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Le soleil a l'ascendant

Naissance du jour … merveilleuse formule qui accouple fait humain et phénomène naturel. Justement, ici, j’entends aborder la relation du Soleil et de l’Ascendant, puis élargir l’observation à l’occupation planétaire de la Maison I qui a été pour moi, longtemps, un sujet d’interrogation.

 

Pour commercer, revenons en arrière afin de savoir, avec ce que nous héritons des anciens,  la souche d’où nous pouvons partir. Du moins quelque peu.

 

Du Soleil en I, Henri Rantzau, dans son Traité des Jugements des thèmes génétliaques (1657) fournit l’assortiment des significations que voici :

 

            Albohali : exaltation, puissance, grandeur, possession, prompte et solide érudition.

            Schoener : augmentation d’or et de puissance ; ou grandeur, exaltation et amitié des     puissants ; fait l’aîné ou le plus digne des frères.

            Code Segeber : règne et grandeur.

            Cardan : bonne santé, mais les yeux se dessèchent ; le né est juste et conscient de      sa dignité.      

            Ringelberg : honneurs insignes au né, mais les frères sont infortunés.

 

« Le Soleil étant dans l’Ascendant fait les fanfarons et les orgueilleux » : voilà, de divers sons de cloche recueillis, ce qu’en a retenu Choisnard dans son Essai de Psychologie astrale.

 

Avant de poursuivre, délivrons-nous du catéchisme adopté des distributions des douze maisons, à la manière de cette figure de Julevno, figurant dans son Traité d’Astrologie pratique.

 

Qu’il soit bien entendu, une fois pour toutes, que l’individu dans sa personnalité, c’est tout le thème. La I n’en est qu’une tranche, qu’un angle donné, qu’un accent particulier.


 

 

 

L’impact de la rencontre particulière du Soleil et de l’Ascendant est un phénomène primordial. Quand l’astre y passe, chaque matin, c’est le lever du jour. Et, peu ou prou, c’est le réveil matinal de l’homme qui quitte le sommeil pour l’état de veille.. Montée d’un dessous à un dessous (ascendant) qui font se succéder la nuit et le jour, l’être humain revenant à la conscience et se reprenant activement en main. N’est-ce pas là une mutation évocatrice de la repossession de soi, du retour du Moi ? Son acte initial peut rappeler le stade du miroir, formateur de la fonction du « Je » (le « moi corporel »), ce moment spéculaire révélateur où l’enfant se reconnaît pour la première fois dans un miroir, sa réalité d’individu lui étant donnée visuellement du dehors, en même temps qu’il fait l’apprentissage du langage.

 

Si le trait d’union du Soleil et de l’Ascendant, avec la venue du jour accompagnatrice, est un cap primordial de la manifestation de la vie, à plus forte raison en est-il au carrefour d’une nouvelle lune. Il existe une configuration analogue à ce qu’est le carré d’as du jeu de cartes : c’est le concentré d’une triple conjonction AS-Soleil-Lune. Les catégories vitales qui s’attachent à ces trois facteurs se prêtent à une interprétation tendant à rejoindre la classification des trois instances freudiennes : ça - moi - surmoi. Comme il s’agit là de « centrales » psychiques, seules sont en état de leur répondre ces pièces majeures, sinon souveraines, de l’Ascendant et des luminaires.

 

Elaboré selon un processus de passage où l’inconscient devient conscient, le « moi » ne saurait avoir meilleur représentant que cet Ascendant, lieu de l’accès à la lumière, d’une mise à jour, d’un éveil accompagné d’un élan vital. Déjà assimilée par Ptolémée à « l’âme animale » et représentant la part d’enfance qui subsiste en nous, la Lune s’aligne sur la région nocturne de l’être des pulsions, foyer collecteur du « ça » planétaire (ensemble Vénus-Mars-Jupiter-Neptune-Pluton). De même que le Soleil est, en valeur de « surmoi », collecteur du champ des inhibitions planétaires, dont Saturne est le principal pourvoyeur, en compagnie d’Uranus. La symbolique solaire la plus enracinée et la plus pure, fait de l’astre, autour duquel tout gravite, la représentation de l’ordre, de l’autorité, de la loi morale. De Saint-Paul à Jean-Jacques Rousseau, toute autorité vient de Dieu, toute puissance en émane, tout pouvoir étant de droit divin. Parmi bien d’autres, Rousseau assimile aussi, dans une succession du Père éternel, le chef de l’Etat au père de ses sujets. Et la conscience morale de l’enfant, par introjection, émane de l’éducation du père, lui inculquant le droit de la société et la loi de Dieu. Surmoi pesant pour l’individualisme, mais qui a aussi sa réplique positive en valeur d’Idéal du moi.

 

 

Ce n’est là qu’une classification typologique théorique. Dans la réalité, chaque planète est comme un iceberg qui a une face visible mais dont le reste est immergé, étant en partie subie inconsciemment et en partie assumée consciemment, ses tendances devenues telles, se mettant alors à la disposition de la centrale du moi, dont elles sont les auxiliaires. D’ailleurs, notre centre de conscience – là où précisément le moi est le plus dégagé et actif – est généralement tenu par la planète dominante, où l’être s’appartient le plus – fut-ce la Lune elle-même, comme épousée volontairement. Quant au Soleil, son registre de surdétermination est large, lui aussi étant iceberg : surmoi dans sa manifestation inconsciente et alimentant le moi de certaines de ses propres tendances, une partie du caractère relevant en toute intention consciente de lui.

 

Sans être astrologue, Karl Marx fait état d’une relation de l’homme avec l’astre du jour quand il souhaite que l’homme désabusé spirituellement devienne son propre soleil : « La critique de la religion désabuse l’homme (…) afin qu’il se meuve autour de lui-même, de son véritable  soleil. La religion n’est que le soleil illusoire qui se meut autour de l’homme aussi longtemps qu’il ne se meut pas autour de lui-même. » (1843). Comme si le triomphe de l’égocentrisme était une fin en soi et qu’il n’y ait rien au-dessus de l’humain, l’homme devant se suffire à lui-même. Notre société moderne, désabusée religieusement et idéologiquement, privée de foi et de droit naturel dans l’éclatement du surindividualisme actuel, est justement aujourd’hui en quête  d’un idéal perdu ou à découvrir, d’un quelque chose au-dessus de soi incarné précisément par l’instance solaire. Ce qui n’empêche pas, dans une certaine mesure de « devenir son propre soleil », si l’on admet par là que notre évolution doit parvenir à maturité, jusqu’à atteindre un stade solaire qui est une manière d’être parvenu à son sommet intérieur.

