Astrologie Individuelle
(Théorie)

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Un siècle de statistiques astrologiques

 

L’HEREDITE  ASTRALE

  

INTRODUCTION

 

Il faut saluer hautement la venue de Didier Castille dans le monde de la recherche astrologique où son apport constitue une étape nouvelle de la plus grande importance. Je dirai même qu’il s’agit d’un tournant historique pour notre connaissance, sans crainte d’avancer que, grâce à ses résultats, la réhabilitation de l’astrologie est désormais devenue irréversible.

 

Pourtant, ne nous emballons pas. Dans le carcan d’un préjugé si bien établi, ce n’est pas du jour au lendemain que la mentalité collective peut se renverser en sa faveur et les dénégations de ses détracteurs ne vont pas aussitôt lâcher prise. Néanmoins, nous détenons dorénavant les fondements justificateurs les plus entiers du « fait » astrologique. Comme si le dernier mot était dit, devant lequel force est de s’incliner, tôt ou tard.

 

La pièce maîtresse de ce numéro spécial consacré à « l’hérédité astrale » est, assurément, l’exposé de l’ensemble des enquêtes démographiques de Didier Castille, portant pour la première fois sur la souche  la plus large de notre population nationale, avec la présentation des résultats obtenus sur les mariages et les similitudes familiales.

 

Pour mieux situer l’importance de cet acquis et son effet à venir, rien n’était plus indiqué qu’une comparaison en faisant l’historique des bilans statistiques antérieurs, de Choisnard  et Krafft à Discepolo, en passant par Lasson et les Gauquelin, et qu’une confrontation en opérant une rétrospective de la démarche astrologique sur le chemin du phénomène de l’hérédité astrale, depuis Kepler, voire jusqu’à Ptolémée.

 

Que le lecteur ne soit point dépaysé par le contraste de tons du glacial exposé critique de notre explorateur et de mes courageuses intégrations d’acquis obtenus. Si lui et moi ne partageons pas la même vision de la statistique appliquée à l’astrologie, cela tient moins, peut-on dire, à nos différences personnelles – d’autant que l’esprit critique s’exerce à tous niveaux – qu’à nos situations respectives, avec toute la distance qui sépare l’exercice de l’homme de science de l’état du créateur. Partant froidement de zéro et en obligation de réserve personnelle, comme en devoir de négativité, le statisticien s’efforce de laisser venir à lui, tous pièges déjoués, ce qui se présente finalement comme le dépôt d’une réalité aussi dépouillée que possible. Alors que le praticien astrologue, engagé dans une passion disciplinée, est un homme de terrain qui œuvre dans une adhésion vivante au sujet.

 

Il y a là tout le contraste de la vertu du recul, de la distance, et du pouvoir du direct, de la présence, chacun avec ses avantages et inconvénients : au premier, la théorisante abstraction menant à la haute spéculation, au risque de la dérive ; avec un second entre le blues de l’erreur vécue et la vérité pragmatique au robuste bon sens (le froid n’a pas le monopole de la connaissance, le chaud de l’immédiat étant aussi source de savoir). Ce sont là, d’ailleurs, deux complémentaires incontournables. Et si, au stade initial d’un aperçu inédit où il en est, comme au pied d’un édifice, Didier Castille a la modestie d’une retenue compréhensible devant ses découvertes, la position qui est la mienne, comme au sommet d’une pyramide, me permet, au risque de me tromper, de mieux en entrevoir la portée et d’en clamer toute l’importance.

 

Ce numéro spécial sur l’hérédité astrale va renouveler l’intérêt que doit porter l’interprète à la filiation parentale de l’individu, les chaînes de configurations répétitives  d’une génération à l’autre livrant son héritage généalogique.

 

 

Il n’est pas impossible que l’astrologie bénéficie de la conjoncture exceptionnelle du tournant de l’an 2000, avec son summum cyclique porteur de tout un renouvellement des connaissances de l’homme dont il est encore trop tôt pour faire ici l’inventaire. Aube prometteuse d’une nouvelle mini-Grande Année semi-millénaire de l’humanité où notre discipline tiendrait enfin son rang. Souhaitons, en tout cas, que cette prévision d’un astrologue sur l’astrologie se réalise …


Le roi Sol avec ses six fils-planètes - Bonus Petrus , Venise , 1546

 

UN  SIECLE   DE  STATISTIQUES  ASTROLOGIQUES

 

 

Quand on refait le parcours du renouveau de l’astrologie depuis l’entrée du XXe siècle, ce qu’on y aperçoit de plus intéressant est la poursuite quasi-ininterrompue d’un effort constructif visant à fonder une raison astrologique.

On peut dire que c’est la mission même que s’était assignée le principal « pionnier » venu à l’art d’Uranie à la fin du XIXe siècle, le polytechnicien Paul Choisnard, né – son thème va nous éclairer – à TOURS (Indre et Loire - 37 -, , le 13 février 1867 à 23 h – acte 121-  d’Etat cicil (didier Geslain). En compagnie de seulement quelques-autres (Fomalhaut, Selva, Caslant …), il n’avait pour tout bagage que la lecture de textes traditionnels afin de remettre sur pied les rudiments d’une pratique à l’écoute des anciens. Mais, que pouvait valoir, à ses yeux, cette lointaine connaissance, abandonnée depuis deux siècles, délaissée comme un savoir chimérique ?

 

Dès lors, comment échapper à l’impérative nécessité de commencer par la juger : était-elle vraiment une réalité ou n’avait-elle été qu’une illusion collective ? On comprend une telle exigence quand on observe chez lui un Uranus en IX, maître d’une puissante conjonction solaire en Verseau et conjoint à Mars qui se fait le bras armé de sa passion de l’esprit, outre que Saturne du Scorpion entre en I. Au départ, Choisnard n’apparaît pas comme un « croyant », enclin à un naturel acte de foi ; bien plutôt, c’est un curieux hardi doublé d’un sceptique tenté par quelque avant-garde. Il est d’ailleurs le premier  qui se pose clairement la question fondamentale de la légitimité. Pour admettre l’astrologie, il faut préalablement savoir s’il existe un « fait » astrologique, comme réalité phénoménale spécifique. Pour établir l’existence de ce « fait », un contrôle est nécessaire et sa recherche doit aboutir à l’acquis d’un constat chiffré. Le reste n’est que littérature …

 

Aussi, ne va-t-il pas cesser de répéter le même principe fondateur : dans les ciels de naissance, un facteur astral est censé correspondre à telle faculté humaine (en caractère ou en événement), quand ce facteur se rencontre plus fréquemment chez les individus dotés de cette faculté que chez les autres individus.

 

Dès lors, on le sait parti sur la voie statistique en traitant des fréquences comparées dans une application stricte du calcul des probabilités. On sait que, pour des raisons tout à fait compréhensibles sur lesquelles nous reviendrons, la démarche statistique est malfamée dans le milieu astrologique, jugée presque comme contre-nature. N’empêche : quand on voit se répandre de plus en plus d’interprétations gratuites d’astrologie rêvée, flonflons littéraires du vide, procédant souvent de données célestes insignifiantes, douteuses ou spéculatives, il peut y avoir de quoi  regretter le climat de raideur saturno-uranienne  de Choisnard …

 

Quel bilan peut-on tirer de l’ensemble de ses enquêtes ? Le recul d’un siècle lui fait porter un regard sévère dans l’exigence renouvelée de tout le système de l’application de la méthode statistique. Même déjà derrière Didier Castille, les Gauquelin ont besoin d’être corrigés (sans toutefois compromettre l’ensemble de leurs résultats), alors qu’ils étaient allés jusqu’au bout du possible. Néanmoins, pour l’essentiel, Choisnard ne démérite pas.

 

Son « fait » astral, il le tient ! Fut-il encore fragile. Si l’on prend sa plus volumineuse enquête, par exemple, la fréquence particulière de Jupiter au Milieu du ciel chez 1500 personnes ayant acquis une réputation, étant sortis des rangs dans la société, se double par rapport à celle de 2000 personnes quelconques. Et puis, on verra ses résultats d’hérédité astrale qui constituent un grand tournant astrologique. Mais, d’un siècle à l’autre, s’abat sur son œuvre un discrédit rédhibitoire qui relève de l’insignifiance de ses champs explorés, de ses squelettiques échantillons : seulement quelques centaines de cas, alors qu’il en faut considérablement, infiniment plus. C’est de ce défaut majeur dont souffre le bilan de Choisnard qui, finalement, n’a pas réussi à convaincre l’opinion publique, bien qu’il ait montré la voie pour y parvenir.

