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Saturne et l'orphelinat

La pratique astrologique se double d’une recherche d’amateur éclairé lorsque l’astrologue, ne se contentant pas d’observer ce qui défile sous ses yeux, trop exposé de la sorte aux caprices ou roueries de sa mémoire, s’avise de vérifier la valeur de son observation. Cela consiste à fixer celle-ci dans la durée, c’est-à-dire à retenir le cas particulier, à le déposer quelque part et à constituer un dossier de cas semblables, seul un tel rassemblement permettant à la longue d’enregistrer le résultat d’un vrai contrôle. C’est comme cela que l’on est le mieux à même de bien fonctionner.

 

Au fil des années, puis des décennies, s’accumulent ainsi les informations, jusqu’au jour où tel dossier a suffisamment de poids  pour mériter l’exploration. Rien ne vaut ce bon empirisme qui met en pratique la méthode comparative, quitte à la compléter d’un constat statistique si un nombre suffisant de cas s’y prête.

 

C’est en tout cas ainsi, en homme de terrain pensant et vivant son sujet, que je travaille, avec mes divers dossiers plus ou moins entretenus, explorés pour mon compte personnel, sans avoir eu le temps de les achever, de les boucler pour mériter une présentation publique.

 

Je prends ici le risque de sortir l’un de ses dossiers, en ayant conscience qu’il faudrait tout reprendre pour embrasser plus pleinement le sujet, m’étant contenté d’aller droit à l’essentiel. Le thème de l’enquête est l’orphelin à propos de Saturne : comme la symbolique familiale de celui-ci fait l’objet d’une controverse, un éclaircissement à son sujet peut donc être attendu des résultats obtenus.

 

LA POPULATION TESTEE

 

Pour mon contrôle – des cas anonymes isolés ne pouvant compter (que pour moi seulement), hormis la globalité d’un groupe donné comme les enfants d’un foyer de l’Assistance publique – j’ai rassemblé de mon mieux tous les personnages ayant une célébrité quelconque qui, à ma connaissance, ont vécu l’épreuve de la disparition prématurée d’un parent, père ou mère. Et pour la vérification, je livre en appendice la liste de ces notabilités en précisant, pour la majorité d’entre eux, l’âge auquel est survenu le deuil de la mère (M) ou du père (P). Mon recensement porte sur la fourchette d’un décès survenu de la naissance à la limite d’âge de 14 ans, arrivée de Saturne à l’opposition de lui-même caractérisant avec la puberté le détachement parental naturel de l’adolescent, le choc de l’événement étant censé être moins sensible à partir de cet âge, et à plus forte raison au-delà.

 

Je n’ai pu rassembler que 264 cas de naissance et seulement 182 avec la donnée horaire. Si l’on excepte les cas flagrants, comme celui d’une Catherine de Médicis orpheline de père et de mère dans les journées mêmes qui ont suivi sa naissance, le sujet n’est pas une matière systématiquement traitée par l’information biographique.

 

Pour les naissances royales, je me suis référé à divers ouvrages biographiques, et aux  Cahiers de l’Histoire consacrés à l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la France, le Portugal, la Russie et la Suède. Pour les écrivains, outres les biographies, j’ai recueilli tous ceux que signalent le Dictionnaire des Auteurs (Bouquins, Robert Laffont) et le Dictionnaire des littératures de langue française (Bordas). Pour toutes les autres catégories : savants, philosophes, musiciens, peintres, acteurs, politiques … j’ai consulté, outre des ouvrages biographiques, Historia, Histoire pour tous, Miroir de l’histoire, Aux carrefours de l’histoire, Atlas et histoire, Lecture pour tous …

 

Si je me suis interdit toute éviction, j’ai du moins estimé devoir éliminer quelques rares cas qui nous placent en présence d’une incertitude de calendrier : J.S. Bach, Pierre le Grand, Pierre III de Russie, et même Staline.

 

CE QUE DIT LA TRADITION

 

Bien qu’un point d’interrogation plane au sujet de la fonction familiale de Saturne – nous traiterons cela plus loin – il est du moins un message traditionnel précis qui se répète autour de la configuration saturnienne : « Avec Saturne en Xe maison (…), mort de la mère par quelque chute ou ruine. » (Haly). « La Lune ouVénus en conjonction avec Saturne (…) en Xe ou en IVe Maison : la mère mourra bientôt. » (Schoner). « Saturne en Maison IV … mort prématurée des parents. » (Boulainviller).

 

Qu’on veuille bien me permettre de rappeler le texte de la page 180 de mon Traité pratique se rapportant à Saturne en IV :

 

« Fait craindre des épreuves familiales, un manque de contact avec les parents, une solitude ou une frustration dans le milieu natal, un détachement de la famille ou des maux touchant celle-ci (…). Louis XV orphelin de père et de mère à un et deux ans, et enterrant au long de son existence presque toute sa nombreuse famille. Louis XVI et Louis XVIII, eux aussi orphelins de père et de mère dans leur enfance (chez le troisième frère, Charles X, Saturne apparaît aussi, mais par son opposition en X à la planète en IV).

 

Ainsi faisons-nous retour à la base. Il est un lieu de la domification qui est spécifiquement affecté au complexe famille-foyer-domicile : le Fond du ciel avec le secteur IV ; puis, par vertu axiale, le Milieu du ciel et le secteur X. La présence d’un astre dans ces lieux souligne le rôle de la vie familiale, du rapport aux parents. Celle de Saturne – « faucheur céleste », maître du temps unissant la faux au sablier – se vit généralement comme un appesantissement, une épreuve, et c’est plus particulièrement lorsque les parents font défaut – physiquement ou moralement – qu’il y est présent. Ne serait-il donc pas fondamentalement a-familial ?

 

UNE CORRELATION CONFIRMEE

 

Car la relation est visible à l’œil nu. Dans la présente figure, j’ai recueilli les positions du mouvement diurne de la planète en domification Placide, la répartition ayant été égalisée ici en 12 secteurs de 30°. Soit donc la moyenne d’une chance sur douze par maison. Or, c’est une agglomération du double que récoltent la IV et la X

 

  

La surprise est toutefois que la X recueille autant  que la IV : ni mon Traité ni aucun autre, à ma connaissance, n’a fait état d’une telle corrélation. Néanmoins, cet acquis est dans l’ordre de ce que laissait entendre l’enseignement classique, évoqué par nos trois aphorismes. On notera la principale agglomération autour du MC, l’effet de conjonction de la IX s’exerçant aussi, comme de la III au FC.

 

On peut dire que l’astre ainsi placé entretient un rapport avec la perte prématurée des parents, souhaitant qu’une exploration ultérieure menée à une plus grande échelle – sondage d’établissements d’orphelinat – vienne entériner ce résultat.

 

On notera que le secteur I vient en troisième position du nombre d’occupation, avec une concentration de l’astre autour de l’Ascendant.

           

 

DES RESULTATS MEDIOCRES

 

De là nous passons à certains aspects de Saturne. Passage obligé, car c’est sous l’angle d’une thématique de problèmes affectifs de type frustration – que ce soit par manque, par trop-plein ou par mauvaise qualité de lien – qu’apparaît le plus clairement au praticien la signification de la conjonction et de la dissonance de l’astre avec les luminaires et Vénus. Lieu ou espace intérieur d’un vécu de manque d’être. On serait en droit d’attendre de tels aspects dans cette population d’enfants du deuil.

 

Ne dissimulons pas notre déception : la récolte est médiocre, à peine un frémissement de résultat étant perceptible.

 

C’est le sort assez courant d’enquêtes reposant sur un critère objectif de situation ou d’événement, la configuration s’en tenant au ressenti du sujet, lequel, avec les saturniennes en question et dans le même climat existentiel, peut aussi bien, par surémotivité, s’abandonner à une hypersensibilité douloureuse, que s’abriter dans l’enfermement de l’insensibilité.

 

 

Retenons notre clavier interprétatif. La conjonction ou la dissonance Soleil-Saturne a signification, au premier degré, d’une problématique de la relation initiale au père – sinon de son substitut qui peut éventuellement être la mère – ou du rapport aux valeurs formatrices dont il est la représentation préférentielle. La même donnée Lune-Saturne s’adresse semblablement au lien enfant-mère – ou au substitut maternel qui peut être occasionnellement le père – également problématisé dans sa fonction propre d’ordre de sécurité affective. Quant au même type d’aspect Vénus-Saturne, il rend sensible à toute situation de frustration affective, sauf blocage autoprotecteur dans la froideur. Ces dissonances ont valeur foncière de mutilation du cœur, d’hémorragie d’amour.

 

Rien ne saute aux yeux dans la figure de la répartition des distances Soleil-Saturne. Le léger afflux de positions dans l’orbe de la conjonction est déprécié par des concentrations semblables entre 30 et 40° et entre 280 et 290°. La répartition Lune-Saturne, comme la Vénus-Saturne, sont également nulles. S’il fallait néanmoins retenir du tout quelque chose, ce serait un petit maximum des trois positions à la conjonction.

 

LA NON SIGNIFICATIVITE DE SATURNE RETROGRADE

 

La prospection de la répartition Soleil-Saturne offre l’occasion de vérifier un point d’interprétation de l’école humaniste.

