Astrologie Individuelle
(Pratique)

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LA  SIGNATURE  ASTRALE


 

J’éprouve encore, sur mes vieux jours, le besoin impératif de revenir sur le dossier de la « signature », tant je ressens l’importance capitale du sujet et combien nous sommes encore loin de pouvoir le traiter convenablement - moi compris, hélas - sans parler des innocents, et ils dominent dans la république des astrologues, pour qui ce domaine n’est qu’à peine effleuré, si même il est connu d’eux, outre encore ceux qui y renoncent délibérément.

Il me tenait à cœur puisque j’en avais déjà fait le thème d’un article dans le n° 2 de l’Astrologue : « La pratique de la Dominante ». Une quarantaine d’années sont passées depuis sa rédaction et ce recul  temporel me donne la mesure d’une énorme insuffisance justifiant cette nouvelle intervention en force.

En abordant ce thème de la « dominante » - blason de la formule astrale de la personne, ses armoiries en quelque sorte, qui lui impriment son style – nous avons conscience de toucher à l’essentiel de l’interprétation du thème, comme si celle-ci était sa pierre angulaire ou sa clé de voûte. Une sorte de quête du Graal … C’est que l’enjeu n’est pas mince, car interpréter dans cette finalité, c’est écrire l’histoire psychologique de l’individu à peu près comme on dresse la carte d’un pays pour y donner une juste idée de son relief, des proportions de ses étendues diverses et des relations qui s’y établissent, soit une identification de la vie qui s’y passe. Et en raison de son importance, il ne faut pas s’étonner que cette notion soit là, déjà au départ du passage à l’acte interprétatif. Du moins s’y pose-t-elle comme une présence latente, une virtualité qui s’insinue  et s’esquisse  en se précisant à mesure qu’on le concrétise.

Naturellement, il n’est pas étonnant que cette donnée figure tout au long du discours traditionnel, comme un message permanent des anciens et répété sous les formules les plus diverses. D’où le recours à leur savoir, comme enseignement ouvert livré à l’esprit critique : du moment que l’on y voit l’homme tentant d’élancer sa pensée au-dessus de la Terre pour enlacer le Ciel au cœur d’une nuit profonde, nous devrions capter au moins un filet de vérité, venu déjà des moulins de la Chaldée et des pétrins de la Grèce .

Une fois de plus, en la circonstance, il faut rappeler à chaque nouveau venu à l’art d’Uranie – qu’il soit d’hier, d’aujourd’hui ou de demain – qu’il est un éphémère passager ayant  sauté dans un train en marche qui a déjà derrière lui un long périple et dont le parcours s’inscrit en alluvions de savoir que le temps a déposé à ses pieds, son plus élémentaire intérêt étant d’abord d’être à l’écoute des voyageurs qui ont eux-mêmes tracé l’itinéraire du parcours où il est embarqué.

Que serait d’ailleurs l’astrologie d’aujourd’hui sans l’héritage traditionnel ? Quelle dérision le dédain de guignols entichés de leur moderne supériorité appelée à disparaître avec eux ! Car, n’est-ce pas l’essentiel du savoir des anciens que ceux-ci détiennent, en priorité le lumineux arc-en-ciel du planétaire qu’aucun de nous n’eut pu miraculeusement inventer ? S’il vous plait, outrepassez le charme suranné à l’antiquaire d’un retour sur la trace d’un passé sentant le renfermé de vieilleries bouffées aux mites, afin d’aller plus loin pour atteindre un  Fond-du-ciel, comme en un retour à l’origine rècupérant un terreau fécondant, une fraîcheur de source faisant vibrer sa lyre.

Aux premiers pas sur ce long chemin, on voit Ptolémée l’accomplir en posant la Nature (singulièrement absente dans notre pensée d’aujourd’hui) comme lien obligé entre l’homme et le monde : naissance écologique de l’ « astrologie naturelle ». Si le Soleil chauffe et la Lune humidifie, à Saturne revient la génération du froid, alors que Mars brûle … Dès l’époque pythagoricienne et surtout depuis Hippocrate, le clavier astral est incorporé à une doctrine des tempéraments liant saisons de l’année et âges de la vie où se combinent éléments en leurs principes, à travers une notion humorale naturellement congédiée par le temps.

            HUMEUR                    SAISON                      QUALITE                    AGE

            sang                           printemps                   humide-chaud            jeunesse

            bile jaune                    été                              chaud-sec                  âge mûr

            bile noire                     automne                     sec-froid                     vieillesse

            flegme                        hiver                            froid-humide               enfance

 

Depuis cette époque lointaine, les termes Flegmatique-Sanguin-Colérique-Mélancolique constituent quatre catégories tempéramentales, que le temps honore d’être la première typologie humaine de l’histoire, ayant traversé plus de deux millénaires ! C’est à peine si le vocabulaire a changé, le flegmatique étant depuis devenu un Lymphatique, le colérique un Bilieux et le mélancolique un Nerveux. Il importe peu que le support théorique des humeurs soit devenu caduque depuis longtemps, car le relais de nouvelles références modernes en a conforté la classification. Faut-il rappeler que l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et le carbone sont les constituants de la matière vivante et font l’étoffe de tout l’univers, et qu’au laser l’atome s’accélère ou se ralentit suivant qu’on le chauffe ou qu’on le refroidit ? Outre que, ici, l’objet cosmique parle à l’homme le langage du monde, de la nature, parce que l’être du dehors et l’être en soi, faits l’un et l’autre de la même chair, n’existent qu’en tant qu’ils se dépassent en une totalité vivante, le vrai naturel étant le tout. Heureux ici est ce rappel de Victor Hugo : « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas ». Si c’est par le ciel que nous connaissons la Terre, c’est par la Terre dans le ciel que nous connaissons l’Homme, un Homme œuvre de la Nature.

Aujourd’hui, pareilles bases sont absentes ou exclues du bagage de plusieurs écoles modernes, nul doute au détriment de leur valeur enseignante. Car, d’une part, cette classification quaternaire des éléments ne cesse de renaître de ses cendres, comme en témoignent ces diverses reconstitutions au cours du siècle dernier, à bases, cette fois, morphologique, biotypologique, physiologique et embryologique.

D’autre part, ce qui vient de si loin reçoit maintenant, comme  valeur établie, la bénédiction d’une confirmation statistique de Michel Gauquelin (« L’Astrologie hier et aujourd’hui », Culture, Art, Loisir, 1972), les quatre astres en question étant, comme il en convient en direct, de purs représentants de nos quatre éléments.

 

Mais revenons plus avant en remontant à l’état premier des choses : l’astrologie est d’abord une planétologie. Animation de la vie du cosmos, le Planétaire est la matrice du langage universel, l’alphabet des catégories fondamentales de la vie. C’est lui qui nous livre, entre le Ciel et la Terre et dans les rapports de l’Un au Multiple, la grande chaîne des solidarités homologiques entre toutes choses, d’un règne à un autre : humains, animaux, végétaux, minéraux …, ainsi qu’entre  les diverses parties de chaque espèce. Verbe d’une circulation de la similitude, à l’infini propagé en un jeu de miroir homologuant ces liens entre l’homme, la nature et l’univers. On peut déjà en juger en se reportant à l’imagier de l’iconographie des tempéraments avec les dieux planétaires et les enfants des planètes. Chaque tempérament est tout un milieu environnemental dans un apparentement généralisant. Si le flegmatique lunaire est posé en un décor maritime comme le jupitérien sanguin en paysage à moulin à vent, flanqué d’un cheval, d’un paon ou d’un volatile, le colérique martien se voit affublé en chasseur ou flanqué d’un fauve … De même que dans la série des chars planétaires, à Saturne est alloué l’attelage de dragons, animaux des gouffres souterrains, affiliant l’astre à son élément …

 

L E S    C H R O N O C R A T O R I E S

 

Tout repose sur les propriétés des corps célestes, sur le “pouvoir” de l’astre sujet à évaluation, et l’on a vu qu’est d’abord posée en face de la donnée astrale la signature d’un tempérament. Démarche élaborée au livre III chapitre 12 du Tétrabiblos fondant cette doctrine tempéramentale sur la gamme du septénaire.

En plus de cette référence première aux éléments de notre environnement terrestre, la tradition a institué, telle la gamme d’un solfège, une véritable Comédie humaine en fondant le Planétaire sur la temporalité du système solaire, dans une succession de l’astre le plus près à l’astre le plus lointain, échelonnant cette fois les caractères humains sur une suite des âges de la vie humaine, de la Lune assimilée à l’enfance (surtout l’âge humide au berceau, au temps des langes, de l’allaitement, du biberon, des bouillies, Ptolémée dixit) à Saturne identifié à la vieillesse ridée et desséchée. Pyramide des âges élevée comme un hôtel : telle est la linguistique caractérologique des chronocratories.