 

Sa démarche a un écho en Allemagne avec Grimm, Schwab et surtout von Kloeckler qui, dans un ouvrage paru en 1927, s’est livré à une série d’enquêtes (facultés, événements) en disposant d’une somme de plusieurs milliers de cas, aboutissant à des résultats maigrichons insuffisamment significatifs. En fait, « l’école de Choisnard » contribue à fonder une « astrologie scientifique » qui se veut basée sur du réel. Alors qu’en fringale de merveilleux, de flamboyants auteurs enfourchent  leurs rêveries à califourchon sur les étoiles, l’état d’esprit de ce courant gagne le milieu astrologique du désir d’observations comptabilisées. Divers ingénieurs présentent leurs enquêtes aux différents congrès internationaux, déjà de Bruxelles en  1935 et de Paris en 1937. A celui de Paris en 1954, Hans Ritter expose, par exemple, une somme de 11.150 positions planétaires de 2230 naissances de musiciens. Résultat qui « ne met  aucun écart en valeur ».

 

Il est donc incontestable que la position planétaire dans le zodiaque n’a aucune corrélation avec le don absolu pour la composition musicale ». Mais des coupes sélectives donneront certains résultats. Maintes études seront également exposées dans la collection des Cahiers astrologiques, dont le n° 121 (mars-avril 1966) sera consacré aux statistiques et où se signaleront en particulier Edouard Symours, Michel Malagié, Jean Hiéroz, Jacques Reverchon et Roger Husson. Et un simple praticien comme Henri Gouchon compare les résultats de ses directions primaires à ceux d’autres procédés directionnels. L’Influence astrale,   Demain,  Zenit, etc …présenteront leurs propres enquêtes.

 

Au-delà de ce pur appel à la vérification de la valeur de ses indices, Choisnard a remis la pratique interprétative dans le droit chemin traditionnel pour en avoir constaté expérimentalement le bien-fondé. Dans les années trente surtout (ce qui est relativement excusable), mais encore aujourd’hui (ce qui ne l’est plus), on s’attache au maître de l’Ascendant comme patron de l’horoscope, comme dominante. Ses bilans statistiques le font revenir à la valeur maîtresse de l’angularité, au fait primordial du passage planétaire à l’horizon et au méridien, sans oublier son impact au Descendant et au Fond du ciel. C’est à partir de là qu’il construit une bonne technique d’interprétation, que le bilan des Gauquelin va couronner.

 

Depuis 1923 se présente, parallèlement au Français, l’odyssée du Suisse Karl Ernst Krafft, dont les abondantes recherches, diversement publiées, ont été rassemblées dans son Traité d’Astrobiologie, paru à son compte en 1939. Un pavé assez singulier, il est vrai, atypique.

 

Cette fois, voici des dizaines de milliers de cas exposés, sans heures natales il est vrai ; par exemple, 2800 du Dictionnaire de Musique de Rieman. Mais Krafft quitte le terrain de la tradition pour se livrer à des enquêtes d’aventure, pourrait-on dire. Il ne contrôle plus : il glane au hasard des rencontres. De là un livre touffu, embrouillé même, sinon inextricable, ou le coq à l’âne l’emporte sur le dégagement d’une ligne générale. Apporte-t-il quelque chose de nouveau ? Il est difficile de se prononcer. Il est bien probable que certains de ses résultats soient fondés, d’où l’intérêt de réexaminer son fatras, quelques perles devant s’y trouver. De toute façon, on retiendra sa brillante intervention en hérédité astrale sur laquelle nous reviendrons.

 

Au milieu du siècle dernier, l’enquête statistique donne l’impression d’être essoufflée et est comme échouée sur de maigres résultats. Ayant fait un test sur 480 couples, C. G. Jung en arrive à dire : Du fait de l’influence niveleuse des grands nombres, il est difficile de prouver quelque chose par la méthode statistique dans le domaine de l’astrologie. En cela, il rejoint bon nombre d’astrologues pour qui le thème est un tout ou prévaut une opération synthétique, l’extraction d’un de ses facteurs étant une dénaturation privative de sens. Pour Daniel Verney, qui n’en est pas moins polytechnicien, Isoler une configuration – surtout réduite à la position d’une planète – c’est la vider de sa signification « ici et maintenant » pour ne lui laisser que ce qu’elle a en propre : c’est-à-dire une valeur élémentaire d’un caractère très général, donc très difficile non seulement à expliquer, mais encore à relier à une réalité concrète. Ici se traite le rapport du tout et de ses parties, dont le débat reste ouvert. Il est bon de rappeler l’avis de Pascal : Il est impossible de connaître le tout sans connaître ses parties, non plus que de connaître les parties sans connaître le tout. Choisnard maintenait que, du moment que la partie participait au tout, auquel elle contribuait, il n’y avait pas de raison de ne pas pouvoir, malgré tout, en saisir la manifestation. Et du moment qu’un interprète en fonction se réfère isolément à telle position ou tel aspect qu’il fait parler, il doit reconnaître qu’au moins quelque chose puisse être saisi de sa spécificité.

 

C’est au cœur du XXe siècle, avec l’arrivée du couple Michel et Françoise Gauquelin, que commence une seconde étape, plus importante, de l’histoire de la vérification statistique de l’astrologie.

 

MICHEL  GAUQUELIN

 

Jusque-là, si l’on excepte des statistiques aveugles – dans l’inconnu - de diverses répartitions du Soleil dans les signes (musiciens, savants …), dans les années trente, venant  d’une équipe dirigée par Bart J. Bok, astronome américain auteur du manifeste anti-astrologique de 1975, et sur lesquelles nous reviendrons, ce sont les astrologues eux-mêmes qui avaient testé leur propre discipline, obtenant certains résultats confortant leur conviction mais sans portée sur l’incrédulité générale. Cette fois, l’opérateur a le visage de l’adversaire, la position d’un critique qui, à la longue, va être pris à son propre piège, jusqu’à ébranler nos adversaires dans leurs confrontations avec lui.

 

J’ai tracé l’aventure de Michel Gauquelin à l’occasion de sa disparition, dans le n° 95 de L’Astrologue (3e trimestre 1991), en rappelant sa naissance parisienne du 13 novembre 1928 à 22 h 15m, et en évoquant, à son sujet, le personnage d’un homme-Janus habité par une opposition  de Jupiter du Taureau au Milieu du ciel à Mercure du Scorpion au Fond du ciel, signe occupé par le Soleil maître de l’Ascendant en IV, et qui renvoie à une conjonction Mars-Pluton en Cancer. A l’origine de sa démarche réside une révolte : il était indisposé par son père, dentiste, qui dressait des thèmes, et il voulait le confondre en lui donnant la preuve de l’inanité de son violon d’Ingres.

 

Cet atypique « aura entretenu avec l’astrologie le dialogue ambigu d’une passion ambivalente, partie d’une hostilité à racine familiale, pour aboutir à une inconfortable et équivoque semi-acceptation. Ne nous plaignons pas. De n’avoir jamais pu devenir astrologue en revenant de sa négation première, il nous aura rendu l’immense service de ne nous avoir jamais fait de cadeau. Du moins avait-il l’honnêteté des chiffres et la coriacité de s’y tenir. J’ai assisté à certaines de ses joutes avec quelques-uns de nos adversaires qui tenaient tellement à ce qu’il se soit trompé. Il les a réduits au silence, les autres s’en étant tirés par la dérobade. La certitude du « non » des plus acharnés a vacillé, comme s’effrite la belle assurance négative de nos adversaires placés devant le débat astro-statistique. Cela, c’est à lui que nous le devons. ».

 

Le témoignage de son hostilité à l’astrologie ? C’est non sans un évident malaise qu’on relit  L’Astrologie devant la science  (Planète, 1964) qui suscita un tumultueux n° spécial 116 des Cahiers astrologiques, L’Hérédité planétaire (Denoël, 1966) même, et surtout Songes et mensonges de l’astrologie (Hachette, 1969) ainsi que Les Horloges cosmiques (Denoël 1970). Aversion qui est allée jusqu’à une tricherie intellectuelle par omission de citation d’une œuvre de Lasson qui  précède ses enquêtes.