 

Dans sa communication : « Le couple Saturne-Lune en astrologie humaniste », au congrès de l’ARRC du 24 mars 1996, Alex Ruperti avait déclaré, en rupture avec la symbolique solaire traditionnelle, que « psychologiquement pour l’être humain à la fin du XXe siècle, Saturne symbolise le père …» (…) ; il « représente l’homme particulier qui est le père d’un enfant particulier (…) Un père insatisfaisant, absent, trop tôt décédé ou bien pesant ou accablant, n’est pas indiqué par le Soleil dans le thème, mais le plus souvent par Saturne rétrograde. » Or, ce père, notamment « trop tôt décédé », indiqué « le plus souvent » par Saturne rétrograde, voilà bien là une déclaration qui engage une vérification quantitative, la présente convenant parfaitement bien, même si des mères se joignent aux pères dans le lot.

 

Pour le contrôle, on se réfère à la révolution synodique soli-saturnienne de 1 an 13 jours qui répartit une marche en sens direct de 240 jours de la planète de part et d’autre du Soleil, puis en zone de rétrogradation de 138 jours autour de son opposition. Cette distribution ramenée au cercle de 360°, nous obtenons ici 78 positions en rétrogradation contre 186 autres en mouvement direct : une proportion qui s’aligne sur l’ordinaire du cycle soli-saturnien. Soit un résultat nul. On pouvait s’y attendre …

 

Mais il faut s’interroger sur la raison d’une telle erreur d’attribution émise par Rudhyar. N’est-ce pas la personnalisation même du père par Saturne qui se trouve carrément rejetée ? La tradition ptoléméenne est insuffisamment explicite sur ce point. Elle pose le Soleil comme significateur du père et lui adjoint Saturne en seconde instance, mais comment concilier un tel rôle avec le phénomène de génération qu’incarne celui-ci à travers son cycle trentenaire ?

 

Au même congrès de l’ARRC, j’ai rappelé le lien de type direction secondaire entre le cycle lunaire synodique de 29,5 jours – passage féminin d’une fécondabilité à l’autre – et le cycle saturnien de 29,5 ans – passage générique d’une génération à l’autre. Celui-ci scande, à partir de la naissance (conjonction), la sexualisation de la puberté (opposition) aboutissant à l’engendrement (conjonction) : le né, à son tour, enfante, le cycle étant bouclé sur une répétition de la vie. Et dans le cadre de ce processus générique, Saturne « déparentise » à son opposition : âge ingrat de l’adolescent(e) pubère qui se détache de sa famille pour aller vers « l’autre » ; distance et autonomie nécessaires pour accéder à l’état de l’adulte qui enfante à son tour. Puis Saturne « parentise » au retour trentenaire, la fille devenant mère, le fils père. Il « re-déparentise » au cycle-et-demi, avec, cette fois, l’éloignement de son propre enfant, à son tour en émancipation pubertaire. Après l’exil de Saturne en Cancer – « Tu quitteras ton père et ta mère » -, son exil en Lion.

 

La relation de Saturne avec le familial est donc ambiguë, mais ne doit pas nous tromper. Si cet astre avait réellement représenté le père, il se serait plu dans les deux secteurs familiaux de IV et de X, comme les luminaires, alors que les parents meurent en sa présence. Si ce n’est pas là un signe … La gravure ancienne, à l’entrée de ce texte, illustre le dieu Saturne dévorant un de ses enfants : un drôle de père …Autre est donc sa fonction essentielle qui nous rappelle que ses deux domiciles zodiacaux sont  o p p  o s é s  à ceux des luminaires, comme un contrepoids à leur influence. Le processus dialectique de notre saturnité, c’est le dégagement de l’enfant de ses parents à mesure qu’il grandit, jusqu’à se délivrer d’eux pour s’appartenir en un se vouloir seul, condition à partir de laquelle il est un individu particulier qui peut assumer sa propre descendance en une nouvelle parenté. Ce n’est toutefois que dans la dissonance que la tendance saturnienne s’exprime en vide familial, en manque ou en problématique parentale.

 

 

Avant de poursuivre, précisons que Saturne ne fonctionne pas en cavalier seul dans ce monde des orphelins. Il convient de rappeler que, dialectiquement au pôle de vie qu’est le couple des luminaires, Saturne a comme auxiliaire Pluton au pôle des valeurs de mort, le premier dans le cadre du septénaire traditionnel et le second dans le registre des octaves supérieures.

 

MC -  FC :  PATERNEL- MATERNEL

 

Ce travail sur les orphelins offre l’occasion idéale de débattre d’un problème demeuré en suspens : la polarité masculin-féminin de l’axe familial MC-FC.

 

Aux sources traditionnelles, le FC a au départ valeur de fondement (le point zodiacal au plus bas sous nos pieds), comme seraient nos racines. De là l’attribution globale à la IV des parents et du nid familial, contenu et contenant compris. Ce n’est qu’ensuite qu’une dualité est apparue. Dans la filiation Manilius-Ptolémée-Firmicus, à la IV est destiné le père, outre le Soleil de jour et Saturne de nuit ; la X revenant à la mère, outre la Lune de nuit et Vénus de jour. Tandis que la tradition hindoue attribue, au contraire, la IV à la mère et la X au père.

Il va se révéler que c’est cette dernière qui a raison, mais cette version avait déjà la préférence du psychologue.

 

Partant de la fondamentale et capitale dialectique soli-lunaire qui consacre l’astre diurne au père et l’astre nocturne à la mère, la lignée de maîtrise installe la Lune dans son fief du Cancer, IVe signe en parallèle avec le IVe secteur, monde intimiste du chez-soi, du privé, tout à l’opposé du secteur X, aligné sur le saturnien Capricorne, sphère de la société et des institutions.

 

Dans Les Racines de la conscience, Jung assimile l’amour maternel aux « souvenirs les plus touchants et les plus inoubliables de l’enfance, et qui signifie la secrète racine de tout devenir et de toute transformation, le retour au foyer et le recueillement, le fond primordial silencieux de tout commencement et de toute fin. » En prolongement de Mircea Eliade qui, dans son Histoire des croyances et des idées religieuses (II p. 38), rappelle que dans le taoïsme, le soleil de midi est le sommet du yang et la lune de minuit le sommet du yin. Il est encore plus explicite dans Les Problèmes de l’âme moderne où il fait correspondre l’archétype maternel à l’obscur Yin chinois : « La mère qui réchauffe, qui protège, qui dispense la nourriture, c’est aussi le foyer, la grotte protectrice ou la hutte et les plantations qui l’entourent. La mère c’est aussi le champ qui donne ses fruits (…). La mère c’est la vache qui donne du lait, c’est le troupeau. » La valeur familiale du nid et de tout ce qui s’y rattache : chaleur, protection, nourriture, c’est elle. N’est-on pas en pleine condensation Lune-Cancer-FC , symbole du principe matriciel ? Du même coup, Jung relie le type paternel au clair Yang et à la lignée esprit-devoir-loi-société des hommes-Etat. N’est-ce pas aussi un pur alignement sur la symbolique d’un Soleil-Capricorne-MC ? (c’est ici, d’ailleurs, que pointe derrière le Soleil une note saturnisante). La masculinité est aussi ce qui privilégie la loi et la morale, tandis que la féminité est ce qui privilégie la vie et l’amour. Si la mère est la formatrice-éducatrice des instincts et de la sensibilité, faisant évoluer l’être dans sa vie intérieure, par l’introjection du père s’effectue l’assimilation des normes morales et culturelles de la société, l’Etat « monstre froid » étant comme un prolongement du surmoi paternel, immanence du social en l’individu. La Lune est à la nature ce que le Soleil est à la culture.

 

L’observation confirme-t-elle cette dialectique ? L’idée qui vient aussitôt à l’esprit est de comparer les décès maternels et paternels en fonction de la distribution de Saturne de part et d’autre du FC et du MC. Or, nous obtenons un début de résultats qui accrédite notre version. En effet, dans l’ensemble, on constate entre deux à trois fois plus de décès du père lorsque Saturne est en X, et de la mère avec Saturne en IV. Au surplus, il y a deux fois plus de décès de la mère avec les conjonctions et dissonances de la Lune avec Saturne, ainsi que du père avec les mêmes aspects Soleil-Saturne ! Ce double résultat est tout à fait significatif, compte-tenu que le critère masculin-féminin est relatif (on le sait biologiquement), la tristesse d’un décès paternel pouvant aussi venir d’une dissonance luni-saturnienne ou d’un Saturne en IV, et l’inverse avec la détresse d’une mère prématurément disparue. Mais on voit ici, en plein jour, la dialectique du couple parental Soleil-Lune face à la puissance anti-familiale saturnienne.

 

Avant de pousser plus loin notre investigation, présentons deux cas exemplaires d’orphelins.

 

L’ORPHELIN PUR : JEAN GENET

 

Jean Genet naît à 19 h 45 le 19 décembre 1910 à la clinique Tarnier, 89 rue d’Assas à Paris Vie. De père non déclaré – absence équivaut à disparition –sur le registre de l’état civil. La légende de la malédiction s’en mêle : sa mère célibataire, Camille Genet, l’aurait déposé sur un paillasson de la rue d’Assas. En tout cas, le 28 juillet 1911, elle livre son fils à l’hospice des Enfants assistés, rue Denfert-Rochereau, ainsi placé sous la tutelle de l’Assistance publique. Sa mère l’abandonne donc à 7 mois et 9 jours et il ne la reverra plus.

