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Le SYMBOLISME

 


« Elle était toute petite ma vie, mais c’était une vie,
c'est-à-dire le centre des choses, le milieu du monde. »
Anatole France

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Qu’est-ce qui me prend d’aborder maintenant un sujet comme celui-ci, qui me submerge de son insondable immensité ? Sans doute est-ce, justement, par nécessité d’y voir plus clair, ce qui est loin d’être un luxe. Mais, d’emblée s’impose à moi la question première : l’homme symbolique existe-t-il ?

 

L’Homo symbolicus

Faut-il d’abord revenir sur l’existence même de l’homme symbolique ? Il n’y a pas si longtemps que, parmi nous en France, cette donnée était encore contestée par Suzel Fuzeau-Braesch, parce que le symbolisme en tant que tel est étranger à la logique rationnelle et n’entre pas dans la catégorie du langage ni du savoir scientifique. Aussi rigoureuse que soit du même coup cette exigence éliminatrice, il n’en demeure pas moins qu’il faut avant tout prendre pied dans le sujet que l’on traite en s’interrogeant si ce n’est pas d’abord la nature de l’objet à connaître qui détermine la manière d’en prendre connaissance. Je n’ai pas cessé d’accuser nos adversaires de confondre en la circonstance le sujet et l’objet en croyant simplement que l’astrologie était en soi un savoir irrationnel, alors qu’elle est fondamentalement une connaissance de l’irrationnel des profondeurs de l’être humain, chargée de le refléter en un plongeon dans sa nuit intérieure.

Pour autant que l’Homme soit un être rationnel, comme il l’est ou entant l’être dans l’exercice des facultés de son esprit, son élucidation relève du savoir scientifique, ce qui peut octroyer une place à de l’astrologie rationnelle, ainsi que s’est évertuée à la composer l’école conditionaliste en France, laquelle a tenté de se dispenser du recours au symbolisme, non sans prendre le risque de dénaturer son savoir, en tout cas en se privant de l’essentiel. Car en l’Homme prévaut d’abord, et bien davantage, une nature parfaitement irrationnelle, apparentée aux soubassements de sa vie instinctive, ainsi qu’à sa sensibilité, son affectivité, disons sa psyché avec son imaginaire ô combien présent en lui, et dont l’élucidation passe inévitablement par une lecture de langage symbolique. Vocabulaire dont usent d’ailleurs couramment – car nous ne sommes plus les seuls en la circonstance - anthropologues, psychologues, sociologues et surtout psychanalystes, depuis la découverte et l’exploration de l’inconscient humain, dès lors que ceux-ci traquent, sous les combles de la pensée, le terroir de l’être, ses racines profondes et réseaux divers..

Il n’est pas étonnant que ce furent des psychanalystes comme C.G. Jung en Suisse et le Dr. René Allendy en France, également Sandor Ferenczi en Hongrie, Freud s’en étant défendu pour ne pas compromettre la réputation de la psychanalyse, qui aient, les premiers, compris qu’il n’y avait pas de différence de nature ni de manifestation entre le symbolisme qui parlait en l’humain et celui que, encore aveuglément, traitaient les astrologues dans leurs interprétations, bien que côtoyant encore le monde des arts divinatoires.

En témoigne cette citation, parfaite parce que fondamentale, du Dr Juliette Favez-Boutonier, Professeur à la Sorbonne, qui a introduit l'enseignement de la psychanalyse à l'Université en France, texte de l'un de ses cours qu'elle y donne en 1964, paru sous le titre : "La Personnalité" au Centre de Documentation universitaire :
"Et, puisque nous parlons de typologie, pourquoi ne citerions-nous pas la typologie astrologique qui a quelque chose d'extrêmement séduisant dans la mesure où elle nous montre liés à un univers lointain et dont l'homme est le seul à avoir perçu l'importance. L'homme s'intéresse au ciel étoilé qui le fascine. Peut-être faut-il voir dans le succès de l'astrologie quelque chose qui tient à cette sympathie ancestrale. Les études de caractérologie astrologique sont aussi valables que d'autres quand elles sont conduites avec expérience. Gaston Berger lui-même, dans le livre que je vous ai cité, a rendu hommage à l'astrologie avec ses types Mars et Vénus ; à une astrologie qui est une mythologie. Mais les astres, les dieux, les symboles, ont des liens étroits. Et, après tout, les symboles et les dieux sont des créations humaines qu'on met en relation avec les astres. On ne peut donc pas s'étonner de retrouver quelque chose des astres dans l'homme ou de l'homme dans les astres"
Et, bien que Freud se défende de l'astrologie, c'est malgré lui qu'il la rencontre dans sa pratique, la rejoignant pour ainsi dire en analysant l'âme humaine. Témoin cette citation de la page 365 de La Science des rêves : "Dans le rêve les moments de la journée représentent très souvent des époques de l'enfance. Ainsi, 5h 3/4 du matin signifie pour un rêveur, 5 ans et 3 mois. C'est l'âge où lui est arrivé un évènement important, la naissance d'un frère." Or, dans la tradition astrologique, l'année et la journée sont fondues en équivalence dans la même unité temporelle des Directions primaires où "chaque degré équatorial correspond à une année solaire" (Ptolémée), degré qui, par ailleurs, équivaut sensiblement au déplacement diurne du Soleil sur la sphère céleste. Aussi pourrait-on presque dire que quand Freud interprète ainsi un rêve, il utilise sans le savoir le principe des directions primaires. Ce qui renvoie aussi à l'autre version : le thème s'interprète comme un psychanalyste déchiffre un rêve.

A leur suite, après un passage en psychanalyse, je devais donc, dans un ouvrage préfacé par Paul Masson-Oursel, professeur aux Hautes études de la Sorbonne : De la psychanalyse à l’astrologie (Le Seuil, 1961), me livrer à une élucidation de la pratique astrologique convertie en version psychanalytique, ses diverses opérations se définissant, sur le champ de l’automatisme de répétition de l’instinct, en « dynamique psychique », en « dialectique psychique », en « génétique psychique » et naturellement en « symbolique psychique », une intelligibilité du langage astrologique y étant ainsi livrée, celui-ci devenant finalement expressif de tous les processus « primaires » de la vie psychique profonde de l’être humain. Comme la psychanalyse et bien que différemment pour son compte, l’astrologie prend place sur le terrain de l’inconscient avec une méthode de déchiffrement parallèle sous un regard éclairé par elle dans la plénitude de contenus similaires. Ensuite, dans Connaissance de l’astrologie (Le Seuil, 1975), je définis ainsi sa phénoménologie : « l’âme humaine tout à la fois comme sujet et comme objet, dans et au regard de l’univers. Cela revient à dire que l’inconscient – où plonge la tendance vitale par sa racine – est le royaume du phénomène astrologique : il est le « lieu » où l’astrologie a pris naissance, où l’astrologie populaire puise sa foi, où l’astrologie savante dresse sa philosophie de la vie et où la pratique astrologique est perpétuellement opérationnelle. Sans parler des manifestations du phénomène astrologique qui, intrinsèquement, ont les propriétés spécifiques du processus inconscient. Il est donc naturel que le système de décodage et d’interprétation du langage astral relève d’une herméneutique psychanalytique. »

Convenons d’ailleurs que, depuis lors, maintes approches scientifiques nous tendent les bras. Ainsi, par exemple,  dans La Mélodie secrète (Fayard, 1980), l’astrophysicien américano-vietnamien Trinh Xuan Thuan avance : « L’existence des êtres humains est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile et galaxie de l’Univers et dans chaque loi physique qui régit le cosmos. » Et avec cet auteur, nombreux sont ses collègues (Brandon, Carter, Freeman, Dyson, Reeves …) qui en arrivent à restaurer le « principe anthropique » qu’avaient détrôné Copernic, Galilée, Laplace…, en replaçant l’Homme au centre de l’univers, le monde « objet observé » ne pouvant se comprendre que par la présence de l’homme « sujet observant », comme si l’univers avait été réglé pour l’émergence de la vie et de la conscience. Et dans l’identité confirmée de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, le premier étant un « écran géant » du second en un tout unifié. « Ce monde, notre vaste et terrible univers,  voici que pour la première fois nous en faisons partie » (Carl Sagan). Qui peut dorénavant prendre le risque de déclarer l’astrologie absurde, surtout  maintenant qu’au surplus nous assistent, sur son terrain propre, les bilans statistiques solaires sur toute la population française, chronogénétique astrale dévoilée par Didier Castille, derrière la coriacité des résultats de Gauquelin à leurs vains assauts ennemis successifs …

En même temps, les enfants de l’univers que nous sommes sont saisis de plus en plus largement par le sociologue qui, tel un Alain Touraine, conçoit en tout sujet une alliance de la rationalité et de la subjectivité, permettant de mieux percevoir et d’octroyer sa place à un « sujet » autonome et créateur.

Aussi, au lieu d’outrage reçu, le mauvais coup porté par l’astrologue à l’astrologie avec le grief du recours au symbolisme, en un pied de nez fait à soi-même, évoque-t-il ce pêcheur de Shakespeare qui, ayant trouvé une perle et effrayé de la voir si belle, la rejette à la mer. Si bien que la réputation sulfureuse du symbolisme ne peut qu’être de plus en plus suspecte de quelque fermeture ou refus à une plénitude de soi.

 

La symbolisation.