 

Tout d’abord, dans son premier ouvrage : L’Influence des astres (Ed. du Dauphin, 1955)), la première partie est consacrée aux critiques de Choisnard et de Krafft. Ses conclusions sont abruptes : des travaux du premier, il ne reste absolument rien, et le bilan du livre du second est égal à zéro. On verra plus tard à quel point, par hostilité aux astrologues, il s’est lourdement trompé.

 

Fait suite le second exposé de ses propres vérifications. Or, sans le mentionner, il reprend purement et simplement le parcours inédit effectué par Léon Lasson dans  Ceux qui nous guident (Ed. Debresse, 1946) où celui-ci avait relevé des surcroîts de lever et de culmination de la Lune chez 134 politiques « élus du peuple », de Mercure chez 209 orateurs et écrivains, de Vénus chez 190 artistes, de Mars et Jupiter chez 158 chefs militaires, de Saturne chez 66 savants …La différence sensible est que Gauquelin passe de centaines à des milliers de cas qu’il traite supérieurement en s’armant de tout l’arsenal de la discipline statistique de son temps.

 

Ce premier ouvrage livre les pièces à conviction en fournissant les données de naissance d’état civil des personnages recueillis dans des dictionnaires spécialisés : 576 académiciens de médecine, 508 autres médecins notables, 570 sportifs, 676 chefs militaires, 906 peintres notables et 361 peintres mineurs, 500 acteurs, 494 députés, 349 membres de l’académie des sciences et 884 prêtres. Ce n’était pas rien ! Et il obtenait déjà une surfréquence significative de positions angulaires, principalement au lever et à la culmination, surtout pour trois planètes : Mars chez les sportifs, Mars et Jupiter chez les militaires, Jupiter chez les acteurs et les députés, Saturne chez les prêtres et Saturne-Mars chez les savants et les médecins ; avec en plus une sous-fréquence de Mars chez les peintres, de Jupiter chez les médecins et de Saturne chez les acteurs et les peintres, résultats inverses qui ne sont pas à négliger. 

 

En 1960 paraissait son second livre chez Denoël : Les Hommes et les Astres. Même scénario d’enquête, cette fois étendue aux pays de l’Europe occidentale où l’accès aux état-civils était possible, élargissant les cas testés de 5000 à un ensemble impressionnant d’environ 25.000 : une somme ! Avec 3142 chefs militaires, 3305 savants représentatifs, 1485 champions sportifs, 993 politiques …Confirmant les résultats de 1955 et les élargissant à la Lune, puis ultérieurement à Vénus. Ce fut là un événement immense, comme une fructueuse chasse au trésor, consacrant le pilier de l’interprétation du thème, l’astrologie se trouvant, du même coup, dotée d’un statut probabiliste de connaissance objective.

Le monde scientifique en est secoué et, pour la première fois, s’occupe de la question. Après être passé par des confrontations serrées de spécialistes, suivies d’indispensables contre-expériences, Gauquelin réussit à faire respecter techniquement ses résultats par diverses autorités, comme J.M. Faverge, professeur de statistiques à la Sorbonne, E. Tornier, professeur de calcul des probabilités à l’université de Berlin et Jean Porte, administrateur à l’Institut national de la statistique.

L’Union rationaliste entre en lice par le canal d’un « Comité belge pour l’investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux » (Comité Para). Les membres de ce comité refont entièrement une statistique sur un groupe de 535 sportifs et aboutissent à un résultat semblable à celui de Gauquelin, aussitôt mis au placard : après cet « enterrement à la sauvette », il faudra attendre une dizaine d’années plus tard, en 1976, pour que ce courageux comité en publie le bilan. Ce qui amènera Jean Rostand à pousser sa fameuse gueulante : Si la statistique se met à prouver l’astrologie, alors, je ne crois plus à la statistique (Nouvelles littéraires, 27 novembre 1969).

 

On ne pouvait en rester là, ce Mars (son symbole s’illustre en la circonstance) des sportifs restant comme un coin enfoncé dans la citadelle du rationalisme. Et d’ailleurs, c’est un tel climat qui explique l’offensive mondiale menée contre l’astrologie avec la fameuse pétition diffusée en 1975 : 186 savants, dont 18 prix Nobel, l’avaient signée, la condamnant comme une fausse science malfaisante. Le comité se gardait de dire que 114 autres, invités à la même signature, s’étaient abstenus, dont ostensiblement l’astrophysicien Carl Sagan. Il y avait là un double pied de nez symbolique de l’opposition et du trigone …

 

L’offensive repart en 1977 à la revue rationaliste américaine The Humanist où une équipe de rechange relance l’enquête sur Mars, portant, cette fois, sur les athlètes américains. Dans La Vérité sur l’astrologie (Le Rocher, 1985), Gauquelin fait état du « tripatouillage » auquel, déjà, s’était livrée l’équipe au travail. Ce qui n’empêcha pas cette conclusion peu glorieuse et franchement alambiquée du n° XI-XII 1977 de cette revue : Si l’on a une croyance préalable en un « effet » Mars, les données de Gauquelin contribueront à renforcer cette croyance ; mais si la croyance préalable en un effet Mars est faible, ces données peuvent à la rigueur soutenir cette opinion en attendant la suite, mais pas au point d’admettre décidément l’existence de « l’effet » Mars.

 

Le relais allait être pris par un « Committee fort the scienti-investigation of claims of the paranormal » (CSICOP) en 1979, à sa publication The Skeptical Inquirer, en se frottant à la même expérience et en tentant, par un choix d’échantillons, d’échapper au résultat positif.

Il est bon de savoir que tout le monde n’est pas dupe de cet acharnement à nier. Dans son numéro 23, Ethnologie française (Armand Colin) a rendu compte de cette aventure en jugeant que ces adversaires « devaient au moins reconnaître que, tel qu’il avait été initialement formulé, le test confortait les idées de Gauquelin ». Ensuite, pour y échapper, on les voit « réécrire un compte-rendu de manière à conforter leurs intérêts scientifiques » afin de pouvoir admettre que « l’effet Mars était un effet statistique faible, voire un hasard exceptionnel, et qu’il se limitait à une seule région ». « Réévaluation » gênante ayant entraîné la démission de plusieurs membres au sein de ce comité. Si bien que « c’est leur engagement dans la recherche astrologique qui a obligé les membres du CSICOP à revoir leur conception de la méthode scientifique » ! Singulière inversion qui, sur le fond d’un trafic de procédés, constitue un bel hommage rendu à l’art d’Uranie. On peut aussi signaler la critique de Claude Maillard : « Dans le procès de l’astrologie, le rationalisme est-il tout à fait rationnel ? » dans l’ouvrage collectif de l’Institut d’Ethnologie de Strasbourg : Des Astres et des Hommes, L’Harmattan, 2001. Petit à petit, la vérité fait son chemin.

 

  Il faut dire qu’il y a aussi du positif dans cette négativité du refus, du fait d’une défensive qui ne cesse de résister à l’épreuve de l’adversaire. On le comprendra mieux en relisant ce passage d’un texte de Gauquelin dans le n° 78 de L’Astrologue : L’effet Mars a été soumis à la critique des hommes de science en place. Leur hostilité et leur scepticisme leur ont fait d’abord voir des erreurs partout dans mon travail. Mais cette polémique, souvent acerbe, s’est après plus de dix années terminée en ma faveur et par la reconnaissance de l’exactitude de mes méthodes et de mes résultats. C’est ainsi que l’astronome George Abell, de l’Université de Californie, le statisticien Marvin Zelen de Harvard et le chairman du redoutable Comité américain pour l’étude scientifique des phénomènes paranormaux, Paul Kurtz, de l’Université de New York, ont admis en 1983, je cite : « Gauquelin a su calculer de façon correcte les fréquences de Mars à la naissance, en tenant compte des facteurs démographiques et astronomiques du problème. » Tout cela, écrit, noir sur blanc dans leur propre revue The Skeptical Inquirer qui n’est d’ordinaire pas tendre envers les travaux astrologiques, vous pouvez me croire.