A la racine même de l’archétype duquel est issu notre savoir sur le symbolisme planétaire réside l’identification du dieu astral et du type humain posé à un âge donné du cycle existentiel. Ainsi, du plus lointain nous est venue l’image de Mercure représenté en jouvenceau, en éphèbe, à l’âge de latence, lutin affairé au jeu et à la camaraderie des classes écolières. Vénus est identifiée à une jeune beauté féminine « dans la fleur de l’âge » aux arômes printaniers, celui de l’adolescence amoureuse, soucieuse de son charme et toute à son souci de plaire pour ses émois sentimentaux, être aimée primant tout. Le Soleil rejoint Apollon, jeune homme esthète parvenu à sa majorité où l’on se prend en mains, plein d’idéal et d’ambition, rêvant la grandeur, se voulant sublime en pleine lumière, tel un héros. Lui succède Mars au cœur de l’état adulte, âge de fer où l’on se bat pour vivre, pour conquérir sa place au soleil et atteindre ses buts. Comme Jupiter l’est de l’âge mûr avantageux, à la barbe fleurie, bon ventre et bonne réputation, jouissant d’être « parvenu » et profitant de ses biens acquis. Quant à Saturne, lanterne sourde sur son long périple au bout du ciel visible, il va à merveille au terminus morose de la vieillesse avec sa lumière terne, sa lenteur, sa distance  ; si l’être se fait pasteur, l’astre rejoint aussi le lugubre dieu du temps,  porteur du sablier et de la faux, aux portes de la mort.

Il y a avec ce septuor, dans une portée totalisante, tout un rythme de la vie en un enchaînement anthropogénétique ordonné : aux astres les plus rapides dans leur mobilité les âges où l’être humain plastique et gracile change le plus vite et le plus considérablement ; au plus lent étant l’âge final statique inclinant à l’immobilité, la sclérose, voire à l’état fossile.

Un tel édifice de synthèse psychologique est rejoint par la Caractérologie lorsqu’elle compose les modulations du caractère humain dans le déroulement des âges. Il est manifeste, par exemple, que l’émotivité (E) est amplifiée au printemps de l’existence, comme l’est l’activité (A) au midi de la vie, autant que la secondarité (S) avec le poids des années, la primarité (P) prévalant à l’adolescence. Ainsi, pour Le Senne, le mouvement de l’enfance à la vieillesse se traduit-il par la métamorphose du type n-E n-A – P au type n-E  n-A – S (n étant le négatif). Gaston Berger développe ce thème en déclarant que la vie humaine suit une courbe partant de l’Amorphe (n-E n-A- P), le bébé végétatif aux formes dilatées, pour s’achever dans l’Apathique (n-E n-A- S), le vieillard hypovital aux formes amenuisées, en passant par les autres types intermédiaires : E- n-A, puis E-A, ensuite n-E-A, enfin n-E n-A, en allant de la primarité à la secondarité. De sorte que, toujours selon lui, le bébé est Amorphe, l’enfant Sanguin, l’adolescent Sentimental ou Nerveux, l’adulte Colérique ou Passionné passant au Flegmatique, et le vieillard Apathique. Ce qui va, ni plus ni moins, du lunaire au saturnien en une parfaite hiérarchie évolutive. Il est bon, d’ailleurs, de constater que le caractère planétaire est tonalisé par la succession d’âges : une forte lunarité accompagne souvent un être baigné d’enfance, au physique poupon, demeurant plus ou moins enfantin toute sa vie ; de même qu’un être fortement saturnisé est fréquemment habité de vieillesse au départ de sa vie, faisant plus âgé que son âge ou se vivant plus vieux qu’il n’est.

Individu et existence procédant d’un parcours de même essence, le déroulement chronocratorique se répercute au flux du devenir avec les transits et directions en intensifiant la configuration planétaire à l’âge qui lui correspond. Ainsi, une configuration majeure dont la Lune natale est l’objet aux premières années de la vie peut façonner un climat psychique et l’installer durablement. De même, une configuration semblable de Mercure à l’âge scolaire peut fixer le monde de l’esprit, la nature des idées, l’orientation des affinités électives. Pareillement avec Vénus autour de ses vingt ans où le destin amoureux lui-même peut se jouer dans un lien important. Tout comme les grands combats pour occuper sa place au soleil vont souvent de pair avec des configurations de Mars à la trentaine-quarantaine ; ainsi que les honneurs de carrière et succès à la cinquantaine-soixantaine avec celles de Jupiter ; au-delà arrivant les pesanteurs des dissonances saturniennes, surtout avec les inquiétudes et infortunes de santé.

Expression d’un « tempérament naturel » des astres, pour reprendre la pure formule de Ptolémée, cette typologie planétaire a aussi son langage des formes, document visuel qu’une iconographie remontant déjà à de lointains imagiers a illustré par la physiognomonie. On sait maintenant que le génome est si bien reproduit en chacune de nos cellules qu’il est une signature qui se lit dans nos plus minuscules fragments de peau comme dans la moindre goutte de sang, de salive, de sueur ou de sperme, confirmant la formule qui décrit chacun de nous tout entier par une succession particulière d’adénine-cytosine-guanine-thymine – quatre bases qui sont peut-être cousines germaines de nos éléments –  constituant notre ADN. Ce qui nous fait revenir en force à la théorie des signatures selon laquelle la partie est à l’image du tout, la note astrale se retrouvant dans le visage, la main, l’écriture … La conformité du corps est donc aussi une note d’observation de la tendance : robustesse de Mars chaud et sec, stature épanouie de Jupiter chaud et humide, contraction organique plus ou moins tenue ou nouée de Saturne froid et sec, un combiné Mars-Jupiter pouvant faire son colosse superman … C’est de la sorte, en une vision totalisante sur une même chaîne de correspondances, plate-forme d’une interdisciplinarité de savoir, que nous pouvons le mieux œuvrer.

Nous sommes au cœur d’une vision unitaire fondamentale. Elle implique que le Un procède du Tout. Ainsi, de même que chaque signe zodiacal prend son sens de sa position par rapport à l’ensemble des autres signes, la signification de chaque astre est fondée par son emplacement au sein du système solaire. Ici, par exemple, la Terre est le pivot de symétrie entre planètes intérieures et extérieures, et l’on observe que l’alignement du planétaire fonde la répartition des maîtrises zodiacales, les « domiciles » du couple des luminaires étant en face de ceux de Saturne, comme le couple Vénus-Mars a son entrecroisement Taureau-Scorpion/Balance-Bélier …

 

Ce schéma extrait de Fondements et avenir de l’astrologie (Fayard, 1974) de Daniel Verney présente un tableau entier de la structure du planétaire où figurent cinq couples planétaires et même le couple d’un couple. L’école conditionaliste de Jean Pierre Nicola a aussi les siens qui ont non moins leur intérêt, pourvu qu’on ne les enferme pas dans l’exclusivité.

Une nouvelle unité englobante relève du cycle diurne-nocturne de la vie quotidienne, dont l’interdépendance assigne à chaque astre un lieu ordonné en fonction des valeurs élémentales, le clavier planétaire y étant centré par les axes de la croix horizon-méridien. Au Soleil de régner sur l’hémisphère diurne, comme à la Lune sur l’hémisphère nocturne, Mercure occupant la position centrale neutre, en interconnexion de l’ensemble. S’impose ensuite l’alignement horizontal Mars-Vénus en un rapport de lever avec ses valeurs d’érection, de conquête ; et de coucher avec celles de réceptivité, d’accueil, d’absortion. Tout comme va de soi l’alignement méridien Jupiter-Saturne dans les tonalités d’un midi extraverti et d’un minuit introverti. Avec les nouvelles planètes se localisent sur le méridien en face-à-face d’octaves, les dialectiques Jupiter-Saturne et Uranus-Neptune, Jupiter et Uranus s’imposant au pôle solaire du midi, comme Saturne et Neptune au pôle lunaire du minuit. On remarquera que du côté gauche de la croix se répartissent les astres secs (tension, dureté), à droite étant les humides (détente), ainsi que gîtent au-dessus les astres chauds (extériorisation) et au-dessous les astres froids (intériorisation) : Saturne et Neptune en bas sont au soubassement, à la profondeur, à l’état intérieur, ce que Jupiter et Uranus en haut sont à l’essor, à l’éclat, au spectaculaire.

 

A  LA  RECHERCHE  DE  L’ESSENTIEL

 

Il s’avère qu’un même son de cloche allait se répéter de siècle en siècle : le recours à une estimation de l’importance du facteur astral. Une notion quantitative s’imposait : il s’agissait de savoir quel est l’astre qui est le mieux positionné à la naissance et dont le pouvoir prévaut, a la préséance. Longue et laborieuse enquête, encore inachevée.

Avec Paul d’Alexandrie, on passera par un « gouverneur » de l’heure, dont on verra plus loin la nature, et la tradition latine des Arabes va nommer Almuten la planète qui assume le rôle de planète dominante du thème natal. Peu importe sa désignation, qu’on l’appelle « Dominateur », « Seigneur » de la naissance, « Maître de la géniture » ou de nativité, il s’agit toujours de la donnée astrale qui a la priorité en sein du système solaire, astre y faisant office de patron.