Dans sa savoureuse Astronomie populaire, Camille Flammarion déclare : « Le premier dessin qu’on ait fait de la lune à l’œil nu fut certainement une représentation grossière de la figure humaine, car la position des taches correspond suffisamment à celles des yeux, du nez et de la bouche pour justifier cette interprétation. Ainsi voyons-nous partout et dans tous les siècles cette face humaine reproduite. » Une archéologie de l’interrogation du monde naissait, brèche s’ouvrant du même coup sur l’imaginaire humain.

Sans doute avons-nous là une des premières symbolisations qui superpose, malgré la distance,  astre et être humain. La même démarche s’est élargie en tous sens. Chez tous les peuples et depuis la plus haute antiquité, le Soleil est gratifié d’un disque où finit par prendre place un visage rayonnant, puis avec les planètes aux impressions chromatiques diversifiées, le dieu Mercure se voit affublé d’un caducée, Vénus d’un miroir, Mars d’une lance, Jupiter d’un sceptre et Saturne de la faux. Et pour la désignation graphique de l’astre, le Soleil se verra signifié par un cercle avec son point central, comme Mars son rond pourvu d’une dextre flèche ascendante, cercle, croix, croissant constituant les autres graphies planétaires.

Ainsi s’édifie un grandiose monument du savoir de la tradition en mode mythologique, où s’engage une symbolisation en renvoi de reflété à reflétant sur un circuit homme-cosmos. Réplique qui procède de l’âme collective anthropo-cosmologique en condition d’identification selon le double mode relationnel de la « projection », l’homme se faisant cosmomorphe, et de l’ « introjection », le monde devenant anthropomorphe. Dans ce duo d’un homme agrandi aux dimensions du cosmos et d’un cosmos condensé en l’homme, unissant ou fondant structure universelle et nature humaine en une consubstantialité macrocosme-microcosme, c’est à la racine psychique de l’être inconscient qu’il faut en chercher l’articulation et à travers la langue maternelle de l’affectivité humaine, donatrice d’un sens du vécu, qu’il faut en percevoir les manifestations. L’épistémologie de la similitude des anciens, naturellement non généralisable au raisonnement ordinaire, et pour cette raison radicalement bannie comme pensée périmée, garde donc - du moment qu’elle ne s’applique qu’au « sujet » - sa parfaite légitimité.

Dans la mesure où le cerveau crée du sens à partir du monde extérieur, ordonnant au surplus ses propres catégories en généralisant par analogie (du vol aperçu de tel oiseau puis de tel autre se devine qu’un troisième nouvellement vu d’une autre espèce est aussi un oiseau), on ne peut séparer l’interne de l’externe, la présence à soi tenant de sa présence au monde avec la perception de ses repaires. Ce qui nous ramène à la conjonction de la planète anthropomorphisée et de l’homme « planétisé », cellule du monde astrologique si bien représentée par maintes figures du musée hermétique dont celle qu’illustre ma dernière parution : « La signature astrale ». D’autant que leur rapport n’est pas sans évoquer l’hologramme : si son corps s’émiette, son image complète se retrouve dans chacun de ses fragments, à la manière du même chromosome reproduit dans chaque cellule du corps humain, en une unité du tout et de la partie.

On ne saurait donc aborder un tel domaine en toute innocence ou avec légèreté. Cela nous rappelle cette réflexion de Degas : « La peinture n’est pas bien difficile quand on ne sait pas, mais quand on sait, oh, alors !, c’est autre chose … ».. Ce qui vaut aussi bien pour la connaissance que pour l’art, où l’on est également invité à se déniaiser pour prendre vraiment pied dans le savoir, s’en détourner aboutissant à l’humanité insultée d’un échec personnel. Avec d’un côté nos adversaires qui croient savoir, et du nôtre,  notre barbouilleur au nez dans les étoiles, égaré dans une foire du trône sidérale où ère un savoir balbutiant à l’enseigne du chapeau pointu, outre nos  rêveurs de « science sacrée » attardés en  bondieuserie traditionaliste. L’inflation idéaliste égare vite dans les brumes d’un quelque chose qui s’évapore. Tôt ou tard, il faut connaître de quelle sorte de parents l’on est issu pour mieux savoir ce que nous sommes, et, si possible, remonter la filière de nos ancêtres, cette source nourricière, pour mieux voler de ses propres ailes et se rendre digne de les mériter en les dépassant, une cueillette avisée du symbole saisi en chair et en os devant en être la récompense. Et, cela dit, qu’on ne me prenne pas pour un sacristain de la tradition.

 

L’identification du langage astral.

Même si ce n’est qu’un presque rien qui nous vient des cieux, ce n’en est pas moins la nature psychique d’un inconscient deux ex machina qui se fait médiateur entre les astralités et le vécu humain, logos d’un lien cosmos-anthropos, son langage procédant d’une lecture du monde en l’homme. L’enfant qui naît est un moment-lieu d’univers qui s’humanise, pour paraphraser Teilhard de Chardin. A nous de décrypter l’écriture céleste du texte de cet univers.

Certes, parmi nous, beaucoup n’en demandent pas tant, comme le simplet immédiatement jeté dans l’oraculaire d’une astrologie horaire événementielle, aux règles automatiques distribuant du convenu, sans parler de l’orgie spéculative du bazar karmique. Ultimes soubresauts d’attardés. On peine à supporter ces médiocrités d’un autre âge. Mais l’astrologie a aussi sa classe enfantine avec le passage plus ou moins obligé par ses péchés de jeunesse, avant que l’on finisse par s’aligner au rayon lumineux menant au dévoilement de connaissance .

Ascendant-Descendant : Je-tu – sujet-objet. Tout objet – le mot le dit – est chose jetée devant, à l’adresse de l’existant singulier dans un tout-se-tenant, le dit objet n’en étant pas moins une valeur vécue subjectivement. Il vaut de rappeler quelques-unes de tant et tant de citations évoquant la connivence du dedans et du dehors – au point que ce qui arrive à l’Homme dans la vie est ce qui lui ressemble -  incorporation en un règne des images de la réalité extérieure par le psychisme qui s’en trouve éclairé :

Le Christ à ses disciples : « Demeurez en moi comme moi en vous. »

Saint-Augustin : « Je n’existerais point, mon Dieu, je n’existerais point du tout, si Vous n’étiez en moi. Ou plutôt, je n’existerais point si je n’étais en Vous … ».

Ronsard : « La grandeur humaine a besoin de se mesurer à la grandeur d’un monde. »

Goethe : « Tout ce qui est dehors est aussi dedans. »

Châteaubriand : « Les nobles pensées naissent des nobles spectacles ».

Schopenhauer : « Le monde est ma représentation. »

Hugo : « Le rêve qu’on a en soi, on le trouve hors de soi

Poe : « Mon âme était une onde stagnante

Flaubert : « A force de regarder un caillou, un animal, un tableau, je me suis senti y rentrer. »

Chardin : « On se sert des couleurs, mais on peint avec le sentiment. »

De Lille : « J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature, bonheur des malheureux, tendre mélancolie ».

Rimbaud : « Je est un autre. »

Baudelaire : «  …les gemmes sont les étoiles de la terre. Les étoiles sont les diamants du ciel. Il y a une terre au firmament ; il y a un ciel sur la terre. »

Milosz : « Physiquement,  le cosmos court tout entier en nous.»

Van Gogh : « Les peintures ont leur vie propre qui vient entièrement de l’âme du peintre. »

Picasso : « Une peinture est la meilleure image cachée de celui qui la peint. »

Sartre : « J’ai découvert l’horreur que j’étais habité par les autres, qu’ils gouvernaient en moi et parlaient à ma place ».

Ilya Progogine : « Ma vie intérieure est un exemple de la cosmologie ; je puis découvrir en moi-même le principe de l’univers, qui est évolution et créativité. »

 

Projection et introversion.

La vie universelle est brassée par la dialectique d’un dualisme fondamental, comme le diurne-nocturne, le masculin-féminin, le haut-bas … D’astre à astre se déroule le cycle planétaire qui passe d’une phase ascendante d’avancée à une phase descendante de repli, si bien que l’ensemble cyclique du système solaire se meut entre flux et reflux, non sans impliquer une résonance d’externe-interne, de dehors-dedans. Au surplus, en physique quantique, s’il est convenu d’un « principe de non-séparabilité » de l’univers, tissu unique où l’homme est coextensif au monde, le double de notre intériorité et de l’extérieur environnant implique une interpénétration du sujet connaissant et de l’objet à connaître par homologie de la structure de l’esprit et de la nature de cet objet, le monde extérieur pouvant être quelque part « reflété » au-dedans de soi selon une capacité linguistique faisant elle-même partie du phénomène de la nature humaine ; fondement d’une logique du signe où peut fonctionner un principe de similitude, le champ astrologique devenant un jardin où astre-objet et être-sujet se répondent dans la correspondance du signe et de la chose signifiée.

Pour sa part, la vie humaine, du fait de « l’identification », est le siège d’un jeu croisé de phénomènes complémentaires où l’imaginaire s’universalise en une intégration psychique du monde à sa personne.  La « projection » y est à l’image du transfert du maître de I (composante du « moi pour soi ») dans tel ou tel secteur qu’il investit ; et  l’ « introjection », à l’inverse, à celle de la réception en I du maître de l’un des onze autres secteurs ; figures d’assimilation par éjection et injection active-passive, extravertie-introvertie.