 

Malgré tout, de là à reconnaître l’évidence de l’effet Mars, porteur d’une reconnaissance de l’astrologie … Sauf la culpabilisation d’une mauvaise conscience intellectuelle qui nous vaut, sans doute, une énième répétition du même scénario, sous la houlette d’un nouveau Comité français pour l’étude des phénomènes paranormaux (CFEPP) . Le meilleur compte-rendu de son travail a été donné par l’un des siens, Suitbert  Ertel, professeur à l’Université de Göttingen. Une traduction française en a été faite dans le numéro 10 de mars 2002 des Cahiers du RAMS : « N’y a t-il pas d’effet Mars ? ».

 

Certes, personne ne nie qu’il y a un surplus de positions de Mars au lever et à la culmination : cela est trop perceptible, à vue d’œil, pour pouvoir le nier. Mais on entend le vouloir toujours non significatif. Afin qu’il en soit bien ainsi s’est, une fois de plus, instauré un débat de sélection d’échantillon, autour de la question de savoir (car les résultats sont d’autant plus frappants qu’il s’agit de cas supérieurs) le niveau de représentativité des champions sportifs. Le protocole de l’expérience signé en 1982 par Gauquelin et le CFEPP  (n° d’octobre de Science et Vie) stipulait que « les champions sélectionnés devaient être éminemment réputés ». Participant à l’opération, Ertel redéfinit cette exigence en 1988. Mais quand j’imposais la réputation des champions du CFEPP en comptant le nombre de fois où chacun était cité dans 18 livres de référence, je trouvais que les champions du CFEPP n’obtenaient qu’un nombre relativement bas des citations comparativement aux champions de Gauquelin dans ses premiers échantillons. Ertel refera l’expérience avec les champions les plus éminents de ce comité et obtiendra un résultat confirmé indépendamment par six chercheurs et jugé tout à fait significatif par quatre d’entre eux.

 

Je n’ai pas présenté un inventaire complet des nombreuses statistiques des Gauquelin ; je n’ai tracé que l’essentiel de leur apport. Il est bon, toutefois, de rappeler leur enquête qui confirme des fondements de la tradition. Il s’agit de la quadruplice planétaire la plus représentative des valeurs du quaternaire des Eléments, en relation avec les tempéraments hippocratiques (Le Dossier des influences astrales, Denoël, 1973).

 

Planètes                       Humeurs                     Eléments
Jupiter

Mars

Lune

Saturne

Sanguin

Colérique

Flegmatique

Mélancolique

Air

Feu

Eau

Terre

  

Encore faut-il y joindre une enquête particulière effectuée par Françoise sur les astrologues eux-mêmes.  Travail qu’elle a présenté dans une plaquette de leur « Laboratoire » en 1980 : Traditional Symbolism in Astrology and the Character traits method, dont j’ai rendu compte dans le n° 51 de L’Astrologue : Speculum Astrologiae. Cette enquête : savoir si les mots-clés planétaires utilisés par nous produisaient ou non un « effet » d’angularité, en se basant sur leurs mots-clés testés en fonction des angularités obtenues. Dix « cobayes » furent mis en piste. Résultats : acquis unanime pour Mars et Saturne ; Vénus vient en seconde position avec 9 sur 10, suivie de la Lune avec 7 points. Jupiter s’en tire mal, alors que Neptune et Pluton recueillent 2 suffrages. Le principal intérêt de ce sondage est qu’il révèle – le speculum – l’interprète se « projetant » en ressentant la planète à l’image de sa configuration planétaire personnelle.

 

 

CRITIQUE  DE  NOS  ADVERSAIRES

 

Nous en sommes là. L’adversaire sort de cette affaire traumatisé, au point que, à force de cracher dans la soupe statistique, il finit par se rendre à sa propre imposture. Témoin l’astrophysicien Evry Schatzman, président de l’Union rationaliste, qui, ne pouvant ultimement réduire un effet Mars localisé au 14e arrondissement de Paris, en arrive à sortir cette perle : Mon hypothèse est la suivante : est-ce que la consultation astrologique par les familles de champions et peut-être par les champions eux-mêmes n’a pas joué un rôle dans leur orientation professionnelle ? Dans ce cas, il ne s’agit plus d’influence des astres, mais de l’influence de la croyance dans les astres (à  Solange de Mailly-Nesle, in L’Etre cosmique, Flammarion, 1985). Autrement dit, c’eut été des consultations astrologiques réussies …

 

Au bout de ce périple, il est clair que cette histoire de vérification relève d’une scandaleuse ignominie intellectuelle, et quand on en sait l’enjeu, celle-ci atteint la mesure d’une monstruosité phénoménale, car c’est une connaissance majeure qui est refoulée par un obscurantisme d’un autre ordre que celui de la mentalité magique : fanatisme intellectuel stérile

 

 En premier lieu, nos adversaires se sont concentrés et fixés sur une unique vérification. Certes, le choix du cas  était bon, puisque c’est l’enquête sur Mars et les sportifs qui avait donné le meilleur résultat. Mais, était-ce une raison de faire comme si les autres résultats, non moins estimables, n’avaient pas existé ? Généralement, un cas isolé inhabituel ne trouble pas beaucoup le sommeil d’un professionnel accoutumé à rencontrer occasionnellement des canards boiteux, sachant qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Certes, s’il n’y avait eu que le lever et la culmination de Mars chez ces sportifs, un phénomène exceptionnel, on aurait compris que cet « accident » pouvait être sans intérêt.  Seulement, ce n’est nullement le cas, et, précisément, on ne peut s’arrêter à cet exemple, comme s’il était exclusif, sans tenir compte de l’ensemble des résultats du même type auxquels il appartient : le phénomène en question se répète avec d’autres planètes au regard d’autres groupes d’individus. Si bien que c’est un ensemble homogène spécifique qu’on est tenu de prendre en considération. Ce que Gauquelin s’est permis d’ailleurs de faire en toute légitimité en parlant d’un résultat global sur 25.000 cas dépassant 5 fois l’écart probable. Or, il est déjà manifeste que ce « non aperçu » relève de l’aveuglement intellectuel.

 

Ce n’est pas tout : ces résultat sont-ils quelconques ? S’agit-il de concentrations d’astres n’importe où ou de n’importe quelle façon ? Et les astres sont-ils eux-mêmes des pions interchangeables, bons à n’importe quoi ? Non : nous avons, chaque fois, des résultats attendus, conformes aux normes du sujet testé. Des résultats qui reçoivent un sens par leur inscription dans l’ordre d’une corrélation astrale donnée : celle que la tradition lui avait d’avance assignée. Celle-là et pas une autre. C’est, en effet, à l’Ascendant et au Milieu du ciel que l’astre, par son lever et sa culmination, est à l’honneur comme phénomène astronomique, prenant le plus d’importance, et, bien entendu, dans le registre particulier qui est le sien ; la poésie avec la Lune, l’art avec Vénus, l’armée avec Mars, le pouvoir avec Jupiter, la science avec Saturne … Rien de plus spécifique. Chaque astre était là, au rendez-vous fixé. Eh bien ! rien de tout cela ne compte nullement pour l’adversaire. La statistique est devenue, ici, un monstre froid qui fabrique de la schizoïdie en faisant perdre de vue, chemin faisant, sa propre raison d’être. Le trafic du chiffre dans le vide …

 

La vérité est qu’il est temps d’embrasser la totalité du sujet en intégrant l’arbre de la statistique marsienne dans la forêt de l’ensemble des résultats statistiques obtenus, sous la pression de l’intelligibilité d’une somme cohérente de résultats du même type ; somme informationnelle recomposant et restituant le chapitre principal du savoir ancien de l’astrologie : la typologie planétaire.

Trois domaines successifs sont concernés par le même type de résultats. Nous venons de voir les groupes professionnels. Derrière eux se présente l’enquête sur l’hérédité astrale, portant sur deux études de 32.000 et 37.000 naissances, dont nous ferons la connaissance au chapitre prochain. Et ensuite, celle sur les traits de caractère. Avec Françoise et d’autres collaborateurs ont été rassemblés plus de 50.000 de ceux-ci, pris dans des milliers de textes biographiques consacrés à des milliers de personnes célèbres. Travail publié à leur « Laboratoire » en quatre gros volumes consacrés à Mars, Jupiter, Saturne, la Lune ; puis à Vénus, plaquette de Psychological Monographs, Série C. La filiation des résultats est évidente : l’astre qui se lève ou qui culmine exprime tout à la fois un tempérament héréditairement reçu, un ensemble de traits de caractère et un penchant vocationnel. ; c’est un tout qui s’impose au plus élémentaire bon sens, fondamental. Décidément, quel désastre intellectuel !