 

Finalement, il faut échapper aux simplifications trompeuses. L’Ascendant n’est pas le moi : il n’en est qu’une composante, la centration de celui-ci relevant du noyau de la dominante où l’être a le verbe le plus haut. Ce qui, naturellement, fait prévaloir l’inconscient au niveau des positions planétaires les plus faibles. Le territoire du moi, pour autant qu’il soit possible de lui tracer un cadastre, gravite autour de la dominante, avec la participation de l’Ascendant sous l’angle particulier du « moi pour soi », en ce que l’être s’y trouve en tête-à-tête avec lui-même, dans sa subjectivité, soit tel qu’il se sent vivre. Sans oublier de considérer que dans la chaîne planétaire, le maximum de conscient s’accorde avec une conjonction Soleil-Mercure, la plus grande charge d’inconscient étant le dépôt du terminus Neptune-Pluton.

 

Revenons à la triple conjonction AS-Soleil-Lune. De prime abord, on est enclin à l’interpréter doublement : positivement  comme condition d’un être porté par un noyau central étonnamment puissant, nanti de ressources d’avenir ; et négativement comme une indifférenciation ça – moi – surmoi - impliquant le risque d’un être lové sur soi.

 

Représentatives de ce trio sont la reine Victoria et la tsarine Alexandra de Russie.. Ni l’une ni l’autre n’étaient vouées, de naissance, à leurs destins historiques. Il fallut une étonnante succession de deuils dans la famille royale d’Angleterre pour que Victoria, simple nièce de roi, parvienne de façon inespérée au trône. Quant à Alexandra, Nicolas II est allé la chercher dans son duché de Hesse-Darmstadt. Et si sa vie s’est abîmée dans le fracas d’une tragédie historique grandiose où toute sa famille a été décimée côte-à-côte (sa nouvelle lune est une éclipse de soleil), en revanche, « l’ère victorienne » de soixante-quatre années est celle d’une souveraine d’un royaume parvenu au plus grand empire du monde, qui installe ses neuf enfants (donnant trente-sept petits enfants) dans les diverses dynasties du continent, au point de devenir – centre prestigieux sans précédent ni suivant – la « grand-mère de l’Europe ». Quant aux personnages, ni l’une ni l’autre, en dépit de leurs positions souveraines, ne sont sorties du cercle étroit d’un égocentrisme primaire attaché au sentiment de sa personne. La « petite dame » rondelette du palais royal de Londres, bien calée sur son trône certes, comme animalement confondue avec sa couronne, bien qu’au-dessous de l’histoire de son règne,  n’est pas sortie d’un espace confiné au monde environnant de sa famille, sa simplicité lui ayant permis de parler à la première personne de « mes » peuples. Quant à la tsarine Alexandra, la racine principale de son caractère, la timidité, l’incline vers un confinement intérieur de son être – ne l’empêchant pas de subjuguer le tsar – aboutissant à la vie recluse d’une névrosée, déprimée et anxieuse,, enfermée sur elle-même.

 

Avant d’en venir au duo AS-Soleil, intéressons-nous tout d’abord à la position solaire de quelques astronomes qui ont décidé de notre savoir astronomique relativement à cet astre et dans les thèmes desquels celui-ci a en soi valeur propre, le corps céleste y étant comme un miroir de lui-même. , à la fois sujet et objet. Ainsi, Copernic l’a au Descendant, placé pour ainsi dire en face de lui, comme objectif privilégié de sa vie. Avec sa conjonction Soleil-Saturne, Tycho-Brahé rate le coche de la révolution héliocentrique. En revanche, c’est ce qui est dévolu à Kepler dont le Soleil, au cœur d’un triangle de lentes  – orchestration magistrale à méditer – est posé sur un Uranus (l’inédit) au double sextil d’un trigone Jupiter-Saturne ! Ainsi qu’à Newton, le sien (superposé à celui de Kepler) étant également centralisé au double sextil d’un trigone d’une conjonction Jupiter-Saturne à Uranus ! Et alors que, victime personnelle de cette révolution, Galilée, avec son procès, a son Soleil au double carré d’une opposition Uranus-Neptune rejointe par Mars. Un remarquable Soleil d’astronome est celui de Jules Janssen : à la fois trigone au MC, sextil à l’AS et trigone à Jupiter au DS : observateur du spectre des protubérances solaires, il identifie l’hélium.. Quant à l’inventeur du spectro-héliographe, instrument fondamental de l’étude du soleil, Henri Deslandres, il présente tout bonnement une conjonction AS-Soleil à l’entrée du Lion.

 

 

De ce dernier, en un déplacement de l’objectif au subjectif, nous pouvons quitter l’astronome pour le poète, en nous adressant à Guillaume Apollinaire, dont l’AS à la fin du Lion est conjoint au Soleil à l’entrée de la Vierge, entouré de Mercure du Lion et d’Uranus en Vierge, lui étant, différemment mais tout autant, inspiré par l’astre du jour :

 

J’ai tout donné au soleil

Tout sauf mon ombre.

(Les Fiançailles)

 

Soleil, je suis jeune et c’est à cause de toi,

Et j’ai pris mon essor vers ta face splendide,

Soleil, je viens caresser ta face splendide

Et je veux fixer ta flamme unique

Et je vivrai par ta chaleur et d’espérance ;

Mais ton amour, soleil, brûle divinement …

(Icare)

 

 

Cinq autres poèmes lui sont consacrés, dont les « Poèmes retrouvés » :

 

Le grand soleil est ta médaille d’or

Qui songe au soleil d’or,

L’Aurore adolescente.

 

De Deslandres à Apollinaire, le saut analogique est celui d’une perception de la réalité du corps physique de l’astre à l’imaginaire d’une projection psychique où le poète s’identifie à lui. J’ai déjà évoqué (« Noces d’or astrologiques ») avec Baudelaire l’image solaire désolée en laquelle se reconnaît ce poète, avec sa conjonction Soleil-Saturne du Bélier en VIII :

 

Tout l’hiver va entrer dans mon être. Colère,

                                        Haine, frisson, labeur dur et forcé,

                                        Et comme le soleil dans son enfer polaire,

                                        Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

 

Et l’on sait la relation de son Soleil avec son père disparu dans son enfance, en deuil duquel il demeure. Je pourrais prolonger ce type de comparaison, notamment avec Jean-Paul Sartre, pour qui, dans une nature qui « n’est qu’une masse obscène avec laquelle aucun dialogue n’est possible » (conjonction luni-saturnienne des Poissons, la mer y étant notamment une étendue « froide et noire »), notre astre du jour (il l’a en conjonction de Pluton) y est « sinistre » …, mais un tel tour d’horizon de la poétique solaire n’est pas dans notre propos.

