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Faut-il supprimer le soleil ?

 

Le compte-rendu humoristique du livre d’Alexander Ruperti et Marief Cavaignac : Les Multipes visages de la Lune (n° 67) annonçait un débat sur un sujet fondamental.

 

L’entrée en matière en est ce passage de sa page 15 :

 

Il est intéressant de constater que le symbolisme lié à la Lune considéré du point de vue héliocentrique, comme satellite de la Terre, confirme la polarité masculine et féminine – Lunus-Luna des Anciens et aussi le concept jungien d’Animus-Anima. Ces correspondances expliquent pourquoi Rudhyar a pris la Lune comme symbole à la fois de l’Animus et de l’Anima, tandis qu’André Barbault prend le Soleil comme symbole de l’Animus. Peut-être l’a t-il fait parce que, comme la plupart des astrologues, il ignorait la polarité masculine de la Lune. Il me semble faux de donner un sens personnel et particulier au Soleil en soi. L’énergie, le pouvoir du Soleil, est de nature universelle et impersonnelle. Le Soleil est la source de la vie, il rend la vie possible. Mais, dans sa forme particularisée, la vie d’une personne dépend de Saturne et de la Lune. Saturne donne une structure qui définit, focalise d’une manière particulière le pouvoir solaire. La Lune fournit la quantité et la qualité d’énergie solaire que la structure saturnienne est capable de contenir. Elle est la source de l’énergie psychique – ce que les psychologues nomment libido -  qu’elle a pour ainsi-dire différenciée dans l’énergie solaire, selon les besoins et capacités de la structure de conscience fournie par Saturne.

 

Conséquence de cette conception « rudhyarienne » privant le Soleil de tout rôle spécifiquement individuel, évincé du clavier planétaire et sans fonction particulière, l’attribution du principe paternel à Saturne, du même coup accouplé au principe maternel lunaire.

 

Il me paraît impossible de laisser ce texte sans réagir parce que j’ai la conviction la plus entière qu’Alex est dans l’erreur, alors qu’il est aujourd’hui très écouté.

 

Avant de se mettre à la table de discussion, j’estime nécessaire que dans tout grand débat de la recherche, chacun de nous puisse préalablement s’expliquer sur son être pour le définir afin de le situer par rapport au sujet traité, cette forme d’ autoanalyse aidant à présenter son angle particulier d’observation et donc la vérité relative à laquelle il peut prétendre.

 

Or, j’ai l’avantage d’avoir un thème très lisible (Yonne, 1-10-1921, 17 h). J’ai déjà expliqué que mon chemin d’Astrologie mondiale se reflétait dans ma naissance au départ de six cycles : les cycles, les concentrations, l’indice cyclique, la Grande Année …Or, on pourrait presque lire dans mon thème quelques-un des titres de mes livres : conjonction Soleil-Lune, conjonction Jupiter-Saturne … Il est vrai que j’ai aussi une conjonction Vénus-Mars et que je n’ai pas écrit de livre sur ce couple planétaire. De justesse toutefois : j’allais l’entreprendre lorsque les Editions du Seuil m’ont proposé la collection sur le zodiaque : celle-ci terminée, j’estimais en avoir assez dit sur lui à travers ses signes. Certes, je ne pouvais avoir de conjonction Uranus-Neptune, mais, outre que le premier est dans le signe du second, un parallèle à l’horizon les relie …

 

Ceci pour en venir au fait que j’ai un thème à dominante de conjonctions planétaires (6) et un esprit s’y rapportant : mon goût pour le commencement, la racine, la souche, la base, l’initial. De là mes affinités avec le Bélier Jean Carteret quand, la guerre terminée, nous avons éprouvé en commun le besoin de reprendre en main notre savoir sur la nature de chaque planète, d’en ressentir la vérité première confrontée à la psychologie moderne. A ce stade initial de l’amarrage au parcours cyclique qui est le mien, mon regard s’estompe à mesure que se déroule l’histoire, étant ainsi quelqu’un de « primitif », laissant volontiers à d’autres le soin de mieux saisir le reste du parcours. Mes meilleures études sont ramassées comme des croquis ; mes prévisions tiennent en une courte phrase et sont sommaires ; j’en reste presque à des préambules. En revanche, je crois avoir l’acuité de l’essentiel, désirant mettre ma vérité dans le creux de ma main, à la recherche que je suis d’une teneur première ou d’une essence des choses. 