Et il s’agit là du fondamental car cet astre « grandement puissant » est l’éminence qui ouvre la porte du temple intérieur et introduit sur la piste principale de l’essence de la personne et de sa vie. Ce que rappelle à sa manière le IIIe aphorisme du Centiloque (pseudo-Ptolémée) : « Celui qui est habile à quelque chose, quelle qu’elle soit, aura certainement aussi l’astre qui signifie cette chose, grandement puissant en sa naissance. » Ce que reprend Firmicus Maternus lorsque, évoquant les dispositions humaines, il déclare tout de go, en guise d’application restrictive : « Si c’est Mercure sous l’influence duquel il est né, il s’adonnera à l’astronomie ; si c’est Mars, il embrassera le métier des armes ; si c’est Saturne, il se livrera à la science de l’alchimie. »

Reproduisons cette planche de Maurice Munzinger (comme le sont les autres) qui expose les types planétaires selon les tempéraments, car la morphopsychologie est ignorée de l’ensemble de l’enseignement astrologique. Omission dommageable car la visualisation qu’elle implique contribue plus que tout à concrétiser un savoir trop enclin à demeure spectral. Certes, on n’est pas condamné, parce que l’on porte telle signature, d’en avoir une intégrale expression physique, qu’une autre composante peut déformer : néanmoins, sa tendance plus ou moins perçue de visu  contribue avantageusement à identifier la famille astrale type du sujet. Comme un musicien qui doit d’abord faire ses gammes, il faut pénétrer entièrement du clavier planétaire.

 

On peut ainsi comprendre que tout auteur se soit mis en quête d’identifier l’astre ou la formule astrale privilégiant  chaque thème, énumérant les conditions qui favorisent la mise en valeur de chaque planète, afin d’octroyer la priorité à celle qui emporte le plus de suffrages. Si, en s’enrôlant sous cette bannière, l’on a du mal à aboutir à une solution finale parfaite – dans l’état où nous en sommes, l’on en est encore à une réalisation ouverte et inachevée – du moins, dès les premiers pas de cette démarche visant à saisir cette dominante, unique ou plurielle, ses fondations se font jour en toute clarté.

Il n’y a pas mieux qu’un astre qui se lève ou qui culmine, voire ensuite qui se couche ou qui passe au méridien inférieur, pour lui octroyer une valorisation essentielle. Et cela, nous le tenons de Ptolémée lui-même. Et derrière lui va en succession se répéter, d’un auteur à l’autre, cette constatation première, règle d’or de l’angularité.

Il est bon de rappeler cette base élémentaire qui nous ramène à l’essentiel en nous replaçant dans la condition de l’enfantement qu’est l’acte de son « ici-maintenant ». Soit au renvoi  à la spécificité du croisement d’un « moment-lieu » : l’homme se « cosmicise » l’instant-localisé de sa venue au monde. Fugacité et confinement d’un point d’espace-temps ; ce qui, pour saisir cette unicité, requiert l’impact de la configuration générale du planétaire au regard de l’horizon et du méridien, le passage astral aux angles étant le phénomène circonscrit étroitement au fugitif événement natal. Mais il fallut avoir recours aux rapports du planétaire avec les autres facteurs du thème : passages astraux en signes et en secteurs autant qu’aspects, etc.

Si Ptolémée s’en est tenu pratiquement à dégager la valeur de l’angularité, présence du corps céleste aux points vitaux, ses successeurs se sont évertués à compléter la tâche et chacun y est allé de sa recette personnelle.

Si dans son Livre des fondements astrologiques (XIIe siècle) Abraham Ibn Ezra se contente de trouver « normal que la plus grande force soit accordée à l’angle du milieu du ciel et au premier angle, celui de l’ ascendant », Raymond Lulle, dans son Traité d’Astrologie (vers 1300), après avoir comparé la trace astrale à un sceau qui imprime ses empreintes dans la cire où se retrouvent les éléments, énumère l’application de dix-huit principes. Dans De l’Usage des Ephémérides (1634), Antoine de Villon se met aussi à rechercher les « Dignités et débilités essentielles des planètes ». Tandis que dans son Traité des Jugements des thèmes généthliaques (1657, Henri Rantzau en reste à l’angularité : « c’est là que planètes et étoiles déploient toute leur influence ». Naturellement, dans son Astrologia Gallica (1661), Morin de Villefranche va beaucoup plus loin en consacrant l’un de ses chapitres aux « Dignités et débilités essentielles des planètes ». Retenons sa définition première : « Le Maître d’un thème est la planète qui, dans ce thème, en raison de sa position et de sa domination au lieu principal de la figure, surpasse en vertu active les autres planètes. » Et avec lui, il y aura un Maître de Révolution, un Maître de l’année. Il entend même déjà comptabiliser l’énergie planétaire qu’il fait passer par un tour d’horizon général. Naturellement, « une planète dans un angle l’emporte sur une succédante ou cadente », mais encore son pouvoir dépend-il aussi de ses autres positions, 5 unités étant accordées à sa présence dans son propre signe, 4 lorsqu’elle est en exaltation, 3 en trigonocratie, alors que la débilité va jusqu’à – 5 par son exil … Ainsi est-on déjà parti pour le calcul de la dominante dans un alignement général de facteurs plus ou moins hétéroclites. Derrière lui, dans sa Pratique abrégée des Jugements astronomiques sur les nativités (1717), Henry de Boulainviller ne pourra pas faire mieux, mais on en reste à un traitement de facteurs – nous en reparlerons plus loin - dont la valeur reste en suspens.

Une relance de cette recherche va s’opérer à la rénovation de l’entrée du XXe siècle. Dans son Langage astral, Paul Choisnard renoue avec le fil traditionnel : « le maximum d’intensité correspond au voisinage du méridien ou de l’horizon à 10° environ (en maison cardinale ou cadente). MC et AS offrent les places les plus importantes, à cet égard. » Mais il n’est pas suivi par l’ensemble des auteurs des années trente et au-delà, beaucoup d’entre eux s’en tenant alors à la paresseuse formule assignant le simple maître de l’AS au rang de maître de l’horoscope, peu importent les positions planétaires elles-mêmes : une pratique misérable qui se survit encore. Mais si Choisnard est à l’aise sur ce terrain premier qui se justifie, il a conscience de la difficulté de quantifier d’autres indices en une évaluation comparative, d’autant qu’à faire trop d’emprunts dans une contiguïté du qualitatif et du quantitatif des facteurs pris en compte, on s’englue dans un pudding.

En une telle matière, nous sommes comme sur le terrain de l’écologie. L’environnement ne peut être envisagé que dans sa totalité ; tous les problèmes y sont liés par une infinité d’interférences des divers facteurs, interdisant les solutions fragmentaires. Mais on ne peut échapper à un commencement d’analyse sans saisir d’abord une spécificité « en soi » de chaque composante. Et ici s’impose le verdict de l’observation.

Prenons, par exemple, le déplacement de l’astre, objet de valorisation en fonction de sa vitesse et si mal considéré a priori dans sa rétrogradation. Il est si tentant de se laisser embarquer au fil de ce cours à reculons Or, sans me faire l’avocat du diable, je suis gêné, pour ma part, de tomber sur des cas flagrants contredisant ce raisonnement admis, et ils sont nombreux ces exemples choquants. Le grand  pionnier de l’exploration des mers, Henri le Navigateur, a son Mercure des Poissons rétrograde, Bougainville, toute sa vie en vadrouille maritime, a le sien du Sagittaire également rétrograde ; de même celui des Gémeaux de Duguay-Trouin ; ainsi que l’ont en signes différents La Pérouse, Clive, Suffren …  Et que penser du Mercure du Verseau rétrograde de Edwin Aldrin, compagnon de route céleste de Neil Armstrong qui a posé le pied sur la Lune ? Et malgré la rétrogradation, le Mercure du Bélier fait ses pionniers comme Nadar, Hahnemann, Lister … Ainsi que des Laplace, des Buffon, des Dalton … Tout autant : « Je suis né avant tout pour dessiner » déclare Edgar Degas, le plus grand pastelliste de son temps : certes, Mercure, maître d’un Jupiter en III, est au DS, mais c’est un Mercure stationnaire, sur le point de rétrograder. Le plus grand dessinateur français de son temps, Dominique Ingres, a, sans que l’on sache son heure de naissance, Mercure en Vierge et au centre d’une conjonction des luminaires, certes, mais son Mercure est rétrograde en petite vitesse. L’un et l’autre sont pourtant des génies de l’expression mercurienne de leur art. Les écrivains eux-mêmes qui l’ont ne manquent pas, de Madame de Sévigné à Françoise Sagan en passant par Balzac et Marguerite Yourcenar, Jacqueline de Romilly … Mais encore, autres sortes de fausses notes, comment ne pas être gêné de voir Mercure rétrograde également chez Judy Garland, star du chant et de la comédie déjà toute gamine ? Le Mercure du Cancer de Grégor Mendel, fondateur de la génétique, est rétrograde, comme est le Mercure des Poissons de August Borsig,, constructeur du réseau des chemins de fer en Allemagne, ainsi que celui du Bélier de Gottlich Daimler, industriel de l’automobile allemande De même que le Mercure du Taureau de James de Rothschild est rétrograde, comme l’est encore la Vénus du sculpteur Cabanel dont le nom reste attaché à sa « Naissance de Vénus » ; ou encore le Mars d’Helmuth von Moltke, chef militaire vainqueur des Autrichiens et des Français, etc … Il serait bon de poursuivre cette enquête qui peut, peut-être, faire taire un préjugé et dispenser de discourir dans le vide. Ne nous leurrons pas avec le ronronnement de nos raisonnements et venons-en toujours aux faits. Si l’on ne veut pas pratiquer à l’aveuglette, il faut passer par eux, eux seuls étant en mesure de faire taire les discours théoriques creux dont beaucoup parmi nous sont si friands. Il ne suffit pas que l’idée aille au réel, encore faut-il  que celui-ci réponde. Seul le témoignage de la carte du ciel est notre maître. Pour l’instant, contentons-nous de  dire qu’il est prudent de s’abstenir de quantifier la planète à l’aune de sa vitesse de déplacement, ce qui n’exclut pas qu’elle ait une signification qualitative.