 

Revenons donc à la conjonction Ascendant-Soleil. De tous les acteurs du macrocosme de la carte du ciel, ce sont les deux plus importants et le croisement de ces deux pièces maîtresses est en soi un fait majeur, un centre de gravité pouvant tenir lieu de dominante. Naître au lever du soleil, c’est, pour ainsi dire, partir d’un élan vital au souffle maximum, lequel confère une dynamique de puissance. Comme une force de la nature qui émane de l’égo, l’individu pouvant ne pas en tirer grand chose si rien d’intéressant ne l’assiste, sinon avoir une échappée, qu’elle se tourne vers la monstruosité ou la grandeur.

 

Plusieurs empereurs romains sont crédités de cette configuration.

 

Auguste porte une triple conjonction AS-Soleil-Mercure en Vierge. C’est le premier empereur des Romains, à l’autorité souveraine du plus vaste empire du monde; homme d’apothéose, à la noblesse d’une Rome en marbre et qui donne son nom à la grandeur de son siècle.

 

C’est une terrible conjonction AS-Soleil-Mars-Pluton en Sagittaire qui signe le personnage de Néron, et personne ne s’est autant que lui identifié au soleil. « Tous les aspects d’une identification entre Néron et les divinités solaires Hélios-Apollon-Mithra sont réunis en une fortune synthétique. D’ailleurs, Pline le jeune, dan ses Histoires naturelles, signale que « Tiridate avait amené des mages et initié Néron aux festins magiques », c’est-à-dire à la liturgie secrète des mystères de Mithra.

 

Il se dégage donc de ces textes relatifs à l’intronisation solennelle de Tiridate l’image d’un véritable culte mithriaque, dont Néron est l’initié aussi bien que l’initiateur, le mystagogue et le dieu, en tant que Nouvel-Hélios et que Mithra-Sol—invictus, avatar, pour les Romains, du grand Apollon, dieu de la divination et des oracles, ainsi que des joueurs de Lyre. C’est le Nero alter Apollo, le Néron-Phébus, dont le rôle politique consacre, avec l’apollinisme, la vertu royale au sein d’une théocratie solaire. » (Henri Stierlin : L’Astrologie et le pouvoir, Payot, 1986). Sans oublier son théâtre où il officie conduisant un char, alors qu’autour de lui brillent des étoiles d’or : la « Maison d’or » tout en dorures de son palais impérial : temple solaire, avec salle tournante et coupole reproduisant le cours céleste de l’astre ; ni non plus sa colossale statue en bronze de 36 mètres, sous les traits d’Hélios, la tête auréolée de rayons d’or …Avec son Soleil flanqué d’une conjonction Mars-Pluton en Sagittaire, on ne peut aussi s’empêcher de penser à une identification avec Icare quand on sait qu’il finit tragiquement dans une contemplation sinistre de l’incendie de Rome.[1]

 

Tout à l’opposé est le cas de Hadrien, en quadruple conjonction AS-Soleil (Verseau)-Lune-Jupiter (Capricorne). Avec lui, la distance avec sa propre personne le dispense d’un culte, la relation de l’empereur et du pouvoir se suffisant de son microcosme architectural, à travers son Panthéon de Rome. Hadrien y est Olympios, Zeus-Hélios, par l’entremise de la sphère cosmique inscrite dans le bâtiment, lequel fait prévaloir le soleil qui l’éclaire et qu’incarne le disque du luminaire régnant sur l’espace céleste entier , comme le souverain cosmocrator sur son empire.

 

On n’a plus, de nos jours, d’exemples aussi éclatants de solarisation, mais on peut encore en suivre la trace au long de l’histoire.

 

Une triple conjonction serrée AS-Soleil-Mercure en Lion pose Pétrarque, foyer lumineux à l’aurore du mouvement humaniste de la Renaissance italienne. Poète auréolé comme un prince apollinien par l’exemplarité de sa grandeur morale, de sa noblesse de cœur, de son idéal aristocratique ; incarnation aussi du patriote, du poète national ; également de l’amour platonique (Laure = l’or) ; aspirant à une divinisation de l’humain : « Il faut renoncer à son humanité et devenir Dieu », dit l’un des personnages du Secretum

 

C’est une conjonction AS-Soleil-Vénus-Saturne en Lion qui pointe chez Laurent le Magnifique. Personnage qui incarne à la perfection l’idéal du prince de la Renaissance, fastueux, généreux, élégant, artiste lui-même, contribuant à un plein essor de la culture et de la civilisation, ses fêtes somptueuses n ‘étant pas sans masquer une mélancolie profonde, lui-même se qualifiant de saturnien.

 

Un cas de stature semblable à celle de Pétrarque, en France, est Pierre de Ronsard, avec une conjonction AS-Soleil-Mercure en Vierge. Chef de la Pléiade, « prince des poètes », tout en noblesse et solennité, il s’épanouit dans les odes à l’éclat triomphal, dans les hymnes au ton épique, dans les discours qui en font un poète royal et national avec l’épopée de la Franciade. Ce prince couvert de gloire aimait encore à se faire représenter en Apollon, le front ceint d’une couronne de lauriers.

 

De cette époque lointaine, rendons compte aussi de deux personnages de la galerie des femmes fortes. Thérèse d’Avila, avec une conjonction AS-Soleil-Mercure du Bélier que renforce une conjonction d’Uranus. S’il fallait citer une sainte qui ait le plus pleinement vécu sa religion, c’est bien elle qui s’imposerait en premier lieu. A sept ans déjà, l’idée lui vient de voir Dieu, au point d’accepter la mort pour accomplir ce vœu. Sa vocation va devenir totale, absolue. Non seulement, elle bâtit un monastère et un ordre de Carmel, mais encore, cette mystique passionnée édifie un « château de l’âme », voie spirituelle suprêmement solaire, l’abandonnant à Dieu. Catherine de Médicis, avec une conjonction AS-Soleil-Vénus en Taureau, que renforce également Uranus. Si Thérèse doit tout à elle-même, le coup de pouce du destin est patent avec la Florentine.. Rien ne destinait initialement cette fille du duc d’Urbino, orpheline abandonnée au couvent, à être épousée par un futur roi de France. Ni, devenue veuve, d’exercer elle-même, par trois fils interposés, le pouvoir pendant trente années, s’en tirant, dans la tragédie de son règne, comme la plus grande reine de France.