 

Longtemps j’ai cherché cette valeur basique. J’ai fini par la trouver dans le clavier du planétaire, étonné de voir ma route personnelle rejoindre finalement l’artère centrale de la tradition, réjoui aussi de voir ma solitude déboucher sur la grande famille de nos prédécesseurs. Interpréter un thème revenait – d’abord - à dégager l’essence d’une personne à travers son tissu planétaire, ainsi qu’à l’agencement de cette étoffe au regard de sa figure planétaire d’ensemble. Il devenait naturel de revenir à la notion d’une « gouvernance » du thème, à l’estimation d’une « signature » de l’astre ou de l’ensemble astral le plus signifiant, évaluation qualitative et quantitative allant de pair. De là mon application à l’étude du symbolisme planétaire et ma recommandation d’en passer par-là. En particulier la confrontation de sa spécificité avec les diverses catégories de nature typologique que nous propose la psychologie moderne, dans un souci de mieux fonder et d’enrichir la caractérologie planétaire.

 

Egalement primordiale est la méthode d’esprit synthétique et de pensée dialectique par laquelle doit passer cette étude : aucun astre n’a de valeur en soi qui ne lui vienne de sa position au sein du système solaire ; chacun est la note d’une gamme et le fondement de sa symbolique s’établit par rapport aux données des autres astres, la relation de couple y tenant un rôle primordial.

 

Depuis que l’astrologie existe et tout au long de son parcours, le couple Soleil-Lune n’a pas cessé de s’imposer comme couple exemplaire, à tous égards et par la force même, assez miraculeuse, d’une proportion d’ajustement des dimensions et des distances qui les égalisent visuellement dans l’éclipse totale de l’un par l’autre ! Au commencement de tout rapport interastral viennent justement les deux luminaires en duo, aussi inséparables l’un de l’autre et complémentaires, que sont entre eux les autres couples premiers et essentiels auxquels ils s’assimilent directement : le jour et la nuit, l’homme et la femme bien entendu, le père et la mère par voie de conséquence … Que peut-il y avoir de plus fondamental que ces catégories vitales, si magistralement et parfaitement couplées dans le symbolisme universel ?

 

Pourquoi, dès lors, amputer cette dialectique masculin-féminin souveraine et intégrale ? Pareille corrélation aurait-elle été démentie dans les faits ? L’enquête sur les cultures les plus variées du sociologue Seligman nous en dissuade : les mêmes images oniriques se retrouvent partout, le père y étant représenté par le soleil chez les peuples à mythologie astrale. Il l’est encore d’ailleurs occasionnellement dans le rêve du contemporain occidental. Et il ne l’est pas moins individuellement dans la pratique quotidienne de l’astrologue qui sait interpréter un thème.


Dans l'ordre de la théorie des signatures, affectée à tous les règnes de la nature,
le Soleil a sa place parmi le registre planétaire. Ici voisinent deux plantes médicinales saturnienne et solaire.
Pages extraites des Naturalia d'Albert le Grand (XIII ème siècle) imprimées en Allemagne en 1548

Sans symbolisme solaire, il ne saurait y avoir de symbolisme lunaire, et réciproquement. Pas plus que le jour n’existe sans la nuit, étant impossible de définir l’un sans l’autre. Chacun est une moitié de l’autre pour que leur union soit un tout. Un tout intégral : père et mère autant qu’homme et femme, bien entendu.