 

CRITIQUE DES ASTROLOGUES

 

Ce n’est pas à bras ouverts que Gauquelin a été reçu par les astrologues. Et  pour cause …Déjà, il enterre Choisnard et Krafft. Puis, par-dessus Lasson baillonné et muselant deux mille ans d’histoire, il entend que son résultat d’angularité soit « tout à fait indépendant de la doctrine astrologique », « ruinant même l’édifice de ses théories ».

 

Sans doute espérait-il être mieux reçu par nos adversaires qu’il cherchait à convaincre mais qui n’ont pas été dupes un seul instant. Pour nous, sa manière méritait la réplique. Dans le genre, citons Daniel Verney : Il nous a bien fait peur, ce M. Gauquelin ; n’allait-il pas découvrir un Mars doux et passif, un Jupiter renfermé, un Saturne bon vivant ? Mais non (et c’est sûrement le Hasard, dieu de la statistique, qui est responsable), il nous livre, comme des croissants tout chauds, à peine sortis du four expérimental de la nouvelle science des influences cosmiques, il nous livre ces fameuses « vieilles lunes », ces chimères … et il nous les offre toutes beurrées de calculs et de mathématiques, c’est un rêve, on n’ose y croire. (Fondements et avenir de l’astrologie, Fayard 1974) .

 

En somme, Gauquelin s’était offert un « Donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure «  Progressivement, il reconnaîtra que ses bilans concernent bien le patrimoine de notre connaissance ; ce qu’il fera en particulier dans son article du n° 78 (2e trimestre 1987) de L’Astrologue : « L’Utilisation pratique des bilans Gauquelin ».

 

Passons sur cette introduction. Les choses sérieuses commencent avec le jugement du recours à la statistique. Parmi nous, il en est un qui exprima un rejet intégral, absolu : Dane Rudhyar. Lors d’une venue à Paris, en 1967, il me déclara d’un ton catégorique que les résultats de Gauquelin n’avaient rien à voir avec l’astrologie ! Ce que confirme celui-ci : Dane Rudhyar me disait (gentiment) un jour : « ce que vous faites, ce n’est pas du tout de l’astrologie. Cela ne m’intéresse pas et vous perdez votre temps » (Interview dans L’Astrologue n° 73, 1er trimestre 1986).

 

On comprend cette attitude en relisant le message qu’il nous a transmis à son anniversaire de 90 ans (L’Astrologue n° 69, 1er trimestre 1985). Il s’y prononce carrément pour une astrologie affranchie de l’esprit et des méthodes de la science occidentale : Je le répète : l’astrologie que j’ai conçue en 1932-1933 ne m’est jamais apparue comme un système didactique et intellectuel ; et surtout pas « scientifique » et principalement empirique. Mais alors, dans la région métaphysique où il la situe, quels moyens Rudhyar se donne-t-il pour se contrôler, pour vérifier la valeur de ses dires ? Son seul raisonnement ne saurait constituer qu’un propos à soumettre à l’observation, qu’une spéculation. Et c’est bien là qu’est la faiblesse de l’école humaniste qui, plutôt que de se confronter à la réalité, se réfugie trop facilement dans l’abstraction, dans une étreinte de  l’insaisissable. Il risque d’en être ainsi tant que son praticien ne se posera pas vraiment la question de savoir s’il traite une vraie  ou une fausse corrélation. Car, c’est bien en faisant « correspondre » entre elles des choses qui ne correspondent pas qu’on s’est toujours trompé (Choisnard).

 

Outre que si Rudhyar prend la liberté de critiquer ses traducteurs et disciples, ceux-ci paraissent s’interdire de douter de lui – on est un astrologue adulte quand on se libère de son maître – en acceptant les erreurs d’un théoricien qui a trop peu pratiqué et qui a insuffisamment étudié et médité le savoir traditionnel.

 

Derrière ce refus formel s’est présentée la politique de la sourde oreille, notamment de l’école conditionnaliste. On a, en effet, des raisons sérieuses d’être prudent avec la statistique. N’empêche, à l’échelle du bilan Gauquelin, une intégration de ses  résultats s’impose au praticien, alors que leur non-assimilation a été préjudiciable à ceux qui les ont ignorés. Ne parlons pas de ceux qui n’en ont même pas connaissance …

 

Venons-en aux raisons qui motivent la défensive des astrologues.

 

Il faut d’abord savoir qu’instruire une statistique astrologique, c’est tourner le dos à la vocation de l’astrologie qui, par l’acte interprétatif,  est d’accéder au « sujet », à sa singularité et même au contenu subjectif de cette unicité (si le natif est au centre de son thème, entouré de ses astres, c’est donc de son égocentrisme, avant tout, qu’il s’agit). L’information statistique, étrangère à la spécificité de chaque cas, ne peut rendre compte que d’une notation quantitative d’un tout, d’un groupe se dégageant une suprématie particulière devenant objet du matériau global.

 

Généralement, cet « objet » a la valeur d’une tonalité d’ensemble, comme, par exemple, une rudesse marsienne chez des militaires ou une délicatesse lunaire ou vénusienne chez des artistes. Mais ce n’est guère là qu’une enveloppe, qu’une apparence, qui ne constitue pas l’essentiel.

Dans Profession-Heredity, série C, volume 1, 1972), les Gauquelin présentent une enquête sur 383 musiciens de musique militaire. Puisqu’ils sont musiciens, c’est-à-dire artistes, a priori, nous devrions voir Vénus à l’œuvre. Eh bien ! pour cet astre, la répartition est celle d’un encéphalogramme plat. En revanche, on voit pointer Mars à la culmination, escorté d’un beau lever lunaire. Ce qui est une belle double formule. La Lune introvertit Mars en lui donnant un accent imaginaire et en faisant passer le feu de son expression d’un état d’action à un état d’émotion. La musique militaire est du Mars lunarisé : « Sambre et Meuse » sonorise un rêve guerrier. Tout cela sans le concours de Vénus, absente ici, au détriment de la grande famille vénusienne des artistes. On assiste alors à l’intervention d’une composante de caractère sélectif qui se substitue à la note générale, du même coup atténuée. L’alignement vénusien des artistes est donc fort relatif..

C’est dire que cette « forme » qui est l’objet défini du résultat statistique est quelque chose de plus ou moins aléatoire qui ne constitue pas l’essentiel, c’est-à-dire le « fond » de la matière testée. Cela est facile à comprendre.

           

Vous allez faire, par exemple, une statistique sur les acteurs. Et vous voilà partis pour grouper pêle-mêle, tour à tour, Greta Garbo et Marguerite Moreno, Marlène Dietrich, et Pauline Carton, Arletty et Michèle Morgan, Simone Signoret et Brigitte Bardot, Annie Girardot et Mireille Darc … Sans oublier, côte à côte, le monde masculin des Valentino, Guitry, Jouvet, Dullin, Brasseur, Fresnay, Barrault, Fernandel, Bourvil, Gabin, de Funès, Montand et autres Coluche … Quel extravagant méli-mélo ! 

 

Ce sont toutes les variétés d’un univers qui se présente à nous. Avec une troupe de personnages aussi contrastés et originaux, attendez-vous au défilé du plus vaste panorama qui soit de configurations, aboutissant à un étalement informe. Le moulin de la statistique n’a moulu que la paille en laissant passer le grain des entités de nos vedettes. Mais, ne croyez-vous pas que ce n’est déjà pas si mal si , avec la paille, vous obtenez, malgré tout, un subtil résultat ? Délicat, certes, au regard de la minceur de l’écart obtenu, mais qui a son intérêt propre, comme ici une culmination jupitérienne assez spectaculaire (revoir figure page 6 ), résultat d’autant mieux bienvenu qu’il  fait écho à un autre d’où il tire sa justification..

 

Jadis, au milieu du siècle dernier, du temps que j’enseignais au « Centre International d’Astrologie » (C.I.A.), il était entendu que parmi les configurations les mieux établies se présentaient l’angularité de Jupiter avec l’extraversion et celle de Saturne avec l’introversion.