 

Certes, avec cette conjoncture, on peut être porté par un certain « destin », mais il est évident qu’au premier rang des manifestations de la tendance solaire couplée à l’AS se présente l’égocentrisme en une aspiration particulière à se solariser selon ses moyens : se distinguer, s’élever, s’affirmer, s’imposer, sinon, à défaut d’être, vouloir être, se croire, s’imaginer dans la gamme de la prétention, de la vanité, de la fatuité, de l’orgueil, faute de grandeur.

 

Un cas exemplaire, par excellence, de conjonction AS-Soleil, élargi à une quintuple réunion où le couple en question valorise une célébration Mercure-Saturne-Uranus du Moi, est l’apôtre de l’individualisme le plus radical, Max Stirner. Son ouvrage : L’Unique et sa propriété, est le bréviaire de l’anarchiste individualiste. Pour ce prophète de l’école libertaire, chaque individu est le plus irremplaçable des êtres. Il lui appartient de faire valoir et prévaloir le droit divin de son individualité contre tous les empiètements d’autrui, de l’Etat, de Dieu. L’individu humain est ainsi placé en centre du monde, comme étant son propre soleil, ainsi que Marx l’avait envisagé. La seule réalité pour lui, c’est l’Unique, c’est-à-dire soi : « Pour moi, rien n’est au-dessus de Moi ». Dans un extrémisme intégral, il ira jusqu’à dire : « L’humanité sera enterrée et sur sa tombe, Moi, mon seul maître enfin, Moi, son héritier, je serai. » L’homme Stirner, quant à lui, avait une grande réserve de ses manières, doublement inhibé qu’il était par Saturne et Uranus, étant même plutôt  misérable, son hypertrophie égocentrique n’ayant été qu’un vouloir, sinon simplement une aspiration de la pensée.

 

Quand la tendance passe à l’acte, ce genre de concentration à l’AS devient une puissance intérieure réalisatrice de plus ou moins gros calibre, pouvant se manifester à tous les niveaux, jusqu’à pouvoir aussi bien engendrer des monstres. Des capitaines d’industrie : un Sir Henry Déterding (conjonction serrée AS-Bélier/Soleil-Taureau, triangulée à la travée d’un quinconce Jupiter-Uranus), magnat de la « Royal Deutch », « Napoléon du pétrole », tout dévoué à la cause de Hitler – aux grands caïds de la mafia américaine : drogue, prostitution, jeux, racket (fortunes évaluées en dizaines de milliards d’anciens francs) : Vito Genovèse : conjonction AS-Soleil-Mars-Saturne-Uranus en Scorpion-Sagittaire, son double, Lucky Luciano, né trois jours plus tôt, ayant la même conjonction au MC, l’effet étant semblable. Mais le résultat peut être moindre en se contentant du cas de l’aveuglement d’un être rivé à son égo de pauvre type, imbu de prétentions et revendications, ne pouvant supporter la moindre frustration (conjonction Lune-Saturne) et finissant tueur en série à Toulouse en cette entrée du XXIe siècle (Patrice Alègre : étroite conjonction AS-Soleil-Mercure-Vénus-Mars en Gémeaux). Voire le criminel pédophile Marc Dutroux (conjonction AS-Soleil-Scorpion accompagnée de Pluton au MC, carré à Saturne en I).

 

On trouve aussi bien, dans les rangs, la montée de bâtisseurs, de créateurs, figures lumineuses de la réussite sociale.

 

C’est la baron Georges Haussmann, qui présente un exceptionnel grand triangle qui relie une étroite conjonction AS-Soleil-Jupiter du Bélier à une conjonction Saturne-Neptune du Sagittaire et à une Lune du Lion, maîtresse du FC et de IV. Son nom reste attaché à la restauration du Paris d’aujourd’hui. Le personnage en impose et bombe le torse. A sa naissance, il n’était pas moindrement baron ; aucune noblesse ne lui venait, ni de son père ni de son grand-père paternel, l’honorable titre ayant été porté par son grand-père maternel. Il s’octroie ce rang de  noblesse pour satisfaire sa belle vanité soli-jovienne. Préfet de la Seine en 1853, il consacre dix-sept années à la restauration de la capitale, en immense chantier, qu’il reconstruit en plus grand (la capitale passe de 12 à 20 arrondissements) et en plus solennel, avec ses immenses avenues et ses prestigieux bâtiments (au détriment de tant de si belles architectures disparues). N’étant pas peu fier de son œuvre, ses détracteurs l’appelant, pour sa suffisance et sa toute puissance, »Osman Pacha ».

 

Au vol, deux maréchaux de France. Joseph Joffre : conjonction AS-Soleil-Capricorne, sextil à MC-Jupiter-Scorpion. Le tout puissant personnage militaire de la France de 1914 en guerre – un pouvoir débordant l’autorité de l’Etat – d’une parfaite sérénité, alors que l’armée du Kaiser arrive aux portes de Paris ; ayant, avec un tel sextil angulaire, la chance qu’un acte inédit fait à son insu ait justifié son incroyable confiance en soi ; au point qu’il ait donné au pays l’impression d’avoir été le piton contre lequel s’est brisée l’offensive allemande. Cette chance ayant été Joseph Simon Gallieni – conjonction AS-Soleil-Mercure-Uranus-Pluton – alors le Gouverneur de Paris, lequel, contre les ordres du généralissime en chef, trop sûr de lui-même, méritant presque la potence par son initiative révolutionnaire, mobilisa les taxis de Paris et déplaça la troupe couvrant la capitale pour l’engager sur le flanc Nord de l’armée d’invasion ; gagnant ainsi la victoire de la Marne.

 

Peut-être peut-on s’autoriser à intercaler ici, Ibn Saud (Séoud), que son biographe, Armstrong, fait naître à Riad, à la prière du matin, au lever du soleil à la mi-novembre 1883 ; cas splendide d’une conjonction AS-Soleil-Mercure en Scorpion, accompagnée d’une conjonction Mars-Jupiter au MC. C’est avec lui un temps de grandeur de l’Arabie saoudite. Au départ, l’histoire d’un jeune homme de vingt et un ans qui part à la reconquête de son pays avec une poignée de compagnons et un minimum de moyens, et parvient à l’unification de l’Arabie entière sous son autorité, faisant reconnaître sa souveraineté par les puissances mondiales, traitant d’égal à égal avec Roosevelt en 1945, sachant judicieusement exploiter les plus importants gisements pétroliers du monde, élevant en plein désert des palais dignes des Mille et une Nuits, et mourant en 1953 au milieu de ses trente-cinq fils après avoir fait monter la lumière de la civilisation sur son pays.