Une des nombreuses représentations de l'Hermaphrodite, symbolisant les deux manières sexuées d'être au monde : le masculin et le féminin. Soit, avec le soleil, l'être homme et avec la Lune,  l'être femme. Mais aussi, avec le premier la masculinité latente de la femme et, avec la seconde, la féminité latente de l’homme. L’un n’existe pas sans l’autre

C’est en m’adressant à tout ce que m’a offert la psychologie moderne que j’ai dressé le tableau dialectique général du chapitre « Psychanalyse » de Soleil & Lune en Astrologie, qui constitue le fondement de la symbolique des luminaires ; une base susceptible de rallier l’ensemble des astro-psychologues. Trente ans après, mon auto-critique me reproche seulement un langage (aligné sur celui des psychologues de l’époque) tendant à une infériorisation des termes lunaires et une supériorisation des termes solaires, mais la corrélation se tient droit.


Ici se présente une des nombreuses versions de l'union des principes mâle et femelle,
le Masculin reposant sur le corps du Soleil et le Féminin sur le croissant Lunaire


Pas de nuit sans jour ni de jour sans nuit

Qu’est-ce donc, alors, qui amène Rudhyar et Alex à balancer le Soleil dans le vide ?

Avant de répondre à la question, venons-en à la confiscation du rôle solaire au profit de Saturne dans la représentation du principe paternel. La tradition fait intervenir les deux astres : « Le Soleil et Saturne conviennent naturellement au père ; à la mère, la Lune et Vénus », déclare laconiquement Ptolémée, en premier lieu venant notre luminaire diurne, la planète n’étant qu’auxiliaire. Mais pourquoi elle ? Longue interrogation …La puissance génératrice de la semence, voilà qui tourne le dos à la chronocratorie de la vieillesse froide et sèche, peu représentative d’une cause première. Et tout Saturne va à l’encontre : il fait la misogynie, le célibat et il est le père de l’impuissance et de la stérilité. Cette fonction d’appoint jure non moins avec le mythe de Chronos dévorant ses propres enfants.

Le célèbre tableau de Goya est là pour le rappeler monstrueusement. Jupiter est infiniment plus paternel


Dans le zodiaque, par les maîtrises, les luminaires sont également accouplés et c'est en face d'eux qu'ils ont Saturne,
opposition renforçant son pouvoir spécifique appliqué au détachement parental pour devenir adulte à son tour.

A la réflexion, il m’a semblé que la raison de cette adjonction  tienne au saut d’une génération : c’est la trentaine qui est donnée comme âge classique du passage d’une génération à la suivante, l’enjambement saturnien en question incarnant les antécédents familiaux, plus spécifiquement l’aïeul qui peut tenir lieu, par défaut, de parent substitutif.

Que la symbolique paternelle de l’astre ne soit pas bien évidente dans l’esprit de nos deux confrères, la justification qu’ils en donnent le prouve : avant que le père soit présenté comme « personne qui joue un rôle d’autorité » (qui fait la loi dans le système solaire ?), il faudrait d’abord parler de ce qui engendre. Précisément, le Soleil est lié au principe paternel parce qu’il est d’abord, selon eux, force originelle créatrice, source de vie. Il est d’ailleurs significatif que quand Alex associe si justement au rôle paternel les valeurs d’autorité, de loi, de morale, de société et de guide spirituel, ce sont les notes de la gamme solaire qu’il fait tinter, dont j’ai présenté l’association psychique par résonance de la fonction paternelle. Mais c’est ainsi que ses interprétations d’aspect Lune-Saturne sont chargées d’une signification Soleil-Lune, au complexe mère-Lune/Saturne devant répondre un complexe père-Soleil/Saturne.


Personne ne doute que la vie est  par la chaleur dont le
Soleil est le père et par l’humide dont la Lune est la mère
(Morin de Villefranche, aphorisme LXXXVI du Centiloque).

Pourquoi, alors, cette évacuation du Soleil ? Parce que Rudhyar s’est cantonné à la sphère de la psychologie jungienne et qu’il n’y a pas trouvé sa fonction essentielle ou idéale. S’il avait jeté un coup d’œil du côté de Freud, il n’eut pas manqué d’être mis sur la piste de la dialectique : « ça – surmoi ». Car, déjà dans La Pratique de l’Astrologie, il associe à la Lune le monde des sensations, expression des instincts.