Puisque la dominante est affaire essentiellement quantitative, l’idéal est, neutralisant les préférences individuelles, de faire déboucher son enquête sur un rendu impersonnel, c’est-à-dire d’en arriver à un calcul chiffré, résultat d’un coefficient supérieur.

Certains auteurs n’ont pas craint de vouloir se hisser à cette cime, sans se rendre compte de l’immensité de la tâche. La pièce du genre la plus connue en France est Le Maître de nativité d’Alexandre Volguine. Opération d’additions d’un ensemble de facteurs pour chaque planète : position en signe, en maison … La vérité oblige à dire que cet auteur très cultivé et par ailleurs fort estimable, n’était nullement qualifié pour entreprendre une telle tâche, n’ayant pas été un praticien ou l’ayant été si peu, et ne s’étant pas frotté non plus à la typologie planétaire qui doit se cultiver sérieusement. Il eut dû abandonner sa tâche devant ses résultats aberrants ; étant  étranger au sujet au point de n’avoir été nullement offusqué devant, par exemple, une « dominante » saturnienne d’un Rodin, pourtant si typiquement jupitérien (l’opposé !) et consacré par une double conjonction de l’astre au MC et au Soleil, outre leur sextil à l’AS ! C’est d’ailleurs carrément en dépit du bon sens que repose son système. Il souffre d’abord d’une omission majeure : la valorisation par aspect en est complètement absente, même de la planète à un angle ! Ce qui suffit déjà à le discréditer. Il manque aussi de réalisme, n’ayant pas  tiré de leçon des bilans statistiques à propos des décalages aux angularités. Outre le reste … Tout cela n’empêche pas de nouvelles recrues d’appliquer ce système les yeux fermés en débitant des âneries, comme au numéro 38 d’Astralis où Van Gogh, avec un Mars au MC, maître du Soleil en Bélier, se voit catalogué vénusien …

Il faut dire qu’on en voit trente-six chandelles à relever les erreurs commises en la matière, et venant même d’autorités auxquelles on ne pouvait s’attendre. Par exemple, Don Néroman lui-même, tenant à regret la chose pour quantité négligeable, déclarant : « Hitler est un Martien », et prenant Maurice Thorez pour un uranien ( Que nous réserve 1938 ?).... On ne saurait être un bon théoricien si l’on n’est pas suffisamment praticien.

Derrière la monstruosité de Volguine, la tentative de l’école conditionaliste, pourtant beaucoup mieux élaborée et fort ambitieuse, n’est finalement pas meilleure. Si l’aspect est le grand absent du système de Volguine, c’est de la maîtrise dont Jean-Pierre Nicola fait litière pour le sien. Principale cause d’une faiblesse rédhibitoire de ses résultats, qu’on s’en tienne, pour en juger, à ses propres exemples livrés dans ses textes du trio Pluton-Neptune-Uranus, ou qu’on en prolonge l’application aux ouvrages scolaires de ses disciples, insuffisamment adultes pour éprouver le besoin de le corriger.

Dernièrement, dans Comprendre les quatre éléments (Cédra-Astralis, 2006), Denis Labouré s’est livré à son tour à un calcul de dominante de plutôt bonne tenue. Ayant traité le même sujet, cet auteur me fait l’honneur d’y rappeler ma manière d’aborder la dominante élémentale qu’il juge à l’état de simple approximation. C’est bien volontiers que je lui accorde cette réserve, puisque j’estime n’être que sur la piste d’un résultat. Toutefois, il y a quelque humour de s’entendre, pour ainsi dire, accusé d’omission de la part d’un auteur pour qui le système solaire s’arrête carrément à Saturne, les trans-saturniennes n’ayant, selon lui, nullement droit au chapitre, comme si l’uranien, le neptunien et le plutonien n’existaient pas ! (j’ai ciblé les plus spectaculaires de l’histoire dans mon livre consacré à ces trois planètes). Autre fâcheuse désertion : notre auteur se contente d’appliquer les mesures de sa grille de calcul à un thème seulement, lequel , au surplus, est celui d’un illustre inconnu : allez savoir…

On le voit, tout ce qui a été tenté en France jusqu’à ce jour, pour méritoire qu’ait été la démarche, est dérisoire, et si l’on s’avise de recourir à l’une ou l’autre de ces « grilles »,  la déconfiture est assurée.

Force est de convenir qu’en l’état actuel de nos connaissances, nous n’avons pas encore les moyens de nous offrir le précieux outil d’un calcul impersonnel de la dominante. Il s’agit, en l’occurrence, d’édifier un appareil délicat en lui introduisant un ensemble de facteurs donnés qui interfèrent et dont il convient d’étalonner les paramètres ; au surplus relativisés les uns par rapport aux autres. Tâche énorme à accomplir, qui ne peut être menée à bien que par une équipe de chercheurs comparant des valeurs respectives déjà difficiles à établir, et disposés à se donner tout le temps nécessaire pour aboutir. Cela dépasse de très loin la capacité d’un seul homme, dut-il y consacrer sa vie entière, sa subjectivité appelant de toute façon la neutralisation d’un concours de jugements diversifiés. Un tel appareil n’est donc pas pour demain et acceptons de pratiquer dans le provisoire fondé sur son estimation personnelle.

Tentons, maintenant, de passer en revue diverses composantes participant à la dominante.

 

LES ASPECTS

 

Il est étonnant que l’on n’ait pas, que je sache, fait bonne mesure de la part des aspects dans la détermination de la dominante. On est pourtant là devant la banalité d’une évidence.

Du moment qu’en premier lieu ce qui compte est le passage astral à l’horizon et au méridien, AS et MC en tête, il vient aussitôt à l’esprit que suit immédiatement derrière ce contact direct de l’astre avec l’angle du ciel qu’est la Présence, le contact indirect à distance, c’est-à-dire son aspect. Ce qui s’impose si l’on satisfait à l’exigence de l’ « ici-maintenant » natal. Cette version répond pleinement au principe de base énoncé dans mon Traité pratique : « Plus une configuration est spécifique à la naissance,  croisement précis de son lieu et de son moment, et plus elle particularise, donc plus elle « signe » l’individu. » La hiérarchie des valeurs que nous recherchons est entièrement fonction de cette règle.

Qu’il y ait conjonction ou aspect de l’astre avec l’angle, le phénomène est de même fugacité et il n’est pas configuration plus limitée dans le temps. Ainsi, il suffit que la même planète fasse simultanément un aspect majeur avec l’AS et un autre avec le MC – à la manière, par exemple, de Saturne au double trigone de l’un et de l’autre comme chez le saturnien Louis XIII – pour que sa signature soit patente, à titre de dominante ou de sous-dominante. En tout cas, ce jumelé d’aspects est à relever et même déjà le simple aspect à l’un des deux points mérite considération.

Sur la toile de fond constellée des seules positions astrales du thème se présente un éventail d’aspects aux durées extrêmes, des lunaires à contenu horaire aux trans-saturniennes à étendue annuelle, ces derniers façonnant une ample communauté générationnelle à laquelle on appartient. Certes, ceux-ci ont aussi leur passage angulaire, en quoi leurs natifs peuvent devenir des cas exemplaires de leur génération. Mais, sans valorisation particulière, les configurations des rapides ont naturellement la priorité, la mercurienne qualifiant de ses aspects la vie de l’esprit, la vénusienne donnant le ton de la vie du cœur, etc.

Mais tout derrière l’ensemble relationnel angles-planètes par conjonction et aspects, au haut de l’échelle de la dominante, arrive l’intervention des deux luminaires « Père et Mère universels » par le pouvoir valorisant qu’ils exercent sur le planétaire, comme si, dans l’aspect, ils déléguaient leur puissance ou l’investissaient à la planète, ce qui est patent en astrologie mondiale. Pouvoir de conjonction surtout, comme si la planète était rechargée par un renouvellement cyclique, relancée dans son parcours annuel ou mensuel.

Il va donc de soi que lorsqu’une planète est doublement conjointe au Soleil et à la Lune – comme le Saturne du compassé empereur François-Joseph d’Autriche qui en porte la trace d’une façon patente – cet astre se hausse à un rang significatif de dominante ou de sous-dominante, suivant les circonstances. Mais encore, bien que moindrement, une convergence d’aspects des deux luminaires à la même planète n’est pas sans la faire tinter, comme la conjugaison d’une commune tonalité harmonique ou dissonante.