 

Un cas voisin est Lawrence d’Arabie, avec conjonction AS-Soleil-Mercure en Lion, aspectant Mars et Jupiter en Scorpion, à l’approche de la conjonction. Prince-aventurier-héros, tenté par une grande épopée.

 

A une époque plus rapprochée, les cas de la vie politique ne manquent pas. Habib Bourguiba (conjonction AS-Soleil-Lion), fondateur de la Tunisie indépendante. Mao tse Toung (conjonction AS-Soleil-Capricorne avec Saturne culminant) fondant la Chine communiste. Raymond Barre (conjonction AS-Soleil-Bélier). Helmut Kohl (conjonction Soleil-Mercure-Uranus du Bélier sortant de l’AS et Saturne-Capricorne au MC), l’homme de la réunification allemande. Silvio Berlusconi (conjonction AS-Soleil-Mercure-Balance et Vénus en I et Jupiter-Sagittaire en III) que l’empire médiatique conduit au pouvoir en Italie …

 

Mais cette configuration solaire n’est nullement inféodée au pouvoir politique, puisque aussi bien Vivekananda que Mao tse Toung ont la conjonction AS-Soleil-Capricorne, le pouvoir intérieur ressortissant aussi bien de sa nature et non sans un moins vaste empire. Ce n’est d’ailleurs pas ici le domaine concerné qui s’inscrit dans la livrée du phénomène, mais le fait créatif lui-même, l’exercice de son pouvoir. Et il n’est pas de domaine qui lui échappe.

 

Revenons aux lettres. Après avoir perçu l’estampille apollinienne de ¨Pétrarque et Ronsard (on ne peut se fier à la version d’AS-Soleil-Gémeaux qui circule pour Dante), c’est davantage une figure herculéenne que livre Alexandre Dumas père, avec sa conjonction AS-Soleil en Lion, ramifiée par sextil à un trigone Lune-Uranus et renforcée par une conjonction Lune-Mars en Taureau. « Vous êtes une des forces de la nature » (Michelet). Il n’est rien moins qu’un géant éclatant avec ses trois cents volumes, ses romans de cape et d’épée, qui s’invente un type de personnage à son image : fracassant, énorme, grandiose, désintéressé et prodigue de lui-même, pourfendant ses tortueux adversaires et entraînant derrière ses bottes des meutes de lecteurs : D’Artagnan, Porthos, Edmond Dantès … Ce colosse de la littérature, qui acquiert la gloire par l’effet scénique, le panache, le coup de théâtre, est aussi dans le privé un personnage hors normes, qui gagne et dépense une immense fortune, éblouit Paris par ses réceptions fastueuses et gargantuesques, bâtissant château et théâtre personnel, parcourant l’Europe et menant le train de vie d’un grand seigneur.

 

Ernest Renan n’a pas de conjonction solaire à l’Ascendant, mais dans sa I s’étalent Mercure du Verseau et le groupe Soleil-Mars-Vénus en Poissons. Sa conjonction Soleil-Mars des Poissons est l’intériorisation d’une crise religieuse de son temps qu’il incarne personnellement. Il s’était destiné dès l’enfance à la prêtrise et il finit par s’en détourner, au profit d’une foi nouvelle en la science, frappant la génération intellectuelle de son époque. Si bien, même, qu’il finira presque – voix de l’Académie française et du Collège de France – comme un pontife du laïcisme. Si Renan n’a rien d’un Dumas (on est passé du Lion aux derniers signes, impersonnels), du moins est-il – conjonction mercurienne du Verseau – une tête pensante de son temps, prédication, conscience d’un clerc.

 

Joris-Karl Huysmans : AS-Soleil-Lune-Mercure-Neptune du Verseau et Saturne des Poissons en I. Comment peut-on glorifier un moi occupé de soi de tendance Neptune-Saturne fin de zodiaque ? En se déléguant au personnage central de son œuvre, Des Esseintes d’A Rebours. Aventure intérieure d’un être en errance qui se cherche sans vraiment s’atteindre ; mal de « décadent » en aspiration esthétique et spirituelle, mais englué dans la grisaille de l’ennui et du dégoût, comme à la dérive, son évasion du réel, plus ou moins égarée, relevant d’un état schizoïde dissolvant.

 

Cas voisin, d’ailleurs, Léon Bloy – ils se sont fréquentés jusqu’à leur brouille – avec sa conjonction Lune-Saturne-Neptune du Verseau en I, abandonné » aussi à un état psychique qui se délite, sinon psychotique, livrant l’image finale d’un raté.

 

Guy de Maupassant offre un contraste extrême des instincts de vie et de mort avec une conjonction AS-Mars-Vénus-Jupiter en Vierge, Mercure étant conjoint au Soleil en Lion, et une conjonction Saturne-Uranus-Pluton en VIII. Le premier pôle de son personnage est celui d’un athlète « taureau normand », rude et allègre gaillard, adonné aux sports virils en plein air, canoteur passionné fréquentant les guinguettes, les snobs et les belles du bord de la Marne. Ce gaulois normand qui sait si bien vivre est, en outre, promis à un plein épanouissement : « Bel-Ami » dans toute sa splendeur d’homme fort, avec sa vie mondaine et brillante, ses plaisirs jusqu’à la débauche, sa fortune, sa gloire littéraire … Puis, l’autre pôle prenant le dessus, tout bascule avec la venue du « Horla », véritable décomposition psychologique de l’être, l’abomination de la maladie mentale avant la mort.