 

Il est vrai qu’ à cause de sa richesse de pensée, rien n’est plus subtil que son langage ; un langage si élaboré qu’il fragilise son savoir et la transmission de son contenu. L’homme des conjonctions que je suis s’interroge souvent après lecture et relecture de tel passage : « Que, diable, veut-il bien dire ? ». La complexité s’accroît lorsque entrent en jeu des entités psychologiques générales trop peu précisées et dont les contenus diffèrent d’un auteur à l’autre ; de sorte que finissent par devenir interchangeables, par exemple, des termes pourtant aussi différents que : constitution, tempérament, caractère, personnalité …Ne nous étonnons pas, ainsi, que la libido (celle de Freud n’est d’ailleurs pas celle de Jung) soit dévolue à la Lune avec Alex, au Soleil avec Ciro Discepolo et Claude Olivier Fischer, au système solaire lui-même selon ma préférence … Et je n’ose parler de l’égo, du moi, du Soi…

 

Cette complexité tient aussi à la nature des choses. On peut, à la rigueur, faire tenir le registre d’une planète dans le cadre du clavier planétaire, l’assimilant à un instrument de l’orchestre du système solaire. Mais il ne faut pas s’étonner que le Soleil soit un carrefour de rencontres, en son lieu se croisant différents niveaux et états de la manifestation humaine. La nature procède parfois par économie ou concentration, à l’image du commun orifice urinaire et spermatique masculin ; également de l’inconscient qui opère par voies de condensation et de surdétermination. Cela explique qu’en plus de la note chromatique du tempérament solaire et de son pouvoir de valorisation planétaire, le Soleil ait partie liée avec diverses valeurs : surmoi (corrélation admise déjà par von Kloeckler), moi, masculinité, libido … Un même Soleil individuel peut parfaitement correspondre, dans une configuration donnée, à telle réaction auto-punitive (surmoi), à tel élan spirituel (idéal du moi), à telle affirmation de conscience et de volonté (moi), à tel comportement affectif de la masculinité (s’il s’agit d’un homme), etc ; manifestations se rejoignant sur le terrain commun d’une même expérience ou dispersées en histoires indépendantes. Je vous renvoie à la place royale que j’ai fait tenir au Soleil de Napoléon (voir étude), à celles de Baudelaire (voir Noces d’or astrologiques) de Picasso (Connaissance de l’astrologie), et il y aurait tellement de choses passionnantes à dire des Soleil de  Goethe, Berlioz, Schumann, Musset, Kafka ! … C’est dire, oh combien !, si le « Soleil en soi » a « un sens personnel et particulier » : il suffit de le faire parler ..

 

Arrivons, pour finir, à la corrélation relative au couple Animus-Anima.

 

Jusqu’ici, depuis le chapitre charpenté de Roger Knabe dans Soleil & Lune en astrologie, l’on a positionné ce couple dans sa relation aux luminaires, certains s’étant toutefois avisés, si peu judicieusement, de mettre en cause le couple Soleil noir – Lune noire. Et voici que Rudhyar et Alex nous proposent une version faisant tenir le couple animus-anima à l’intérieur du seul système Lune, la raison étant qu’il existe en son sein une polarité féminine-masculine assimilée à Luna (quand l’astre est à l’intérieur de l’orbite terrestre, soit entre le dernier et le premier quartier) et à Lunus (quand il est à l’extérieur, du premier au dernier quartier). Est-ce vraiment sérieux ?

 

La variation des polarités masculin-féminin, je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas existé au sein du système Lune ; je la conçois possible, du même coup, au cœur du Soleil. Tel est le sort de tout couple d’obéir au même mouvement pendulaire, à l’instar du Yang et du Yin de la philosophie chinoise ; quand un de ses principes atteint son maximum de puissance, le principe opposé germe et jaillit de son centre, compensation née de l’antinomie intérieure.