 

La suite : l’Assistance publique de Saulieu, Morvan. On le place en nourrice non loin à Alligny, chez un menuisier où il est bien élevé, le môme n’étant pas malheureux. Les hommes étant à la guerre, son enfance est entourée de femmes. Il ne saura pas que sa mère meurt de la grippe espagnole le 24 février 1919. Ce garçon travaille bien en classe, dévore les livres, joue avec les filles ; c’est un chapardeur par jeu, donnant ce qu’il chipe. Le 4 avril 1922 meurt sa mère nourricière qui l’aimait comme son fils (son Jupiter en IV). Certes, sa fille le prend en charge, mais ce n’est plus la même chose, outre que deux mois plus tard elle met au monde son premier enfant. Il n’en est pas moins encore protégé. La brisure arrive : bien qu’il soit reçu premier de sa commune au certificat d’études primaires du 30 juin 1923, il se voit fermer la porte des études secondaires parce qu’il est orphelin, sa destination devant être celle de valet de ferme. « Domestique », non, il s’y refuse !

 

Saturne venant justement de franchir le FC et passant à l’opposition de lui-même en X, le 17 octobre 1924, Jean quitte le village de son enfance. Il entre alors dans les années de peur et de douleur. Il arrive malade à l’internat d’un centre d’apprentissage de l’AP pour devenir typographe ; admis à l’infirmerie, il s’évade quinze jours plus tard. C’est la première fugue de sa vie, suivie de la maison de correction à Mettray dont aussi il s’évade. L’adolescent erre de fugue en fugue et de condamnation en condamnation (13 de 1937 à 1943 !) pour des vols de rien du tout, chemise, livre … Il est emprisonné, relâché, ré-emprisonné ; il s’engage, déserte … Bref, c’est la révolte pure, la marginalité dans le goût du maudit. D’un pays à l’autre, de port en port, le vagabond mendie, vole, se prostitue aux marins, aux touristes …

Devenu écrivain, Genet ouvre son espace littéraire au monde des éprouvés : voleurs, délinquants, travestis, prostituées, traîtres, assassins, campant dans les hôtels près des gares où débarquent les vagabonds sans adresse qui ne savent pas où aller ; lieux du même ordre que celui où il meurt à Paris le 15 avril 1986. N’ayant connu ni sa mère ni son père et ayant refusé de savoir quoi que ce soit le concernant, comme de se constituer une parenté, c’est, dans une solitude inguérissable, le refus de s’intégrer qui a constitué sa règle de vie, en une révolte absolue.

 

Avec lui, non seulement Saturne est à 3° du MC, opposé à Jupiter en IV, mais encore, c’est un complexe Mars-Scorpion qui règne en IV et que relaie Pluton à l’opposition du Soleil, maître d’Ascendant, ainsi que de Vénus. Le monde du noir, du rejet, de l’inversion,, de la pure analité. En revanche, ce voyou à la tête dénudée de bull-dog accomplit son échappée littéraire dans le trigone de Saturne-MC à la conjonction Soleil-Vénus en V, relayée par la Lune du Lion à l’AS.

           

L’ORPHELINE INTEGRALE

 

Pas la moindre barrière à franchir pour passer psychologiquement de la situation du parent disparu par son décès à celle du parent vivant qui fait défaut par son absence, ce qui, avant l’âge d’une autonomie acquise,  n’est qu’une autre façon d’être orphelin : enfant posthume, enfant orphelin  dûment déclaré ou enfant de parent absent, physiquement ou moralement, toutes situations analogues de l’orphelinat.

Tel est par excellence le cas de Violette Leduc. Si son acte d’état civil d’Arras la fait naître le 8 avril 1907 à 5 h 00, dans La Batarde, elle insiste sur le fait qu’elle est du 7, ne contestant pas l’heure : « Je devrais me réjouir d’avoir commencé mes premières 24 heures hors des registres. Au contraire,  elles m’ont intoxiquée. »  Heure arrondie qui autorise de la concevoir née un peu plus tôt, l’AS et le MC devant se rapprocher du carré Saturne-Pluton, Saturne étant au surplus conjoint à Mercure, devenant maître du FC, la dominante du personnage étant manifestement saturno-mercuro-plutonienne : « Je suis navrée d’être au monde… ». Une manière radicale de vivre l’absence.

 

 

Violette ne s’est pas remise d’être née d’une femme de chambre séduite par le fils de son patron qui l’abandonne à sa naissance : « Mon père, qui n’a été pour moi qu’un jet de sperme… ». Elle est élevée par cette fille-mère pour laquelle, au surplus, elle est un fardeau. Une mère qui, en outre, l’élève dans la haine des hommes, la mettant en garde contre eux : « tous des cochons » … Le seul réconfort qu’elle reçoit – Jupiter du Cancer en IV – vient de sa grand-mère qu’elle va malheureusement perdre à 9 ans, grandissant ainsi dans la détresse d’un sentiment d’isolement et de solitude.

 

Soleil du Bélier en I avec Mars au MC : le feu des entrailles la sauve par l’exutoire mercurien de l’écriture. Les titres de son oeuvre suffisent à identifier, sur fond plutonien, sa nature saturno-mercurienne de longiligne au corps d’adolescente monté en asperge : L’Asphyxie, Ravages,  La Bâtarde, La Chasse à l’amour, L’Affamée, La Vieille fille et la mort …Ses premiers livres n’ont pas de lecteurs ; avec un narcissisme demeuré embryonnaire, elle se croit nulle : « Je n’existe pas, je ne suis rien. » Son histoire est essentiellement une faim dévorante, une soif inapaisée d’amour, quête obstinée, toujours déçue. Attachement homosexuel d’adolescente à une élève puis à une enseignante de collège ; mariage à trente-deux ans, suivi d’avortement, de tentative de suicide et de séparation. Elle se damne ensuite pour des « amants blancs », homosexuels : Maurice Sachs, Jean Genet. C’est qu’elle a le vertige des amours impossibles, s’acharnant en vain à vouloir aimer des êtres qui ne l’aiment pas ou sont incapables de l’aimer ; jusqu’au désespoir, comme pour retrouver la note première de sa naissance d’enfant non désirée (Pluton au FC). Mais cette paria magnifie ses larmes dans son écriture, où sa solitude, sa misère et sa souffrance sont exprimées dans un flamboiement baroque : « Conteuse à l’état sauvage …, sa sensibilité et son imagination portent à un haut degré d’incandescence ses souvenirs et les transforment en œuvre d’art. » (Guy le Clech). Au fond du désespoir venu de cette blessure première de la naissance jaillissait enfin sa passion de vivre du Soleil-Bélier en I. A propos, sa Vénus des Poissons en XII « baigne » en compagnie de Saturne, outre une Lune du Verseau en dissonant du carré Saturne-Pluton. C’est à Faucon, Alpes de Haute-Provence, que meurt Violette le 18 mai 1972.


 

 

CONSTELLATIONS DE L’ORPHELIN

 

Aux variantes de l’abandon parental – enfant posthume, orphelin, parent disparu, défaillant, psychologiquement absent ou négatif – répond une diversité de configurations d’ « orphelinat », chaque fois différente, en lesquelles, généralement, se condensent divers indices, présence, maîtrise et aspect convergeant vers une commune signification. Présentons-en un petit assortiment en commençant par quelques orphelins de père et de mère.

 

Edouard VI d’Angleterre : Scorpion-FC avec Lune conjonction à Pluton sous l’opposition de Mars-Uranus.

Charles VI de France : opposition Jupiter-FC/Uranus-MC, au double carré de Pluton, avec conjonction Soleil-Saturne maître du FC.

Catherine de Médicis : Saturne au MC, opposition à Mars du Cancer en IV.

Charles XII de Suède : Saturne au FC en dissonance d’un carré Lune-Mars.

Louis XV : Saturne en IV, en dissonance de Soleil, Vénus, Uranus et Pluton.

Louis XVI : Pluton et Saturne en IV, en dissonance de l’AS et de Vénus.

Madame Royale : opposition Uranus-FC/Soleil-MC, avec Saturne-Scorpion en VIII, dispositeur de Mercure et Lune maîtres de IV.

Louis XVII : conjonction Mars-Saturne-Pluton en IV.

Louis XVIII : Saturne en IV opposition à Mars du Cancer en X.

Charles X : opposition Saturne-X/Neptune-IV en double carré de Vénus.

Herbert Hoover (père et mère) : Saturne en X opposition à Lune-Soleil-Mars-Uranus en IV.

Juliette Drouet  (père et mère) : Soleil maître du FC et de IV opposition à Saturne en Balance que prolonge une conjonction Vénus-Pluton.

Ingrid Bergman (père et mère) : Scorpion-FC-IV avec conjonction Mars-Saturne-Pluton en Cancer.

Marilyn Monroe (père et mère, passée par onze familles successives) : Saturne du Scorpion en IV, carré à Lune et à Neptune, maître de VIII en I, et renvoyant à Pluton-Cancer en XII ainsi qu’à Mars en VIII.