Il reste encore que le phénomène de cyclicité est à prendre en considération dans le rapport des astres rapides – Mercure-Vénus-Mars - avec les lents, comme si la conjonction des premiers avait aussi, bien que moindrement, vertu de valorisation des seconds, du fait du renouvellement cyclique de ces derniers. Ainsi, hors angularité, rien n’est plus valorisant pour une lente que de se trouver au centre d’un amas planétaire, tel l’Uranus de Kepler réuni à un trio Soleil-Mercure-Vénus. Et une simple convergence d’aspects de ces rapides au même astre mérite considération, à l’exemple du Saturne du même, recevant leurs sextils.

 

LA MAITRISE

 

Peut-on quantifier la relation de la planète dans son signe ?

On ne peut séparer le coursier de sa piste et si chacun des deux facteurs a ses propriétés propres, se conçoivent des variations d’affinités dans la succession des passages de l’astre d’un signe à l’autre, la planète se plaisant « davantage » dans l’un et « moindrement » dans l’autre.

Pour en juger, remontons à la cellule du cosmos astrologique, cet œuf qui est à la fois planétarisation du tissu zodiacal et spatialisation zodiacale du système solaire en succession d’aspects. Noyau central d’un ancrage du mouvant et de son itinéraire dans un échelonnement astral d’orbite en orbite du centre à la périphérie, incorporant mobiles et fixes. Là est la matrice des rapports entre planètes, signes et aspects, la Maîtrise y faisant son apparition : le Soleil est « maître » du Lion et la Lune « maîtresse » du Cancer, comme Saturne a « maîtrise » du Capricorne et du Verseau. Et entre l’état de conjonction des premiers et celui d’opposition du dernier s’intercalent les autres maîtrises : des luminaires par semi-sextil de Mercure en Gémeaux et en Vierge, sextil de Vénus en Taureau et en Balance, carré de Mars en Bélier et en Scorpion, et  trigone de Jupiter en Sagittaire et en Poissons. Encadrement planètes-signes-aspects  des plus judicieux que l’on a même complété par l’assemblage d’affinités des douze signes et des douze secteurs, concentrant par trios des complexes de valeurs communes : Mars-Bélier-I, Vénus-Taureau-II, Mercure-Gémeaux-III, Lune-Cancer-IV …

Or, partant de là, il n’est pas aisé de différencier la teneur du quantitatif de celle du qualitatif de chacun de ces complexes. Il est sûr que l’on « sent » bien que Mars et le Bélier sont proches l’un de l’autre, quasi-identiques de tendance, et que vont bien ensemble également Vénus et le Taureau, comme Mercure et les Gémeaux, la Lune et le Cancer, le Soleil et le Lion … comme si ces astres étaient dans leurs fiefs respectifs. Du même coup, on est enclin à considérer que Mars s’exprime « plus » purement quand il est dans le Bélier, que Vénus s’épanouit « plus » chaleureusement en Taureau, que Mercure est « davantage » loquace en Gémeaux … En opposition étant l’inverse de « l’exil » comme un vide en face d’un plein. De là la tentation d’attribuer une cote supérieure au premier, une inférieure au second : Mars en Balance, Vénus en Scorpion …

Il n’en faut pas moins convenir que la démarche est délicate et que c’est une manière de « mettre les pieds dans le plat » que d’attribuer, par exemple – pour simplifier en s’en tenant aux  quatre principales catégories domiciliaires assimilées aux quatre saisons - + 2 au trône, + 1 à l’exaltation, 0 en marge, - 1 à la chute et – 2 à l’exil.

La raison en est qu’il s’agit là d’une manière de procéder relevant d’une vision linéaire unilatérale, alors que nous sommes sur une piste circulaire qui implique un champ dialectique de la réalité. Nous devons à notre tradition d’hémisphère boréal un trône du Soleil en Lion, août étant un mois de magnificence vitale en tonalités fauves des épis dorés du plein été, tandis que le cœur de l’hiver est assurément un exil solaire. Si l’astre du jour est fortifié physiquement au Lion et affaibli physiquement au Verseau, cette vie animale du tempérament humain peut bien s’en ressentir avec davantage de constitutions organiques fortes au premier passage et de faibles au second. C’est en tout cas en hiver que la mortalité y est la plus forte, février remportant la palme du nombre des décès en notre hémisphère, surtout venant du cœur. Mais, en revanche, une statistique (non astrologique) opérée sur un millier de génies parmi les plus grands de l’humanité a fait apparaître un maximum de naissances au cœur de l’hiver et un minimum juste en face du calendrier annuel. Phénomène de compensation. Ainsi, si l’être dans ses manifestations extérieures est avantagé par une naissance estivale, c’est, par contre, sa vie intérieure, intellectuelle, morale ou spirituelle, qu’avantage une occupation du Soleil en Verseau. Il faut donc cesser de faire des débilités une foire aux indigences, un lieu de disgrâces, un festival d’indignités, un mouroir aux éclopés, que sais-je encore ? …

C’est la raison pour laquelle il convient d’être prudent, c’est-à-dire relativiste, pour  user judicieusement d’une telle cotation, en avançant à pas feutrés, par touches successives. N’empêche qu’un péremptoire coup de balai donné prétentieusement à de telles subtilités se paie très cher.

 Je ne puis mieux faire que de renvoyer à mon texte : « Les Maîtrises », car, malgré cette dialectique, on est loin de pouvoir se débarrasser à si bon compte du phénomène. C’est sur le terrain que cela se juge et le cas exemplaire de Kepler y a été traité dans un débat où un tenant de l’école conditionaliste s’était jeté dans la gueule du loup, bien gros étant le nœud que cet interlocuteur s’était mis autour du cou en niant un Kepler saturnien. Il n’y a pourtant pas plus saturnien que lui, sans que son astre soit angulaire : mais son Capricorne est occupé par un trio Soleil-Mercure-Vénus, Uranus en plus, amas au surplus au sextil de Saturne, signe et aspects ayant à eux seuls décidé d’une signature exemplaire que personne ne peut nier !

Je ne me suis pas contenté de cette unique illustration, pourtant suffisante et décisive. L’idée m’est alors venue de traiter les souverains qui ne sauraient mieux répondre à la condition solaire, en allant voir ce qui se passait d’une catégorie à l’autre, traitant plus de deux centaines de cas. Il ne fut pas aisé de départager les trônes et exils où s’opposent les puissances physiques et morales. En revanche, la polarisation fut sensible de l’exaltation à la chute. Ainsi, les 15 souverains du Bélier exaltant réunissent 421 années de règne, presque autant que les 27 souverains de la déclinante Balance qui n’en rassemblent que 443, la moyenne étant de 16 ans pour la Balance et de 28 pour le Bélier. Et avec la Danoise Margrethe II qui est déjà sur le trône depuis 38 ans, les Bélier dépassent les Balance qui sont pourtant deux fois plus nombreux. Outre que l’on observe chez les premiers un détrôné et un démissionnaire, contre chez les seconds six détrônés et quatre assassinés (plus d’un tiers). On est enclin, évidemment, à voir là un accroissement d’énergie dans l’exaltation, contrasté de son affaiblissement dans la chute Il s’est révélé aussi qu’il fallait tenter une observation semblable avec Mars chez les militaires et chefs de guerre, en se concentrant seulement sur les deux guerres mondiales. En 1914-1918, Mars en Taureau et Balance tombe sur les vaincus : von Schlieffen, von Kluck, von Hindenburg, von Ludendorff, Luigi Cardona (Caporetto) avec Charles 1er d’Autriche-Hongrie. En 1940-1945, on trouve les deux mêmes débilités martiennes d’abord chez Paul Reynaud, Pétain, Weygand, le général Dentz chargé d’accueillir l’ennemi à Paris, et le général Bridoux qui démobilise l’armée à l’invasion de la zone libre en 1942. Ensuite chez Hitler, von Brauchitsch, Rommel, Keitel qui signe la capitulation ; outre Mamoru  Shigemitsu qui signe la capitulation japonaise. Et un Hitler n’a rien moins que la Lune, Mars, Jupiter et Saturne en débilité, comme étaient les luminaires, Saturne et Uranus chez Guillaume II. En Italie, d’une enquête faite sur la   cinquantaine des derniers papes dans le n° 1 de son « Osservatore Astrologico » (décembre 1979), Federico Capone a relevé un minimum de Mars en Bélier, Scorpion et Capricorne et un maximum en Balance, Cancer et Taureau, contraste sensible qui pourrait être significatif d’une intériorisation de la virilité.