L’artiste projette ses songes sur le monde, aussi bien qu’il peut s’imprégner de celui-ci, comme le mélomane recueille la musique en soi, l’incorporant à sa sensibilité. C’est ainsi, à l’investir et à le recevoir, que l’homme contient le monde, est mêlé à lui en doublet, où l’Un est coextensif au Tout et où le Tout converge dans l’Un. «  L’imagination va sans cesse du cosmos au microcosme, projetant alternativement le petit sur le grand et le grand sur le petit », déclare Gaston Bachelard, lequel insiste sur la réalité psychique des images par lesquelles « le monde vient s’imaginer dans la rêverie humaine » en une écoute parlante de la nature, où, bien entendu, l’homme est le plus grand parlant. Si bien que, selon lui toujours, « le Je et le tu ou le Je et le il (ou le elle) forment une seule et même chose », l’âme souffrant dans les choses … « Et en chaque cœur chante l’infini né d’un même point d’unité. » On peut ainsi comprendre Nietzsche quand il dit : « Tant que tu ne vois les étoiles qu’au dessus de ta tête, tu n’as pas le regard de la connaissance ».

Paracelse, plus que personne, dans sa Grande Astronomie (1571), a insisté sur ce chassé-croisé du macrocosme et du microcosme. Ce médecin qui proclame la sainteté de la Nature, exécutrice de la volonté de Dieu, pour qui les plantes, les arbres et les pierres précieuses sont les lettres de la Création à l’école du firmament, les desseins de cette nature sont  révèles par des signatures, l’univers étant à l’homme ce que la sphère est à son centre en un tout commun : «Dans le ciel, il existe un semblable qui possède son semblable sur Terre, et sur Terre existe un semblable qui possède son semblable au Ciel. Saturne ne pourrait point régner sur Terre s’il n’y avait point un Saturne  terrestre. (…) Il n’y a point deux Saturne mais un seul ; celui de la Terre est la nourriture de Saturne céleste et ce dernier sert de nourriture au Saturne terrestre. ».

Dans sa Philosophie de la Renaissance (Paris, 1974), Ernst Bloch en a fait un heureux commentaire : «Au commencement de la doctrine : le dedans et le dehors vont toujours ensemble. Le mot « « dedans » ne s’entend pas, chez Bruno et Campanella, parce que continu. Le beau regard italien sur le monde, sur ici-bas, n’est certes pas méprisé par le médecin philosophe, mais la face interne de l’ici-bas, le côté concave, pour ainsi dire, est maintenant perçu, et mis en évidence, et de telle manière que ni le dedans ne fait oublier le dehors, ni le dehors le dedans. Ce qui est dehors est dedans et ce qui est dedans est dehors ; et plus encore :  au « dedans » correspond un en-bas, et surtout au « dehors » l’au- dessus de l’en-voûte cosmique   : ce qui est en-bas est également en haut, et ce qui est en haut est également en bas. Le monde est donc un grand réseau de correspondances : de l’intérieur à l’extérieur et inversement. Et le monde n’est reconnaissable que lorsque l’homme, donc l’intérieur, le subjectif, est saisi comme son premier, et simultanément  comme le fruit du monde. Non pas que l’extérieur eut été engendré par l’intérieur ; mais sans l’intérieur nous manque la clef pour ouvrir l’extérieur. Cette pensée, Paracelse la projette maintenant sur l’immensité de l’univers extérieur, car bien plus encore l’intérieur de l’homme n’est intelligible qu’induit du monde comme le fruit de la semence. Ainsi le philosophe a pour seul objet la Nature. La philosophie elle-même, pense Paracelse, n’est rien d’autre que la Nature invisible, et la Nature la philosophie devenue visible, manifeste. »

Il est plus que jamais compréhensible que dans la constellation de l’espace et du temps, l’acte humain épouse la pulsation de l’univers, et il n’est donc pas étonnant que ce thème paracelsien ait été repris de   différentes manières. Ainsi, dans sa De signatura rerum, (1664) Jakob Böhme, pour qui (déjà) « c’est dans l’âme humaine que se trouve la signature de l’Etre et de tous les êtres » (…) « l’homme lui-même a un corps sidéral dans lequel résident les vertus cachées de son corps terrestre ». Si bien que « le monde visible extérieur est la figure du monde intérieur. Ainsi, l’être intérieur habite l’être extérieur qui lui sert de miroir, le premier est la signature de l’autre. » Ceci à travers l’homme planétisé aux formes septuples du système solaire, vécues dans la communion de la nature minérale, végétale, animale … « C’est pourquoi la signature contient la raison la plus parfaite, et l’homme (en tant qu’image de la vertu la plus parfaite) peut y apprendre non seulement à se connaître lui-même, mais également à connaître l’être de tous les être. »

Et il est naturel de rejoindre la poésie avec ce poème des Fleurs du mal de Baudelaire : « Correspondances ».

La Nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois  sortir de confuses paroles :

L’Homme y passe à travers  des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

Et d’autres, corrompus, riches et triomphants.

 

Ayant l’expansion des choses infinies,

Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

 

Reconnaissons même Arthur Rimbaud avec sa « Lettre du Voyant » : « … Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.

(…) Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée … ». Soit toujours le pur langage du cœur, le même registre de l’affectivité. Mais c’est toute l’histoire du mouvement littéraire du Symbolisme de la fin du XIXe siècle, explorée par le professeur Guy Michaud (Paris Sorbonne) dans ses ouvrages Message poétique du symbolisme parus chez Nizet depuis 1947, qui mériterait d’être citée ici. Car, son acte poétique « repose sur la métaphore, qui suppose elle-même une attitude de pensée foncièrement différente de la pensée logique : la pensée analogique. Le poète a l’intuition que tout se tient dans l’univers, qu’il y a une connaissance secrète entre le monde et lui, et le voici conduit par son expérience propre à procéder, non plus, à partir de la multiplicité des apparences, mais de l’unité originelle de la création. (…) Il est un effort pour retrouver la doctrine traditionnelle, celle qui est à la base de toutes les philosophies antiques et des grandes religions. (…)  la notion de symbole est la pierre angulaire de cette métaphysique traditionnelle fondée sur le principe de la constitution analogique de l’univers. »

Dispensons-nous de marginaliser un art poétique dont l’intuitive lyre d’inspiration matricielle entend rejoindre la musique des sphères, dès lors qu’une telle vision se propage à la méditation du savant lui-même, jusqu’à gagner la physique quantique, celle-ci en étant venue à la notion du « principe anthropique » qui consacre l’interdépendance du dehors et du dedans dans une interférence de l’observé et de l’observateur. Témoignage récent : « L’homme peut à la fois regarder le ciel et se voir dedans », déclare Jean-François Robredo, professeur de philosophie à Paris IV-Sorbonne, dans Du Cosmos au big bang (NRF, 2007) ; qui ajoute : « Le Ciel, c’est nous. Il est en nous. » (« Sciences et avenir », avril 2007). Estimant qu’en s’interrogeant sur l’univers, c’est sur soi qu’on se penche. N’a-t-on pas déjà là franchi la porte d’entrée de l’astrologie, parce que celle-ci est au carrefour souverain où se rencontrent science, philosophie et religion ? Apprêtée bientôt du revêtement d’une parfaite légitimité !

On peut comprendre qu’un universitaire, poursuivant les recherches de Pierre Abraham et de Gaston Bachelard sur les familles de poètes et les quatre éléments, le même Guy Michaud , ait considéré l’astrologie comme une herméneutique, son modèle étant de caractère sémiotique. Pour lui, son système de signes – déchiffrer des signifiés à travers des signifiants en mettant en évidence leur semblable – relève du code symbolique, sa syntaxe étant l’unité de la partie et du tout, l’astre devenant réellement et pleinement signe de l’homme (Introduction à une science de la littérature (Pulhan Mateaasi, Istanbul, 1950 et Le Visage intérieur, Albin Michel, 1985).

Car tout parle dans l’univers,

Il n’est rien qui n’ait son langage,

Tout ce que disent sous les Cieux

Tant d’êtres empruntant la voix de la Nature.

 

Vérité de La Fontaine que rejoint cette formule de Maurice Merleau-Ponti : « Naître, c’est à la fois naître du monde et naître au monde. », autant que l’axiome suprême de Leibniz : « La présence nécessaire de l’un et de l’infini en toute chose, parce qu’en chaque être convergent l’unité et l’infinité, tout « un » étant plein de l’infini. »

 

L’œuvre symbolique.

On est au cœur d’une fantastique circulation du verbe de la similitude, propagation linéaire de l’archétype, principe unitaire initial, au multiple existentiel diversifié et successif, jusqu’au passage du sens propre au sens figuré ainsi qu’à la transposition d’homonymie. Ainsi, l’anamnèse de ma propre « analyse » chez Juliette Boutonier-Favez, où, en séance, dans un trouble profond, le mot « vol » glisse du rêve de la veille exposé, y étant enfant-oiseau, au surgissement d’ un enfant chapardeur, irruption soudaine d’une scène culpabilisante enfouie depuis longtemps dans ma nuit intérieure et livrée abrupte à ma conscience, le mal sorti de son tombeau se délivrant présentement en un acte thérapeutique libérateur . A travers un signe, le  tissu d’une tonalité psychique peut ainsi avoir effet de  résonance et faire l’objet de « déplacement » : transfert, interférence, transposition ou encore substitution d’un « ou bien ou bien » du semblable se succédant au sein de cet homo-symbolicus.

Prenons un exemple. Dans un article du 6 février 1992 intitulé : « Après le Sida, quoi ? », un duo s’établit entre « Le Nouvel Observateur » et Luc Montagnier :

« N.O. : Il y a un siècle, on mourait de tuberculose, il y a six siècles, de la peste. Aujourd’hui, on meurt du cancer, de maladies cardio-vasculaires ou du sida. Qu’est-ce qui fait qu’une maladie naît, vit et meurt ?