 

On sait, par exemple, que l’excès d’hormones du même sexe provoque quelquefois l’apparition des caractères du sexe opposé, la barbe poussant à la femme, etc. Loi connue aussi dans le règne végétal, la réaction + ou la réaction – ne poussant pas indéfiniment, la première passant par un maximum et la seconde par un minimum, après quoi les réactions se renversant. Peut-être que mes chers confrères ont raison de formuler cette interprétation d’une variation féminin-masculin du pôle lunaire avec Luna et Lunus (j’aurais bien voulu, tout de même, avant d’y adhérer, qu’un certain nombre d’exemples la confirment), cela ne me choquant nullement en soi, mais est-ce que ce qui n’apparaît que comme une pure vue de l’esprit les autorise pour autant à « brancher » ce rythme lunaire sur la grande dialectique psychique du couple inconscient Animus-Anima ?

 

Si ceux-ci sont la manifestation d’une imago – figure intérieure de l’homme dans l’âme féminine et de la femme dans ‘âme masculine – leur état repose sur la notion fondamentale que tout être humain est à la fois masculin et féminin, portant en soi cette double polarité. Mais, comme nous ne pouvons appartenir qu’à l’un ou l’autre sexe, seul l’un de ces pôles s’incarne en nous. Majoritaire en quelque sorte, il est l’état manifeste, conscient et actif, de l’homme vivant sa masculinité et de la femme vivant sa féminité, le Soleil représentant l’état du premier et la Lune l’état du second.

Qu’advient-il de l’autre pôle en nous, la masculinité de la femme et la féminité de l’homme ? Réduit à la condition d’un état latent, d’un potentiel d’être dans la nuit de l’inconscient, il est une puissance en instance de « projection » sur le ou la partenaire de l’autre sexe. Faute de pouvoir être à la fois homme et femme, l’homme assume ainsi sa féminité en la vivant « par délégation » à sa partenaire, à travers la féminité de celle-ci, ainsi incorporée à sa personne par et dans le couple. Réciproquement pour la femme dans son investissement amoureux. Bien entendu, cette féminité de l’âme masculine, c’est la Lune de l’homme qui la représente ; comme cette masculinité de l’âme féminine s’adresse au Soleil de la femme. Nous portons en nous le couple, chaque luminaire y étant la « moitié » de l’autre en instance d’un tout dans leur union. Jung lui-même évoque la « Syzygie anima-animus », titre de chapitre de son Aïon, et répète ce terme astronomique qu’il associe à celui de « couple ».

 

Comment d’ailleurs échapper au Soleil ? L’animus est, en effet, une condensation des expériences affectives accumulées par la femme dans son enfance au contact de l’humanité masculine, le père venant généralement en première position de la lignée des premiers personnages solaires. Outre l’embarras interprétatif qu’on imaginerait avec cette version humaniste : la Lune ne cessant pas de représenter la condition féminine de la femme et devant incarner en plus son animus, comment dégager du même facteur son contenu féminin et son contenu masculin, différencier ce qui est le propre de sa personne de la virtualité venant de l’autre ?

 

La lecture fort interrogative autant que passionnée de l’œuvre de Rudhyar s’éclaire quelque peu à la lueur de son dernier livre : L’Astrologie de la transformation. Je suis personnellement gêné de le voir se déclarer en désaccord avec Jung sur la valeur de l’anima (p. 165) : où va-t-on ? Je constate toutefois qu’il concède au Soleil la représentation du père par la vertu de son sperme. Au-delà, zéro ! Saturne le supplante au niveau du développement personnel de l’enfant. Or, ici, Rudhyar est en franche rupture avec Jung, ce qui est grave car celui-ci est pleinement accordé aux conceptions des autres psychologues. Je renvois sur ce point au chapitre « Ame et Terre » de ses Problèmes de l’âme moderne pour comprendre toute la symbolique solaire dans l’association de l’expérience Père avec l’ensemble des valeurs de logos, d’esprit, de responsabilité, de devoir, de loi, de société, d’autorité, d’Etat, de Dieu …Ici, d’ailleurs, Jung et Freud se rejoignant, ainsi que les diverses écoles de la psychologie moderne. Un lourd handicap à surmonter …Mais en fait, c’est toute la symbolique planétaire qui constitue le point faible de l’œuvre de Rudhyar, oser le dire me donnant l’impression d’une plus grande honnêteté intellectuelle vis-à-vis de l’auteur astrologue que j’estime le plus.