La maîtrise peut donc donner l’impression que l’astre dispose d’un point d’appui zodiacal pour se manifester, le signe étant comme une délégation de la planète qui use de cet investissement. Le plus clair de cette manifestation se présente lorsqu’il advient  que plusieurs planètes soient concurremment angulaires. Dans ce cas, celle qui l’emporte sur les autres est généralement celle dont le propre signe est occupé par le Soleil, s’il advient qu’une telle occupation se présente. Ainsi chez Van Gogh dont le Mars culminant est porté par un Soleil du Bélier qui l’amplifie, l’un et l’autre étant un couple, faisant un tout. Il en est de même de la Lune quand la vitalise un Soleil  en Cancer, comme dans les cas de Corot, de Boudin, de Rodenbach... Ainsi fonctionnent intimement planètes, signes et aspects. On peut, ici, parler d’un pouvoir de la maîtrise. Le jongleur extravagant que fut Cagliostro doit son aventure à un Mercure des Gémeaux porté par la puissance d’une conjonction Mars-Jupiter-Saturne en Vierge, configuration que Marat convertit en forcené de plume vitriolée.  De même, il est sûr que Saturne en Capricorne est un redoublement saturnien …On verra plus loin que les anciens n’ont pas craint d’en arriver à une multiplicité de rapports entre planètes et signes, en successives divisions et sous-divisions.

Faisons un retour au principe pour un cas important. Il convient naturellement d’octroyer une valorisation particulière au maître de l’AS (mais peut-être aussi au maître du MC ?), facteur qui vient en seconde position derrière les conjonctions et aspects aux angles, la moyenne de durée du phénomène étant de une à deux heures. Cette donnée, encore survalorisée par trop d’ignorants, est ainsi replacée à son niveau véritable, celui, toutefois non négligeable, d’une seconde position. Du même coup se présente une  valorisation érigée parfois en dominante lorsque la même planète a maîtrise à la fois sur l’AS et sur les luminaires, sinon sur l’un d’eux. Ou encore lorsqu’elle aspecte l’AS lui-même, sinon le MC.

Et ce n’est assurément pas du gateau lorsqu’on se trouve en présence de co-dominantes contraires dont la cohabitation n’est pas facile à situer, comme dans les cas de Robespierre, homme d’Etat (Jupiter-MC) saturnien (Saturne-AS), et Charles Dullin, comédien (Jupiter-DS) saturnien (Saturne-FC) …

 

LA LATITUDE

 

Il va de soi que le principal mouvement de nos astres du système solaire est leur parcours de longitude qui les fait passer d’un degré à un autre, puis d’un signe à l’autre  tout au long du cercle zodiacal. S‘ajoute à ce déplacement planifié la fluctuation latérale qu’ils effectuent de part et d’autre de la centrale piste solaire de l’écliptique. On conçoit que plus la planète est proche de cette sente royale, soit 0° de latitude, en plein alignement du circuit solaire, plus sensible devrait en être la manifestation. En s’écartant de cette piste, l’astre devrait perdre de sa présence. Pure logique qui ne prouve rien, mais qu’il faudra bien, un jour, soumettre à vérification. Comme le thème de l’approche et de l’éloignement de l’astre dans le voisinage du périgée et de l’apogée, de la Lune surtout et de Mars. Mais encore lorsque l’astre passe sur l’axe des nœuds, du fait que s’y croisent les orbites des deux luminaires, lieu de vibration particulier.

Néanmoins, si le concept est une chose, la réalité peut être toute autre. On sait que les écarts de latitude en Nord et Sud varient d’une planète à l’autre. Le dépassement est insignifiant pour Jupiter dont l’axe de rotation se rapproche le plus de la verticale sur l’orbite, l’astre poussant majestueusement en avant son globe énorme, qui ne s’écarte pas de plus de 1°, comme Uranus et Neptune. Mais, de l’axe des nœuds au carré de ceux-ci, la Lune passe de 0° à 5°, et il arrive à Mercure de frôler 5°, à Mars d’atteindre les 6° et même à Vénus les 8°. Naturellement, c’est Pluton qui bat les records avec un éloignement de 17°. Il a franchi l’écliptique en 1930 et son écart latitudinal était relativement faible entre 1920 et 1940. Par contre, il est devenu extrême autour des années 1980.

Ce facteur latitudinal a pour effet de fausser l’horaire du passage astral à l’horizon, en s’en tenant à la formule classique du thème,  telle planète que l’on croit y être en secteur XII à en juger par son seul degré zodiacal, pouvant ne pas être encore levée, ou inversement.

Ce problème a été soulevé à propos des premiers résultats statistiques de Gauquelin, l’un des nôtres ayant laissé entendre que la non centration autour de l’Ascendant des rassemblements au lever pouvait résulter de l’intervention de la latitude. Objection vaine puisque le décalage après l’angle s’observait aussi au méridien. Gauquelin prit néanmoins la chose au sérieux et publia dans les Cahiers astrologiques (N° 92) un résultat de statistique latitude comprise prouvant que celle-ci était sans effet.

Mais, antérieurement, l’école de Don Néroman s’était avisée du problème et avait conçu le domigraphe en vue d’évaluer la domitude de la planète. On assiste depuis quelque temps à un retour en force sur la question, dont témoigne notamment le n° 129 de L’Astrologue avec les interventions de Jean-Christophe Vitu - qui a relevé un quart d’erreurs d’angularité (passage d’une maison à une autre) pour Pluton (suivi de 7,5 % pour la Lune) sur un contrôle de 10 000 thèmes ! – et de Bernard Villemain qui préconise carrément d’accompagner le thème classique du thème de domitude, des logiciels se chargeant de l’opération, les résultats de recherche à venir ne devant pas, quels qu’ils soient, remettre en question un tel intérêt .

Cette entrée en matière ouvre un débat où, une fois de plus, se confrontent deux principes face au fait. Il vient d’abord à l’esprit que c’est là où le corps céleste est physiquement présent que ce qui en émane doit se manifester. Toutefois, ce jugement se heurte à la considération que la planète n’est qu’un adjoint du Soleil – centre où tout se passe – sans lequel elle ne serait rien. C’est par son entremise qu’elle se manifeste. Il suffit de voir la place minuscule qu’occupent les ronds planétaires sur le fond du volumineux disque solaire pour ne pas avoir à insister. La planète ne vaut qu’incorporée au système solaire. Or, l’écliptique, route du Soleil, est l’artère centrale par où défile tout ce système solaire, ce qui plaide en faveur du degré de longitude, la présence corporelle de l’astre pouvant moins compter que son alignement sur l’écliptique. Ce qui est matière à débat.

Ce qui me ferait pencher plutôt du côté de cette seconde version, c’est la constatation que Pluton, en pure longitude, se trouve tout à coup être à l’AS chez quelques-unes des « étoiles du crime » : Landru, Kürten le vampire de Dusseldorf, Haarmann le boucher de Hanovre, « l’ennemi public numéro 1 » Jacques Mesrine… Ce qui s’aligne sur les diverses participations de Pluton parmi les autres criminels, ainsi que sur le fond de la tendance des pulsions de mort de l’astre. Et par-dessus tout, il se trouve que Pluton est au DS chez Freud qui a révélé ce monde sado-anal des pulsions de mort, réveillant les démons endormis de l’enfer humain ! Il ne semble pas que ce ne soit là qu’une hirondelle de printemps. Néanmoins, nous sommes tenus de ne pas en rester là et d’effectuer d’importantes recherches pour aboutir là aussi à une conclusion.

 

DU NOYAU A LA PERIPHERIE

 

Sortons du noyau dur de cette dominante, gros plan de la personne et centre de gravité du moi, pour revenir aux autres facteurs que s’est ingéniée à concevoir une tradition prolifique, entraînée dans un dédale qui confine au labyrinthe.

On peut résumer l’héritage traditionnel en énumérant quatre conditions de la position astrale. 1) Par rapport à la domification : l’astre sur un centre (angle) sinon en aspect de celui-ci. 2) Par rapport au zodiaque : position  en domicile, triplicité, décan, signe et quadrant de même sexe que le natif. 3) Par rapport aux autres planètes : situation par ses aspects, en sympathie de diurne-nocturne, par sexe. 4) Par rapport à son mouvement propre et au Soleil : mouvement direct ou rétrograde, phase orientale ou occidentale …

Il est vrai aussi que le qualitatif est de la partie : les planètes qui se lèvent le matin avant le Soleil (occidentales), chargées de l’humidité (féminine) nocturne, se masculinisent, se desséchant en allant de l’horizon à la culmination, et se féminisent par humidification en descendant de là vers l’occident (je rappelle que Mars a des affinités avec l’AS comme Vénus avec le DS, ainsi que Jupiter avec le MC et Saturne avec le FC).

Il y a là tout un ensemble difficile à traiter. On assiste ici à une application du principe du Tout dans l’Un qui se démultiplie, jusqu’à s’embourber dans un trop plein. Du signe on saute au décan, avec déjà le débat du choix entre un passage par une traversée du septenaire (le Bélier livré à Mars-Soleil-Vénus) ou (ultérieurement) soumis à sa triplicité ( Bélier Feu : Mars-Soleil-Jupiter). De même que l’on passe à la division des termes au découpage inégal où se succèdent cinq planètes, luminaires exclus (au Bélier, Jupiter occupe les 6 premiers degrés, Vénus les 8 suivants, puis Mercure 7°, Mars 5° et Saturne 4°) sans compter la division- diurne-nocturne et le distinguo masculin- féminin. Outre la superposition des facteurs obtenus dont le relevé n’est pas sans tenir du capharnaüm, un auteur comme Morin ayant fait bon marché de telles données. Le meilleur tableau qui rend compte d’un tel ensemble reçu est le présent d’ Arcana Mundi (Biblioteca Universale Rizzoli, 1995) – qui attend d’être traduit en français - du maître historien Giuseppe Bezza.