L. M. : Quand un pan de maladies s’effondre, un autre apparaît. C’est la théorie de Grmek, dite de la pathocénose : des maladies nouvelles peuvent venir remplacer celles qui ont disparu.

N.O. : Au fond, les progrès de la médecine aboutiraient à changer d’adversaires ?

L. M. : En un sens, oui … »

 

Les phénomènes substitutifs sont bien connus des psychanalystes. Dans Les racines de la conscience (Buchet-Chastel 1971), Jung rappelle que « la passion physique et la passion spirituelle se comportent comme des sœurs, ennemies certes mais sœurs quand même, et il suffit souvent d’un moment pour que l’une se transforme en l’autre » (…) car « psyché et matière sont contenues dans un seul et même monde (…), deux aspects différents d’une seule et même chose … » (la psychosomatique avec son passage de l’un à l’autre en sait quelque chose). De sorte que, de même, « Chaque fois que l’Esprit de Dieu se retire de l’équation humaine, une formation de remplacement inconsciente y fait son entrée. » Il ne fait pas de doute que le « matérialisme dialectique » marxiste était devenu un substitut de religion, de même étoffe neptunienne. Chaque tendance a sa propre fonction de passeur.

Au-delà des fléaux successifs et variations pathologiques collectives résultant de l’évolution de la société et en particulier de la médecine, c’est même, à partir d’un principe morbifique psychosomatique initial configuré en constellation, une succession de perturbations de santé diverses qu’observent les psychanalystes chez un même individu au cours de sa vie, comme si le trouble d’un premier déséquilibre, quelque diversifié qu’il se donne en apparence, se réincarne dans un phénomène de substitution. De sorte qu’un lien de parenté analogique s’observe à travers les diverses épreuves du patient au cours de son existence. Fil d’histoires à explorer : à la manière d’un Saturne natal dissonant, polypier d’un éventail de crises en mutation sur fond commun. Démasquer de telles métamorphoses en les différenciant jusqu’à retrouver ce qui les apparente est même un exercice interprétatif profitable. Mais, au plan universel du collectif, Saturne demeure : l’état archétypal d’épreuve saturnienne ne peut que nous accompagner, quel que soit le bilan du génie humain à éradiquer la maladie. Ce qui ne doit nullement dévaloriser les progrès déjà gigantesques que nous lui devons en matière de santé et d’allongement de la vie. N’empêche que le psychanalyste reconnaît l’existence de ce processus dit «  d’équivalence symbolique » par lequel s’effectue la substitution de tel phénomène à tel autre, exprimant la continuité diversifiée d’une même problématique foncière initiale.

 

Le symbole à l’œuvre.

Dans La formation de l’Esprit scientifique (Vrin, 1947), Gaston Bachelard a naturellement pourfendu la « surdétermination » de la mentalité préscientifique, usant du « raisonnement par participation qui fond dans une même valeur l’or, le soleil et le sang … ». Nul doute qu’un tel champ de « correspondances » n’a rien (ou pas grand-chose) à voir avec la réalité physique du monde extérieur qui n’en a cure. L’épistémé de la similitude n’y a que faire ; n’empêche que ce système primitif de pensée n’en est pas moins toujours à l’œuvre dans notre for intérieur, où subsiste une « mentalité magique » et où s’y déploient toutes les valeurs des « correspondances universelles ». Que faites-vous de votre imaginaire, grand métaphorique faisant chanter la vie, dans votre vie familiale, amoureuse, artistique, culturelle, spirituelle, et pensez-vous vous priver de sa féerie enchanteresse ou congédier  ses ténébreuses diableries ? 

Cela a commencé très tôt – le zodiaque, cette poule aux œufs d’or de l’astrologie, n’est-il pas « le test de Rorschach de l’humanité enfant » (Bachelard) ? – quand les humains ont transféré leurs visions mythologiques sur le Soleil. Cet objet cosmique premier leur a « parlé » le langage du monde en référence à son spectacle, dans l’inspiration analogique de leur sensibilité. Son rayonnement doré s’est étendu à l’éclat de l’or, de la topaze, de l’héliotrope et  du lion « roi des animaux » …  Comme il était avant tout brillante source de lumière, de chaleur et de vie, n’était-il pas naturel de l’illuminer lui-même, sublimé, idéalisé ? Il devenait naturel de l’assimiler au sacré, au divin. Dans l’Egypte ancienne, Rê, le Soleil, est par excellence le Dieu manifeste, et partout chez les peuples, l’idée de Dieu s’avère solidaire de l’éblouissement solaire. Dieu le père, le Christ roi …Dieu se fait homme pour que l’homme se déifie, s’élevant à sa propre dignité, se révélant à lui-même dans la plénitude de sa gloire. Dans la pyramide solaire du sacré, en lumière réfractée du divin, arrive ensuite le souverain des peuples, le roi fils du ciel au pouvoir absolu et ordonnateur humain de l’ordre cosmique. Et selon le roi David : « Chacun doit être le roi de soi-même. » En descendant l’échelle de cette correspondance symbolique, le  même champ de puissance-autorité-grandeur se déplace du roi au chef – Bonaparte en tête avec son Soleil du Lion au Milieu du ciel - puis se vulgarise au père, s’étendant aussi au mari  … Dans la lignée de couronnements brille aussi d’un grand éclat le dieu de lumière Apollon, archétype de l’esthète, de l’artiste dans toute sa noblesse, comme du héros glorieux. Derrière tout cela prennent place les tenants des autres ordres : le cœur lui-même : « Cet organe mérite d’être désigné par métaphore comme le soleil de notre organisme, tout autant que le Soleil mérite d’être désigné comme le cœur du monde » (William Harvey), le repos hebdomadaire du dimanche comme l’orgueil parmi les péchés capitaux ; l’ornement de l’honneur et le triomphe du splendide n’excluant pas le clinquant de la joaillerie au palais des « correspondances universelles » de cette symbolique solaire. On pense en particulier, derrière l’élite, aux idoles et surtout au dandy, au play boy qui se pique d’une suprême élégance, aimant la manière, la beauté du geste, l’acte gratuit, mondain en spectacle offert aux autres et en fête permanente ; en fait, carnaval du moi dans un culte de soi-même où l’on se prend pour un soleil.

Intérieurement se configure le Soleil psychologique de « l’idéal du moi », instance de ce qu’il y a de supérieur en soi, inspiré de la loi morale universelle. La « classe » dans sa digne tenue verticale, la grandeur en soi. Pour Mircea Eliade, « la leçon apollinienne par excellence est exprimée dans la fameuse formule de Delphes : « Connais-toi toi-même » (la lumière en soi), de même que dans la culture hellénistique, la sérénité apollinienne était devenue « l’emblème de la perfection spirituelle », finalité de solarisation intérieure, en une pleine et noble appartenance à soi. Opération solaire personnelle réussie si, du moins, son aboutissement n’a pas dégénéré en  caricature d’encombrante hypertrophie du moi, sinon, à l’opposé de cette hypertrophie, dans  les inhibitions d’un écrasant surmoi, tant mitoyens sont les territoires de ces instances psychiques. De leur côté, Rudhyar et Ruperti préfèrent apparemment relier le Soleil au Soi, intégration  consciente des composantes de sa personne, ce qui n’exclut pas de la solarisation. N’oublions pas (« L’auto-créativité de l’astrologue ») que nous « ressentons » les corps célestes à l’image de nos propres  planétarités, ce qui explique qu’au lieu de nous aligner tous sur une même certitude, la divergence des avis compose une étrange farandole, d’autant que chacun comprend ces instances à sa façon. La topique freudienne n’en reste pas moins éclairante en posant un Moi où l’être dispose le plus librement de sa personne - territoire où il s’appartient ou croit s’appartenir - instance tiraillée entre les tentations pulsionnelles du ça et la sévérité morale des exigences du surmoi. Source première des grands conflits intérieurs : le moi s’allie avec le ça quand l’idéal moral est faible et la vie instinctive puissante, tandis qu’il obéit au surmoi contre le ça dans le cas contraire ; comme il arrive que le surmoi mobilise l’énergie sauvage du ça contre le moi. Quant au soi, qui peut prétendre y accéder ?

