis d’appeler ainsi un certain nombre de procédés interprétatifs que présente l’éventail des ressources généreuses du bazar traditionnel. Nous n’avons pas seulement à débattre des découvreurs d’étoiles nouvelles et de la nébuleuse Lune noire. Il en est ainsi, en premier lieu, des points fictifs dont on a tendance à abuser, comme Tinia Feary jonglant avec le trigone de la « Part royale » à la « Part des œuvres » du pauvre Edouard VIII.

 

Prenez déjà la Part de fortune. Voici une valeur encore en suspens, certains l’adoptant, d’autres pas. Malgré Ptolémée, Placide de Titus reconnaît qu’après avoir longtemps travaillé cette pièce, il n’avait jamais pu y trouver la moindre vérité. Lilly déclare : « Je suis fort peu satisfait de mes recherches concernant les véritables effets de la Part de fortune. » Zadkiel pense de même , nous apprend son disciple Pearce : « La Part de fortune est une chose purement imaginaire sans influence ni signification. ». Quant à Wilson, il va jusqu’à dire qu’elle n’est réellement qu’un fantôme. Quand on entend cette lignée de jugements négatifs, plutôt que de dire Amen au « prince des astrologues », comment ne serait-on pas incité à reprendre la question à la base dans la recherche démonstrative de la vérité. Nous revenons toujours au point de départ : il faut avoir vérifié préalablement  la validité de l’outil que l’on utilise, en tout cas, s’en être fait un jugement personnel sur le terrain.

 

Si vous sortez de la Part de fortune, vous êtes aussitôt envahis par le bouillon de culture des parts arabes. C’est là tout un domaine et c’est plus que la vie entière d’un seul chercheur qu’il faudrait pour faire le point sur ce monde particulier de la pratique astrologique. La tradition charrie son ronronnement de rêves saupoudrés d’une part de vérité ; il faut toujours avoir la curiosité d’ouvrir les armoires secrètes en attente de révélation. Il en est, d’ailleurs, qui font leur miel de tout et de rien.

 

Au roman du merveilleux astrologique se succèdent les chapitres les plus divers. Le thème des degrés monomères n’en est pas un moindre. Qui refuserait de convenir de la validité du principe d’une individualisation de chacun des 360 degrés de la ceinture zodiacale ? Mais on se bouscule au portillon pour y fixer les images symboliques. Qui croire des propositions du Calendrier thébaïque, de Engel, Scaliger, Pitois, Charubel, Janduz, Costesèque, Wemyss, Jones et Verneret ? Le résultat : marché aux puces et caverne d’Ali-Baba, un défilé cocasse qui se prête à un inventaire de jeux de mots à la Prévert. Pour qui aime le baroque, il y a de quoi mirlitonner de fantastiques rencontres. L’ennui, dans tout cela, c’est que l’assise fait défaut, outre que les moyens employés pour couvrir ces degrés de figures et textes symboliques sont plus ou moins farfelus ; et l’on ignore la nature de la source traditionnelle. Je me suis occasionnellement frotté à ce domaine. Ayant rassemblé les thèmes des pionniers de l’aviation et de l’aérostation, ainsi que des cent premiers aviateurs brevetés en France, il m’était venu à l’esprit de répartir leurs positions planétaires sur le cercle zodiacal, dans l’espoir que les divers degrés : de vol, d’oiseau, d’ascension, de ciel, pourraient se dégager : de cette exploration, de nature pourtant typique. Je suis revenu bredouille de cette aventure. Certes, je n’en tire pas un jugement péjoratif – il faut beaucoup plus que cette brève incursion pour tirer des conclusions – mais on peut comprendre que, dans mon état d’esprit propre, je puisse préférer m’abstenir d’utiliser les degrés monomères. Et, une fois de plus, pour tout le monde, il est dangereux de mettre la charrue devant les bœufs.

 

 

             

 

Un autre propos qui ne manque pas de sel est aussi celui des maisons dérivées qui fonctionnent en cascade ; si bien que vous avez vite fait de dévisser, au point de pouvoir parler du père du cousin du second mari, derrière le sujet lui-même. A cette allure, on risque d’avaler une drôle de soupe à la grimace jusqu’à la dernière cuillère. Certes, avec ces guirlandes attachées au char d’Uranie, et du moment qu’on ne cède pas au chant des sirènes, je ne rechigne pas trop à l’idée que l’astrologie puisse être une guinguette où on passe du bon temps, mais à condition qu’on ne prenne pas ces choses très au sérieux.