 


Composition du Soleil par Giordano BRUNO

Avec Arthur Rimbaud, nous revenons à une conjonction AS-Soleil, en Balance, l’astre étant au carré du MC (probablement à l’entrée du Lion) et à l’opposition de Pluton au DS, la note solaire étant renforcée par Jupiter en III au FC. Il n’y a pas plus extrémiste qu’un tel face-à-face qui dialectise le sacré et le maudit, la lumière et les ténèbres. Avant d’avoir été le « satanique » infernal (allant jusqu’à barbouiller « M…à Dieu ! » aux portes des églises), Rimbaud – le solaire lui – se crut lui-même être un dieu, après avoir ressenti comme une toute puissance le pouvoir de la poésie, l’alchimie du « verbe » : « J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. » C’est Rimbaud le voyant, qui se veut mage, qui veut créer une réalité par sa force poétique, ses intuitions fulgurantes, ses illuminations. « Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. » Adolescent prodige, dont le paysage intérieur est alors tout en décor exotique d’été et de soleil, il est le « voleur de feu », rendu à son état premier de fils du soleil. Il s’offre au soleil, dieu du feu, « se veut Dieu » (Daniel-Rops), démiurge refaisant le monde. Ses Illuminations sont l’œuvre d’un illuminé halluciné. Puis – « JE est un autre » - comme Icare tiré hors de son rêve, « rendu au sol », ce poète ivre de défi et de splendeur, dégrisé, chute, basculant de l’absolu de la lumière à l’abomination des ténèbres : ne pouvant être ange, il devient démon, abandonné à sa Saison en enfer. A dix-huit ans, il oublie déjà son aventure poétique, comme un somnambule oublie le jour venu son escapade nocturne.

 

 

C’est une conjonction AS-Soleil-Jupiter en Vierge, renforcée par la présence de Mercure dans ce signe à leur côté, qu’on observe chez Alfred Jarry ; en précisant que cette conjonction est au carré de Mars au FC, la Lune du Bélier étant en VIII et Pluton à la culmination. « Merdre ! ». Avec cet accompagnement, c’est le complexe anal virginien qui se défoule, et, grâce au verre grossissant de sa conjonction soli-jovienne, Jarry en est un gros gibier (on se croirait, justement, en plein Scorpion, l’autre phase intestinale, évacuatrice), fonctionnant dans « l’énaurme », en un super-règne des émonctoires. Son œuvre essentielle : Ubu roi, est l’extravagante bouffonnerie triviale d’un collégien qui s’éclate dans la scatologie, garnement que réjouit l’humour enfantin du « caca-boudin », dans l’orgie jusqu’au grotesque de sa Majesté l’intestin. « Narcissisme du ventre digérant » (Maurice Saillet). Le père Ubu est un bedonnant qui s’empiffre et jubile à roter, péter et chier, ce roi de la flatulence y allant allégrement, au surplus, de toute sa charge de cinglante agressivité : décollation, décervelage, lacération à la pince, au croc, au couteau, au sabre … Bref, le triomphe du dégueulasse. En cette fin du XIXe siècle, c’était là, assurément, une odieuse verrue sur le fin visage de la littérature décadente qui avait cours, mais sa valeur de protestation décapante contre l’ordre et la morale d’une bourgeoisie hypocrite a valorisé cette révolte absolue comme œuvre littéraire ou témoignage culturel.

 

Un cas voisin de Jarry qui peut étonner au premier abord est celui de Louis XVI avec sa conjonction Soleil-Jupiter au dernier degré du Lion, sortant de la conjonction de l’AS en Vierge, la seule évocation commune étant son appétit pantagruélique

 

Georges Feydeau : Pas de conjonction à l’AS, mais présence au milieu de la I d’une conjonction Soleil-Mercure-Vénus en Sagittaire, au trigone de Mars du Bélier et à l’opposition d’Uranus. Au lendemain du jour où son père l’a emmené au théâtre pour la première fois, il écrit une pièce au lieu de faire ses devoirs d’écolier, ce qui amuse ce père écrivain qui encourage le gamin (Mercure maître du MC conjoint au Soleil en I). C’est ainsi que, porté par le souffle d’une vocation précoce, il va devenir un roi du vaudeville où, à ses pièces, éclate de rire un public qui ne cesse d’en redemander. Immense réussite autant que joyeuse vie. Coureur de jupons invétéré, il est la coqueluche des demi-mondaines qu’il invite à de somptueux soupers chez Maxim’s. Ce richissime qui mène la grande vie au temps de sa gloire est aussi un flambeur (Mars-Bélier, Uranus …) que la passion du jeu ruine, au point d’être dessaisi de sa superbe collection de tableaux des plus grands maîtres de l’époque …

 

Paul Claudel : Conjonction AS-Soleil en Lion au trigone d’une conjonction Jupiter-Neptune du Bélier au MC. Un homme qui a soif d’unité (première conjonction) et de grandiose (seconde conjonction). Il en trouve les bases, révélé par Rimbaud  (affinités de Soleil-Ascendant), frappé par le coup de soleil des Illuminations, le préparant à une conversion religieuse subite une nuit de Noël à Notre-Dame. Son feu devenant lumière, c’est Dieu qu’il cherche à travers lui-même : « Recevoir l’Etre et restituer l’éternel ». Son œuvre entière est vouée à la gloire de Dieu. Homme de théâtre, il est une grande voix qui allie une intensité lyrique à l’édifice monumental de ses commentaires bibliques. Ajoutons l’homme assoiffé d’honneurs, gratifié même d’une légendaire mégalomanie : diplomate, académicien, funérailles officielles …

 

Guillaume Apollinaire : AS fin Lion, Soleil-Uranus-Vénus en Vierge, avec Mercure en Lion. Sans doute, cet enfant sans nom, de fausse identité génétique (Pluton maître du FC au MC) et d’origine étrangère, avait-il à tout prix besoin de se faire un nom par sa plume dans le Paris littéraire et artistique du début du XXe siècle. Originalité de sa conjonction Soleil-Uranus de la Vierge : les calligrammes, ses poèmes en forme de dessin.

 

Vladimir Maïakovski : conjonction AS-Mars-Vénus-Mercure en Lion, voisine du soleil levant. Géant, voix formidable, « personnage ». Participe à la geste révolutionnaire de la Révolution d’octobre, qui devient chez lui une véritable passion personnelle, devenant un puissant lyrique des lettres soviétiques.


 

 

Cesar Pavèse : conjonction AS-Soleil en Vierge, flanquée de Mars maître de VIII, avec Mercure en I en opposition à Saturne-Pluton en pointe de VIII. Quand la mort se mêle à la vie et la gâte. « Je sait que la vie est merveilleuse mais que j’en suis exclu par ma volonté … ». Homme empoisonné par le « vice absurde » de l’obsession du suicide dont il succombe à 42 ans.