 

Un quart de siècle plus tard, dans un article de New Behaviour de mai 1975, Hans J. Eysenck, professeur à l’Université de Londres, émet la prédiction que l’introversion devrait être liée à Saturne, et l’extraversion à Jupiter et Mars.. Ce qui devient le point de départ d’une enquête soumise à un traitement statistique approprié, à laquelle participent le psychologue, son épouse Sybil, chargée de sélectionner les mots-clés de chaque catégorie pour recomposer les tableaux des deux types jungiens, et Gauquelin. Le résultat fut publié dans le n° 18 de 1979 du British Journal of Social & Clinical Psychology.

 

Il confirme manifestement le pari de Eysenck, doublement : non seulement Jupiter et Mars sont angulaires chez les extravertis, comme l’est Saturne chez les introvertis, mais encore, les deux premiers « évitent » les angles chez les introvertis comme Saturne chez les extravertis, le contraste étant total. Une seconde statistique faite par Gauquelin sur 5000 traits de 500 sujets américains (in Personality & Individual Differences, 2, 1981) aboutit aux mêmes conclusions.

 

Revenons donc à notre enquête sur les acteurs. Avec son résultat – un Jupiter de surcroît au Milieu du ciel – on conçoit que l’ensemble de la corporation des acteurs fasse son lit sur un comportement extraverti : se montrer, s’exhiber, gesticuler …,mais ce n’est là, pour ainsi dire, qu’une façade, qu’un contenant global ; note du genre plus ou moins perceptible, chaque fois différemment, d’une catégorie d’enquête à une autre. Reste, naturellement, le contenu  qui constitue le fond de l’humaine nature ultra-diversifiée de ces artistes, sur lequel la statistique reste muette, où se diluent les diverses signatures planétaires, la luni-vénusienne Marilyn Monroe n’ayant rien à voir avec une marsienne comme Katharine Hepburn ou une saturnienne comme Marlène Dietrich.

 

                                                                                                                                                             

 Il faut aussi faire parler la statistique en éclairant un résultat par comparaison à un autre, surtout dans un contraste extrême. Ici, par exemple, entre une surfréquence et une sous-fréquence concernant une radicale antinomie planétaire, comme la Lune et Mars (Eau et Feu). Ainsi, on comprend d’autant mieux la signature luni-marsienne de la musique militaire que s’observe – cette fois, par incompatibilité de ce duo où la pleine performance de l’un a besoin de l’absence de l’autre - un déficit d’angularité (surtout au lever) de la Lune chez les chefs militaires, et plus fortement encore chez les champions sportifs, l’action du suractif tournant le dos au lymphatisme, terrain de l’imaginaire, de la contemplation rêvée, d’états d’âme (statistiques relevées dans Written in the stars, The Aquaria Press, 1988).

 

Un dernier sujet livré à la critique est celui qui incrimine la minceur des résultats obtenus. Déjà, Choisnard butait, pour ainsi dire, à une faible variation d’écart, obtenant, au lieu de 5,5 % (soit un-dix-huitième, correspondant à une conjonction de 10° d’orbe) une fréquence stabilisée entre 9 et 11%. Et à un « test Zellen » ultime, imposé par le terrible Kurtz, entre sportifs non champions et champions sportifs, l’effet passe de 12,8 % à 21,8 %, proportion classique obtenue par l’ensemble des travaux de Gauquelin, ce qui suffit à confirmer la valeur du résultant, sans pour autant impressionner monsieur tout le monde.

 

Ce qui fait le bonheur de l’adversaire. Ah ! si seulement Mars angulaire avait été présent bien plus souvent chez les champions, l’embarras eut été autre. Or, ce n’est qu’un petit nombre qui sort du lot. Voyez comment en a profité Paul Couderc, astronome de l’Observatoire de Paris, dans la dernière édition de son « Que sais-je ? » sur L’Astrologie (depuis remplacé par celui de Suzel Fuzeau-Braesch) , obligé de reconnaître enfin les résultats de Gauquelin. Empressé de sauver les meubles, il déclare : « Les travaux de M. Gauquelin ont au moins cela de bon qu’ils mettent en évidence la « limite supérieure » de ce que pourrait être « l’efficacité » de Mars, à supposer qu’il y en ait une, ce qui n’est nullement démontré. Dans le résultat Para (belge), les deux secteurs favorisés par Mars offrent, au total, 28 sportifs en excédent ;  les 507 autres ne doivent rien à Mars. » Ouf ! on a eu chaud …

 

Ohé ! pas si vite …Il est dangereux de s’engouffrer ainsi sans penser que l’angularité marsienne pourrait ne pas être le seul facteur valorisateur en question, suivi ou accompagné qu’il est par les maîtrises et aspects de l’astre, ni que des tendances autres que marsiennes ne pourraient pas contribuer au même résultat. La « science » du critique serait-elle aussi simplette ? On a vu, avec la musique militaire, comment Vénus pouvait être escamotée dans le groupe des artistes, et je présume qu’il peut aussi en être de même avec la peinture, un des plus beaux spécialistes de grands tableaux de scènes de guerre, Alphonse de Neuville, par exemple, ayant un Mars du Lion au Fond du ciel et en sextil de l’Ascendant. Bien vaste est la calotte des cieux.

 

De toute façon, Couderc, qui n’y croyait pas, est pris à son propre piège : Car si, comme elle le soutient, les astres étaient un facteur non négligeable pour la personnalité de chaque homme, entraient pour une part, même faible, dans la formation de ses caractères corporels ou spirituels, en coopération avec mille autres facteurs (hérédité, milieu, hasards …) ce serait une propriété d’une valeur incalculable. On pourrait essayer d’en tirer parti pour le bonheur de l’humanité. Un « même faible » mis en italique …

           

L’effet angulaire obtenu ne doit être ni sous-estimé ni surestimé. Il est relativité, comme l’astrologie elle-même. L’angle de perception statistique ne dévoile qu’un semblant collectif, en marge de tous les tempéraments du groupe, chacun y vivant sa condition propre de sportif, d’artiste, de savant, etc, selon la formule de sa signature personnelle.

 

S’il existe, malgré tout, une éclosion de résultats d’angularité, par manifestation de valorisation quantitative, médiocre est généralement la cueillette statistique d’autres configurations. Lors d’une petite enquête sur « Saturne et l’orphelinat » (n° 123, 3e trimestre 1998 de L’Astrologue), portant sur 264 cas de personnages célèbres (cités) , ayant perdu prématurément l’un de leurs parents, si j’ai obtenu un doublement de positions de Saturne en secteurs IV et X, par contre, c’est tout juste s’il y a eu un supplément de conjonctions de la même planète avec les luminaires et Vénus.

 

C’est là le sort de maintes enquêtes partant d’un critère objectif d’événement, peu importe l’éventail des situations existentielles. C’est qu’en fait la configuration se manifeste d’une façon sous-jaçente, parce qu’elle parle essentiellement du sujet en rendant compte de la subjectivité de son être, de sa façon de ressentir la vie, quelles qu’en soient les circonstances.

 

Ici s’impose un retour au  problème fondamental de la phénoménologie de l’astrologie : à quel ordre de réalité s’adresse le fait astrologique ? Est-il vraiment identifiable au donné du réel objectif tel qu’il se présente ? N’adhère-t-il pas plutôt à quelque arrière-plan de la vie du sujet ? En dernier ressort, le tissu de nos configurations ne serait-il pas psychique, le réel astrologique étant fondé sur la relation cosmos-psyché ? Cette thèse personnelle, exprimée déjà dans De la Psychanalyse à l’Astrologie, gagne du terrain. Chacun l’exprimant différemment à sa manière, elle paraît être plus ou moins rejointe par des auteurs aussi divers que Solange de Mailly Nesle, Michel Cazenave, Ferdinand David, François Villée, Robert Gouiran, Emmanuel Le Bret, Philippe Granger, Patrice Guinard. Voire, Robert Amadou (pour ne citer que ceux qui se sont exprimés en France sur la question).

 

Dans L’Astrologie et la science future du psychisme (Le Rocher, 1988), Daniel Verney replace la « structure psychique » comme véhicule médiateur entre les astralités et le vécu humain, le lien cosmos-anthropos tenant de son logos. Nous ne sommes qu’à l’aube du savoir astrologique .