Le règne des signatures, au-delà de la nature, s’étend naturellement aux œuvres du génie humain : arcs de triomphe, colonnes et coupoles, panthéons, temples, cathédrales avec leurs voûtes et leurs vitraux. La plus illustre création solaire moderne, par exemple, est La Liberté éclairant le monde : statue géante juchée monumentalement à l’entrée du port de New York, qui campe superbement un buste féminin à la tête toute auréolée des rayons solaires et dressant un bras droit porteur de la flamme lumineuse de cette liberté, promesse de magnificence vitale à laquelle chacun aspire ! Œuvre-prouesse double du sculpteur Frédéric-Auguste Bartholdi dont une conjonction Mars-Jupiter culminante ( !) et en grand trigone avec Saturne et Neptune fait un sextil avec son Soleil du Lion qu’occupent également l’Ascendant et Mercure (on pense aussi à son prodigieux Lion de Belfort taillé à même un roc gigantesque). Ainsi que de l’ingénieur Gustave Eiffel, dont le Soleil, maître d’AS et au trigone du MC, est triangulé à un sextil Mars-Jupiter, ces deux collaborateurs ayant au surplus Uranus du Verseau au DS, la Tour Eiffel portant aussi la signature-flèche de son Soleil du Sagittaire. On peut aussi revenir au texte « Le Soleil à l’Ascendant » pour explorer les œuvres du monde apollinien dans leur solennel. Outre que l’on pourrait y joindre bien d’autres figures : le plein décoratif lumineux où triomphe le Modern style d’Alphonse Mucha avec sa conjonction Soleil-Jupiter du Lion, les statues géantes à ciel ouvert d’Henry Moore avec son Soleil du Lion relié à un trigone Mars-Jupiter, etc …

Le spirituel n’est pas oublié. Remontant à la sphérique pythagoricienne, la notion de Dieu  trouve sa pure représentation,  émanée du Soleil, dans sa perfection formelle de  sphère, ainsi que du cercle. Si l’on y enchâsse une croix, son rayon pointé aux lieux de son quadrangle trace l’ordonnance des douze signes du zodiaque : autocréation qu’illustrent maintes rosaces de vitrail  surmontant le grand portail central de nos cathédrales, comme celle de Notre-Dame de Paris inaugurant ce texte. Outre la figuration, chez plusieurs d’entre elles, des quatre évangélistes associés aux quatre signes fixes zodiacaux . Parmi nous, Ferdinand David a  exploré la spiritualité solaire du monde religieux avec La Cathédrale de Strasbourg et l’Astrologie (Le Rocher, 1992), et la notion du divin, où « Dieu représente la clé de voûte qui tient l’édifice de cette grande cathédrale qu’est l’Univers, comme l’âme-conscience tient l’édifice de notre corps ». Et tandis que « L’astrologie est bien une cathédrale à la disposition de chacun ; et le thème natal, la cathédrale personnelle de tout individu. ». Plongée dans le grand Livre de l’Univers poursuivie avec Une lecture ésotérique de l’Evangile de Jean et L’Enseignement de Jésus (Le Rocher, 1994 et 1998). « La superstition est à la religion ce qu’est l’astrologie à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage. » Au vol, cette métaphore désinvolte et futile de Voltaire, qui trahit la réalité d’une venue conjointe, physique et morale, de l’interrogation du ciel.

Un trait original de la fonction symbolique chez l’humain, pour revenir à lui, s’exerce dans la «surcompensation » d’une dérivation de l’élan vital qu’un obstacle détourne de son but naturel. Songeons, parmi les peintres, au cas de Toulouse-Lautrec dont la survitale conjonction Soleil-Mercure-Jupiter du Sagittaire en I est barrée par l’opposition de Mars maître d’Ascendant. Détruit dans une passion de dépense physique par une infirmité venue d’un fémur brisé, c’est par l’évasion de ses instruments picturaux sur ses toiles qu’il se défoule en y vivant une débauche de chevaux bondissants, d’attelages piaffants, de phénomènes du sport, du cirque, du bal, du music-hall. Tout autant qu’avec sa conjonction Lune-Pluton en VI assistée d’une conjonction Vénus-Saturne en V, l’infirme Marie Blanchard, quant à elle, ne cesse de peindre des maternités, faute d’avoir pu mettre un enfant au monde. En de telles circonstances – comme dans la sublimation naturelle de l’auteur qui se soulage en déversant ses penchants dans son œuvre - la tendance passe par dessus les obstacles parce que c’est l’affectivité qui prime, le sentiment de vivre, peu importent les moyens par lesquels l’émotivité y trouve  son exutoire. C’est d’ailleurs la tonalité de ce tissu qui se lit le mieux dans un thème, même en prévision, part de vérité dont on peut espérer la conquête d’un aperçu, grâce à elle, le sien : sentiment de joie ou de peine, impression de profit ou de perte, conviction de se réaliser ou crainte d’échouer …. Il règne là l’état d’une disponibilité de l’étoffe psychique, telle la vibrante « toile » magnétique d’écran d’ordinateur, donnant le ton de ce qui arrive, livrant le sens de la vie, soit l’essence même de l’existentiel.

Si, tel un fond de l’être, l’on en capte la nature, on est loin, toutefois,  de pouvoir saisir le terrain de sa manifestation, c’est-à-dire son plan d’application. Si je prends ici, par exemple, le cas d’une survalorisation uranienne par concentration astrale autour de cette planète, je tombe sur des personnages infiniment contrastés. Kepler avec sa conjonction Soleil-Mercure-Vénus du Capricorne, Descartes avec son environnement Soleil-Lune-Mercure-Jupiter du Bélier , John Fitch avec Soleil-Mercure-Vénus en Verseau, George Stephenson avec Soleil-Mercure-Vénus en Gémeaux, George Bryan Brummel avec Soleil-Mercure-Mars des Gémeaux, Pasteur avec Soleil-Mercure-Vénus du Capricorne, Stirner avec AS-Soleil-Mercure-Mars en Balance-Scorpion, Freud avec DS-Soleil-Mercure du Taureau, Mata Hari avec Soleil-Mercure-Mars en Lion et Adrienne Bolland avec AS-Soleil-Mercure-Mars en Scorpion … On saisit  l’immensité des sauts qui  distancie énormément les uns des autres leur commun « quelque chose qui sort de l’ordinaire dans le goût d’une évasion ».

Cette valorisation uranienne prend quelque peu coloration du signe où se passe la rencontre. Il n’est pas étonnant que dans le Capricorne et le Verseau où s’efface la personne, l’objectivité à visée prométhéenne l’emporte sur l’individuel subjectif, les deux savants saturniens du premier signe ayant renouvelé le monde, Kepler en créateur de la révolution copernicienne et Pasteur  faisant éclater la vie médicale, Fitch, de son côté, ayant été un pionnier constructeur de bateau équipé de rames mues par une machine à vapeur. On a aussi, il est vrai, tandis qu’aux Gémeaux Stephenson révolutionne de son côté les transports avec ses premiers chemins de fer, avec Freud en signe vénusien, la révélation de la psychanalyse inaugurant le règne de la libido. Les autres cas font prévaloir des révolutions de leurs propres personnes en affirmant la singularité de l’individu alpha et oméga. C’est d’abord Stirner qui se fait l’apôtre du sur-individualisme de l’anarchie, et puis Mata Hari l’exhibitionniste super-lionne qui pousse son délire de grandeur jusqu’au poteau d’exécution d’espionne, tandis que l’incroyable aventurière Adrienne Bolland franchir en pionnière la  Cordillère des Andes, héroïne de l’aviation ! Mais avant eux, déjà, se pose – sa conjonction des Gémeaux est au sextil de Jupiter du Lion – Brummel, singulier dandy qui souligne sa différence avec la société britannique de son temps, devenant la frivolité dans un monde qui se veut rigoriste, l’outrance du vêtement de couleur et de son accoutrement narguant l’uniforme habit noir, l’oisiveté en fête scandalisant un pays au travail, l’art de vivre méprisant la course à l’enrichissement … Mais, cette fois en un souligné utile de sa personne, renouvelant la pensée en singulier individualiste, c’est le cérébral Descartes au Saturne de la Vierge (sûrement dominant) qui doute et fait de son insécurité d’esprit la révolution cartésienne avec ses préceptes : «Le premier estoit de ne recevoir jamais aucune chose comme vraye que je ne la connusse évidemment estre telle. »  … On est donc saisi par le kaléidoscope d’expressions sur lesquelles débouche la même source de tendances, il est vrai chaque fois intégrée à une constellation différente, mais il faut remonter laborieusement jusqu’à l’identification de chacune d’elles pour retrouver ce qui  leur est commun. Il est vrai que c’est tout autant le propre du regard embarrassé qu’ont de leur côté nos biologistes qui, après le séquençage du génome, sont renvoyés à l’énorme complexité des connexions de ses innombrables réseaux fonctionnels. Il faut convenir ici que si le symbole ouvre les portes du ciel, la dissémination de sa lumière aux buissonnantes virtualités est source d’égarement, la vision astrologique ne livrant qu’une ombre des choses de la vie.

C’est surtout dans l’univers de l’art, terrain royal où s’illustre la sensibilité, que l’on peut le mieux percevoir ce monde de la tendance qui s’y exprime librement et le plus richement. Au point qu’au milieu du siècle dernier, un prestigieux professeur d’esthétique de la Sorbonne, Etienne Souriau, a exposé un thème astrologique de l’art dans son ouvrage d’alors paru chez Flammarion : Les deux cents mille Situations dramatiques. Naturellement, précise-t-il, il ne croit pas à l’astrologie, du moins en tant que doctrine d’une influence physique des astres sur la destinée, mais il estime clairement que la conception astrologique de l’art et de la vie est entièrement fondée, ce qui l’amène à rejoindre potentiellement l’astrologie symboliste en traitant le monde du théâtre.