L’insistance d’une nécessité de signature est allée jusqu’à la simplification d’un recours spéculatif à un système chronocratorique d’heures planétaires, remontant aux Egyptiens. Ce système est un alignement horaire distribué sur la semaine planétaire. Un jour de 24 heures contient trois séries planétaires, plus trois faisant avancer au jour suivant, selon l’ordre hebdomadaire (du dimanche au lundi, passage du soleil à la lune par-dessus Mercure et Vénus). Dans ce système, le chronocrate initial qui met en branle les fileuses du destin est le Soleil jour du dimanche, la première heure de ce premier jour lui appartenant. La série continue ainsi jusqu’au terminus des 168 heures contenues dans les sept jours, le chronocrate de la première heure de chaque jour devenant par surcroît celui de la journée entière. Il valait de présenter cette figure extraite de L’Astrologie grecque de Bouché-Leclercq, quelques attardés qui ne savent pas suffisamment lire une carte du ciel y ayant encore recours. Fanfreluches  aboutissant à ce que sur chaque heure pèse le quadruple imprimatur de chronocrators horaire, quotidien, mensuel et annuel hiérarchiquement étagés. Néanmoins, il n’est pas interdit de prospecter « Les Heures planétaires », traitées savamment par André Boudineau dans l’Almanach Chacornac, 1936. En supposant encore un champ d’inconnu en embuscade …

On est naturellement enclin à se débarrasser des expédients futiles sortis d’officine, excroissance parasitaire ne reposant sur rien d’évident, qui encombrent le tronc de l’astrologie classique, pour d’autant mieux s’en tenir au principe fondamental qui instaure le piedestal de la Dominante.  Et remonter à la « signature », n’est-ce pas une démarche puriste livrant, dans le timbre de la note juste, le tonique et le capiteux du rendu humain ? Dans la filiation paléontologique d’un Cuvier (avec sa conjonction Soleil-Neptune de la Vierge en I et Mercure du Lion à l’AS) proclamant : « Donnez-moi un seul os, voire un seul fragment d’os, et je reconstituerai l’animal entier !’.

Et pourtant, la quête de ce fleuron de la « signature », ouverte depuis les origines de l’astrologie, serait-elle trop grandiose et trop indispensable pratiquement (la même configuration locale – telle planète en tel secteur - est vécue différemment selon qu’on est lunaire ou martien, jupitérien ou saturnien) pour se permettre d’y renoncer ? Tels certains confrères croyant échapper à ce problème, en particulier ceux de l’école humaniste. Témoin cette citation regrettable d’Alex Ruperti et de Marief Cavaignac de La Géométrie du ciel II : « … on ne se base plus sur l’analyse quantitative comme dans Le Maître de nativité de Volguine, ou sur des statistiques comme Gauquelin. Comme nous l’avons déjà dit, il n’est plus question de « combien », de « beaucoup » ou de « peu », mais de « où » … ». Mais alors, avec la platitude de cet alignement, où mène cette astrologie privée d’une dimension essentielle qui se veut « esthétique et téléologique », si ce n’est de se condamner à planer, où « toute planète peut être une « dominante » selon le genre de rapport qu’elle a avec les autres planètes », ou à retomber au point de départ en reconnaissant, par exemple, des planètes « qui mènent », des planètes « qui traînent » ? On ne peut fuir ce qui s’impose, surtout en priorité, sinon on se condamne à flotter dans le flou d’une pratique molle ou à planer dans l’illusion lyrique, alors qu’il faut incarner une astrologie installée au cœur de la vie où l’être est embrassé par le tout.

 

LA STRUCTURE DU THEME

 

Si l’on y réfléchit bien, la « signature » astrale de l’individu, c’est la totalité de son thème ramené à l’essentiel. Du tout s’y distingue la dominante, crête qui  en souligne la spécificité, cette suprématie sur l’ensemble de ses configurations étant une astrocratie de son centre, tel le cœur d’un organisme (à la manière de la reproduction de l’Utriusque Cosmi de Robert Fludd, 1617, qui inaugure ce texte). Ce n’est donc là qu’une fin première qui dégage le style de la personne ; aussi faut-il aller au-delà, l’ identification de ce qui prévaut d’abord, démarche initiale, devant conduire à finaliser la saisie globale de son ensemble configurationnel.

Au sein de celui-ci, chaque facteur a une part entière de réalité particulière,  composante qui n’a de sens que mise en perspective avec le tout. Or, il y a bien des façons de se représenter ce tout.

Au sommet, la figuration la plus synthétique est de poser la dominante – l’os du squelette de Cuvier -  en noyau central environné d’une toile de fond, laquelle, dans la lignée, s’ajuste en une diffusion globale de même tonalité.

Cette toile de fond relève généralement de la composition d’ensemble que fait la répartition planétaire autour du cercle, par exemple avec une localisation groupée en quarte zodiacale domifiée. Au plus simplifié, par exemple, c’est, avec un Soleil entouré, une naissance de matinée de printemps ou de nuit d’hiver. C’est encore une naissance signée d’un  binaire de deux centres planétaires distincts, composant une bipolarité caractérisée, sensible dans le cas d’un face à face. Ainsi en vient-on naturellement à la composition de toiles de fond polygonales : ternaire de figures triangulaires en équilibre ou en tension ; quartette en jeu, assemblages  sexangulaires, octangulaires …

Ce domaine a fait l’objet d’études chez nos confrères allemands et américains. Le n° spécial 72 (j-f 1968) des Cahiers astrologiques, consacré à « La Dominante », a rendu compte, grâce à la traduction de Paul Colombet, des premières explorations de Christian Meier-Parm à la recherche d’un « Dominateur tensionnel », son ouvrage de 1954 exposant par ce moyen une tentative de dégager une vue d’ensemble du thème. Ainsi que du Dr Walter A. Koch, traitant à la même époque lui aussi d’une « Horoscopie des formes », cette Gestalt le conduisant également, utilisant les mi-points de Ebertin, à déchiffrer des figures planétaires : la « fleur » quand une planète seule est en face de plusieurs autres, la « croix en T », triangle réunissant une opposition et deux carrés, le »trapèze » qui groupe quatre planètes aux mêmes cotés opposés, etc.

Les traductions américaines nous ont familiarisés avec les « Dessins planétaires » de Marc-Edmund Jones, traduit en 1987 aux Editions Vernal-Philippe Lebaud (Apprendre l’astrologie), mais que nous avaient fait connaître antérieurement Dane Rudhyar, qui a donné une assise géométrique à son travail avec son chef d’œuvre : Les Aspects astrologiques (Le Rocher,1980), et Alexander Ruperti avec Marief Cavaignac dans leur Géométrie du ciel, tome II, Le Rocher 1987.

En fait, c’est inconsidérément que l’école humaniste a fait sienne cette pratique des figures planétaires en les tenant pour une prise globale du thème, sa saisie synthétique peut-on même dire, et en lui faisant jouer le rôle inapproprié de clé de l’interprétation. Or, on est loin du compte, une telle prise devant relever du plus profond des astralités : le dessin planétaire n’est que l’enveloppe du thème, son seul pourtour, l’essentiel étant ce qui se passe à l’intérieur de sa sphère par rapport à son centre.

Il est aisé de comprendre qu’avec eux nous n’en sommes encore qu’à une saisie de courte portée, laquelle n’aboutit qu’à un choix parmi quelques catégories de base, ce système débouchant finalement sur – également -  une typologie. Ce qui le pose au même plan que la traditionnelle typologie des tempéraments, laquelle est autrement plus substantielle, chargée  d’un potentiel  à coté duquel la nouvelle venue a peine à tenir la comparaison. Ce nouveau système souffre, en effet, de deux faiblesses qui conduisent à son élimination comme clé première d’interprétation.