 

Il n’y a pas, d’ailleurs, seulement que l’instrument qui puisse effaroucher l’esprit : il y a aussi le vocabulaire. Quand j’entends parler, à propos d’aspect mineur , de « Doigt du monde », de « Doigt de l’homme », de « Doigt de Dieu » ( !), je pense qu’il faut toujours se méfier du carillon des grandes envolées lyriques qui ne sonnent que trop la fausse monnaie. L’exemple d’une dissociation où le trivial jouxte le sublime est fourni, notamment, par le  déconcertant  Traité d’Astrologie générale de Robert Fludd (XVIIe siècle). D’un côté, l’astrologie est une philosophie de la Nature ; le langage astral, « en lettres d’or dans les champs éthéréens », rapproche l’astrologie transcendantale du Créateur en faisant comprendre la volonté de Dieu dans la nature, les astres étant les ministres qui exécutent l’ordonnance divine. De l’autre, hélas, elle déchoie à une condition de divination, son but étant la pratique d’une astrologie horaire par questions et réponses, visant à découvrir un voleur, son sexe, son milieu, son âge, l’endroit où il se cache …Basses œuvres d’une astrologie horaire pouvant, peut-être, plus tard, devenir elle aussi adulte : qui sait ?

 


Nazari : Della transmutazione metallica, Brescia, 1599.
L’HYDRE DE L’ERREUR

 

 Arrêtons ici ce voyage au pays de la tradition qui peut aussi bien être un bain de jouvence archéologique qu’une visite funéraire : en situation de godelureau où l’on s’y présente  au départ, on ne peut pas plus s’acoquiner les yeux fermés avec l’invitation rencontrée, que taxer celle-ci, par innocence stupide, de résidu du passé. Pas d’enterrement facile à la sauvette, s’il vous plait !  Gardons-nous des apparences sur lesquelles l’on ne peut juger. Personne ne sait à l’avance ce que vaut le terrain sur lequel on met les pieds : il faut d’arrache-pied œuvrer pour percer l’épaisseur des ténèbres du domaine abordé.. C’est seulement si l’on a pris corps dans la matière ainsi traitée que, déniaisé, un chemin de  vérité puisse se fait jour.

 

D’abord, engagez-vous. Gardez-vous d’en rester à l’idée qui vous est venue en tête. Surtout si elle est à courte vue, comme celle de cet énergumène instituant à nos astres un statut de surmoi ( !), au prétexte qu’ils passent au-dessus de nos têtes, comme s’ils ne passaient pas tout autant sous nos pieds. Et, en incarnant votre pensée, si vous ne voulez pas être avalé par l’hydre de l’erreur, faites une croix sur votre croyance et renoncez à l’improvisation. Vous devez savoir que le seul exercice interprétatif, aveuglé par sa foi, n’est pas un argument de validité, s’il ne repose pas sur un passage préalable par une recherche qui l’a cautionné. Travaillez le cas isolé en l’intégrant au cas générique, non sans vous enquérir de tout ce qui a déjà été acquis ou débattu, l’écoute des autres étant précieuse. C’est banal, mais il faut le répéter : une enquête (monographique, statistique ou autre) qui n’est pas menée dans toute sa rigueur, d’un bout à l’autre de séries entières de cas similaires, est un piège qui ne pardonne pas. Et ne laissons pas la critique de l’astrologie à la merci d’adversaires incompétents : c’est aussi à nous de tenir ce flambeau.

 

D O C U M E N T A T I O N

 

 

Il m’est venu à l’esprit qu’un astrologue historien puisse un jour s’intéresser au mouvement astrologique français du XXe siècle. Dans cette idée, j’aimerais verser à son dossier les extraits de deux pièces ayant trait à la naissance du CENTRE INTERNATIONAL D’ASTROLOGIE et à sa première assemblée générale. En bas de la dernière ligne figure un « A. Barbault ». Il s’agit de mon frère Armand.

Paris le 17 novembre 2005.

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