Christine de Suède : Saturne maître de IV à l’AS et au carré de Soleil-Lune au FC.

Kepler : Soleil maître de IV en VIII.

Robespierre : Saturne à l’AS au carré de Mercure maître du FC et de IV.

Lamennais : Pluton-Verseau au FC, avec Uranus conjoint au Soleil en VIII et opposé à Saturne.

Edgar Poe (toute sa vie hanté par la disparition de sa mère – Astrologue n°85) : Cancer en VIII avec Lune en IV conjointe à Pluton maître d’AS, Saturne en I étant aussi conjoint à Neptune maître de IV. A jamais prisonnier de son premier chagrin, fantôme du passé.

Nerval (« l’inconsolé », hanté par le tombeau de sa mère en Silésie) : Saturne du Scorpion en XII opposition à Mars maître de IV, ainsi qu’à Vénus et Mercure.

Baudelaire (orphelin d’un père âgé) : conjonction Soleil-Saturne en VIII au carré de Lune en Cancer, Vénus, maîtresse du MC, étant aussi en conjonction de Mars et Pluton maîtres du FC en pointe de VIII.

Nietzsche (« Dieu est mort ») : opposition de 4 planètes de IV à X, outre une opposition Soleil-Pluton affectant un carré Lune-Vénus.

Edvard Munch (se souvenant de la mort de sa mère phtisique à ses cinq ans) : Lune-Capricorne carré Saturne-Balance avec Vénus en compagnie de Mars en Scorpion (sans heure natale). Unissant obsessionnellement le baiser et la mort : « La maladie, la folie, la mort sont les anges noirs qui ont veillé sur mon berceau et m’ont accompagné toute ma vie. »

Marguerite Audoux : Saturne en IV opposition à Lune maîtresse de Soleil-AS. Mère morte à 3 ans, puis abandonnée par son père à 4 ans ; reprise par une tante qui la lâche à l’AP la même année. Enfance triste et terne dans un orphelinat. Le thème de Marie Claire, Fémina 1910 (conjonction Lune-Neptune au MC).

Sartre : Mars-Scorpion maître du FC, sesquicarré à Pluton conjoint au Soleil, outre une conjonction Lune-Saturne. Le travail de deuil de ce Gémeaux le conduit à se trouver des parents de substitution, une famille d’élection dans la généalogie d’écrivains où il se fait une place.

Maurice Merleau-Ponty : conjonction Soleil-Saturne en IV.

James Dean : Pluton-Cancer en VIII avec conjonction AS-Lune-Scorpion. Avait vécu dans les jupes de sa mère morte à ses 8 ans et devenue comme un appel de la mort.           Il est rare de ne pas rencontrer un ensemble configurationnel significatif. Il n’en est pas moins vrai que le cas exceptionnel existe. Témoin la reine Victoria : « J’ai eu une enfance très malheureuse … Je n’avais ni frère ni sœur près de moi. Je n’ai jamais eu de père … ». Il était mort dans sa première année. Or, son cas apparaît incompréhensible. Mais, prétendons-nous tout savoir ? Suspecte serait même une pareille croyance.

           

L’ENFANCE  BLESSEE

             

Elargissons maintenant le monde de la tragédie familiale en présentant un échantillon de personnages qui n’ont pas connu de décès parental, mais qui n’en appartiennent pas moins à la même famille des traumatisés de l’enfance, qu’elle qu’en ait été la variété des raisons. C’est le même climat de configurations que nous allons rencontrer.

 

Frédéric II de Prusse : conjonction Soleil-Mars en X opposée à une conjonction Lune-Saturne en IV. Sur le fond d’un désaccord père-mère et d’une quasi-séparation du couple parental, la triste enfance de ce prince est l’histoire de la tyrannie d’un père sauvage qui le brutalise au fouet et à la prison. Frédéric déteste ce père qui le maltraite, dont l’affreux dressage contribue à lui donner une force d’acier trempé, mais brise son âme, la vie affective du brillant autocrate prussien finissant par devenir désertique. Une mutilation.

 

Mary Shelley : Pluton au MC en opposition à une conjonction Soleil-Mars-Uranus en IV, avec Saturne du Cancer au lever. Sa mère Mary Wollstonecraft meurt en la mettant au monde, et en plus, son père lui voue une rancune tenace en la responsabilisant de son veuvage, outre qu’il se remarie. Solitaire, renfermée, l’adolescente passe de longues heures couchée sur la tombe de sa mère, en proie à des idées morbides, nourrissant ses rêveries de fantasmes macabres. Avec un tel Soleil, ne nous étonnons pas que cette reine de l’épouvante ait accouché d’un monstre masculin ,Frankenstein ! Outre que son époux, Shelley, va se noyer et qu’elle va accoucher d’un enfant mort-né.

 

Balzac : avec Saturne en Cancer, la Lune en IV est carré à Uranus, et Pluton, maître du FC, carré au Soleil maître de l’AS. Mis en nourrice à sa naissance jusqu’à 4 ans, en demi-pension de 4 à 6 ans, puis éloigné de sa famille jusqu’à 14 ans ; il se plaint que sa mère ne l’aime pas, selon son souhait. Pas trop étonnant que Madame Hanska soit devenue dans sa vie l’amour (Lune-Sagittaire) d’une princesse lointaine.

 

Duc de Morny : conjonction Lune-Saturne en I. Rejeton adultérin d’une reine infidèle (Hortense, mère du futur Napoléon III) et d’un fils de prélat (Charles de Flahaut, dont le père est Talleyrand), apparemment non entamé grâce à la joie de vivre d’une conjonction Soleil-Vénus en Balance en X.

 

Louise Michel : opposition de Saturne-Lion au MC à Uranus au FC, avec Lune-Vierge en X opposée à Mars-Poissons en IV et carré à Soleil-Gémeaux. Fille d’un châtelain et d’une servante, souffrant de la condition maternelle de fille-mère et de sa bâtardise comme un profond sentiment d’infériorité. A contribué à déterminer sa vie révolutionnaire, comme le rachat d’une faute au service d’une grande cause humanitaire.

 

Maxime Weygand : Saturne du Scorpion au MC, maître d’AS-Soleil-Mercure, avec Mars et Uranus en Cancer. Né de père et mère inconnus. « Je ne sais rien de ma naissance. » Une énigme et même un secret. L’état civil déclare : « fils de père et mère dont les noms sont ignorés du déclarant ». Ce général aigre, sec, dur, ne sortira pas de ce tourment, même s’il s’est senti habité par une grandeur, avec sa conjonction Soleil-Jupiter en I. On tient pour probable, sinon pour assuré, qu’il fut le fils de Léopold II de Belgique.

 

Paul Léautaud : Uranus du Cancer au MC et maître du FC, carré AS et Lune, et opposition au Soleil-Capricorne, en compagnie de Saturne. Sa mère l’abandonne trois jours après sa naissance, et son père comédien l’élève à la dure. « Je dois beaucoup à mes parents : une mère un peu catin qui m’a laissé tranquille dès ma naissance. Un père qui était un brillant cascadeur, plein de succès de femmes et qui ne s’occupait pas de moi… Enfin des gens qui m’ont laissé. »

 

Franz Kafka : conjonction Mars-Saturne-Pluton en X, semi-carré à conjonction Soleil-Jupiter en XII. Le drame de l’enfant bloqué devant un père magnifique, instance paternelle instituée en surmoi écrasant.

 

Hector Malot : c’est seulement, apparemment, un Saturne du Lion en V qui nous vaut son Sans famille qui fit tant pleurer les chaumières.

 

Jules Renard : opposition Soleil-Lune, maîtresse du FC, en dissonance d’un carré de Saturne à Mars du Capricorne au MC. Cadet de trois enfants coincé entre deux êtres, se disant frustré, solitaire, malheureux « comme les pierres ». Son père se suicidera, comme sa mère ; il s’emploiera plus tard à se convaincre que sa mère s’était noyée dans un puits par inattention. « Pas une caresse » mais « beaucoup fouetté »… « J’ai six ans et le derrière tout pelé » : « c’est pour ton bien, ça t’apprendra » (sa mère) : « Je n’ai pas eu d’enfance, je n’ai pas eu de famille » : Poil de carotte.

 

Jean Rictus : Saturne du Scorpion maître du FC en I, avec Mars à l’AS, sa Lune du Cancer étant aussi carré à Soleil-Mercure-Vénus. Enfant martyr de parents séparés, devenu le poète de la misère et des gueux : Cantilène du malheur, Les Soliloques du pauvre …

 

Charles Dickens : Soleil-Verseau-FC au carré d’Uranus-Scorpion en I et semi-carré de Saturne-Capricorne, outre le carré d’une conjonction Lune-Neptune à une conjonction Vénus-Pluton. Le romancier de l’enfance malheureuse. David Coperfield, autobiographie de son enfance affamée et misérable, qu’il exploite glorieusement.

 

Eugène Sue : Neptune-Scorpion-FC au carré à Mercure-Verseau, avec conjonction Vénus-Pluton-Poissons au DS . Le fantasme de l’orphelinat : Martin l’enfant trouvé, Les Misères des enfants trouvés, Le Juif errant …

 

James Joyce : conjonction Saturne-Neptune au FC. « Je ne veux pas servir à quoi je ne crois plus, que cela s’appelle mon foyer, ma patrie ou mon église. » Déracinement qui le pousse à l’exil (Soleil-Verseau en I) vécu comme une grande évasion.