 

DE  CIRO  DISCEPOLO  A  DIDIER  CASTILLE

 

L’Italie s’est honorée d’une expérience statistique qui nous gratifie d’un indice inédit en matière d’hérédité astrale. Nous la devons à Ciro Discepolo qui en est arrivé à tester 75.000 données.. Somme à propos de laquelle il est bon de rappeler le travail que représente le ramassage aux bureaux de l’état civil de fiches natales, livrées par paquets de dix ou de vingt, traitées ensuite sur un ordinateur fonctionnant sans discontinuer des semaines entières. Bref, des mois de travail effectué en équipe, d’abord avec Michèle Mauro et Fausto Passariello, et ensuite avec la collaboration active de Luigi Miele  L’Astrologue a rendu compte de l’élaboration de ces recherches dans ses numéros 63, 67, 94 et 106.

 

La pièce nouvelle au dossier de l’hérédité astrale allait être celle des signes. 25 combinaisons de variables devaient être traitées en comparant entre parents et enfants leurs respectifs signes de l’Ascendant, du Soleil, de la Lune, ainsi que des maisons des deux luminaires. Cette enquête a été effectuée sous le contrôle des autorités statistiques de l’Université de Naples, avec Luigi d’Ambra, professeur du Département de mathématique et de statistique.

 

Un premier bilan portant sur 20.797 naissances a été présenté dans le n° 13 de Ricerca 90 (revue de Discepolo), fournissant déjà un certain résultat positif entre signe solaire et signe Ascendant. En janvier 1994, l’équipe prenait en charge un échantillon de 47.320 sujets du dossier Gauquelin. Ainsi, sur la base d’un échantillon total de 75.572 sujets, une corrélation se trouvait confirmée : la tendance à ce que le signe solaire du père ou de la mère devienne le signe Ascendant de l’enfant.

Dans le cadre d’une observation sur laquelle je reviendrai, je m’étais depuis longtemps interrogé si c’était tout à fait un hasard que ma mère ait eu son Soleil en Verseau et que j’y aie mon Ascendant ; je suis maintenant fixé. J’ajouterai qu’il est curieux que Discepolo ait l’Ascendant et le Soleil conjoints en Cancer.

 

La dernière partie du XXe siècle témoigne d’une plus grande activité statistique qu’illustrent de nouvelles publications comme Correlation en Angleterre, ainsi qu’en France ,Research Journal de Françoise Gauquelin-Schneider et Les Cahiers du RAMS.. Cela nous a valu un regain d’enquêtes, en particulier sur nos procédés prévisionnels, grâce à Hervé Delboy.

 

Certes, le contrôle en ce domaine n’avait pas cessé. Choisnard lui-même avait testé les transits et obtenu un début de résultat avec ceux de Mars et de Saturne  sur le Soleil, doublant à la mort de 200 individus. Gauquelin pulvérisa cette misérable enquête, pour ainsi dire lilliputienne, en présentant un bilan négatif sur 7482 décès. On pouvait aussi suivre diverses études de comparaison de résultats respectifs, transitaires ou directionnels, dans diverses revues : Demain, Zenit …ou à l’occasion de congrès. Une étape nouvelle s’est présentée avec L’Astrologie rencontre la science (Dervy-livres, 1977) de Jean Barets, préfacée par Abellio.

 

L’auteur, de réputation internationale dans sa technique de calculs industriels, se fait contrôler, au surplus, par une autorité universitaire spécialisée. Son application des transits porte sur 112 faits politiques majeurs concernant les carrières des 13 principales grandes figures nationales de la Ve République. Sa méthode de contrôle vise à vérifier les transits des planètes lentes, en particulier le trio Jupiter-Saturne-Uranus, sur quelques positions natales spécifiques : le Soleil, Jupiter, le Milieu du ciel. Il parvient à une démonstration convaincante qu’il résume ainsi : Il n’existe pas toujours une promotion pour un bon aspect, mais il existe toujours un bon aspect lors d’une promotion. 

 

Jusqu’en ces années, chaque manuel ou traité se consacrant à la prévision s’était contenté d’exposé théorique, donnant la didactique marche à suivre pour parvenir au but, en livrant tout au plus un ou quelques exemples d’application. Je devais rompre avec cette rhétorique en présentant La Prévision de l’avenir par l’astrologie (Hachette, 1982), devenue depuis 1986 aux Editions traditionnelles La Prévision astrologique : les transits.

 

L’intérêt nouveau résidait dans une application générale du bagage théorique à un ensemble de plusieurs centaines d’hommes d’Etat, traités collectivement. En exemple, les quatre tableaux exposant les transits de conjonction d’Uranus et de Neptune au Soleil et à Jupiter, permettant de constater de successives passations de pouvoir d’un politique à l’autre dans le temps. Il ne s’agit pas là de statistique mais d’observation globale ordonnée qui tient sa valeur du traitement des cas par familles de transit et sur un ensemble donné. Comme celui, par exemple, du transit de conjonction d’Uranus sur Mars dans la succession d’une vingtaine d’assassinats et d’attentats politiques. Certes, ce procédé d’étude comparative n’a pas l’estampille de la cote chiffrée (dont, d’ailleurs, on l’a vu, les statisticiens eux-mêmes font bon marché), mais il n’en est pas moins une démonstration empirique de l’efficacité du processus transitaire.

 

La manière de traitement du matériau n’est pas sans jouer son rôle. Ainsi, une enquête statistique (L’Astrologue n° 75, 3’ tr. 1986) menée par Discepolo sur 834 nominations ministérielles – prise en compte des 44 ministres de tous les gouvernements de la République Italienne depuis sa fondation – en comparaison des résultats d’autant de.dates fictives, concernant les transits de Jupiter, n’a pas été concluante. Ici, on a l’impression d’une panne astrologique à étudier de plus près.

 

C’est alors qu’entre en scène Hervé Delboy, suscité par l’expérience de Barets. Ce médecin informaticien nous gratifie d’une prestation de spécialiste perfectionniste, qui pousse le plus loin possible l’exigence de la confrontation. Un moment donné, son objectif est les transits. On peut suivre son parcours dans les numéros 98, 102, 105 et 119 de L’Astrologue, et dans Les Cahiers du RAMS, où il expose des tableaux significatifs de transits du même trio Jupiter-Saturne-Uranus aux significateurs de la carrière, accompagnant des œuvres d’auteur : Boulez, Balzac, Einstein, Verne et Ravel.

 

Mais c’est surtout avec les Directions primaires et dans le domaine de la santé que ce médecin nous apporte des résultats concluants. Il avait d’abord commencé par publier dans L’Astrologue  n° 80 (4e tr. 1987) une « Recherche de l’époque du décès » en présentant déjà les résultats positifs d’un échantillon de 360 cas, traités aux DP. Il devait ensuite retravailler le sujet au n° 93 en exposant 720 cas, puis au n° 128, avec un échantillon élargi à 1430 décès. Delboy devait en arriver à publier Astropronostic des périodes critiques de la vie par les directions primaires (Editions traditionnelles, 2001).

 

Pour la première fois, les DP font l’objet d’une exploration importante. Plus précisément, car il n’y en a malheureusement pas que d’une seule espèce, les directions mondiales, appliquées à l’arc directionnel en domitude. C’est leur application sur un millier et demi d’individus qu’il opère à propos de leur mort, en nous mettant sous les yeux les cas d’une centaine de célébrités. « Que choisir de mieux, de plus fort, de plus repérable que des dates de décès » souligne dans sa préface Suzel Fuzeau-Braesch ; n’est-ce  pas une occasion ultime de tester une période critique de la vie ?  Et ce procédé prévisionnel donne un résultat significatif clair : les « configurations à risque » sont les conjonctions et dissonances de Mars et Saturne, « procurateurs de mort » aux facteurs « aphétiques », luminaires et Ascendant. Rappelant d’ailleurs la conception « tendancielle » de la pensée traditionnelle, l’auteur a soin de relativiser le résultat obtenu : Les DP pourraient avoir une valeur pour cerner un intervalle d’années (…) au cours desquelles la prudence s’imposerait, surtout si deux DP jouaient à la fois.

 

Son acquis est capital, même s’il reste – affaire de recherches à venir – à être évalué en comparaison d’ultérieures enquêtes effectuées en testant les divers autres systèmes directionnels, celui notamment que Danièle Jay pratique à la suite de Reverchon.