Théoriquement d’abord. Le phénomène de la figure planétaire est trop installé dans la durée pour répondre au « ici-maintenant » natal, étant donc marginal à la spécificité de la naissance. Dans la mesure où ne sont préconisées que les planètes, les axes en étant exclus, le même dessin planétaire peut couvrir de vastes tranches de calendrier. Ainsi en est-il du Mars de Freud évoqué par Ruperti : » Dominant » selon lui parce que l’astre est l’anse du seau, type auquel appartient le père de la psychanalyse. Figure s’étalant sur les 24 heures d’une dizaine de jours …

Pratiquement ensuite. Car, aussi intéressant qu’il soit, ce dessin planétaire débouche  sur si peu de réel, sa saisie spectrale menant à l’interprétation molle d’un impressionnisme nébuleux. Il est facile d’en apporter la preuve en mettant chacun au défi, ignorant encore le thème d’une personne bien connue de lui, d’identifier le type – Entonnoir, Balançoire, Locomotive, Trépied, peu importe – auquel il appartient. Cette défaillance initiale vient de ce que la figure planétaire n’adhère pas à de l’évident, nulle véritable silhouette de personnage ne s’y esquissant. Alors que la signature planétaire, chargée du substantiel des valeurs d’éléments sur toute la chaîne de leurs correspondances, satisfait à une telle exigence, permettant – du moins si une catégorie du personnage se dégage de manière significative – de passer de l’un à l’autre, remontant du sujet au thème et descendant du thème au sujet. Or, nous avons le devoir de nous entraîner à devenir un miroir de la synonymie. Il faut entrer au cœur de ce mouvement indivisé, comme une navette circulant entre deux poles : du personnage connu à sa configuration inconnue et de l’astralité connue à l’interprété encore à découvrir. Objet et sujet en envers et en endroit tenus sous le même regard, ainsi que deux mondes rejoints dans l’unité d’un même phénomène. D’où, avec Freud, l’abandon d’un Mars institué « dominant » à la fois sans que personne ne l’eut imaginé ni sans qu’on puisse bien en voir la raison , pour retrouver la substance intime du père de la psychanalyse renouvelant la psychologie : tissu de diumvirat Pluton maître d’AS au DS à 12° du Soleil, et Uranus conjonction au Soleil et à Mercure et au carré du MC, duo sur fond d’un renouvellement de six, voir de dix cycles planétaires (charge de redépart vital, ici en matière de révolution psychologique).

Cela suffit à reclasser les dessins planétaires à leur vraie place, qui est pour le moins seconde . Elevés à tort au sommet où on les y avait placés, ils peuvent laisser le goût d’un espoir désenchanté. Sans toutefois être nullement déconsidérés, car ils ont droit au chapitre eux aussi. Ce qui justifie d’en poursuivre l’étude, en particulier la revisite qu’en a faite le polytechnicien Paul Bernard-Decroze avec Les Blasons astrologiques, Le Rocher 1999.

Replacés en toile de fond, ils ne s’y trouvent pas seuls et, avant eux s’impose même un autre système qui mérite hautement l’attention : celui de la « chaîne de dominante ». Il fait d’ailleurs partie du bagage traditionnel, mais en y faisant insuffisamment parler de lui. Le mérite revient à Don Néroman de l’avoir remis en selle à sa manière au siècle dernier, et, sur ses traces, Jean du Sourel en a donné un fort bon aperçu (« La Dominante dispositrice ») dans le n° 72 (janvier-février 1958) des Cahiers astrologiques consacré à la dominante. On en verra aussi une présentation de première qualité avec André Boudineau (« Détermination des Planètes maîtresses ») dans le n° 22 (printemps 1873) de L’Astrologue.

Dans la convergence des différentes facettes que compose la toile de fond du thème, cette chaîne de dominante est une coupe du tissu intérieur de celui-ci. Son lignage consiste à suivre le fil d’un collier passant de planète à planète à travers le réseau des maîtrises, puis des maîtrises de maîtrises, en descendant du sommet à la base de la série. Une planète A dispose d’une autre planète B lorsque celle-ci occupe le domicile de la première, et il y a réception mutuelle lorsque C est dans le domicile de D et D dans celui de C, comme en ce moment sont respectivement Uranus en Poissons et Neptune en Verseau (voir « Les réceptions mutuelles »). Sur cette base s’édifie ainsi une structure relationnelle liant un ensemble planétaire. Il s’agit là, d’ailleurs, d’un passage obligé de filiation liant le un au tout, maillon indispensable d’une chaîne où chaque position doit être jugée dans son amont et son aval, en fonction de son précédant et de son suivant.

Revenons à Freud qui a Jupiter et Neptune en Poissons, Vénus en Bélier, Soleil-Mercure-Uranus-Pluton en Taureau, Lune et Saturne en Gémeaux, Mars en Balance et l’AS en Scorpion. De la sorte, s’écoulant sur deux étages, Vénus détient cinq maîtrises directes et trois indirectes, outre le doublet d’une réception mutuelle, ce qui la fait se propager abondamment dans les veines du circuit intérieur.

Un tel diagramme constitue la topologie d’une structure fonctionnelle et sa formulation est de nous faire suivre la piste d’une certaine circulation des courants planétaires et de leurs interférences. On peut y lire certaines données de valorisation qualitative contribuant à la dominante, comme ici les cinq maîtrises de Vénus et l’association Vénus-Mars : Freud psychologue de la libido. De là peut-on présenter la signature astrale de celui-ci sous l’angle que voici :

Pluton-Uranus
Vénus

Ainsi se formule : Vénus toile de fond du type Pluton-Uranus. Ce qui va idéalement à cet explorateur des ténèbres intérieures, livrant à la lumière de la conscience la dramaturgie de notre nuit profonde, sur fond d’amour, de sexualité et de pulsions de mort. Dans ce cas, il est bien difficile, pour Vénus,  de séparer le qualitatif du quantitatif, mais la première valeur prévaut, la nature de la configuration répondant à un tout autre but interprétatif que de s’ériger en accès à la dominante. D’ailleurs, bien que moindrement que les dessins planétaires, ces schèmes ont aussi une certaine durée qui les rend peu différenciateurs : excepté l’AS, jusqu’à deux jours et demi du déplacement lunaire en signe. Cela suffit pour qu’une telle donnée vénusienne (en couple Vénus-Mars) ait seulement valeur d’accompagnement au service de l’essentiel, par exemple, ici, comme objet spécifique de verbe urano-plutonien.

Et l’enchaînement de l’un à l’autre doit être déchiffré dans un  transfert planétaire de sa maîtrise à sa présence ou inversement. Voyez, par exemple, le saturno-martien Pasteur avec sa conjonction de six astres en Capricorne et son Saturne du Taureau (oralité planétaire et zodiacale) au coucher, passant de la microbiologie (victoire sur les bactéries révolutionnant la médecine) à la pasteurisation (stérilisation, conservation des boissons et aliments) maîtrisant la nutrition. Une semblable concentration capricornienne de l’archéologue Schliemann avec, cette fois, un Saturne en Bélier et en conjonction de Jupiter, fait ce Christophe Colomb de l’Antiquité qui ramène à la lumière la civilisation endormie, engloutie sous les sables, des rois d’Homère avec ses palais, tombeaux et trésors … Ou encore, on  peut saisir – en valeur d’écrit sur l’avoir - du fond de conjonction Uranus-Neptune au MC, « Le Capital » de Marx avec la présence en III de Vénus des Gémeaux, porteuse des valeurs de sa conjonction Soleil-Lune du Taureau en II.

Certes, avec la rescousse de cette pratique en restauration, tout n’est sans doute pas épuisé pour parvenir à la conquête de la totalité de la carte du ciel, mais il s’agit déjà là d’une avancée pour y parvenir. Nous faisons mieux qu’il y a un demi-siècle quand Gouchon  tenait encore la dominante comme « une question de coup d’œil » et Brahy la jugeant avec distance comme « un simple diagnostic ». Nous approchons davantage d’une estimation correcte et d’une utilisation générale de l’interdépendance des quatre composantes du matériau que nous traitons, réceptacle du tout.

Pour avancer encore sur ce chemin de l’interprétation, la systémique aidera plus tard à modéliser un organigramme des réseaux d’intercommunication qui se coordonnent au sein du système vivant ainsi traité, où se synthétise l’opération astrologique, la confrontation de ses participants y fonctionnant au grand jour. Sans oublier la complexité de leur traitement en rappelant cette pensée de Pascal : « Je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties. »

Pour finir, il reste à dévoiler l’existence d’une « fosse aux erreurs » où tombent beaucoup d’interprètes, leur connaissance péchant à la racine en fausses notes de la gamme planétaire, comme si le sol de leur savoir se dérobait sous leurs pieds. Quand, par exemple, je lis – non seulement ce cas est  strictement vrai , mais de semblables pullulent ! - que de Gaulle est neptunien … comment ne pas se dire que l’on divague  purement et simplement ? On a pourtant fait, dans notre pays, un certain effort pour prendre en mains le planétaire, depuis les ouvrages du C.I.A. (Soleil-Lune, Jupiter-Saturne, Uranus-Neptune), voire mon dernier (Uranus, Neptune, Pluton) jusqu’à la féconde collection planétaire des congrès d’Hermès de Yves Lenoble ; cela n’empêche pas que ce savoir de base est généralement déficient – et c’est sur cette insuffisance que l’on trébuche ! – alors que l’on se doit de « faire ses gammes planétaires » autant qu’un musicien insiste sur les siennes pour livrer la pièce musicale qu’il se doit de ne pas trahir. J’invite mon lecteur à bien réfléchir sur la question, en évacuant l’opacité de son ignorance, s’il tient à interpréter correctement.

Tel est le travail inachevé que je pouvais présenter sur cette question primordiale de la Dominante. Œuvre en suspens, quoique éclairante, je veux l’espérer … Rassurons-nous de toute façon : à l’un des derniers moments de sa vie, Laplace a murmuré : « Ce que nous savons n’est pas grand-chose, ce que nous ignorons est immense. ». Et de toute façon, aussi prodigieuse que soit l’interrogation de la calotte des cieux qui l’inspire, le dit de l’astrologue n’en est pas moins fragile parole humaine …

Paris, 21 mars 2009.

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