 

Pearl Buck : Soleil, Lune, Mercure et Vénus en Cancer en IV. Une grande puissance maternelle qui sillonne et soulève son œuvre : La Mère, Pavillon de femmes …Elle-même adoptant des enfants blancs et noirs et créant une fondation au secours des métis de la guerre de Corée.

 

Heinrich Pestalozzi : Saturne en IV trigone à Soleil-Capricorne en VII, avec AS-Cancer et Lune au FC. Fondateur d’une institution pour orphelins et enfants abandonnés.

 

Hortense Schneider :  Cancer au FC et conjonction Lune-Saturne en Vierge et en VI. La festoyeuse interprète d’Offenbach, reine du plaisir du Second Empire, finissant ses jours en se consacrant à l’orphelinat des arts.

 

Maria Montessori : Lune du Scorpion au FC relayée par Pluton en X, avec une conjonction Mars-Uranus du Cancer en XII. Reléguée vers l’éducation d’enfants retardés et anormaux d’un asile psychiatrique, libérant de leur Bastille intérieure ces êtres enfermés en eux-mêmes, cette créatrice de jardins d’enfants est une accoucheuse de l’âme enfantine.

 

Eugène Carrière : Vénus des Poissons au FC, près de Saturne en IV. Ce peintre, dont je ne connais pas l’enfance, est le portraitiste en pénombre, en formes doucement estompées, de maternités aux attendrissantes étreintes de l’enveloppement maternel, dans un climat d’émotion entre espoir et inquiétude.

 

Maria Blanchard : Saturne en IV conjoint à Vénus en V, avec conjonction Lune-Pluton au DS. Endolorie de l’enfance, petite, bossue, condamnée à une douloureuse stérilité, elle devient un peintre qui ne cesse de se pencher, avec une sollicitude maternelle, sur des visages d’enfants interrogateurs et anxieux, ses toiles diffusant un climat mélancolique. La pure sublimation.

 

Albert Einstein : Saturne en X conjoint à Mercure maître du FC. Tenu, pour ne pas rester un attardé, de se sauver de son enfance. « Mes parents se firent du souci parce que j’ai commencé à parler relativement tard. » Un de ses profs dit à son père : « Peu importe, il ne réussira jamais rien. »

 

Hervé Bazin : Mars-Verseau en X avec Uranus au carré du Soleil maître du  FC : Vipère au poing …

 

Guy Bedos : Mars-Gémeaux en IV avec Mercure conjonction à Pluton en Cancer, la Lune sortant de sa conjonction. Les scénarios cocasses d’un couple infernal mère-fils.

 

Charlie Chaplin : Saturne du Lion au MC, carré Lune et Vénus, avec Uranus maître du FC à l’AS. Parents artistes de music-hall ; père décédé d’alcoolisme et mère internée dans un asile. A dix ans seul au monde. C’est de leur disparition même qu’il bâtit sa vie en reprenant l’héritage parental. Le premier rôle de composition qui le rend célèbre est celui d’un ivrogne au music-hall. Son personnage de Charlot, c’est le type même du marginal, vagabond, solitaire, démuni, malchanceux s’accommodant de sa misère par l’humour (Le Kid).

 

André Gide : Uranus du Cancer au MC et sa formule : « Familles, je vous hais ! ».

 

 

LA  REALITE  PSYCHIQUE

 

Ce monde de l’orphelinat est le terrain idéal d’un retour au problème fondamental de la phénoménologie astrologique : à quel ordre de réalité s’adresse le fait astrologique ? Est-il vraiment identifiable au donné du réel objectif ? N’adhère-t-il pas plutôt à quelque arrière-plan du sujet ?

 

Au cours de son expérience psychanalytique, Freud a d’abord et pendant longtemps perçu la cause de troubles névrotiques dans les traumatismes vécus au cours de la petite enfance. Puis, sur la fin de sa vie, il découvre le rôle pathogène de l’imaginaire : de simples, de purs fantasmes, nullement fondés au regard de la situation familiale, ont le même effet traumatisant que si leur scénario avait été vraiment passé à l’acte. Tout autant que la rigueur du surmoi ne correspond pas nécessairement à la dureté de l’éducation reçue. Ainsi lui vient-il l’idée d’une « réalité psychique », l’imaginaire ayant la même action pathogène que le réel : « … il ne nous a pas encore été donné de constater une différence quant aux effets, selon que les événements de la vie infantile sont un produit du fantasme ou de la réalité ». C’est ainsi que les affects apparemment les moins motivés, tel le sentiment de culpabilité de la névrose obsessionnelle, sont pleinement justifiés en tant qu’ils reposent sur des réalités psychiques, le désir inconscient avec son fantasme accompagnateur manifestant cette réalité psychique, plus particulièrement dominante dans la vie subjective, de la psychose ou la névrose à  l’accomplissement supérieur de l’âme dans la spiritualité. Champ de la psychologie ayant son ordre propre de manifestation, le psychisme humain acquiert ainsi pleine valeur de réalité intérieure, subjective.

 

Jung lui-même a insisté en ce sens dans Wirklichkeit der Seele (Réalité de l’âme), 1934. L’âme (au sens psychologique) existe puisqu’elle produit des effets et cette efficacité du psychisme institue en quelque sorte une « objectivité » du subjectif. La science moderne s’est construite par dépouillement et dépersonnalisation, en expurgeant les projections de la subjectivité du regard porté sur l’objet extérieur, afin d’atteindre celui-ci en lui-même, à l’état de pure réalité intrinsèque. Mais l’homme d’aujourd’hui en est arrivé à l’excès d’un rejet de l’élément subjectif, comme si celui-ci était pernicieux ou n’avait pas d’existence propre. Alors qu’il est notre monde intérieur doté d’une réalité équivalente à celle du monde extérieur, celui-ci assurément plus facile à capter et plus évident puisque hors de nous, à distance de notre regard. Mais les phénomènes de ce psychisme humain n’en ressortent pas moins d’une véritable « objectivité intérieure ».

 

Ce retour, déjà lointain, à Freud et à Jung nous fait revenir à une version astropsychanalytique qui privilégie la relation cosmos-psyché. Option que, depuis ma De la Psychanalyse à l’Astrologie, relance Daniel Verney lorsqu’il déclare dans L’Astrologie et la science future du psychisme (Le Rocher, 1987) : «La relation entre monde astronomique et monde humain a pour pivot la structure psychique. » On en vient ainsi à concevoir que le réel astrologique est psychique, qu’il faut en dernier ressort se référer à celui-ci dans la relation établie entre la configuration et le vécu humain, événementiel ou autre, le phénomène astrologique fonctionnant selon les processus du psychisme profond, notamment en empruntant le langage analogique instituant un jeu d’équivalences affectives entre semblables d’espèces différentes.

 

On s’en rend compte tout à fait ici avec Saturne en IV ou en X : le deuil parental d’enfance n’en est qu’une version. La durée de vie des parents n’est pas tributaire des astralités de leurs rejetons. En famille, plus ou moins nombreuse, chacun d’eux a sa propre configuration familiale qui lui fait vivre la même réalité du foyer parental de la façon qui est la sienne. Ainsi, avec cette donnée saturnienne, il faut retenir le décès précoce d’un parent seulement comme la note-clé d’une gamme de situations familiales ressenties affectivement analogues par la sensibilité de l’être.

 

Voyons comment Saturne en IV est vécu en commun chez divers personnages :

 

Luther se plaint de la sévérité extrême de son éducation : « Mes parents me traitaient durement ; à propos d’une noix, ma mère me battit un jour si fort que le sang en coula. »

 

Broussais souffre d’être envoyé au collège à douze ans.

 

James Joyce est mis en pension chez les jésuites à six ans dont il sort cinq ans plus tard pour cause de maladie.

 

Chopin ressent le mal de ses racines loin de sa Pologne natale, en parisien déraciné, son cœur restant auprès des siens à Varsovie.

 

Manuel de Falla est un enfant taciturne et solitaire, qui s’enferme dans une tour d’ivoire et est inspiré par le livret de La Vie brève : la pauvre orpheline andalouse.

 

Comme Chopin bien que non expatrié, Glinka a la nostalgie de sa terre natale qui lui inspire une musique russe puisée aux sources des chants et danses populaires.

 

Simone de Beauvoir, quant à elle, fait sa libération uranienne en passant par un froid éprouvant avec sa famille qui la rejette un temps et se refuse une vie familiale personnelle.

 

J’ignore l’enfance d’Elsa Triolet, mais son Rendez-vous des étrangers (1959) exhale l’exil et le mal du pays qui est une famille nationale.

 

S’il n’est pas au FC, Saturne n’en est pas moins en IV chez Bernanos ; à travers ses livres se multiplie la légende de l’enfance bafouée, humiliée,, et le thème de l’enfance est rattaché à celui de la mort, « la même métamorphose spirituelle joindra les deux termes d’enfance et de mort tout au long de son œuvre, dont elle est peut-être le leitmotiv le plus insistant et le plus révélateur » (A. Béguin).