 

Phénomène de transfert : on peut accorder une valeur de « projection » au trajet d’investissement du maître de l’Ascendant ou de la I au domicile d’une autre maison, ce lieu occupé par lui recevant la marque de sa tendance, son domaine étant l’objet d’une élection particulière ou d’une pression du moi. Du même coup, une valeur d’ »introjection » peut s’associer à la démarche inverse de la « venue » en I ou à l’Ascendant d’un astre autre que le maître de ce lieu qu’il vient habiter. On peut, dans ce cas, évoquer une réception qui s’assimile à une incorporation de la nature planétaire en question. Si bien que la moindre planète en I mérite une attention particulière.

 

N’est-elle pas significative la conjonction Soleil-Neptune de la Balance en I de Claude Vorilhon, cet ancien chanteur-journaliste sportif, rebaptisé « Rael », converti en gourou ayant prétendu avoir rencontré une soucoupe volante et des extraterrestres en 1973 dans un cratère de volcan en Auvergne, diffusant la parole extraterrestre, affirmant en décembre 2002 avoir réussi la naissance d’un premier bébé cloné, se faisant aduler par sa secte ? De même, la conjonction Soleil-Pluton en I du gourou Gilbert Bourdin, pontifiant « messie cosmoplanétaire » entouré des statues gigantesques de son fief du « Mandarom », finissant sur une plainte pour viol ?   Et la conjonction Lune-Neptune des Poissons en I (opposée à Mars en VII) d’Alfred Dreyfus, n’est-ce pas l’impact d’hostilité de toute la marée collective de l’antisémitisme de la France de son époque, s’emparant de sa personne  au point d’en faire un prisonnier ? Et la même en I du cancérien-maison IV Marcel Proust, n’est-ce pas aussi un enfermement ombilical autour de sa propre mère ? Avec un Soleil du Cancer en I, maître de IV, que prolonge une Lune en Balance en V, opposée à Pluton , Vénus elle-même étant opposée à Saturne, Marie-Louise Cognacq-Jay, en impuissance de maternité, s’incorpore en quelque sorte un destin maternel en fondant son institution en faveur des familles nombreuses. Et avec Neptune en I, maître de quatre astres des Poissons en IV, Victor Hugo s’assimile à l’océan quand il entend se représenter sa destinée.

 

 

Après un tour d’horizon des hommes de lettres, faisons la tournée des musiciens.

 

Nous tombons aussitôt sur une pièce royale : Richard Wagner. Son cas est emblématique parce que sa conjonction AS-Soleil-Vénus, fin Taureau-début Gémeaux, est considérablement amplifiée et orchestrée par ses aspects aux trois autres planètes angulaires : Jupiter au FC, Uranus au DS et Mars au MC ! Une conjoncture exceptionnelle … Celle d’un égocentrisme pharaonique  (« Le monde me doit ce dont j’ai besoin. ») de ce titan, génie exorbitant d’un gaillard tout en faconde, mû par un orgueil délirant, s’estimant investi d’une mission pour une œuvre colossale ; de fait, pénétré de l’essence d’un grand mythe : Tristan et Iseult,  (conjonction Soleil-Vénus), inspiré par le chevalier (Lohengrin), le héros (Siegfried), ses personnages solaires intérieurs, étant à travers eux le mage d’un art-religion ; en somme, un sacerdoce du génie. Avec en plus une vie de grand seigneur ne s’encombrant d’ aucun scrupule, tout lui étant dû. Il vaut la peine de s’attarder quelques instants sur ce personnage, en empruntant ce passage de Deems Taylor : « Génial et monstrueux Wagner » (Les grands destins, Sélection du Reader’s-Digest, Paris, 1967) :

 

« Il possédait le don de faire parler de lui. D’une taille au-dessous de la moyenne, il avait une tête trop grosse pour son corps chétif. Il était d’une nervosité maladive : il ne pouvait supporter, par exemple, que la soie sur sa peau. Avec cela, c’était un monstre de suffisance. Il se considérait comme l’un des plus grands dramaturges, l’un des plus grands penseurs et l’un des plus grands compositeurs du monde. Tout cela à la fois. Quelque chose comme Shakespeare, Beethoven et Platon en un seul homme ! Ce fut, en tout cas, un causeur intarissable. Passer une soirée avec lui revenait à écouter un long monologue. S’il se montrait parfois brillant, il était si rasant à certains moments qu’il y avait de quoi en devenir fou. Et il n’avait qu’un seul sujet de conversation : lui-même. Il prétendait avoir toujours raison. Il suffisait qu’il se trouve un tant soi peu en désaccord avec quelqu’un, même sur le point le plus insignifiant, pour qu’il se lançat dans une harangue qui pouvait durer des heures ! Il trouvait alors le moyen de justifier son point de vue de tant de façons différentes, et avec une volubilité si épuisante, que le contradicteur, assourdi et assommé, finissait par lui donner raison pour ne plus avoir à l’écouter. Que ce fût le théâtre, la politique, la musique ou les régimes alimentaires, il n’y avait pour ainsi dire pas de sujet sur lequel il n’eût ses idées à lui. Pour les défendre, il ne se contentait pas de rédiger des centaines de pamphlets, de lettres, de livres et de les faire publier – généralement aux frais d’une tierce personne – il passait des heures assis à les lire à ses amis et à sa famille. Etc … Comment être davantage aussi plein de sa personne ?

 


Le Soleil  (Das Gross-Planetenbuch, 1553)

 

Nulle pesanteur de cet ordre chez l’ultra-Gémeaux Jacques Offenbach qui y a le Soleil en I avec Mercure à l’AS (accompagné de Vénus-Taureau en conjonction de Lune-Gémeaux) au trigone de Jupiter au MC. Ce fils de musicien ambulant (Soleil maître de IV en I), amuseur endiablé, devient un roi de l’opérette, incarnation de la gaîté parisienne du Second Empire, avec son inusable « cancan ».

 

La conjonction AS-Soleil des Gémeaux de Charles Gounod, opposée à Neptune-Sagittaire avec l’approche d’un coucher de Jupiter, pour ainsi dire en mal d’inflation, s’accorde avec ce musicien de théâtre, quelque peu inspirateur de musique « pompier », parvenant à tous les honneurs et sachant pontifier aimablement.

 

Celle de Claude Debussy en Lion, avec Mercure de la Vierge en I, va à ce musicien aristocrate, esthète, farouche, dédaigneux : « Je hais les foules, le suffrage universel et les phrases tricolores. », « Je suis hanté par le médiocre et j’ai peur. » Il est une autorité de son temps.

 

Même conjonction en Lion chez Enrique Granados : très brillante carrière de virtuose du piano, fêté et choyé en Europe et aux Etats-Unis ; auteur, notamment, de danses espagnoles, non exemptes de « coquetterie salonnière ».