Selon lui, la scène est un microcosme où se focalise tout un univers, celui de la pièce qui s’y joue, de l’auteur macrocosme. Dans le déploiement scénique, il est un foyer central où se concentre tout l’intérêt qui est représenté par le jeu de quelques acteurs. C’est la constellation de la pièce, ou plus exactement son système planétaire, dit-il. Le jeu de chaque acteur n’existe qu’en tant que partie constituante d’un tout organique ; il existe une fonction solaire, une lunaire, une mercurienne …, le rôle martien, par exemple, étant celui de l’opposant, de l’adversaire, de l’ennemi. Un même acteur peut être investi de plusieurs fonctions simultanées ou de rôles successivement différents, combinaison qui fait tout le jeu de la pièce. Comme l’homme dans la vie, précise-t-il, l’acteur incarne une « signature astrale » qui lui est imposée au sein d’un ensemble organique, d’un système de forces : le drame est tout concentré et tout en évolution dans cette ronde sidérale du système planétaire en constellation ! Et de fournir maintes illustrations vivantes de la dramaturgie scénique … Convenons qu’un astrologue ne peut pas mieux faire état de la vie de sa carte du ciel. Des fluides « champs magnétiques » de notre imaginaire typologique, le génie littéraire a d’ailleurs condensé de beaux archétypes occupant le centre du microcosme scénique, notamment avec le solarien Rodrigue, le lunarien Lorenzaccio, le mercurien Figaro, Manon la vénusienne et d’Artagnan le martien, de même que Monsieur Jourdain jupitérien et l’inévitable saturnien Harpagon.

Quant à l ’interprétation du thème d’un l’artiste que nous avons en mains, il n’est nullement évident que nous puissions découvrir en présence de quelle catégorie de créateur on se trouve : poète, peintre, sculpteur, musicien … Il n’est d’ailleurs pas de frontière bien tracée entre ces départements artistiques – qu’on manie le stylo ou l’ébauchoir, le pinceau ou l’archet -  au point qu’on évoque telle poésie musicale, telle peinture orchestrale ou encore « les couleurs sont la musique des yeux » (Delacroix), telle musique descriptive, tant l’expression en est interchangeable. Il y a bien, certes, une notation typologique en vertu de laquelle le solaire comme Corneille, monde de lumière et de scène, se destinerait plutôt au théâtre ; le lunaire comme Verlaine, rêveur langoureux,  serait plus enclin à l’évasion poétique ; le jupitérien spectaculaire comme Monet se fasse plutôt peintre, ou sculpteur comme Rodin…, Chaque type n’en a pas moins le plus large éventail de ressources pour s’exprimer. D’ailleurs, l’individu  n’adopte pas forcément cette inclination, muni de ses meilleures armes : on a vu avec le phénomène de surcompensation d’une tendance déshéritée que c’est justement le point le plus vulnérable de l’être qui a le dernier mot. Et le fait que Berlioz était doté d’ une faculté auditive particulière ayant pu l’avoir destiné à la musique est au surplus chose fort aléatoire. Outre qu’avec leurs conjonctions Soleil-Mars, Etienne-Nicolas Méhul et Edouard Detaille ne sont pas militaires, mais le premier est musicien auteur du célèbre « Chant du départ », comme le second peintre de scènes de guerre …Bref, la « faculté » spécifiquement littéraire, picturale, musicale, sculpturale ou autre nous échappe, son option du même coup , livrée au libre-arbitre ou à l’influence du milieu, des circonstances ; son terrain constitue un objet de la tendance, « forme » empruntée par elle pour se manifester. Ce qui nous rabat sur le « fond » de celle-ci, lequel rejoint l’intrinsèque, s’adressant au sujet lui-même.

Distinction est donc faite d’un « contenant » et d’un « contenu » de tendance. Le choix du premier est affaire de liberté d’adoption, d’opportunité ou de circonstance, le regard astrologique y demeurant en suspens. Quant au second, en revanche, il est l’univers intérieur plus ou moins lisible  du tissu de la création artistique où l’auteur se livre comme pour se délivrer d’un message personnel ou tout simplement pour se reformuler lui-même. Dès lors que la Lune a priorité à la naissance, nous ne pouvons pas dire, certes, que le sujet est un poète, mais nous ne sommes pas surpris de nous trouver en compagnie d’auteurs sensibles, proches de la nature comme La Fontaine, Andersen, Rodenbach, Apollinaire, Genevoix ;  ou poète vagabond comme Verlaine, romancier de l’âme comme Flaubert, sinon en quête de son for intérieur comme Proust, etc. De même que musicien, sa veine musicale aquatique est romantique  avec Schubert ou intimiste avec Fauré : que peintre, comme Millet avec ses paysages champêtres, Corot affectionne les fraiches matinées au pied de son ruisseau à l’eau lumineuse, Boudin ne cesse de recomposer les plages de la Manche comme Marquet les bords de la Seine, tandis qu’un Delvaux est hanté par ses noctambules nudités féminines, et alors que Dali, en Lune du Bélier effervescente, se livre à un imaginaire pictural phénoménal qui l’enveloppe lui-même dans la fantaisie la plus extravagante. La lecture de tels fonds psychiques passe par un retour à l’alphabet de la rose des vents de tendances de la nature où se répartit circulairement un croisement de la quaternité des éléments à celle de leurs principes fondateurs, trame invisible de l’univers en l’homme, essence interne de sa réalité.

Dans « Les quatre vents de l’esprit », Victor Hugo les rappelle : car « l’âme a comme le ciel quatre souffles en elle ; l’âme a ses pôles ; l’âme a ses points cardinaux. Le grand char de l’Esprit roule sur quatre essieux. Notre âme comme vous ô vents, groupe sonore, a son nord, son midi, son couchant, son aurore. ». Et il n’est pas étonnant que les historiens et psychologues de l’art y reviennent, tels Elie Faure et René Huyghe, en y portant un grand intérêt. Ainsi ce dernier dans L’Art et l’Ame (Flammarion, 1960) : « L’artiste se reconnaît dans le monde et y choisit les éléments qui répondent le mieux à sa propre nature. La matière dense : terre, végétal (Courbet : « Paysage de la Forêt de Fontainebleau »). L’immatériel : air,  lumière, reflets (Corot : « Ville d’Avray »). La matière fluide : eau, brumes … (Turner (Vaisseau de guerre anglais écoué au large du fort Vimereux »). L’énergie, le feu … (Van Gogh (La nuit étoilée). » C’est ainsi que l’artiste engendre son style, analogue au timbre de l’instrument, au parfum de la fleur, au chant de l’oiseau. Avec l’ouvrier à l’ouvrage s’établit la relation du créateur-macrocosme au microcosme de l’écrit, du tableau, de la partition, ce que rappelle René Huyghe dans Dialogue avec le visible (Flammarion, 1955) : « Les croyances anciennes qui reliaient tout individu à un élément, comme elles le reliaient à une couleur, une pierre ou une planète au nom de l’astrologie, ne faisaient que ratifier des rapports profonds et manifestes. Il serait aisé de montrer que chaque peintre, pourvu que sa personnalité soit fortement déterminée, donne dans son univers une place prépondérante, parfois presque exclusive, à quelque aspect élu de la nature. » Vision que justifie Elie Faure,  parce qu’il y a « dans les éléments de la nature une subordination rigoureuse qui réunit le mouvement des astres à la succession des saisons et au battement des cœurs. » (L’Esprit des formes (J.-J. Pauvert, 1966). L’un et l’autre jugeront de tableaux aux couleurs de saisons et d’heures du jour et de la nuit. Il est intéressant, par exemple, de comparer les vases communicants entre le « Matin » de Grieg en musique, celui d’Epstein en sculpture, celui de Lecomte de Lisle en poésie et l’un des innombrables matins de Corot en peinture, en fonction de leurs « signatures » respectives.

On constate que la signature astrale révèle un style de « tonalité affective » uniformément étendu à tous les champs de la manifestation artistique, trame commune d’ œuvres qui prend racine dans le fondement psychique du créateur. Celui-ci s’y trouve dans la «forêt de symboles » chère à Baudelaire, créateur d’univers en affinité avec son monde intérieur projeté sur l’image de sa propre création. Passage par tous les emprunts d’un clavier analogique :  sensations, émotions, pensées, songes et rêves au diapason de sons, de couleurs, de parfums , de matières, de formes et volumes…, être de la nature au cœur du monde, l’artiste ne doit-il pas, finalement, incarner une formule cosmique et l’accomplir en s’élevant au plan macrocosmique par la vertu universelle de l’art ?

Voir un univers dans un grain de sable,

Le Ciel dans une fleur sauvage.

Tenir l’infini dans la paume de la main,

L’Eternité dans une heure.

(William Blake).

Mais, l’art étant sublimation de nos tendances porteuses du meilleur et du pire en une échappée élévatrice, le commun des mortels n’est-il pas, bien que moindrement, quotidiennement logé à la même enseigne en sa manière propre de ressentir la vie ?

Cet accouplement du verbe de la tendance et de son objet est capital. En leur discordance où, débauchée en quelque sorte, détournée de son élan vital par un moi égaré sur une piste qui lui est étrangère, l’accoucheuse et ouvrière planète est dessaisie de sa fonction d’acte créatif sélectif pour n’être plus que facteur d’accompagnement de la voie qu’un tel moi dirigeant s’est assignée. Tant et si bien que si l’Homme fait son histoire, il ignore bien souvent l’histoire qu’il se fait, sa raison y traçant sa route mais la silencieuse tendance accompagnatrice y dirigeant ses pas, le pion qu’il  avance sur l’échiquier de son destin pouvant le conduire à sa perte. Car si la configuration fait l’homme à la manière du sol qui porte et nourrit la plante, celui-ci n’en fait pas moins aussi sa configuration en jardinier ignorant ou avisé, l’idéal étant – homologie entre nature et esprit - les épousailles du moi conscient et de cette nuit de l’être qu’est la phénoménologie de l’inconscient.