 

Egalement chez Robert Brasillac avec une conjonction Soleil-Saturne du Bélier en même secteur ; orphelin de père, il est élevé sans tuteur et son œuvre parle d’enfants livrés à eux-mêmes, ce qui peut expliquer sa fascination pour la botte nazie  (de même que la conversion au fascisme de Drieu La Rochelle, avec Saturne au MC, peut être attribuée à l’éducation trop protégée, reçue de son grand-père, qui en fit un être inquiet de sa faiblesse). En poissons et conjoint à la Lune en IV avec un amas en Lion et en IX.

 

Mata Hari, quasi-orpheline, se donne un blason exotique en s’inventant un père prêtre bouddhiste et une mère princesse javanaise.

 

Le Saturne en IV d’Anaïs Nin, avec une Lune au FC sur une opposition Uranus-Neptune, c’est le divorce des parents ; à onze ans, elle commence à écrire un journal intime (conjonction Mercure-Saturne-Verseau) qu’elle destine à son père lointain.

 

Celui de Marguerite Duras en Gémeaux au carré de Mercure-Poissons à  l’AS, c’est la solitude première à laquelle tentent d’échapper les personnages de ses romans, orphelins comme elle, vivant « sans savoir pourquoi », impuissants à communiquer, condamnés au silence.

 

Bien autre encore est le Saturne-FC

 

de Liza Minnelli, fille de Judy Garland et de Vincente Minnelli, qui doit péniblement « se débarrasser d’une timidité due au poids d’un héritage accablant » (R. Boussinot). Etc …

 

Ainsi, infinie est la variété des manifestations de Saturne au FC ou en IV, d’ailleurs chaque fois différent. S’il faut assigner une signification qui puisse convenir à l’ensemble de ces états, nul doute que leur dénominateur commun soit d’ordre psychique : le tout vivant d’un climat affectif tissé par le langage analogique de la psyché.

 

 

 SYMPTOMATOLOGIE SATURNIENNE DE L’ORPHELINAT

 

Faut-il s’étonner qu’une situation d’enfance abandonnée puisse engendrer une psychopathologie saturnienne ?

 

L’abandon entraîne généralement des difficultés pour construire sa vie, un effort accru s’imposant à l’abandonné pour se prendre en mains. Celui-ci fait souvent tout pour retrouver ses parents qu’il n’a jamais connus, comme pour reprendre le fil de sa vie dès le départ et afin de mieux se retrouver. Naturellement, un tel besoin de renouer avec son enfance l’infléchit vers le passé, en un travail de deuil de l’image parentale.

           

Le traumatisme d’une telle situation plonge d’ailleurs l’enfant en pleine pathologie saturnienne. Ce constat nous est livré par les enquêtes et études cliniques réalisées depuis plus d’une cinquantaine d’années sur les enfants abandonnés en institution.

 

Dans les années cinquante, René Spitz découvre  chez ces infortunés le « syndrome d’hospitalisme » et décrit l’impressionnante «dépression anaclynique » de l’enfant de moins d’un an privé subitement de sa mère.

 

L’enfant maigrit, ses contacts se rompent avec le monde extérieur, son développement psychologique s’arrête quand il ne régresse pas ; il reprend des attitudes très archaïques (balancement) et, peu à peu, s’enferme dans une sorte d’autisme.

 

De ces enfants reviennent les mêmes mots : arrêt, retard, absence, repli sur soi. S’il ne pleure pas bruyamment, l’enfant montre sa détresse en paraissant morne et triste, sinon en se balançant  (substitut au bercement). Il se réfugie dans l’indifférence, ne pouvant ni aimer, ni s’attacher, ni même supporter l’être aimé, incapable qu’il est d’établir un lien affectif.

 

En peur et en désespoir, l’enfant redoute l’approche du médecin, pleure ou se raidit, sinon se détourne, refusant l’examen avec méfiance et hostilité, sinon avec indifférence, semblant ignorer la présence du soignant, comme s’il ne désirait pas qu’on s’occupe de lui. Enfermement sur soi avec regard absent ou inexpressif, expression morne, humeur bougonne, jeu solitaire, crainte, aspect vieillot, avec retard général de croissance : marche, langage, propreté, développement d’esprit.

 

Particulièrement significatif est le rapport à la nourriture, anorexie et boulimie – cette racine orale saturnienne – s’observant avec une égale fréquence : tantôt se laissant nourrir sans plaisir, avec indifférence, le regard ailleurs, mangeant lentement, repoussant la cuillère avec la langue ; tantôt cherchant à combler le vide creusé par la séparation en mangeant  n’importe quoi, la nourriture ayant perdu sa valeur affective.

 

« La séparation qui implique la perte de la mère est un traumatisme qui produit un choc comparable à une maladie aiguë ; ses symptômes en témoignent et la détresse avec inertie peut être très proche des syndromes de toxicose aiguë du jeune enfant. » (Jenny Aubry : Enfance abandonnée, Scarabée § Compagnie, 1983). Comparable … Oui dit ce médecin, la carence du lien maternel est une maladie chronique à évolution progressive, qui, même, dans les cas extrêmes, fait sombrer l’enfant dans une psychose nécessitant l’internement. Nous sommes en pleine   é q u i v a l e n c e  d’états saturniens avec passation d’une forme à l’autre de saturnité. 

 

Aucun abandonné ne réagit de la même manière et cette pathologie saturnienne de la perte du lien maternel n’atteint pas tous les enfants soumis à ce même destin. Spitz avait estimé que 13 sur 16 d’entre eux présentaient des troubles plus ou moins graves du comportement. Il en est même qui, comme aguerris par la vie, sortent renforcés de cette épreuve. Mais il en est d’autres qui sombrent autrement sous la poussée d’une violence incontrôlée, primitive, passant en quelque sorte de la victime au bourreau, équivalence d’intériorité  passive à intériorité active, basculant en saturniens maudits du côté de l’horreur.

 

Il est, en effet, bien connu qu’une absence de vie familiale et d’amour parental dans l’enfance est une source d’asocialité contribuant à la délinquance et à la criminalité, l’agressivité pouvant se donner libre cours en l’absence de l’inhibition sélective du sentiment social, faute de « participation », de contact affectif avec l’autre, l’indifférence d’une anesthésie du cœur étant devenue dangereuse. Grande y est la proportion de ceux qui souffrirent ainsi dans les premières années de leur vie.

 

Témoin la misérable enfance d’Emile Buisson, « ennemi public n° 1 » des années soixante.

Dix frères et sœurs d’un père alcoolique et d’une mère folle refusant de le nourrir, obligé qu’il est pour manger d’aller voler des poules à sept ans, et à dix de s’en prendre déjà à un tiroir-caisse. Opposition Soleil-MC/Lune-FC relayée à une opposition de Saturne à Vénus-Mars-Cancer.

 

Un aperçu des « étoiles du crime » - passons sur leurs enfances malheureuses – met en relief un Saturne au MC ou au FC. Tour à tour :

 

Jean-Baptiste Troppmann, un frêle garçon de vingt ans qui massacre une famille entière, parents et six enfants.

Joseph Vacher, l’éventreur des bergers et bergères.

Sylvestre Matuschka, le dérailleur de trains.

Les anarchistes Santo  Casério qui assassine le Président de la République Sadi Carnot ;

Ravachol, poseur de bombes, et Jules Bonnot, taloché par son père après avoir perdu sa mère, de la fameuse « bande à Bonnot ».

Et aussi Lucky Luciano … Sans oublier l’infanticide Denise Labbé qui, par perversité amoureuse, plonge sa fillette de deux ans et demi la tête dans une lessiveuse (Pluton-MC et Mars-FC, avec Lune en VIII opposition à Saturne). Ni la parricide Violette Nozière, un père succombant au poison administré par sa fille, défaisant ainsi « l’affreux nœud de serpents des liens du sang » (Eluard), avec une conjonction Soleil-Mars au DS en dissonance de la Lune en Scorpion, relayée par Saturne conjoint à Pluton au lever.


 

 

LES VICISSITUDES DE L’INTERPRETATION

           

Un nouveau-né abandonné sur le banc d’une église : « Un bébé de deux jours, du sexe féminin, a été découvert, abandonné hier matin en l’église Notre-Dame à Saint-Dizier, Haute-Marne (…). Les policiers n’ont relevé aucun indice si ce n’est un griffonnage sur un morceau de papier, déposé à côté du bébé : 31 juillet 1963, 12 h 15.( Correspondance Figaro). Saturne en IV opposition à Soleil-Mercure.

 

Je souhaite qu’un jour soit entrepris le recensement des cas de ce genre, comme d’ailleurs celui d’enfants de l’Assistance Publique, pour confronter notre corrélation, déjà bien observée. Indice spécifique qui incline à penser que D’Alembert, fils naturel de Madame de Tencin et du chevalier Destouches, déposé à sa naissance sur les marches de la chapelle Saint-Jean-le-Rond à Paris, a son opposition Lune-Saturne au méridien (on ignore son heure de naissance). Nul doute que s’y trouve également le Saturne en Vierge (si spécifique du cartésianisme) de Descartes, marqué par la mort de sa mère quelques semaines après sa naissance (plutôt, me semble-t-il, au MC).