 

L’ASTROLOGUE n° 68, 4e trimestre 1984.


La découverte de Neptune par Cham (Le Charivari, 1er janvier 1847)

Depuis la parution de ce texte, deux décennies sont passées et les enquêtes démographiques de Didier Castille sur la population française sont venues témoigner en force de la présence personnelle du Soleil dans nos thèmes, comme facteur d’accouplement et plus encore comme facteur d’hérédité astrale, notre statisticien y étant allé de son humour en évoquant « un bébé pour l’anniversaire » des parents.

 

Il est devenu évident que Rudhyar s’est autorisé – à bon marché de vues personnelles qu’il a dispensé de toute épreuve de vérification, et en plus, aux frais d’un rejet du savoir traditionnel le mieux établi, jusqu’au noyau dur du couple sacré des luminaires – bien des fantaisies qui discréditent la pratique de l’école humaniste.

 

Son thème (Paris, 23 mars 1895, 0 h 30) dément d’ailleurs sa propre théorie, car il est, en son genre, un modèle exemplaire de Soleil dominant, étant né alors que l’astre vient de franchir le méridien et est en aspect de l’Ascendant-Sagittaire et de son maître-Jupiter. Avec ce Soleil jupitérisé, à l’entrée du Bélier au Fond du ciel, il est un père fondateur qui bénéficie des ressources intellectuelles d’un grand triangle, au maître de l’Ascendant se ramifiant un trigone Mercure-Poissons/Saturne-Scorpion. Ce pouvoir paternel fondateur lui a permis de bâtir un palais de l’esprit (IV) où règne souverainement la pensée cosmique d’un Mercure des Poissons en III, où d’ailleurs il appose le sceau de sa personne à l’astrologie plutôt que de la laisser advenir à elle-même. Et son rôle est de premier plan dans l’édification d’une conception astropsychologique qui exerce, dorénavant, un magistère dans le milieu astrologique international.

 

Toutefois, ce prince a construit son œuvre dans la pleine opacité d’une nébuleuse de l’utopie, signée d’une labyrinthique réception mutuelle Mercure-Poissons/Neptune-Gémeaux, au bord d’un carré de l’un à l’autre, Mercure l’étant déjà du ténébreux Pluton sur la rive du Descendant. Dans son « Message » transmis dans notre n° 69, sur la fin de sa vie, il déclare : « Il m’est devenu évident que presque personne ne comprend ce que j’ai voulu faire. » Mais aussi, est-ce si aisé de comprendre cet aventurier Bélier de l’esprit, en marge de la pensée collective de notre temps comme de ceux qui l’ont inspiré ? Comment son malaise ne serait-il pas au cœur même de son œuvre, au point que son astrologie galactique, comme une fuite en avant, n’ait pas un air de dérive et beaucoup de ses disciples se gargarisant de belles formules creuses? Certes, cela n’empêche pas qu’il soit un auteur à chef d’œuvre – c’est ainsi que j’ai salué son livre sur les aspects – et il aurait pu faire mieux que d’inspirer un exercice interprétatif de climat neptunien au flou artistique ou aux vapeurs spiritualistes, au bord de l’astrologie rêvée. Mais, si l’homme n’est pas un canon de la praxis astrologique, du moins reste-t-il le plus grand penseur astrologique du XXe siècle.

 

Alex Ruperti (Stuttgart, 23 MAI 1913, 22 h 11) a mérité plus que de n’avoir été que son disciple. Chez lui, justement, c’est la Lune qui parle par sa présence en I et en conjonction du maître de l’Ascendant, Jupiter. Un brillant disciple jupitérien, certes, qui a trouvé sa joie à le traduire, puis à l’interpréter. Mais n’en serait-il pas resté là, retenu intérieurement par un problème paternel relevant de sa conjonction Soleil-Saturne, comme un non-achèvement de lui-même ? J’eusse souhaité – et je lui ai dit – qu’Alex soit moins suiveur et plus créateur libre, qu’il fit une « astrologie de Ruperti » plus que celle de son maître. Mais, quoi qu’il en soit, son œuvre garde toute mon estime.

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