En remontant à la racine des choses, dans l’ordre du concours contribuant à la manifestation du fait astrologique se répartissent les deux fonctions de l’apport du matériau de la tendance ainsi traitée et de son support, telle la plante avec ses racines, celles-ci relevant également entièrement du symbolisme. Le signe lui-même en sa forme est modèle philologique premier de figures épistémologiques, linguistique d’un système signifiant. Il s’agit de la vision ontologique d’un langage du monde spatial d’essence mathématique par où s’exprime la créature humaine, laquelle passe par Platon, Proclus, Nicolas de Cues et Kepler. Cosmologie de la sphère, du cercle, du centre, du rayon de l’arc, de la croix, du carré, du triangle, jusqu’à l’hexagone qui accouple harmonieusement deux grands trigones. Ici résident déjà les fondements du langage astral, dans la mesure où le monde et l’homme, d’un seul tenant, font corps en une histoire unique. On conçoit qu’à partir de l’unité indifférenciée d’un point central, l’opposition soit dualité, comme haut et bas, droite et gauche, chaud et froid, lumière et obscurité …, et que l’union des opposés en un troisième niveau aboutisse à une quaternité de deux couples qui s’entrecroisent (carré et croix), quadripartition du cercle ... Jung s’est intéressé à différentes reprises, notamment dans Psychologie et Alchimie (Buchet-Chastel, 1970) et dans Psychologie et Religion (Buchet-Chastel), à ce substrat cosmographique, traitant la trinité et la quaternité et trouvant naturel qu’un élément psychique s’exprime à travers un tel édifice par l’expérience faite de la présence de l’idée dans la matière.

Pour revenir au monde de la tendance, c’est un souffle grandiose de l’esprit qu’il faut avoir afin d’embrasser l’étendue de son verbe, car son foyer central se perd dans l’infini de ses objets. Mais on ne peut se dispenser d’évoquer ceux-ci comme exemples témoignant du vécu de sa manifestation, et par quelle prodigieuse envolée de la pensée nous devons passer !

Si je considère le jupitérien, par exemple, au tempérament sanguin plus ou moins étoffé, franchement extraverti et au caractère Colérique (Actif-Emotif-Primaire), en m’en tenant aux acteurs, la densité d’un air de famille rapproche fort bien des comédiens comme Frédéric Lemaître, Lucien Guitry, Raimu, Jules Berry, Pierre Brasseur, Gérard Depardieu et sans doute aussi un archétypique John Wayne (Jupiter-Mars)… Son climat unificateur s’estompe dès lors qu’on saute sur d’autres catégories d’individus étrangères entre elles : écrivain comme Hugo, Balzac, Zola, Kipling ;  peintre comme Rubens, Le Brun, Monet : sculpteur comme Rodin ; musicien comme Haendel et Rossini ; théologien comme Luther ; savant comme Buffon ; philosophe comme Leibniz et Diderot ; aventurier comme Mirabeau et Danton ; homme d’Etat comme Louis XIV, Catherine II, Disraeli, Cavour, Edouard VII, Churchill, Roosevelt … Que de gens pourtant déjà si dissemblables, aux toiles de fond si différentes ! Mais l’air de famille se récupère néanmoins à un niveau supérieur lorsque l’on confronte, cette fois, l’ensemble de ces personnages à ceux des autres types : sujets lunaires, saturniens … Raymond Abellio s’attache à un « tissu serré et indéchirable » de l’interdépendance universelle dans sa globalité et son unité. Selon lui, comme toute gnose, l’astrologie n’est rien si, au-delà de ses techniques et doctrines, « elle n’introduit pas à un mode nouveau d’existence relativisant l’existence même et retrouvant à tout moment, derrière tout fait « local », l’essence de l’intersubjectif et de l’universel ». Malgré le ton exigeant de cette revendication, ce n’en est pas moins à quoi doit s’évertuer d’aboutir l’interprète, celui-ci ne devant pas perdre le fil du passage de l’un au multiple, du verbe initial à l’objet diversifié de la tendance,  en un maintien des deux maillons de la chaîne.

En peinture et en s’en tenant au seul portrait dans la même société, on voit, par exemple, Prud’hon peindre Joséphine en Eau, Goya traiter la Famille de Charles IV en Air, Gros camper Bonaparte au pont d’Arcole en Feu et David poser Madame Récamier en Terre. Et chaque objet se prête à toutes les signatures. Ainsi, sous les pinceaux des peintres, Vénus en tant que même motif pictural est différemment célébrée. Ce sont assurément surtout les Chauds à dominante d’Air-Feu ou de Feu-Air qui se font les chantres voluptueux de la déesse de l’amour, épris du corps féminin, glorifiant la triomphante splendeur de la chair, à la manière du Titien, de Rubens, de Fragonard, de Boucher, de Courbet, de Renoir … Mais c’est déjà une toute autre créature que la Naissance de Vénus de Botticelli. Ici, l’hommage à la déesse est en Terre-Eau (la Terre au sens planétaire). Déposée par des vagues en coquilles de mer et offerte sur l’éventail géométrique d’une coquille centrale, Vénus, d’un rose presque diaphane qui en accentue la beauté formelle, participe de sa limpide atmosphère ; c’est une fresque décorative d’une froide pureté. Ce sont franchement des Vénus d’Eau lunaire que la Vénus endormie de Giorgione, poème charnel d’une beauté détendue, au diapason d’une paisible campagne ; la Vénus au bain de Prud’hon, accroupie et entourée de bambins ; comme la Vénus marine de Chassériau, « tout humide encore des baisers de la mer » (Th. Gautier). Et c’est carrément, traitée en Terre-Eau (bien que différemment de Botticelli), une Vénus  saturnienne que celle de Cranach : étroite, grêle, acide,  réfrigérante, souffreteuse, comme habitée par un mal.

Tout cela pour rendre compte  que la planète en tant que telle, devenue à son tour objet, échappe à elle-même. Au cœur du couple sujet-objet, le premier est un dedans et le second un dehors, nuit profonde et monde apparent, le verbe de la tendance inhérent à l’être faisant référence. Dans « Dernier hommage aux éléments », j’ai tenu à évoquer ce qui pouvait bien être commun à six femmes illustres à sur-dominante Bélier : Sainte Thérèse d’Avila, la Malibran, Adrienne Lecouvreur, Mag Steinheil, Jayne Mansfield et Catherine Krafft.  « Il y a là six personnages oh combien différents les uns des autres, et pourtant, ces six femmes ont un terrain commun : leur élément surévalué. Qu’il s’agisse d’une mystique du feu, d’une voix d’or brûlante de l’art lyrique, d’une présence incandescente au théâtre, d’une érotique de feu dévastateur, d’une bouillante vedette entraînée dans un vertige existentiel ou carrément d’une passion physique du feu, dans tous les cas, cet élément est bel et bien présent. (…) Mais eussiez-vous pu savoir, à la lecture de leurs thèmes respectifs, que Thérèse d’Avila allait être une sainte, Adrienne Lecouvreur une tragédienne, la Malibran une diva, la Steinheil une femelle tragique, Jayne Mansfield une comédienne  brûlant sa vie brève jusqu’à sa décapitation, et Katia Krafft une vulcanologue finissant en torche vivante ? ». Bref, seul le Feu eut été la certitude commune perçue en chacune d’elles, en écho mystérieux des choses de la vie ; reste que cette trame invisible ainsi dévoilée de leur essence naturelle finit entre les mains astrologiques dans l’inconnu de ce qu’elles en ont fait et de ce qu’elles sont devenues. Comme si cette suite nous échappait. En définitive, territoire du libre-arbitre comme de la contingence, il y a mille et une manières d’habiter sa configuration. Mais j’accorde qu’on puisse incriminer ici les limites actuelles du savoir de l’interprète, le remède à l’erreur étant pour l’instant d’en rester à l’expectative …

Entrons aussi dans la fluidité du flux psychique de la tendance en prenant à témoin le « glissement » qui s’opère dans le cadre des quatre catégories professionnelles où Mars a donné les meilleurs résultats statistiques : sportifs, militaires, chefs d’entreprise et médecins. Rien n’est plus clair que le trait d’union qui relie le sportif au soldat en un commun déploiement de forces et capacités physiques. La plupart des exercices sportifs ne sont que des combats érigés en jeux (lutte, boxe, escrime …) : dans les sports raffinés, comme le tennis, on dispute des tournois, comme les chevaliers d’autrefois, la raquette remplaçant la rapière ou la fronde, tandis que les pièces du jeu d’échecs sont des « armées » de stratèges rivaux. Nous assistons ainsi à la transposition d’une sublimation véritable qui est passage de la même tendance agressive d’un exercice primaire à une manifestation supérieure : certes, c’est la guerre, mais la première est pour de bon, en un animal exercice destructeur, tandis que la seconde, dépouillée de cet immédiat négatif, est celle d’une classe d’athlètes en combat noble pour le plaisir et la grandeur. Dans le cas intermédiaire des chefs d’entreprise, on se bat aussi, essentiellement et simplement par intérêt ou par ambition en vue d’un but personnel à conquérir. Déjà plus subtil est le combat du médecin, entraîné aux exercices douloureux, notamment de caractère chirurgical ; il n’en est donc pas moins une sorte de soldat combattant la maladie et luttant contre la mort ; c’est là aussi une indéniable sublimation de l’agressivité, puissance conquérante moins gratuite que le sport mais efficace pour la cause du bien. Nul doute, on le voit à travers ce silencieux fil continu, la lecture astrologique d’un même « passeur », ombre fugitive des choses de la vie, est d’un exercice subtil d’écoute intérieure.