 

L’indice est si présent et précis qu’il peut suggérer, dans certains cas, une heure de naissance ignorée. Par exemple, pour Simon Bolivar, orphelin de père et mère à dix ans, qui, ne présentant pas de dissonance de Saturne aux luminaires ni à Vénus, ne pourrait qu’avoir à la fois Saturne-Capricorne et Pluton-Verseau en IV ou X. Probablement aussi pour le philosophe saturnien Ludwig Joseph Wittgenstein, dernier enfant d’une famille juive autrichienne « comme il faut » : milieu étouffant et pathogène qui conduira au suicide trois de ses frères, lui-même étant hanté par cette idée et n’échappant pas à de nombreuses dépressions, son Saturne ne pouvant guère être qu’en IV ou en X. De même qu’en présence de deux versions horaires, l’on n’hésite pas à adopter celle d’un Saturne culminant dans le cas de Marie Curie : morte alors qu’elle était jeune fille, sa mère avait succombé à la tuberculose qui s’était déclarée peu après sa naissance : Marie n’avait jamais eu le droit de l’embrasser, en ignorant le pourquoi de ce refus, et l’on a, avec elle, le portrait d’une nature qui ne s’abandonne pas, close, barricadée, murée de glace.

 

Le 3 juillet 1963, un enfant monté dans un cerisier du verger familial est abattu, tué par erreur d’un coup de fusil de son père qui avait cru tirer sur des oiseaux. Ce père tragiquement infanticide, Gilbert Cap, est natif de Troyes, Aube, du 13 décembre 1920 à 18 h 00 (e.c.) : Saturne à 24° de la Vierge  est à 1° du FC, au carré du Soleil . L’heure manque pour la mère, Lucie Bernini, née le 6 septembre 1920 à Vertova, Italie, avec une conjonction Mercure-Soleil-Saturne à 11-13-14° de la Vierge. Le fils, Gérard, est de Troyes et du 8 mars 1951 à 4 h 15 (e.c.), né en éclipse de Soleil (16-19° Poissons) sur une opposition Jupiter-Saturne, avec Uranus-Cancer au DS et Neptune-Scorpion maître de l’éclipse au MC.

 

Ce fait divers nous met en garde contre la tentation de la simplification. Défendons-nous de l’automatisme d’une association inévitable de Saturne en IV avec le manque parental de l’enfance. On le rencontre chez des personnes qui ont un souvenir heureux des premières années de leur âge tendre, la donnée en question ne se pointant que sur le tard : femme (trop) attachée à ses parents, vivant auprès d’eux et restant célibataire ; ou encore, pesanteur familiale de parents à charge, etc. Mais qui a dit que l’astrologie était simple ? Au reste, n’est-ce pas la vie elle-même qui ne l’est pas ?

 

On n’oubliera pas, enfin, ce qui est au-delà du familial et plus général, une sorte d’atteinte aux racines profondes d’un Saturne au FC, retentissant comme un assombrissement de la sensibilité. N’est-ce pas – ultime illustration – un désenchantement de cette nature (aggravé par une conjonction Lune-Mars-Saturne au FC) qui parle en l’avide saturnienne Simone de Beauvoir au soir de sa vie lorsqu’elle déclare dans La Force de l’âge : « Rien n’aura eu lieu. Je revois la haie de noisetiers que le vent bousculait et les promesses dont j’affolais mon cœur quand je contemplais cette mine d’or à mes pieds, toute une vie à vivre. Elles ont été tenues. Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescence, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. » En dépit des promesses tenues d’une existence exceptionnellement pleine et riche …, le dernier mot appartenant à une âme désabusée.

  

 

Finissons cette enquête en évoquant le cas opposé d’un couple qui a placé ses cinq enfants aux Enfants Trouvés. Il s’agit de Jean-Jacques Rousseau (L’Astrologue n° 84) et de Thérèse Levasseur, dont l’acte de baptême est du 22 septembre 1721 à Orléans, la naissance ayant eu lieu la veille, sans mention d’heure.

 

Ce cancérien d’une Lune du Taureau au carré de Saturne du Lion (angulaire devant probablement être celui-ci), non-revenu d’avoir perdu sa mère à sa naissance, demeure affectivement un enfant en quête de femme-mère protectrice ; fixation aggravée par une mauvaise santé et une susceptibilité maladive. Son introversion narcissique se pourvoit en rejet de paternité. Dans son Traité de l’éducation, il dira : « Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n’a pas le droit de le devenir. » Il valait mieux, dit-il, que les Enfants-Trouvés fassent de ses enfants des laboureurs ou des ouvriers manuels plutôt que des déclassés …Ce rêveur ne pouvait avoir de tendresse que pour l’Emile et la mère-nature (conjonction Lune-Neptune du Taureau).

 

« Que pensera le lecteur quand je lui dirai, dans toute la vérité, que, du premier moment que je la vis jusqu’à ce jour, je n’ai jamais senti la moindre étincelle d’amour pour elle et que les besoins des sens que j’ai satisfaits auprès d’elle ont uniquement été pour moi ceux du sexe sans avoir rien de propre à l’individu. »

 

C’est ainsi qu’il se définit dans ses rapports avec Thérèse. On est fixé sur le peu d’affinités amoureuses qui entrent en scène. De la superposition de leurs présences astrales respectives, le seul point de rencontre est le Saturne de Jean-Jacques et la Vénus de Thérèse. Et si le Saturne du premier est au carré de la Lune, la Vénus de la seconde est dissonée par carré de Mars et semi-carré d’une conjonction Soleil-Lune-Pluton. N’est-ce pas un accouplement de la misère de l’un avec celle de l’autre, faisant un ménage pitoyable ?

 

Jamais Jean-Jacques n’avait pensé au mariage. Pour ce cancérien bloqué, fonder une famille était effrayant. Ce qu’il attendait des femmes, c’était protections, services, faveurs, soupirs. « Il lui fallait une femme qui lui fut inférieure socialement et de toutes façons. Une fille du peuple qui fût pauvre, et qui lui dût de la reconnaissance, et qui ne fît pas la délicate et la renchérie, et devant qui il n’eut pas honte de ses misères physiques ni de ses défaillances morales et qui lui donnât les soins les plus intimes. » (Jules Lemaître). Lune-Taureau : outre qu’elle était bonne cuisinière et brave fille, cette servante, avec des apitoiements noyés de larmes comme il les affectionnait, savait le plaindre, le secourir, le soigner. Mais au prix de l’humiliation (il l’a fait passer pour sa sœur), de la vulgarité, de l’infidélité, de la sottise, de la méchanceté. Tardivement, sans toutefois nulle cérémonie, il se déclare solennellement l’époux.

Il n’en reste pas moins jusqu’au bout l’enfant unique qui reçoit tout d’elle sans partage et que toute grossesse ne peut que détrôner, ce qui évoque l’ombre du mythe de Cronos. E en cela, Thérèse répond par la passive complicité de négation maternelle d’une Lune incorporée à une conjonction Soleil-Pluton : le monstrueux abandon de cinq enfants.

 

                       

REPERTOIRE  DES  ORPHELINS

           

Familles royales :

Angleterre : Edouard II, M 6ans ; Richard II, P 10 ans ; Henri VI, P 9 mois ; Henri VII, né posthume ; Henri VIII, M 11 ans ; Edouard VI, M 12 jours et P 9 ans ; Marie Stuart, P 6 jours avant la naissance ; Jacques 1er, P 1 an ; Henriette-Marie de France, P 1 an ; George III, P 13 ans ; Victoria, P 1 an.

Belgique : Baudouin 1er, M 5 ans ; Albert II, M 1 an.

Espagne : Philippe II, M 12 ans ; Philippe III, M 2 ans ; Philippe IV, M 6 ans ; Charles II, P 4 ans ; Louis 1er, M 7 ans ; Ferdinand VI, M 1 an ; Charles IV, M 11 ans ; Isabelle II, P 3 ans ; Alphonse XIII né posthume.

France : Charles V, M 11 ans ; Charles VI, M 9 et P 11 ans ; Charles VIII, P 13 ans ; Louis XII, P 3 ans ; François 1er, P 15 mois ; Henri II, M 5 ans ; Catherine de Médicis, P & M à la naissance ; Charles IX, P 9 ans ; Henri III, P 8 ans ; Marguerite de Valois, P 6 ans ; François d’Alençon, P 5 ans ; Marie de Médicis, M 5 ans ; Louis XIII, P 9 ans ; Anne d’Autriche, M 9 ans ; Louis XIV, P 4 ans ; Marie-Thérèse d’Autriche, M 6 ans ; Louis XV, P & M, 7-8 ans ; Louis XVI, P & M 6-7 ans ; Louis XVII, P & M 7-8 ans ; l’Aiglon, P 10 ans ; Louis XVIII, P & M 7-8 ans ; Charles X, P & M 9-10 ans ; Henri V Chambord né posthume.

Habsbourg : Charles-Quint, P 6 ans ; Ferdinand 1er, P 9 ans ; Ferdinand III, M 8 ans ; Léopold 1er, M 6 ans ; Otto de Habsbourg, P 9 ans.