 

Arnold Schoenberg aurait sa conjonction Soleil-Mercure de la Vierge à l’AS, ce qui peut convenir, avec lui et en fonction d’une signature plutonienne, au point de départ d’un nouvel ordre musical.

 

Contentons-nous de citer un peintre, Henri de Toulouse-Lautrec, dont la puissance de libido d’une conjonction Soleil-Jupiter-Mercure du Sagittaire en I est barrée par l’opposition de Mars des Gémeaux. Il avait par tempérament le goût prononcé du cheval, de la chasse, du plein exercice physique. A quatorze ans, un accident (fémur brisé) fait de lui un infirme aux jambes de nabot. Cette opposition planétaire rejoignant harmoniquement une opposition luni-neptunienne, son élan vital dérive vers l’imaginaire. La main de ce demi-cul-de-jatte devient le refuge de cette fougue animale privée de support physique. C’est à coups de crayon, au trait aigu, incisif, au coup de pinceau pressé, crépitant, qu’il recompose toute sa passion intérieure. Ce qu’il restitue, c’est tout un monde du mouvement animé : les chevaux bondissants au claquement des fouets, les attelages piaffants, le cyclisme, la danse, le cirque, les acrobates

 

Hors des grandes carrières, chacun vit son lever solaire à sa manière. Pour ne citer que deux cas, on voir à quelle diversité de manifestations ce phénomène se manifeste. En exaltation vitale chez Zelda Fitzgerald qui a une conjonction AS-Soleil du Lion au trigone de Jupiter du Sagittaire. Avec son mari, Scott, cette « flapper » de l’Amérique moderne émancipée, forme la plus intrépide attraction des années folles :  la fête éblouissante d’une grande vie : super-palaces, torpédos, Côte d’Azur,  Riviera, folies diverses, grisée par la joie de vivre jusqu’à ce que son étoile se renverse. Et en persistance de vivre, avec une conjonction AS-Soleil en Poissons, au trigone de Jupiter du Scorpion en VIII, chez Jeanne Calment, la « doyenne de l’humanité », morte dans sa 123e année.

 


Chereng-(Nord) "La Hamayde"

 

Au terme de ce défilé d’exemples, tentons de retenir une impression synthétique par-dessus la diversité des configurations accompagnatrices de ces phénomènes du secteur I.

 

Le cas le plus direct du Soleil à l’Ascendant est assurément celui d’un moi qui s’assimile au soleil lui-même. Néron en est l’exemple le plus achevé, mais il en est divers autres en atténué, avec Rimbaud « fils du soleil », Apollinaire … L’analogie jouant à saute-mouton, l’identification passe ensuite de l’astre à son mythe avec Apollon, sa signature esthétique, plus courante (Pétrarque, Ronsard …), puis au chevalier, au héros, dieux terrestres (Dumas, Wagner) et, au sommet, à Dieu lui-même (Thérèse d’Avila, Pétrarque, Claudel). Mais, le plus couramment, sans aller jusqu’à l’extrémisme de Stirner qui entend être son propre soleil, basculant d’une fonction d’idéal du moi ou de surmoi à celle du moi, c’est l’ego individualiste qui est bénéficiaire de l’impact solaire.

 

Elargissons cet ego à la formule d’Ortega y Gasset : « Je suis moi et ma circonstance. » C’est-à-dire, moi dans mon être, mais aussi dans ma vie. Naître au lever du Soleil promeut l’un et l’autre, sinon l’un ou l’autre, sa personnalité propre ou le destin reçu. Réceptivité significative avec Catherine de Médicis, et plus encore avec  la reine victoria et la tsarine Alexandra..

 

Généralement, le souffle intérieur de ce lever d’astre est la pression du moi. S’il faut un étalon à partir duquel doivent être évalués les phénomènes de cette configuration, c’est celui de l’égocentrisme. Même s’il y a du coq-à-l’âne ou un débraillé dérangeant dans la lignée symbolique de sa manifestation, un fil conducteur ne s’en dégage pas moins : une affirmation de l’ego qui est une manière de se solariser.

 

Au plus sommaire, le propre du lien AS-Soleil est de souligner l’identité d’un « être-au-monde » doublement marqué par le même signe : à ce récepteur revient de spécifier son individualité, aux traits accentués. De toute façon, l’instance AS-Soleil devient le point central parleur du thème qui draine les composantes de sa configuration générale.

 

Le chef-d’œuvre de l’égocentrisme est assurément Wagner avec sa quintuple angularité des planètes les plus fortes, mais il a des émules, qu’il s’agisse de Dumas, de Haussmann, de Joffre, de Claudel, de Genovèse, de Zelda Fitzgerald, de Mao tse Toung … chacun, à sa manière et en fonction du milieu, vivant sa propre solarisation.

 

 

Enfin, pour ce qui est d’une occupation chargée du secteur I – Renan, Huysmans, Feydeau, Dreyfus, Proust … - c’est chaque fois l’infléchissement égocentrique qui prévaut, teinté des configurations présentes. Un cas significatif est celui du roi britannique George VI – Vénus-Saturne-Uranus-Lune en Scorpion et Mars en Sagittaire – qui, à l’inverse d’un Wagner plein de lui-même dans la satisfaction de soi, se vit douloureusement en une difficulté d’advenir à soi-même par surcharge de subjectivité. Ayant eu du mal à sortir de soi, il eut notamment les plus grandes peines du monde à retenir sa timidité. Depuis qu’à cinq ans ce gaucher avait été contraint d’écrire de la main droite, il bégayait et ne sortait de ses inhibitions que dans la colère et l’agressivité, son analité bridée s’en tenant à un self-contrôle méticuleux, mais se défoulant dans la consommation auto-destructive d’une quarantaine ou cinquantaine de cigarettes quotidiennes.

 

Dire qu’il ne soit pas facile de bien définir un caractère, comme celui-ci, est, en fin de compte, le pain quotidien de l’astrologue. Mais, plutôt que l’astrologie elle-même, n’est-ce pas l’homme lui-même qui est le lieu de cette complication ?


 

[1] Il ne pouvait y avoir une plus forte concentration du Feu que cette triple conjonction à l’AS. Un cas voisin, mais sans heure natale, est le général Rostopchine, responsable de l’incendie de Moscou à la campagne napoléonienne de Russie, avec le Soleil et une conjonction Lune-Uranus en Bélier.

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