Finalement, dans la mutation du rapport sujet-objet, le premier est la nuit profonde d’un dedans et le second le monde apparent d’un dehors. C’est au verbe du premier que nous avons accès pour comprendre ce qu’il advient de la personne en une lecture du sens de sa vie. Et il est sûr que celle-ci relève plus de la pensée du poète que du raisonnement du savant, en tout cas de l’intelligence sensible, celle qui s’adresse aux tripes, au cœur, à l’âme. Ce qui nous fait rejoindre ce qu’on appelle aujourd’hui l’imaginaire.

 

L’imaginaire.

N’ayons pas de mépris ni même d’indulgence à son égard, car, malgré les approches déjà faites pour l’identifier, il y a encore tout à apprendre sur son compte. Pour évoquer son monde, je ne puis mieux faire que de revenir à la communication : « L’imagination créatrice (fonction magique et fondement mythique de l’image) », faite dans la strasbourgeoise Revue d’Allemagne, Tome XIII, numéro 2 d’avril-juin 1961 (publiée avec le concours du CNRS) de Antoine Faivre, alors professeur des Hautes études de la Sorbonne et dont il est bon, ici, de rappeler notre commun numéro des « Cahiers de l’Hermétisme » : L’Astrologie (Albin Michel, 1984) où participèrent divers universitaires. L’historique de son introduction a déjà toute sa saveur :

« Elle est longue, cette période au cours de laquelle, d’Aristote à Sartre en passant par Kant, les philosophes ont tenu l’imagination pour un produit dérivé, qu’elle soit coincée entre l’intellect et la sensation, ou selon Malebranche réduite à la « force qu’a l’âme de former des images des objets », ou encore (Kant) à la faculté intermédiaire entre l’intuition et l’entendement. Or, on voit se dessiner peu à peu depuis quelques années un mouvement contraire à celui qui se précisa lors du mariage de l’aristotélisme et de l’averroïsme (XIIIe siècle), c’est-à-dire du divorce entre Foi et Savoir. Cette orientation nouvelle prend au sérieux ce que l’héritage néo-platonicien et l’ésotérisme des religions du Livre ont appelé l’imagination créatrice. Certes, cette tradition et cet ésotérisme n’étaient jamais morts, ils n’avaient même jamais été moribonds, mais actuellement l’élément réellement nouveau est leur intrusion progressive sur le territoire de la philosophie officielle, c’est-à-dire universitaire. Intrusion non offensive, car ils avaient pris depuis longtemps l’habitude de vivre dans leur camp retranché ; il se trouve seulement que faute d’air pour respirer c’est elle qui vient les solliciter. L’un des premiers mérites de ce revirement partiel revient peut-être à Heidegger qui renouvela entièrement la notion kantienne d’imagination en montrant qu’elle était « sans patrie ». Depuis lors, Henri Corbin a forgé le concept d’imaginal en révélant les trésors de la gnose shî’ite, et l’on ne s’étonne plus guère de voir se rassembler autour d’un nom comme le sien, d’autres universitaires qui ne se croient nullement tenus de donner à leur rationalité le sens de « rationalisme positivisme » ni de confondre travail historique sérieux et agnosticisme. »

Et d’entreprendre tout un parcours historique dont je ne puis ici que rappeler quelques épisodes où, de l’image créatrice se dégage la notion d’un  « pouvoir » de l’imaginaire, comme si l’imagination contribuait elle-même à réaliser l’objet imaginé. Au Moyen âge, selon Al Kindi, l’imagination peut former des concepts et émettre ensuite des rayons qui affectent les objets extérieurs, surtout si les conditions astrales sont propices. Avicenne voit en elle l’effet de la domination naturelle des essences spirituelles sur la matière. A la Renaissance, Marsile Ficin et Pietro Pomponazzi croient en l’imagination qui réalise l’objet imaginé. Paracelse va plus loin, pour qui l’âme, la foi et l’imagination représentent les trois grandes facultés dont l’homme dispose. Le Gemüth est « l’irruption de la puissance sidérale en nous », cette même imaginatio étant, selon Valentin Weigel, un des pionniers de la théosophie allemande, « l’esprit sidérique, l’astre en l’homme ». Selon Henri Corneille Agrippa, « les passions de l’âme reçoivent beaucoup de secours des corps célestes et, inversement, les aident car elles s’accordent avec le ciel d’une certaine manière naturelle ou par un choix volontaire. Notre esprit peut aussi se conformer à une telle étoile, par l’imagination ou de quelque autre manière par imitation, qu’il se remplit des bienfaits de cette étoile. » Dans son  De Imaginum, Giordano Bruno considère l’imagination comme le principal instrument des processus magiques et religieux. Chez Böhme, désir et imagination sont liés, en accordant à celle-ci un fondement ontologique. Même son de cloche chez les alchimistes, dont Rulandus, cité par Jung : « L’imagination est l’astre en l’homme, le corps céleste ou surcéleste ».  Il est même permis de citer William Blake : « En votre cœur, vous portez votre ciel et votre terre, et tout ce que vous regardez, quoique cela paraisse être au dehors, est au-dedans, dans votre imagination, dont ce monde périssable n’est qu’une ombre .». « L’imagination  (dont rend compte Antoine Faivre) est donc la partie spirituelle de l’homme, celle qui, étant sortie de Dieu même, possède la vision de toute chose. Il appartiendra à Saint-Martin et à Novalis d’en tirer les conséquences. » Ce dernier croit découvrir dans la doctrine de l’imagination de Fichte la clé d’une conception oubliée à travers laquelle il retrouve les accents de Paracelse et de Böhme, la Philosophie de l’Art de Schelling ressuscitant la conception boehmèenne de l’imagination créatrice. Et le théologien Franz Xaver Baader évoque une imagination active où « la volonté entre dans son miroir » : mon désir doit se projeter dans l’objet convoité, se mirer d’abord en lui ; alors, l’objet me voit, il devient grâce à mon regard une image vivante qui se voit elle-même et s’éprouve en moi. » L’imagination créatrice de Baader est donc un engendrement réciproque et il ira jusqu’à imputer de la sorte son pouvoir aux talismans. Et une conception de même nature sera reprise par Baudelaire qui évoque lui-même « l’imagination créatrice » … « puissance sublime par laquelle le Créateur conçoit, crée et entretient son univers ». N’oublions pas que, sur la fin de sa vie, Freud a découvert que la névrose de l’individu était aussi bien le fait d’un traumatisme réellement subi dans son enfance que celui d’une perturbation purement imaginée, justifiant l’autonomie de l’être psychique avec son propre pouvoir, aussi bien celui de la peur, de la crainte que celui de l’attrait, du désir.

Dans L’Homme et le Temps (Pont Royal), J. B. Priestley rapporte une histoire sur Newton qui vaut d’être connue : « Une vieille dame le tourmentait ; elle le croyait astrologue ou magicien et insistait pour qu’il lui dise où et comment elle retrouverait une bague qu’elle avait égarée. Finalement, las d’être persécuté, il lui dit la première chose qui lui passe par l’esprit, uniquement pour se débarrasser d’elle : elle n’a qu’à faire tant de pas dans une certaine rue pour retrouver sa bague. Elle lui obéit et tombe sur son joyau ! »    Et d’ajouter : «Si pour le plaisir de la discussion, nous tenons cette histoire pour vraie, nous nous trouvons en face de deux univers bien différents, celui de Newton et celui de la vieille femme. Or, la magie de la vieille femme et tout ce qui en découle nous semble plus proche du monde réel dans lequel Newton vivait également, sans quoi la bague n’eut jamais été retrouvée. » Anecdote vraie ou fausse, peu importe : ce concevable hasard ne peut-il pas être, contrepoids naturel au raté de l'acte manqué à la grimace perceptible, le fruit transparent d'un acte gratuit de l'être à l'unisson du monde ?

Ainsi se présente l’histoire d’une recherche qui tourne en rond autour d’une vérité profonde  gardant encore son mystère. Jung n’a pas manqué de traiter ce problème de l’imagination , portée par l’élan vital, qui est, selon lui, « un extrait concentré des forces vivantes, aussi bien physiques que psychiques » (Psychologie et Alchimie, 1970).  Simple pouvoir magnétique du désir attractif ? Sans doute faudra-t-il encore attendre longtemps avant de percer définitivement le secret de cette énigme. Mais, comme la vie qui va d’elle-même, cela n’empêche pas de sentir vibrer la fibre du phénomène vécu. Le symbole porteur d’analogies se fraye un chemin sur un réseau de relations enjambant la dissemblance des parties pour retenir un fond de significations communes d’entités comparables. D’où une notion de « correspondance » qui se prête au déplacement aussi bien physique que moral, imaginaire qu’existentiel , permutation de termes dont les transpositions font métaphore : « la vieillesse est à l’existence ce que le crépuscule est au jour », le poète faisant vibrer ce lien profond du « soir de la vie », tel l’écho mystérieux des choses livrées dans leur essence et descendu au cœur de l’être : jardin des délices, à se croire assis à la table des dieux ! Si cette démarche de l’esprit n’est pas l’affaire du « scientifique », du moins n’empêche-t-elle nullement un psy de dissoudre une névrose, ainsi qu’un Leibniz de vouloir embrasser une connaissance universelle réunissant le dieu de la théologie, l’âme de la psychologie et le monde de la cosmologie, ni un Heidegger d’octroyer son rang de dignité à l’analogie en convenant qu’elle contient « l’expression conceptuelle du monde vécu », la révélation de l’Idée qui se cache sous la forme sensible étant aussi permise au temple de l’astrologie où se diffuse une lumière de l’invisible.

 

Solstice d’été 2009.

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