Humbert 1er d’Italie, M 11 ans ; Wilhelmine des Pays-Bas, P 10 ans ;  Sébastien 1er de Portugal, né posthume, et Pierre II de Portugal, M 1 et P 8 ans ; Ivan le Terrible, P 3 et M 8 ans ; Paul 1er de Russie, P 7 ans ; Christine de Suède, P 6 ans ; Charles XI de Suède, P 4 ans ; Charles XII de Suède, M 11 et P 14 ans ; Caroline Murat, P 3 ans ; Jérôme de Westphalie, P 1 an ; reine Hortense, P 9 ans ; princesse Mathilde, M 13 ans ; Pierre II de Yougoslavie, P 11 ans ; Siméon de Bulgarie, P 6 ans.

 

Politiques et Militaires     

Barthou ; Simon Bolivar, P & M, 10 ans ; Hitler, P 13 ans ; Hoche, M 4 ans ; H. Hoover, P vers 4 ans et M vers 18 ans ; Th Jefferson, P 14 ans ; prince Ch. de Ligne, M 5 ans ; Lincoln, M 8 ans ; Ludendorff ; G. Marchais, P 10 ans ; Robespierre, M 9 ans ; Manon Roland, M enfance ; Ph. Seguin, P 1 an ; Vauban, P 10 ans ; Washington, P 11 ans ; M. Weygand , parents inconnus.

 

Savants et philosophes

D’Alembert, abandonné à la naissance ; J. Berzelius, P ou M 4 ans ; Condillac, P 13 ans ; Condorcet, P 1 an ; Copernic, P 1e année ; I. Joliot-Curie, P 9 ans ; Descartes, M quelques semaines après naissance ; Erik Erikson, P 1e année ; J. von Fraunhofer, P & M très jeune ; D. Hume, P 3 ans ; Kepler, P 7ans ; La Condamine, P 10 ans ; Lamennais, M 5 ans ; La Mirandole, P 4 ans ; M. Malpighy, P & M très jeune ; M. Merleau-Ponty,  P 6 ans ; Montesquieu, M 7 ans ; Newton, né posthume ; Nietzsche, P 4 ans ; Pascal, M 3 ans ; Rousseau, M à la naissance ; Sartre, P 2 ans ; Schopenhauer, P 15 ans.

 

Hommes de lettres :

Amiel,, M 11 ans & P (suicidé) 13 ans ; Andersen, P 11 ans ; M. Audoux, M 3 ans ; M. Aymé,  M 2 ans ; Baudelaire, P 5 ans ; Benjamin-Constant, M 15 jours ; Boileau, M 20 mois ; R. Brasillac, P enfance ; B. Brentano, P & M enfance ; A. Brontë, M 1 an ; C. Brontë, M 5 ans ; E. Brontë, M 3 ans ; Byron, P 3 ans ; R.G. Cadou, P & M très jeune ; A. Camus, P 3 ans ; T. Chatterton, P ; G. Chevtchenko, P & M très tôt ; Cocteau,  P 10 ans ; Colette, P ; Custine, P 2 ans ; L. Dietrich, P 6 ans & M 18 ans ; Dostoïevsky, M jeune & P 18 ans ; Dumas père, P 3-4 ans ; M. Duras, P jeune ; R. Etiemble, , P 3 ans ; Fustel de Coulanges, P jeune ; J. Genet, abandonné & M nourrice 11 ans ; Gide, P 11 ans ; Gorki, P 14 ans ; J.Green, M 14 ans ; J. Grimm, P & M très tôt ; W. Grimm, idem ; N. Hawthorne, P & M 1e année ; Hölderlin, P 2 ans ; Huysmans, P 11 ans ; Y. Kawabata, P & M 1e année ; von Kleist, P 11 ans ; F. Klinger, P très tôt ; J. Laforgue, M 6 ans ; La Harpe, P & M de bonne heure ; P. Langendijk, P 6 ans ; Lautréamont, M 20 mois ; N. Lenau, P 4 ans ; M. Lermontov, M 3 ans ; S. Lewis, P & M petite enfance ; Maïakovski, P 12 :13 ans ; Mallarmé, M 5 ans ; Manzoni ; H. Martinson, P 5 ans, abandonné par M à 6 ans ; F. Mauriac, P 20 mois ; Ch. Maurras, P 8 ans ; H. Melville, P 12 :13 ans ; G. Meredith, M très tôt ; C.F. Meyer, P tout jeune ; A. Mickiewiez, P 13 ans ; O. Mirbeau, M jeune ; Molière, M 10 ans ; H. Moreau, P 4 ans & M 13 ans ; K. Munk, P 5 ans ; G. de Nerval, M  2 ans ; C. Norwid, P très jeune ; G. Pascoli, P & M enfance ; Péguy, P 10 mois ; E. Poe, M quelques mois ; abbé Prévost, M 4 ans ; E. Renan, P 5 ans ; D. Quita, P très jeune ; H. Racan, P & M 13 ans ; Racine, M 13 mois & P 3 ans ; F. Raimund, P très jeune ; R. Sabatier, P 12 ans ; Sainte-Beuve, né posthume ; Saint-Exupéry, P 4 ans ; A. Samain, P 14 ans ; G. Sand, P 4 ans ; Sartre, P 1 an ; Mme de Sévigné, P 1,5 & M 7 ans ; M. Shelley, M à la naissance ; Sir Stanley, P 2 ans ; Stendhal, M 7 ans ; J. Supervielle, P & M 8 mois ; J. Swift, né posthume ; H. Taine, P enfance ; W. Thackeray, P 4 ans ; M. Twain, P 12 ans ; Unamuno, P 6 ans ; S. Undset, P 15 ans ; Van Lerberghe, P & M 7 & 14 ans ; V. Woolf, M 13 ans ; W. Wordsworth, M & P 8 & 15 ans ; M Yourcenar, M quelques jours après la naissance ; Zola, P 7 ans ; M. Zrinyi, P 8 ans.

 

Peintres :

B. Buffet, M jeune ; Gauguin, P vers 1 an ; Géricault, M 10 ans ; F. Léger, P 3 ans ; Magritte, suicide M 13 ans ; Marquet, P jeune (14 ans ?) ; Meissonier, M 9 ans ; Michel-Ange, M 6 ans ; Modigliani, P très tôt ; Monticelli, déclaré de parents inconnus, père au bagne ; Munch, M 5 ans ; Murillo, P 10 ans ; Prud’hon, P & M très tôt ; Utrillo, bâtard abandonné à lui-même ; S. Valadon, fille naturelle & P inconnu ; Vuillard, P 14 ans.

 

Musiciens :

Béla Bartok, P 8 ans ; A. Bruckner, P 13 ans ; Cherubini, P jeune ; Delibes, P 11 ans ; D’Indy, M à la naissance ; Glinka, M enfance ; Gounod, P 5 ans ; A. Magnard, M 4 ans ; Puccini, P 6 ans ; Saint-Saëns, P 2 mois ; Schoenberg, P 8 ans ; Wagner, P 6 mois & beau-père 8 ans ; Weber, M 10/11 ans.

 

Spectacle :

Bergmann, M & P 2 & 12 ans ; Bourvil, P ¾ ans ; R. Burton, M 1 an ; Ch. Chaplin, P 10 ans ; J. Dean, M 8 ans ; C.T. Dreyer, P & M très tôt ; St. Grappelli, P 2/3 ans ; J .Hallyday, M & abandonné par le père à 6 mois ; Madonna, M 6ans ; M. Monroë, P & M ; A. Perkins, , P 5 ans ; Piaf, abandonnée à quelques mois par sa M ; B. Stanwyck, M 2 ans ; A. Zukor, P 3 ans.

 

Divers :

J. Bonnot, M 5 ans ; C. Chanel, M 6 ans ; A. Citroën, P 6 ans ; J. Dillinger, M 3 ans ;J. Drouet, P & M enfance ; M. Duplessis, M 10 ans ; Ch. de Foucault, P & M 6 ans ; prince Henri de Grande-Bretagne, M 13 ans ; Jean-Paul II, M 9 ans ; J. Ladoumègue, né posthume et M brûlée vive à son 17e jour ; Madame Lafarge, M & P 14 ans ; L. de LaVallière, P 9 ans ; Léon XIII, M 14 ans ; D. de Montpensier, M bas âge ; Thérèse. de Lisieux, M 4 ans ; Théroigne de Méricourt, M 3 ans ; Christine Villemin, P 6 ans ; enfants de Stefano Casiraghi-Caroline Grimaldi de Monaco : Andréa, P 6 ans ; Charlotte, P 4 ans ; Pierre, 3 ans.

 

 

Un cas horrible

 

La revue Demain dans son numéro de juillet 1938 a cité le cas macabre d’une jeune bonne de dix-sept ans qui a eu un enfant de sexe féminin né à Nantes le 23 novembre 1937 entre 7 et 7 h 15 du matin, et qui « l’a jeté dans les WC où il cria pendant plus de dix minutes. Une voisine dit que les cris cessèrent vers 7 heures 40. L’autopsie révéla que l’enfant était de bonne constitution et né viable ». Une conjonction Lune-Pluton se présente au MC et à l’opposition de Mars au FC, Uranus maître du FC étant au surplus au double carré de cette opposition.

                         

L’Astrologue N° 123 – 3ème trimestre 1998

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