 

Depuis la parution de son « Que sais-je ? » (PUF, 1989) sur L’Astrologie, Suzel Fuzeau-Braesch, Dr. ès sciences, œuvre au RAMS pour une saine pratique astrologique, où elle se livre à diverses enquêtes statistiques. Elle était déjà entrée en campagne en publiant en 1992 chez Robert Laffont : Astrologie : la preuve par deux, à l’adresse particulière de ses confrères universitaires qu’elle cherche à libérer du préjugé anti-astrologique, où elle se livre à une expérimentation interprétative effectuée sur 238 paires de jumeaux, comparativement  traités, et soumise au jugement familial. Courageuse initiative aux résultats encourageants tout en étant une leçon de pratique. Dans un livre écrit avec Hervé Delboy : Comment démontrer l’astrologie : expérimentations et approches théoriques ; Albin Michel, 1999, d’un sondage de 524 étudiants répondant d’un coup à 630 questions posées, en un cheminement inverse à l’ordinaire vérification d’un dit, elle tente de recomposer le tissu configurationnel en lui attribuant les significations relevant des réponses et des thèmes de ces sondés. Est-il possible de rebâtir un savoir par pure voie statistique ? Le doute est permis, mais les enquêtes de cet auteur sont, pour tout astrologue, un passage obligé.

 

Nous en venons à l’actualité : enfin Didier Castille vînt …

 

Nous devions bien un jour franchir une nouvelle dimension de l’exploration statistique. Après être passés par des échantillons de plus en plus grands, depuis seulement quelques centaines jusqu’à déjà des dizaines de milliers, il fallait en venir au fond de populations entières impliquant des millions d’individus par dizaines et centaines. Cette fois, c’est la somme démographique elle-même qui se trouve collectivement sondée : plaque tournante pour l’astrologie où, enfin, sans recul, s’impose la vérité d’un oui ou d’un non définitif. Nous en arrivons là.

 

Une chance particulière s’est présentée avec Didier Castille qui, à pied d’oeuvre avec sa compétence professionnelle et sa connaissance astrologique, a pu conjuguer la technique d’investigation statistique des bases de données démographiques de bonne qualité et la puissance des outils informatiques actuels.

 

 Il avait déjà contribué à l’exploration statistique entreprise par Gunter Sachs dans Die Akte Astrologie (Munich, 1997) – Le Dossier Astrologie, Michel Lafon, 2000 - une somme d’enquêtes importantes relançant  de plus belle l’exploration solaire des signes zodiacaux, aux résultats qui demandent un recul pour en juger la valeur. Mais il allait nous gratifier de sondages portant – enfin – sur l’ensemble de la population française ! Traitant ainsi les générations vivantes de notre pays ! Peut-on plus ? Seulement si l’on étend la même exploration aux autres pays, puis au monde entier (on y parviendra). En attendant, il s’agit déjà d’un « jusqu’au bout » de l’accès ultime à la totalité de notre population nationale, permettant de savoir ce que les Français ont « astrologiquement dans le ventre ». …

 

Didier Castille a exposé dans plusieurs numéros des Cahiers du RAMS ses résultats qui renouvellent la physionomie de nos données astrostatistiques, et il en présente ici une synthèse du plus haut intérêt. J’en retiens surtout l’ensemble de ses découvertes sur le mariage et l’hérédité astrale.

 


Sculpture mycénienne du soleil sur son char

 

 Déjà, l’équipe Gunter Sachs avait obtenu un résultat semblable avec les 358.000 mariages célébrés en Suisse entre 1987 et 1994. Voilà qu’avec la France on est passé aux 6 millions et demi d’unions conclues sur les 21 années de 1976 à 1996. Deux pays déjà impliqués. Ce résultat matrimonial consacre la vertu spécifique de la conjonction qui approche et unit : il y a d’autant plus de « conjoints » que le Soleil de l’homme est proche du Soleil de la femme, le maximum d’unions se faisant entre gens d’anniversaires voisins Parallèlement, comme si l’attirance du semblable conduisant à l’accouplement se prolongeait de l’engendrement du semblable, le résultat génétique – portant sur la quinzaine de millions de naissances survenues en France entre 1977 et 1997 ! - consacre la vertu de réplique de la conjonction : il naît d’autant plus d’enfants que le Soleil de ceux-ci se rapproche des Soleils de leur père et de leur mère, le maximum des naissances se produisant autour d’un anniversaire commun.

 

C’est là un effet double qu’il faut enregistrer en un tout. Et ce total constitue un fait capital de la vie humaine.

 

Jusqu’ici, il avait manqué une pièce centrale au dossier de la réhabilitation de notre discipline : le Soleil était absent du jeu.. J’eus plusieurs conversations à ce sujet avec Gauquelin. Celui-ci s’était naturellement étonné d’un non-résultat de l’astre central. L’explication que je lui avais fournie, c’était du moins mon avis, est que le Soleil s’efface derrière le signe qu’il valorise par sa présence. Pour en juger, il eut fallu tester les Soleil angulaires, signe après signe, et voir si le Soleil en Bélier faisait ressortir des traits marsiens, le Soleil en Taureau des traits vénusiens …C’était d’ailleurs la seule manière de tester le zodiaque dont aucune des nombreuses enquêtes – menées aveuglément  – n’a jamais rien donné. Parce que le zodiaque par lui-même serait vide de sens ? Ce serait oublier le résultat de Discepolo en hérédité astrale : si l’Ascendant de l’enfant a tendance à résulter du Soleil paternel ou maternel, n’est-ce pas par l’intermédiaire du signe commun que se transmet quelque chose du géniteur ou de la génitrice à son rejeton ?

Sans le signe, voici, maintenant, que cette carence capitale est  comblée : le Soleil est de la fête et il l’est doublement pour l’essentiel. Il est présent aux deux épisodes fondamentaux de l’existence humaine : l’union et l’engendrement. Il s’avère que l’homme et la femme ont tendance à s’attirer pour s’unir, d’autant plus que le Soleil de l’un est conjoint au Soleil de l’autre. La conjonction conduit au couple. Et il s’avère tout autant que l’un et l’autre ont une disposition à ce que leur progéniture les rejoigne au long du calendrier annuel, les anniversaires les rapprochant les uns des autres en une répétition du similaire. Didier Castille a contesté que, pour l’ensemble de la population française actuelle, ce qui vient en tête, dans le nombre des familles, est le trio père-taureau, mère-taureau et enfant taureau.

 

Si l’on examine les deux graphiques qui sont identiques, leur ligne générale a la forme d’un accent circonflexe, la pointe centrale supérieure tombant sur la conjonction et le trait descendant progressivement de part et d’autre de celle-ci, l’abaissement s’accentuant jusqu’aux oppositions. C’est la totalité d’un mouvement général, comme l’animation d’une masse, qu’il faut saisir ici, plus que seulement la concentration autour de la conjonction.

 

Plus les Soleils de l’homme et de la femme sont proches l’un de l’autre et plus il y a de « conjoints », les unions s’amoindrissant à mesure qu’ils s’éloignent l’un de l’autre. Certes, la variation – une fois de plus – n’est pas considérable, ne montrant qu’un écart entre + 2,5 et – 0,10 % ; n’empêche qu’elle anime la marée humaine dans sa totalité. Dans le même style, la répartition annuelle des naissances des enfants est proportionnelle au rapprochement d’un anniversaire commun avec les parents, variation plus prononcée qui s’observe entre + 10 et – 1 %. Conjonctions solaires : avec le couple, phénomène d’attraction du semblable par rapprochement narcissique, aboutissant à l’union ; et dans l’accouplement, reproduction du semblable. Outre que le Soleil entraîne dans son sillage le même jeu de conjonction de Vénus, ainsi que de Mercure, jusqu’ici exclu des résultats d’enquête statistique.

 

Naturellement, le Soleil est un autre poids lourd qu’un de ses satellites et il est difficile de le nier : tôt ou tard, il faudra bien le prendre en considération. Une idée qui vient à l’esprit est que nous pouvons avoir affaire ici à un phénomène analogue à celui de l’attraction universelle, s’exerçant, cette fois, non plus sur la matière, mais sur le plan subtil de la vie psychique. Daniel Verney a déjà envisagé cette hypothèse et l’on entrevoit qu’une lumière (solaire) nouvelle s’étendant sur l’art d’Uranie n’est plus si lointaine. Que le Soleil revienne enfin au cœur du sujet, replacé sur son trône royal, n’est-ce pas naturel ? Annonce virtuelle d’une réhabilitation à terme de l’art d’Uranie.

 

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